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Full text of "Histoire des Francs"

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BCU  -  Lausanne 

■IMMIMIIIi  . 

*1 004367509* 


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HISTOIEB  DBS  FRANCS 


GRÉGOIRE  DE  TOURS 

BT 

FRÉÛëGâIRË 


Paris.— Imprimé  chez  Boniventurc  et  Duces:  oi  <,  lî"),  quai  dei  AttgusUns. 


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HISTOIRE  DES  FRANCS 

GRÉGOIRE  DE  TOURS 

ET 

FRÉDÉGAIRE 

TRADUCTION  DE  M.  GUIZOT 

NOUVELLE  ÉDITION  ENTIÈREMENT  REVUE 

BT  AQOMBirTRB  BB  LA  OBOOBAPHtB  BB  «B^^OIBB  OB  TOVBt 

*IT  OB  ralDéBAIBB 

PAR  ALFRED  JACOBS. 

TOMB  t 


PABIS 

UBRAUUfi  ACIAD£BUQU£ 

DIDIER  £X  Cv  LIBR.-£J>IÏ£UKS 

35,    QVAt   BBS  fiRANDS-AUaOiTIIII. 

1862 


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AVERTI3SEMEN1 


Un  jeune  archéologue  français,  M.  Alfred 
Jacôbs,  m'a  demandé  rautorisation  de  pu- 
blier une  nouvelle  édition  de  la  traduction 
de  X Histoire  ecclésicLstique  des  Francs,  par 
Grégoire  de  Tours,  que  j'ai  publiée 
il  y  a  trente -huit  ans  (en  i823),  et 
qui  fait  partie  de  ma  Collection  des  Mé^ 
moires  relatifs  à  V histoire  de  France  de* 
puis  la  fondation  de  la  monarchie  jusqM^àu 
xm®  siècle.  Il  se  proposait  d  y  joindre  un 

dictionnaire  géographique  raisonné  de  tous 
\  •  • 


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AYEBTISSraiBMT. 

les  lieu^  mentionnés  par  Grégoire  de  Tours^ 
et  un  mémoire  sur  Tétat  de  ladministration 
sous  les  Mérovingiens.  J'étais  en  droit  d'a- 
voir pleine  confiance  dans  le  savoir  et 
lexactitude  de  M.  Alfred  Jacobs.  Il  a  fait, 
à  rÉcole  des  Chattes^  de  solides  études  ;  il 
a  été  Tun  des  élèves  les  plus  assidus  de 
mon  savant  et  regretté  confrère,  M.  Gué- 
rard,  dont  les  travaux  ont  jeté,  sur  Tétat 
social  de  l'ancienne  France,  de  si  vives  et 
si  sûres  lumières.  Il  s'était  déjà  distingué 
par  ses  recherches  sur  divers  points  d'ar- 
chéologie et  de  géographie  française.  J'ai 
donné  très-volontiero  à  M.  Alfred  Jacobs 
l'autorisation  qu'il  désirait,  et  depuis  que 
j'ai  vu  ison  travail,  je  me  félicite  de  la  lui 
avoir  donnée.  Ses  études  géographiques  et 
archéologiques,  le  soin  avec  lequel  il  a  revu, 
en  ia  réimprimant,  nia  traduction,  et  les 
notes  qu'il  y  a  ajoutées  donnent,  à  l'édition 
nouvelle  qu'il  en  publie  aujourd'hui,  un 
vrai  mérite  scientifique,  et  rendent  la  lec-> 


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tare  du  curieux  ouvrage  de  l'évêque  de 
Tours  plus  claire  et  plus  facile  pour  le  pu 
blic.  Je  prends  plaisir  à  rendre  à  M.  Alfred 
Jacobs  ce  témoignage. 

GuiZOT« 


Yal-lUcher.— Juin  1801. 


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r 


NOTICE 

GRÉGOIRE  DE  TOURS 


Du  V*  au  xn*  siècle,  le  clerpré  presque  seul  a  écrit 
rhistoire.  C'est  que  seul  il  savait  écrire,  a-t*on  dit. 
n  y  en  a  encore  une  autre  raison,  et  plus  puissante 
peut-être.  L'idée  même  de  Thistoire  ne  sul3sistait, 
à  cette  époque,  que  dans  l'esprit  des  ecclésiastiques; 
eux  seuls  s'inquiétaient  du  passé  et  de  Tavenir.  Pour 
les  barbares  brutaux  et  ignorants,  pour  Tancienne 
population  désolée  et  avilie,  le  présent  était  tout  ;  de 
grosners  plaisirs  ou  d*aifreuses  misères  absorbaient 
le  temps  et  les  pensées  ;  comment  ces  hommes  au- 
•  raient-ils  songé  à  recueillir  les  souvenirs  de  leurs 
ancêtres,  à  transmettre  les  leurs  à  leurs  descendants? 
Leur  vue  ne  se  portait  point  au  delà  de  leur  existence 
personnelle  ;  ils  vivaient  concentrés  dans  la  passion, 
Tintérét,  la  souffirance  ou  le  péril  du  moment.  On  a 
tort  de  croire  que,  dans  les  premiers  temps  surtout, 


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11  NOTICE 

le  clergé  seul  écrire;  la  civilisation  romaine 
n'avait  pas  disparu  tout  à  coup  ;  il  restait,  dans  les 
cités,  dids  laïques  naguère  richeSy  puissants,  lettrés/ 
d'illustres  sénateurs,  comme  les  appelle  Grégoire  de 
Tours.  Mais  ceux-là  mêmes  tombèrent  bientôt  dans 
k  plus  étroit,  le  plus  apathique  égoisme.  A  Taspect 
de  leur  pays  ravagé,  de  leurs  monuments  détruits,  . 
de  leurs  propriétés  enlevées,  au  milieu  de  cette  insta- 
bilité violente  et  de  cette  dévastation  sauvage,  tout  ' 
sentiment  un  peu  élevé,  toute  idée  un  peu  étendue 
s'évanouit;  tout  intérêt  pour  le  passé  ou  l'avenir 
cessa  :  ceux  qui  étaient  vieux  et  usés  crurent  à  la  fin 
du  monde;  ceux  qui  étaient  jeunes  et  actift  prirent 
parti,  les  uns  dans  l'Église,  les  autres  parmi  les 
barbares  eux-mêmes.  Le  clergé  seul,  confiant  en  ses 
croyances  et  investi  de  quelque  force,  continua  de 
mettre  im  grand  prix  à  ses  souvenirs,  à  ses  espé- 
rances; et  comme  seul  il  avait  des  pensées  qui  ne  se 
renfermaient  pas  dans  le  présent,  seul  U  prit  plaisir 
à  raconter  à  d'autres  générations  ce  qui  se  passait 
^sous  ses  yeux. 

De  tous  les  monuments  qu^il  nous  a  transmis  sur 
ce  long  et  sombre  chaos,  le  plus  important  est,  à 
coup  sûr,  r Histoire  ecclésiastique  des  Francs  de 
Grégoire  de  Tours;  titre  singulier  ^  et  qui  révèle  le 

*  Un  assez  grand  nombre  de  manuscrits  portent  pour  titre 
Bi-'itoria  Francomm,  ou  Gesta  Francorum;  quelques-uns  môme 
■uiipl«in6Bl  Chronicm;  mais  les  plus  anciens  sont  ii^titulés  flti* 
toria  êeelnUuHea  Franeorum,  et  le  début  du  second  liTre  indique 
cltirement  qne  tel  est  en  effet  le  titre  que  Orégoire  de  Tours  « 
4û  donner  à  son  ouvrsge* 


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Stm  ORÊGOIRE  DE  TOURS.  m 
secret  de  l'état  social  à  cette  époque.  Ce  n'est  pas 
.  rhi^ioire  distincte  de  rÉglise,  ce  n*est  pas  non  j^os 
Phistoire  dvîle  et  politique  seule  qa^a^onln  retracer 
,  ^récrivain  ;  l'une  et  l'autre  se  sont  offertes  en  même 
^iemps  &  sa  pensée,  et  tellement  unies  qu'il  n*a  pas 
.  cru  pouvoir  les  séparer.  Le  clergé  et  les  Francs, 
.  c'était  alors  en  effet  toute  la  société,  la  seule  du 
moins  qtà  prit  vraiment  part  aux  événements  et  pût 
prétendi*e  à  une  histoire.  Le  reste  de  la  population 
vivait  et  oxourait  misérable,  inactif,  ignoré. 

L'origine  do  Grégoire  de  Tours  semblait  le  vouer 
à  l'Église;  la  famille  de  sa  grand'mère  Léocadie, 
l'une  de?  plus  considérables  du  Beiry,  avait  donné 
au  christianisme  VettiusEpagatus,  l'un  des  premiers 
et  des  plus  illustres  martyrs  des  Gaules;  son  père 
Florentius  et  sa  mère  Armenlaria  descendaient  l'un 
et  l'autiDe  de  saint  Grégoire,  évèque  de  Ijançres;  fl 
%vait  pour  grand-onde  saint  Nicet  S  évèque  de  Lyon, 
et  pour  oncle  saint  Gai,  évèque  de  Clermont;  tous  les 
sQi^yçnirs  de  ses  ancêtres  se  rattachaient  aux  épreuves 
00  9|ix  triomphes  de  la  foi  ;  et,  lorsqu'il  naquit  en 
Auvergne  le  30  novembre  539,  sa  famille  y  était 
depuis  longtemps  distinguée  par  les  grandeurs  rel^ 
gieuses  et  mondaines.  La  naissance  d'un  frère  nommé 
Pierre  et  d'une  sœur  dont  on  ignore  le  nom  avait 
précédé  la  sienne;  mais  soit  que  la  renonmiée  qu'il 
f  cquit  plus  tard  ait  rejailli  9ur  son  en&nce,  soit  qu'en 
effet  on  eût  remarqué  en  lui  de  bonne  heure  un 

t  Ou  saint  Nizier,  Nheitut, 


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IV  KOTIGË 

penchant  peu  commun  pour  l'étude  et  la  piété,  tout 
indique  qu'il  fat,  dès  ses  jeunes  ans,  Tobiet  de  la 
prédilection  et  des  espérances  de  tous  ses  parents. 
H  reçut  en  naissant  les  noms  de  George  et  de  Flo- 
rentiuSy  son  grand-père  et  son  père,  et  les  a  inscrits 
lui-même  en  tète  de  ses  ouvrages  ;  ce  fut  seulement 
lorsqu'il  parvint  à  l'évôché  de  Tours,  que,  d'après 
Tusage  du  temps,  il  prit  le  nom  du  plus  illustre  de 
ses  ancêtres,  saint  Grégoire,  évèque  de  Langres,  son 
bisaïeul.  Son  père  mourut  peu  après  sa  naissance  ; 
mais  sa  mère,  femme  d'un  mérite  distiagué,  à  ce 
qu'il  parait,  se  voua  avec  passion  à  Téducation  d'un 
fils  dont  la  faible  complexion  alarmait  chaque  jour 
sa  tendresse,  et  dont  les  dispositions  précoces  pro- 
mettaient à  son  orgueil  maternel  les  plus  donces 
joies.  Les  familles  romaines  n'avaient  pas  encore 
perdu  tout  souvenir  d'un  temps,  non  plus  heureux 
pour  le  peuple  en  général,  mais  moins  barbare  et 
qui  laissait  quelque  éclat  aux  anciennes  grandeurs; 
elles  mettaient  encore  du  prix  à  la  science,  aux  lettres, 
à  la  gloire  polieet  humaine.  L'Église  seule  leur  ofiMit 
quelques  moyens  d'y  parvenir.  Le  jeune  Grégoire  fut 
confié  aux  soins  de  son  oncle  saint  Gai,  alors  évèque 
d'Auvergne;  son  grand-onde,  saint Nicet,  évèque  de 
Lyon,  s'occupa  aussi  de  ses  progrès  et  de  son  ave- 
nir. Saint  Avite,  successeur  de  saint  Gai,  lui  porta  la 
même  affection.  Saint  Odon,  abbé  de  Gluni,  au 
x"  siècle,  et  qui  a  écrit  sa  vie,  raconte  avec  complai- 
sance les  marques  de  dévotion  fervente  que  donnait 
Grégoire  encore  enfant,  et  les  miracles  opérés  en 


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SUR  GRÉGOIRE  DE  TOURS.  '  t 

faveur  de  sa  santé  sur  le  tombeas  de  saint  Hillide. 

Mais  il  semble  que  la  ^uérison  ne  fut  jamais  que 
momentanée  ;  car,  dans  un  nouvel  accès  de  maladiei 
le  jeune  homme,  déjà  ordonné  diacre,  se  fit  trans- 
porter à  Tours,  sur  le  tombeau  de  saint  Martin,  alors 

.  la  gloire  des  Gaules  et  Tobjet  de  sa  vénération  parti- 
culière. Dans  ce  vo3^age,  les  citoyens  de  Tours  le 
prirent  en  grande  estime;  son  esprit  était  animé, 
son  caractère  doux,  son  instruction  plus  étendue  que 
celle  de  la  plupart  des  prêtres,  et  il  Tavait  dirigée 
avec  ardeur  vers  les  sciences  sacrées  Je  ne  m*oo- 
a  cupe  point,  dit-il  lui-même,  de  la  fuite  de  Saturne, 
«  ni  de  la  colère  de  Junon,  ni  des  adultères  de  Jur 
«  piter;  je  méprise  toutes  ces  choses  qui  tombent 

^  «  en  ruine ,  et  m'applique  bien  plutôt  aux  choses 
«  divines,  aux  miracles  de  rÉvangUe.  »  Le  peuple 
partageait  ce  sentiment;  c'était  celui  des  meilleurs 
hommes  de  Tépoque,  de  tous  ceux  qui  conservaient 
quelque  énergie  morale,  quelque  goût  vraîment 
actif  pour  le  développement  intellectuel;  et  lorsque 
le  jeune  Florentins  retom'na  en  Auvergne  après 
avoir  été  guéri  par  l'intervention  de  saint  Martin,  il 
laissa  le'  peuple  comme  le  clergé  de  Tours  plein 
d'ad^niration  pour  la  sainteté  de  son  langage,  de  sa 
vie  et  de  son  savoir. 

n  en  reçut  bientôt  la  preuve  la  plus  éclatante. 

.  En  573,  pendant  un  voyage  quil  fit,  on  ne  sait 
pourquoi,  à  la  cour  de  Sighebert,  igoi  d*Austrasie, 
auquel  appartenait  FAuvergne,  Eùphronius,  évèque 
de  Toms,  vint  à  mourir  i  et  d'une  voix  unanime. 


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▼ï  '  NOTICE 

dit  le  l»Qgrfl^e>  le  clergé  et  le  peuple  élurent  kM 
plaoe  Grégoire  absent  et  âgé  seulement  de  trente- 
quatre  ans.  Des  députés  partirent  aussitôt  pour  aller 
solliciter  du  roi  Sighebertiaconfirmation  de  ce  choix* 
Grégoire  hésita  ;  Tabbé  de  Cluni  Talfirme  du  moint  : 
sa  jeunesse  et  sa  mauvaise  santé  l'effrayaient  ;  mais 
Sighebert  et  la  reine  Brunehaut  joignirent  leurs  sol- 
licitations à  celles  des  députés;  il  accepta,  fot  sacré 
par  yEgidius  (Gilles),  évêque  de  Reims,  le  22  août 
673,  «t  partit  aussitôt  pour  son  évôché. 

C'est  dans  les  monumenis  du  siècle,  et  surtout  dam 
Grégoire  de  Tours  lui-même,  qu'il  faut  apprendre 
ce  qu'était  alors  Texistence  d'un  évéque,  quel  éclat, 
quel  p(mv<»r,  mais  aussi  qilds  travaux  et  quels  périls 
y  étûent  attachés.  Tan£s  que  la  force  avide  et  bn»- 
tale  errait  incessamment  sur  le  territoire,  réduisant 
les  pauvres  à  la  servitude,  les  riches  à  la  pauvretéi 
détruisant  aujourd'hui  les  grandeurs  qu'elle  avait 
créées  hier,  livrant  toutes  choses  aux  hasards  d'une 
lutte  toi^ours  imminente  et  toiyoors  impcévue, 
c'était  dans  quelques  cités  fameuses,  près  du  tom-' 
beau  de  leurs  saints,  dans  le  sanctuaire  de  leurs 
églises,  que  se  réfugiaient  les  malheureux  de  toute 
condition,  de  toute  origine,  le  Romain  dépouillé  de 
ses  domaines,  le  Franc  poursuivi  par  la  colère  d'un 
nn  ou  la  vengeance  d*un  ennemi,  des  bandes  de 
laboureurs  fuyant  devant  des  bandes  de  barbaM, 
toute  une  population  qui  n'avait  plus  ni  lois  à  ré- 
clamer,  ni  magistrats  à  invoquer,  qui  ne  trouvait 
plus  nulle  part,  pour  son  refos  et  sa  vie,,  sûreté  m 


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SUR  GRÈGOI&E  DE  TOURS  ▼a 

profeectk«.I>aiisks  églises  seiden^ 

de  droit  subsistait  encore  et  la  faroe  se  senlaU  saisie 

de  quelque  respect.  Les  évtkpes  n'avaieut,  pour  dé- 
fendre cet  uniqœ  asik  des  fiùiiks,  qoe  rautoiilé  de 
leur  mission^  de  lenr  langage,  de  bars  censures;  il 
iiallait  qu  au  nom  seul  àta  la  foi,  ils  réprimassent  des 
'vainqnenrs  féroces  on  rendissent  quelque  énercne  à 
de  nûsérafales  vaincus.  Chaque  jour  ils  épronvuent 
1  insuffisance  de  ces  moyens;  leur  richesse  excitait 
Tenvie,  lenr  résistance  le  courrons;  de  fréquentes 
attaques,  de  grossiers  outrages  venaient  les  menacer 
ouïes  interrompre  dans  les  cérémonies  saintes;  le 
sang  coulait  dans  les  églises,  souvent  celui  de  leurs 
piètres,  même  le  lenr.  Enfin  ils  exerçaient  la  seule 
magistrature  morale  qui  demeurât  debout  au  milieu 
de  la  société  bouleversée,  magistrature,  à  coup  sûr, 
la  plus  périlleuse  qui  fut  jamais. 

Beaucoup  d'évùques  étaient  fort  loin  de  se  mon- 
trer dignes  d'une  âtuation  si  difficile  et  si  haute;  il 
n*est  aucun  désordre,  aucun  crime  dont  on  ne  ren- 
contre, dans  l'histoire  du  clercré  de  cette  époque, 
d'efiroyables  exemples.  Mais  Grégoire  de  Tours  fut 
de  ceux  qui  s*en  scandalisaient  et  quelquefois  les 
reprenaient  vertement.  Je  ne  redirai  point  ici  les 
événements  de  sa  vie  religieuse  et  politique;  il  les  a 
racontés  dans  son  Histoire.  On  y  verra  que,  soit  qu*il 
s'agit  de  défendre  ou  le  clergé  en  général,  ou  lui- 
même,  ou  les  privilèges  de  son  église,  ou  les  proscrits 
qui  s*y  étaient  réfugiés,  soit  qu'il  fût  appelé  à  main- 
tenir ou  à  rétablir  la  paix  dans  sa  ville,  soit  qu'il 


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rifi  NOTICE 

intervint  conune  négodateur  tour  à  tour  employé 
•  par  les  divers  rois  francs,  il  ne  manqua  ni  de  pru- 
dence  ni  de  courage.  On  s'est  étonné  de  sa  supersti- 
tion, de  sa  crédulité,  de  son  ignorance,  de  son  ardeur 
contre  les  héréticpies;  il  faut  bien  plutôt  8*étonner 
de  ce  qu'il  ne  s'est  point  attribué  à  lui-même  le  don 
des  miracles  qu'il  accordait  à  tant  d'autres,  de  ses 
efforts  pour  s'instruire,  de  la  douceur  qu'il  témoi- 
g-na  souvent,  même  aux  brigands*qui  avaient  pillé 
son  église  et  aux  Ariens  ou  aux  Juifs  que  ses  argu- 
ments n'avaient  pas  convertis.  Peu  d'ecclésiastiques 
de  son  temps,  il  est  ais4  de  s'en  convaincre,  avaient 
une  dévotion,  je  ne  dirai  pas  aussi  éclairée,  mais 
moins  aveugle,  et  tenaient,  en  ce  qui  touchait  à 
l'Église,  une  conduite  aussi  modérée.  On  lui  a 
reproché  la  confusion  de  son  Histoire,  les  labiés 
absurdes  dont  elle  est  semée,  sa  partialité  pour  les 
'  rois  orthodoxes,  quels  que  soient  leurs  forfaits,  et 
tous  ces  reproches  sont  légitimes  ;  mais  il  n'est  aucun 
de  ses  contemporains  qui  ne  les  mérite  encore  davaiH 
tage,  aucun  qui,  à  tout  prendre,  ait  agi  avec  autant 
de  droiture,  étudié  avec  autant  de  soin,  et  donné, 
dans  ses  écrits  et  sa  vie,  autant  de  preuves  de  bon 
sens,  de  justice  et  d'humanité. 

Aussi  obtint-il  constamment,  dans  le  cours  de  son 
épiscopat,  Taffection  du  peuple  de  Tours  et  la  consi- 
dération des  rois  barbares.  Il  faut  bien  se  servir  des 
termes  qui  répondent  aux  sentiments  qu'éprouvaient 
alors  les  hommes,  et  qu'ils  ont  employés  eux-mêmes, 
quelque  emphatiques  qu'ils  nousjparaissent  aujour» 


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SUR  GRKi^OXaS  DE  TOURS.  iz 

dliui.  Grégoire  de  Tours  fat  vénéré  comme  un  des 
plus  saints  évéques,  et  adnxifé  comme  une  des  lu- 
mières de  rÉglise.  Le  voyage  que,  selon  Tabbé  de 
Cluni,  il  fit  à  Rome,  en  892  ou  594,  pour  voirie 
pape  saint  Grégoire  le  Grand,  est  fort  douteux,  car  il 
n'en  a  parlé  nulle  part;  mais  le  récit  du  biographe 
n*en  prouve  pas  moins  quel  éclat  conservaient  encore 
au  X*  siècle  son  nom  et  sa  mémoire,  a  Arrivé  devant  • 
tt  le  pontife,  dit-il,  il  s'agenouilla  et  se  mit  en  prières; 
a  le  pontife,  qui  était  d*un  sage  et  profond  esprit, 
«  admirait  en  lui-môme  les  secrètes  dispensations  de 
a  Dieu  qui  avait  déposé,  dans  un  corps  si  petit  et  si 
a  chétif,  tant  de  grÀces  divines.  L^évèque,  inté» 
((  rieurement  averti,  par  la  volonté  d'en  haut,  de  la 
«(  pensée  du  pontife,  se  leva,  et  le  regardant  d'un 
a  air  tranquille  :  (Test  le  Seigneur  qui  nous  a  faits^ 
c(  dit-il,  et  non  pas  nous-mêmes;  il  est  le  même  dans 
«  ks  grands  et  dam  les  petits.  Le  saint  pape,  voyant 
a  qu*il  répondait  ainsi  à  son  idée,  le  prit  encore 
•  «  en  plus  grande  vénération,  et  eut  tant  à  cœur 
«  d'illustrer  le  siège  de  Tours  qu'il  lui  fit  présent 
ic  d'une  diaire  d'or  qu'on  conserve  encore  dans  cette 

(c  église.  )) 

Grégoire  était  en  efièt  de  très-petite  taille  et  sa 
mauvaise  santé  dura  toute  sa  vie.  Deux  mois  après  * 

son  élévation  à  Tépiscopat,  il  fut  atteint  d'une  ma- 
ladie si  grave  que  sa  mère,  malade  elle-même  et 
'  qui  s*était  retirée  en  Bourgogne,  se  hâta  d'accourir, 
malgré  les  fatigues  et  les  périls  du  voyage ,  auprès 
de  sonfils chéri.  L'intervention  de  saint  Martinréussit 


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X  NOTICE 

seule  à  guérir  le.  nouvel  évéque,  qui  bien  des  lois 
encore  fut  obligé  d*y  avoir  i^urs.  Enfin ,  le  17  no- 
vembre 393  *,  les  miracles  même  devinrent  ineffi- 
caces; révèque  de  Tours  mourut  à  cinquante-quatre 
ans,  après  vingt  ans  et  quelques  mois  d'épiscopat| 
ei  lut  élevé  au  nombre  des  saints. 

Il  laissait,  en  mourant,  de  nombreux  ouvrages 
dont  il  avait  pris  soin  de  dresser  lui-même  la  liste, 
et  qui,  àTexception  de  quatre,  sont  parvenus  jusqu*à 
nous;  en  voici  la  liste  et  le  sujet  : 

V Histoire  écclésiastiqtÂe  des  frmes; 

2*  Un  traité  de  la  Gloire  des  Martyrs j  recueU  de 
légendes  en  cent  sept  chapitres,  consacré  au  i^éc^t 
des  miracles  des  martyrs  ;  ^ 

3*  Un  traité  des  Miracles  de  saint  Julien,  martyr 
à  Brioude  en  Auvergne,  en  cmquantc  chapitres; 

i""  Un  traité  de  là  Gloire  des  ConfesseurSf  en  cent 
douze  chapitres; 

5**  Un  traité  des  Miracles  de  saint  Martin  de  Tours, 
en  quatre  livres  ; 

6«  Un  recueil  intitulé  Vies  des  PèreSy  en  vingt 
chapitres,  et  qui  contient  Thistoire  de  vingt- deux 
saints  ou  s^tes  de  TEglise  gallicane  ; 

7*  Un  traité  des  Miracles  de  saint  A  ndré,  sur  Fau- 
t  lient  ici  té  duquel  on  a  élevé  quelques  doutes  qui 
paraissent  mal  fondés. 

Les  ouvrages  perdus  sont  : 

Un  Commentaire  sur  les  Psaumes; 

f  Sêhm  M.  LéTM<}oe  de  La  IUTaliëre,^t  095  selon  doa  Ratairt. 


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SUR  GREGOIRE  DE  TOURS.  XI 

2*  llakrsMsurksOffuesdel^Égiise: 

^  Une  |irébce  que  Grégoire  de  Toars  mise 

en  tète  d'un  Traité  des  Messes  de  Sidoine  ApolU- 
naire; 

4*  Une  traductioB  latine  du  martyre  des  sept 

Dormants./ 

Enfin.on  a  attnboé  à  Grégoire  de  Tours  plusieurs 
écrits  qm  ne  sont  pas  de  lui. 

De  tous  ces  ouvrages,  et  malgré  quelques  faits  ou 
quelques  détails  sur  Tesprit  et  les  niœurs  du  temps, 
épars  dans  les  recueils  de  légendes,  P Histoire  eceU* 
siastiqite  des  Francs  est  le  seul  qui  suit  demeuré 
pour  nous  important  et  cuneuz.  Tout  porte  à  croire 
que  ce  fut  le  demie^  travail  de  Fauteur;  s6n  récit 
s'étend  jusqu'en  591,  époque  voisine  de  sa  mort,  et 
presque  tous  ses  autres  ouvrages  y  sont  cités,  tandis 
que  FBisMre  des  Francs  ne  Test  dans  aucun.  Elle 
est  divisée  en  dix  livres.  Le  premier,  résumé  absurde 
et  confus  de  l'histoire  ancienne  et  universelle  du 
monde,  serait  ausâ  dépourvu  d'intérêt  que  de  vérité 
chronologique  s'il  ne  contenait  quelques  détails  sur 
rétablissement  du  christianisme  dans  les  Gaules; 
détails  de  peu  de  valeur,  il  est  vrai,  quant  à  This- 
toîre  des  événements,  mais  qui  peignent  naïvement, 
et  quelquefois  atec  charme,  Tétat  des  esprits  et  des  ' 
moeurs;  peu  d'anecdotes  de  ce  temps  sont  plus  tou- 
chantes, plus  poétiques  même  que  celle  des  deux . 
Amants  :  ce  Hvtc  finit  à  la  mort  de  saint  Martin  de 
Tours^  en  397.  Le  second  livre  s'étend  de  la  mort  de 
saint  Martin  à  celle  de  Clovis  P%  c'est-à-diié  de  l'U 


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zii  NOTICE 

397  à  Tan  SI  I .  Le  troisième,  de  la  moH  de  Clovis  I**  / 

à  celle  de  Tbéodebert  P%  roi  d'Austrasie,  de  Tan 
Hi  à  Tan  S47.  Le  quatrième,  de  la  màri  de  Théo-  ' 
debert  I**  à  celle  de  Sighebert  I**,  roi  d*  Austrarie,  de 
Tan  547  à  Taii  578.  Le  cinquième  comprend  les 
cinq  premières  aimées  du  règne  de  Ghildeberi  XI, 
roi  d'Anstrasie/  de  Tan  S75  à  Fan  S80.  Le  nxièm^ 
finit  à  la  mort  de  Chilpéric,  en  384.  Le  septième  est 
consacré  à  Tannée        Le  huitième  commence  au 

.  voyage  que  fit  le  rrâ  Contran  à  Orléans,  au  mois  de 
juillet  585,  et  fmit  à  la  mort  de  Leuvigild,  roi  d'Es- 
pagne, en  586.  Le  neuvième  s'étend  de  Tan  887 
à  Tan  889.  Le  dixième  enfin  s'arrête  à  la  mort  de 

-  saint  Yrieix,  abbé  en  Limousin ,  c'est  -  à  -  dire  au 
mois  d*aoùt  89i  ^  L'ouvrage  entier  comprend  ainsi, 
à  partir  de  la  mort  de  saint  Martin,  un  espace  de 
cent  soixante-quatorze  ans  ;  les  cinquante-deux  der" 
nières  années  sont  celles  auxquelles  Thistorien  avait 
assisté* 

Tout  indique  qu'il  écrivit  son  Histoire  à  deux  re- 
prises différentes;  plusieurs  manuscrits  ne  contien- 
nent que  les  m  premiers  livres,  et  ce  sont  les  seuls 
que  connut  Frédégaire  lorsque,  dans  le  siècle  sui- 
vant, il  entreprit  un  abrégé  des  chroniqueurs  qui 
ravalent  précédé.  Il  est  donc  probable  que  les  qua^ 

*  Malgré  renchaînement  chronologique  des  dix  livres  de  i'ifw- 
tùke  des  Franc*  ^  il  s'en  faut  beaucoup  que  le*  événements  y 
soient  bien  clanés  et  toujours  rapportés  à  leur  vrai  temps;  il  y 
règne  eu  contraire  une  extrême  confusion,  et  Ton  rencontra 
sans  cesse,  dans  chaque  livre,  des  récits  qui 'devraient  appar» 
4eiiir  aux  livres  antérieurs  ou  postérieurs. 


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♦ 

SUR  GRÉGOIRE  DE  TOURS.  xm 

derniers  livres  furent  composés  après  la  publication 
des  premiers;  peut-être  même  ne  furent-ils  répan- 
dus qu'après  la  mort  de  l'auteur.  Cependant  leur 
authenticité  n'est  pas  moins  certaine. 

Imprimée  pour  la  première  fois  à  Paris,  en  1561, 
VHistoire  des  Francs  l'a  été  fort  souvent  depuis  ;  je 
ne  dirai  rien  des  nombreux  travaux  d'érudition  et 
de  critique  dont  elle  a  été  l'objet  ;  ils  ont  été  repro- 
duits et  résumés  avec  le  plus  grand  soin  dans  l'édi- 
tion qui  fait  partie  du  Recueil  des  historiens  des 
Gaules  et  de  la  France,  et  dont  nous  avons  adopté 
le  texte.  Deux  traductions  françaises  de  l'ouvrage  de 
Grégoire  de  Tours  ont  été  publiées,  l'une,  en  1610, 
par  Claude  Bonnet,  avocat  au  parlement  de  Gre- 
noble, l'autre,  en  1688,  par  l'abbé  de  MaroUes. 
Elles  sont  l'une  et  l'autre  extrêmement  fautives,  et  la 
première  est  souvent  plus  inintelligible  quel'original. 

La  meilleure  ou  plutôt  la  seule  bonne  édition  des 
œuvres  complètes  de  Grégoire  de  Tours  est  celle 
que  publia  dom  Ruinart,  en  1699,  in-folio.  La  pré- 
face est  pleine  de  savantes  recherches. 

Les  deux  dissertations  les  plus  complètes  et  les 
plus  exactes  sur  la  vie  et  les  écrits  de  notre  histo- 
rien sont  :  1**  celle  qui  se  trouve  dans  le  tome  III  de 
VHistoire  littéraire  de  la  France,  par  les  Bénédic- 
tins (page  372-397)  ;  2*^  un  mémoire  de  M.  Lévesque 
de  La  Ravalière  dans  la  Collection  des  Mémoires 
.  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles -lettres, 
tome  XXVI,  page  598-637. 

GuizoT, 


.1 


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PRÉFACE 

DE  GRÉGOIRE  DE  TOURS 


La  calture  des  lettres  dépérit,  ou  plutôt  disparait 

dans  les  \illes  de  la  Gaule  :  au  milieu  des  bonnes  et 
des  mauvaises  actions,  pendant  que  se  déchaînaient 
la  {érocité  des  nations  et  la  fureur  des  rois,  que 
l'Église  était  attaquée  par  les  hérétiques  et  défendiie 
par  les  fidèles,  que  la  foi  chrétieime,  fervente  dans 
beaucoup  de  cœurs,  languissait  dans  quelques  autres, 
que  les  Églises  étaient  dotées  par  les  hommes  fieax. 
et  dépouillées  par  les  impies,  il  ne  s'est  rencontré 
aucun  grammahien,  habile  dans  la  dialectique,  qui 
entreprit  de  retracer  ces  événements  soit  en  p^ose, 
soit  en  vers.  Aussi  beaucoup  dliommes  gémissaient 
disant  :  n  Malheur  à  notre  temps!  parce  que  Tétude 
«  des  lettres  périt  parmi  nous,  et  que  nul  ne  saurait 


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<c  plus  eomngner  en  des  écrits  les  &its  d*à  présent,  n 

Ces  plaintes  et  d'autres  semblables  m'ont  engagé  à 
conserver  pour  les  hommes  à  venir  la  mémoire  des 
:  fiiits  passés,  et,  bien  que  mon  langage  fût  inculte, 
je  n*ai  pu  taire  ni  les  entreprises  des  méchants  ni  la 
Tie  des  gens  de  bien.  Ce  qui  m*a  surtout  confirmé 
dans  mon  dessein,  c'est  que  j'ai  souvent  ouï  dire 
autour  de  moi  (pie  les  discours  philosophiques  des 
rhéteurs  sont  moins  faciles  à  comprendre  que  la 
langue  rustique.  J'ai  cru  aussi  qu'il  serait  utile  pour 
la  chronologie  de  faire  remonter  au  commencement 
du  monde  mes  premiers  livres,  dont  j'ai  inscrit  ci- 
dessous  les  diapitres* 

Ht  . 

*  •     •  • 


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LES  DIX  LIVRES 

DE 


IL'HISTOIUE  ECCLÉSIASTIQUE  DES  FMNGS 


FAR 


GSOBjQfiS- FLOBSMT-GBfiGOIBB 

i  ÉVÈQUE  DE  ÏOURS 


IX. 


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1 


SOMMAIRE  DU  LIVRE  PREMIER. 


ï.  De  la  création  d'Âdam  et  d'Eve;  physionomie  d'Adam.— ii.  Comment  CaiQ 
tua  son  frère  Abel.— m.  Énoch  le  Juste  enlevé  par  le  Seigneur.— it.  Du  dé- 
liig0k  de  Noé,  de  TArche;  colère  de  Dieu  et  aérie  des  générationt.— Po*» 
téfité  deNoé,deiesfilBt  et  partienlikeiiient  de  Cbns,  fils  de  Qiun,  inTen* 
tewde  lamai^e  et  de  ridolfttrie.— ti.  Delà.  Kwr  de  Babylone  et  de  la  con- 
fusion des  langues. — vu.  Origine,  naissance,  condition  d'Abraham;  Ninus.— 
VIII.  Isaac;  Ésaii,  ses  fils  et  Job.— ix.  Jacob  et  ses  fils;  Joseph  en  Égypte.— > 
X.  Nature  da  Nil  et  passage  d«  la  m»  Ronge.—».  Les  fils  d*Israël  dans 
le  désert;  leur  entrée  dans  la  tene  pronûse  ;  Josoé.'^cn.  Rois  des  JaUii.— 
xiii .  De  SaloBBOn  et  de  la  construction  du  Temple.— ziv.  Comment  fut  divisé  ^ 
le  royaume  d'Israël  par  la  dureté  de  Roboam  ;  captivité  de  Babylone  et  j 
prophètes  de  ce  temps-là. — xv.  Du  retour  des  Juifs  à  la  naissance  de  Jésus-  | 
CIirist--xn.Roisetroyaumesdesantresiiatfoiis.— xrn.BmperenrsronialDs;  | 
quand  Lyon  fut  fondé.— xviii.  Nativité  dnSanTenr,  ptésents  des  Mages» 
massacre  des  Innocents. — xix.  Le  Christ,  sa  prédication,  ses  miracles  et  sa  < 
passion. — xï.  De  Jo.spph  d'Arimathie  qui  l  ensevelit. — xxi.  Vœu  de  l'apôtre 
Jacques.— xzii.  Du  jour  de  la  résurrection  dominicale. — xxiii.Qe  l'Ascension» 
et  delà  mort  de  Filate  et  d'Hérode.— ixir.  De  Pierre  qui  vint  à  Rome  et 
confessa  le  Christ  dans  le  martyre;  Néron,  Jacques,  Marc  et  Jean  rÉvan» 
gcliste. — XXV.  Persécution  sous  Trajan. — xxvi. Origine  des  schismes  et  des  hé- 
résies.— xxvii.  Les  martyrs  Irène  et  Photin. — xxviii.  Persécution  souaDèce; 
les  sept  prédicateurs  envoyés  en  Gaule. — xxix.  Conversion  des  Bituri  ges.—  i 
xu.  Persécutions  de  Valérien  et  de  GslUen;  Chrocus  et  le  tésple  d*Aif 
vergne.— zzsi.  Be  plusieurs  autres  martyrs.— zxxii.  Le  msr^  Piivat  et  le  * 
tyran  Chrocus. —  sixiii.  Persécution  sous  Dioclétien. — xxxiv.  Constantin  le  ! 
Grand;  saint  Mariiu  et  découverte  de  la  croix.— ixxv.  Règne  de  Constance.        .  I 
•— xxxyi.  Arrivée  de  saint  Martin.  La  matrone  Melanie.— xxxvii.  Mort  de  J 
Tempereur  Valons.— zzzviu.Théodoseetson  règne.Mort  du  tjrsn  Maxime.  I 
— xxxix.  fJrbicus,  évèque  d'Auvergne. — xl.  Saint  Alljre  et  son  successetur 
à  répiscopat.— iLi.  Suint  Népotien  ,  évèque  d'Auvergne. — XLii.  Les  deux 
amants,  leur  chasteté  et  leur  sépulture,  —zuii.  Saint  Martin  passe  en 
Vttutre  vie. 


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HISTOIEE  ECCLÉSUSTIQUE 

DES  FRANCS 


LIVRE  PREMIER 

PROLOGOB* 

Ail  momeni  de  retracer  les  luttes  des  rois  avec  les 
nations  ennemies,  des  martyrs  avec  les  païens,  de 
l'Église  avec  les  bérétiques,  j'éprouve  le  désir  d'exposer 
ma  croyance ,  afin  que  ceux  qui  me  liront  ne  doutent 
pas  que  je  sois  catholique.  L'effroi  que  produit  chez 
quelques-mis  Topinion  de  la  iin  procliaioe  du  moude 
me  détermine  aussi  à  recueillir,  dans  les  chroniques  et 
les  histoires,  le  nombre  des  années  passées  ,  afin  qu'on 
sache  clairement  combien^il  s'en  est  écoulé  depuis  la 
création.  Mais  d'abord  je  réclame  Fîndulgence  des 
lecteurs  si  je  m'écarte ,  daus  les  mots  et  daas  les 
syllabes ,  des  règles  de  la  grammaire  dont  je  ne  suis 
pas  bien  instruit;  car  je  ne  nie  suis  jamais  appliqué 
qu'à  retenir  j  avec  simplicité  et  sans  doute  de  cœur ,  ce 
dont  i'Éghse  prêche  la  croyance,  sachant  que  Fhomme, 
sujet  au  péché,  peut  obtenir  grâce  par  une  loi  sincère 
auprès  de  notre  clément  Seigneur. 


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à  PROLOGUË. 

Je  crois  donc  en  Dieu,  Père  tout-puissant  ;  je  crois  en 
Jésus-Christ,  son  fils  unique,  notre  Seigneur  Dieu,  né 
du  Père  et  non  créé  ;  je  crois  qu'il  a  toujours  été  aTCC 
le  Père,  non  depuis  un  temps,  mais  avant  tous  les  temps; 
car  on  ne  pourrait  appeler  celui-ci  père  s'il  n'avait  pas 
de  fils,  ni  celui-ci  fils  s'il  n'avait  pas  de  père.  Je  repousse 
avec  exécralion  ceux  qui  disent  :  //  était  quand  il  n'était 
pas,  etc.,  et  j'affînne  qu'ils  sont  rejetés  de  rÉglise.  Je 
crois  que  le  Christ  est  le  Verbe  du  Père,  par  qui  toutes 
choses  ont  été  faites.  Je  crois  que  ce  Verbe  a  été  fait 
chair  et  que ,  par  sa  Passion ,  il  a  racheté  le  monde.  Je 
crois  que  son  humanité  et  non  sa  divinité  a  été  soumise 
à  la  Passion.  Je  crois  qu'il  ressuscita  le  troisième  jour, 
qu'il  délivra  l'homme  perdu,  qu'il  monta  dans  les  cieux 
où  il  est  assis  à  la  droite  du  Père,  et  qu'il  viendra  pour 
Juger  les  vivants  et  les  morts.  Je  crois  que  le  Saint- 
Esprit  procède  du  Père  et  du  Fils ,  qu'il  ne  leur  est  pas 
inférieur,  qu'il  existait  en  même  temps.  Je  crois  qu'il 
est  Dieu  égal  au  Père  et  au  Fils,  étant  d'une  même 
nature^  d'une  omnipotence  égale,  d'une  essence 
coétemelle,  de  telle  sorte  >qu'il  n'a  jamais  été  sans  le 
Père  et  le  Fils,  et  qu'il  n'est  inférieur  ni  à  l'un  ni  à 
l'autre.  Je  crois  quexette  sainte  Trinité  subsiste  dans  la 
distinction  des  personnes ,  et  qu'autre  est  la  personne 
du  Père,  autre  celle  du  Fils,  autre  celle  du  Saint-Esprit. 
Dans  cette  Trinité,  je  confesse  un  seul  Dieu ,  une  seule 
puissance  et  une  seule  essence.  Je  crois  à  la  bienheu- 
reuse Marie,  vierge  avant  l'eu  lanternent  et  vierge  après. 
Je  crois  à  l'immortalité  de  Pâme  ;  mais  je  ne  c^ip  zss 


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PROLOGUE.  5 

qu'eUe  ait  une  part  de  divinité.  Je  crois  fidèlement  à 

tout  ce  qui  a  été  établi  par  les  trois  cent  dix-huit  évèques 
du  concile  de  Nicée.  Je  pense,  sur  la  iin  du  monde ,  ce 
que  j'ai  appris  de  mes  anciens.  L'Antéchrist  d'abord 
introduira  la  circoncision»  aflirmant  qu'il  est  le  Christ; 
ensuite  il  placera  sa  statue  pour  qu'on  Fadore  dans  le 
temple  de  Jérusalem,  comme  nous  lisons  que  l'a  dit  le 
Seigneur  :  Vous  verrez  VtUnminaHm  de  la  désolation  dans 
le  lieu  saint  ^  Mais  le  Seigneur  lui-même  montre  par 
ces  paroles  que  tous  les  hommes  ignorent  ce  tte  heure  : 
Quant  à  ce  Jour  ou  à  celle  heure,  nul  ne  le  saU,  ni  le$ 
anges  qui  sont  dans  le  cicL  ni  le  FilSj  mais  le  Père  seul*. 
Nous  répondrons  aux  hérétiques  qui  affîrment  que  le 
Fils  est  inférieur  au  Père  puisqu'il  ignore  ce  jour  : 
qu'ils  sachent  donc  que  ce  Fils  est  le  peuple  chrétien, 
duquel  Dieu  a  dit'  :  Je  serai  leur  père ,  et  ils  seront  mes 
fils  S'il  avait  voulu  parler  de  son  Fils  unique,  il  n'eût 
jamais  mis  les  anges  auparavant^  car  il  dit  :  Ni  les  anges 
qui  sont  dans  le  del  ni  le  Fils  ;  ce  qui  fait  voir  que  ces 
paroles  se  rapportent,  non  à  son  fils  uni(jue,  mais  à  son 
peuple  adoptif  •  Notre  ûn  à  nous»  c'est  le  Christ  lui-même 
qui,  dans  son  immense  bonté,  nous  accordera  la  vie  éter- 
nelle, si  nous  nous  sommes  tournés  vers  lui. 

La  supputation  des  années  du  monde  et  leur  en- 
chaînement sont  clairement  exposés  dans  les  chroniques 
d'£usèbe»éYèque  de  Césarée^  et  du  prêtre  Jérôme.  Orose^ 

ê. 

*  Èvang.  selon  saint  Mathieu,  chap.  xxiv,  v.  1^ 

*  Évang.  selon  saint  Marc,  chap.  xiii.  v.  32. 

9  JI*  £piire  de  saint  Paul  aux  Corinth.,  chap.  vi,  v.  1^. 


é  ÂDAH£X£Y£. 

à  l'aide  de  recherches  laborieuses ,  a  de  même  donné 
i'eiiiemble  des  années  écoulées  depuis  lecommencemeai 
du  monde  jusqu'à  son  temps.  Et  c'est  ce  qu'a  fait  aussi 
Victor,  lorsqu'il  s'efforçait  de  déterminer  Tépoque  de  la 
solennité  pascale,  l^ous  désirons^  à  limitation  de  ces 
auteurs,  et ,  si  Dieu  daigne  nous  prêter  son  concours , 
calculer  la  série  des  années  qui  se  sont  écoulées  depuis 
la  naissance  du  premier  bomme  jusqu'à  nos  jours  ;  et 
nous  accomplirons  plus  facilement  cette  tâche  si  nous 
remontons  à  Adam. 

■ 

L-^An  commencement  Dieu  forma  dans  son  Cbrist, 

qui  est  le  principe  de  toutes  choses,  c'est-à-dire  dans  son 
Fils,  le  ciel  et  la  terre.  Après  avoir  créé  les  éléments 
du  monde,  il  prit  une  motte  d'un  frtigile  limon  et  en 
façonna  I  homme  à  son  image  et  à  sa  ressemblance  ;  il 
souffla  sur  sa  face  le  souMe  de  vie ,  et  Tbomme  fut  fait 
en  âme  vivante.  Pendant  qu'il  dormait.  Dieu  lui  ôta  une 
côte  dont  il  forma  la  femme  £ve.  11  n'est  pas  douteux 
que  ce  premier  honune,  Adam^  avant  le  péché^i  n'offrit 
les  traits  du  Seigneur^  notre  Rédempteur;  car  Jésus  lui- 
même^  durant  le  sommeil  de  la  Passion,  laissa  échapper 
de  l'eau  et  du  sang  de  son  côté,  et  il  produisit  une  ËgHse 
vierge  et  immaculée,  rachetée  par  ce  sang,  puriûée  par 
cette  eau,  n'offrant  ni  tache  ni  ride,  c'est-à-dire  purgée 
de  toute  tache  et  de  toute  ride  par  la  vertu  du  baptême 
et  de  la  croix.  Ces  deux  premières  créatures  humaines» 
qui  vivaient  heureusement  au  milieu  des  délices  du 


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GAIN.— ÉNOCH.— LE  DÉLUGE.  7 

Paradis,  séduites  par  la  ruse  du  serpent,  transgressèreul 
les  préceptes  divins,  et,  chassées  de  ce  séjour  céleste, 
elles  furent  jetées  dans  les  fatigues  du  monde. 

lî. — La  femme  conçut  de  son  mari,  et  enfanta  deux 
fîls.  Mais  tandis  que  Dieu  accueille  avec  bienveillance  le 
sacrifice  de  Tun,  Tautre  animé  par  l'envie  s'emporte,  se 
Jette  sur  son  frère ,  l'accable ,  le  tue  et  devient  par 
l'effusion  de  ce  sang  fraternel  le  premier  parricide. 

III.  — ^Dès  lors  toute  la  race  se  précipita  dans  des 
crimes  exécrables  j  excepté  Énoch  le  Juste,  qui,  mar- 
chant dans  les  voies  de  Dieu,  fut,  à  cause  de  sa  justice, 
enlevé  par  le  Seigneur  lui-même  du  milieu  de  ce 
peuple  de  pécheurs  ;  car  nous  lisons  :  Énoch  marcha 
avec  Dieu,  et  il  ne  parut  plus  parce  que  Dieu  Venleva^, 

IV.  — Le  Seigneur  donc,  irrité  des  iniquités  du  peuple 
qui  ne  marchait  pas  dans  ses  voies,  envoya  le  déluge  et 
fit  disparaître,  par  une  inondation,  toutes  les  créatures 
vivantes  de  la  face  de  la  terre.  Il  conserva  seulement 
dans  Tarche ,  pour  renouveler  le  genre  humain ,  Noé , 
qui  lui  était  resté  fidèle  et  reproduisait  son  image ,  et 
avec  lui  sa  femme  et  les  femmes  de  ses  trois  fils.  Ici  les 
hérétiques  nous  demandent  avec  reproche  pourquoi 
l'Écriture  sainte  a  dit  que  le  Seigneur  s'était  mis  en 
colère.  Qu'ils  sachent  donc  que  Nctrc-Scigneur  ne 
s'emporte  pas  à  la  manière  des  hommes  :  il  s'émeut  pour 
effrayer,  il  chasse  pour  rappeler,  il  s'irrite  pour  corriger. 
Je  ne  doute  pas  non  plus  que  cette  arche  ne  soit  l'image 
de  l'Église,  notre  mère  ;  l'Église,  naviguant  au  milieu 

J  Genèse,  chap.  v,  v.  2i, 


9 

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8        '  NOfi  ET  SES  FILS.  . 

des  Ilots  et  des  écueils  de  ce  inonde,  nous  recueille  dans 
son  sein  maternel  poar  nous  préserver  des  maux  qui 
nous  menacent ,  et  nous  couTre  de  ses  bras  et  de  sa 
protection  tutéiaire. 

Depuis  Adam  jusqu'à  Noé,  on  compte  dix  générations  : 
Adam ,  Seth ,  Enos ,  Caïnan  ,  Malaléel,  Jared  ,  Enoch  , 
Mallmsalem ,  Lamech,  Noé.  Pour  ces  dix  générations  > 
on  trouve  mille  deux  cent  quarante-deux  ans.  Adam  fui 
enterré  dans  la  terre  de  Chanaan ,  appelée  auparavant 
Ébron,  comme  l'indique  dairemeot  le  livre  de  Josué. 

V. — Après  le  déluge,  Noé  avait  trois  fils,Sem,  Cham  et 
Japhet.  Ils  donnèrent  tous  trois  naissance  à  des  nations; 
et,  comme  le  dit  Fancienne  histoire,  c'est  d'eux  que  le 
genre  humain  est  sorti  pour  se  disperser  sous  la  face 
du  deL  Le  premier  né  de  Cham  fut  Ghus^  qui ,  par 
l'insinuation  du  diable ,  inventa  l'art  de  la  magie  et 
l'idolâtrie.  Le  premier  aussi,  i)ar  Tinstigation  du  diable, 
il  construisit  une  statue  pour  l'adorer  ;  et  par  son  pou* 
voir  trompeur,  il  faisait  voir  aux  hommes  des  étoiles  et 
du  feu  tombant  du  ciel.  11  passa  chez  les  Perses  qui 
l'appelèrent  Zoroastre,  c'estpà-dire  étoile  vivante.  Ayant 
pris  de  lui  la  coutume  d'adorer  le  feu,  ils  adorent, 
comme  un  Dieu,  cet  homme  même  qui  fut  brûlé  par 
le  feu  divin. 

YL — ^Lorsque  les  hommes  se  multipliant  se  furent 
répandus  par  toute  la  terre,  ils  sortirent  de  l'Orient 
et  trouvèrent  les  champs  fertiles  de  Sennaar.  Ils  y 
bâtirent  une  ville  et  s'efforcèrent  d'élever  une  tour  qui 
atteignit  aux  cieux.  Mais  Dieu,  mettant  la  confusion  dans 


Lâ  tour  de  BABEL.— ABRAHAM.  V 

leur  Taine  entreprise  et  dans  leur  langue»  le» dispersa 
par  tonte  la  terre  dans  les  vastes  espaces  do  monde.  La 
ville  fui  nommée  tîabel,  c'est-a-dire  confusion,  parce 
que  Dieu  avait  confondu  leurs  langues.  C'est  la  Baby- 
lone  bâtie  par  le  géant  Nembroii,  fils  de  Cluis;  Orose 
rapporte  dans  son  histoire  qu  elle  a  été  construite  en 
forme  de  carré,  dans  une  plaine  magnifique  ;  son  mur, 
bâti  de  briques  et  de  bilunie,  a  cinquante  coudées  d'é- 
paisseur^ deux  cents  de  haut,  et  quatre  cent  soixante-dix 
stades  de  circuit.  Le  stade  est  de  cinq  aripemes.  Il  y  a  sur 
chaque  côté  vingt-cinq  portes,  ce  qui  fait  en  tout  cent. 
Les  battants  de  ces  portes,d'une  grandeur  extraordinaire, 
étaient  fondus  en  airain.  Le  niènie  historien  donne  beau- 
coup d'autres  détails  sur  cette  ville  et  ajoute  :  a  Celte 
construction ,  malgré  sa  magnificence ,  n'en  fut  pas 
moins  |)rise  et  renversée.  » 

Vil. — ^Le  premier  fils  de  Noé  fut  Sem,  duquel  naquit 
Abraham  à  la  dixième  p^énération  ;  c'est-à-dire  Noé, 
Sem,  Arphaxad,  Salé,  liéber^  Phaleg,  Reû,  Sarug 
et  Tharé,  qui  engendra  Abraham.  Pendant  ces  dix  gé- 
nérations, c'est-à-dire  depuis  ]\oé  jusqu'à  Abrabau],  on 
trouve  neuf  cent  quarante -deux  ans.  En  ce  temps 
régnait  Ninus,  qui  bâtit  une  ville  appelée  Ninive,  à 
laquelle  le  prophète  Jonas  assigne  une  étendue  de 
trois  journées  de  chemin.  C'est  dans  la  quarante-troi- 
sième année  du  règne  de  Ninus  que  na(iuit  Abraham, 
et  c'est  à  Abraham  que  commence  notre  foi.  Il  reçut 
les  promesses  de  Dieu,  el  le  Christ  Notre-Seîgneur  lui 

fil  counaitic,  en  changeant  la  victime  du  sacriiice,  qu'il 

1. 


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10  LES  FILS  D'ABRAHAM. 

naîtrait  et  soufli irait  pour  nous,  car  u  ilit  lui-même 
dans  rÉvangiie;  Abraham  a  désiré  avec  ardeur  dê 
«otr  mon  jour,  êi  il  Va  m,  et  il  a  été  rempli  de  joie  ^ 
SéYère  raconte^  dans  sa  chronique,  qu'Abraham  offrit 
son  holocauste  sur  le  mont  Calyaire,  où  le  Seigneur  a 
été  crucifié,  et  c'est  aujourd'hui  encore  l'opinion  com-* 
mune  dans  la  Tille  même  de  Jérusalem,  Sur  cette  mon- 
tagne a  été  plantée  la  croix  sainte  où  fut  attaché  noire 
Rédempteur  et  d'où  coula  son  bienheureux  sang.  Abra- 
ham reçut  le  signe  de  la  circoncision;  ce  qui  fait  tcnf 
que  le  signe  qu'il  portait  sur  le  corps,  nous  devons  lô 
porter  dans  notre  cœur,  car  le  prophète  dit  :  Ayei  Min 
lie  wm$  eire&mire  pour  votre  IHeu  et  de  dreondre 
w>tre  cœur^.  £t  :  Ne  suivez  point  les  dieux  étrangers*. 
aussi  :  Tout  étranger  incireoncis  de  ecmr  n'entrera  poini 
dans  mon  sanctuaire''.  Dieu,  après  avoir  ajouté  une 
syllabe  au  nom  d'Abraham  \  l'appela  le  père  d*un  grand 
nombre  de  nations. 

VllL-^A  l'âge  de  cent  ans,  il  engendra  Isaac  Isaac, 
dans  la  soixantième  année  de  son  âge,  eut  deux  fils  de 
Rébecca.  Le  premier,  Ésaïi,  qu'on  appelle  aussi  Édom, 
c'est-à-dire  fait  de  terre,  vendit  son  droit  d'aînesse  par 
gourmandise.  Il  est  le  père  des  Idmnéens  :  lobab  en 
descendit  à  la  quatrième  génération;  c'est-à-dire  Ésau» 

1  Èvang.  «elon  faint  Jean,  chap.  vin,  66» 
t  J}ei$iéronome,  chap.  zi,  y.  10. 
•  JérémU^  chap.  zxxv»  t.  15. 
^  ÈitéeUtit  chap.  xliv,  v.  9. 
S  Abraham  au  lieu  d'Abram. 


7AC0B  ET  SES  ^ILS.  11 

Rahud,  Zara  et  Jobab,  qui  engendra  Job.  Celui-ci  vécut 
deax  cent  quarante^neut  anfi  :  dans  sa  qnatre-Tîugtiënie 
année^  il  fut  délivré  de  ses  infirmités;  après  celte  gué-' 
risoD,  il  vécut  cent  soixante-dix  ans,  ayant  recouvré  au 
double  toutes  ses  richesses,  et  il  eut  le  bonheur  de  se 
voir  enlouré  d'autant  de  lils  qu'il  en  avait  perdu. 

IX.-^Iie  second  fils  dlsaac  fut  Jacob,  chéri  de  Dieu^ 
comme  Ta  dit  le  Seigneur  par  la  bouche  du  prophète  : 
J'ai  aimé  Jacob  H  j'ai  hai  Ésaû  Depuis  sa  lutte  contre 
Fange  il  fut  appelé  Israël,  et  de  ce  nom  vient  celui  des 
Israélites.  IJ  engendra  douze  patriarches  dont  voici  les 
noms  :  Ruben,  Siméon»  Lévi,  Juda,  Issacbar,  Zabulon^ 
Dan,  Nephthali,  Gad  et  Aser-  Après  ceux-ci  il  eut  de 
Bacfael  Joseph,  dans  la  quatre-vingt-douzième  année 
de  son  âge.  Il  aima  ce  fils  painiessus  les  autres.  11  eut 
aussi  de  Rachel  Benjamin,  qui  fut  le  dernier  de  tous. 
Joseph,  à  ràge  de  seize  ans,  image  du  Rédempteur, 
eut  des  songes  quMl  raconta  à  ses  frères:  il  crut  vdr 
qu'il  liait  des  gerbes  que  les  gerbes  de  ses  frères  ado- 
raient; et  ensuite,  que  le  soleil  et  la  lune,  avee  ooie 
étoiles^  tombaient  devant  lui.  Ces  choses  allumèrent 
oontre  lui  k  haine  de  ses  frères  :  enflammés  de  jalou- 
sie, ils  le  vendirMt  pour  vingt  pièces  d'argent  à  des 
Ismaéhtes  qui  allaient  en  Egypte.  Pressés  par  la  famine,  * 
les  frères  de  Joseph  se  rendirent  en  Egypte  et  furent 
reconnus  par  Joseph,  qu'ils  ne  reconnurent  pas.  Après 
leu]^  avoir  fait  subir  de  longues  épreuves  et  s'être  fait 
amener  Benjamin,  qui  était  né  de  sa  m^  Rachel,  Jo- 

i  JCalocfcie,  cnap.  i,  v.  3,  3, 


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1%  LE  NIL. 

sepli  se  découvrit  à  eux.  Alors  tons  les  Israélites  des- 
cendirent en  Égy[>le,  où  Joseph  les  ût  jouir  de  la  faveur 
de  Pharaon.  Jacob  mourut  en  Ëgypte»  après  avoir  béni 
ses  douze  fils,  et  fut  porté  au  tombeau  de  son  [)ère 
IsaaC)  dans  la  terre  de  Chanaau.  Joseph  et  Pharaon 
morts^  toute  la  race  des  Israélites  fut  réduite  en  servi- 
tude, et  ce  fut  Moïse  qui  l'en  tira  après  les  dix  plaies 
fl'Égypte  et  quand  Pharaon  eut  été  engbuti  dans  la 
mer  Ronge. 

X.^Coinmc  plusieurs  auteurs  ont  beaucoup  parlé  du 
passage  de  cette  mer,  je  crois  convenable  de  dire  ici 
quelque  chose  de  la  situation  de  cet  endroit  et  du  pas- 
sage même.  Le  Nil^,  comme  on  le  sait,  parcourt  toute 
FÉgypte  et  la  féconde  par  ses  débordements;  c'est  pour 
cela  que  les  Égyptiens  sont  aussi  appelés  habitants  du 
Nil.  Un  grand  nombre  de  voyageurs  disent  que  les 
bords  de  ce  fleuve  sont  couverts  maintenant  de  saints 
monastères.  Sur  son  rivage  est  bâtie  une  ville  nonuuée 
Babylone,  mais  qui  n'est  pas  cette  Babylone  dont  noos 
avons  parlé  plus  liante  Joseph  y  fit  construire  des  gre- 
niers d'un  travail  étonnant^  et  bâtis  en  pierres  carrées 
ot  en  modlons.  Ils  sont  spacieux  dans  le  bas  et  resser- 
rés dans  le  haut^  de  telle  sorte  qu'un  y  jette  les  grains 
par  un  petit  trou.  On  voit  encore  ai^ourd'hui  ces  gre- 
niers Ce  fut  de  cette  ville  que  le  roi  partit  a\ec  une 
armée  de  chars  et  un  grand  nombre  de  fantassins  à  la 

t  C'est  le  Caire. 

«Ce  sont  les  Pyramides.  L'opinion  que  Grégoire  de  Tours  émet 
»ur  leur  destination  était  généralement  admise  an  moyen  Age. 


t 


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PASSA&£  D£  LÀ.  MER  ROUG£.  18 

poursuite  des  Hébreux  ^  Le  fleuve,  venant  de  Torient, 
court  à  Toccideni  vers  la  mer  Rouge.  De  Toccident. 
àTori^^avanceun  étangouuobrasdelamerRouge^ 
qui  a  environ  cinquante  milles  de  long  sur  dix-buit  de 
large.  A  Textrémité  de  cet  étangs  une  ville  nommée 
Clysma  a  été  bâtie  non  en  raison  de  la  fertilité  du  lieu, 
car  il  n'eu  est  pas  de  plus  stérile^  niais  à  cause  du  port, 
qm  attire  par  sa  commodité  les  vaisseaux  venant  de 
rinde.  De  là  les  marchandises  se  répandent  dans  toute 
TÉgypte.  Les  Hébreux  s'étant  dirigés  par  le  désert  vers 
cet  étang  s'avancèrent  jusqu'à  la  mer,  et,  trouvant  de 
Teau  douce,  ils  y  cam[)èrent.  Ils  étaient  donc  arrêtés 
dans  ce  lieu  resserré  entre  le  désert  et  la  mer,  comme 
le  rapporte  TÉcriture:  Pharaon,  apprenant  qu'ils  ' 
éULienl  embarrassés  en  des  lieux  élroiu  et  renfermés  par 
le  désert,  sans  ovotr  aucun  chemin  pour  Réchapper,  se 
met  à  leur  poursuite*.  A  son  approclie,  le  peuple  poussa 
de  grands  cris  vers  Moïse.  Celui-ci»  par  Tordre  de  Dieu, 
ayant  étendu  sa  baguette  sur  la  mer,  elle  se  divisa  ;  et 
les  Hébreux  passant  à  pied  sec,  entourés  des  eaux 
comme  d'un  mur,  ainsi  qu'il  est  écrit',  ayant  Moîse  à 
leur  têle^  arrivèrent  sains  et  sauls  à  l'autre  rivage^  qui 
est  vis-à-vis  le  mont  JSinaï,  taudis  que  Tarmée  des  . 
Égyptiens  fut  submergée.  J'ai  dit  qu'il  y  avait  beaucoup 
de  récits  relatifs  à  ce  passage  ;  mais  nous  avons  appris  la  ' 

t  Pour  l'explication  de  ce  passage,  comme  pour  tous  les  faits 
géoc^plûques,  nous  renvoyons  à  la  Géographie  de  Grégaire  de 
Tourê,  travail  entic-rement  nouveau  que  nous  avons  cru  utile  de 
joindre  îi  cette  traduction.  (V.  h.  la  fin  du  t.  II,  au  mot  NUut.) 

s  Exode,  chap.  ziv,  v.  3.  —  *  Exode,  chap.  ziv,  v.  2%, 


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U  PAS8AGB  DE  LA  MER  R0U6B. 

Térité  par  le  témoignage  de  savanls  et  d'hommes  qui 
ont  râité  les  lieux  mêmes,  ei  nous  TioséroDs  ici.  Us 
disent  en  effet  que  les  sillons  tracés  par  les  roues  des 
chars  subsisieut  encore^  et  qu'on  les  aperçoit  dans  le 
fond  des  eaux  aussi  loin  que  la  vue  peut  percer.  Si 
quelque  mouyement  de  la  mer  vient  à  les  cacher^  on  les 
moit  par  la  Yolontô  de  Dieu  lorsque  les  ûotss'apaisent. 
D'antres  disent  que  les  Israélites^  après  avoir  (Ut  dans 
la  mer  un  tour  peu  étendu^  revinrent  à  la  même  rive 
d'où  ils  étaient  partis;  d'autres  affirment  qu'ils  passé* 
vent  tous  par  un  seul  chemin,  et  quelques-uns  qu'un 
obemin  s'ouvrit  pour  chaque  tribu,  à  l'appui  de  quoi 
ils  apportent  le  témoignage  du  psanme  i  B  a  si^ 
paré  la  mer  Rouge  en  sentiers.  Il  faut  entendre  ces 
mots  selon  l'esprit  et  non  selon  la  lettre,  car  il  y  a  dans 
ce  monde,  qu'on  appelle  figurément  une  mer»  un  grand 
nombre  de  parts  distinctes,  et  tous  ne  peuvent  pas  au 
as>mo  moment  et  par  un  seul  chemin  passer  à  la  vie 
éternelle.  Les  uns  passent  à  la  première  heure  :  ce  sont 
ceux  que  le  baptême  a  régénérés  et  qui  peuvent  persis- 
ter jusqu'à  la  fin  de  la  vie  terrestre  sans  aucune  souil- 
lure de  la  chair  ;  d'autres  passent  à  la  troisième  heure: 
ce  sont  ceux  qui  se  convertissent  dans  un  fige  plus 
avancé;  d'autres  &  la  sixième  heure  :  ce  sont  ceux  qui 
compriment  la  violence  des  désirs  luxurieux  ;  et  à  ces  di- 
verses  heures,  comme  dit  rÉvangéliste,  ils  doivent  tra- 
vailler chacun  selon  sa  foi  à  la  vigne  du  Seigneur.  Tels 
sont  les  sentiers  par  lesquels  on  passe  cette  mer.  Quant 
à  cette  opinien  qw  leskratiites,  étant  allés  jusque  dans 


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ISBAKL  nAKS  LE  1>ÉSERT.-«AUL.  1§ 

k  metp  rennrent  en  oôloyaDi  Tétaug»  eUe  s  apfMiia  sur 
ee  que  Dieo  dit  à  Moïse:  Qu'iU  rekmmnU  tî  qu'ik 

campent  devanl  Phtahiroih,  qui  est  entre  Magdal  H  (a 
mer,  «ts-à-oû  éê  MêeUeplum  K  U  a'esi  pas  douteux  qjoe 
ce  passage  de  la  mer  et  la  colonne  de  nuées  sont  l'image 
de  noire  baptême,  puisque  le  bienheureux  apôtre  Paul 
dit:  Or,wm$ntd9CêspaMignùrêr,mesfrirm,qu$  mm 
pères  oni  été  tous  sous  la  nuée,  qu  ils  ont  tous  été  bapti^ 
i«f  $om  inconduiu  dê  Mom  doiu  la  nuée  el  éum fe 
mer'.  Lacdonoede  feu  est  rimage  do  Saint-Esprit 

Depuis  la  naissance  d'Abraham  jusqu'à  la  sortie  d« 
fils  d'Israël  ou  le  passage  de  la  mer  Rougo^  qni  arriTm 
la  qiiaire-Yingtième  année  de  Moïse^  on  compte  quatre 
cent  soixante-deux  ans. 

XL — ^Âprès  cela,  les  Israélites  demeurèrent  quarante 
ans  dans  le  désert^  où  ils  reçurent  des  lois,  furent  éprou* 
Tés  et  vécurent  de  la  nourriture  des  anges;  ensuite^ 
après  avoir  reçu  la  loi,  ils  passèrent  le  Jourdain  avec 
Josué  et  prirent  possession  de  la  Terre  promise. 

XIl^Après  la  mort  de  Josué,  les  Hébreux,  méprisant 
les  préceptes  divins,  furent  souvent  réduits  en  serYi- 
tode  par  les  nations  étrangères.  Mais  lorsqu'ils  se  oon« 
Tertissaient  et  gémissaient.  Dieu  leor  donnait  des 
hommes  courageux  dont  le  bras  les  délivrait.  Ensuite 
demandant  au  Seigneur»  par  Tentremise  de  Samuel»  nn 
roi,  comme  les  autres  nations,  ils  en  reçurent  d'abord 
Saûl,  et  ensuite  David. 

Depuis  Abraham  jusqu'à  David  on  compte  quatorse 

*  Exodê,  cbap.  xiv,  t.  3. 

s  JM  Rfàre  de  saint  Paul  aux  Corinth.,  chap,  x,  r,  l,  % 


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M  .         SALOMON.— CONSTRUCTION  DU  TEMPLE. 

générations:  Abraham,  Isaac,  Jacob,  Juda,  Phares, 
Esron,  Aram^  Aminadab,  Naason,  Salmon^  Booz,  Obeà, 
Jessé  et  David ^  qui  eut  Salomon  de  Bersabée.  Salomon 
fut  élevé  au  trône  par  le  prophète  Nathan^  par  son  frère 
et  par  sa  mère. 

XIII.  — A  la  mort  de  David,  Salomon  ayant  com- 
mencé à  régner^  le  Seigneur  lui  apparut  et  lui  promit  de 
lui  accorder  ce  qu'il  demanderait.  Le  roi,  mépridant  les 
richesses  terrestres,  préféra  la  sagesse.  Celte  demande  . 
plut  tellement  au  Seigneur  qu'il  lui  dit  :  Parce  qite  • 
wm  n'avez  point  demandé  lee  royaumes  de  ce  monde 
7ii  ses  richesses,  mais  que  vous  m'avez  demandé  la  sa- 
geese^vous  Vaurez  de  telle  eorte  qu'il  n'y  ait  jamais  eu 
d'homme  avant  vous  qui  vous  ait  égalé  et  qu'il  n'y  en 
aura  point  après  vous  qui  vous  égale  \',  ce  qui  fut  con- 
firmé par  le  jugement  que  le  roi  rendit  sur  ces  deux 
fcuiiiies  qui  se  disputaient  un  enfant.  Salomon  bâtit^ 
au  nom  du  Seigneur^  un  temple  admirable^  orné  de 
beaucoup  d'or,  d'argent,  d'airain  et  de  fer,  en  sorte 
que  quelques-uns  disent  qull  n'y  a  jamais  eu  dans  le 

'  monde  un  semblable  édifice. 

Depuis  la  sortie  des  fils  d'Israël  de  TÉgypte  jusqu'à 
la  construction  du  Temple,  qui  eut  lieu  la  septième 
année  du  règne  de  Salomon,  on  trouve  quatre  cent 
quatre  -  vingts  ans  ,  comme  Tatteste  Tbistoire  des 
Rois. 

XIV.  — Après  la  mort  de  Salomon,  le  royaume  fut  ^- 

Visé  en  deux  parties,  à  cause  de  riniquilé  de  Koboam. 

s  R»i$,  Uv.  III,  chap.  ni,  v.  11,  12. 


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BOIS  DES  JUIFS.  17 

n  resta  à  Roboam  deux  tribus  qui  furent  appdées 

royaume  de  Jiida;  et  Jéroboam  en  eut  dix,  qu'on  appela 
royaume  d'Israël.  Ensuite  ces  tribus  s'adonnèrent  à 
ridolàtrie,  et  ne  purent  êlre  rappelées  ni  par  les  oracles, 
ni  par  la  mort  de  leurs  prophètes^  ni  par  les  désastres 
de  leur  pairie,  ni  par  la  ruine  même  de  leurs  rois; 
•  tant  qu'enfin  le  Seigneur^  irrité  contre  elles,  suscita 
Nabuchodonosor,  qui  les  emracna  captives  à  Babylone, 
ayec  tous  les  ornements  du  Temple.Le  prophète  Daniel, 
qui  resta  sain  et  sauf  parmi  les  lions  affamés^  et  les' 
trois  jeunes  hommes,  qui  demeurèrent  couverts  de  ro- 
sée au  milieu  des  flammes,  subirent  cette  captivité, 
pendant  laquelle  prophétisa  Ézéchiel  et  naquit  le  pro- 
phète Ësdras. 

Depuis  David  jusqu'à  la  ruine  du  Temple  et  la  cap- 
tivité en  Babyloue,  on  compte  quatorze  générations, 
c'est-à-dire  David,  Salomon,  Roboam,  Âbias,  Asa,  ' 
Josaphat,  Jorain,  Ozias,  Joalham,  Achaz,  Ezéchias, 
Manassé,  Amon,  Josias.  Pendant  ces  quatorze  généra* 
tiens,  on  trouve  trois  cent  soixante-un  ans.  Les  Israélites 
furent  délivres  de  cette  captivité  par  Zorobabel,  qui 
ensuite  rétabht  le  Temple  etla  ville.  Cette  captivité  est, 
je  crois,  Fimage  de  Ja  captivité  oii  est  retenue  Tàme 
pécheresse,  et  qui  la  fera  vivre  dans  un  horrible  exil 
si  elle  n'est  pas  délivrée  par  Zorobabel,  c'est-à-dire  par 
le  Glirist.  Le  Seigneur  le  dit  lui-même  dans  l'Évangile  ; 
Si  le  Fils  vou$  met  en  liberlé,  vous  serez  véritablement 
K&res  *.  Qu'il  daigne,  je  Feu  supplie,  se  conslruire  en 

*  Èvang,  selon  eaini  Jean,  ohap.  zin,  y.  36. 


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18    DU  BEXOUR  D£S  JUIFS  JUSQU'A  JÉSUS-CHKIST. 

nous-mêmes  un  temple  où  il  vienne  habiter,  où  la  foi 
brille  comme  Tor^  où  Féloquence  de  la  sainte  prédica- 
tion éclate  comme  l'argent^  et  où  tous  les  ornements  do 
temple  "visible  reluisent  dans  la  tempérance  de  nos  sens 
et  Tbonnéteté  de  notre  vie  1  Que  le  Seigneur  couronne 
nos  bonnes  intentions  de  salutaires  effets;  car  st  h  Sei- 
gneur ne  bâtit  une  maison,  c'est  en  vain  que  travaillent 
eewe  qui  la  bàtissmu^.  On  dit  que  cette  captivité  dura 
soixante-seize  ans. 

XV.— Ramenés  dans  leur  patrie  par  Zorobabel»  tantôt 
murmurant  contre  Dieu,  tantôt  se  prosternant  aux 
pieds  des  idoles  ou  faisant  des  abominations,  imitant 
les  actions  des  Gentils  et  méprisant  les  prophètes  de 
Dieu^  les  Israélites  furent  envahis^  subjugués  et  massa- 
crés par  les  Gentils  jusqu'à  ce  que  le  Seigneur,  annoncé 
par  la  voix  des  prophètes  et  des  patriarches,  conçu 
dans  le  sein  de  la  Vierge  Marie  par  Topération  du  Saint- 
Esprit,  daignât  naître  pour  racheter  cette  nation,  ainsi 
que  toutes  les  autres. 

Depuis  le  retour  à  Jérusalem  jusqu'à  la  naissance 
'de  Jésus -Christ,  on  compte  quatorze  générations» 
c'est-à-dire  Jéchonias,  Salatbiel,  Zorobabel^  Abiud, 
Ëliacim,  Azor,  Sadoc,  Achim,  Éliud,  Éléazar,  Mathan, 
lacob,  Joseph >  époux  de  Marie,  qui  enfanta  Notre^ 
Seigneur  Jésus  «Christ;  Joseph  est  le  quatorzième* 

XY  L— Pour  ne  pas  avoUr  Tair  de  ne  connaître  que  la 
seule  nation  des  Hébreux,  nous  parlerons  des  autres 
royaumes  et  dirons  quels  ils  furent  et  dans  quel  temps 

1  Psaume  cxxvi,  v.  1. 


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BOYAUMES  DIV£liS.— DMPEBEUBS  HUMAINS.  19 

de  rhistoire  des  Israélites  ils  subsistèrent.  Du  temps 

d'Abraham,  Ninus  régnait  sur  les  Assyriens;  Europs 
SQT  les  Sicyoniens.  Chez  les  Égyptiens  était  alors  la 
seizième  dominatioi].  que,  dans  leur  langue,  ils  appe- 
laient dynastie.  Du  temps  de  Moïse ,  les  Argiens 
avaient  pour  septième  roi  Tropas  ;  Gécrops  était  le  pre- 
mier roi  de  TAttique  ;  les  Égyptiens  avaient  pour  dou- 
zième roi  GenchriSi  qui  fut  submergé  dans  la  mer 
Rouge;  le  seizième  roi  des  Assyriens  était  Agatade; 
Marate  occupait  le  trône  des  Sicyoniens.  Du  temps  de 
Salomon,  lorsqu^il  régnait  sur  Israël,  Sylirius  était  te 
cinquième  roi  des  Latins  ;  Festus  celui  des  Lacédé- 
moniens  ;  Ûxion  était  le  deuxième  roi  des  Corinthiens; 
Théphei,  roi  des  Égyptiens.  Dans  la  cent  vingt-sixième 
année,  Eutrope  régnait  sur  les  Assyriens;  Agasaste 
était  le  second  roi  des  Athéniens.  Lorsqu'Amon  ré- 
gnait sur  les  Juifs,  quand  ils  furent  emmenés  en  cap- 
tivité en  Babylooie,  Argée  était  roi  des  Macédoniens; 
GygèSy  roi  des  Lydiens;  Yafrès,  roi  d^gypte  ;  et  Na- 
buchodonosor;  qui  emmena  les  Israélites  captifs,  était 
roi  de  Babylone  ;  Senrius  Tullius  était  le  sixième  roi  de 
ftome. 

XVII.— Après  eux  vinrent  les  empereurs.  Le  premier 
fut  Jples  César,  qui  s'empara  du  pouvoir  dans  tout  Veoh 
pire  ;  le  second  fut  Octave,  neveu  de  Jules  César,  et  qu'on 
nomme  aussi  Auguste,  d'où  le  nom  d'Auguste  donné 
à  un  mois.  Dans  la  dix-neuvième  année  de  son  règne, 
on  trouve  clairement  indiquée  la  fondation  de  Lyon, 
des  Gaules^  qu'on  nonmia  dans  la  suite  très-nobbi#  à 


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90     LA  NATIVITÉ.— LB  CHRIST  ET  SES  MIRiCLBS. 

cause  de  TilLustratioa  que  lui  donoa  le  sang  des 
martyrs.  ' 

XVIII.  — Dans  la  quarante-troisième  année  du  règne 
d'Auguste,  naquity  selon  la  cliair,  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ,  conçu ,  comme  nous  Fayons  dit ,  par  la  Vierge 
Maiùe,  dans  Bethléem^  ville  de  David.  Les  Mages,  ayant 
TU  de  rOrient  son  étoile  immense,  vinrent  avec  des 
présents^  et,  déposant  leurs  oflhmdes^  adorèrent  le 
nouveau-né.  Hérode ,  par  crainte  pour  son  royaume , 
s'efforçant  d'atteindre  le  Dieu-Christ ,  fit  périr  tous  les 
petits  enfants.  Mais  il  ne  tarda  pas  à  être  frappé  lui- 
niéme  du  jugement  de  Dieu. 

XIX.  ^Notre-Seigneur  Dieu^  Jésus-Christ^  préebe  la 
pénitence^  accorde  la  grâce  du  baptême,  promet  à  toutes 
les  nations  le  royaume  des  deux,  et  fait  »  au  milieu  du  . 
peuple,  des  prodiges  et  des  miracles  :  c'est-à-dire  qu'il 
change  Teau  en  vin,  qu'il  guérit  les  ûévreux,  rend  la 
lumière  aux  aveugles,  fait  renaître  les  morts  à  la  vie, 
délivre  des  esprits  immondes  ceux  ciui  en  sont  obsédés, 
et  guérit  la  peau  dégoûtauie  des  malheureux  lépreux. 
Pendant  qu'il  opérait  ces  miracles ,  ainsi  que  beaucoup 
d'autres,  il  prouva  clairtment  aux  peuples  qu'il  était 
Dieu;  ce  qui  alluma  la  colère  des  Juifs  et  anima  leur 
haine.  Alors  leur  esprit,  nourri  du  sang  des  prophètes, 
médita  méchamment  de  faire  périr  le  Juste.  Pour  que 
les  oracles  des  anciens  prophètes  fussent  accomplis  ^ 
Jesus-Cbrist  fut  livré  par  un  de  ses  disciples,  condamné 
injustement  par  les  pontifes,  insulté  par  les  Juifs,  cru- 
dûé  avec  des  larrons,  ct^  après  avoir  rendu  Tâme,  son  ' 


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70SEPH  D'ARIMATHTÊ.— L'APOTRE  JACQUES.  91 

corps  fut  gardé  par  des  soldais.  Pendant  qae  ces  choses 
se  passaient^  des  ténèbres  se  répandirent  snr  le  monde 
entier^  et  un  grand  nombre  dliomnies^  s  étant  convertis 
avec  gémissement,  confessèrent  Jésus  Ûls  de  Dieu. 

XX.  — Joseph,  qui  avait  embaumé  d'aromates  le  corps 
de  Jésus  et  Tavait  renfermé  dans  son  tombeau  ,  fut 
arrêté  et  mis  dans  une  prison^  où  il  fut  gardé  par  les 
chefs  mêmes  des  prêtres,  qui,  comme  on  le  voit  par  les 
rapports  que  Pilate  envoya  à  l'empereur  Tibère ,  l'a- 
vaient en  plus  grande  haine  que  le  Seigneur  lui-même, 
puisqu'il  fut  gardé  par  des  prêtres^  tandis  que  Jésus  ne 
Pavait  été  que  par  des  soldats.  A  la  résurrection  dn 
Seigneur,  une  vision  d'anges  ayant  effrayé  les  gardes 
qui  ne  le  trouvaient  plus  dans  le  tombeau,  pendant  la 
nuit  les  murs  de  la  prison  qui  renfermait  Joseph  furent 
enlevés  en  Vaic,  et  un  ange>  après  avoir  délivré  le  pri- 
sonnier,  remit  les  murs  à  leur  place.  Gomme  les  pontifes 
faisaient  des  reproches  aux  gardes  et  leur  redeman- 
daient vivement  le  corps ,  tous  les  soldats  leur  dirent  : 
«  Rendez  vous-même  Joseph ,  et  nous  rendrons  le 
Christ.  Mais,  en  vérité,  vous  ne  pouvez  rendre  le  bien- 
faiteur de  Dieu,  ni  nous  le  ûls  de  Dieu,  b  Les  prêtres 
restèrent  conius,  et  les  soldats  furent  absous  par  cette 
excuse. 

XXI.  — On  rapporte  que  Tapôtre  Jacques,  ayant  vu  le 

Seigneur  mort  sur  la  croix,  jura  plein  d'affliction, 
qu'il  ne  mangerait  de  pain  que  quand  il  aurait  vu  le 
Seigneur  ressuscité.  Enfin,  le  troisième  jour,  le  Seigneur, 
revenant,  échappé  avec  triomphe  au  Tartare,  se  montra 


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n  LA  RÉSURRECXION.— L'ASCENSION. 

à  Jacques  et  lui  dit  :  Lève-toi,  Jacques,  et  mange,  parce 
que  je  $uis  ressuscité  d'entre  les  morts.  C'est  Jacques  le 
Juste^  qu'on  nomme  le  frère  da  Seigneur  parce  quMl 
était  fils  de  Joseph  quiTavait  eu  d'une  autre  femme  que 
Marie. 

XXIL— Nous  croyonsquela  Résurrection  du  Seigneur 
a  eu  lieu  le  premier  jour  et  non  le  septième ,  comme 
beaucoup  le  pensent.  Le  jour  ou  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  est  ressuscité  est  celui  que  nous  avons  appelé 
dimanche,  c'est-a^re  jour  du  Seigneur,  à  cause  de  sa 
sainte  résurrection.  Ce  jour  fut  le  premier  qui ,  dans 
Torigine  des  temps,  vit  la  lumière,  et  c'est  aussi  le  pre- 
mier qui  eut  le  bonheur  de  contempler  le  Seigneur 
sortaat  du  tombeau. 

Depuis  la  captivité  de  Jérusalem  et  la  destruction  du 
Temple  jusqu'à  la  Passion  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  dix-septième  année  du 
règne  de  Tibère,  on  compte  six  cent  soixante-huit  ans. 

XXIIL — Le  Seigneur  étant  ressuscité,  et  ayant  dis- 
couru pendant  quarante  jours  avec  ses  disciples  sur  le 
royaume  de  Dieu ,  fut  euTcloppé  à  leur  vue  dans  un 
nuage,  et  monta  aux  cieux,  où  il  est  assis  dans  sa  gloire 
à  la  droite  du  Père.  Pilate  envoya  à  Tibère  des  rapports 
dans  lesquels  il  lui  parle  des  miracles  de  Jésus-Christ, 
de  sa  Passion  et  de  sa  Résurrection.  Ces  rapports  nous 

ont  été  coosenrés  j  usqu'à  présent  K  Tibère  en  fit  part  au 

« 

<  Les  0iilttPtIalî,qm  «ont  parvenus  jusqu'aux  temps  modernes, 
tout  éTidemment  des  fabrications  dépourvues  de  toute  authen- 
ticité. 


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PERSECtItlOKBE  KEROK.  f8 

Èénàiy  qui  les  rejeta  avec  colère ,  parce  qu'il  n'eu  avait 
pas  été  instruit  le  premier.  De  là  naquirent  les  premiers 
germes  de  haine  contre  les  Clirétiens.  Pilate  ne  resta 
pas  impuni  du  crime  de  sa  méchanceté»  c'est-à-dire  de 
la  mort  qu'il  fit  subir  à  Notre-Seignenr  Jésus-Cfarfst.  II 
se  tua  de  ses  propres  mains.  Un  grand  nombre  croient 
qu'il  était  manichéen,  d'après  ce  qu'on  lit  dans  l'Évan- 
gile :  Quelques-uns  des  Galiléens  vinrent  dire  à  Jésus  que 
FilaU  avait  méU  leur  sang  avec  celui  de  kurs  sacrificee 

De  même  le  roi  Hérode ,  ayant  persécuté  les'ap6tres  a 
du  Seigneur»  fut  frappé  pour  tant  de  crimes  par  la  main 
de  Dieu  ;  son  corps  enfla,  se  remplit  de  vers;  Uérode 
prit  un  couteau  pour  se  délivrer  de  son  mal  et  s'en 
frappa  de  sa  propre  main. 

XXI  Y.— Sous  le  règne  de  Claude^quatrième  empereur 
depuis  Auguste»  le  bienheureux  apôtre  Pierre  se  rendit 
à  Rome  où,  dans  ses  prédications,  il  prouva  clairement 
par  un  grand  nombre  de  miracles  qne  le  Christ  est  flis 
de  Dieu.  C'est  dans  ce  temps  que  les  Chrétiens  commen- 
cèrent à  paraître  à  Rome.  Comme  le  nom  du  Christ  se 
répandait  de  plus  en  plus  parmi  les  peuples ,  la  haine 
du  vieux  serpent  se  ralluma,  et  insuiua  une  cruelle 
méchanceté  dans  le  cc^ur  de  l'Empereur  ;  car  ce  Néron 
luxurieux,  vain  et  superbe ,  se  livrant  aux  hommes  et 
assouvissant  sur  eux  ses  désirs ,  amant  inCâme  de  sa 
mère,  de  ses  sœurs  et  de  toutes  ses  proches  parentes, 
pour  combler  la  mesure  de  ses  iniquités,  excita  le  pre- 

A  Éioang»  a^lon  saint  Luc,  cbap«  xitt,  1« 

^   -N 


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34  SAINT  PIERRË  CRUCIFÎÉ. 

mier  une  persécalion  contre  les  Chrétiens.  Il  avait  avec 
lui  Simon  le  Magicien^  homme  plein  de  méchanceté  et 
maître  dans  les  arts  de  la  magie.  Cet  homme  ayant  été 
vaincu  par  les  apôtres  du  Seigneur  Pierre  et  Paul , 
Néron,  irrité  contre  eux  parce  qu'ils  prêchaient  le  Christ 
iils  de  Dieu^et  refusaient  avec  mépris  d'adorer  les  idoles^ 
ordonna  qu'on  ftt  mourir  Pierre  sur  la  croix  et  Paul  par 
le  glaive.  Bientôt  lui-même^  cherchant  à  fuir  une  sédi- 
tion qui  s'était  élevée  contre  lui,  se  tua  de  sa  main ,  à 
la  quatrième  borne  à  partir  de  la  ville. 

Dans  ce  temps>  Jacques^  le  frère  du  Seigneur,  et  Marc 
l'Ëvangéliste  reçurent  la  glorieuse  couronne  du  martyre 
pour  le  nom  du  Christ.  Le  premier,  Étienue^  lévite  et 
martyr,  était  entré  dans  cette  bienheureuse  voie»  Après 
la  mort  de  Tapôtre  Jacques,  une  grande  calamité  acca- 
bla les  Juifs;  car  Vespasien  étant  monté  sur  le  trône, 
le  Temple  fut  incendié,  et  six  cent  mille  Juifs  périrent 
dans  cette  guerre  par  le  glaive  et  la  famine.  Domitien 
fut  le  àecond  qui^  après  Néron,  persécuta  les  Clirétiens: 
il  envoya  en  exil  dans  111e  de  Pathmos  Fapôtre  Jean, 
et  exerça  contre  le  peuple  diverses  cruautés.  A  sa  mort, 
saint  Jean,  apôtre  et  évangéliste,  revint  de  Texil  âgé  et 
plein  de  jours,  et,  après  avoir  mené  une  vie  parfaite  en 
Dieu,  il  s'enferma  vivant  dans  le  sépulcre.  On  dit  qu'il 
ne  connaîtra  point  la  mort  avant  que  le  Seigneur  vienne 
de  nouveau  i)our  le  jugement,  le  Seigneur  lui-même 
disant  dan»  les  Évangiles  :  fy  vmx  qik'U  demeure  jusqu'à 
ce  que  je  vienne  K 

i  Èvattg,  aelon  saint  Jean,  chap.  xxi,  y.  â3« 


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PERSECUTION  I)E  TRAJ AN.— HÉRÉSIES.  «5 

XXV. — ^Trajan^  le  troisième  après  Néron,  persécuta 
les  Chrélions  ;  sous  son  règne  saint  Clément^  troisième 
évêque  de  TÉglise  de  Rome^  subit  le  martyre.  On  dit 
aussi  que  saint  Siméon ,  cvcque  de  Jérusalem  et  fils  de 
Cléophas^  fut  cruciûé  pour  le  nom  du  Christ ,  et 
qu'Ignace,  évêque  d'Âniioche ,  fut  conduit  à  Rome  et 
livré  aux  bêtes.  Ces  événements  eurent  lieu  sous  Irsyan. 

XX  VI.— A  Trajan  succéda  iËlius  Adrien^  de  qui  Jéru- 
salem prit  le  nom  d'iEIia ,  parce  que  ce  successeur  de 
DoDiitieu  ût  réparer  cette  ville.  Après  ces  martyres  des 
saints^  ce  ne  fut  pas  assez  à  Fentiemi  de  Dieu  d'avoir 
excité  contre  les  Chrétiens  les  nations  infidèles,  il  fallut 
encore  qu'il  fit  naître  des  schismes  entre  les  Chrétiens 
eux-mêmes  ;  il  suscita  des  hérésies,  et  la  foi  catholique 
déchirée  fut  interprétée  de  diverses  manières.  Sous 
l'empereur  Anionm  parut  Thérésie  insensée  deMarcfon 
et  de  Valentinien  ;  et  Justin  le  Philosophe,  après  avoir 
écrit  en  faveur  de  TÉglise  catholique ,  fut  couronné  du 
martyre  pour  le  nom  du  Christ.  Dana  TAsie,  une  persé- 
cution s'étant  élevée,  saint  Polycarpe,  disciple  de  Jean^ 
apôtre  et  évangéliste ,  dans  la  quatre-vingtième  année 
de  son  âge ,  fut  brûlé  comme  un  pur  holocauste  offert 
au  Seigneur.  Dans  les  Gaules ,  un  grand  nombre  de 
Chrétiens  reçurent  pour  le  nom  du  Christ  la  précieuse 
et  brillante  couronne  du  martyre  ;  Thistoire  de  leurs 
souffrances  nous  a  été  conservée  fidèlement  jusqu'à  ce 
jour. 

XXV  IL— Le  premier  fut  Photin^  évéque  de  la  ville  de 

Lyon^  qui,  plein  de  jours,  subit  pour  le  nom  du  Christ 
1.  « 


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S6  t>£RSÉCUTION  DË  DËCË. 

divers  supplices.  Saint  irénée,  successeur  de  ce  martyr^ 
et  qui  avait  été  envoyé  dans  cette  ville  par  saint 
Polycarpe ,  se  distingua  par  une  admirable  vertu  ;  en 
un  court  espace  de  temps ,  et  par  ses  prédications ,  il 
rendit  chrétienne  la  ville  entière.  Une  persécution 
/  s'étant  élevée,  le  démon  suscita  ^  par  la  main  du  tyran» 
de  telles  guerres  dans  ce  pays ,  un  si  grand  nombre  de 
fidèles  furent  égorgés  parce  qu'ils  confessaient  le  nom 
du  Seigneur^  que  des  fleuves  de  sang  chrétien  couraient 
sur  les  places  publiques,  et  que  nous  ne  pourrions  dire 
le  nombre  ni  les  noms  des  martyrs  ;  le  Seigneur  les  a 
Inscrits  sur  le  livre  de  vie.  Le  bourreau  ayant  fait 
infliger,  en  sa  présence  ,  d'horribles  supplices  à  saint 
Irénée,  le  consacra  ainsi  à  Notre-Seigneur  Jésus-Christ. 
«  Après  ce  saint  évêciue  on  fit  périr  quarante-huit  mar* 
tyrs,  dont  le  premier  fut,  dit-on,  Vettius  Épagaihus. 

XXYIIL— Sous  Tempereur  Dèce  de  longues  persécu* 
tiens  furent  suscitées  contre  le  nom  chrétien,  et  il  y 
eut  un  si  grand  carnage  qu'on  ne  pourrait  compter  les 
martyrs.  Babylas,  évéque  d'Antioche,  avee  trois  petits 
enfants,  Urbain^  Prilidan  et  Épolone;  Sixte,  évéque  de 
la  ville  de  Rome;  Laurent,  archidiacre,  et  Hippolyte 
reçurent  le  martyre  pour  aVoir  confessé  le  nom  du  Sei- 
gneur. Valentinien  et  Novatius,  alors  les  principaux 
chefs  des  hérétiques,  à  Tinsinuation  de  Tennemi  de 
Dieu,  attaquèrent  notre  foi.  Dans  ce  temps  sept  hom-  ' 
mes,  nonunés  évêques,  furent  envoyés  pour  prêcher 
dans  les  Gaules,  comme  lé  rapporte  lliistoire  de  la  pas- 
sion du  saint  martyr  Saturnin  :  a  Sous  le  consulat  de 


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LES  $£PI  PRKDICAX£URS  DE  LA  GAULE.  S7 

Décius  et  de  Gralus,  comme  le  rappelle  un  souvenir 
fidèle^  la  ville  de  Toulouse  eut  pour  premier  et  plus 
grand  évéque  saint  Saturnin.  »  Voici  ceux  qni  furent 
envoyés  :  Galien^  évêque,  à  Tours;  Tropliime  à  Arles; 
l^ul  à  Narbonne,  Saturnin  à  Toulouse,  Denis  à  Paris, 
Slrémon  à  Clermont  et  Marital  à  Limoges.  Parmi 
ces  pontifes,  Denis,  évéque  de  Paris,  subit  divers  sup- 
plicés  pour  le  nom  du  Christ,  et,  frappé  du  glaive, 
termina  sa  vie  en  ce  monde.  Saturnin,  déjà  assuré  du 
martyre,  dit  à  deux  de  ses  prêtres  :  c  Voici  que  je  vais 
être  immolé  et  que  ma  fin  approche.  Je  vous  en  prie, 
jusqu'à  ce  que  j'aie  terminé  ma  vie,  ne  m'aban* 
pas.  »  Il  fut  pris,  on  le  conduisit  au  Gapitote, 
les  deux  prêtres  Tabandonnèrcnt,  et  il  fut  emmené 
seiil.  Se  voyant  ainsi  délaissé,  on  raconte  qu'il  fit 
cette  prière  :  «  Seigneur  Jésus-Christ^  exauce-moi 
du  haut  de  ta  sainte  demeure  :  que  cette  Église  n'ob- 
tienne jamais  d'avoir  un  évôque  pris  entre  ses  ci- 
toyens. »  Nous  savons  que  jusqu'à  présent  sa  prière 
#  été  exaucée.  Attaché  à  la  queue  d'un  taureau  en 
lisreur,  et  précipité  du  haut  du  Capitole,  il  termina 
sa  vie.  Catien,  Trophime,  Strémon,  Paul  et  Martial, 
Tivant^dans  une  éminente  sainteté,  après  avoir  gagné 
les  peuples  à  TEglise  et  répandu  partout  la  foi  chré- 
y^QD^  pioururefit  en  confessant  paisiblement  le  Sel-' 
l^iéiîf^.^  sortis  du  monde  par  la  voie  du 

martyre,  et  ceux  qui  sont  morts  sans  tiouble  dans  leur 
fsfr  s^  unis  dans  le  royaume  des  cieux. 
XXIX»<»Un  d0  leurs  discipies,  étant  allé  dans  la  ville 


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S8  CONVERSION  D£S  B1TUKIG£S. 

de  Bourges,  annonça  aux  peuples  le  Seigneur  Jésus- 
Cbrist^  sauveur  de  tous.  Un  petit  nombre  d^hommes 
ayant  oru  en  lui  furent  ordonnés  prêtres,  et  apprirent 
de  lui  la  t^aiuUi  liturgie.  Il  leur  enseigna  de  quelle  ma- 
nière, ils  deyaient  construire  une  église.  Ils  deman- 
dèrent, pour  en  faire  une,'  la  maison  d'un  citoyen;  les 
sénateurs  ^  et  les  prêtres  du  lieu  étaient  alors  attachés 
à  des  cultes  idolâtres;  ceux  qui  avaient  era  étaient 
d'entre  les  pauvres,  selon  ce  que  le  Seigneur  reproche 
aux  Juifs,  disant  :  Lespublkains  elles  femmes prosliltiéu 
v(ms  devanceront  dans  le  rtnfaume  de  JHeùK  N'ayant 
pas  obtenu  la  maison  qu'ils  demandaient^  ils  allèrent 
trouver  un  certain  Léocade^  Tun  des  premiers  sénateurs 
des  Gaules,  qui  était  de  la  race  de  Vettius  Épagathus, 
martyrisé  à  Lyon  pour  le  nom  du  Seigneur»  conune 

*  Le  mot  tenator  n'a  point,  dans  Grégoire  de  Tours  et  dans  les 

('•crivains  de  cette  époque,  une  signifiratinn  unique,  pr(^cise  et 
constante;  il  désigne  tour  à  tour  :  1°  Les  familles  dont  des  mem- 
bres avaient  été  admis  par  les  empereurs  dans  le  sénat  ro- 
main. Il  y  en  avait  un  grand  nombre  dans  toutes  les  provinces 
et  surtout  dans  la  Gaule  Narbonnaisc.  Tous  ceux  qui  avaient 
occupé  les  principales  magistratures  de  l'ompire,  ou  obtenu 
seulement  de  Tmipereur  le  titre  honoraire  de  ces  magistrat 
tures,  étaient  appelés  élarimmi  et  tenaiores;  Les  sénateurs 
municipaux  des  jjrineipales  villes 'de  la  Gaule,  ou  membres  de 
la  curie,  corps  municipal  qui  portait  quelquefois  le  titre  de 
smahu;  peut-être  les  magistrats  supérieurs  de  la  curie  étaient* 
ils  seuls  honorés  du  nom  de  sénateurs;  3**  Enfin  les  familles 
riches  et  considérables,  qu'elles  fussent  ou  non  agrégées  de- 
puis longtemps  au  sénat  de  Kome  ou  à  celui  de  la  cité.  Au 
milieu  du  désordre  des  temps,  toute  famille  importante  dans 
sa  ville  devenait  bientôt  une  famille  sénatoriale,  et  ce  titre  était 
donné  presque  indilféremment  à  la  grandeur  de  fait  et  aux  an- 
ciens droits. 
t  Èvang,  selon  saint  Mathieu,  chap.  xxi ,  SI, 


PBRSÉCUTIOlfS  DE  YALÉRIËN  ET  DE  6ALLIEN.  S» 

.  nous  l'avons  rapporté  ci-dessus  ;  quand  ils  lui  eurent 
pféseniè  leur  demaDde  et  déclaré  leur  croyance^  il  ré- 
pondit :  a  Si  la  maison  que  je  possède  dans  Bourges 
est  digue  de  cet  emploi^  je  ne  la  refuserai  pas.  » 
Aces  mois  ils  se  prosternèrent  à  ses  pieds,  lui  offrant 
trois  cents  pièces  d'or  et  un  plat  d'argent,  et  lui  dirent 
que  sa  maison  était  digne  de  ce  ministère.  Léocade  ac- 
cepta trois  pièces  d'or  en  signe  d'amitié,  et  remit  géné- 
reusement le  reste;  comme  il  était  encore  plongé  dans 
les  erreurs  de  Tidolâtrie^  il  dcTint  chrétien  et  fit  de  sa 
maison  une  église.  C'est  aujourd'hui  la  première  église 
de  Bourges  ;  elle  est  ornée  avec  un  soin  admirable  el 
enrichie  des  reliques  du  premier  marlyr  saint  Étienne. 

XXX. — Le  trône  impérial  fut  occupé  en  vingt-sep- 
tième lieu  par  Valérien  et  Gallien,  qui  excitèrent  contro 
les  Chrétiens  une  cruelle  persécution.  Alors  Rome  fut 
illustrée  par  le  bienheureux  sang  de  Corneille,  et  Car- 
thage  par  celui  de  Cyprien.  Dans  ce  même  temps,  le 
fameux  Chiocus,  roi  des  Âlamans,  à  la  tête  d'une 
amiécf,  ravagea  les  Gaules.  On  raconte  que  ce  Chrocus 
était -d^fiTOexttême  arrogance;  ayant,  à  ce  que  l'on  rap- 
porte, ç^^lis  des  crimes  par  le  conseil  d'une  mère  per- 
vârse/^IÉMiêmbla,  comme  nous  l'avons  dit»  la  nation 
des  Alamans,  se  jeta  sur  la  Gaule,  et  renversa  de  fond 
enxomble  tous  les  anciens  édifices.  Arrivé  à  Glermont, 
S4neendia,  renversa' et  détruisit  un  temple  célèbre  que 
habitante  appelaient  Ya^so,  en  langue  gauloise  K 

*ilMqnes  màiittsi^ts  portent  Vota,  Les  anciens  Gaulois  pa- 
fMMMiii^ftvoir  désigné  par  ce  nom  le  dieu  Mars;  d'autre  part  on 


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aa  DIVEKS  14ABIYRS. 

C'était  im  édiflce  admirable  et  solide,  doBi  les  mura 
étaient  doubles;  ils  étalent  bâtis  eu  dedans  ayec 
petites  pitres,  en  dehors  avec  de  grandes  pierres  car* 
rées>  et  avaient  trente  piedsd'épaisseur.  DansTintérieur 
le  marbre  se  mêlait  aux  mosaïques*  le  paré  'mêmè 
était  de  marbre  et  la  couverture  en  plomb. 

XXXÏ.— Près  de  cette  ville  reposent  les  martyrs  Limi*? 
nius  et  Antolien.  Gassiuset  Victorin,  liés  parunelunitié 
fraternelle  dans  Tamour  du  Christ,  répandirent  tous 
deux  leur  sang  et  entrèrent  ensemble  dans  le  royaume 
des  cieux.  La  tradition  rapporte  que  Victorin  aTait  été 
au  service  du  pontife  du  temple  dont  je  viens  de  par- 
ler. Allant  souvent  dans  le  quartier  dit  des  Chréêimi, 
pour  les  persécuter,  il  y  trouva  le  chrétien  Cassius;  tou- 
ché par  ses  prédications  et  ses  miracles^  il  eut  foi  dans 
le  Christ;  abandonna  ses  infâmes  pratiques ^  se  fit 
consacrer  par  le  baptême  et  devint  puissant  et  célèbre 
en  miracles.  Peu  de  temps  après,  unis  sur  la  terrepar 
le  martyre,  comme  nous  TaTons  dit,  les  deux  amis 
montèrent  ensemble  dans  le  royaume  des  cieux. 

XXXlI.^Pendant  Tirruption  des  Alamans  dans  tos 
Gaules,  saint  Privât,  évêque  de  la  cité  des  Cabales,  fut 
trouvé  dai)s  une  grotte  du  mont  Memmat,  où  il  se  li- 
vrait aux  jeûnes  et  aux  oraisons,  tandis  que  le  peuple 
était  enfermé  dans  les  retranchements  du  camp  de 

a  conjecturé  que  ce  temple  était  congacré  &  Uerotire,  d'apièt  im 
passage  de  Pline  rAncien  (liv.  III,  chap.  vu),  qui  rapporte 
que,  de  son  temps,  Zénodore  construisit  en  icuver^e  un  grand 
temple  on  l'honneur  de  ce  dieu. 


nssÉcimoK  de  dtoclétikk.  ii 

Grèzes^  Comme  le  bon  pasteur  refusait  de  livrer  sea 
brebis  aux  loups»  ODTOulut  le  contraindre  de  sacrifier 

aux  démons  ;  lui  détesta  et  repoussa  cette  souillure,  et 
on  le  frappa  de  serges  jusqu'à  ce  qu'on  le  crût  mort; 
peu  de  jours  après  cette  torture  il  rendit  Tâme.  Ghroeos 
ayant  été  pris  près  d'Arles,  ville  des  Ga^ules,  subit  divers 
tourments,  et  fut  frappé  du  glaive,  par  un  juste  cbâtt- 
ment  des  supplices  quMl  avait  infligés  aux  saints  de  Dieu. 

XXXlll.— Sous  Dioclctien,  qui  fut  le  trente-troisième 
empereur  nmiain,  il  s'éleya  contre  les  Êbréliens  une 
cruelle  persécution  qui  dura  quatre  années,  en  sorte 
qu'en  une  fois>  le  tiès-saiut  jour  de  Pâques,  un  grand 
nombre  de  fidèles  furent  massacrés  pour  le  colle  du 
vrai  Dieu.  Dans  ce  teuips,  ^uirinus,  évêque  de  TEglise 
de  Siscia  \  subit  pour  le  nom  du  Cbrist  un  glorieux 
martyre  ;  les  païens  en  fureur,  lui  ayant  attaché  au  cou 
une  pierre  de  meule»  le  précipitèrent  daus  les  eaux  du 
fleuYe.  Après  sa  chute,  il  fut  longtemps  soutenu  sur  les 
eaux  par  la  puissance  divine;  elles  ne  l'engloutissaient 
pas  parce  qu*auçun  crimene  pesait  sur  loi.  La  multitude 
des  spectateurs  pleine  d'admiration  brava  la  fùreur 
des  Gentils,  se  précipita  pour  délivrer  le  pontife,  mais 
lui  ne  souffrit  pas  qu'on  l'arrachât  au  martyre;  ayant 
levé  les  yeux  au  ciel,  il  s'écria  :  «  Seigneur  Jésus,  qui 
es  assis  dans  ta  gloire,  à.  la  droite  du  Père,  ne  souille 
pas  qu'on  me  retire  d'ici;  daigne  recevoir  mon  âme 
et  me  réunir  à  tes  martyrs  daus  le  repos  éternel.  » 

4  Qrêdmmae  eattrum,  (V.  la  Géographie,) 
*  Siickntiê  EecUna,  (Y.  U  Géographie,) 


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83  CONSTANTIN  ET  CONSTANCË. 

Après  avoir  prononcé  ces  mots  il  rendit  Tàme.  Son 
corps,  recaeilli  par  les  Chrétiens  avec  respect^  reçut  la 

sépulture. 

'  XXXIV.  —  Constantin»  trente-quatrième  empereur 
des  Romains»  régna  heureusement  pendant  trente  ans. 

La  onzième  année  de  son  rè^ne,  lu  paix  ayant  été  ren- 
due aux  Églises  après  la  mort  de  Dioclétien»  le  bienheu- 
reux évêque  saint  Martin  naquit  à  Sabarida^  ville  de 
Pannonie^  de  parents  idolâtres»  mais  non  obscurs  ^ 
Constantin»  dans  la  vingtième  année  de  son  règne»  fit 
pcrir  son  fils  Crispus  par  le  poison  et  sa  femme  Fausta 
dans  un  t)ain  chaud»  parce  qu'ils  voulaient  s'emparer 
de  son  trône.  De  son  temps  le  bois  sacré  de  la  croix 
du  Seigneur  fut  retrouvé  par  le  zèle  de  sainte  Hélène, 
d'après  les  indications  d'un  Juit  nommé  Judas»  qui^eçut 
au  baptême  le  nom  de  Quiriacus.  L'histoire  d'Eusèbe 
va  jusqu'à  ce  temps.  Ce  qui  suit  depuis  la  vingt-unième 
année  du  règne  de  Constantin  a  été  ajouté  par  le  prêtre 
Jérôme,  qui  rapporte  que  le  prêtre  Juvencus,  à  la 
prière  de  Constantin»  mit  les  Évangiles  en  vers. 

XXXV.— Sous  le  règne  de  Constance  vécut  Jacques 
de  Nisibe,  dont  les  prières,  parvenues  aux  oreilles  de  la 
clémence  divine»  écartèrent  de  sa  ville  de  nombreux 
dangers.  A  la  même  époque Maximin,  évêque  de  Trêves» 
fut  puissant  en  sainteté. 

Dans  la  dk-neuvième  année  du  règne  de  Constance 
le  JeuiKî  mourut  Termite  Antoine,  âgé  de  cent  cinq  ans. 
Saint  Uilaire»  évêque  de  Poitiers^  fut  envoyé  en  exil  à 

1  Voir  la  G coy racine  de  Grcgoue  de  Tours, 


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SAINT  MARTIN.  83 

Finstigaiion  des  hérétiques.  Là^  il  composa  des  liTres 
pour  la  foi  catholique  et  les  envoya  à  Constance  qui^ 
le  délivrant  après  quatre  années  d'exil,  lui  permit  de 
rentrer  dans  sa  patrie. 

XXXVI.  — A  cette  époque  notre  lumière  commença 
à  paraître,  et  la  Gaule  fut  éclairée  des  rayons  d'un 
nouveau  flamheau  :  c'est-à-dire  que  dans  ce  temps  saint 
Martin  se  mit  à  prêcher  dans  les  Gaules,  faisant  con* 
naître  aux  peuples,  par  un  grand  nombre  de  miracles, 
le  Christ  vrai  fils  de  Dieu,  et  dissipant  l'incrédulité  des 
Gentils.  U  détruisit  leurs  temples,  accabla  Thérésie, 
bâtit  des  églises,  et,  célèbre  par  un  grand  nombre 
d'autres  miracles,  pour  mettre  le  comble  à  sa  gloire, 
il  rendit  trois  morts  à  la  vie.  La  quatrième  année  du 
règne  de  Valentinien  et  de  Vaiens,  saint  Hilaire  de 
Poitiers,  rempli  de  sainteté  et  de  foi,  après  avoir  opéré 
partout  un  grand  nombre  de  miracles,  monta  aux  cieux. 
On  dit  qu'il  ressuscita  aussi  des  morts. 

Mélanie,  noble  dame  romaine,  alla  par  dévotion  à 
Jérusalem,  laissant  à  Rome  son  fils  Urbain.  Elle  se 
conduisit  avec  tant  de  bonté  et  de  sainteté  que  les  habi- 
tants rappelèrent  Théda  \ 

XXXVII.  —  Après  la  mort  de  Valentinien,  Valens, 
possesseur  de  tout  l'empire,  ordonna  d'incorporer  les 
mornes  dans  la  milice  et  de  frapper  de  verges  ceux  qui 
refuseraient.  Ensuite  les  Romains  soutinrent  dans  la 
Thrace  une  guerre  terrible^  le  carnage  y  fut  tel  qu'après 
avoir  perdu  leurs  chevaux  ils  durent  s'entair  à  pied. 

I  Bimti^S,  divin* 


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n  MORï  DE  VALENS.— THEODOSE. 

Comme  ils  étaient  taillés  en  pièces  par  les  Goths,  Valens 
fuyant  blessé  d'une  flèche  entra  dans  une  pauvre  ca- 
bine qui  prit  feu,  et  sous  les  ruines  de  laquelle,  pour- 
suivi par  les  ennemis,  il  fut  enseveli  i  il  ne  reçut  pas  les 
bonoèuit  de  la  sépulture.  Ainsi  la  vgngeance  divine 
ftitt  par  lui  faire  expier  le  sang  des  martyrs.  Ici  s'arrêta 
la  chronique  da  iérôme  i  la  suite  a  été  écrite  par  le 
prèlreOrose. 

XXXVIII.  — ^L'empereur  Gratien,  voyant  la  ruine  de 
la  chose  publique,  s'associa  Théodose  pour  collègue  à 
Fempire.  Gelut-d  mit  son  espoir  et  sa  confiance  en  la 
miséricorde  de  Dieu^  et  ce  fut  plutôt  par  les  veilles  et 
la»  oraisons  que  par  le  glaive  qu'il  réprima  les  nations* 
affermit  la  république  et  entra  vamqueur  dans  la  ville 
deConstantmople. 

Lorsque  Maxime,  après  avoir  opprimé  les  Bretons, 
eut  été  victorieux,  ses  soldats  le  firent  empereur.  Il 
établit  sa  résidénce  dans  la  vUle  de  Trêves,  environna 
de  pièges  l'empereur  Gratien  et  le  fitpérir.  Le  bienheu* 
reux  MarliQ,  alors  évêque,  alla  trouver  ce  Maxime. 
Tliéodose,  qui  avait  mis  son  espoir  en  Dieu»  prit  pos- 
session de  tout  Tenipire.  Soutenu  par  des  inspirations 
divines»  il  dépouilla  Maxime  de  son  trône  et  le  fit  périr. 

XXX IX.  — En  Auvergne,  le  successeur  immédiat 
d'Austremoine,  évêquc  et  prédicateur,  fut  Urbicus,  Tun 
des  sénateurs  qui  s'étaient  convertis.  11  avait  une  femme; 
mais,  d'après  la  coutume  ecclésiastique^  elle  se  sépara  de 
lui  et  se  consacra  à  la  vie  religieuse.Us  vivaient  ainsi  daqs 
les  oraisons,  les  aumônes  et  les  bonnes  œuvres,  lorsque 


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L'ÉVÉQUfi  URBtCUS.  » 

l'envie  du  démon ,  qui  s'attache  toi^ours  à  la  sainteté, 
s^eierça  sur  la  femme  et,  l'enflammant  de  conclus» 
cence  pour  son  mari^  en  fit  une  nourelle  ÈYe.  EmporMe 
par  ses  désirs  et  couverte  des  ténèbres  du  péché ,  elle 
te  rendit»  au  milieu  de  l'obscurité  de  la  nuity  àk  maison 
épiscopale.  Là,  comme  tout  était  fermé,  elle  commença 
àfrapper  à  la  porte  et  à  dire  :  «  Jusques  à<piand  dormi* 
fas4n,  évéque?  jusque»  à  quand  tiendras-lu  tes  portes 
fermées  ?  Pourquoi  méprises-lu  ta  femme  ?  Pouniuoi 
tes  oreilles  scmi-eUes  ins^isibles,  et  n'éoontes-tu  pas  es 
précepte  de  Paul,  qui  a  écrit  :  Retenez  l'un  à  Vautre, 
de  peur  que  Saian  ne  vous  tente  K  Voilà  que  je  reviens 
à  toi,  et  œ  n'est  pas  Ters  un  étranger,  c'est  ym  mm 
mari  que  je  viens.  x>  Ces  paroles  et  d'autres  sembla- 
bles finirent  par  endormir  la  religion  du  pontife.  U  fit 
entrer  sa  femme  dans  son  lit  et  ne  la  renvoya  qu'après 
avoir  satisfait  sa  passion.  Ëosuite,  mais  trop  tard,  revenu 
à  lut  et  gémissant  de  son  crime,  il  se  retira  dans  un 
monastère  de  son  diocèse  pour  y  faire  pénitence.  Après 
avoir  effacé  sa  faute  par  ses  gémissements  et  ses  larmes» 
il  retint  dans  sa  ville.  Ayant  atteint  le  terme  de  sa  vie, 
il  sortit  de  ce  monde.  De  son  pécbé  naquit  une  iiile  qui 
se  voua  à  la  vie  religieuse.  Le  pontife  fiit  enterré  avee  sa 
femme  et  sa  fille  dans  la  crypte  de  Chantoin  *,  près  de 
la  voie  publique.  Légonus  lui  succéda  dans  Tépiscopat. 

XL.— Celui-ci  fut  remplacé  à  sa  mort  par  saint  Al^ 
Ijre,  homme  d'une  piclc  éminente  et  d'une  éclatante 

I  r*  ÉpUrc  (le  saint  Paul  aux  Connth.,  cbap.  VU,  V.  5* 
•  CantQhmnensis  crypta.  (V,  Gvogr.) 


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85  SAINT  ALLYRE  ET  SAINT  NÉPOTIEN. 

vertu,  dont  la  Tie  fut  tellement  sainte  que  la  renommée 

en  pénétra  jusque  chez  les  nations  étranjrères.  C'est  ainsi 
qu'il  délivra  de  Tesprit  immonde  la  fille  de  l'empereur 
de  Trêves  S  qui  avait  réclamé  son  secôurs,  comme  nous 
l'avons  rapporté  dans  le  livre  que  nous  avons  écrit  sur 
sa  vie.  U  était  très^^vieux,  plein  de  jours  et  de  bonnes 
œuvres,  à  ce  que  raconte  la  renommée,  quand  il  quitta 
par  une  mort  bienheureuse  les  sentiers  de  la  vie,  et 
monta  vers  le  Christ.  On  Fensevelit  dans  la  crypte  du 
faubourg  de  la  ville.  Il  avait  un  archidiacre  nommé 
avec  raison  Juste»  qui,  ayant  passé  sa  vie  en  bonnes 
œuvres  ,  fut  déposé  dans  le  tombeau  de  son  maître. 
Après  la  mort  du  saint  confesseur  Allyre  »  de  si  grands 
miracles  s'accomplirent  sur  son  glorieux  tombeau  qu'on 
ne  pourrait  ni  les  écrire  ni  les  retenir  en  entier.  Saint 
Népotien  lui  succéda. 

XLL— Saint  Népotien  fut  le  quatrième  évêque  de 
Clermont.  Des  députés  de  la  ville  de  Trêves  venaient 
d'être  envoyés  en  Espagne.  Parmi  eux  se  trouvait  un 
certain  Artémius,  d'une  sagesse  et  d'une  beauté  remar- 
quables, et  brillant  de  jeunesse  ;  il  fut  attaqué  d'une 
fièvre  violente.  Les  autres,  continuant  leur  route ,  le 
laissèrent  malade  à  Clermont,  Artémius  était  liancé  avec 
une  jeune  ûUe  de  Trêves.  Saint  Népotien,  l'étant  allé 
voir  et  rayant  oint  de  l'huile  sainte ,  le  rendit  par  la 
grâce  de  Dieu  à  la  vie.  Le  jeune  homme,  ayant  ouï  du 
uiéme  saint  la  parole  de  la*  prédication ,  oublia  son 


»  jL'empereur  Maxime. 


LES  DBDX  AMANTS.  m 

épouse  terrestre  et  ses  propres  biens ,  pour  s'unir  à  la 
sainte  Église;  devenu  clerc,  il  se  distingua  par  une  telle 
sainteté  qu'il  succéda  à  saint  Népoiien  dans  la  direction 
du  troupeau  du  Seigneur. 

X  LU . — Dans  le  même  temps  Injuriosus,  un  des  riches 
sénateurs  d'AuTergne>  rechercha  en  mariage  une  jeune 
fille  de  condition  égale  à  la  sienne,  et,  après  avoir  donné 
des  gages,  fixa  le  jour  des  noces.  Leurs  parents  n'a- 
vaient pas  d'autres  enfants  qu'eux.  Au  jour  indiqué , 
après  la  cérémonie  nuptiale,  ils  sont,  selon  Tusage, 
placés  dans  un  même  lit.  La  jeune  Me,  pleine  d'aOiic- 
tion  et  se  tournant  vers  la  muraille ,  se  mil  a  pleurer 
amèrement.  Le  jeune  homme  lui  demanda  :  a  Quelle 
est  la  cause  de  ton  chagrin  t  je  t'en  prie ,  fais-le-moi 
savoir  »;  et  comme  elle  gardait  le  silence ,  il  i^onta  : 
<  Je  te  coqjure,  par  Jésus-Christ  fils  de  Dieu,  de  me 
faire  connaître  le  siget  de  tes  larmes.»  La  jeune  flUe,  se 
tournant  vers  lui,  répondit  :  «Dussé-je  pleurer  tous  les 
jours  de  ma  vie,  je  n'aurais  pas  assez  de  larmes  pour 
effacer  la  douleur  immense  de  mon  cœur  ;  j'avais  résolu  ' 
de  garder  au  Christ  mon  corps  pur  du  contact  des  ' 
hommes,  et  malheur  à  moi  qu'il  abandonne  au  pomt 
que  je  ne  puis  accomplir  mon  vœu  ,  et  que  je  perds  en 
ce  jour,  que  jamais  je  n'aurais  du  voir,  ce  que  j'avais 
conservé  depuis  le  commencement  de  ma  vie  !  Void 
que,  délaissée  par  le  Christ  immortel  qui  pour  dot  me 
promettait  le  paradis,  je  deviens  l'épouse  d'un  homme 
mortel  ;  au  lieu  de  roses  incorruptibles ,  ce  sont  des 

roses  flétries  qui  déparent  plutôt  qu'elles  n'ornent  moû 
I.  a 


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38  LES  DEUX  AMANTS. 

front»  et  Tétole  de  pureté  que  je  devais  revêtir  siîr  le 
quadruple  fleuve  de  Tagneau  fait  place  à  une  robe  qui 
m'est  un  fardeau  plutôt  qu'un  honneur.  Mais  pourquoi 
pins  de  paroles  ?  infortunée  !  moi  qui  devais  mériter 
les  cieux,  me  voici  dans  les  abîmes  !  Oh  !  si  tel  était 
mon  avenir,  pourquoi  mon  premier  jour  n'a*t-il  pas  été 
^vm  le  dernier?  Que  ne  sois-Je  morte  avant  d'avoir 
goûté  le  lait  !  Pourquoi  les  doux  baisers  de  mes  nour- 
riçes  ne  m'oni-ils  pas  été  donnés  dans  le  cercueil  ?  Les 
spectacles  de  la  terre  me  font  horreur ,  parce  que  je 
voi§  les  mains  du  Rédempteur  percées  pour  le  salut  du 
monde  ;  je  ne  regarde  plus  les  diadèmés  étincelants  de 
pierreries ,  quand  mon  esprit  contemple  la  couronne 
d'épines  ;  je  dédaigne  les  vastes  espaces  de  cette  terre , 
car  Je  n'ai  d'ardeur  que  pour  les  douceurs  du  paradis , 
et  ces  hautes  demeures  me  font  pitié  quand  je  lève  les 
yeux  yers  le  Seigneur  assis  au-dessus  des  astres.  »  A 
ces  paroles  prononcées  au  milieu  des  larmes ,  le  jeune 
homme^  touché  de  pitié,  répondit  :  a  Nous  sommes  les 
enfants  uniques  des  plus  nobles  de  l'Auvergne ,  et  ils 
nous  ont  unis  pour  perpétuer  leur  race,  afin  de  n'avoir 
|»as  des  héritiers  étrangers  à  leur  sortie  de  ce  monde. 
—  Ce  monde  n'est  rien,  reprit-elle  ;  ni  les  richesses,  ni 
la  pompe  du  siècle ,  ni  la  vie  présente  ;  ce  qu'il  faut 
çliercher ,  c'est  plutôt  cette  vie  que  ne  termine  pas  la 
mort,  que  les  accidents  ne  brisent  pas,  qu'aucun  mai- 
beur  ne  vient  finir,  où  Thomme  plongé  dans  une 
élernelle  béatitude  jouit  d'une  lumière  impérissable, 
et^  en  présence  do  Dieu,  devenu  pareil  aux  anges,  goûte 


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LEi>  DEUX  AMAMj;.  30 

4lans  la  contemplation  des  joies  IncU^lobles.  —  Par  fa 
douce  éloquence^  répondit  alors  Itî  jeune  lioaiine,  la  vie 
éternelle  yieni  de  briller  à  mes  yeux  comme  une  lu- 
mière éclatante  ;  si  lu  voiix  i  abslcnir  des  d('=sirs  (îe  la 
ctioir,  je  partagerai  tes  résolutions,  d—  Ëlle  répondit  : 
«  Cette  promesse  d'un  homme  à  une  femme  est  bien 
difficile  à  tenir  ;  mais  si  tu  fais  que  nous  demeurions 
immaculés  au  milieu  de  ce  monde,  je  te  donnerai  une 
part  de  la  dot  que  mon  époux  Aotre-Seiizneur  Jcsus- 
Cbrisi  m'a  promise  à  moi  sa  senvante  et  sa  liancée.  » — 
Armé  du  signe  de  la  croix ,  il  repondit  seulement  :  «  Je 
ferai  selon  tes  conseils.  »  Et  joi^qiant  leurs  mains 
droites,  ils  s'endormirent.  Durant  de  longues  années^ 
par  la  suite,  et  reposant  dans  le  même  lit ,  ils  vécurent 
dans  une  admirable  chasteté.  Ce  qui  se  vit  d'une  façon 
manifeste  à  leur  passage  en  Tautre  monde;  car  le 
temps  des  épreuves  accompli ,  comme  la  vierge  s'en 
allait  vers  le  Seigneur  Jésus,  le  mari  s'acquittant  des 
funérailles  s'écria  en  la  déposant  dans  le  sépulcre  : 
a  Grâces  te  SQmii  rendues.  Seigneur  éternel  notre  Dieu, 
puisque  je  remets  à  ta  miséricorde  ce  trésor  inunaculé, 
comme  je  l'ai  reçu  de  toi  !  »  A  ecs  mois  ,  la  morte  dit 
avec  un  souf  ire  :  a  Pourquoi  iais-tu  savoir  ce  qu  on  ne 
le  d^mande  pas  ?  »  Peu  après  l'avoir  ensevelie,  Injurio- 
sus  la  suivit  dans  l'autre  monde.  Or  connue  on  l'avait 
plaioé  dans  un  sépulcre  aux  parois  distinctes,  un  nouveau 
miracle  révéla  leur  cbasteté  :  car  au  malin  ,  le  i)euple, 
en  approchant  du  lieu  où  ils  reposaient ,  trouva  réunis 
les  deux  tombeaux  qu'il  avait  laissés  distants  l'un  de 


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/ 

40  HORT  DE  SAINT  MARTIK. 

Tautre  :  le  ciel ,  en  les  unissant ,  ne  voulait  pas  que  • 
leurs  .corps  fussent  séparés  dans  la  sépulture. Jusqu'à  ce 
jour  les  habitants  du  lieu  les  ont  appelés  les  Deux 
Amauts^  et  nous  en  avons  parlé  au  livre  des  Miracles  <• 
XLIII. — Cependant  dans  la  seconde  année  du  règne 
d'Arcadius  et  d'Honorius,  saint  Martin,  évêque  de  Tours, 
plein  de  vertus  et  de  sainteté  »  comblant  les  faibles  de 
bienfaits,  mourut  à  Candes  bourg  de  son  diocèse,  et  s'en 
alla  heureusement  vers  Jésus^Christ^daus  la  quatre- 
vingt-unième  année  de  son  âge  y  et  la  vingt-sixième  de 
son  épiscojiat.  Or,  il  trépassa  au  milieu  de  la  nuit  du  di- 
manche, sous  le  consulat  d' Alticus  et  de  César  Nombre 
de  personnes  entendirent  à  ce  moment  un  concert  cé- 
leste; ce  que  nous  avons  plus  amplement  raconté  dans  le 
livre  premier  de  ses  Miracles  ^.  Dès  que  le  saint  de  Dieu 
fut  tombé  malade  au  bourg  de  Candes,  les  gens  de  Poi- 
tiers»  comme  ceux  de  Tours,  s'en  vinrent  assister  à  son 
trépas;  et  quand  il  fiit  mort^un  grand  débat  s^éleva  entre 
eux.  a  II  est  notre  moine,  disaient  ceux  de  Poitiers  ;  il  a 
été  notre  abbé»  nous  demandons  qu'on  nous  le  remette. 
Qu'il  vous  suffise  d'avoir  joui  de  sa  parole,  participé 
à  ses  repas,  d'avoir  été  soutenus  par  ses  bénédictions  et 
réjouis  de  ses  miracles  pendant  qu'il  était  évéque  dans  ce 
monde.  Uue  tout  cela  vous  suffise,  et  qu'il  nous  soit  per- 

*  Gloire  des  confesseurs,  chap.  xxxii.  La  femme  s'. ip {tel ait  Scho- 
lastiqut',  et  ils  furent  ensevelis  dans  l'église  de  fSainte-Allyre. 
(Y.  Géographie  de  Grégoire  de  Tours,  au  mot  Ulidii  mouast.) 

s  Voir  Géogra])hie,  au  mot  Condate, 
s  En  raniiée  897.  , 

*  Chap.  iv  et  T.  •  .  . 


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SAINT  HÂRTIN  PORTÉ  A  TOURS.  «1 

mis  au  moins  d'emporter  son  cadavre,  b  Ceux  de  Tours 
lépondaient  :  «  Si  tous  dites  que  ses  miracles  doiveiit 
suffire,  sacliez  que,  pendant  qu'il  était  parmi  vous,  il 
en  a  fait  bien  plus  qu'ici.  €ar,  sans  rappeler  le  plus 
grand  nombre,  il  vous  a  ressuscité'  deux  morts,  et  à 
nous  un  seul^  comme  il  le  disait  lui-même^  il  avait  un 
plus  grand  pouyoir  avant  d'être  évéque  qu'après.  H  est 
donc  juste  que  ce  qu'il  n'a  pas  fait  parmi  nous  durant 
sa  vie^  il  le  fasse  après  sa  mort.  Dieu  vous  l'a  enlevé»  et 
nous  Ta  donné.  D'ailleurs,  si  Ton  suit  l'ancien  usage, 
son  tombeau,  conformément  à  la  volonté  de  Dieu,  sera 
ùms  la  ville  (ai  il  a  été  consacré.  ^  vous  voulez  le  re- 
vendiquer en  vertu  des  droits  de  votre  monastère,  sa- 
chez que  son  premier  monastère  fut  à  Milan, 

Durant  cette  contestation,  le  jour  fit  place  à  la  nuit, 
les  portes  furent  fermées  à  clef,  et  le  corps  du  saint 
resta  au  milieu  de  la  maison»  gardé  par  des  bommes  des 
deux  peuples.  Les  Poitevins  avaient  médité  de  l'enlever 
de  vive  force  le  lendemain  matin;  mais  le  Dieu  tout-puis- 
sant  ne  permit  pas  que  la  ville  de  Tours  fût  privée  de 
ion  patron.  Au  milieu  de  la  nuit,  les  Poitevins  furent 
accablés  de  sommeU»  et  il  n'y  eut  pas  un  seul  bomme 
de  cette  multitude  qui  veOlàt.  Ceux  de  Tours  les  voyant 
endormis  s'emparent  du  corps  du  saint  ;  les  uns  le  des* 
cendent  par  la  fenêtre»  d'autres  le  reçoivent  dehors;  ih 
le  placent  sur  un  bateau,  et  suivent  tous  avec  lui  le  cours 
de  la  Vienne.  £utrés  dans  le  bt  de  la  Loire»  ils  se  diri- 
gent vers  la  ville  de  Tours  avec  un  grand  concert  de 
louanges  et  de  psaumes.  Les  Poitevins,  réveillés  par 


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L'ÉVÉQUE  LITORIUS. 

ces  chants,  et  né  trouvant  pliis  le  trésor  qu'ils  ^rdaieilt, 

s'en  retournèrent  chez  eux  couverts  de  confusion. 

Que  si  ïon  demande  pourquoi,  de  la  mortderévêque 
Gàlien  jiisqu'à  ëalnt  Martin,  il  n'y  a  eu  qU'iin  seul  éTêque 
de  Tours,  c'est-à-dire  Lilorius,  on  saura  que  par 
FoptiDsition  des  païens  la  ville  de  tours  fut  longtemps 
.  privée  de  la  bénéilictîoh  sacerdotale.  En  ce  tëiiips-là 
ceux  qui  étaient  chrétiens  célébraient  le  divin  oiiice 
secrètement  ëi  dans  d'obscures  teiraites;  car  si  lés 
païens  venaient  à  les  découvrir,  ils  les  battaient  de 
verges  oii  les  frappaient  du  glaive. 

Depuis  la  Passion  de  Notre-Seip^ncur  jusqu'à  la  mort 
de  saint  Martin,  on  compte  quatre  cent  douze  ans. 

Ici  finit  le  premier  livre  (|ui  compretad  cinq  mille  dnq 
cent  (luarante-six  ans  depuis  le  eommeneement  du 
monde  jusqu'à  la  mort  de  l'évêque  saint  Martin. 


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LIVRE  il 


V 


5, 


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SOMMAIRE  DU  LIVRE  II. 


I.  Épiacopat  de  Brice.-^{|i  Les  Vandales  et  la  persécution  qu'ils  firent  subir 
an  ChrétieBt.— De  Cyrola,  évèqae  des  hérétiqaes,  et  de  plusieurs  saints  53 
martyrs.  —  iv.  Peraéeatfon  exercée  sous  Athanaric  —  y.  De  l'éTéque 
Arvatitts  et  des  Huns.  —  yi.  De  la  basilique  de  Saint-Étienne  à  Metz.  — 
VII.  De  réponse  d'Aétius.  D'Attila. — viu.JCe  que  les  historiens  ont  écrit 
d'Âétius.-xî^      qu'ils  disent  des  Franc».— x.  De  ce  qu'ont  écrit  les  pro- 
pbètes  du  Seigneur  toudiant  les  sionilacres  des  Gentils.— xi.  De  r«mpefear 
Avitus.— XII.  Le  roi  Childéric  et  iEgidius*— xiii.  De  l'épiscopat  de  Véné- 
rande  et  de  Ruslicus  à  Clermont.  —  xiv.  Épiscopat  d'Eustoche  et  de 
Perpétuus,  évéques  de  Tours.  Basilique  do  Saint-Martin.  —  xv.  De  la  ba- 
silique de  Saint-Symphorien.  —  xvi.  L'evéque  Namutius  et  l'Église  de 
Glenno&t.  ^  xtii*  -De  la  fSenmw  de  Namatlus  et  de  la  'basilique  de  Saint» 
Étienne.— zTin.  De  la  v«Due  de  Childérie  à  Orléans,  et  de  ccBed'Odoacre 
à  Angers.  —  xit.  Guerre  entre  les  Saxons  et  les  Romains.  — xi.  Le  duo 
Victor. —  xxi.L'evèque  Eparchius.— xxii.  L'évêque  Sidoine.— xxiii.  Sain- 
teté de  Sidoine  ;  injures  punies  par  la  vengeance  divine.  —  xziv.  Famine 
en  Bourgogne.  Eeditins.  —  zzr.  Du  persécutenr  Eumie*  —  zsn.  Mort  do 
•aint  Perpétuus;  ^iseopats  de  Volusien  et  de  Vérus.  —  zxni.  Cooneat 
Clovis  devint  roi.  —  ixviii.  Comment  il  épousa  Clotilde. —  xïix.  Leur  pre- 
mier fils  est  baptisé  et  meurt  dans  les  vêtements  blancs  de  son  baptême.  -> 
XXX.  Guerre  contre  les  Alamans.— xxzi.  Baptême  do  (%ifis.— xxxii.  Guerre 
oontro  Gondeband*  —  zzziii.  Mort  de  Godé|^l«.  ^  xzxtr.  GondelMnid 
désire  être  converti.— xxxv.  Entrevue  de  Clovis  et  d'Alaric— xxxvi.  L'é- 
vêque Quintien. — xxxvn-  Guerre  contre  Alaric.  —  xxiviii.  Patriciat  du 
roi  Clovis.  —  xxxix.  L'évêque  Licinius*  —  xl.  Mort  du  vieux  Sighebert  et 
do  ioa  flii.  — xu*  Mort  de  Giiarario  et  do  son  fils*  —  zui^Mbrtdo  Bagna» 
dwire  et  da  aet  Mra*  — zuu.  Mott  de  Qofis. 


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4 


LIVRE  DEUXIÈME 


PROLOGUE. 

Nous  racontons  confusément,  et  sans  autre  ordre  que 
celui  des  temps,  les  vertus  des  saints  et  les  désastres  des 
nations.  Je  ne  crois  pas  qu'on  nous  blànie  d'enlremèler 
dans  notre  récit  lesféiicitésdelavie  desbienheureuxayee 
les  calamités  des  misérables^  puisque  c'est  moins  la  com* 
moditéde  l'écrivain  que  Tordre  des  temps  qui  le  réclame:*^ 
Le  lecteur  attentif  voit  en  effet  dans  les  histoires  des  rois 
israélites^  s'il  y  regarde  avec  soin,  que  le  sacrilège  Phi- 
née  périt  sous  Samuel  le  Juste,  et  le  Philistin  Goliath 
sous  David,  surnommé  la  Main-Puissante.  U  se  sou- 
viendra aussi  que,  dans  le  temps  où  Tillustre  prophète 
Élie  supprimait  à  son  gré  les  pluies,  à  son  gré  les  faisait 
descendre  sur  les  terres  desséchées,  et  par  ses  paroles 
changeait  en  richesse  Tindigeuce  d  une  pauvre  veuve, 
de  cruelles  désolations  tombèrent  sur  les  peuples,  et 
quelle  faim,  quelle  soif  vinrent  tourmenter  la  terre 
malheureuse.  Quels  maux  ne  souffrit  pas  Jérusalem  dans 

3. 


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46  L'évâQUE  BRICE. 

le  temps  ci  'Ézécliias,  à  la  vie  duquel  Dieu  voulutajouter 
\  quinze  années  l  Et  sous  le  prophète  Elisée,  qui  rappela 
des  morts  à  la  yie^  et  fit,  au  milieu  des  peuples^  beau- 
coup  d'autres  miracles,  quels  carnages^  quelles  misères 
affligèrent  les  peuples israélîtes  lEusèbe,  Sévère,  Jérôme 
et  Orosc^  ont  ainsi  nuMc  diiiis  leurs  chroniques  les  guer- 
res des  rois  ^t  les  vei/ius  des  martyrs.  Nous  eu  avons 
usé  de  même  en  cet  écrite  afin  qu'il  fût  plus  aisé  de 
suivre  jusqu'à  nos  jours  Tordre  des  siècles  et  le  calcul 
des  années.  'Après  avoir  pris  pour  guides  les  susdits 
auteurs^  nous  allons  rapporter^  avec  Faide  de  Dieu^  les 
événements  arrivés  depuis. 

I. — ^Après  la  mort  de  saint  Martin,  évêque  de  Xouis, 
homme  éminent  et  incomparable  dont  les  miracles  renk- 

plissent  chez  nous  plusieurs  volumes,  Brice  fut  appelé 
'  à  répiscopat.  Cependant,  quand  saint  Martin  habitait 
encore  cette  terre,  Brlee,  très-jeune  alors,  liii  avait  tendu 
de  fréquentes  embûches,  parce  que  celui-ci  lui  repro- 
chait souvent  de  se  hvrer  à  des  occupaUohs  futiles.  Un 
jour,  un  malade  venant  deniander  à  saint  Martin  quel- 
que remède,  rencontra  sur  la  place  publique  Brice,  qui 
n'était  encore  que  diacre,  et  lui  dit  avec  simplicité  : 
a  Voilà  que  j'attend<  \c  saint  hnnnne,  et  je  ne  sais  où  il 
est,  ni  ce  qu'il  fait.  »  Brice  répondit  :  «  Si  tu  cherches 
ce  foii^  regarde  là-bas;  le  voilà  qui  coiik  nq»le  le  ciel  se- 
lon sa  coutume,  comn)é  un  insensé.  »  £t  lorsque  le 
pauvre  eut  .abordé  Tévêque  et  en  ieut  obtenu  ce  quil 


#  i 

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L'éVÉQUE  BRICE.  il 

demandaity  le  saint  s'adressa  ainsi  au  diacre  :  «  Bricé, 
Je  te  parais  donc  fou?^  »  Comme  celui-ci^  plein  dé  cou- 
fusion^  niait  avoir  ainsi  parlée  le  saint  homme  ajouta  : 
«  Tu  parlais  loin  de  moi,  et  mes  oreilles  étaient  près  de 
ta  bouche;  en  vérité,  je  te  le  dis,  j'ai  obtenu  de  Dieu 
qu'après  ma  mort  tu  fusses  honoré  du  poniiiicat  ;  nàais 
sache  que  tu  y  8oufih*îra8  bien  des  adVersites.  »  Brice  ssî 
moqua  de  ces  paroles^  disant  :  a  N'avais-je  pas  raison 
dedirequ'il  parle  comme  un  insensé  t  »  Même  torsquîi 

^  eut  été  admis  aux  honneurs  de  la  prêtrise,  il  poursuivit 
souvent  le  saint  homme  de  ses  iusulies.  Plus  tard^  élevé 
du  consentement  de  ses  concitoyens  à  Fépiiscopat,  il  s^a- 
donna  à  la  [jrière.  Bien  qu'orgueilleux  et  vain,  il  passait 

^  pour  être  chaste.  Mais  dans  la  trente-troisième  année  de 
sa  dignité,  une  déplorable  accusation  s'éleva  oonti>e  lui: 
une  femme,  à  qui  ses  domestiques  avaient  coutume  de 
donner  ses  vêtements  à  laver,  et  qiii,  isolis  appartsdbe 
religion^  avait  changé  d'habit',  vint  à  concevoir  et  en- 
fanta.  Cette  circonstance  enflamma  de  colère  tout  le 
peuple  de  tours,  il  imputa  ce  crime  à  l^évêqiie,  il 
avait  qu'une  voix  pour  le  condamner  à  être  lapidé,  et  lé 
peuple  disait  :  a  Tu  as  longtemps  caché  ta  luxure  soùs  les 
dehors  de  piété  d'un  saint;  mais  Dieu  ne  permet  pas  que 
nous  soyons  plus  longtemps  souillés  en  baisant  tes  indi- 
gnes mains.  »  Brice,  niant  le  crime  avec  force,  demanda 
qu'on  lui  apportât  l'enfant.  Et  quand  cet  enfant,  qui 
n'avait  que  trente  jours,  fut  en  sa  présence,  il  lui  dit  : 
«  Je  te  conjure  au  nom  de  Jésus-Christ,  fils  de'Diett  tout- 

i  Muiare  vetUm,  embrasser  la  vie  relijpeuse. 


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4ft  ,  L'iîVÈQLE  BRICE. 

paissant^  de  déclarer  en  présence  de  tout  le  monde  si 

Je  Vai  engendré.  »  L'enfant  répondit  :  «Tu  n'es  pas  mon 
père.  »  Gomme  le  peuple  voulait  que  l'évêquedemandftt 
Iç  nom  du  père,  celui-ci  répondit  :  «  Ce  n'est  pas  mon 
affaire;  je  me  suis  occupé  de  ce  qui  me  regardait;  si 
quelque  antre  chose  tous  intéresse,  interroges  Tous-mè* 
ijies.  »  Le  peuple,  prétendant  que  tout  cela  était  Teffet 
de  la  magie,  se  souleva  d'un  commun  accord,  et,  en- 
traînant Févéque^  lui  dit  :  «  Tu  ne  nous  gouverneras 
pas  plus  longtemps  sous  le  faux  nom  de  pasteur.»  Brice, 
pour  convaincre  la  foule,  mit  dans  sa  robe  desc^arbons 
ardents,  les  pressa  contre  lui  et  arriva,  suivi  du  peuple, 
au  tombeau  de  saint  Martin»  11  jeta  les  charbons  devant 
la  tombeau,  et  Ton  vit  son  vêtement  exempt  de  brûlures. 
Alors  il  dit  :  a  De  même  que  vous  voyez  mon  vêtement 
préservé  des  atteintes  de  ce  teu,  de  même  mon  corps  est 
pur  de  tout  connmerce  et  de  tout  contact  avec  les  fem  nies. 
Mais  le  peuple  ne  le  crut  pas  et  persista  à  soutenir  le 
eontraire..  Brice  fut  entraîné,  calomnié,  chassé,  pour 
que  la  parole  du  saint  reçût  son  accomplissement  :  5a- 
diequetu  souffrira  de  grandei  adv&riités  dans  ton  épis- 
eopat;  etiusiinien  fut  élu  évêque  en  sa  place.  Brice 
s'en  alla  trouver  le  pape  de  Rome,  pleurant,  se  lamen- 
tant et  disant  :  a  C'est  avec  justice  que  je  souffre  tout 
cela,  car  J'ai  péché  contre  le  saint  de  Dieu,  l'appelant 
souvent  fou  et  insensé  ;  j'ai  tu  ses  mirades  et  je  n'y  ai 
pas  cru.  »  Aprèe son  départ,  le  penpledeTours  dit  àson 
évêque  :  «  Va  après  lui,  et  fais  comme  il  convient;  car 
si  tu  ne  le  poursuis  pas,  tu  seras  humilié  à  la  honte  dé 


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IRRUPTION  DES  YANDAUSS,  4» 

nous  tous.  ï>  JusUoien^  parti  de  Tours^  atteignit  Yerceil, 
▼itie  dltalie,  mais,  frappé  du  j  iigement  de  Dieu,  il  mou- 
rut daos  son  voyage.  Ceux  de  Tours  apprenant  sa  niort^ 
et  persévérant  dans  leur  inimitié»  instituèrent  à  sa  place 
Armentius.  Cependant  l'évéque  Brice^  arrivé  à  Rome, 
instruisit  le  pape  de  ce  qu'il  avait  souffert;  il  célébra 
plusieurs  fois*  durant  son  séjour  dans  la  résidence  apos- 
tolique, le  saint  sacrifice  de  la  messe,  et  lava,  par  ses 
pleurs,  les  fautes  qu'il  avaiticommises  envers  le  saint  de 
Dieu.  An  bout  de  sept  ans  il  quitta  Rome  et  se  prépara, 
avec  Taulorisation  du  pape,  à  retourner  à  Tours.  Arrivé 
à  un  village  nommé  Mont-Louis  \  à  six  milles  de  la  viUe^ 
il  y  établit  sa  den^eure. Cependant  Armentius,  pris  delà 
fièvre,  rendit  Tâme  au  milieu  de  la  nuit.  Brice,  instruit 
de  cette  mort  par  une  vision,  dit  aux  siens  :  «  Levez-vous 
promptement,  pour  que  nous  allions  mettre  dans  son 
tombeau  notie  frère  révéque  de  Tours,  j»  Gomme  ils 
entraient  par  une  porte  de  la  ville,  on  emportait  le  nnort 
par  une  autre.  A  la  suite  de  cet  événemeut,  Brice  rentra 
en  possession  de  son  siège,  et  vécut  beureusement  du- 
rant encore  sept  années.  A  sa  mort,  arrivée  après  qua- 
rante-sept ans  d'épiscopat,  il  eut  pour  successeur  saint 
Eustoche,  homme  d'une  sainteté  parfaite. 

II. — ^Ensuite  les  Vandales,  (initiant  les  contrées  qu'ils 
'  bahitaient»  firent  irruption  dans  les  Gaules>  avec  leur 
roi  Gunderic*.  Après  les  avoir  dévastées,  ils  se  jetèrent 
surlEspagne.  Les  Suèves,  c'est-à-dire  les  Aiauians,  les 

*  Laudiacus,  (V.  Gëogr») 
•En  406. 


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âO  P£RSÉCUXION  DKH  VANDALES. 

y  siiiyirent  et  s'emparèrent  -de  la  Galice.  Peu  après,' 
comme  ces  deux  peuples  élaieut  voisius^  la  discorde 
éclata  entre  eux  ;  ils  prirent  les  armes>  ei  déjà  ib  étaient 
près  d'en  venir  aux  mains,  lorsque  le  roi  des  Alamans 
parla  ainsi:  a  Jusques  à  quand  un  peuple  tout  entier 
souffrira-t-il  de  la  gUërre?  Je  vôus  en  conjure,  au  lieu 
de  laisser  s'entre-luer  les  armées  des  deux  peuples,  fai- 
sons combattre  deux  des  nôtres  sur  le  champ  de  bataille, 
et  le  peu|)le  dont  le  guerrier  sera  vainqueur  restera 
sans  conteslaiiou  luoiLre  du  pays.  »  Cette  proposition^ 
d'empêcher  la  multitude  de  se  précipiter  sur  là  pointe 
des  glaives,  lut  accueillie  d'un  consentement  unanime. 
Gunderic  étant  venu  à  mourir^  Thrasamund  liii  succéda 
dans  la  royauté^  Les  deiix  guerriers  en  vinirent  aux 
mains^  et  celui  des  Vandales  lut  vaincu.  Thrasamund 
promit  donc  de  quitter  TËspagne  aussitôt  qu'il  aurait 
fait  ses  préparatifs  de  départ.  Dans  le  même  temps, 
Thrasamund  exerça  une  persécution  contre  lesChrétienSj 
et  contraignit  toute  l'Espagne,  par  des  tourments  et  des 
sup()lices^  à  trahir  sa  foi  pour  embrasser  la  secte  d'Arius. 
Or  11  arriva  qu'une  jeune  hlle  pieuse,  comblée  de  ri*- 
cbesses,  honorée  dans  le  monde  pour  sa  noblesse  séna- 
toriale, et,  ce  qui  est  plus  noble  que  tout  le  reste,  ferme 
dans  la  foi  catholique  et  entièrement  dévouée  au  Dieu 
tout-puissant,  se  trouva  soumise  à  cette  épreuve.  Le  roi, 
quand  elle  fut  en  sa  présence,  commença,  par  des  dis- 

^  Ce  fut  Genséric,  et  non  Thrasamund,  qui  succéda  à  Gunde- 
ric, son  frère,  et  emmena  les  Vandales  en  Afrique  en  438.  Thra- 
samund régna  en  Afrique  de  Tan  496  à  l'an  523. 


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PERSÉCUTION  DES  VANDALES.  SI 

cours  flatleursi,  à  vouloir  lui  persuader  de  se  faire  re- 
bapUser.  Mais  comme,  munie  du  bouclier  de  la  îoi,  elle 
repoussait  sou  irait  empoisonné,  le  roi  ordonna  qu'on 
s'emparât  de  tous  les  biens  de  celle  qui^  eU  esprit^  pos- 
sédait déjà  les  royaumes  du  Pàlrâdis^  et  qu'oil  iéUt'mëniftt 
par  des  supplices  celle  qui  ne  plaçait  aucune  espérance 
dans  la  yie  présente.  Que  dire  de  plus  ?  Aptèâ  des  épreu- 
ves réitérées,  après  lui  avoir  enlevé  toutes  ses  i^ichesses, 
ne  pouvant  la  contraindre  à  diviser  la  sainte  Trinité, 
on  Tenlraîna  malgré  elle  à  ùh  bouvedu  baptékne; 
mais,  comme  on  la  plongeait  de  force  dans  ce  bain  im- 
pur, elle  s'écria  :<  «Je  crois  que  le  Père,  et  le  Fils  et  le 
Saint-Esprit  sont  d'une  seule  substance  et  d'une  même 
essence,  »  et  infecta  les  eaux  de  ses  excréments,  parfum 
dont  elles  étaient  bien  dignes.  Elle  sortit  de  là  pour  élfe 
soumise  à  la  torture  selon  la  loi  ;  elle  endura  le  supplice 
des  chevalets,  des  Aammes  et  des  crocs,  et  lut  oondàinnée 
à  avoir  la  tête  tranchée  pour  Jésus-Christ. 

Ensuite,  les  Alamans  s'étendirent  jusqu'à  TraductâV 
les  Vandale^  jiassère'nt  la  mer  et  se  dispersèrent  dans 
l'Afrique  et  la  Mauritanie. 

111. — ^Mais  comme  ce  lut  de  leur  temps  que  la  persé- 
cution contre  les  Chrétiens  devint  le  plus  violente,  ainsi 
que  nous  l'avons  dtjà  dit,  il  ne  sera  [)as  iiuilile  de  rap- 
porter  quelque  chose  de  ce  qu'ils  ûrent  contre  les  Églises 
de  Dieu,  et  la  manière  dont  ils  furent  chassés  de  leur 
royaume.  Thrasaïuund  étant  mort  après  avoir  commis 
toutes  sortes  de  crimes  envei'sles  saints  de  Dieu,  Uubé- 

*  Voir  Géo(ji'Uj)}iic  de  Qnijfoire  de  Tours 


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&9  L'éVÉQUE  HÉRÉTIQUE  CTROLA. 

ric^  encore  plus  féroce^  lui  succéda  dans  le  royaume 
d'Âfirique,  par  suile  de  Téleclion  des  Vandales.  Oo  ne 
saurait  imaginer  le  nombre  prodigieux  du  Cliréiiens'qui 
furent  mis  à  mort  sous  son  règne^  pour  le  nom  sacré 
de  Jésus-Christ.  Ce  nombre,  TAfrique^  qui  les  a  envoyés 
au  martyre^  le  connaît  bien^  ainsi  que  la  main  du 
Christ,  qui  les  a  couronnés  de  pierreries  dont  Téclat  ne 
se  ternira  pas.  Toutefois  nous  avons  lu  plusieurs  de  leurs 
passions^  dont  nous  publions  quelques  traits  pour  ac- 
complir nos  promesses.  Le  faux  évêque  Cyrola  était 
alors  regardé  comme  le  plus  ferme  soutien  de  Thérésie; 
le  roi  ayant  envoyé  dé  tous  côtés  à  la  recherche  des 
Chrétiens,  le  persécuteur  découvrit  dans  un  faubourg 
de  sa  ville  révêque  Eugène,  homme  d'une  ineffable 
sainteté  et  d'une  grande  sagesse;  il  le  fit  enlever  si 
violemment  que  celui-ci  ne  put  même  pas  aller  exhor- 
ter le  troupeau  des  fidèles.  Se  voyant  emmené,  Eugène 
écrivit  à  ses  concitoyens,  pour  les  engagera  conserver 
la  foi  catholique,  une  le  lire  conçue  en  ces  termes  : 

«  A  sestrès-aimés  et,  dans  Tamour  du  Seigneur,  très- 
a  cliei  S  iils  et  filles  de  FËglise,  que  Dieu  lui  a  confiés, 
a  révêque  Eugène  : 

«  L'autorité  royale  nous  a  ordonné  par  un  édit  d'aller 
a  à  Carthage  pour  y  manifester  notre  foi  catholique; 
«t  afin  de  ne  pas  livrer,  par  mon  départ,  l'Église  de  Dieu 
a  à  un  état  d'incertitude  et  de  suspension,  et  de  ne  pas 
a  délaisser,  pasteui^  inûdele,  les  brebis  du  Seigneur 
«  sans  leur  adresser  la  parole,  j'ai  cru  nécessaire,  pour 
«  soutenir  votre  piété^  de  remplacer  ma  présence  par 


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SAINT  EUGÈNE.  I>3 

a  ces  lettres.  Je  tous  demaude  donc^  et  non  sans  ré- 
«  pandre  des  larmes.  Je  tous  exhorte,  tous  avertis  et 
«  TOUS  conjure,  au  nom  de  la  majesté  de  Dieu,  du  re* 
a  doutable  jour  du  jugement  et  de  la  terrible  splendeur  . 
«  dé  la  Tertu  du  Christ,  de  demeurer  inébranlables 
a  dans  la  foi  catholique,  en  proclamant  le  Fils  égal  au 
<  Père,  etle  Saint-Esprit  aTec  le  Père  et  le  Fils  dans  une 
c  même  dÎTinité.  ConserTez  la  grâce  d'un  baptême 
a  unique^  et  gardez  soigneusement  Tonction  du  saint 
«  chrême.  Qu'aucun  de  ceux  qui  ont  reçu  Teau  oe  re* 
€  tourne  à  Teaii  après  en  avoir  été  régénéré,  car,  sur 
a  un  signe  de  Dieu,  le  sel  se«  forme  de  Teau;  mais,  si 
«  on  le  réduit  en  eau,  il  perd  aussitôt  sa  forme.  Et  cé 
a  n'est  pas  sans  raison  que  le  Seigneur  a  dit  dans  rÉvan- 
a  gile  :  Si  le  sel  perd  sa  force,  avec  qmi  le  salera4-^^  ? 
a  Et  certes^  c'est  perdre  la  force  du  baptême  que  de 
a  vouloir  y  recourir  une  seconde  fois,  quand  une  s(îule 
c  suffit.  N'aTez-TOUSpasentendu cette paroleduGhrist? 
c  Celui  qui  a  été  lavé  une  première  fois  n'a  pas  besoin  de 
«  Vélre  une secondeK  C'est  pourquoi,  mes  frères,  mes 
c  fils  et  mes  filles  en  Dieu,  ne  soyez  pas  contristésde 
a  mon  absence,  parce  que,  si  vous  restez  attachés  à  la 
c  religion  catholique,  quel  que  soit  mon  éloignement, 
«  je  ne  tous  oublierai  pas,  et  la  mort  ne  me  séparera  ^ 
«  pas  de  TOUS.  Sachez  qneu  quelque  endroit  que  les 
c  bourreaux  dispersent  mes  membres,  la  palme  y  sera 
c  avec  moi;  si  je  vais  à  l'exil,  j'ai  pour  exemple  saint 

i  Èvang.  selon  saint  Mathieu,  chap.  v,  v.  13, 
S  Èvang,  selon  saint  Jean,  chap.  xxii,  v.  10. 


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54  SAINT  EUGÈNE. 

«  Jean  l'Évangéliste;  si  l'on  m'envoie  à  la  moTi^UChriti 

a  est  ma  vie,  et  la  mort  m'est  un  gain  K  Si  je  reviens  icK 
«  mes  (rères.  Dieu  remplira  vos  vœux.  Il  me  suffit  à 

«  cette  heure  de  n'avoir  pas  gardé  le  silence  avec  Vous. 

«  Je  vous  ai  insli  uits  et  avertis  selon  mon  pouvoir,  je 

a  suis  donc  innocent  du  sang  de  tous  ceux  quit>érirônt; 
i  et  jé  sais  que  qùand  viendrà  le  tempà  dé  reildt^  à 

a  chacun  selon  ses  œuvres^  cette  lettre  sera  lue  et  por- 
t  ierà  témoignage  devant  le  tribunal  du  Christ.  Si  je 
a  reviens,  mes  frères,  je  Voiis  verrai  dans  cette  vie  pré- 
à  sente  ;  si  je  ne  reviens  pas^  je  vous  verrai  dans  la  vie 
«  future.  Cepeiîdant  je  vous  dis  adieii.  Piriez  ëi  jeûnés 
«  pour  nous,  parce  que  le  jeûne  et  l'aumône  ont  toujours 
«  fléchi  la  miséricorde  du  Seigneur.  Souvenez-voùs  qu'il 
«  est  écrit  dans  TÉvangile  :  Ne  craignez  pas  ceux  qui 
«  tuent  le  corps,  et  qui  ne  peuvent  tuer  Vâme;  mais 
à  erai^z  pîutôl  celui  qui,  après  avoir  lué  U  corps, 
a  peut  aussi  perdre  Vàme  et  le  corps,  et  les  envoyer  dans 
«  r Enfer  K  » 

Saiiit  Eugène,  ayaht  donc  été  conduit  vërs  le  roi,  dis- 
cuta contre  révêque  des  Ariens  en  faveur  de  la  foica- 
tholiqUé.  Lorsqu'il  j'eut  confondu  sur  le  mystère  de  la 
Trinité,  et  que  le  Christ  eut  accompli  pat*  son  ministère 
de  nombreux  miracles^  révêque  arien,  plein  d'envie^ 
entra  dàiis  line  violèhté  fureur.  Saint  Eugène  était  alors 
accompagné  des  hommes  les  plus  sages  et  les  plus  saints 
de  ce  lenips,  les  évéques  Yindémial  et  Longin,  tous 

i  EfUre  de  saint  Paul  ans  Philipp.,  chap.  i,  v.  SI. 
*  Svan^*  selon  saint  Mathieu,  chap.  x,  38. 


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SAIM  KLGLNE  et  CYKOLA.  S5 

*  deut  égaux  en  dignités  aussi  bien  qu'en  pttisëance,  car 

on  disait  que  saint  Vindémial  avait  ressuscité  un  mort, 
et  Longin  a^ait  rendu  la  santé  à  beaucoup  de  malades. 
Eugène  guérissait  non-seulement  la  cécité  des  yeux, 
mais  aussi  celle  de  l'esprit.  Voyant  cela,  ce  méchant 
érèque  des  Ariens  ût  ve^ir  un  homme  imbu  de  Terreur 
où  il  vivait  lui-niênic,  et  lui  dit  :  «Je  ne  puis  souffrir 
que  ces  évêques  opèrent  de  nombreux  miracles  parmi  le 
[>euple^et  quechacun  me  néglige  pour  les  suivre.  Reçois 
donc  ces  cinquante  pièces  d'or  pour  faire  ce  que  je  t'or- 
donne :  asseois-toi  sur  la  place  publique  que  nous  de- 
vons traverser;  et,  tenant  ta  main  sur  tes  yeux  fermés, 
écrie-toi  de  toute  ta  force  quand  je  passerai  avec  les  au- 
tres:— Je  te  supplie,  bienheureux  Gyrola,  pontife  die 
notre  religion,  de  uianifesler  à  mon  égard  ta  gloire  et  ta 
puissance,  en  m'ouvrant  les  yeux^  pour  que  j'obtienne 
de  recouvrer  la  lumière  que  j'ai  perdue.  »  L'homme,  sui- 
vant cet  ordre,  s'assit  sur  la  place  publique,  et  quand 
rbérétique  passa  avec  les  saints  du  Seigneur,  pèiisantée 
jouer  de  Dieu,  ilioinme  s'écria  :  «  Écoule-moi,  bienheu- 
reux Cyrola;  écoute-moi,  saint  pontife^  jette  un  regaird 
sur  ma  cécité,  et  je  serai  guéri  par  ces  remèdes  que  soii- 
vent  les  autres  aveugles  ont  obtenus  de  toi,  qu'en  ont 
reçus  les  lépreux,  et  qui  se  sont  fait  sentir  aux  morb 
mêmes.  Je  le  conjure,  par  ce  pouvoir  que  tu  possèdes, 
de  me  rendre  la  lumière  que  j'ai  perdue,  car  je  suis 
accablé  d*une  cruelle  cécité.  »  Sans  le  toVoir  il  disait  la 
vérité,  car  la  cupidité  l'avait  aveuglé^  et  pour  de  Targent 
il  pensait  se  jouer  de  la  puissance  de  DieU.  Alors  révéqiié 


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S6  FOURBERIE  DE  CTROLÂ. 

des  hérétiques  se  détourna,  et,  comme  s'il  eût  été  prêt  à 
se  glorifier  dans  sa  puissance,  transporté  de  yanité  et 
d'orgueil,  il  mit  sa  main  sur  les  yeux  de  l'homme  et  dit: 
a  Par  notre  loi,  qui  est  la  vraie  croyance  en  Dieu,  que 
tes  yeux  s'ouvrent  à  la  lumière.  »  Mais  à  peine  eut-il 
lâché  ce  blas[>hôme  que  la  moquerie  fil  place  aux  gé- 
missements et  que  la  fourberie  de  révêque  se  manifesta 
publiquement,  car  les  yeux  de  ce  malheureux  furent 
saisis  d'une  si  grande  douleur  qu'à  peine  en  les  pressant 
de  ses  doigts  ponvait-illesempêcher  de  sortir  de  sa  téte. 
L'infortuné  se  mit  alors  à  crier  et  à  dire  :  a  Malheur  à 
moi  misérable^  qui  me  suis  laissé  séduhre  par  Tennemi 
de  la  loi  divine  !  Malheur  à  mol  qui  ai  consenti  à  me 
jouer  de  Dieu,  et  qui  ai  rte  u  cinquante  pièces  d'or  poiu: 
commettre  ce  crime  !  »  Puis  il  dit  à  Tévêque  :  «  Voilà 
ton  or,  rends-moi  la  lumière  de  mes  yeux  que  ta  four- 
berie m'a  fait  perdre.  El  vous,  très-glorieux  chrétiens. 
Je  vous  supplie  de  ne  pas  mé|)riser  et  de  secourir 
promptement  un  malheureux  près  de  périr;  car  je  re- 
connais réellement  qu'on  ne  se  moque  pas  de  Dieu.  > 
Les  saints  du  Seigneur,  émus  de  compa^^siou,  lui 
dirent  :  Si  iu  croi^,  tôu/  t^i  possible  à  celui  qui  croitm 
Alors  il  s^écria  d'une  voix  forte  :  a  Que  celui  qui  necit>it 
pas  que  Jésus-Christ  fils  de  Dieu  .et  le  Saint-Esprit  ont^ 
avec  Dieu  le  père,  une  même  substance  et  une  même 
divinité,  endure  ce  que  je  souifre.  »  Et  il  ajouta  :  et  Je 
crois  en  Dieu,  Père  tout-puissant,  en  Jésus-Christ  fils 
de  Dieu,  égal  au  Père,  et  Je  crois  au  Saint-Esprit  c(«- 
subslantiel  et  coéternel  au  Père  et  au  Fils,  u  A  ces  paro^ 


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MIBACtE  DK  SAINT  EUGÈNE.  57 

les^  par  une  pieuse  déféreuce,  chacun  des  <jvéques  vou- 
lut laisser  aux  autres  rhonneiur  d'imposer  sur  les  yeux 
du  patient  le  signe  de  la  bienheureuse  croix.  Yindémial 
et  Longin  priaient  Eugène  d'imposer  les  mains  à  Taveu- 
gle,  et  lui  les  en  priait  de  son  côté*  Enfin,  pendant 
que  les  premiers  tenaient  leurs  mains  sur  la  tête  de 
Faveug!e>  saint  Eugène  fit  le  signe  de  la  croix  sur  ses 
yeux,  el  dit  :  <  Au  nom  du  Père  et  du  Fils  et  du 
Saint-Esprit^  que  nous  reconnaissons  pour  le  vrai  Dieu 
en  trois  personnes  égalas  et  toutes-puissantes,  que  les 
yeux  soient  ouverts.»  Aces  mois  la  douleur  s'évanouit^ 
le  malade  recouvra  la  santé,  et  l'on  reconnutclairement, 
par  la  cécité  de  cet  homme^  que  la  doctrine  de  Févéque 
des  hérétiques  couvrait  les  yeux  du  cœur  d'un  voile 
déplorable,  et  les  empêchait  de  contempler  la  vraie  lu- 
mière de  la  foi.  Malheureux  qui  n'étant  pas  entré  par 
la  porte,  c'est-à-dire  par  le  Christ,  qui  est  la  vraie  porte, 
était  devenu  le  loup  plutôt  que  le  gardien  du  troupeau, 
et  s'efforçait,  par  la  méchanceté  de  son  cœur,  d'étemdre 
danslecœurdes  fidèles  le  flambeau  de  la  foi  qu'il  aurait 
dû  y  allumer!  Les  saints  de  Dieu  firent,  au  milieu  du 
.peuple,  bien  d'autres  miracles,  et  le  peuple  n'avait 
.  qu'une  voix  pour  dire  :  a  On  doit  adorer  d'une  même 
foi,  redouter  d'une  môme  crainte,  et  honorer  d'un  même 
respect  le  vrai  Dieu  père,  le  vrai  Dieu  fils,  le  vrai  Dieu 
Saint-Esprit;  car  il  est  manifeste  que  la  doctrine  de 
Gyrola  est  fausse.  » 

LeroiHuneric,  voyant  que  la  glorieuse  fidélité  des 
saints  mettait  à  nu  la  fausseté  de  ses  doctrines,  que  la 


ISA  £XIL  DE  SAl^T  EUGENE 

secte  de  l-erreqrse  déirnisalt  au  lieti  'de  s^éiablir^  et  que 
la  fourberje  de  soa  ppnlifc  avait  é.lé  dévoilée  par  sa  ruse 
criminelle,  Qi^oona  qu'après  bien  des  lourments,  parles 
cheviilpls,  les  flammes  et  les  crocs  do  for,  ou  mît  à  mort 
les  saints  dp  pieu  -,  lirais  il  leignit  seulement  de  vouloir 
faire  décoller  le  bienheureux  Eugène,  car  il  ordonna 
que  ai,  au  moment  où  le  glaive  menacerait  sa  tète,  1^ 
véqu0  n'^ipbrassait  pasla  secte  des  hérétiques,  on  s'abs- 
tînt  de  le  tuer,  de  peur  que  les  Chrétiens  ne  vinssent  à  le 
vénérer  pppime  martyr,  et  il  enjoignit  qu'on  se  bornât  à 
louvoyer  et^  exil,  ce  qui  arriva  en  effet  ;  car  sur  le  point 
^le  recevoir  la  mort,  interrogé  s'il  était  décidé  à  mourir 
pimir  la  fo|  catbplique,  Eugène  répondit  :  a  Mourir  pour 
la  justice,  c'est  vivre  éternellement.»  Alors  le  glaive  de- 
meura suçpendu  et  oui  envoya  en  exil  à  Albi,  ville  des 
Gfiul^i  01}  il  termina  sa  vie  terrestre.  De  hréquenis  mi- 
racles manifestent  aujourd'hui  la  sainteté  de  son  tom- 
h^^*  roi  qfdpaua  que  Vindémial  fût  frappé  du 
glaiye;  ce  fut  ainsi  qu^  le  saint  mourut  dans  ce  combat. 
Optayiep^  arcbidiacre,  et  des  milliers  d  homiucs  et  de 
^ppi^S  attachés  à  notre  proyance  furent  tués  e^  tortu- 
rés. Vais  souffrir  ainsi  n'était  rien  pour  ces  saints  con* 
fe^SPHr^,  iï^j^^^  l'amour  de  la  gloire  ;  car  ils  sa- 
ya^ent  biep  qqe  ce  peu  de  tourments  leur  vaudraient  de 
grands  biens,  selon  ces  paroles  de  TApôtre  :  Les  souf- 
francu  de  la  vie  présente  n'ont  point  de  proportion  avec 
cette  gloire  qui  est  révélée  auw  eainls  ^  En  ces  mêmes 
temps^  beaucoup  abaudonuaut  leur  foi,  acquérant  des 

t  ifUr9  de  s^nt  Pftul  aux  Romains,  chap.  viti,  t.  18* 


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PERSÉCUTION*  D•ArHA^•ARIC.  58 

richesses^  se  plongcreot  en  d'innombrables  douleurs» 
comme  ce  malheureux  évèque  Uévocatus,  qui  révoqua 
ses  promesses  à  la  foi  (catholique.  Alors  aussi  )e  soteil 
s'assombrit  au  point  qu'à  peine  le  tiers  de  son  disqiie 
fut  lumineux.  La  cause  en  est»  jecrois^  à  tant  de  crim^^ 
'  et  àTeffusion  du  sang  innocent.  Huneric^  après  m  9i 
gr^iid  forfaitr  fut  possédé  du  démon^  et  celui  qui  s'éi^it 
lopgterops  abreuYé  du  sang  des  saipts  se  déchira  par 
ses  propres  morsures  ;  ce  fut  dans  ces  tourments  qu'une 
|us(^  mort  termina  son  indigne  vie.  Hiidéric  lui  suc- 
céda, dit  à  la  mort  de  celui-ci,  Célésimer  parvint  au 
gouYeruemeat.  Ce  roi,  vaincu  par  la  république,  ter- 
mina sa  yie  en  même  temps  que  son  règoe*  Ainsi 
tomba  te  royaume  des  Vandales  ^. 

tV. — ^Dans  ce  temps  les  Églises  de  Dieu  furent  infestées 
l>ar  un  grand  noinbre  d'hérésies  qu'atteignit  souyent 

la  venguance  divine  ;  ainsi  Alhanaric,  roi  des  GothSi 
exerça  une  grande  persécution:  il  frappa  du  glaive  beaur 
OGup  de  Chrétiens^  après  leur  avoir  infligé  des  tourments 
wiés«  et  jusque  dans  l'exil  il  fit  périr  un  grand  )ionii)re 
d'entre  eux  par  la  faim  et  par  d^autres  supplices.  Mais  il 
arriva  par  un  jugement  de  Dieu,  qu'en  punition  de  Tef- 
fuâon  du  sang  des  justes,  il  fut  chassé  de  son  royaume, 

1  Ilildéric  ne  succéda  point  iaunécliatemcnt  à  son  pî-re  IIu- 
neric;  après  la  mort  de  celui-ci,  (runtamund,  le  plus  àgi*  des 
princes  du  sang  royal,  fat  roi  des  Vandales.  Â  Guntamund  suc- 
céda Tbrasamund,  et  Hildéric  ne  devint  roi  qu'après  ce  dernier, 
en  583;  il  mouriii  en  530.  Son  successeur,  Gélimor,  ou  Gélési- 
mer,  ouChildimer,  fut  vaincu  et  détrôné  par  Bélisaire,  Tannée 
même  de  son  élévation  au  trdnc. 


OÔ  L'ÉVÉQUE  AEVATIUS. 

et  que  celui  qui  avait  envahi  les  saintes  églises  fut  exilé 
de  son  pays.  Maïs  revenons  à  ce  qui  précède. 

T. — Le  bruit  s'était  répandu  que  les  Huns  voulaient 
se  jeter  suivies  Gaules.  Il  y  avait  alors  dans  la  ville  de 
.Tendres  un  évéque  d'une  exquise  sainteté^  nommé  Ar- 
vatius.  Adonné  aux  veilles  et  aux  jeûnes,  souvent  baigné 
d'une  pluie  de  larmes,  il  suppliait  la  miséricorde  di- 
vine de  ne  pas  permettre  l'enlrée  des  Gaules  à  cette  n^ 
tion  incrédule,  et  toujours  indigne  de  Dieu.  Mais  averti 
par  inspiration.qu'à  cause  des  fautes  du  peuple,  ce  qu'il 
demandait  ne  lui  était  pas  accordé,  il  résolut  d'aDer  à 
Rome^  afin  que  la  protection  des  mérites  apostoliques^  . 
unie  à  ses  prières  lui  obtint  plus  facilement  ce  qu'il 
demandait  humblement  au  Seigneur.  S'approchant 
donc  du  tombeau  du  bienheureux  apôtre,  il  implorait 
le  secours  de  sa  bienveillance,  se  consumant  dans  Fabs- 
lineuce  et  le  jeûne,  au  point  de  rester  deux  et  trois  jours 
sans  manger  niboire,  et  ne  mettant  point  d'interrup- 
tion dans  ses  prières,  ixirsqu'il  eut  passé  un  long  es- 
pace de  Jours  dans  cette  mortification,  il  reçut^  à  ce  que 
Fon  rapporte,  cette  réponse  du  bienbeureux  apôtre  : 
«Homme  saint,  pourquoi  tant  d'insistance?  Il  a  été  ir- 
révocablement lixé  par  les  décrets  du  Seigneur  que  les 
Huns  viendraient  dans  les  Gaules,  et  que  ce  paysi  serait 
ravagé  par  la  plus  terrible  tempête.  Maintenant  donc 
prends  ta  résolution,  fais  une  prompte  diligence,  dispose 
ta  maison,  prépare  ta  sépulture,  aie  soin  de  te  munir 
d'un  linceul  blanc;  car  tu  vas  quitter  ton  enveloppe  cor- 
porelle, et  tes  yeux  ne  verront  pas  les  maux  que  les 


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INVASION  DES  HUNS.  61 

ttiiitt  causeront  à  la  Gaule.  Ainsi  en  a  décidé  le  Sei- 
gneur notre  Dieu.  »  Le  pontife  ayant  reçu  cette  réponse 
du  saint  apôtre  bâta  son  aroyage  et  regagna  prompte- 
menl  la  Gaule.  Arrivé  à  la  ville  de  Tôngres,  il  apprêtk  .  , , 
ce  qui  était  nécessaire  à  sa  sépulture;  et,  disant  adieu 
aux  ecclésiastiques  et  au  reste  des  habitants  de  la  ville/ 
il  leur  annonça  avec  des  pleurs  et  des  lamentations 
qu'ils  ne  verraient  plus  longtemps  son  visage;  ceux-ci, 
,  le  suivant  avec  des  larmes  et  des  gémissements^  le  sup- 
pliaient humblement  et  s'écriaient  :  <(  Ne  nous  aban-  * 
donnez  pas,  saint  père  I  ne  nous  oubliez  pas,  bon 
pasteur!  »  Hais  comme  leurs  pleurs  ne  pouvaient  le 
retenir,  ils  s'en  retournèrent  après  avoir  reçu  sa  béné- 
diction et  ses  baisers.  Lui  donc,  étant  allé  à  la  ville  de 
MaëstrichtS  fut  attaqué  d'une  légère  fièvre  et  mourut. 
Son  corps,  lavé  par  les  fidèles,,  fut  enterré  auprès  du 
rempart  public.  Nous  avons  écrit,  dans  notre  livre  des 
Miracles,  comment  ce  saintcorpsfut  transféré  après  un 
*  long  espace  de  temps. 

VL — Les  Huns  étant  donc  sortis  de  Pannonie,  se^je- 
tèrent,  dépeuplant  le  pays,  sur  la  ville  de  Metz,  où  ils 
arrivèrent,  ainsi  que  quelques-uns  le  rapportent^  la 
veille  du  saint  jour  de  Pâques.  Ils  livroi  ent  la  ville  aux 
;  .flammes,  passèrent  les  habitants  au  lil  de  Tépée,  et 
égorgèrent  même  les  prêtres  du  Seigneur  devant  les 
autels  sacrés.  Rien  n'échappa  à  l'incendie,  si  ce  n'est  ro- 
ratoire  du  diacre  saint  Ëtienne,  premier  martyr.  Je 
n'hésite  pas  à  redire  ce  que  j'ai  entendu  raconter  à 

«  Trt^ûetmma  urhi.  (V.  Gco^r.) 


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C2  ATTILA  KT  SAINT  AIGNAN. 

^  • 

quelques  personnes  au  sujet  de  cet  oratoire.  Elles  ra- 

content  qu'avant  l'arrivée  des  ennemis  un  saint-  homme 
eut  une  vision,  dans  laquelle  il  vit  ce  pieux  fidèle»  le  i 
bienheureux  diacre  ^tienne,  s'entretenant  avec  les  saints 
apôtres  Pierre  et  Paul  sur  ce  désastre,  et  disant  :  «  Je 
•   vo|4S  conji^re^  mes  seigneurs,  d  empècber  par  votre  in- 
tercession- que  nos  ennemis  ne  brûlent  la  ville  de  ^ 
Metz;  car  elle  renferme  un  lieu  où  se  trouve  conservé 
rhumble  gage  de  ma  vie  terreslie  ;  faites  plutôt  que  les 
peuples  connaissent  que  je  puis  quelque  chose  auprès 
du  Seigneur;  ot  si  tels  sout  les  forfaits  des  habitants  que    ;  , 
la  ville  ne  puisse  éviter  1  incendie,  faites  au  moins  que  '  ' 
mon  oratoire  en  soit  préservé.  »  Ils  lui  répondirent  : 
«Va  en  paix,  irès-eher  frère;  rincendie  ne  respeclem 
que  ton  oratoire.  Quant  à  la  ville,  nous  pe  pouvons  rien 
obtenir,  parce  que  la  volonté  divine  a  déjà  prononcé  sa 
sentence;  car  les  péchés  du  peui)le  se  sont  accumulés, 
et  le  cri  de  sa  méchanceté  est  monté  jusqu'à  Dieu  :  la 
ville  sera  donc  livrée  aux  flammes.  x>  Il  est  par  là  ma- 
ni  teste  que  l'intercession  des  apôtres  a  seule  préservé 
Toratoire  dans  la  dévastation  de  la  ville. 

V II. — Cependant  Attila,  roi  des  Huns,  ayant  quitté  les 
murs  de  Metz  ,  et  ravageant  inij)uiuhnent  les  cités  des 
i^aules,  vint  assiéger  Orléans,  et  tâcha  de  s'en  emparer 
en  ébranlant^ ses  murs  par  le  choc  pin"ssanl  du  Ijélier.  \ 

Vers  ce  tcuips-là,  cette  ville  avait  pour  évoque  le  bienheu- 
reux Aignan,  homme  d'uoe  émittente  sagesse  et  d'une  , . 

louable  sainteté,  dont  les  actions  vertueuses  sont  lldèle- 
.ment  conservées  parmi  imus.  Et  comme  les  assiégés 


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8ÂINT  âignân.  es 

demandaient  à  grands  cris  à  leur  pontife  ce  qu'ils 
avaicDià  taire^  celui-ci,  inettant  sa  conflance  en  Dieu, 
les  engagea  à  se  prosternerions  pour  prier  et  implorer 
ayec  larmes  le  secours  du  Seigneur  toujours  présent 
dans  les  calamités.  Us  se  mirent  donc  à  prier,  selon  son 
conseil,  et  le  ponlife  leur  dit  :  «  Reirardez  du  haut  du 
rempart  de  la  ville  si  la  miséricorde  de  Dieu  Tient  à 
*  notre  secours;  »  car  il  espérait,  par  la  miséricorde  di- 
vine, voir  arriver  Aclius  que,  dans  sa  [)ré voyance  de 
'  ^  TaTenir,  il  était  allé  trouver  dans  Arles.  Mais  regardant 
•  du  bant  des  murs,  ils  ïi'aperçurent  personne.  L'évêque 
leurdit  encore  :  «  liriez  avec  zèle,  car  le  Seigneur  vous 
(^livrent  aujourd'hui.  9  Ils  se  mirent  à  prier,  et*le 
saiiit  ajouta  :  a  Regardez  de  nouyeau.  »  Mais  ayant  re* 
gardé,  ils  ne  virent  personne  qui  leur  apportât  du 
secours.  Le  bienheureux  Aignan  reprit  poiir  la  troisième 
fois  :  a  Si  TOUS  le  suppliez  sincèremeilt,  Dieti  Ta  tous 
secourir.  »  Et  ils  imploraient  la  miséricorde  divine  avec 
krlnes  et  gémissements.  Leur  oraison  finie,  ils  Tont,  par 
i*ordlre  du  Tieillard,  regarder  pOiir  la  troisième  fois  du 
haut  du  rempart,  et  ils  aperçoivent  de  loin  comme  un 
nuage  s'éleTant  de  terre.  Us  Tannoncent  au  pontife 
qiii  leur  dit  :  «  C'est  le  secours  du  Seigneur.  »  Cepen- 
dant les  remparts,  ébranlés  déjà  sous  les  coups  dubé-  ' 
lier,  allaient  s'écrouler  lorsque  Toilà  Aétius  qui  arrlTe;  ' 
voila  Tlicudoric,  roi  des  Golhs,  ainsi  que  Tliurisniond 
son  fils,  qui  accourent  veiis  la  ville  à  la  tète  de  leurs 
armées  ^  renTetsant  et  rejetant  rennemi.  La  ville  fut 
donc  délivrée  par  rinlercession  du  saint  évèque.  Mis  * 


Digiti/oû  by  Cjt.)0^lc 


61  AÉTIUS.  • 

en  faite,  Atîîla  se  Jette  dans  les  plaines  de  Héry  ^  et  sVf 

dispose  au  combat.  Les  nôtres,  à  celte  nouYclle,  §e 
préparent  à  le  combattre  a^èc  courage. 

Dans  ce  tenips^  le  brait  parvint  à  Rome  qu'AéUus 
courailles  plus  grands  dangers  au  milieu  des  phalanges 
des  ennemis.  Sa  femme  ayant,  appris  cette  nouvelle» 
triste  et  tourmentée,  se  rendait  assidûment  à  la  basi- 
lique des  SaintS'Âpôlrcs  et  demandait  au  ciel  de  lui 
rendre  son  mari  sain  et  sauf.  Conuqjie  elle  priait  nuit 
et  jour,  il  arriva  qu'une  nuit  un'pauvre  homme  pris  de 
vin  s'endormit  dans  la  basilique  de  Tapôtre  saint  Pierre, 
de  manière  qu'il  n'était  pas  sorti  lorsque,  selon  la  cou-* 
tu  me,  les  gardes  fermèrent  les  portes.  S'é veillant  au 
milieu  de  la  nuit,  il  vit  toute  l'église  resplendissante  de 
lumières.  Saisi  d'épouvante,  il  chercha  une  issue  pour 
s'échapper  ;  niais  après  avoir  essayé  d'ouvrir  une  pre- 
mière porte,  puis  une  autre,  et  reconnu  qu'elles  étaient 
toutes  fermées,  il  se  coucha  par  terre  et  attendit  en 
tremblant  pour  sortir  de  ce  lieu  l'instant  où  le  peuple 
s'assemblerait  pour  chanter  les  hymnes  du  matin*  Pen- 
dant ce  temps,  il  vit  deux  personnages  se  saluant  avec 
un  respect  mutuel,  et  s'entretenant  avec  sollicitude  de 
choses  qui  les  intéressaient.  Bientôt  le  plus  jeune  parla 
ainsi  :  «  Je  ne  puis  soutenir  plus  longtemps  les  larmes 
de  la  femme  d'Aétius.  £lle  me  supplie  sans  cesse  de 
ramener  des  Gaules  son  mari  sain  et  sauf,  tandis  que  le 
jugement  de  Dieu  en  avait  décidé  autrement.  Gepen- 

i  Maurieiatus,  (V.  Géographie  de  Grégoire  de  Toure  et  de  Fr^ 
dégaire,)  . 


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VICTOIBE  D'AÉTIUS.  06 

dant,  en  faveur  de  sa  singulière  piétés  j'ai  obtenu  la 
vie  de  mari,  et  je  me  hâte  de  le  ramener  ici  irivant; 
mais  j'engage  celui  qui  entendra  ces  paroles  à  se  taire 
et  à  ne  pas  oser  divulguer  les  secrets  du  Seigneur, 
«  s'il  ne  Teut  périr  pramptement  sur  cette  terre.  »  Le 
pauvre^  après  avoir  entendu  ces  paroles^  ne  put  garder 
le  silence.  Dès  que  le  jour  commença  à  paraître^  il  dé* 
couTrit  à  la  femme  d'Aélius  tout  ce  qu'il  avait  entendu; 
et,  lorsqu'il  eut  parlé,  ses  yeux  se  fermèrent  à  la  lu- 
mière. 

Aétius,  réuni  aux  Goths  et  aux  Francs,  livra  done 

batnillc  à  Aftila.  Celui-ci,  voyant  que  son  armée  allait 
être  détruite,  eut  recours  à  la  fuite.  Mais  Tbéodoric,  roi 
des  GoIbSf  périt  dans  la  bataille.  On  ne  saurait  douter 
que  rariîiée  ennemie  furinise  en  fuite  par  Tintercession 
du  saint  évéque.  Le  patrice  Aétius  et  Tborismond 
remportèrent  la  victoire  et  détruisirent  les  ennemis. 
*  La  guerre  étant  terminée,  Aétius  dit  à  Tborismond  : 
c  Uàte-toi  de  retourner  dans  ta  patrie,  de  peur  que  ton 
frère  ne  se  jette  sur  le  royaume  de  ton  père,  et  ne  t'en 
dépouille.  »  D'après  cet  avis,  Tliorisuiond  se  bâta  de 
parUr  pour  prévenir  son  frère  et  pour  prendre  le  pre^ 
mier  possession  du  trône  de  son  père.  Aétius  se  délivra 
par  une  ruse  pareille  du  roi  des  Francs.  Après  leur  dé- 
part il  pilla  le  campS  et  retourna  victorieux  dans  sa  pà- 

*  Le  texte  dît  spoJiato  eampo^  ce  qui  parait  signifier  ravager 
la  campagne,  traduction  en  effet  adoptée  par  MM.  ûuadet  et 

Taranne.  Mais  comme  le  chef  romain  ^tait  venu  au  secours  des 
populations  de  la  Gaule  et  qu'il  n'avait  aucun  motif  de  ravager 
une  province  appar^*- «  l  empire  et  déjà  maltraitée  par  iea 

4. 


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66  '  AÉTIUS. 

trie  avec  un  butin  considérable.  Attila  se  retira  airee  ' 
lin  petit  nombre  des  siens  ;  peu  après  lès  Ëuns  s'étaiit 

emparés  d'Aijuilée,  qu'ils  incendièrent  et  détruisirent, 
se  répandirent  dans  lltalie  et  la  rayagèrent.  Thoris- 
mond,  dont  nous  avons  parlé  plus  baut,  souniit  les 
Aîains  par  la  force  des  armes;  ensuite,  après  beaucoup 
de  différends  et  de  guerres,  il  fut  vaincu  par  ses  frères 
et  péril  étranglé  *. 

VIII. — Après  avoir  disposé  et  décrit  ces  événements 
selon  l'ordre  des  temps,  j'ai  cru  qu'il  ne  m'était  pasper- 
mis  de  passer  sous  silence  ce  que  Rénaius  Frigéridus  • 
rapporte  ausiget  d'Aétius  dont  il  vient  d'être  question. 
h  raconte,  dans  le  douzième  livre  de  son  histoire,  qu'à 
la  mort  du  divin  Ilonorius,  Valentinicn,  encore  en- 
»  faut,  et  n'ayant  accompli  qu'un  lustre,  fut  créé  em- 
pereur par  son  cousin  germain  Théodose,  et  que  le 
tyran  Jean  s'éleva  à  l'empire  de  Rome;  après  avoir  dit 
que  les  députés  de  cet  usurpateur  furent  traités  avec 
mépris  par  bésar,  l'historien  ajoute  :  a  A  la  suite  de 
«  cette  réception,  les  députés  retournèrent  vers  le  ly- 
c  ran,  lui  rapportant  les  menaces  les  plus  terribles.  Ces 
«  menaces  déterminèrent  Jean  à  envoyer  aux  Huns, 
«  avec  beaucoup  d'or,  Aétius  à  qui  était  alors  conûé  le 

Huns,  il  est  plus  vraisemblable  que  campo  est  pris  ici  pour  cas- 
tri$t  ce  qui  n'a  rien  dY'toncont  dans  lo  latin  de  cette  époque,  et 
qu'il  s'agit  du  camp  ou  d'une  partie  du  camp  abandonné  par 
lea  Huna  dans  leur  retraite.  Peut-être  aussi  ce  mot  désigne-t-il 
le  champ  de  bataiUe. 
»  En  458. 

«  Historien  qui  n'est  connu  que  par  ce  passage  de  Grégoire 
de  Tours. 


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AÉTIUS,  *  Ô7 

k  soiil  de  lM>ii  palais.  Celui-ci  les  a^ait  cbnnus  dans  le 

à  tetnps  on  il  était  chez  ce  peuple  en  otas:e,  et  était  lié 
a  avec  eux  d'une  étroite  amitié.  Il  leur  porta  les  insiruc- 
«  lions  suiTantes  :  Aussitôt  que  les  ennemis  èntreraient 
«  en  Itîlliej  ils  les  atlacpieraient  par  derrière,  tandis  que 
a  lui-même  les  prendrait  de  front.  Mais  comme  nous 
«  Aurons  pair  la  ^liile  beaucoup  à  parler  d'Aétius,  je  crois 
«  utile  de  dire  quelque  cliose  do  sa  naissance  et  de  son 
a  Caractère.  Son  père  Gaudeutius^  de  la  principale  yille 
'«  de  la  province  de  Scythie,  ayant  commencé  la  gume 
«  paf  rétat  do  domestique,  parvint  jus(iu'au  grade  de 
i  maître  de  la  cavalerie.  Sa  mère  était  une  Italienne 

m 

€  noble  et* riche;  Aétilis,  prétorien  dès  son  enfance^  fût. 

a  à  trois  ans  remis  eu  otape  à  Alaric,  de  là  aux  Iluns; 
à  ensuite^  devenu  gendre  de  Carpilion^  il  commença  ^ 
9  en  qualité  de  comte  des  domestiques^  à  être  chargé  de  > 
a  radniinislraiion  du  palais  de  Jean.  11  était  d'une  taille 
«moyenne^  d'un  corps  vigoureux ,  saiis  faiblesse  di 
c  lotirâeur,  d'un  extérieur  mâle  et  élégant ,  d'un  ésprit 
€  très-actif;  cavalier  agile,  habile  à  lancer  des  flèches> 
«  adroit  la  lance  à  la  main^  très- propre  à  la  guérré7 
((  excellent  dans  les  arts  de  la  paix.  Exempt  d'avarice  ét 
a  de  toute  avidité^  il  était  doué  des  dons  de  l'esprit,  ne 
«  s'écartant  pas  de  son  devoir  par  de  mauvais  penchants, 
tf  sup[)orlant  les  injures  avec  une  grande  patience, 
«  aimant  le  travail,  ne  craignant  aucun  tlani^er,  souf- 
ff  frant  avec  beaucoup  de  courage  la  faim,  la  soif  et  les 
a  veilles.  Il  est  certain  qu'il  lui  fut  prédit,  dès  son  jeune 
0  âge,  à  quelle  puissance  k  destin  Le  réservait,  et  qu'il 


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88  DTTCS  DES  FRANCS. 

«  serait  renommé  dans  son  temps  et  dans  son  pays.  » 
Voilà  ce  qiie  rapporte  sur  Àélîus  rhistorien  dont  nons  * 

avons  parlé.  Mais  reiiipcrcur  Valentinien  devenu 
adnlle^  craignant  la  domination  d'Aétius^  le  tua  sans 
sujet.  Lui-même  à  son  tour,  siégeant  sur  son  tribunal 
dans  le  cliaiiip  de  Mars  ci  parlant  au  peuple^  fut  surpris 
par  derrière  et  percé  d'une  épée  par  Occyla,  trompette 
d'Aélius.  Telle  fut  la  fin  de  l'un  et  de  l'autre. 

IX. — Beaucoup  de  personnes  ignorent  quel  fui  le  pre- 
mier  roi  des  Francs;  Car  bien  que  Sulpice  Alexandre  ^ 
parle  beaucoup  d'eux  dans  son  liisloire,  il  ne  mentionne 
pas  le  premier  de  leurs  rois  et  dit  qu'ils  avaient  des 
ducs  :  il  est  bon  cependant  de  rapporterce  qu'il  raconte 
de  ces  chefs.  Apres-avoir  dit  que  Maxime,  ayant  perdu 
tout  espoir  tic  conserver  Tempire,  reslait  dans  Aquilée 
presque  privé  de  tout^  il  ajoute  :  «  Dans  ce  temps  les 
«  Francs,  sous  la  conduite  de»  Gennobaude,  Marcomer 
«  et  Sunuon^  leurs  ducs,  fu  eut  irruplioa  dans  la  Ger- 
0  manie>  et^  passant  la  frontière^  massacrèrent  beaik 
«  coup  d'habilanls,  puis,  ravageant  des  cantons  d'une 
a  grande  fertilité,  portèrent  répouvanle  jusqu'à  Co- 

• 

«  logne.  Dès  que  la  nouvelle  en  fut  yenue  à  Trêves^ 

et  Nannénus  et  Quinlinus,  commandants  de  la  milice, 
a  à  qui  Maxime  avait  confié  Tentance  de  son  lils  et  la 
a  défense  des  Gaules^  assemblèrent  une  armée  et,  se 
a  rendirent  à  Cologne.  Mais  les  ennemis,  chargés  de 
a  butin^  après  avoir  pillé  les  richesses  des  provinces» 

1  Historien  qui  n'est  connu,  comme  Rénatus  Frigéridus,  ^ue 
par  Grégoire  de  Tours. 


• 

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DÉFAITE  Et  TICTOntE  DES  FRANCS.  6» 

c  repassèrent  le  Rhin,  laissant  sur  le  territoire  de  Tem- 
c  pire  plusieurs  des  leurs  prêts  à  renouTeler  les  ra- 
«  Tages.  Les  Romains  combattirent  a^ec  avantage  et 

a  tuèrent  un  grand  nombre  de  Francs  près  de  la  forêt 
.  a  Charbonnière.  Comme  on  délibérait  pour  savoir  si^ 
ff  à  la  suite  de  cette  Tictoire^  on  devait  se  jeter  dans  la 
a  France* ,  Nannénus  s'y  refusa ,  sachant  bien  que  le 
<  Francs  étaient  prêts  à  les  recevoir»  et  qu'ils  seraient 
«certainement  plus  forts  chez  eux.  Quintinus  et  le 
o  reste  de  Tarmée  étant  d'un  avis  différent^  Nannénus 
-  ^  c  retourna  à  Hayence.  Quintinus,  ayant  passé  le  Rhin 
a  avec  son  armée  auprès  de  Nuitz,  arriva  le  deuxième 
a  jour  de  marche  depuis  le  fleuve  à  des  demeures 
«  inhabitées  et  à  de  grands  villages  abandonnés.  Les 
«Francs,  simulant  répouvante,  s'étaient  retirés  dans 
«  des  bois  très-touHus  et  avaient  fait  des  abattis  sur 
«  la  lisière  des  forêts.  Les  soldats  romains»  après  avohr 
a  incendié  toutes  les  maisons,  croyant  dans  leur  lâcheté 
cstupide  que  déployer  contre  ces  murs  leur  fureur 
a  c'était  consommer  leur  victoire»  passèrent  sous  les 
a  armes  la  nuit  dans  Tinquiétude.  Des  la  pointe  du 
«  jour»  étant  entrés  dans  les  bois»  conduits  par  Quin- 
«tinus,  ils  s'engagèrent  presque  jusqu'à  la  moitié 
«  du  jour  dans  les  détours  des  chemins  et  s'égarèrent 
«  tout  à  fait.  A  la  ûn»  arrêtés  par  une  encemte  de  fortes 
«  palissades»  ils  se  répandirent  dans  des  champs  maré- 
a  cageux  qui  touchaient  à  la  forêt.  Quelques  ennemis 
,  c  80  montrèrentsur  leur  passage»  montés  sur  des  troncs 

<  Fr<ne»a,  «lors  le  oays  d'o^tre-Rhin.  (V.  Oéogr,) 


Diyilizea  by  CjOOglc 


70  VICTOIRE  DES  FRANCS. 

'  «d'arbre  entassés  ou  sur  des  abattis.  Du  haut  de  ces 
«  sortes  de  tours^  ils  lançaient,  conune  si  c'eût  été  avec 
è  déd  biâcbiiieé  de  guerre,  des  flèches  trempées  dans  le 
«  poison  des  herbes  ;  de  sorte  qu'une  mort  certaine  était" 
a  la  suite  des  blessures  qui  n'avaient  fait  qu  effleurer  la. 
t  peàu»  inôhie  dans  des  parties  du  coirps  où  les  coaps 
<r  ne  sont  pas  mortels.  Bientôt  l'armée,  environnée  d'un 
ci  grand  nombre  d'ennemis,  se  précipita  avec  empresse- 
è  nlënt  dans  les  plaiiies  que  les  Francs  avaient  laissées 
à  ouvertes.  Les  cavaliers  s*étant  plongés  les  premiers 
k  dans  les  marais,  on  y  vit  périr  pêle-mêle  les  hommes 
i  ët  lëb  bheVaùx.  Les  fantassins  que  le  poids  des  che- 
«vaux  n'avait  pas  écrasés,  plongés  dans  la  fange  et 
&  débarrassant  leurs  pieds  avec  peine,  se  cacbaient  de 
â  iidiiifeâti  én  iremblant  dans  les  bois  dontils  venaientà 
<î  peine  de  sortir.  Les  légions  ayant  rompu  leurs  rangs 
S  tniBiit  hiàssacrées.Héraclius,  tribun  des  Joviniens,  fut 
à  thé  ainsi  qiie  la  plupart  des  officiers;  un  petit  nombre 
«  trouva  son  salut  dans  l'obscurité  de  la  nuit  et  parmi 
«  les  retraites  des  forêts.  »  Voilà  ce  que  rapporte  Sulpice 
Âlexandire  dans  le  troisième  livre  de  son  histoire. 

Dans  le  quatrième,  après  avoir  raconté  le  meurtre 
de  Victor,  fils  du  tyran  Maxime,  il  dit  :  «  Dans  ce  temps, 
«  Charietton  et  Syrus,  mis  à  la  place  de  Nannénus, 
«  s'opposèrent  aux  Francs  avec  une  armée  dans  la  Ger- 
«  mànié.  »  Ët  après  quelques  mots  sur  le  butin  que  les 
Francs  avaient  remporté  de  Germanie^  il  ajoute  :  «  Àr- 
«  bogaste,  ne  soutirant  aucun  délai,  engagea  Gésar  à 
c  infliger  aux  Francs  le  cliâtiment  qulls  méritaient^  à 


Diyiiized  by 


ABAISSEMENT  DE  VALENTiXIEN.        ,  71 

«ipoins  qu'ils  ne  reslituasseni  tout  ce  que  dans  l'aii- 

«  née  prcccdcnle  ils  avaient  pille  après  le  massacre  des 
«  légions,  et  qu'ils  ne  livrassent  les  auteurs  de  la  ^uerre« 
a  afin  qu'on  les  punit  d'avoir  violé  perfidement  lapaix.» 

H  raconte  ce  qui  se  passa  pendant  le  commandement 
de  f  (larieiton  et  de  Syr us,  et  «youte:  a  Peu  de  jours  après» 
«  ayant  eu  une  courte  entrevue  avec  Marcomer  et  les 
«oflicicrs  royaux  des  Francs,  et  en  ayant  reçu  des 
o  otages,  selon  la  coutume^  le  général  romain  se  retira 
«  à  Trêves  pour  y  passer  l'hiver.  »  Gomme  11  les  appelle 
^royaux  \  nous  ne  savons  s'ils  étaient  rois  ou  s'ils  en 
tenaient  1^  place.  Le  même  bistorien»  rapportant  la  si- 
tuation critique  de  l'empereur  Valentinien,  ajoute  : 
«  Pendant  que  divers  événeuionls  se  passaient  dans  la 
Tbrace^en  Orient»  Tétat  des  affahrcs  était  trouvé  dans 
é  la  Gaule.  Le  prince  Valentinien^  renfermé  à  Vienne 
a  dans  i  mlérieur  de  son  palais^  était  presque  réduit 
cau-<le8Sp|:{^*  de  la  condition  de  simple  particulier»  le 
«  soin  des  affaires  militaires  se  trouvait  abandonné  à  des 
asaleliilob  iiancs,  et  les  aiïaires  civiles  étaient  passées 
«  entre  les  mains  de  la  faction  d'Arbogaste.  Parmi  tous 
0  les  soldais  engages  dans  la  milice^  on  n'en  trouvait 
.«  aucun  <|ui  osàl  obéir  au\  ordres  ou  aux  discours  par- 
«  ticubers  du  prince.  »  11  rapporte  ensuite  que»  dans  la 
uicinc  année,  Arbogasle,  poursuivant  Sunnon  et  Mar- 
comer, petits  rois  des  Francs,  avec  T ardeur  d'une  haine 
qui  avait  son  origine  dans  leur  propre  pays»  se  rendit 

1  Le  texte  de  Sulpice  Alexandre  porte,  à  ce  que  fait  observer 
Gr<''guire  de  Tuurs,  regalthut  et  non  regibw» 


Tft  tE  TYRâK  SU6ÈNË. 

à  Cologne  au  milieu  des  plus  grandes  rigueurs  de  l'hi- 
pensant  qu'il  pénétrerait  facilement  dans  les  re» 
traites  des  Francs^  et  y  mettrait  le  feu  lorsqu'ils  ne 
pourraient  plus  se  tenir  en  embuscade  dans  les  forêts 
arides  etdépouiUées  de  feuilles.  Il  passa  donc  le  Rhin  à 
k  tête  de  son  armée  et  ravagea  le  pays  des  Braetères, 
qui  sont  le  plus  près  de  la  rive>  ainsi  qu'un  village 
habité  par  les  Chamaves^  sans  que  personne  se  présen* 
tât^  si  ce  n'est  un  petit  nombre  d'Ampsuaires  et  de 
Gbattes,  commandés  par  Marcomer^  qui  se  monlrèrent 
sur  les  plus  hauts  sonunets  des  collines  K  Là,  laissant 
de  nouveau  tant  ces  ducs  que  ces  chefs  royaux,  Tbisto- 
rien  indique  clairement  que  les  Francs  avaient  un  roi, 
brsqu'il  dit,  sans  mentionner  de  nom  :  «  Ënsuite  le 
«  tyran  Eugène,  ayant  entrepris  une  expédition  mili- 
«  taire,  après  avoir,  selon  sa  coutume^  renouvelé  les 
«anciens  traités  avec  les  rois  des  Mamans  et  des 
•  t  Francs^  gagna  la  limite  du  Rhin  pour  effrayer  les  na- 
«  lions  sauvages  par  Taspeci  d'une  armée  considérable.  » 
C'est  là  tout  ce  que  le  susdit  historien  a  raconté  des 
Francs. 

Rénatus  Profuturus  Frigéridus,  dont  nous  avons  déjà 
parlé,  rapportant  la  prise  et  la  destruction  de  Rome  par 

les  Gotbs,  dit  :  «  Pendant  ce  temps,  Goarc  -  ayant  passé 
«  aux  Romains,  Respendial,  roi  des  Alains  %  retira 

■ 

1  Ces  tribus  faisaient  partie  de  la  confédération  des  Francs. 

*  Uoi  eu  (  lief  d'une  tribu  d'Alains. 

*  D'ajires  une  note  de  MM.  Taraiinf  et  Gu  idet.  c'est  Alains 
Ahini,  et  non  Alanians,  Alamanni,  qu'il  faut  lire  dans  le  textl 
des  principaux  manuscrits.  [Édit.  Taranne  et  Guadet,  p.  78.) 


Diyiiizea  by" 


LE  TYRAN  CONSTANTIK.  7$ 

«  son  armée  des  bords  du  Rhin,  parce  que  les  vandales 
a  étaient  en  ^erre  avec  les  Francs.  Le  roi  Godégisèle 
'  a  aTait  miccombé^  une  armée  de  près  de  Yingt  mille 
c  hommes  avait  péri  par  le  fer;  et  les  Vandales  auraient  « 
a  été  détruits  si  les  Alains  ne  les  eussent  secourus  à 
c  temps.  »  Nous  sommes  étonnés  que,  désignant  par 
leui^  noms  les  rois  des  autres  nations,  Thistorien  ne 

• 

nomme  pas  aussi  celui  des  Francs.  Cependant  lors- 
qu'il dit  que  Constantin  S  s'étant  emparé  du  pouvoir^ 
ordonna  à  sou  ûls  Constant  de  quitter  TËspagne  pour 
le  Tenir  trouver,  il  raconte  ce  qui  suit:  cGonstontin 
«  ayant  mandé  d^Espagne  son  fils  Constant,  qui  s'y  était 
«  en  même  temps  déclaré  tyran,  afin  de  délibérer  en- 
c  semble  sur  Fétat  des  affaires  présentes.  Constant 
c  laissa  à  Sarap^osse  toute  sa  cour  avec  sa  femme,  con- 
a  ûa  les  affaires  d'Espagne  à  Gérontius  et  se  rendit  sans 
c  s'arrêter  auprès  de  son  père.  Dès  qu'ils  furent  ensem- 
«  ble,  après  avoir  laissé  passer  plusieurs  jours,  voyant 
«  qu'il  n'y  avait  rien  à  craindre  du  côté  de  ritalie,Con- 
c  stantin  se  livra  à  la  déhanche  et  à  Fintempérance^  et 
c  engagea  son  fils  à  retourner  dans  sa  province.  Pen- 
«  dant  que  celui-ci,  après  avoir  envoyé  ses  troupes  de- 
«  vant^  demeurait  encore  avec  son  père,  des  courriers  - 
c  arrivant  d'Espagne  lui  annoncèrent  que  Gérontius 
«  avait  établi  sur  le  trône  Maxime,  un  de  ses  clients  % 
«  et  que,  secondé  par  les  nations  barbares,  il  faisait  des 

1  Simple  soldat  d'une  légion  romaine  cantonnée  dans  la 
Grande-Bretagne  ;  il  se  fit  proclamer  empereur  en  407. 
•  En  410. 


ir  préparaUfs  de  guerre.  Effrayés  de  ces  nonvetles,  f 
a.  Constant  et  Décimus  Rusliciis,  celui-ci  de  tnaître  dc$ 
«  of^oe^  était  Revenu  préfet  des  Gaqle^  après  aToiir« 
^  tf  envoyé  lldobio  ani  Germains^  marchèrent  Ters  les 
«  Gaules  &vec  les  Francs^  les  Al^n^^ns  et  toutes  leurs 
K  trouped^  Ikrojetant  de  retourner  bientôt  pr^  de  Gon- 
K  staniin,  p  De  même,  lorsqu'il  raconte  que  Gonstantin 
§tait  assié^ç^  Thistorien  dit  :  9  A  peine  quatre  mois 
%  «'élM^t  ^9ulés  depuis  que  Qon&timtiQ  ^tait  wi^é» 
9  lorsque  tout  à  coup  des  messagers  venus  de  la  Gaule 
f  Ult^kur^  axw^acèreul  que  Jûyîu  s'était  revêtu  des 

n  immom^  roy^y»»  et  qu'uoeompiippé  des  Bonrgqi- 

«  gnpnS;,  des  Alamans,  des  Francs  et  des  Alains,  il  me- 

^  n^t  le^  ^^^eAut^  ftvec  toutesou  ^mée.  Le«i  a&saii- 
f  tolits  prêtèrent lesiége«etGaQ9tanUiioaTrit|esp<Nrtefli 
q  de  ville  et  se  rendit.  Couduit  aussitôt  en  Italie,  il 
«  t\A  déi^pité  $ur  tes  ^ord»  du  Vinçio  p^  des 
q  cuteprfi  que  ]e  prince  ^QTPy^  ^Mewit  de  Ini.  » 
Get  histovi^u  dit  ei;icçp:e  :  «  Dans  le  même  temps^ 
«  Décimus  Ru^ieus»  pré{e(  de»  tyrans^  Agrqétius,  qui 
9  ayi|it  été  çhef  des  secrétaires  de  Joyin,  et  un  grand 
a  nombre  il«  uobles  étant  tombés,  en  Auvergne,  entre 
«  }^  des  généraux  d'Hop(»rii|s,  8id;»irent  un  ri- 
n  gQMreux  suppliée.  Les  Francs  pillèrent  et  Incendièrent 
«  la  ville  de  Trêves  dans  une  seconde  irruption.  »  As- 
t^jrius'siyiipt  été  élevé  à  la  dignité  de  patrice  par  des 
lettres  impériales,  Rénatus  ajoute  :  «r  Dans  le  même 
a  temps  Cas^nus,  comte  des  douicbtiques,  {ut  mis  a  la 
t  tête  d^unc  expédition  contre  les  Francs  et  envoyé  dans 


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LE»  FRâXCS  passent  L£  RHIN.  75 

ir  les  Gaules.  »  Voilà  ce  qiie  ces  historiens  racontent  <les 
Francs.  L  historien  Urose  s'exprime  ainsi  dans  le  sep- 
tièHie  livre  de  son  ouvrage  :  «  Stilicon  ayant  rassemblé 
•  des  troupes  écrasa  le?  Franc?,  pnssa  le  Uliîn,  parcou- 
re rut  les  Gaules  et  alla  jusque  vers  les  Pyrénées.  »  Ce 
sont  là  )es  renseignements  que  les  historiens  dont  nous 
avons  parlé  nous  ont  laissés  sur  les  Francs,  sans  nous 
4ire  le  n<uu  de  leurs  rois.  Un  grand  nombre  racontent 
que  ces  mêmes  Francs,  abandonnant  la  Pannenie,  s'éta- 
blirent sur  les  bonis  du  Rhin;  qu'ensuite,  traversant 
ee  ûeuve^  il  passèrent  dans  le  pays  de  Tongres  et  que 
lè^  dans  lenrs  bourgs  et  dans  leurs  villes,  ils  créèrent 
pour  les  commander  les  rois  chevelus  pris  dans  la 
première  et^pour  ainsi  dire,  dans  la  plus  noble  de  leurs 
flimilles.  Comment  les  Tîetoîres  de  Clovis  assurèrent 
ensuite  ce  titre  à  sa  famille^  c'est  ce  que  nous  montre- 
rais phis  tard. 

Nous  lisons  aussi  dans  les  Fastes  eonstUaires  que  Théo^ 
domer,  roi  des  Francs,  fils  de  Ricbimer,  et  sa  mère  As- 
eyia,  furent  massacrés.  On  dit  aussi  qu'alors  Clodion, 
auflsi  distingué  dans  sa  nation  par  son  mérite  que  par 
sa  noblesse,  fut  roi  des  Francs;  il  habitait  Duysborch 
dans  le  pays  de  Tongres.  Dans  cette  même  région,  mais 
du  côté  du  midi  jusqu'à  la  Loire,  habitaient  les  Romains. 

4 

J  II  y  a  doute  s'il  faut  lire  Uhcnus  on  Menus;  cependant  les  ma-, 
auscrits  portent  plus  gént'raleiiicnt  Rliernis  ;  quant  à  Ttionngia, 
ce  doit  être  le  pays  de  J  ongres  (anciens  Èhurons  ,  voir  Gcogra- 
fU»  éê  iSrégoire  dê  Tours) ,  plutôt  que  la  Thuringe  ;  la  suite  da 
récit  se  concilie  mieux  avec  cette  supposition. 

*  Ditpargum,  (V,  la  Géoi/raphie,) 


76  IDOLATRIE  DES  FRANCS. 

« 

Au  delà  de  ce  fleuve  le  pays  était  soumis  aux  Goths.  Les 
Burpondes,  attachés  également  à  la  secte  arienne,  habi- 
taieut  de  l'autre  côté  du  Hhoiie  qui  passe  à  Lyon.  Clo- 
dion^  ayant  envoyé  des  éclaireurs  vers  Cambrai,  vint 
en  personne  examiner  tout  le  pays,  écrasa  les  Romains 
et  s'empara  de  cette  \ille*.  Après  y  être  demeuré  quel- 
que temps>  il  étendit  ses  conquêtes  jusqu'à  la  Sonune. 
Quelques-uns  prétendent,  que  le  roi  Mérovée^  qui  eut 
pour  ûls  ChildériC;  était  né  de  sa  race. 

X.— Mais  ce  peuple  continuait  de  se  montrer  adonné  a 
ridolâtrie  et  à  méconnaître  Dieu.  Les  Francs  s'étaient  f^il 
des  images  des  forêts,  des  eaux^  des  oiseaux,  des  bétes  ' 
sauvages  etd'autres  objets^  et  ils  avaient  coutume  de  les 
adorer  comme  des  divinités  et  de  leur  offrir  des  sacrifi- 
ces. Oiil  si  cette  voix  terrible  que  Dieu  fit  entendre  au 
peuple  par  la  bouche  de  Moïse  avait  frappé  les  fibres  de 
leurs  cœurs  :  Vous  n'aurez  point  d'autres  dieux  que 
moi;  vous  ne  vous  ferez  point  d'image  taillée^  et  vous 
n'adorerez  aueuM  figure  de  ce  gut  est  dans  k  del  et  sur 
la  terre  y  ni  de  tout  ce  qui  est  dans  les  eaux  :  vous  ne 
ferez  point  cela  et  vous  ne  leur  rendrez  pas  de  culteK 
Et  ces  paroles-ci  :  Vous  adorerez  le  Seigneur  votre  . 
Dieu,  vous  ne  servirez  que  lui  seul,  et  vous  ne  jurerez 
que  par  son  nom'.  Et  qu'auraient-ils  dit  s'ils  avaient 
vu  quelle  vengeance  tomba  sur  les  Israélites  parce  qu'ils 
avaient  adoré  le  veau  d'or^  et  qu'après  les  festins  et  les 

t  Vers  l'an  446. 

^  Exode,  chap.  xx,  v.  3,  4. 

*  Deut&on^t  chap.  vi,  v.  13,* 


Diyilizea  by  <jO 


IDOLATRIE  DLH  tKANCS.  77 

chants^  après  les  débauches  et  les  danses,  leur  bouche 

inapure  s'était  écriée,  en  parlant  de  cette  idole  ;  Voici 
tes  dieuxy  ô  IsraHI  qui  t'ont  tiré  de  V Egypte^?  Il  en  pé- 
rit Tingt  quatre  mille.  Qu'auraîent-ils  dit  de  cenx  qui, 
s'étant  associés  aux  profanes  mystères  de  Belpliégor  et  . 
mêlés  aux  femmes  impures  des  Moabites,  furent. foulés 
aux  pieds  et  égorgés  par  leurs  parents  ?  Au  milieu  de  , 
ces  crimes,  le  prêtre  Pliinée  apaisa  par  la  mort  des 
adultères  la  colère  de  Dieu,  et  ce  zèle  lui  fut  imputé  à  ' 
Justice.  Qu'auraient-ils  dit  si  ces  paroles  terribles  que  le . 
Seigneur  prononça  par  la  bouche  de  David  avaient  re- 
tenti à  leurs  oreilles  :  Tous  ces  dimx  des  nations  sont 
des  démons,  mais  le  Seigneur  est  le  créateur  des  deux*? 
Ët  :  Les  idoles  des  nations  ne  sont  que  de  l'argent  et  de 
Jor^  et  l'ouvrage  des  mains  des  hommes:  que  ceux  qui 
les  font  leur  deviennent  semblables,  avec  tous  ceux  qui 
mettent  en  elles  leur  confiance  ^  Ou  ceci  :  Que  tous  cetiX' 
là  soient  confondus  qui  adorent  des  ouvrages  de  sculp- 
ture et  qui  se  glorifient  dans  leurs  idoles^.  Et  encore  ce 
que  dit  le  prophète  Habacuc  :  Que  sert  la  statue  qu'ils 
ont  faite  P  ils  l'ont  façonnée  et  ce  n'est  qu'un  fant&me 
inanimé.  Elle  est  couverte  d^or  et  émargent,  et  elle  est 
sans  âme  et  sans  vie  ;  mais  le  Seigneur  habite  dans  son 
temple  saint:  que  toute  la  terre  fasse  silence  devant  luiK 
Un  autre  prophète  dit  encore  :  Que  les  dieux  qui  n'ont 

t  Exoâêf  cliap.  xzxn,  t.  4. 

•  PfftIMIM  XCV,  Y.  6.  ' 

•  Psaume  cxiii,  v.  12, 16.  '  ' 

♦  Piaume  xcvt,  v.  7. 

*  Habacuct  chap.  ii,  v.  8,  Vè,  20,  ' 


n  PÀROLBSI,  DES  PROPHÈTIS. 

pot'nf  fait  îê  ml  4t  la  terre  périssent  êo%ts  h  eiel  et  soient 
exterminés  de  la  terres  De  même  ailleurs  :  Voici  ce 
que  dit  le  Seigneur  qui  a  créé  iee  cieux^  le  Dieu  qui  a 
créé  la  ien-e  et  tout  ce  qui  s'y  trouve,  et  qui  Ta  façon- 
née, et  qui  ne  Ta  pas  créée  en  vain,  mais  qui  i'a  formée 
afin  qu'elle  fût  habitée  ;  Je  êui$  le  Seigneur,  ^eet  là  h 
nom  qui  m^eet  propre,  je  ne  donnerai  pas  ma  gloire  à 
un  autre,  ni  mon  pouvoir  à  des  idoles  qui  ne  durent 
fu'un  instante  Et  ailleuTB:  Yu-M  quelqu'un  parmi 
les  faux  dieux  des  nations  qui  fasse  pleuvoir  ^?  Ët  Dieu 
dit  encore  par  la  bouclie  d'isaîe  :  Je  suie  le  premier  H 
je  suis  le  dem,ier  ;  et  iln'y  a  âe  Dieu  que  moi  seul  ;  penê^i 
donc  y  avoir  un  créateur  que  je  ne  connaisse  pas?  Tous 
ees  arti&une  d'idoUs  ne  sont  rien;  leurs  ouvrages  leê. 
plus  estimés  ne  leur  serviront  •  de  rien  ;  iU  sont  èum-mê* 
mes  témoins,  à  leur  confusion,  que  leurs  idoles  ne  voient 
point  et  ne  comprennent  point*,  Tous  c^usquiprentmî 
part  à  cet  ouvrage  seront  eoHfondusi  c^a**  t^^s  m  e^tt* 
sans  ne  sont  que  des  hommes.  Comment  donc  un  homme 
estril  assez  insensé  pouf  vouloir  former  uneUeu,etpùUit 
jeter  en  fonte  une  etatue  qui  n'est  bonne  à  Hen  f  ilet 
'mis  le  fer  dans  le  feu  et  l'a  battu  avec  le  marteau  pour 
en  forger  une  idole;  it  ff  a  empiogé  eoute  la  forée  de 
son  bras»  De  même  k  eéulpteur  a  formé  au  compas  et 
fait  enfin  l'image  d'un  homme  qu'il  a  rendu  le  plus  beau 
quHt  a  pu,  et  il  l'a  logé  dans  une  niche.  Il  a  confié  du 

I  Jérémie,  chap.  x/v.  11. 

*  Uàie,  chap.  xlv,  v.  18;  chap.  XLU,  8. 

>  JérénUe,  chap.  xiVrV.  S2. 


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L^ËMPËRËUB  ÀYtTtlS.  1» 

hois,  il  Va  îramillé,  il  en  a  fait  une  image  et  Va  adorée 
comm  tm  dteti  ;  il  a  réuni  sa  memdres  wcec  du  tHùm 
et  un  marteau,  afin  qu'ili  ne  ee  séparaseem  past  OH  Im 
porte  parce  qu  ils  ne  peuvent  marcher  ;  du  surplus  du 
bois,  rftomme  a  fait  du  f6u  et  $'e$t  chauffé.  Et  c  Mdece 
même  bois  qu'il  a  faitUndièUeiuneidUîtèBtuMlaquétk 
Use  prosterne^  et  qu'il  prie  en  lui  disant  :  DéliiTez-moi; 
tt&  ma  itei  fnoh  Dieu.  J'ai  fait  du  feu  dé  ta  moitié  ès 
ce  bois,  fai  fait  cuire  du  pain  tés  thathànSyfy  ai 
fait  cuire  la  chair  que  fai  maîigée,  et  du  surplus  je  ferai 
uné  idiùîe  ;  je  m»  prosteftmai  demnl  un  (ftme  it'ardrt. 
Une  partie  de  ce  bois  est  dijà  réduite  eH  éènâtééy  étt^ 
pendant  son  cœur  insensé  adore  Vautre,  e{  il  ne  pense 
point  à  tttèt  ècn  âme  de  VigaremeM  où  elk  est,  eti  dt- 
sant:  peut-élre  cet  ouvrage  de  mes  mains  n*eH  qu*un 
mensonge^  La  nation  des  Francs  ne  comprit  pas  cela 
d'ftbok'd,  maii  elle  le  l«coittiul  pltin  tand,  eôttime  lé  r&« 
conte  la  suite  de  celte  Ijistoire. 

XL— Le  sénateur  Avitus,  citoyen  d'Auvergne^  comme 
ôn  le  ^ii,  parvînt  à  l'empirp  romainS  mais  les  déréglé- 
ments  de  sa  conduite  le  lircnt  rejeter  par  lu  sénat;  il  îii\ 
alors  consacré  évéque  de  Plaisance.  Gomme  ii  vit  que 
le  sénats  totqours  irrité>  en  voulait  à  sa  vie,  il  paHil 
chargé  d'un  grand  nombre  d'oirrancjt^s  pour  la  basilique 
du  bienheureux  martyr  saint  Julien  d'Auvergne.  Mais, 
ayant  atleint  en  route  le  iei'nie  de  tte,  tt  tnbut* ut  et 
fut  porté  au  village  de  Brioude ,  et  enterre  aux  pieds  du 

i  I«aï«,  chap.  XLiv,  v.  6,  S(K 
S  En  455. 


80  CUILDÉRIC  £ï  ^GIDIUS. 

saint  martyr.  Hsjorîen  loi  succéda  à  l'empire  S  et  dans 

les  Gaules  le  Romain  ^Ëgidl us  fut  nommé  maître  de  la 
milice. 

XIL— ChildériCy  s'adoniiant  à  une  luxure  effrénée^  se 

mil  à  déshonorer  les  filles  du  peuple  des  Francs  sur 
lequel  il  régnait  Ceux-ci,  indignés,  le  chassèrent- 
Voyant  qu'on  en  voulait  même  à  sa  me,  fl  se  réfugia 
dans  la  Thuringe,  laissant  un  homme  dévoué  qui  pût 
adoucir  par  ses  paroles  les  esprit^  furieux.  En  outre 
pour  convenir  d*un  signe  qui  lui  fît  connaître  quand  0 
serait  temps  de  retourner  dans  son  pays^  ils  coupèrent 
une  pièce  d'or  dont  Ghildéric  emporta  une  moitié,- 
tandis  que  son  ami  garda  Fautre,  disant  :  «  Quand  je 
t'enverrai  cette  moitié,  et  que  les  deux  parties  réunies 
formeront  la  pièce  entière,  tu  pourras  revenir  en  toute 
sûreté  dans  ta  patrie.  »  Childéric  s'en  alla  donc  en  Thu* 
ringe,  et  se  cacha  chez  le  roi  Basin  et  chez  sa  femme 
Basine.  Après  TavoUr  expulsé,  les  Francs  élurent  d'une 
voix  unanime  cet  iEgidius  qui  avait  été,  ainsi  que 
nous  l'avons  dit,  envoyé  par  la  république  romaine 
comme  maître  de  la  milice.  Celui-ci  était  déjà  dans  la 
huitième  année  de  son  règne  lorsque  le  fidèle  ami  de 
Childérici  ayant  secrètement  apaisé  les  Francs,  envoya 
des  messagers  avec  la  moitié  de  la  pièce  qu'il  avait  gar-  . 
dée.  Le  roi,  certain  par  cet  indice  que  les  Francs  dési- 
raient son  retour  et  le  rappelaient  eux-mêmes,  quitta 
la  Thuringe  et  fut  rétabli  dans  son  royaume.  Tandis 
que  le  Romain  et  le  Franc  régnaient  simultanément, 

>£a457. 


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L'ÉVÊQUE  VÉNEBANDK. 

Bashie^dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  abandonnàsôb 
mari  et  vint  trouver  Ciiildéric.  ("oniine  il  lui  demandait 
avec  empressement  pour  quel  motif  elle  venait  d'un 
pays  si  éloigné,  elle  répondit,  à  ce  qu'on  raconte  :  «  Je 
connais  ton  mérite  el  ton  grand  courage.  C'est  pour  cela 
que'  je  viens  habiter  avec  toi>  car  sache  que  si  j'avais 
connu  au  delà  des  mers  un  homme  qui  valût  mieux 
que  toi,  j'aurais  voulu  vivre  avec  lui.  »  Celui-ci  plein 
de  joie  l'épousa.  Il  en  eut  un  fils  qu'on  appela  du 
nom  de  Clovis.  Ce  fut  uii  grand  roi  el  un  redoutable 
guerrier. 

XIII.  —  Après  la  mort  de  saint  Ârtémius  en  Auver^ 

gne,  Vénérande,  un  des  sénateurs,  fut  ordonné  cmmiuc. 
Paulin  nous  apprend  ce  que  fut  ce  pontife  eu  disant  ; 
<  Si  vous  voyez  les  dignes  prêtres  du  Seigneur,  Exsu- 
a  père  à  Toulouse,  Simplicins  à  Vienne,  Amand  à  Bor- 
0  deaux,  Diogénien  à  Albi,  Dynamius  à  Angoulême^ 
«  Yénérande  à  Glermont,  Alithius  à  Gahors,  ou  Pégase 
a  à  Périgueux,  quels  que  soient  les  vices  du  siècle,  vous 
verrez  assurément  les  plus  dignes  gardiens  de  la 
«  sainteté,  de  la  foi  et  de  la  religion.  »  On  dit  que  Yé- 
nérande mourut  la  veille  même  du  jour  de  Noël.  Le 
matin  de  la  féte^  une  procession  solennelle  suivit 
son  convoi.  Après  sa  mort,  il  s^éleva  parmi  les  citoyens 
une  honteuse  querelle  au  sujet  de  i'épiscopat^les  partis 
en  désaccord  voulaient  élire  chacun  un  évéque,  et  il  y 
avait  parmi  le  peuple  de  très-grandes  dissensions.  Un 
dimanche,  pendant  que  les  évèques  siégeaient,  une 
femme  voilée  et  vouée  à  Dieu  s'avança  hardiment  et 

6. 


8t  RUSXICUS  £1  PERPÉXUUS. 

leur  dît  t  «  Écoutez-moi ,  pontifes  du  Seigneur  >  sachea 
que  le3  hommes  élus  par  ces  gens-là  pour  le  sacer- 
doce ne  plaisent  point  à  Dien,  car  le  Seigneur  choisira 
luf-même  aujourd'hui  son  évêque.  Cessez  donc  d'ir- 
riter et  d'agiter  le  peuple>  mais  soyez  un  peu  patients, 
car  Dieu  tous  amène  celui  qui  doit  gouyerner  cette 
Eglise.»  Au  milieu  de  rétonnement  général  survint, 
un  hooime  appelé  Rusticus>  prêtre  du  diocèse  même , 
de  Qermont;  il  aTait  déjà  été  désigné  à  cette  femme 
dans  une  vision.  En  le  voyant  elle  s'écria  :  «  Voilà  celui 
qu'a  choisi  le  Seigneur;  c'est  le  pontife  que  Dieu  vous 
a  destiné  :  qu'il  ^t  nommé évéque»  »  Le  peuple,  à 
ces  mots,  oubhant  ses  dissensions,  proclama  que  c'était 
un  choix  digne  et  juste»  Husticus,  placé  sur  le  siégo 
cpiscopai..  devint,  à  la  satisfaction  d^  touSi  le  septième 
évêque  de  Clerniont. 

XI  V.^Dans  la  ville  de  Tours,  Févêque  Eustoche  étant 
mort  dans  la  dix-septième  année  de  son  pontificat  eut 
pour  successeur  Perpéluus,  qui  fut  le  cinquième  depuis 
s  saint  Martin.  Témoin  des  fiéquents  miracles  qui  s'opé* 
raient  sur  le  tombeau  du  saint,  cet  évêque  jugea  indigne 
de  tant  de  miracles  la  petite  chapelle  qu'on  y  avait 
bâtie.  11  la  fit  donc  enleyer  et  la  remplaça  par  la  grande 
nasiiique  qui  subsiste  encore  aujourd'hui,  et  (jui  est  à 
cinq  cent  cinquante  pas  de  la  vilie^  £Ue  a  cent  soixania 
pieds  de  long  sûr  soixante  de  large;  sa  hauteur  jusqu'au 
plafond  est  de  quarante-cinq  pieds;  elle  a  trente  deux 
fenêtres  du  côté  de  l'autel,  vingt  dans  la  nef,  et  qua- 
rante-une oolonnes;  dans  tout  l'edificei  il  y  a  cin(|uante« 


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dèttiteùètres,  ceui  vingt  colonnes  et  huit  portesi  dont 
troift  du  côté  de  l'autel  et  efauf  ^sla  Héf.  Cette  basi* 

lique  a  trois  fêtes  solennelles,  qui  sont  la  Dédicace  de 
réglisé,  la  Translation  du  corps  et  FÂnnWersaire  de 
la  consèbration  in  sattil  comme  érèqué.  On  ollèbrt 
celle-ci  le  i  juillet,  et  celle  de  la  Tratislation  le  il  no* 
Tembre.  Quiconque  obsenre  exactement  ces  fêles  mérile 
]àprotectioA  du  saint  évêque  dâhs  ce  inonde  et  dans 
Vautre.  Comme  le  plafond  *  de  la  première  chapelle 
était  d'une  structure  élégante^  le  pontife  erut  ne  pae 
detoir  laisser  périr  cet  ouvrage.  D  éioTa^  en  Utonneur 
des  saints  apôtres  Pierre  et  Paul,  une  autre  basilique 
dans  laqueUe  fut  placé  ce  plafond»  U  fit  aussi  con- 
struire ,  au  nom  de  Jésus-Christ^  un  grand  nombre 
d*autres  églises  qui  subsistent  encore. 

X  V.— Dand  ce  même  temps^  la  basilique  du  bienbett» 
reux  martyr  Symphorien  d'Autun  fut  bâtie  par  le 
prêtre  Ëuphronius  qui,  par  la  suite,  panrint  lui-même 
à  révèchè  de  cette  tille.  Ce  fut  lui  qui  envoya»  en  grande 
dévotion,  le  marbré  qui  est  placé  sur  le  tombeau  de 
saint  Hartin. 

XVI.— Après  la  mort  de  Fétêque  Rustictts^  saint 

Namalius  devint  le  huitième  évêque  de  Clermont.  Il  fit 

1  Le  texte  porte  caméra  :  ^uontaiA  eaiMfa  tf^tvltf  Uîius  prioris 
éleganti  opère  fuerat  fahrieûta,  H.  Albert  Lenoîr  a  cltirement  in* 
'  diqué,  «n  étudiant  ce  passage  de  Grégoire  de  Tours,  q^ue  ce  mot 
désigne  le  plafond  qui  surmontait  les  nefs.  On  traduisait  ordl« 
naîrement  catnera  par  voûte,  bien  qu'il  soit  difllcile  d'admettre 
qu'une  voûte  j)uisse  être  transportée  d'une  église  à  une  autre. 
[Architeciun  monasUqutj  par  Albert  Lenoir,  p.  326.) 


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84  BASILIQUE  DE  CLERMONT. 

bâtir  l'église  qui  subsiste  encore,  et  qui  est  la  principale 
dans  les  murs  de  la  ville.  £lle  a  cent  cinquante  pieds 
de  long»  soixante  de  large,  cinquante  de  haut  dans 
rintérieur  de  la  nef  jusqu'au  plafond  :  au-devant  est 
une  abside  ronde»  de  chaque  côté  s'étendent  des  ailes 
d'une  élégante  structure»  et  tout  Tédiflce  est  disposé  èn 
forme  de  croix.  U  a  quarante-deux  fenêtres,  soixante^^- 
dix  cdonn^  et  huit  portes.  Une  pieuse  crainte  de  Dieu.- 
se  fait  sentir  dans  ce  lieu,  où  pénètre  une  vive  clarté; 
et  très-souvent  les  religieux  y  sentent  des  parfums  qui 
semblent  provenir  de  suaves  aromates.  Les  parois  du 
côté  de  Tautel  sont  ornées  de  différentes  espèces  de 
marbres  ciselés- avec  beaucoup  d'élégance.  Lorsque 
rédiûce  eut  été  achevé  au  bout  de  douze  années»  Namar 
tins  envoya  à  Bologne^  ville  dltalie^  pour  demander  les 
reliques  de  saint  Vitalis  et  de  saint  Agricola^  crucifiés» 
comme  on  sait»  pour  le  saint  nom  du  Christ  notre  Dieu. 

XVII.— La  femme  de  Namatius  bâtît^horsdes  murs  de 
la  ville^  la  basilique  de  Saint-Ëtienue».et  voulant  la  faire 
orner  de  peintures»  elle  portait  dans  son  sein  un  livre 
où  elle  lisait  l'histoire  des  actions  des  anciens  temps, 
indiquant  aux  peintres  celles  qu'ils  devaient  repré- 
senter sur  les  murailles.  Un.  jour  il  arriva,  comme  elle 
était  assise  dans  la  basilique  et  occupée  à  lire»  qu'un 
pauvre  vint  pour  prier;  en  apercevant  cette  femme 
d^à  vieille  et  vêtue  d'une  robe  sombre»  il  la  prit  pour 
une  pauvresse  et  lui  porta  un  morceau  de  pain  qu'il 
posa  sur  ses  genoux,  après  quoi  il  s'en  alla.  Celle-ci» 
ne  dédaignant  pas  le  don  du  pauvre  qui  n'avait  pas 


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CBILDÉmC  ET  ODOACRB.  86 

reconnu  son  rang,  l'accepta  avec  des  remerciements.  Elle 
garda  le  pain^  le  plaça  deyant  elle  dans  tous  ses  repas, 
s'en  servant  tous  les  jours  pour  la  bénédiction,  jusqu'à 
ce  qu'il  n'en  restât  plus. 

XYIII. —  Cbildéric  porta  la  guerre  sons  Orléans; 
Odoacre  vint  avec  les  Saxons  à  Angers.  En  ce  temps 
une  épouvantable  peste  désola  le  peuple,  ^gidius 
mourut,  laissant  un  fils  nommé  Syagrius.  Après  la  mort 
d'/Egidius ,  Odoacre  reçut  dos  otages  d'Angers  et  d'au- 
tres villes.  Les  Bretons  furent  chassés  de  Bourges  par  les 
Goths^qd  en  tuèrentun  grand  nombre  près  du  bourg  de 
.  Déols.  Le  comte  Paul,  avec  les  Romains  et  les  Francs,  fit 
la  guerre  aux  Gotlis,  auxquels  il  enleva  un  grand  butin. 
Odoaere  étant  venu  à  Angers,  le  Yoi  Cbildéric  arriva  le 
jour  suivant,  tua  le  comte  Paul  et  s'empara  de  la  ville 
Ce  même  jour  la  maison  épiscopale  fut  consumée  par^ 
.  un  incendie. 

XIX.  — Sur  ces  entrefaites,  la  guerre  éclata  entre  les 
S^ttons  étales  Romains.  Mais  les  Saxons,  prenant  la 
fuite,  abandonnèrent  un  grand  nombre  des  leurs  au 
glaive  des  Romains  qui  les  poursuivaient.  Leurs  îles 
toent  prises  et  ravagées  par  les  Francs,  qui  tuèren 
beaucoup  de  leurs  babitants.  Le  neuvième  mois  de  cette 
année,  il  y  eut  un  tremblement  de  terre.  Cbildéric 
conclut  un  traité  avec  Odoacre,  et  ils  soumirent  en- 
semble les  Alamans  qui  avaient  envahi  une  partie  de 
ritalie. 

XX.  — Euric,  roi  d^s  Goths,  dans  la  quatorzième  ainnée 

1  Ce  sont  les  Visigoths  d'AG[uiiaind. 


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TICIOE,  DfTG  DES  SEPT  CITES. 

dé  Son  règne»  créa  Victor  duc  de  sept  cités  *•  Gelui-d 
yM,  vàbikmml  en  Auvergne^  yo«l«nt  ajouter  la  cité  ' 
de  Clermont  à  celles  qu'il  gouverna^,  déjà*  Ce  fut  lui 
qui  ût  construire  les  chapelles  souterraines  qu'on  voit 
encore  aujourd'hui  dan»  la  basilique  de  Sainb>luUen^ 
ainsi  que  les  colonnes  qui  sont  placées  dans  l'église.  U 
ât  aussi  bâtir  la  basilique  de  Saint-Laurent  et  de  Saint- 
Geimaili  >  daâs  te  txmrg  de  Leginiac  K  Victor  demeura 
neuf  ans  en  Auvergne.  Il  éleva  des  accusations  calonn-  . 
nieuses  contré  le  sénateur  Ëuchérius,  le  fit  jeter  ea 
ptiBon^  l'en  lira  de  nuit>  et  le  fit  attacher  à  une  mille  s 
muraille  qu'il  ordonna  de  faire  écrouler  sur  lui.  Crai- 
gnant d'être  assassiné  à  cause  de  ses  débauches  par  les 
gens  de  TAuvergne»  il  s'enfuit  à  Rome  o£i  see  dérégIe-> 
ments  le  firent  lapider.  Ëuric  régna  encore  quatre  ans 
aprèsk  mort  de  cet  homme,  et  mourut  dans  la  ^ringl» 
septième  année  de  son  règne  K  II  y  ont  alors  uii.noii» 
veau  grand  tremblement  de  terre. 

XXL  Namatius,  évêque  d'Auvergne^  fut  remplacé 
à  sa  mort  pair  Éparohius,  prêtre  d'une  grande  sainteté  et 
de  beaucoup  de  foi .  Comme,  en  ce  temps,  l'église  pos- 
sédait dans  l'enceinte  de  la  ville  une  petite  propriété» 
l'évêque  y  avait  sa  demeure  dans  l'endroit  qu'on  nomme 
aujourd'hui  la  sacristie,  et  pendant  la  nuit  il  se  levait 
pour  alto  rendre  grftces  à  Dieu  à  l'autel  de  l'église.  U 
ai  1  ivd  qu'une  nuit>  entrant  dans  cette  église,  il  la  trouva 

t  Ce  fait  doit  marquer  une  des  origines  du  nom  de  la  Septi** 
mAiiie.  (Voir  ce  mot,  à  la  Géographxei) , 
t  Voir  la  Géographie,  au  mot  Licoiuaeenm  vient» 
>Sn48S. 


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TENTATION  SE  L'ÉTÉQUB  ÉPARCHIU&  81 

pleine  de  démons;  leur  pribce  lui-même  vêlu  à  la 
iiiiànièfe  des  femmeB^  était  iissis  dans  la  obaire  épiamo* 
pale.  Le  pontife  lui  dit  :  «  Infâme  prostituée^  ta  m  t<l 
contentes  pas  d'îofecter  tous  les  iieUK  dd  t66  pirofaûa- 
tions»  lu  viem  souiller  mèmd  le  êiégtt  ocnMtifi  pat  It 
Sei^mcur  en  y  posant  ta  personne  infanin  !  Sors  de  la 
maison  de  Dieu»  ne  la  profane  pas  davantage*  i  La 
é^mon  répondit  t  «  Paiflcpiè  tu  me  doiinei  1«  Mdtil  M 

prosliluée,  je  l'environnerai  de  pièges  *  en  l'ennam** 
mant  de  passion  pour  les  femmes,  j»  A  ees  motB>  il  t'é* 
vanotlit  comme  de  la  fumée*  En  effet  réfèque  éprouva 
de  TÎolenls  accès  de  concupiscence  ;  mais>  armé  du 
dgne  de  la  croix,  il  se  préserva  des  atteintes  de  l'eil' 
nemi.  On  rapporte  quilût  bâtir  sut  leBortimet  du  nkOAl 
Cliantoin  ^  un  monastère  où  Ton  voit  aujourd'hui  un 
oratoire,  ët  où  il  s'enfermait  pendant  les  tatnia  JôUHI 
du  cairéme.  Le  jour  de  Mqueil  il  s'en  retenait  À  bôII 
église  en  chantant  accompagne  d*une  grande  foule  dè 
clercs  et  de  laïques.  A  sa  mort,  il  fut  remplacé  par  Si* 
doiné,  ancien  préfet  C'était  un  homihé  très-noble, 
selon  les  dignités  du  siècle,  et  Tun  des  premiers  séna*< 
teurs  des  Gaules  auquel  même  TempereutAvltUS  avait 
donné  sa  fille  en  mariage  De  son  temps,  pendant  que 
ce  Victor  dont  nous  avons  parié  demeurait  encore*  à 
Glermont,  il  y  avait  dans  le  monastère  de  Saint42yr  de 
cette  même  Ville  un  abbé,  noinuié  Abraham,  qui  était 

t  Cantohennicut  mon$, 

1  Préfet  de  Rome,  en  467,  ious  l'emperettr  AnthéiiiiiM.  Il  t^i 

nommé  évêquo  en  471. 
>  Papianilla.  Sidoine  l'épousa  avant  ^u'Avitiis  ne  fût  empereur* 


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88  SIDOINE  APOLLINAIRE. 

animé  de  la  foi  et  des  vertus  du  patriarche  dont  il  por- 
tait le  nom,  comme  nous  l'ayons  raconté  dans  le  livre 
de  sa  vie. 

•  XXII. — Saint  Sidoine  était  doué  d'une  telle  éloquence 
quesouvent  il  improvisait  de  la  manière  la  plus  brillante 
sur  quelque  sujet  qu'il  voulût.  Il  arriva  qu'un  jour  où 
il  avait  été  invité  à  la  fête  de  la  basilique  du  monastère 
dont  nous  avons  parlé  ci-dessus,  quelqu'un  lui  ayant' 
méchamment  enlevé  le  petit  livre  dont  il  avait  coutume 
de  se  servir  pour  célébrer  les  fêtes  sacrées,  il  se  trouva 
tellement  préparé  qu^il  récita  toutToffice  de  la  féte  si 
bien  qu'on  Tadmirait,  et  que  les  assistants  croyaient 
entendre  moins  un  homme  qu'un  ange.  C'est  ce  que 
nous  avons  raconté  avec  plus  de  détails  dans  la  préface 
du  livre  que  nous  avons  ajouté  aux  messes  de  sa  com- 
position. Comme  il  était  d'une  admirable  saintej^é  et, 
ainsi  que  nous  l'avons  dit^  un  des  premiers  sénateurs,  il 
emportait  souvent  de  chez  lui^  à  Tinsu  de  sa  femme,  des 
vases  d'argent  qu'il  distribuait  aux  pauvres.  Lorsque 
celle-ci  en  était  instruite,  elle  s'emportait  contre  lui,  et 
alors  il  restituait  les  meubles,  mais  en  en  donnant  le 
prix  aux  pauvres. 

XXIII.»Âprès  que  Sidoine  se  fût  consacré  au  ser* 
vice  du  Seigneur  ,  et  pendant  qu'il  menait  dans  ce  monde 
une  vie  pleine  de  sainteté,  deux  prêtres  se  soulevèrent 
contre  lui,  et  lui  ayant  enlevé  tout  pouvoir  sur  les  biens 
de  réglise,  lui  laissèrent  à  peine  de  quoi  vivre  et  lui 
firent  endui'er  de  grands  outrages.  Mais  la  clémence 
divine  ne  laissa  pas  ces  injures  longtemps  impunies. 


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SIDOINE  ET  LES  DEUX  PRÊTÉES.  80 

car  run  de  ces  misérables^  indignes  du  nom  de  prêtre^ 
Tayant  menacé  ayant  la  nuit  de  l'arracher  de  Péglise  et 

entendant  le  son  de  la  cloche  qui  appelait  à  matines,  se 
leva  enflammé  de  fureur  contre  le  saint  de  Dieu^  et 
méditant  dans  son  cœur  pervers  d'accomplir  le  dessein 
qu'il  avait  formé  la  \eille.  Mais  étant  entré  dans  le  privé,  ' 
il  rendit  Tâme  en  s'efforçant  de  satisfaire  ses  besoins* 
Un  serviteur  attendait  dehors  avec  un  flambeau  que 
son  maître  sortit.  Le  jour  paraissait;  son  complice^ 
c'est-à-dire  l'autre  prétre>  lui  envoya  un  exprès  pour 
lui  dire  :  «  Viens,  ne  tarde  pas,  pour  que  nous  exécu- 
tions ce  que  nous  avons  médité  hier.  »  Mais  comme 
le  mort  ne  pouvait  répondre,  le  domestique,  ayant  sou- 
levé le  voile  de  la  porte  S  trouva  son  maître  mort  sur 
le  siège,  ce  qui  montra  qu'il  s'était  rendu  coupable 
d'un  crime  égal  à  celui  de  cet  Anus  qui  rendit  de  même 
ses  entrailles  dans  un  pareil  lieu.  On  ne  saurait  en  effet 
*  appeler  autrement  qu'hérétique  celui  qui,  dans  une 
église,  n'obéit  pas  au  prêtre  de  Dieu  auquel  a  été  remis 
le  soin  de  paître  les  brebis,  et  qui  s'empare  du  pouvoir 
que  ni  Dieu  ni  les  hommes  ne  lui  ont  confié.  Dès  lors  le 
saint  évêque,  quoiqu'il  lui  restât  encore  un  ennemi, 
fût  remis  en  possession  de  son  pouvoir.  11  arriva  ensuite 
qu'il  devint  malade  de  la  fièvre,  et  pria  les  siens  de  le 
porter  dans  l'église.  Lorsqu'on  eut  satisfait  à  son  désir, 
une  multitude  d'hommes,  de  femmes  et  d'enfants  s'as- 
semblèrent auprès  de  lui,  pleurant  et  disant  ^Pourquoi 

1  Des  tentures  plus  OU  moins  grossières  servaient  de  portes 
isns  rintérieur  des  maisons. 


nous  délaisses-tu,  bon  pasteur?»  ou  :  «  A  qui  abandon** 
fie^'ttt  ceiUL-qi»  tamori  ?a  rendre  orphelins?  Qaellft 
«era  nôtre  me  ^tèè  ta  mort?  Qai>  dtmi  la  «tiite>  ndm 
assaisonnera  comme  toi  du  sel  de  la  sagesse?  Qui  nous 
lâi|Mrera  par  aa  i^udenoe  la  erainte  du  saint  nom  dt 
'  Dieut»  Le  peuple  enMinêlàit  éOB  paroles  âe  gratiaes 
lamentations.  Enûti  le  pontife  se  sentant  animé  du 
Saint'^fisprit  leur  répondit  «  N'ayes  pas  éé  craintéi 
.  ô  peuples  !  Toilà  que  mon  frère  Apruncule  Tit,  et  il 
sera  Yolre  évéque.  »  Mais  ceux<i,  ne  comprenant  pas^ 
.oro^ient  ifu'il  parlait  comme  un  homme  en  délire* 

AuesitM  après  sa  tnoH,  le  méefaaiit  prêtre  qui  sunri* 
iTait,  animé  d'une  avidité  coupable,  s'empara  de  tous 
les  hieus  de  l^église^  comme  s'il  était  déjà  évêque^  et  il 
disait  t  «  Le  Seigneur  a  enfin  jeté  les  yeux  sur  moi>  et 
il  a  vu  que  j'étais  plus  juste  que  Sidoine  >  et  il  m'a  ac- 
eordé  ce  pouYoiri  j»  Tandis  qu'il  promenait  soû  orgueil 
pur  la  ynSIe,  arrita  le  dimanefae  après  la  moH  du  saint 
homme*  Le  prêtre  prépara  un  festin,  lit  inviter  tous  les 
eitoyens  dans  la  maison  épisoopale  et#  sans  reépeel 
pour  les  TieiUiurds^  il  se  plaça  le  premier  sur  le  lit* 
L'échanson  lui  ayant  oHerk  une  coupe  lui  dit  :  «  Sel* 
gneur  >  j'ai  eu  un  songe  que  je  Vous  raconterai 
si  vous  le  permettes  :  je  voyais  la  nuit  dernière  une 
grande  maison^  dans  Tintérieur  de  laquelle  était  plaoé 
un  tr6ne;  sur  ce  trAne  siégeait  un  juge  qui  l'empop* 
tait  sur  tous  les  autres  par  son  pouvoir  ;  il  était  en» 
touré  d'un  grand  nombre  de  prêtres  en  vêtements 
blàttC9,  et  d^itie  foule  innombrable  de  peuple.  Pendant 


Digiti/oû  by  Cjt.)0^lc 


us  PRÂTBB  BT  L'ÉGHAMfiON.  il 

que  je  contemplais  eu  tremblant  ce  spectacle,  j'apergus 
Je  jNenhedrem  Sidoiiie  qaà  s'éleiFail  ait  inilMU  de 
low,  tocvnanl  Tifemeat  ce  prêtre  qui  ywa»  élail  oher,' 
et  qui  est  sorti  de  ce  monde  il  y  a  peu  d'années; 
oeiui<>ci  fui  ooofoiida,  ei  le  roi  ordonna  qa'éQ  le  pkMi-| 
geât  an  fond  d'un  eacbot.  n  fut  emmené,  et  Sidoine 
commença  alors  à  s'élever  contre  vous,  disant  que 
Yona  atiei  été  complice  da  erime  pour  lequel  le  prêtre 
venait  d'être  condamné.  Comme  le  juge  cherchait 
aTec  soin  quelqu'un  qu'il  put  envoyer  vers  tous,  je 
me  cachai  parmi  les  autrea  et  me  retournai*  craignant» 
comme  je  vous  suis  connu,  qu'on  ne  me  choisît  pour 
cette  misaion.  Pendant  que  je  réfléchissaia  à  cela  en 
éilence»  tout  le  numde  a'élant  éloigné)  je  restai  aeul| 
le  juge  ni'ayant  appelé,  je  m  approchai  de  lui.  A  l'as- 
pect de  sa  puissance  et  de  son  éclat»  je  demeurai  inter* 
dit  et  tremblant  de  crainte*  U  me  dit  alors  :  Ne 
crains  ri6n>  jeune  liomme^  mais  va,  et  dis  à  ce  prêtre 
qu'il  vienne  pour  répondre  à  Taccusation,  car  Sidoine  a 
demandé  qu'on  le  fît  venir.— Ne  diffères  donc  pasj 
parce  que  le  roi  m'a  recommandé  expressément  de 
voua  transmettre  ces  paroles»  me  disant  s  Si  tu  te 
tais  >  tu  mourras  de  la  mort  la  plus  cruelle.  »  A  ces 
mots»  le  prêtre  effrayé  laissa  échapper  la  coupe  de  ses 
mainsy  et  rendit  Tâme.  Enlevé  mort  de  dessus  le  lit»  it 
fût  enseveli,  et  alla  prendre  possession  de  Penfer  avec 
son, complice.  Tel  fut  le  jugeaient  dont  le  Seigneur 
frappé  en  ce  monde  deux  prêtrea  rebelles  :  Tun  subit  la 
morid'Arius;  l'autre^  comme  Simon  leUagiden»  fut» 


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t 


n  FAMINE  EN  BOURGOGNE. 

à  la  prière  du  saint  ni)r)trc,  précipité  du  faîte  de  son 
orgueil.  Il  n'est  {ms  douteux  Qu'ils  furent  plongés  dans 
l'enfer,  pour  ayoir  tons  deux  persécuté  de  leur  méchan- 
ceté leur  saint  évèquc. 

Cependant  le  nom  .terrible  des  Francs  ayait  pénétré 
dans  ce  j)ays,  et  comme  chacun  désirait  quMIs  y  portas- 
sent leur  empire^  saint  Apruncule,évêque  de  Langres, 
commença  à  deyenir  suspect  aux  Bnrgondes  ^  £t  la 
haine  croissant  de  jour  en  jour  contre  lui,  l'ordre  fut 
donuéde  le  faire  périr  en  secret  par  le  glaive.  A})rimcule, 
ayerli,  s'échappa  pendantlanuit  en  se  glissant  le  long  du 
mnr  du  château  de  Dijon,  et  se  rendit  à  Glermont  dont, 
suivant  la  parole  que  le  Seigneur  avait  mise  dans  la 
bouche  de  saint  Sidoine^  il  devint  le  onzième  évêque. 

XXIY.—Durantrépiscopatde  Sîdoine,une  grande  fa» 
mine  désola  la  Bourgogne.  Comme  les  habitants  se  dis- 
persaient dans  différents  pays.,  et  que  personne  ne  four- 
nissait  plus  de  nourriture  aux  pauvres, on  rapporte  que  ' 
le  sénateur  Ëcditius,  parent  de  Sidoine,  mettant  sa  con- 
fiance en  Dieu,  fit  alors  une  belle  action.  Pendant  les 
ravages  de  la  famine,  il  envoya  ses  doinesli(iues  avec 
des  chevaux  et  des  chars  dans  les  cités  voisines,  pour 
qu'ils  lui  amenassent  ceux  qui  souflhiient  de  la  disette.  • 
Ceux-ci  conduisirent  donc  vers  lui  tous  les  pauvres  qu'ils 
•  purent  trouver,  Là^  durant  tout  le  temps  de  la  famine,  ^ 
il  les  nourrit  et  les  arracha  aux  horreurs  de  la  faiin.  On 

*  Les  Frnnes  l'-tant  1(ïs  soûls  des  conquérants  delà  Gaule  qui 
ne  fussent  pas  aricns,  le  clergé  catholique  désirait  Viveuient 
leurs  progrès,  et  tolllcitait  souvent  leurs  invasions. 


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CHAmïÉ  D'ËCÛITIUS.— EURIC.    •     .  93 

dit  que  le  nombre  des  malheureux  qn^l  secourut  ainsi 
dépassa  quatre  mille  personnes  des  deux  sexes.  Quand 
rabondance  fut  revenue,  Ecditius  les  fit  reconduire 
comme  il  les  avait  fait  amener,  chacun  dans  son  pays. 
Après  leur  départ,  il  entendit  une  voix  venue  duciel  qui 
lui  dit  :  a  Ecditius^  Ecditius,  puisque  tu  as  fait  cetie 
action,  jamais  vous  ne  maniiuerez  de  pain,  toi  et  ta  pos- 
térité, car  tu  as  obéi  à  mes  paroies  et  rassasié  ma  faim 
en  nourrissant  les  pauvres.  »  On  raconte  aussi  que  cet 
Ecditius  était  d'un  courage  admirable  :  un  jour  avec 
dix  hommes  il  mit,  dit-on,  en  fuite  un  grand  nombre  de 
Goths.  On  raconte  aussi  que,  pendant  cette  même  fa- 
mine^ saint  Palieu,  évèque  de  Lyon,  fit  au  peuple  beau- 
.  coup  de  bien,  et  il  nous  reste  encore  une  lettre  dans  lar 
quelle  saint  Sidoine  lui  donne  à  ce  siyet  de  grands 
éloges. 

XXy.^Au  temps  de  cet  évêque,Ëuric,  roi  des  Goths, 
'Soirtantdes  frontières d'Esi^agne,  fit  peser  dansles  Gaules 
une  cruelle  persécution  sur  les  Chrétiens.  11  ordonnait 
de  décapiter  tous  ceux  qui  ne  voulaient  pas  se  soumettre 
à  sa  perverse  hérésie,  et  jetait  les  prêtres  dans  des  ca- 
chots. Quant  aux  évêques,  il  envoyait  les  uns  en  exil  et 
tuait  les  autres.  Il  avait  ordonné  de  fermer  avec  des 
épines  rentrée  des  églises,  afîn  que  l'absence  du  culte 
divin  [it  tomber  la  foi  en  oubli.  La  Novempopulanie  et 
les  detiz  Aquitaines'  furent  surtout  en  proie  à  cesra- 

•  Le  texte  porte  Novempojjulanœ  gemina-que  Germanix  urhea. 
Mais  il  est  évident  qu'il  faut  lire  Aquitaniai,  ou  peut-être  germa" 
nm ,  comme  le  porte  un  des  manuscrits,  ce  qui  dans  le  latin  de 


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M  ÀVÉNEMBNT  DE  OLOVKB. 

^fngOÈ.  11  existe  encore  aujourd'hui  à  ce  sujet  une  lelire 
éat  noble  Sidoine  à  l-évêqno  BasileS  dans  laquelle  ces 
détails  gont  consignés.  Mais  l'auteur  de  celte  perséculioii 
JBO  tarda  pas  à  moupîr  frappé  de  la  Teugeance  dÎTine. 
.XXYI.-^Le  bienheureux  Ferpétuus,  é^èque  de  la 
"^ilie  de  Tours,  après  trente  ans  d'épiscopat,  s'endormit 
m  pais }  11  tni  remplacé  par  Volusien^  ud  des  sénateurs. 
Mais  eelnl-ely  étant  devenu  suspect  aux  Golh^^  fut  èm- 
aiené  captif  en  Espagne,  dan:^  la  septième  année  de  son 
épiscopat^  et  ne  tarda  pas  à  y  mourir.  Vérus,  sm  suc- 
eesseur^'  fût  le  septième  évéqoe  depuis  saint Ifartiu. 

XXVII. — Après  tous  ces  événements, Childédc  mou- 
rat,  et  son  fils  Glovis  régna  en  sa  place  Dans  la  cin^ 
qufème  année  de  ce  nouveau  règne  ^  Syagrius,  roi  des 
Romains  et  f)ls  de  cet  Jigidius  dont  nous  avons  pArlé, 
résidaitdans  la  ville  de  Soissôns,  que  celui-ci  avait  jadis 
eeenpée.  dovis,  marchant  contre  lui  avec  son  parent  Ra« 
gnachaire',  qui  était  aussi  en  possession  d'un  royaume,, 
hil  fit  demander  de  désigner  un  champ  de  bataille.  Sya- 
grius ne  différa  point,  et  ne  craignit  pas  de  résister.  Le 
combat  s'engagea  donc*.  Le  Romain,  voyant  son  armée 
rompue^  s'enfuit  et  se  réfugia  en  toute  bâte  auprès  du 
roi  Alaric,  à  Toulouse.  Clovis  envoya  prier  Alaric  de  le 

ce  temps  pouvait  si^jnifiçr  les  |)rovinçes  voisines  ou  sœurs;  en 
effet,  les  trois  provinces  situées  wa  midi  de  la  Loire  furent  a|»- 
pelées  quelquf^ii  les  Iroit  Aquit^iiiçs.  (Y.  Çtéctgraphie,) 
*  Évéque  d'Aix. 

t  En  481.  Tourdai  était  le  chef-lieu  de  la  tribu  banque  qu'U 

commandait. 
8  Rui  des  Francs  de  Cambrai. 
^£n4â6 


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Lfi  VASfi  DB  S0ISS0N8.  96 

lui  livrep^s'il  ne  voulait  attirer  la  guerre  sur  lui-même. 
AlariOt  craignant  de  s'exposer  à  la  eolère  des  Pranes^ 

car  la  crainte  est  habituelle  aux  Goths,  livra  aux  en- 
iroyéa  du  roi  Syagrius  chargé  de  fers*  Lorsque  Clovis 
Veali  €sn  son  pontohr,  il  le  mit  sous  bonne  gaide»  s*eiB- 
para  de  son  royaume  et  le  fit  tuer  en  secret. 

Dans  oe  temps,  Tarmée  de  Ciovis  pilla  un  grand  nom<> 
brod^lises^  parce  que  ce  prince  était  encore  plongé 
dans  les  erreurs  de  Tidulàtrie.  Des  soldats  avaient  en- 
loYé  d'une  église^  avec  d'autres  ornements  du  saint  mi« 
nistère,  un  Tase  d'une  grandeur  et  d^ne  beauté  mer- 
veilleuses. L'évèque  de  cette  église  lui  dépêcha  des 
messagers  pour  d^nander  que^  s'il  ne  pouvait  obtenir 
de  lieeoiivrep  les  autrrâ  vases,  on  rendit  au  moins 
celui-là.  Le  roi  répondit  au  messager  :  a  Suis-moi  jus» 

• 

qu^à  Soisseiis^  parce  quQ  c'est  là  qu'én  partagera  le 

butin  ;  et  si  le  sert  me  donne  ee  vase,  je  ferai  ce  que 
désire  le  pontife  ^»  Étant  arrivés  à  Soissons,  on  réunit 
W  milieu  dek  pkee  tout  lebutin>  et  le  roi  dit  en  men« 
trant  le  vase  :  a  Braves  guerriers,  je  vous  prie  de  vouloir 
bien  m'accorder,  putre  ma  part^  le  vase  que  voici.  » 
Les  plus  sensés  répondirent  à  ces  paroles  a  «  Glorieux 
roi,  tout  ce  qui  est  ici  est  à  toi,  et  nous-mêmes  nous 
yfcfniypfi  souinis  à  tûu  pouvoîr*  Fais  donc  ce  qui  le 
plaît,  car  personne  n^est  assez  fort  pour  te  résister.  » 
Lorsqu'ils  eurent  ainsi  parlé,  un  guerrier  présomptueui. 
Jaloux  et  emporté,  élevi^  sa  francisque  et  en  frappa  le 
vase>  s'écriant  :  «  Tu  ne  recevras  ici  que  ce  quQ  le  lort 

Grégoire  deTenra  £ait  employer  à  Olovia  le  moipafû'» 


96   ■  CLOVLS  ET  LES  BURGONDES. 

t'aura  vraiment  donné.  »,  Tous  restèrent  stupéfaits. 
Le  roi  dissimula  le  ressentiment  de  cet  outrage  sous  un 
-air  de  patience,  et,  après  s'être  fait  donner  le  vase^ille 
remit  au  messager  de  révéque^  gardant  au  fond  du  cœur 
une  secrète  colère.  Un  an  s'étant  écoulé,  Clovis  ordonna 
à  tous  ses  guerriers  de  venir  au  champ  de  Mars  revêtus 
de  leurs  armes,  pour  les  montrer  brillantes  et  en  bon 
état.  Tandis  qu'il  examinait  tous  les  soldats  en  passant 
devant  eux,  il  arriva  à  celui  qui  avait  frappé  le  vase>  et 
lui  dit  :  «Personne  n'a  des  armes  aussi  mal  soignées  que 
les  tiennes;  ni  ta  lance,  ni  ton  épéc,  ni  ta  hache,  ne 
sont  bien  entretenues;  »  et  lui  arrachant  sa  hache,  il 
la  jeta  à  terre.  Le  soldat  s'inclinant  pour  la  ramasser^  le 
roi  leva  sa  francisque  et  la  lui  abattit  sur  la  tête  en  di- 
sant: aVoilàce  que  luasfaitau  vase  à  Soissons.»  L'ayant 
tué>  il  congédia  les  autres,  après  leur  avoir  de  la  sorte 
inspiré  une  grande  crainte.  Il  Ot  beaucoup  de  guerres  et 
remporta  nombre  de  victoires.  Dans  la  dixième  année 
de  son  règne^  il  porta  les  armes  chez  les  Thuringiens 
et  les  soumit  à  son  pouvoir. 

XXYlll.^Les  Burgondes  avaient  pour  roi  Gondeuch« 
de  la  race  du  persécuteur  Athanarie,  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut.  11  eut  quatre  ûls  :  Gondebaud,  Godégisèle, 
Gbilpéric  et  Gondomar.  Gondebaud  égorgea  Ghilpéric 
et  noya  la  femme  de  son  frère  avec  une  pierre  au  cou; 
puis  il  condamna  ses  deux  Mes  à  Texil.  Chroua  Taînée 
prit  l'habit,  la  plus  jeune  s'appelait  Glotilde'.  Glovis 

1  En  491. 

>  Let.Yariantei  des  mtiiuicrito  de  Grégoire  de  Tours  donnent 


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s 

CLOVIS  ÉPOUSE  CLOTILDE.  97 

enroyait  souTeiit'des  députés  en  Bourgogne,  et  ceux-ci 

virent  la  jeune  Glotilde.  Témoins  de  sa  beauté  ci  de  sa 
sagesse^  et  sachant  qu'elle  était  du  sangn  ^al^  ils  en  in- 
'fcrmcrent  le  foi  Clovis.  Gelni-d  dépêcha  à  Gondehaud 
des  messagers  chargés  de  la  demander  en  mariaj^^e.  Le 
Burgonde  n'osant  pas  refuser  remit  la  jeune  fille  entre 
les  mains  des  députés  qui  se  hâtèrent  de  la  mener  au 
roi.  Cloyis,  rayant  vue,  fut  transporté  de  joie  et  l'épousa, 
n  avait  d^jà  d'une  concubine  un  fils  nommé  Thierry. 

XXIX.  —  Clovis  eut  de  ClOtîMe  un  premier  fils.  La 
reine,  voulant  qu'il  reçût  le  baptême ,  adressait  sans 
cesse  de  pieux  oonseUs  au  roi»  disant  :  a  Les  dieux  que  tu 
adores  ne  sont  rien,  puisqu'ils  ne  peuvent  se  secourir 
eux-mêmes  ni  secourir  les  autres;  car  ils  sont  de  pierre, 
de  bois  ou  de  métal.  Os  ont  des  noms  dliommes  et  non 
de  Dieu,  comme  Saturne  qui,  dil-oii;,  s'enfuit  pour  ne 
pas  être  chassé  du  trône  par  son  fils  ;  comme  Jupiter  lui- 
même^  qui  s'est  souillé  de  débauches  avec  les  hommes, 
avec  des  femmes  de  sa  famille,  et  qui  n'a  pu  s'abstenir 
du  concubinage  avec  sa  propre  sœur,  puisqu'elle  disait  : 
•  Je  Buts  scBwr  et  femme  de  Jupiter  ^  Qu'ont  fait  Mars  et 
Mercure  ?  Ils  possèdent  plutôt  la  science  de  la  magie 
qu'une  puissance  divine.  Le  Dieu  qu'on  doit  adorer  est 

poor  ce  nom  oélèVre  les  formefl  smyanieB  :  ChrbtohOdis,  Chro* 
tiheldis,  Rodieldis,  Chrodieldis ,  Chrotildis,  Chrodicheldis, 
Cliroiclùldif,  Rohodhildis  et  Rodhilda. 

*       Att  990       mwim  tnctfdo  résina,  Jowqfiê 
Bt  êoror  et  cof^va  

(ÉmIidb»  I,  47.) 
On  Toit  que  Grégoire  de  Tours  «yeit  lu  Virgile. 


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«8        LE  PREMTCB  FILS  DR  CLOTILDE  MEURT. 

ooltii  qui^  par  sa  parola^  a  tiré  du  néant,  te  ci^l  %\  la 
terre,  la  mer  •!  toni     qui  s'y  troa^e  contenu;  qui  a 

fait  briller  le  soleil ,  et  qui  a  orné  le  ciel  d'éloiles  ;  qui 
a  rempli  le&  eaui^  de  pgi^on^»  la  terre  d'aniipaux»  ^t 
le&  aift  dHnseam;  k,  Tordre  duquel  la  terra  se  couvre 

de  plantes,  les  arbres  de  fruits  et  les  vignes  de  raisins; 

dont  te  main  a  produit  to  g^nre  humain  ;  quv  eniin  a 
donné  à  eat  homine»  son  ouvrage»  toute»  les  çréatur^ 

pour  lui  obéir  et  pour  le  servir.  » 

Mais  quoique  la  reine  pût  dire>  Ve^rit  du  roi  n'en 
était  pas  ému»  et  il  répondait  :  «  C'est  par  Tordre  do  nos 


dieux  que  toutes  choses  ^ont  créées  et  produites;  il 

est  olajr  quo  Uieu  ne  peut  rien;  et  même  U  est 
prooYé  qu'il  n'est  pus  de  la  race  des  dieui.  a  Cepen- 
dant la  pieuse  reine  présenta  son  fils  au  baptênne  : 
tfle  fit  décorer  relise  de  voiles  et  de  tf^pis^ries»  poufr 
que  cette  pompe  attir&t  vers  la  foi  catholique  celui  que 

ses  discours  n'avaient  pu  toucher,  Mais  l'enfant,  baptisé 
sous  le  nom  d  Inhumer»  mourut  dans  les  aubcis  mêmes 
de  son  baptême^  Le  roi»  aigri  par  cette  perte»  faisait  & 
la  reine  de  vifs  reproches,  et  disait  ;  «Si  Tenfant  avait 
été  consacré  au  nom  dQ  me$  dieux^  il  vivrait  encore; 
mais,  comme  il  a  été  baptisé  au  nom  du  vôtre»  il  n'a 

pu  vivre.  »  La  reine  lui  répondit  :  a  Je  rends  grâces 
au  puissant  Créateur  de  toutes  choses»  qui  ne  m'a  pas 

1  C*ost-îi-dirc  dans  la  semaine  où  les  néophytes  éiaient  revêtus 
de  vêlements  blancs.  Le  baptême  élait  généralement  administré 
la  veille  de  Pâques,  et  jusqu'au  dimanche  de  la  Quasiuiodo,  ap- 
pelé au«tî  Dpmintoa  In  àlkii,  les  régénérés  gardaient  leurs  robes 
blanches. 


jugée  indigne  de  Toir  «dmis  dans  Bon  Iroyamile  F^- 

fant  né  de  mon  sein»  Celle  perte  ne  m'a  pas  affectée 
de  doideiiri  pafce  que  je  sâift  que  les  enfants  que  Dieu 

retire  du  monde,  quand  ils  sont  éncoriB  dans  les  aubeé, 
sont  nourris  de  sa  vue.  »  Elle  eut  ensuite  un  second 
ikf  qui  reçut  au  baptême  le  nom  de  Glodomir.  Gel  en- 
fant étant  tombé  malade^  le  roi  disait  :  a  II  ne  peut  ar- 
river à  celui-ci  autre  chose  qu'à  son  frère,  c'est-à-dire 
de  mourir  aussitôt  après  avoir  été  baptisé  an  nom  éê 
votre  Glirist.  »  Mais  le  Seigneur  accorda  la  santé  de 
Tenfant  aux  prières  de  sa  mère. 

XXX.  —  La  reine  ne  cessait  donc  de  supplier  le  roi  dû 
reconnaître  le  vrai  Dieu  et  d'abandonner  les  idoles; 
mais  rien  ne  put  l'y  décider,  jusqu'à  ce  que,  dans  une 
guerre  avec  les  Alamans,  il  fut  forcé  de  .confessa  oe 
qu'il  avait  jusijue-ia  voulu  nier.  Il  arriva  que  les  deux 
armées  combattant  avec  un  grand  acbarnemeot»  celle 
de  Glovis  allait  être  taillée  en  pièces.  Alors  Glovis>  plein 
de  ferveur,  éleva  les  mains  vers  le  ciel,  et,  fondant  en 
larmes  t  s'éccia:  «  iésus*Gbrist  >  que  Glotilde  aftirme 
être  le  Fils  du  Dieu  vivant  y  qui>  dit-on»  assistes  dans 
les  périls  et  accordes  la  victoire  à  ceux  qui  espèrent 
en  toi  «  j'invoque  avec  dévotion  ton  glorieux  secours; 
si  tu  m'accordes  victoire  sur  mes  ennemis,  et  que 
je  fasse  ré[)reuve  de  celte  puissance  dont  le  peuple 
'  qui  Vest  consacré  dit  avoir  reçu  tant  de  preuves»  je 
^iral  en  toi,  et  me  ferai  baptiser  en  ton  nom  ;  car 
j'ai  invoqué  nies  dieux,  et  je  vois  bien  qu'ils  m'ont 
refusé  leur  appui.  Je  crois  donc  qu'ils  n'ont  aucun 


100  CLOYIS  ET  SAINT  REMI. 

pouvoir,  puisqu'ils  ne  secourent  pas  ceux  qui  les 
servent.  C'est  toi  que  jinvoqae  maintenant;  c'est  en 
toi  que  je  veux  croire;  fais  seulement  que  j'écbappe 
à  mes  ennemis  !  »  Comme  il  disait  ces  paroles,  les 
Âlamans,  tournant  le  dos,  commencèrent  à  se  mettre 
en  déroute  ;  et  voyant  que  leur  roi  était  mort,  ils  se 
soumirent  à  Cio\is,  en  lui  disant  :  a  Cesse  de  faire  périr 
noiro  peuple  )  car  nous  sommes  à  toi.  »  Glovis,  ayant 
arrêté  le  carnage  et  parlé  à  son  armée,  rentra  en  paix 
dans  son  royaume,  et  raconta  à  la  reine  comment  il 
avait  obtenu  la  victoire  en  invoquant  le  nom  du  Christ. 
Ces  événements  se  passaient  la  quinzième'  année  de  son 
règne  *. 

XXXI.-— Alors  la  reine  manda  en  secret  saint  Remi> 

évêque  de  Reims,  le  priant  de  faire  pénétrer  dans  le 
cœur  du  roi  la  parole  du  salut.  Le  pontife  vit  Clovis,  et 
rengagea  peu  à  peu  et  secrètement  à  croire  au  vrai 
Dieu,  créateur  du  ciel  et  de  la  terre,  et  à  abandonner  ses 
idoles  qui  n'étaient  d^aucun  secours,  ni  pour  elles- 
mêmes,  ni  pour  les  autres.  Glovis  lui  dit  :  «  Très-saint 
père,  je  t'écouterais  volontiers  ;  mais  le  peuple  qui 
m'obéit  ne  veut  pas  abandonner  ses  dieux;  cependant 
yind  vers  eux  et  je  leur  parlerai  d'après  tes  paroles.  » 
Il  assembla  donc  ses  guerriers  ;  alors  avant  qu'il  eût 
parlé,  et  par  l'intervention  de  la  puissance  divine,  tout 
le  peuple  s'écria  d'une  voix  unanime  :  a  Pieux  roi,  nous 
rejetons  les  dieux  mortels  et  nous  sommes  prêts  à 
servir  le  Dieu  inunortel  que  précbe  saint  Remi.  i  On 

1  En  49S. 


I 


BâPïÉM£  D£  CLOVIS.  101 

apporta  cette  noaTelle  à  révêquc  quî,  transporté  de  loie, 

fit  préparer  les  fonts  sacrés.  Les  places  publiques  sont 

ombragées  de  toiles  peintes  ;  les  églises  sont  ornées  de 
blanches  courtines,  Tencens  exhale  ses  parfums,  les 
cierges  odorants  répandent  la  lumière  ;  Téglise  du  saint 
baptême  respire  tout  entière  une  odeur  divine^  et  les 
asfflstants  purent  croire  que  Dieu,  dans  sa  grâce,  répan- 
dait sur  eux  les  parfums  du  Paradis.  Le  roi  demanda  au 
pontife  à  être  baptisé  le  premier.  NouYeau  Gonstantiny  ^ 
Il  marche  Ters  le  baptistère,  pour  s'y  puriiier  de  la 
lèpre  qui  depuis  longtemps  le  souillait^  et  laver  dans  une 
eau  nouvelle  les  taches  honteuses  de  sa  vie  passée. 
Gomme  il  s'avançait  vers  le  baptême,  le  saint  de  Dieu 
lui  dit  de  sa  bouche  éloquente  :  a  Courbe  humblement 
la  tête  9  Sicambre  ;  adore  ce  que  tu  as  brûlé,  brûle  ce 
que  tu  as  adoré.  »  Or  saint  Remi  était  un  évêque  d'une 
grande  science,  et  très-versé  dans  la  rhétorique  ;  il  était 
en  outre  d'une  sainteté  si  éminente,  qu'on  égalait  ses 
vertus  à  celles  de  saint  Silvestre  ;  et  il  y  a  un  Uvre  de 
sa  vie  où  on  dit  qu'il  ressuscita  un  mort. 

Le  roi  ayant  donc  reconnu  la  toute-puissance  de  Dieu 
dans  la  Trinité  fut  baptisé  au  mm  du  Père,  du  Fils 
et  du  Saint;£sprit,  et  oint  du  saint  chrême  avec  le  signe 
de  la  croix;  plus  de  trois  mille  hommes  de  son  armée 
furent  baptisés  avec  lui,  ainsi  que  sa  sœur  Alboflède, 
qat^-^dque  temps  après^  alla  rejoindre  le  Seigneur, 
\ .  Gomme  le  roi  était  affligé  de  cette  perte,  saint  Remi  lui 
envoya,  pour  le  consoler,  une  lettre  qui  commençait 
aiasi  :  «  Je  suis  affligé  et  affligé autantqu'ii  faut  rêti*ede 

6. 


L  yi.,^  jd  by  Google 


m  GUERRE  CONIRfi  GONDEBAUD. 

la  mort  dé  votre  sœur  Alboflèdë,  dliettreuse  mémoire^ 

cause  de  votre  tristesse;  mais  ce  qui  doit  nous  con* 
«^r,  c'est  qu'elle  est  sortie  de  ce  monde  plus  digne 
d'envie  que  de  plenM*  »  L'entre  sœur  de  Clovii^  tionif 
mée  Lautécbiide^  qui  était  tombée  dans  Fiiérésie  des 
Ariens,  se  eonvertU;  et  confl^ssant  que  le  Fils  et  le 
Saint-Esprit  sont  égnilx  au  Père^  elle  fut  rebaptisée. 

XXXIL-^Gojudcbaud  et  son  frère  Godégisèle  ré«* 
gneient  en  ce  temps  sur  les  régions  situées  aux  environs 
du  Rhône  et  de  la  Saône,  et  dans  la  province  de  Marseille. 
Us  avaient^  comme  leurs  sujets,  ado[)té  la  sectearienue. 
La  guerre  ayant  éclaté  entre  etix,  Godégisèle,  tnstmit 
des  victoires  de  Clovis,  lui  députa  secrètement  des  en- 
voyés qui  lui  dirent  :  «Si  tu  m'aides  à  poursuivre  mon 
frère  de  façon  à  ce  que  je  puisse  le  tuer  ou  le  rejeter 
de  son  royaume,  je  te  payerai  chaque  année  le  tribut 
que  tu  voudras  m'imposer.  p  Clovis  accepta  volon*- 
tieve,  et  promit  son  aide  partout  où  il  serait  besoin>  el 
au  temps  marqué,  il  se  mit  en  marche  avec  son  armée 
couire  Gondebaud^  A  celte  nouvelle,  Gpadebaud,  ignop» 
rant  la  ruse  de  son  frère,  fit  dire  è  celni-ci  :  c  Viens  à 
mon  secours,  car  les  Francs  se  mettent  en  marche 
'  contre  nous,  et  viennent  dans  notre  pays  pout*  s'en 
empirer  t  unissons-nous  donc  contre  une  nation  en« 
nemié,  de  peur  que ,  séparés ,  nous  n'éprouvions  le 
même  sort  que  ks  antres  peu^.  »  Celui-ci  répondit  : 
a  J'irai  avec  mon  armée,  et  je  te  donnerai  du  secours,  s 
Les  trois  armées^  c'est-à-dire  celle  de  Uovis  cootrt 
*BatiO^ 


ABIDIUS  £1  GONDEBAUD.  .  108 

cMm  de  Qondebaud  él  de  Godégisèle»  s'avançant  «Tec 
toat  leur  appareil  de  guerre^  arrivèrent  à  un  cbaleau 
'  appelé  Dijon.  Gomme  elles  en  venaient  ans  mainB  prèl 
de  la  riyièred'Ouche%  Godégîfièle  se  joignit  Â  GloTts,  el 
leurs  armées  réunies  taillèrent  en  pièces  celle  de  Gonde- 
baud.  Gelui-d>  en  présence  de  cette  perfidie  qu'il  n'a-  ' 
▼ait  pas  soupçonnée^  tourna  le  dos  et  prit  la  fùHe.  Il 
longea  le  Rhône,  en  franchit  les  marais  et  entra  dans 
ATÎgnôo»  Godégâeèle>  Tiotorieux^  s'en  alla  paisiinement, 
et  enttTi  triomphant  dans  Vienne,  comme  s'il  était  déjà 
en  possession  de  tout  le  royaume.  Clovis,  ayant  encore 
augmenté  sesforœs,  se  mit  à  la  poursuite  de  Gondeliattd 
pour  Tarracher  de  sa  ville  et  le  faire  périr.  Celui-ci, 
plein  d'épouvante,  craignit  d'être  frappé  d'une  mort 
soudaine.  Cependant  il  avait  avec  lui  un  homme  oé- 
lèbre,  nommé  Aridius,  courageux  et  piiident;  ille  fit 
venir  et  lui  dit  :  «  De  tous  côtés  je  suis  environné  d'em- 
bûches» et  ne  sais  ee  que  je  dois  faire^  parce  que  ces 
barbares  se  sont  jetés  sur  nous  pour  nous  tuer  et  bou-* 
kverser  ensuite  notre  pays.  »  Aridius  lui  répondit  : 
c  U  faut  >  pour  ne  pas  périr,  apaiser  .la  férocité  de  cet 
homme.  Si  donc  cela  te  plaît,  je  feindrai  de  fuir  et  de 
passer  vers  lui;  et  ensuite  je  ferai  en  sorte  qu'il  ne 
détruise  ni  toi  ni  cette  contrée.  Veuille  seulement  lui 
accorder  ce  qu'il  te  demandera  par  mon  conseil,  jus- 
qu'à ce  que  la  clémence  du  Seigneur  daigne  faire 
prospérer  ta  cause.  »  Gondebaud  répondît  :  a  Je  fmi 
ce  que  tu  auras  demandé.  &  Aridius  prit  donc  congé 
du  roi  et  s'éloigna.  Étant  arrivé  vers  Qovis»  il  lui  dit  ; 


t04  ARIDIUS  ET  CLOVIS. 

^oilà  que  moi,  ton  humble  esclave»  trè8*piéiix  roi> 
je  viens  me  livrer  en  ta  puissance,  abandonnant  le 
misérable  Gondebaud.  Si  ta  clémence  daigne  me  re- 
garder» tu  verras  en  mol  un  serviteur  intègre  et  fidèle 
pour  toi  et  les  tiens.  i»  Le  roî  l'ayant  reçu  avec  empres» 
sèment;  le  garda  près  de  lui  ;  car  il  était  enjoué  dans 
ses  récits»  sage  dans  les  conseils»  juste  dans  ses  Juge- 
mentS;  et  fidèle  dans  ce  qu'on  lui  confiait. 

Enfin  Glovis  ayant  campé  sous  les  murs  d'Avignon» 
Âridius  lui  dit  :  «  Si  la  gloire  de  ta  grandeur»  ô  roi» 
daijrne  accueillir  les  petits  conseils  de  ma  faiblesse, 
quoique  tu  n'aies  pas  besoin  d^avis»  je  te  les  donnerai 
avec  une  entière  fidélité»  et  ils  pourront  être  utiles  et 
à  loi,  et  aux  cités  par  lesquelles  tu  te  proposes  de  pas- 
ser. Pourquoi  donc»  £\ioula-i-il»  rester  avec  une  armée 
devant  le  lieu  fortifié  qu'occupe  ton  ennemi?  Tu  dé- 
soles les  cam[)agnes,  tu  rava^^es  les  prés,  tu  coupes  les 
vignes»  tu  abats  les  oliviers»  tu  détruis  toutes  les  pro- 
ductions de  la  terre»  et  tu  ne  peux  cependant  lui  faire 
aucun  mal.  Envoie-lui  plutôt  des  députés,  et  impose 
un  tribut  qu'il  te  payera  tous  les  ans;  de  cette  ma- 
nière» la  contrée  sera  épargnée,  tu  seras  le  mattre,  et 
il  sera  ton  tributaire.  Si  Gondebaud  refuse,  tu  agiras 
alors  comme  il  te  plaira.  »  Le  roi  accueillant  ce  con- 
seil» ordonna  le  départ  de  ses- guerriers,  puis  ayant 
envoyé  une  députation  à  Gondebaud,  il  lui  prescrivitde 
payer  exactement  tous  les  ans  le  tribut  qu'il  lui  impo- 
sait. Celui-ci  s'empressa  de  payer»  et  promit  de  faire  de 
même  paridbuitc. 


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GUERRE  DE  60NDEBAUD  ET  DE  GODÉaiSÈLE.  105 

XXXII I.— Mais  ensuite  lorsque  Gondebaud  eut  repris 
des  forces,  il  négligea  de  payer  au  roi  Glovis  le  tribut 
qu'il  avait  promis^  fit  marcher  une  armée  contre  sov 
frère  Godégisèle,  et  Tassiégea  dans  la  ville  de  Vienne. 
Dè$  que  les  vivres  commencèrent  à  manquer  au  ban 
peuple  ,  Godégisèle  y  craignant  que  la  disette  ne  vtnt 
à  r^tleindre^  lit  chasser  de  la  ville  tous  les  pauvres 
gens.  Parmi  ceux-ci  se  trouvait  un  ouvrier  à  qui 
était  conflé  le  soin  des  aqueducs.  Indigné  d'avoir  été 
renvoyé  avec  les  autres^  il  alla  trouver  Gondebaud^  et 
lui  indiqua  par  quel  endroit  il  pourrait  envahir  la  ville 
pour  se  venger  de  son  frère.  A  latôte  de  Tannée,  l'ou- 
vrier dirigea  donc  par  Taqueducles  troupes^  précédées 
d'un  grand  nombre  d^mmes  armés  de  leviers  de  fer. 
Il  y  avait  un  soupirail  bouché  par  une  grosse  pierre; 
quand  on  Teut  renversée  au  moyen  des  leviers,  et  sous 
kdlrectionde  Touvriermême^  les  assiégeants  entrèrent 
dans  la  ville,  et  surprirent  par  derrière  les  soldats  qui 
lançaient  des  flèches  du  haut  des  remparts.  Us  sonnent 
de  la  trompette  au  milieu  de  la  ville,  s'emparent 
des  portes,  et  les  ouvrant,  ils  se  précipitent  tous  en- 
semble dans  les  rues,  tandis  qu'au  milieu  de  ces  armées 
le  peuple  était  massacré  des  deux  côtés.  Godégisèle  se 
réfugia  dans  l'église  des  hérétiques,  où  il  fut  tué  avec 
révêque  arien.  Les  Francs  qui  étaient,  dans  ce  temps, 
auprès  de  Godégisèle,  se  retirèrent  tous  dans  une 
seule  tour.  Gondebaud  ordonna  qu'on  ne  leur  fit 
aucun  mal,  les  prit  et  les  envoya  en  exil  à  Toulouse, 
auprès  du  roi  Alaric.  Il  fit  ensuite  périr  les  sénateurs. 


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lOB        GOKD&BAU0  DÉSIRE  ÊTAE  CONVERTI, 
et  les  Burgondes  du  parti  de  Godégisèle.  Il  remit  sous  sa 
dominalioa  tout  le  pays  qu'on  nomme  actuellement  la 
Eoargogne,  «t  y  insHtua  des  lois  plus  douces^  pour  qu'on 

n'opprimât  pas  les  lioniains  K 

XXX 1  Y*  —  Ayant  reconnu  la  fausseté  des  assertions 
dos  liérétiquM,  après  avoir  confessé  que  le  Christ  ûls  de 
Diea  et  le  Saint-Esprit  sont  égaux  au  Père,  Gondebaud 
alla  en  secret  demander  à  saint  Avitus,  évoque  de 
Vieone^t&'étre  rebaptisé.  Le  pontife  lui  dit  :  a  Si  tu  as  uue 
foi  réeUe^  il  faut  faire  ce  que  le  Seigneur  même  nous  a 
enseigné,  et  il  ajouta  :  Quiconque  me  confessera  devant 
les  hommes,  je  le  confesserai  aussi  moi-même  devam 

ft  La  lot  des  Burgondes  ou  Bourguignons  est  le  plus  anoten  dea 
codes  barbares;  il  est  bors  de  doute  que  sa  rédaction  est  anté- 
rieure à  la  M&quête  du  royaume  des  Bourguignons  par  lea 
Francs, en  M:  mais  il  n'est  pas  rgiilement  certain  que,  du  rnoina 

dans  sa  forme  actuelle,  elle  soit  l'ouvrage  de  (-ontlebaud,  quoi- 
qu'on lui  ait  donné  son  nom  ijoi  Gumbitte).  On  parle,  il  ost  vrai, 
dans  la  préface,  de  la  seconde  anm'M;  du  règne  du  roi  (  'rondebaud, 
Ce  qui  se  rapporterait  à  l'an  467  ou  468,  époque  où  Gondebaud 
régnait  en  commun  arec  ses  frètes»  Hais  deux  à9ê  lois  bonté* 
nues  dans  ce  code  (tit.  4A,  45)»  sont  annoncées  comme  publiées 
sous  le  consulat  d'Aviénus,  eb  &01  ou  SOÎ;  et  une  troisièmé 
(tit.  52)  se  rapporte  au  consulat  d'Agap et,  en  617.  Or»  GoUde^ 
baud  mourut  en  515.  En  y  regardant  de  près,  on  reconnaît  que 
ce  qu'on  appelle  la  ]ir<^face  contient  doux  pr('*faccs  dirtVrentcs; 
c'est  dansla  seconde  qu'il  est  fait  mention  <lo  la  seconde  année 
du  règne  de  Gondebaud;  mais  au  lieu  de  Gondebaud,  on  ht  dans 
plusieurs  manuscrits  le  nom  de  Sigismond  sou  ûls,  et  la  seconde 
année  du  régne  de  ce  dernier  coïncide  exactement  avec  l'ita 
5I7»  date  de  la  loi  la  moins  ancienne  du  recueil.  Il  est  donc 
probable  que  Gondebaud  avait  fait  rédiger  un  premier  cod^ 
auquel  se  rapporte  la  première  préface,  et  qui  contenait  sans 
doute  la  plupart  des  lois;  mais  que  Sipi^tnond,  en  517,  fit  com- 
pléter ce  recueil  et  le  publia  de  nouveau,  avec  la  seconde  {iré- 
face,  et  dans  la  forme  sous  laquelle  il  nous  est  parvenu.  (Voir 
l'Histoire  du  droit  romain  dans  le  moyen  âge,  en  allemand ,  par 
11.  de  Savignj,  U  II,  p.  1-4.) 


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GOXDEBALû  KT  SAINÎ4YITUS.  ^Û7 

men  Père,  qui  est  aux  deux  ;  et  quiconque  me  rmoii- 
eera  devant  les  hommet  ^  je  le  renoncerai  auist  motf 
mémê  detant  mon  Pim  gtit  is(  ifiiiu  {et  «jeu»  ^  AiQ«i 
îyarlait  le  Seigneur  à  ses  saints  et  bienheureux  apôtres, 
lorsqu'il  leur  aimonçaii  les  épreuT^s  de  perséoutioa 
qu'ils  auraient  à  «subir/ leur  disant  :  6ûrdêxAmt$ 
hommes,  car  ils  v^us  feront  comparaUre  dans  leur4 
UêsemMée$,  et  vous  flageUerom  dan$  kwr$  sifmugogmui 
el  «01»  <er«8  jarisetUéi,  à  ctkuse  de  nN4«  etuas  gouv^ 
neurs  et  aux  raie  pour  leur  servir  de  témoignage  aussi 

bien  qu'aux  nations  \  Mnis  toi  qui  §â  roi^  et  u'as  jm» 
peur  qu'on  te  saisisse»  tu  crains  la  iréyolte  4u  peupla» 

et  ne  confesses  pas  publiquement  le  Créateur  1  Laisse 
là  cette  ioUe  erreur,  et  que  tu  préleud^  qpoire  daqf 
ton  eoBur,  ose  le  déclarer,  au  roiUeu  du  peuple.  Un 

saint  apôtre  dit  :  //  faut  croire  de  cœur  pour  être  justifié^ 

M  œnfesser  S4  fat  par  sh  paroles  peur  être  âawçé  K 
Le  Pro|dii(e  dit  aussi  :  Je  publierai  vos  louanges ,  5«tV 
gneur:  dans  une  grande  assemblée',  je  vous  louerai  au 
milieu  d'un  peuple  três-nomirewo  ^  i^t  aussi  ;  Jf^ 
eharUerai  H  je  ferai  retentir  vos  louanges  sur  les  tti^lm- 
«isnls  ^  Tu  crains  le  [)euple^  ô  roi  ;  ignores-tu  dQnc 
que  c'est  à  lui  de  suivre  ta  foi  i  plui6t  qu'à  toî  de 
favoriser  sa  faiblesse?  car  tu  es  le  chef  du  peuple, 
et  le  peuple  n'est  pas  tgu  di^U  Si  tu  vas  4  1^  gUi^r«, 

i  Évang.  selon  saiot  Mathieu,  chap.  z,  v.  32,  33. 

i  Jhid.,  V.  17,  18. 

»  ÈpUre  de  saint  Paul  aux  Konmins,  chap.  x,  v,  10, 
*  Psaxmê  TKXtr,  v.  18. 
s  Pumm9 1.TI,  T.  7. 


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lOd  SAINT  AVITUS. 

tu  es  à  la  tête  d6s  guerriers,  et  ils  te  suivent  où 
tu  les  mènes.  H  vaut  mieux  que ,  marchant  à  ta 
suite ^  ils  connaissent  la  vérité,  que  si^  après  ta 
mort^  ils  demeuraient  dans  Terreur,  car  on  ne  se  joue 
pas  de  IHeu  et  il  n'aime  pas  celui  qui,  pour  un 
royaume  terrestre ,  refuse  de  le  confesser  dans  ce 
monde*  »  Bien  que  confondu  par*  ce  raisonnement , 
Gondebaud  persista  jusqu'à  la  tin  de  «a  vie  dans  ses 
erreurs  insensées,  et  ne  voulut  jamais  confesser  publi* 
quement  l'égalité  de  la  Trinité.  Le  bienheureux  Ayitus 
était  alors  un  homme  de  grande  éloquence  :  aussi 
Gonstantinople  ayant  vu  naître  les  hérésies  d'Ëutychès 
et  de  SabeUius  qui  niaient  l'un  et  Fautre  la  divinité  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  il  écrivit,  à  la  demande 
du  roi  Gondebaud,  contre  ces  coupables  erreui^.  11 
reste  encore  de  lui  des  lettres  admirables,  qui  édifient 
à  présent  rÉ^4ise  de  Dieu,  comme  autrefois  elles  con- 
fondirent l'hérésie.  11  a  composé  un  livre  d'homélies 
sur  Torigine  du  monde,  six  livres  arrangés  en  yérs  sur 
divers  autres  sujets,  et  neuf  livres  de  lettres  qui  con- 
tiennent celles  dont  nqus  venons  de  parler.  Il  rapporte, 
dans  une  homélie  sur  les  Rogations,  que  ces  mêmes  Ro- 
gations que  nous  célébrons  avant  le  triomphe  de  TAscen- 
sion  du  Seigneur  furent  instituées  par  Uamertus , 
évêque  de  Vienne,  dans  le  temps  même  de  son  épiseo- 
pat,  à  roccasion  d'un  grand  nombre  de  prodiges  qui 
épouYantaient  cette  ville.  Il  y  avait  de  fréquents  trem- 
blements de  terre^  et  des  bêtes  fauves,  telles  que  les 

t  Saitot  Paul  aux  Cralates,  chap.  vi,  v.  7« 


SAINT  AVITUS.  109 

tetts  ei  les  loups,  franchissant  les  portes^  erraient 
sans  mtinte  par  la  ville.  Il  y  ayait  un  an  que  du» 

raient  ces  prodiges^  quand  rapproche  de  la  fête  de  * 

• 

Pâques  fit  espérer  au  peuple  fidèle  que  «la  iniséri* 
corde  de  Dieu  mettrait^  pour  le  jour  de  cette  grande 
solennité,  un  terme  à  leur  épouTante.  Mais  la  veille 
'  même  de  cette  glorieuse  nuit^  pendant  qu'où  célébrait 
les  cérémonies  de  la  messe,  tout  à  coup  le  palais  royal, 
'  situé  dans  la  ville,  fut  embrasé  par  le  feu  du  ciel.  Tous 
furent  saisis  de  terreur  et  abandonnèrent  l'église,  crai- 
gnant que  cet  incendie  ne  consumât  toute  la  ville,  et 
que  la  terre  ébranlée  ne  s'entrouvrît.  Le  saint  évèque, 
prosterné  devant  Fautel,  supplia  avec  des  larmes  et  des 
gémissements  la  miséricorde  de  Dieu.  Que  dirai-je?  la 
prière  de  Tillustre  pontife  pénétra  Jusqu'au  fond  des 
deux,  et  le  torrent  de  ses  larmes  éteignit  Tincendie  du 
palais.  Pendant  que  ces  choses  se  passaient,  le  jour  de 
rAscéhsion  du  Seigneur  approchant,  comme  nous  l'a- 
vons dit,  il  prescrivit  un  Jeûne  aux  peuples,  régla  la 
forme  des  prières,  des  repas  et  le  mode  joyeux  des  Ro- 
gations. Tous  les  sujets  d'épouvante  s'étant  alors  dissi- 
pés, la  nouvelle  de  cet  événement  se  répandit  dans  les 
diverses  provinces,  et  porla  tous  les  évêques  à  imiter  ce 
qu'avait  inspiré  à  Mamertus  sa  foi  profonde.  On  célèbre 
encore  aujourd'hui,  au  nom  de  Jésus-Christ,  ces  céré- 
monies dans  toutes  les  églises,  avec  componction  de 
cœur  et  contrition  d'esprit. 

XXXV. — Alaric,  roi  des  Goths,  voyant  les  conquêtes 
continuelles  que  faisait  Clovis,  lui  envoya  des  messagers 

I.  7 


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119  QUINTIËK,  évÊQUE  DE  ltfi01)£2. 

pour  lui  dire  ;  a  Simon  frère  y  cQnsei)t;rj'ai<]essein  que 
nous  ayons  une  entrevue  sous  les  auspices  de  Dieu.  » 
^  Clovis  y  consentant  alla  vers  lui.  S'étant  joints  dans 
line  iie  de  la  Loire,  située  auprès  du  bourg  d'Amboise, 
spr  le  territoire  de  la  ciié  de  Toiprs^  ils  coqversèrent| 
mangèrent  et  burent  ensemble  :  et  après  3'être  promis 
^Qiilic  ils  se  retirèrent  en  paix.  ^ 

,  XXXVL— 'Un  grand  nombre  des  habitants  des  Gaules 
désiraient  alors  ardemment  avoir  les  Francs  pour 

<  ^.^^|res•  Aussi  arriva-i-rit  que  QMintien«  ^vê(]ue  de 
^odez,  haï  pour  ce  sujet,  fut  chassé  de  la  ville;  On  lui 
disait  :  «  C'est  parce  que  ton  désir  est  que  la  domination 
«  ^  l^rf^çs  s'ét^qde  $ur  payi|.  »  Pje\i  de  jours  après, 
pne  querelle  s'étant  é^yée  entre  lui  et  les  citoyens,  les 
Çpths^  qui  habitaient  cette  ville,  ressentirent  de  violents 
fO^|p(^S>  c§r  c^  citoyens  f eprochaient  à  Q\iinUen  àfi 
vouloir  les  soumettre  aui  Francs  ;  ils  se  concertèrent  et 
résolurent  dç  le  tuer.  L'honmie  de  Dieu,  averti,  se  leva 
peA^t  la  nuit  avec  ses  plus  fidèles  serviteurs^  et^  sor- 
tant de  la  ville  de  Rodez,  il  se  retira  à  Clermont,  où  Fé- 
véque  saint  £uplirasius,  qui  avait  succédé  à  Apruncule 
^  l^ijiop>  le  reçut  avec  bonté.  Cet  évêque  lui  ayant  fait , 
Ipanésent  do  maisons,  de  champs,  de  vignes,  le  garda 
Ijyec  lui,  disant  i  «  te  revenu  de  cette  église  est  assez 
çonsidérablti  pour  nous  entretenir  tous  deux;  que  la 
çhariié  recommandée  par  le  saint  apôtre  subsiste 
entre  les  pontifes  de  Dieu.  »  L'évcque  de  Lyon  lui  flt 
aussi  présent  de  quelques  propriétés  de  son  église,  si- 
tuccsdans  TAuvcrgnc.  Ce  qui  concerne  saint  Quintiea 


GUESBE  ENTRE  CLOVIS  EX  AtARIC.  )}| 

et  les  luaux  ^uli  spuÇfrit ,  aussi  bien  que  les  ci^oscs  que 
Dieu  daigo^  accon^i^r  {ifur  ses  ^lahiSj  ae  (rouye  racoqf^ 
4ans  le  livre  de  aa  vie. 

XXX  Y  U*  r-  Or  le  roi  Clovis  dit  à  ses  soldats  :  a 
avec  peine  que  je  vois  ces  Ariens  possé4er  une  parlifi 
des  Gaules.  MarchcMWiivecFaide  de-Dieu,  et  ,  api  es  les 
avoir  vaincus,  soumettons  le  pays  à  notre  doiuina- 
tioii.  »  de  discoiirs  fut  agr^^^le  à  toqa  les  guerriers, 
et  Tannée  se  mit  en  marche,  se  dirigeant  vers  Poitiers, 
où  se  trouvait  alors  Alaric.  Comino  un^  part|f(  dej^ 
.  troupes  (raTersait  \d  territoire  de  Tours,  Çlovîs  défen- 
dit par  respect  pour  saint  Martin  cjne  [)orsonne  prît 
autre  ç^ip^e  dans  tout  ce  pays  q^e  ^esiier^g^s.  Un  ^* 
dat,  ayant  trQ^vé  du  tovfi  appartenant  h  un  pauvre 
homme,  dit  :  «  Le  roi  ne  nous  a-t-il  pas  recommandé 
de  prendre  çeijOeçt^ent  ^(e  Vb^rbe?  £b  iiven  l  ceci  est  de 
rherbe.  qe  sera  trftnisgresser  ses  ordres  que  de  la 
prendre.  »  Et  il  Qt  violence  aq  pauvre  popr  luiepl^yer 

faK  Vpi^  %  )a  CQi^naissance  du  roi  qui,  frappant  le 

soldat  de  son  épée,  le.  tua  et  dit  :  «  Où  donc  sera  Tes- 
poi;*  1^  victoire,  nous  offensons  sainte  Martin  ?  p 
Ce  fui  assiez  p^ur  empêc^ier  <i|é8orniais  Tj^rmée  de  rien 
prendre  dans  ce  pays.  Puis  le  roi  envoya  des  députés  àla 
bs($itique  d^  bienlle^râ^x,  le^ir  disant  :  f  Allez,  et  vqus 
tfQUverez  peut-^tre  dans  le  saint  temple  quelcjue  pré- 
^ge  de  victoire.  »  Il  leur  remit  des  présents  pour 
oraer  )e  lieq  sainte  et  ajouta  :  «  Seigneur^si  tu  me  viens 
en  aide,  et  si  tu  as  résolu  de  livrer  en  mes  mains  cette 


m  I»ASSA6£  DE  LA  VIENNE. 

Dation  incrédule  et  toujours  ennemie  de  ton  nom^ 
daigne  me  (aire  la  grâce  de  me  révéler,  à  rentrée  de 
la  sainte  basOfque  de  saint  Martin^  si  tu  daigneras  fa- 
voriser ion  serviteur.  »  Les  envoyés  s'empressèrent 
donc  d'aller  vers  la  sainte  basilique,  suivant  Tordre 
qu'ils  avaient  reçu,  et  au  moment  où  ils  y  entraient, 
le  premier  chantre  entonna  cette  antienne  :  Seigneur, 
vous  m'avez  revêtu  de  farce  pour  la  guerre,  et  voue 
éve»  aèaUu  $ous  moi  ceux  qui  ^élevaient  contre  moi, 
et  vous  avez  fait  tourner  le  dos  à  mes  ennemis  devant 
moi,  et  vous  amx  exterminé  ceux  qui  me  haksaient  K 
En  entendant  ces  paroles  ils  rendirent  grâces^  et  après 
avoir  offert  leurs  présents  au  saintconfesseur,  ilsallèrent 
pleins  de  joie  annoncer  au  roi  ce  présage. 

Lorsque  Glovis  fut  arrivé  avec  son  armée  sur  les  bords 
de  la  Vienne,  il  ne  sut  en  quel  endroit  franchir  le  fleuve 
que  l'abondance  des  pluies  avait  enflé.  Mais  voilà  que, 
comme  il  avait  prié  pendant  la  nuit  le  Seigneur  de 
vouloir  bien  lui  faire  connaître  un  passage,  le  lende* 
main  matin,  par  l'ordre  de  Dieu,  une  biche  d'une  gran- 
deur extraordinaire  entra  dans  le  fleuve  aux  yeux  de 
l'armée  et  le  traversa  à  gué,  montrant  ainsi  par  où  Ton 
devait  passer.  Quand  on  fut  dans  le  voisinage  de  Poi« 
tiers,  le  roi  vit  de  ses  tentes,  à  quelque  distance,  un  globe 
de  feu  qui»  sorti  delà  basiliquede  SaintrHilaire,  lui  sem- 
bla se  diriger  au-dessus  de  lui,  'comme  pour  indiquer 
qu'aidé  de  la  ^lumière  du  saint  confesseur  Hilaire,  il 
triompherait  plus  facilement  de  ces  bandes  hérétiques, 

i  Psaume  xrtt,     89»  40. 


L'ABBÉ  SAINT  MAXBNCE.  113 

contre  lesqneOesle  saint  piètre  a^ait  wm^ent  Ininnènie 

combattu  pour  la  foi.  Clovis  interdit  donc  à  toute  l'ar- 
mée de  dépouiller  personne  ou  de  piller  leliien  dequi 
que  ce  fût  dans  e^  endroit  et  dans  la  route. 

Or  il  y  a^ait  en  ce  temps  un  abbé  d'une  admirable 
faînteté,  appelé  Maxence^  qui  s^élait  renfermé  par  la 
crainte  de  Dieu  dans  un  monastère  situé  sur  le  terri- 
toire de  Poitiers.  Nous  ne  donnons  pas  l'ancien  nom  de 
ce  monastère,  parce  qu'il  s'appelle  aujourd'hui  chapelle 
de  Saint-Maxence  *  ;  les  moines,  voyant  un  corps  de 
troupes  s'avancer  vers  le  monastère,  prièrent  leur  abbé 
de  sortir  de  sa  ceUule  pour  aller  à  leur  secours.  Eflnrayés 
de  ce  qu'il  tardait,  ilsouvrirent  la  porte  elle  firent  sorlir 
de  sa  cellule.  Maxence  marcha  courageusement  au- 
devant  de  la  troupe,  comme  pour  demander  la  paix, 
alors  un  soldat  tira  son  épée  pour  lui  trancher  la  tête, 
mais  la  main  qu'il  avait  levée  jusques  auprès  de  son 
oreille,  se  roidit  tout  à  coup  et  Tépée  tomba  en  arrière. 
Le  soldat,  se  prosternant  aux  pieds  du  saint  homme,  lui 
demanda  pardon.  A  celte  vue,  les  autres,  saisis  de  ter- 
reur, retoumèrentàTarmée  craignant  de  subir  le  même 
sort.  Le  saint  confesseur  ayant  touché  le  bras  du  soldat 
avec  de  Thuile  bénite,  et  fàit  le  signe  de  la  croix,  lut 
rendit  la  santé.  C'est  ainsi  que  sa  protection  préserva  le 

1  C'est  ainsi  qu'un  nombre  considérable  de  localités  ont 
échanfî:*^  leur  ancien  nom  contre  celui  de  quelque  abbé  ou  de 
quelque  pieux  cénobite.  l,cs  localités  portant  un  nom  de  saint, 
dont  la  carte  de  France  est  couverte,  remontent  pour  la  plu- 
part à  des  époques  anté-mérovingiennes,  et  le  changement  ra> 
dical  qui  s'est  opéré  tout  d'un  coup  dons  leur  dédomioalioii 
Mi  souvent  un  des  grands  embarrss  de  U  géographie. 


ni  BA.TAILLE  bfi  VOULON. 

faloiià8t6lr8  ae  tbbtè  ^olencë.  Il  ûi  éàtOTÀ  im  %tdài 

nombre  d'autres  miracles.  Si  quel(iu'un  est  curieux  de 
s'en  itastruire^  il  les  trouvera  ien  lisant  le  livre  de  sa  vie. 

Cependant  Clovis  en  Vtttt  aùk  niàiiis  aVèc  lëroidek 
Goths  Àlaric,  daus  laplaiiu;  de  Voulon  \  au  dixième  mil- 
liaite  depùis  Poitielrs.  CôUx-ci  à)inbàttii*ent  avéc  le  ja- 
Tèlot,  mais  lës  Fradcs  sè  Jètèrént  suV*  leiix  ia  fônce  à  là 
main.  Alors  les  Goths  prirent  la  fuite  suivant  leur  cou- 
tumé^'et  là  vicioilné^  avec  Taide  duSeigbeur,  demeura  à 
GloVis.  Il  a^aii  kVéc  lui  côhiihe  énxîlîairé  lë  fils  de  &ighé- 
bert  le  Boiteux  S  nommé  Chlodéric.  CeSigliebert  boitait 
d'un  coup  quMl  avait  reçu  àu  genou  à  la  bataille  de  Tol- 
biac contre  les  Alamatîfe.  Clovîs  avait  mis  les  Goths  en 
fuite  et  tué  leur  roi  Âiaric^  quand  tout  à  coup  deux  sol« 
dats  s'élancèrent  sur  lui  et  lui  portèrent  des  îcoups  dé 
lance  sur  les  deux  côtés.  Mais  il  échappa  à  la  mort 
grâcé  à  ^excellence  de  sa  cuirasse  et  à  la  légèreté  de  son 
dievai.  lïombre  d'Ârverties,  qui  élaiérit  venus  avec  Apol- 
linaire', ainsi  que  les  premiers  des  sénateurs»  périrent 
dabs  cette  bataille.  Après  la  défaite,  Amalaric,  ûls  d'A- 
iaric,  s^eiituit  eh  Espagne  et  {çoûverna  avec  sagesse  ié 
royaume  de  son  père.  Clovis  envoya  son  fils  Thierry 
en  Auvergne  par  Aibi  et  Rodez;  celui-ci  soumit  à  son 
père  toutes  les  villes  depuis  la  frontière  des^Gdths  jus- 
qu'à celle  des  Burgondes.  Aiaric  avait  régné  vingt- 
deux  ans.  Clovis  après  avoir  passé  Thiver  dansla  ville 

i  Vogladenrif  Camptu,  (V.  Ùéo^aphie») 

*  Roi  des  Francs  Uipuaires,  résidant  à  Colojpie. 

•  FiU  de  révéque  Sidoine  Apolhnaire. 


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PATRICIAI  DE  CLOYIS.  115 

de  bordeaux  et  emporté  de  Toulouse  tons  les  trésors  de 

ce  roi,  marcha  sur  Angoulôme.  Le  Seigneur  lui  accorda 
une  telle  faTeur  qu'à  sa  vue  les  murs  s'éqroulèrent 
d*eux-inémes.  Àprèsèn  avoir  chrâé  lés  Golks^  il  sou* 
mil  la  ville  à  son  pouvoir;  ainsi  victorieux,  il  rentra 
daus  Toùrs  et  offrit  un  grànd  nombre  de  présents  à  la 
sainte  imsilique  du  bieniieùreux  kartîn. 

XXXV ill. — Clovis  ayant  reçu  deTempereur  Anastase 
les  iettres  du  consulat  ^,  fut  revêtu,  dans  la  basilique  de 
Saint-MartiD,  de  la  tunique  de  pourpre ,  de  la  chtar 
myde,  et  ceignit  le  diadème.  Ensuite,  montant  à  che- 
val, il  jeta  de  sa  propre  main,  ayèc  une  extrême  bonté, 
'de  Tor  et  de  l'argent  au  peuple  assemblé  sur  le  cnebin 
qui  est  entre  la  porte  du  vestibule  de  la  basilique  de 
Saini>Abirtin  et  l'église  de  la  ville,  et,  depuis  ce  jour,  il 
fut  appelé  consul  ou  Auguste.  Il  quitta  Tours  pour  Paris 
où  il  lixale  siège  de  son  royaume  ;  c'est  là  que  Tbierry 
irfait  le  trouver. 

XXXIX.— Eustoche,  évêque  de  Tours,  eut  pour  suc- 
cesseur, à  sa  mort,Licinius,  buitième  évêque  de  cette 
ville  depuis  saint  Martin.  C'est  de  son  temps  qu'eut  lieu 
la  guerre  dont  nous  venons  de  parler,  et  que  le  roi  Clo- 
vis vint  à  Tours.  On  rapporte  que  cet  évêque  voyagea 
dans  rOrient,  visita  les  lieux  saints,  alla  même  à  Jéru- 

1  clovis  ne  fut  point  nomm»'-  consul;  il  fut  seulement  revêtu 
des  honneurs  consulaires,  honneurs  Iréquemnicnt  accordés  par 
la  cour  Je  Byzance.  Le  vrai  consulat  était  toujours  écrit  dans 
lei  ^Aites ,  et  seWail  à  désigner  Tannée.  Le  nom  du  roi  de« 
Ftimei  ne  s'jr^trottvê  nnUe  part.  (Hiilotr^  du  Frûiniçùii,  par  U.  de 
Sitmondi»  t.  V,  p.  838.) 


116  MEURXRE  DE  SIGHEBERT. 

salem,  et  qu'il  contempla  souvent  le  théâtre  de  la  Pas- 
sion et  de  la  résurrection,  que  nous  lisons  dans  rÊvan- 

XL. — Le  roi  Clovis^  pendantsonséjour  à  Paris,  envoya  . 
en  secret  au  ûls  de  Sighebert>  lui  faisant  dire  ;  a  Voila 
que  ton  père  est  -vieux  et  qu'il  boite  de  son  pied  ma- 
lade ;  s'il  venait  à  mourir,  son  royaume  t'appartien- 
drait de  droit  ainsi  que  notre  amitié.  »  Entraîné  par 
Tambition/le  fils  forma  le  projet  de  tuer  son  père. 
Sighebert  étant  sorti  de  Cologne,  et  ayant  passé  le  Rhin 
pour  se  promener  dans  la  forêt  de  Buchaw,  s'endormit 
à  midi  dans  sa  tente^  et  son  fils  le  fit  égorger,  dans 
l'espoir  de  s'emparer  du  royaume.  Mais,  par  le  jugement 
de  Dieu>  il  tomba  dans  la  fosse  qu'il  avait  méchamment 
creusée.  Il  envoya  au  roi  devis  des  messagers  pour  lui 
annoncer  la  mort  de  son  père  et  lui  dire  :  «  Mon  père 
.  est  mort ,  et  j'ai  en  mon  pouvoir  ses  trésors  et  sçn 
royaume.  Envoie-moi  quelques-uns  des  tiens  y  et  Je 
leur  remettrai  volontiers  ce  qui  pourra  te  convenir.  » 
Clovis  lui  répondit  :  c  Je  rends  grâces  à  ta  bonne  vo- 
lonté ,  montre  seulement  tes  trésors  à  mes  envoyés, 
après  quoi  tu  en  conserveras  l'entière  possession.  » 
Glodéric  montra  donc  aux  envoyés  les  trésors  de  son 
père.  Pendant  qu'ils  les  examinaient,  le  prince  dit  : 
«  C'est  dans  ce  petit  coffre  que  mon  père  avait  cou- 
tume d'entasser  ses  pièces  d'or.  »  Ils  lui  répondirent  : 
«  Plonge  ta  main  jusqu'au  fond  pour  tout  sentir.  »  Et 
comme  à  ces  mots  il  s^était  baissé,  un  des  envoyés^ 
levant  sa  francisque,  lui  brisa  le  crftne.  Ainsi  ce  fils 


■ 


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MJËURÏIUS  DE  CHLODÉRIC.  117 

indigne  fat  frappé  4X»nme  il  avait  frappé  son  père. 

GIoTis,  apprenant  que  Sigheberl  et  son  ûls  étaient 
inorts»  vint  dans  la  ville  de  Cologne  et  dit  au  peuple 
/  réuni;  a  Écoutez  ce  qui  est  arrivé.  Pendant  que  je  . 
naviguais  sur  1^  fleuve  de  TËscaut^  Uodéric»  ûls.de 
mon  parent ,  tourmentait  son  père  ea  lui  disant  que 
je  voulais  le  tuer.  Coiiiine  Sighebert  fuyait  à  travers  . 
la  forêt  de  Buchaw ,  Clodéric  a  envoyé  contre  lui  des 
meurtriers  qui  l'ont  tué;  lui-même  a  été  assassiné, 
je  ne  sais  par*  qui,  au  moment  où  il  ouvrait  les  trésors 
de  son  père.  Je  suis  étranger  à  tout  cela  ;  car  je  ne  puis 
répandre  le  sang  de  mes  parent^  y  ce  qi|i  serait  un 
crime;  mais  puisque  de  tels  événements  sont  arrivés, 
je  vous  donne  un  conseil;  s'il  vous  est.  agréable»  ac- 
ceptest-le.  Ayez  recours  à  moi»  et  mettez*vous  sous  ma 
protection.  »  Les  guerriers  répondirent  à  ces  paroles 
par  des  applaudissements»  et  Télevant  sur  un  large  pa- 
vois» ils  le  reconnurent  pour  leur  roi.  devis  reçut  donc 
le  royaume  etles  trésors  de  Sigbebert  et  les  ajouta  à  sa 
domination.  Chaque  jour  Dieu  faisait  tomber  ses  enne-  é 
mis  sons  sa  main»  et  augmentait  son  royaume»  parce 
qu'il  marchait  le  cœur  droit  devant  le  Seigneur»  et  fai- 
sait les  choses  qui  sont  agréables  à  ses  yeux. 

XL!.— devis  attaqua  ensuite  le  roi  Cba|raric*.Gelui-d 
dans  la  guerre  contre  Syagrius»  appelé  par  les  Francs 
à  leur  aide»  s'était  tenu  à  l'écart»  sans  secourir  aucun 
parti»  attendant  l'issue  du  combat  pour  faire  alliance 
avec  celui  qui  remporterait  la  victoire.  Clovis»  indigné  , 

i  Chef  frano  établi  à  Ihérouanne. 

7. 


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lié  M£  U  RTR£  DE  CHARÂRIC. 

dé  ëëtte  mm,  jôiaitha  contré  lui,  Fentottta  dë  plégè% 
le  fit  prisonnier  avec  son  fils,  et  les  fit  tondre  tous  deux, 
êdjoigiiÀnt  que  Cbararie  fût  ordonné  prêtre  et  8<mfils 
âiaél^e.  dolUme  thairàtlc  s'affligeait  de  son  abaissement 
et  pleurait,  on  rapporte  que  son  fils  lui  dit  :  a  Ces 
bituiélies  ont  été  coupées  d'un  arbre  vert  et  mant» 
il  île  86  isëébëra  point  et  en  produira  bientôt  de 
bOurelleâ.  Plaise  à  Dieu  que  celui  qui  les  a  abattues 
né  tàrde  p48  dévantage  à  bnôdrk  !  h  Ces  paroles  par- 
Viidf^lft  tttix  breillës  dëCteiris,  qui  crdt  qu'ils  lë  mena- 
çaient de  laisser  croître  leur  chevelure  et  de  le  tuer. 
Alo>s  il  Ôrdbnna  qn'oh  lëttr  trancbàt  la  téte  à  ions  deuzi 
éï  àpHis  tetir  ihfôH'y  il  te  tendit  maître  de  leur  royaume, 
de  leurs  trésors  et  de  leurs  sujets. 

XLII.  —  U  y  avilit  alors  à  GambJrdi  tiii  roi  nommé 
îlagnâchàire,  si  effréné  dans  Ses  débaiicbes  qu'a  peine 
épargnait-il  ses  proches  mêmes.  Il  avait  un  conseiller 
nommé  f  ar^ôii,  qui  së  isoiiillait  dé8  tnômeë  'crimes.  On 
raconte  que  lorsqu'on  apportait  au  roi  quelque  mets, 
quelque  don,  oU  quelque  autre  objet  que  ce  fût,  il  avait 
icotitunié  de  dii*ë  €|tie  c'étdt  pôtur  lui  et  son  Farron,  ce 
qui  excitait  chez  les  Francs  une  indignation  extrême. 
11  arriva  que  Clovis  ayant  fait  faire  des  bracelets  et  des 
baiidiiérs  de  faux  or  (car  eè  n'était  qob  dn  cuivre  dôf é), 
les  doiuià  aux  ieudes  *  de  Ragnachaire  pour  les  exciter 

t  Les  leudes  ou  fidèles  étaient  les  compagnons  des  chefs 
barbares»  les  bommes  qui  s'attachaient  à  leur  personne,  for- 
maient leur  bande,  les  suivaient  à  la  guerre ,  leur  promettaient 
fidélité,  et  en  recevaient  en  échange  des  présents  qui  furent 
d'abord,  comm^le  dit  Tacite,  (lès  cbevaus,  des  armei^,  et  plus 


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HEURTES  DE  RAGNACHAIRE.  129 

contre  lui.  Il  marcha  ensuite  avec  son  armée.  Ragna- 
chaire  envoya  pour  reconnaître  ce  qui  se  passait.  .11 
demanda  à  ses  éciaireurs  quand  ils  fureiit  de  retour, 
quelle  pouvait  être  la  force  de  cette  armée.  Ils  lui  ré- 
pondirent :  «  C'est  encore  une  bonne  fortune  pour  toi 
et  ion  Jarron.  »  Mais  Clovis  étant  arriYé  lui  lit  la 
guerre.  Ragnachaire,  voyant  son  armée  défaite^  se  pré- 
parait à  prendre  la  fuite  lorsqu'il  fut  arrêté  parles  soi- 
dats,  et  amené,  ayec  son  fràre  Richaire,  les  mains 
liées  derrière  le  dos,  en  présence  de  Clovis.  Celui-ci  lui 
dit:  »  Pourquoi  as-iu  fait  honte  à  notre  famille  en  te 
laissant  enchaîner?  il  te  Talaît  mieux  mpurir  ;  i>  et 
avant  levé  sa  hache,  il  la  lui  abattit  sur  la  tête.  S'é- 
tant  ensuite  tourné  Ters  Richaire»  il  lui.  dit  :  «  Si  tu 
avais  porté  du  secours  à  ton  frère^  il  n'aurait  pas  été 
enchaîné  ;  d  et  il  le  frappa  de  même.  Après  leur  morl» 
ceux  qui  les  avaient  trahis  reconnurent  que  Tor  qu'ils 
avaient  reçu  était  faux.  Ils  s'en  plaignirent  au  roi  qui, 
dit-on,  leur  répondit  :  a  Celui  qui^i  de  sa  [)ropre  vo- 
lonté ,  traîne  son  maître  à  la  mort  %  mérite  de  re- 
cevoir de  l'or  semblable;  »  ajoutant  qu'ils  devaient 
se  contenter  de  ce  qu'on  leur  laissait  la  vici  s'ils  ne 
voulaient  pas  expier  leurtrahison  dans  les  tourments.' 
A  ces  paroles^  pour  obtenir  leur  grâce,  ils  lui  assurèrent 
qu'ils  ne  demandaient  que  la  vie.  JLes  rois  dont  nous 
venons  de  parler  étalent  parents  de  Clovis.  Leur  frère, 

iard  des  terres  ;  les  levdes  devinrent  alors  des  Tassauz.  (Voir 
à  ce  sujet  les  Sssait  sur  l'hiitofre  de  l?faneê,  par  M.*Guizoft, 
4*  Essai,  chap.  i,  au  g  de«  Bénéfices,  chap.  xi,  au  $  det  Lcudu,) 


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m  -SfORT  DB  CLOVIS. 

Rignomer  fut  tué  par  son  ordre  dans  la  ville  du  Mans. 
Après  leur  mort^  Govis  recueillit  leurs  royaumes  et 
tons  leurs  trésors.  Ayant  tué  de  même  beaucoup 
d'autres  rois  et  ses  plus  proches  parents,  dans  la  crainte 
qu'ils  ne  lui  enleTassent  l'empire^  il  étendit  son  pou- 
▼oir  sur  toute  la  Gaule.  On  rapporte  cependant  qu'ayant 
un  jour  assemblé  ses  sujets,  il  parla  ainsi  de  ses  parents 
qu'il  avait  lui-même  fait  périr  :  «  Malheur  à  moi  qui 
suis  resté  comme  un  Toyageur  parmi  des  étrangers, 
n'ayant  pas  de  parents  qui  puissent  me  secourir  si 
l'adversité  venait!  »  Mais  ce  n'était  pas  qu'il  s'affligeât 
de  leur  mort;  il  parlait  ainsi  seulement  parruse/et 
pour  découvrir  s'il  avait  encore  quelque  parent  aûnde 
le  faire  tuer. 

XLIII.  —  A  la  suite  de  tous  ces  événements,  Clovis 
mourut  à  Paris  où  il  fut  enterré  dans  la  basilique  des 
Saints-Apôtres,  que  lui-même,  avec  la  reine  Glotilde, 
avait  fait  construire.  Cinq  ans  s'étaient  écoulés  depuis 
la  bataille  de  Voulon.  Son  règne  avait  duré  trente  ans, 
el  sa  vie  quarante-cinq.  On  compte  cent  douze  années 
depuis  la  mort  de  saint  Martin  jusqu'à  celle  du  roi  Clo- 
vis,  arrivée  la  onzième  année  du  pontificat  de  Licinius, 
évêquenle  Tours.  La  reine  Giotilde,  après  la  mort  de 
son  mari>  vint  à  Tours.  Elle  s'y  consacra  au  service  de 
saint  Martin  dans  sa  basilique^  vivant  dans  une  entière 
cbastetéy  pleine  de  bonté  et  visitant  rarement  Paris. 

<  Le  27  novembre  511. 


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LIVRE  III 


* 


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SOMIIAIRE  DU  LITRE  Ht 


I.  Les  fils  de  Giovis.— ii.  Épiscopat  de  Diniflua,  d'Apollinaire  et  de  Quin- 
Men.— ih.  InoonionsdeiDaaeli  eo  0«ile.»T?.  Les  roisdeThoringe.— 

T.  Sigisuond  tue  son  fils.— 'A.  Uort  de  Clodomir.— vu.  Guerre  contre  les 
Thuringiens  et  leur  défaite. — viii.  Mort  d'Hermjuifried.— IX.  Expédition 
de  Childebert  en  Auvergne.  —  x.  Mort  d'Amalaric.  — xi.  Childebert  et 
Qolaire  en  Qoorgogne,  Thierry  en  Auvergne.— xn.  Dévastation  del'Au* 
Tergn«.  —  mi.  Les  châteaux  de  Volorre  et  de  MeHiae.  — xir.  Hevt  de 
Munderic. —  xv.  Captivité  d'Attalo.  — xvi.  Sigivald. — xni.  Les  évêques 
de  Tours.  —  xviii.  Meurtre  des  fils  de  Clodomir. —  xii.  Saint  Grégoire  de 
Langrei  et  situation  du  château  de  Dijon.  —  xx.  Théodebert  épouse 
Witigarde.  —  m.  Théodetrandeeeend  en  Profenee.— -nn.  Plue  tard  il 
époose  Deuiérie.  —  xxiii.  Mott  de  Sigivald  et  fuite  de  Givalde.  ^ 
XXIV.  Childebert  fait  un  présent  à  Théodebert.— xxv.  Bonté  de  Théodebert. 
—XXVI.  Meurtre  de  la  fille  de  Deutérie.  —  xxvii.  Théodebert  reprend 
Witi|;arde.  —  zxtui.  Cbilddbert  iHuit  à  ThéodclNiri  conlte  Qotttire.-^ 
^x.  Childebert  et  Clotaire  vont  en  Espagne.T^xxx^  RoU  d'Espagne!^'^ 
iiii.  La  fille  de  Théodoric,  roi  d'Italie.  —  xixit.  Comment  Théodebert-/r  •  ^  , 
s'en  alla  en  Italie.  —  xixiii.  Astériolus  et  Sécundinus.  —  xxxiv.  Libé- 
ralité  de  Théodebert  en  faveur  dei  eîtoyens  de  Verdun.  —  xxxv.  Meurtre 
de  SigiTald.  —  xzxvi.  Mort  de  Tbéodebert  et  meurtre  de  Pd 
sxzvu.  Hiver  rigomeux. 


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0 


LIVRE  TROISIÈME 


PROLOGUE. 

Je  demanderai  la  permission  de  m'arrêter  quelquès 
moments  à  comparer  les  succès  des  Chrétiens  qm  con- 
fessaient la  bienlieureuse  Trinité,  avec  les  désastres 
des  hérétiques  qui  Tavaient  divisée.  Je  ne  rapporterai 
point  ici  cbminent  Abrahain  adore  là  Triiûtè  àii 
pied  du  chcue^  cominentJacob  la  proclame  dans  sa  bé- 
nédiction, coinment  Moïse  la  reconnaît  dans  le  buis- 
son ardent^  comihent  le  [yeuple  la  suit  dans  là  nuè  et 
la  redoute  sur  la  montagne^  comment  Aaron  la  porte 
en  son  ràtionais  ^  comméni  encore  David  Fan- 
nonce  dans  un  psaume^  lorsqu'il  prie  le  Seigneur  de  le 
renouveler  par  \'e&prit  droite  de  ne  pas  le  priver  de 

1  Le  mot  latin  est  logium,  quî  dans  Ducange,  d'après  saint 
Eucher,  est  synonyme  rationale.  C'était  une  petite  pièce  d'é- 
toffe de  diverses  couleurs,  ornée  d'or  et  de  pierreries,  et  que 
'  les  grands  prêtres  portaient  connue  insigne  snr  len^  poitHnë. 
U  parait  qae  la  forme  de  celai  d'Aaron  représentait  aut  yeox 
de  Grégoire  de  Tours  quelque  symbole  de  la  Trinité. 


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lu  prologue; 

Vesprit  saint,  et  de  l'affermir  par  ïeâprii  principal  *. 
Je  reconnais  en  ces  paroles  un  grand  mysière.  c'est 
qu'une  voix  prophétique  proclame  esprit  principal  celui 
que  les  hérétiques  prétendent  inférieur  aux  autres. 
Hais  ainsi  que  je  l'ai  dit^  je  laisserai  ces  doctrines  de 
côté  pour  revenir  à  notre  temps.  Arius,  impie  fonda- 
teur de  cette  secte  impie^  après  avoii"  rendu  ses  en- 
trailles avec  ses  excréments^  fut  envoyé  aux  flammes 
de  l'enfer:  mais  Ililaire,  bienheureux  défenseur  delà 
Trinité  indivisible^  et,  à  cause  de  cela,  condamné  àrexil, 
retrouva  sa  patrie  dans  le  paradis.  Le  roi  Glovis,  qui  Ta 
confessée,  et  qui  a,  par  son  secours,  accablé  les  héré- 
tiques, étendit  sa  domination  sur  toute  la  Gaule  ;  Alaric, 
qui  Fa  niée,  fut  privé  de  son  royaume,  desessujets,  et 
châtié,  ce  qui  est  bien  plus  encore,  dans  la  vie  éternelle. 
Ce  que  les  fidèles  perdent  par  les  embûches. de  leurs 
ennemis,  Dieu  le  leur  rend  au  centuple  ;  mais  les  héré- 
tiques  n'ont  rien  acquis,  et  ce  qu'ils  ont  paru  posséder  ' 
leur  a  été  enlevé,  comme  cela  est  démontré  par  la  mort 
de  Godégisèle,  de  Gondebaud,  de  Gondemar,  qui  per^ 
dirent  à  la  fois  leur  royaume  et  leiu'  âme.  Nous  confes- 
sons donc  un  seul  Dieu  invisible,  immense,  incompris 

t  Voici  les  versets  auxquels  Grégoire  de  Tours  fait  cette 
bizarre  application  : 

«  Créez  en  moi,  6  mon  Bien  I  un  cœur  pur,  et  rétablisses  de 
nouToan  un  esprit  droit  dans  le  fond  de  mes  entraiUes.  » 

«  Ne  me  rejetez  pas  de  devant  votre  face,  et  ne  retires  pas  ôm 
moi  votre  esprit  saint.  » 

*c  Rpndez-moi  la  joie  qui  naît  de  la  grâce  de  votre  salut,  et 
airermissez-inoi  en  me  donnant  un  esprit  de  force,  >  (Pfoums  A, 
▼.  10, 11  et  12.) 


LES  FILS  DE  CLOYIS. 


hensible,  glorieux^  toujours  le  rnême^  éternel;  un  dans 
sa  Trinité,  formée  des  trois  personnes,  dn  Père,  du  Fils 

et  du  Saint-Esprit;  triple  dans  son  unité  qui  résulte  de 
régalité  de  substance,  de  divinité^  de  toute-puissance  et 
de  perfection.  Dieu  unique,  suprême  et  toal-puisBant, 

qui  règne  sur  Téternité  des  siècles. 

L— Après  la  mort  de  Clovis,  ses  quatre  fils,  Thierry, 
Ciodomir,  Chiidebert  et  Glotaire,  prirent  possession 
de  son  royaume,  et  se  le  partagèrent  par  portions  égales- 
Thierry  avait,  déjà  un  fils  beau  et  vaillant,  nommé 
Tbéodebert.  Comme  les  ûls  de  Qotîs  étaient  braves  et 
entourés  d'une  puissante  armée,  Amalaric,  fils  d'Akric, 
roi  d'Espa^^ne,  rechercha  leur  sœur  eu  mariage.;  ils 
consentirent  à  cette  alliance,  et  la  lui  envoyèrent  dans 
le  pays  d'Espagne  ayec  une  grande  quantité  de  magni* 
fiques  ornements. 

IL— Licinius,  évêque  de  Tours,  étant  mort,  Dinifius 
ftat  élevé  au  siège  pontifical;  et  après  le  bienheureox 
Apruncule,  Clermont  eut  pour  douzième  évêque  saint 
Euphrasius,  qui  mourut  quatre  ansaprès  Clovis,  dans  la 
Tingt-cinquième  année  de  son  épiscopat.  Alors  le 
peuple  ayant  élu  saint  Quintien,  qui  avait  été  chassé  de 
Rodez,  Alcliime  et  Pladdine,  femme  et  sœur  d'Apol» 
linaire,  vinrent  le  trouver  et  lai  dirent  :  €  Saint  homme, 
qu'il  suffise  à  ta  vieillesse  d'avoir  été  désigné  pour 
évêque,  et  permets,  par  ta  bonté,  à  ton  serviteur 
Apollinaire  de  monter  à  ce  poste  d'honneur.  S'il  par- 
vient à  cette  élévation,  il  sera  soumis  à  ton  plaisir. 


iJiyiiizea  by  CjOOgle 


Prête  à  nos  humbles  propositions  une  oreille  bieii- 
iéùkaiè,  c^éél  toi  t^i  gôùtèMéhls  ;  il  àccohipiira  éîi 
toiit  tes  commandements.  »  A  quoi  il  répondit  :  «  Qile 
puis-je^  moi  <]Ui  ii'ai  personne  sous  ma  puissancô? 
toiit  oé  qué  je  àèïtàiixkàè,  c'ëét  de  Vaqueir  à  Voi^m, 
et  que  TÉglise  me  fournisse  ma  nourriture  quoti- 
dienne. »  Dès  que  les  deux  femmes  eurent  entendu 
m  tiàMëi»  ëliëft  (eiitb^èl^iil  Ât^ëmitâilb  vei^  le  roi. 
Il  lui  fil  beaucoup  de  présents,  et,  en  le  quittant,  obtiht 
répiscopat;  il  en  jouit  injustement  pendant  quatfre 
iilôiSi  piife  sDHit  dé  nl«mdé;  Lbréqde  Thierry  ap  • 
prit  ce  qui  s'était  passé,  il  ordonna  de  rétablir  saint 
Quintien>  et  de  iui  remettre  touà  léS  ponvoirs  de  TÉ- 
glise,  diisant  :  k  G'é&t  à  tàvue  dë  Ma  attachement  pour 
nous  '  qu'il  a  été  chasâé  de  sa  ville.  »  Ët  aussitôt  il 
énvtDya  des  itiessàgeir^  côtàTioquer  les  prêtres  ét  le  peuple 
qui  l'élevèrent  au  siège  de  TÉglise  d'ÂUTergne,  et  il  fht 
le  quatbriième  éVêqué  de  cette  Église.  Le  reste  des  choses 
^iii  Vé  ëâièerhiBdti  taht  èes  iiiil:Àdte  ctue  le  tfeihpè  de  éa 
ittHië  fllë  t&è  T^mèé^  m  étmgûé  ém  lè  liYté  qtt6  nous 
àTons  composé  sur  Sa  Vie. 

I  IL  ^  Sur  ceSëHtreMteSles  Danôis  tintent  pair  nier 
dans  les  Gauléii  éyëi  lélir  roi  Cblochilaïch.  Étant  des- 
cendus à  terres  ils  ràvagèrent  un  des  tërntoires 
du  h»}attâië  de  thierrti  rédaiisiiréht  teè  hàbitàilU  éh 

*  Oh  a  vu ,  dans  le  livre  précèdent,  que  Quintien  Avait  été 
chassé  de  Rodez  par  los  Goths  ariens,4  cause  de  sa  prédiiectioa 
pour  les  Francs  catholiques. 

t  En  510.  . 


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INCURSIONS        DAUDIS.-- Là  THORINOB.  ,  m^J 

capiifitéy  et  drargeant  sur  leurs  Taîsseauz  les  captifo  et 
tout  lenr  botîo,  ils  se  préiwai^  à  ft^en  retout'her  dans 

leur  patrie ,  avec  leur  roi  qui,  resté  le  dernier  sur  le 
mage,  alteodait  poQ!^  s'embarquer  que  ses  Taîteeàilx 
f 088^  prêts  à  prendre  la  haute  iiler.  Mafe  Thién^» 
averli  que  des  éiratigers  dévastaient  son  royaumej 
envoya  en  ee  lieu  son  fils  Théodebert,  avisé  une  nrmée 
puissante  et  uil  grand  appareil  de  guerre.  Le  rbi  des 
Danois  fui  tué,  et  Tliéodebert,  victorieux  dans  un  com- 
bat naval,  fit  remettre  à  terre  tout  le  butin. 

I  V;  ^  Cependant  trois  Crères>  Baderic»  HermanfHed^ 
etBerthaire,  régnaient  sur  la  Tiuiringe  Hermanfried 
ée  Jeta  sut  son  frère  Berthaire^  Taccabla  et  le  fit  périr. 
Celui-ci  laissait  oirpfaeline  une  fille  appelée  Rédegend^ 
il  laissa  aussi  des  lils  dont  nous  parlerons  dans  la  suite. 
Hermanfried  avait  une  femme  méchante  et  fxueUe, 
nomiTiée  Amalaberge,  qui  semait  la  guerre  civile  entrt 
lesIrèreSi  Un  jour  venant  prendre  sou  repas^  il  trouva 
séulément  la  moitié  de  la  table  couverte»  et  comme  il 
demandait  à  sa  femme  ce  que  cela  voulait  dire  :  «  H 
convient^  ditrelle,  que  celui  qui  se  contente  de  la  moi- 
tié d'un'  royaume  ait  la  mdtié  de  sa  table  vide,  i 
Anime  par  ces  paroles  et  par  d'autres  semblables,  Her- 
manfried s'éleva  contre  son  frère,  et  envoya  secrète- 
ment des  messagers  au  roi  Thierry^  pour  l'engaf^  à 
rattaquer,  disant  ;  a  Si  tu  le  mets  à  mqrt,  uousparlage- 

»  La  Thuringe  s'étendait  alors  do  l'Elbe  au  Neckcr,  si  l'on 
peut  assigner  quelques  limites  précises  à  un  royaume  dans 
l'état  de  fluctuation  où  étaient  alors  les  peuples  barbares. 


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Vm  SI&ISMOND  TUE  SON  FILS. 

rons  par  moitié  ce  pays.  j>  Celui-ci^  content  de  cette 
proposition,  marcha  yers  Hermanfried  ayec  son  armée  ; 
ils  se  réunirent  après  s'être  mutuellement  donné  leur 
fd^  et  se  mirent  en  campagne.  Dans  leur  combat  avec 
Baderic,  ils  écrasèrent  son  armée,  le  firent  tomber  sous 
le  glaive  ;  et,  après  la  victoire,  Thierry  retourna  dans 
ses  États.  Um,  au  mépris  de  sa  parole^  Hermanfried 
négligea  d'accomplir  ses  promesses,  de  sorte  qu'il  8*é- 
leTa  entre  lui  et  Thierry  une  grande  inimitié. 

y.  —  iiandebaiid  étant  mort,  son  fils  Sigismond  fut 
mis  en  possession  de  son  royaume  S  et  édifia  avec 
grand  soin  le  'monastère  de  Saint-Maurice  où  furent 
bâties  des  habitations  et  une  basilique.  Ce  roi,  TeuC  de 
sa  première  femme,  fille  du  roi  dltalle,  Théodoric, 
dont  il  avait  eu  un  (ils  nommé  Sigeric,  en  épousa  une 
autre  qui,  selon  rordinaire  des  bellesrmères,  commença 
à  prendre  ce  fils  en  haine,  et  à  susciter  des  querelles 
entre  son  père  et  lui.  11  arriva  qu'en  un  jour  de  féte  so- 
lennelle, le  jeune  homme,  reconnaissant  sur  elle  des 
vêtements  de  sa  mère,  lui  dit,  plein  décolère  :  «Tu  étais 
indigne  de  porter  sur  tes  épaules  ces  vêtements  que 
l'on  sait  avoir  appartenu  à  ma  mère,  ta  maîtresse.  » 
Alors,  transportée  de  fureur,  elle  excita  son  mari  par 
des  paroles  mensongères,  en  lui  disant  :  a  Ce  misérable 
aspire  à  posséder  ton  royaume,  et  il  se  propose  après 
favoir  tué  de  retendre  jusqu'à  ritalie,  afin  déposséder 
à  la  fois  le  royaume  de  son  aïeul  Théodoric  en  Italie 

i  En  r)l7. 

t  Moruuterium  Agaunmse,  (Voir  Géogr.) 


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BEMOKDS  DE  SI6ISM0ND.  1^ 

et  celui-ci.  Il  sait  bien  que,  tant  que  tu  vivras,  il  ne 
peut  accomplir  ce  dessein^  et  qu'il  ne  s'élèvera  que 
sur  ;  tes  ruines.  »  Animé  par  ce  discours^  par  d'autres  - 
du  môme  genre,  et  prenant  conseil  de  sa  cruelle  épouse, 
Sigismond  devint  un  cruel  parricide.  £n  effet,  un  jour 
après  midi,  voyant  son  fils  appesanti  par  le  vin,  il  Icd 
ordonna  d'aller  dormir;  et  pendant  son  sommeil,  on 
lui  passa  derrière  le  cou  un  mouchoir  noué  dessous  le 
mentcm,  qne  deux  domestiques  tirèrent  à  eux,  chacun 
de  sou  côté,  jusqu'à  ce  qu'il  fût  étranglé.  Mais  aussitôt 
que  le  meurtre  fut  consommé,  le  père,  déjà  touché  de 
repentir,  se  jeta  Sur  le  cadavre  inanimé  de  son  fils,  et 
commença  à  pleurer  amèrement.  Sur  quoi,  à  ce  qu'on 
arapporté,  un  vieillard  lui  dit  ;  «Pleure  désormais  sur 
loi  qui,  pardemédiants  conseils,  es  devenu  un  cruel 
parricide;  car  pour  celui-ei  que  tu  as  fait  périr  inno- 
cent, il  n'a  pas  besoin  qu'on  le  pleure.  »  Cependant 
Sigismond  s'étant  rendu  à  Saint-Maurice  y  demeura  un 
grand  nombre  de  jours  dans  le  jeûne,  les  larmes  et  les 
prières  pour  obtenir  8(mpardon;ilyfondaunchantper- 
pétuel,  puis  il  retourna  à  Lyon  ;  mais  la  vengeance  di- 
vinele  suivait  pas  à  pas.  Le  roi  Thierry  épousa  sa  iilie. 

Yl.— ^pendant  la  reine  Glotilde  s'adressant  à  Glo- 
domir  et  à  ses  autres  fils,  leur  dit  :  a  Que  je  n'aie  pas  à 
me  repentir,  mes  très-chers  enfants,  de  vous  avoir 
nourris  avec  tendresse;  partagez  |e  ressentiment  de 
mon  ii^ure  ;  et  mettez  vos  soins  à  venger  la  mort  de 
mon  père  et  de  ma  mère.  »  Us  se  dirigèrent  donc  vers 
la  Bourgogne,  marchant  contre  Sigismond  et  son  ftère 

4  » 


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190  MBURTRE  DE  StGISUOND. 

GondemaF.  Celui-ci  vaincu  s'enfiiii  ;  mais  Sigismond^ 
ciierehaalà  te  réfugier  au  pionattère  de  SaioirHaudce, 
fat  pris  avec  sa  femme  et  ses  fils  par  Glodomir ,  qui, 
ieg  a)iant  menés  dans  la  ville  d'Orléans,  les  y  reliai 
fvilQDBievB.  Quand  tes  rais  se  lurent  éloignés^  Gonde- 
mar  reprit  courage,  rassembla  les  Burgondes,  et  recou- 
vra son  royaume.  Clodoipir,  se  disposant  à  marcher  de 
nouveau  contre  lui,  résolut  de  faire  mourir  Sigîsii^iid. 
Le  bienheureux  Aviius,  abbô  de  Saint-Mesmin,  prêtre 
Dénommé  de  ce  ^mps^  Lui  dit  :  a  Si^  la  crainte  de 
Bien,  tu  cèdes  à  de  ^lei^eura  conseils,  et  ne  souffres  pas 
qu'on  tue  ces  gens-là,  Dieu  sera  avec  loi,  et  là  où  tu  vas, 
tu  oibtiendras  Ift  victoire;  mais,  si  tu  les  f^is  inourir,  tu 
Hârintl  du  VBèm*  Ulté  entre  lea  mains  de  tes  ennemii^ 
et  il  e^  sera  fait  de  ta  femme  et  de  tes  fils  çomme  tu 
feras  de  la  f^mjn^  et  des  ^enfuntsde  3igismond.  x> 

Mais  Ciodomir,  m^prisaqt  cet  ayis,  répqpdit  :  tt  Ce 
larait  la  conduite  d'un  insensé  quand  on  marche  contre 
ses  ennemis  d'eii  laisser  d^autres  à  \^  maision ,  ayant 
il  4<P»  ^8  autres  de  frqptf  je  ^e  précipiterais 
entre  deux  armées;  la  victoire  sera  plus  complète  et 
plqs  aisée  à  obtenir,  si  je  sépare  l'un  de  Taulre.  Le 
l«^ea|ier  ndprty  je  ppnrrai  plus  aisév^ept  me  défaire  du 
second-  »  Et  il  se  délivra  de  Siuismond ,  de  sa  femmer 
et.  4e  ses  Uis,  en  faisant  je^r  dans  un  puits,  près  de 
Gouli^^,  bou^gdu  territoire  d'Orléans  S  puis  il  mar- 
cha çn  Bourgogne,  appelant  à  son  aide  le  roi  Thiiirry. 

^  Columna  viens.  Près  de  ce  bourg  se  trouvait  en  effet  un  puits 
-  I^^xné,  d^8  quelques  ^nc^onnes  pb^rtes ,  fuiU  de  SatM-,St^ù. 


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s-if^gniétaiit  pa^  4a  venger  t'î^iore  de  spq 

l^au-père,  pror^iit  d'y  aller^  et  s'étant  rejoints  prQ5  de 
y^ç^fppcq,  lieu  sitHç  ^^qs  le  territoire  dft  <4tQ 
\i^pne ,  i)8  li^çpnt  cofp^^  à  eonaeniaf .  Ot» 
ayan^  pris    fuite  avec  son  armée  ,  ClqdQrair  le  poui:- 
m|vjt^    çprnm^  \l  se  trouvait  ^éjà  asçç:$  éloigné  des 
1^  ^orgpQ^^,  ÎDii^Dl  ^f^n  cri  4^  raUienient, 

^*flppelèrent  en  lui  disant  :  «  Vjens,  viens  par  ici,  nous 
çpipnies  ^es  tiens,  (q^çç^t^  alla  à  eux,  e\  tPPiihft 
ainsi  au  de  ^  f}|nif|iiiif  qui  pQiipi^rept  |a  t$te>* 
la  fixèrent  au  bout  d'une  pique  et  rélevèreqt  en  Tair. 
4  cette  vue ,  |e$  Frapcs  if^qopiiaissi^Qt  que  Clp^paur 
arait  été  (u^,  f'asaçpblèren^  ^eUTç  forces,  mirent  en  faite 

Gondemar,  écrasèrent  les  Burgondes  et  s'emparèrent 
4etpui  fçipays.  Çiptaire,  sqn^  auQiui  dél4i>  épousa  la 
f^mme  de  son  fcèce^  aommée  Gonthenqqe.  La  reine 
Clotilde,  après  les  jours  de  deuil,  prit  et  garda  avec 
elle  le?  fil?  4e  Plp^ppair,  V^ip  s'appelait  Tbéodoa W, 
r^atre  Gonthaireet  le  troistème  Clodoald*  Gondequir 
reçQuyri^  4,*^  nouveau  son  royaume.  . 

Y  fi*  77  Thierr;  n'aYaii  point  oublié  \p  parjure 
d'Hermanfried^  roi  des  Thuringiens.  U  appela  à  son 
.  aide  sou  frère  tl|çitaire,  lui  promettant  une  part  du  bu- 
t^(<i  si  la  faye^r  divine  leur  acpordaijt  la  yicV>ive>  et  ^ 
prépara  ^  marcher  contre  Ç[enqfuifried  K  n  ^en\bla  « 

moni,  ou,  par  contraction ,  de  SainUSimond,  Sigismond  fiit 
placé  an  nombre,  non-seulement  des  saints»  mais  des  marijin, 
diaprés  l'usage  de  ce  temps  qui  honorait  souyent  du  titre  d^ 
martyrs  les  innocenls  massaci^s  sans  raison. 
}  £n  5Sa 


Digitizoû  by  Cj<.)O^Il 


m  THIËRBY  EN  THURINGS. 

les  Francs,  et  leur  dit  :  a  N'êtes- vous  pas  indignés  de 
mon  injure»  et  de  la  mort  de  tos  prodies^  rappelés* 
T008  que  les  Thuringiens  se  sont  jetés  injustement  sur 
les  nôtres,  et  les  ont  accablés  de  maux;  que  ceux-ci, 
leur  ayant  donné  des  otages,  en  signe  de  la  paix  qu'ils 
iroalaient  conclure ,  ces  otages  périrent  dans  toutes 
sortes  de  supplices;  que  les  Thuringiens  se  jetant  de 
nouTeau  sur  nos  proches^  leur  enlevèrent  tout  ce  qu'ils 
possédaient,  suspendirent  les  enfants  aux  arbres  par  le 
nerf  de  la  cuisse ,  firent  périr  misérablement  plus  de 
deux  cents  jeunes  filles ,  les  liant  par  les  bras  au  con  de 
chevaux  qu'on  forçait,  à  coups  d'aiguillon,  à  s'écarter 
chacun  d'uncôté^  en  sorte  qu'elles  furent  mises  en  piè* 
ces;  d'autres  étendues  sur  les  ornières  des  chemins, 
furent  clouées  en  terre  avec  des  pieux;  puis  on  faisait 
passer  sur  elles  des  chariots  chargés;  et  leurs  os  ainsi 
brisés  étaient  abandonnés  pour  servir  de  pâture  aux 
chiens  et  aux  oiseaux.  Maintenant  Hermanfried  manque 
à  ses  promesses»  etsemble  entièrement  les  oubUer.Nous 
avons  le  droit  avec  nous;  marchons  contre  eux  avec  Taide 
de  Dieu.  »  En  entendant  ces  paroles^  les  guerriers^  indi- 
gnés de  tant  de  crimes,  denmndèrent  d'une  voix  et 
d\me  Tolonté  unanimes  à  marcher  contre  les  Thurin- 
giens. Thierry,  secondé  par  son  frère  Clotaire  et  par  son 
•fils  Théodebert,  partit  ayec  une  armée*  Cependant  les 
Thuringiens  avaient  préparé  des  embûches  aux  Francs  : 
ils  avaient  creusé  dans  le  champ  où  devait  se  livrer  le 
eombat  des  fosses  qu'ils  avaient  cachées  sous  un  gason 
épais,  en  sorte  que  la  plaine  paraissait  unie.  Lors  doue 


•  ~"   "    Dig'itizca  by 


5ls  l2jcl<5^jx\:^-> 

VICTOIRE  DE  L'UNSTRUT.  /l^  j 

qn^oii  oommença  à  combattre»  beaucoup  decayaliefa 
fhuics  tombèrent  dans  ces  fosses,  ce  qui  leur  causa  un 
grand  embarras  ;  mais  lorsqu'ils  se  furent  aperçus  de 
k  ru8e>  ils  surent  s'en  garantir.  Enfin,  les  Thuringiens» 
1  taillés  en  pièces,  voyant  que  leur  roi  Herniaiifried  avait 
pris  la  f  uite>  tournèrent  le  dos,  et  arrivèrent  au  bord  du 
fleuvedeFOnstrut^;  là,  il  y  eut  des  leurs  un  tel  carnage 
que  le  lit  de  la  rivière  fut  encombré  par  des  monceaux 
de  cadavres  dont  les  Francs  .se  servirentcomme  de  pont 
pour  passer  sur  Tautre  bord.  Cette  victoire  les  rendit 
maîtres  de  la  Thuringe  qu'ils  réduisirent  en  leur  puis- 
sance. Glotaire,  à  son  retour,  emmena  captive  Rade- 
gonde,  fille  du  roi  Berthaire,  et  la  prit  en  mariage.  De- 
puis il  fit  tuer  ii^ustement  son  frère  par  des  scélérats.  Se" 
louniant  vers  le  Seigneur,  elle  prit  alorslliabit,  etse  bâ- 
tit un  monastère  dans  la  ville  de  Poitiers;  et  telle  fut  son 
excellence  dans  Toraison,  les  jeûnes,  les  veilles,  les  au- 
mAnes,qu'elleacquitun  grandcréditparmi lespeuples. 
Pendant  que  les  rois  francs  étaient  encore  en  Thu* 
1  ringe,  Tbierry  voulut  tuer  son  frère  Clotaire.  Âyaot 
aposté  des  hommes  armés,  il  le  manda  comme  pour 
conférer  en  particulier.  Puis,  ayant  fait  étendre  dans 
sa  mais<m  une  toile  d'un  mur  à  l'autre,  il  ordonna  à  ses 
afûdés  de  se  tenir  derrière  :  mais  la  toile  était  trop 
courte^  et  laissait  voir  leurs  pieds.  Clotaire  averti^  entra 
tout  armé  et  accompagné  d'un  grand  nombre  des  siens» 
Thierry  comprit  alors  que  son  projet  était  découTert; 

^  Onestruâiê  ^«itM.  Cette  bataille  fut  livrée  en  528. 
1.  •  H 


^11  uySES  I)E  TlIIEnKY. 

\\  \^yQ^i&  qne  faible,  et  parl(^  de  cUoses  et  d'autres. 
Ç^^r^^i  i^e  sacha^^it  comment  faire  oublier  sa  trahison, 
^Hloyi^^ÇUptf^rq  Via  gfOûd  plat  d'argent.  Mais  lorsque 
çel^i-ç^,  apçès  av^J^  rço^çié  et  dit  adieu,  fut  sorti, 
f  mefry  se  plaignit  d'avoir  sacrifié  son  plat  sans  utilité, 
0. 4U  ïiiéfldebert  :  «  Va  trouver  to^  oncle,  et 

\mA^  <ïe  yot|lôîr  te  céder  le  présent  qu^  je  lui  ai 
{ait,  »  Çelui-ci  y  alla,  et  obtint  ce  qu'il  demaipâiaît. 
^^^rpy  é\9À\  habile  en  de  teljes  ruse^. 
-  VllI.  —  De  retour  dans  ses  états,  il  engagea  Her- 
ipj^çjffied  à  venir  le  trouver,  en  lui  donnant  sa  foi  qu'il 
ne  Ci^iifni^  «^uç\iii  danger;  çn  outre  il  lexopibla'de 
présents.  M^is  uii  jour  qu'ils  causaient  sur  les  murs  de 
1^^  ville  de  Tolbiac,  Hermanfried,  poussé  on  ne  sait  par 
tçmba  du  hau^  des  murailles,  et  rendit  l'âme.  Nous 
ignorons  par  qui  il  fqt  |eté  en  bas;  toutefois  bien  des 
^ens  assurent  qu'on  reconnut  là  les  ruses  de  Thierry. 
'  Pendant  c|ue  ce  roi  se  trouvait  en  Thuringe, 
\e  bruit  courut  en  Auvergne  qu'il  avait  été  tué.  Arca- 
dius,  un  des  sénateurs,  invita  Childebert  à  venir  prendre 
possession  de  ce  pays.  Gelui«ci  accourut  sans  retard.  11 
faisait  ces  jours-là  un  brouillard  si 'épais  qu'on  ne  pou- 
vait  discerner  à  la  fois  plus  d'un  demi-arpent.  Le  roi 
disait  :  «  Je  voudrais  bien  pouvoir  reconnaître  de  mes 
yeux  cette  Limagne  d'Auvergne  qu^n  dit  si  riante.» 
Mais  Dîeu  ne  lui  accorda  pas  cette  grâce.  Les  portes  de 
b(  ville  ^  étaient  fermées,  et  comme  il  n'y  ayait  pour 

1  C'ett-à-diie  de  Clermont,  chef-heu  de  la  limagne;  Aroimi» 
Lemantt. 


ijiyiiizccl  by 


eDirer  kuma  passage^  Ârcadttié  brisa  la  serrure  de 
l'Vine  de  ces  potrtes,  tst  ihtrodoidit  Ghildeberi  les 
tflurs  :  mais  au  moment  où  cela  se  passait,  oû  apprit 
que-Thierry  était  revenu  vivant  de  Ttiuringe. 

k.  —  Ghildebert  ayant  acquis  la  certitude  de  betlé 
Nouvelle,  quitlaTAuverfîne,  cl  se  (lirl«rea  versTEspaprie, 
où  l'appelait  sa  sœur  Clotilde  ^  Laûdélitéde  celle-ci 
à  la  religion  catholiqiie  Texpodait  aux  matiTais  traité* 
me^ils  de  son  mari  Amalaric;  car  plusieurs  fois,  comme 
elle  se  rendait  à  Ja. sainte  église^  il  avait  fait  jeter  sur 
élift  dés  éxbrémeQts  ét  d WtëH  ordtires  ;  sa  cruaiifé 
envers  elle  se  porta  même  a  dételles  exlrémilés,  dit-on, 
qu'ellé  envoya  à  son  frère  un  mouchoir  teint  de  son 
propice  MU^;  en  sorte  (iue>  plein  de  courroux,  il  descen- 
dit eiiEspagne*.  Amalaric,  à  la  nouvelle  de  son  approche, 
préparÀ  des  vaissâaùx  pour  s'enfuir^  Déjà  Ghildebert 
âMvail,  lorsqU'aù  Uibiheul  de  s'èttibantAer^  AmalaHc 
sé  rappela  qu'il  avait  laissé  dans  son  trésor  une  grande 
(|tiaiitité  de  ^eires  précieuses  :  il  retourna  à  la  ville 
^ttlr  les  chéitliér  ;  ihàis  l'éirméë  l'ëmpdeha  dto  l^gagner 
le  port.  Voyant  qu'il  ne  pouvait  s'échapper,  il  tentait 
dë  is^  IréCugielr  danb  l'église  des  Ghtétieiis;  lorsqu'au 
ihiHftéHt  où  H  àilblt  Attendre  le  sèûtl  Bacré>  un  de  ceux 
qui  le  poursuivaient  le  frappa  d'un  coup  de  lance>  qui  te 

tiCe  Aé  fui  ptA  kù  delà  deé  t*yrénées»  maÎB  en  Langaedo^ 
pièd  de  Narboone,  que  Ghildebert  renoontra  l'armée  d'Amalaric 
qui  venait  à  sa  rencontre;  il  la  battit,  et  Ànialaric  s'eofuil  à 
BàrbëlOhe  où  il  fut  tué.  Le  Languedoc  ou  Septimanie  apparte- 
nait alors  aux  rois  visigoths,  et  pour  cette  raison  portait  sou- 
Tèni  aussi  les  ooœs  d'Espagne  et  de  Gothie.  (V.  Se^timania,) 


136       NOUVELLE  EXPEDITION  DE  BOURGOGNE. 

blessa  mortellement  :  il  tomba  sur-Ie-diamp  et  rendit 

Tesprit.  Alors  Childebert  reprit  sa  sœur  avec  de  riches 
trésors^  etilse  disposait  à  la  ramener  quand  elle  mourut, 
en  route  je  ne  sais  par  quel  accident.  Elle  fut  portée  à 
Paris,  où  on  Tensevelit  près  de  Glovis  son  père,  Childebert 
rapporta  parmi  ses  trésors  des  objets  très-précieux  con- 
sacrés au  saint  culte  :  notamment  soixantecalices,  quinze 
patènes,  et  vingt  coffres  destinésà  renfermer  les  Evangi- 
les^ le  tout  en  or^  et  orné  de  pierres  précieuses.  Ilnesouf- 
frit  pas  que  rien  de  cela  fût  brisé,  et  il  donna  et  partagea 
le  tout  entre  les  églises  et  les  basiliques  des  saints. 

XL  — Bientôt  après  ces  événements, Glotaireet  Gtiil- 
debertse  disposèrent  à  marcher  en  Bourgogne;  Tliierry, 
qu'ils  avaient  appelé  à  leur  secours,  refusa  de  les 
accompagner;  et  comme,  les  Francs  qui  marchaient, 
avec  lui  disaient  :  «  Si  tu  ne  veux  pas  aller  en  Bour- 
gogne avec  tes  frères,  nous  te  quitterons^  et  nous  les 
suivrons  à  ta  place»  »  se  souvenant  que  les  gens  d^Au- 
vergne  lui  avaient  manqué  de  foi,  il  répondit  à  ses 
guerriers  :  «  Venez  avec  moi,  je  vous  conduirai  dansun . 
pays  où- vous  prendrez  de  For  et  de  Taigent  autant 
que  vous  en  pourrez  désirer,  d'où  vous  enlèverez  des 
troupeaux,  des  esclaves  et  des  vêtements  enabondance; 
ne  suivez  donc  pas  mes  frères,  »  Séduits  par  ces  pro> 
messes,  ils  s'engagèrent  à  lui  obéir;  et  il  se  prépara  au 
départ,  en  répétant  à  ses  hommes  qu'il  leur  permettrait 
de  ramener  dans  leur  pays  tous  les  prisonniers  et  tout 
le  butin  qu'ils  feraient  dans  TAuvergne.  Cependant  Clo- 
taire  et  Childebert  marchèrent  en  Bourgoigne,  assi^ 


THIERRY  EN  AUVERaNE.  m 

gèrent  Autun;  et,  ayant  mis  en  fuite  Gondemar^  occu- 
pèrent la  Bourgogne  entière  ^ 

XII.—  Thierry  entra  en  Auvergne  avec  son  ar- 
mée, dévasta  et  ruina  tout  le  pays.  Arcadius,  auteur  du 
erlme^  et  dont  la  lâcheté  ayait  causé  la  dévastation  de 
cette  contrée,  se  réfugia  dans  la  ville  de  Bourges,  qui 
faisait  alors  partie  du  royaume  de  Ciiiidebert  ;  mais  sa 
mère  Placidine  et  Aldiime>  sœur  de  son  père,  furent 
prises  et  condamnées  à  Texil.  Les  biens  qu'elles  avaient 
dans  la  dté  de  Cahors  furent  confisqués*  Le  roi  Thierry 
ayant  dooc  pénétré  jusqu'à  dermont^  assit  sra  camp 
dans  les  faubourgs  de  la  ville.  Cependant  Tarmée  par- 
coonttt  cette  malheurense  contrée»  portant  partout  le 
pillage  et  la  dévastation.  Des  gens  de  guerre  vinrent  à 
la  basilique  de  Saint- Julien,  brisèrent  les  portes,  enle- 
vèrent les  serrures,  pillèrent  ce  qu'on  y  avait  rassemblé 
du  bien  des  pauvres,  et  portèrent  en  ce  lieu  la  désola- 
tion. Mais  les  auteurs  de  ces  crimes,  saisis  de  Tesprit 
immonde,  se  déchirèrent  de  leurs  propres  dents,  disant 
avec  de  grands  cris  :  a  Pourquoi,  martyr,  nous  tour- 
mentes-tu  de  la  sorte?  »  Mous  avons  raconté  tout  cela 
dans  le.livre  des  miracles  de  saint  Jnben. 

XII L —  L'armée  de  Thierry  assiégea  le  château 
de  Volore  et  tua  misérablement  devant  l'autel  le 
prêtre  Procole,  qui  jadis  avait  outragé  saint  Quintien. 
Ce  fut,  je  crois,  à  cause  de  lui,  que  le  château,  qui  s'é- 
tait défendu  jusque-là,  fut  livré  entre  les  mains  de  ces 

*  De  532  à  534. 

*  Voir  LoDolat^rum, 


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138  LE  CUAÏËAU  DE  MËRLIAC* 

impies,  car  les  eniiemis  ne  pouvant  Tein porter,  se  dis- 
posaient à  retouruer  chez  eux  ;  nouvelle  qui  remplit  de 
joiè  les  assiégés  ;  niais  ils  turènt  iromiiés  fkar  îelir  Sé- 
curité, selon  CCS  paroles  de  TApolre  :  Lorsqu'ils  diront: 
nous  void  en  paix  et  en  sûreté,  U$  se  trouveront  sûr- 
.  ijHê  tout  il'ïUti  coup  pâr  une  tuiné  HHiprivué  S  S>  ét 
comme  ils  ne  se  tenaient  plus  sur  leurs  gardes,  un 
serviteur  de  Procule  les  livra  aux  énnemis.  Au  moment 
oû>  àpirès  àvoii*  dévasté  le  éhâteali,  ïh  ëtlihiénàieûl  UA 
habitants  captifs,  une  pluie  abondante  tomba  du  ciel 
après  trente  jours  de  sécheresse. 

tië  éhàteau  de  Iterliac  *  fût  edstdté  àssiégé*  Cèlix  ifid 
Thabitaient  se  rachetèrent  de  la  captivité  par  une  ran- 
fibii  ;  ce  4ui  îut  ùû  effet  de  leur  lâcheté^  car  le  châteatî 
êîM  nàturëllement  trèâ-!ort.  Ati  lleti  dé  hiiirs  -,  uH 
rocher  taillé  haut  de  plus  de  cent  pieds  l'entourait  | 
ah  milieii  sè  trotiTàit  un  ëtàng  û'èaxt  kèë-boilne  i 
fK^tè;  il  7  avait  aussi  dés  fontaities  abmlddniës,  ë( 
par  une  de  ses  portes  coulait  un  ruisseau  d'eau  vive. 
ttài  tefùpiai»  éntermàient  uti  si  gtàhâ  eët>âbe  qaé  léil 
habitaiit^cultiyaient  dés  iehresdans  l'intérieur^  hàà%^ 
et  en  recueillaient  beaucoup  de  fruits.  Fiers  de  la  pro- 
tèctîail  dé  leïiH  rëm[làrt$,  les  âssléj^éë  étaieni  éoHis 
jJômr  faire  quelque  butin,  comptait  ^e  renferttiër  dë 
nouveau  dans  les  murs  de  leur  forteressé;  lis  furent 
fMs  au  noihbrè  dé  binquaiite  fttr  lèurii  ennemim  ét 
conduits  sous  les  yeux  de  leurs  pàretlts,  les  ttiàinsliM 


i  I**  ÉpUre  de  saint  Paul  aux  Xhessalon.,  chap.  y,  y.  3« 
*  Meroliacenê^  Castrum^ 


RÉVOLTE  BÈ  MUNDERIC.  189 

derrière  le  dos  et  le  glaive  levé  sur  leur  tôle.  Les  assié- 
gés consentirent^  pour  qu'on  ne  les  mit  pas  à  mort,  à 
doniiér  qWtte  ottted  ifoir  pont  Ift  innçoii  de  btttettn. 
Thierry  en  quittant  l'Auvergiie,  J  laissa  pour  la  garder 
son  parent  Sigewald. 

Il  y  atait  ntors  parmi  les  offideca  chargés  dë  eiôh^ 
quer  rarniée  un  certain  Litigius  qui  entouràit  de  pièges 
sàini  QUintien;  alors  même  que  le  saint  évêque  se 
yiosteimait  àsës  pibdâ}flilë  cédait  pësfté^^ôria- 
tions^  el  Un  jour  il  raconta  à  sa  femme  avec  dérision 
ce  qu'avait  iàit  le  sainte  liais  celle-ci,  àiiimde  d'un 
MèiUeUr  espHt^  lui  fàii  i  «  Si  âiijoul*a*hm  tû  m  àiâH 
rendu  cbUpable ,  lu  ne  Ven  relèveras  jamais.  »  Or  il 
arriva  qUe  trois  jours  après  de^  euvbjfés  du  roi  i^ëiU« 
meuèréttt  euëliidnè  &v«c  sft  fëthme  ët  àès  ëhtànis,  el 

jamais  depuis  il  ne  revint  en  Auvergnie: 

XiY.  ^  MUnderic>  qui  Sé  prétendait  pftt«iit  ûu  M, 
difiHii  dvee  orgueil  :  «  Qb'ét-je  à  faire  Uteë  le  M 
Tliierry?  La  royauté  ne  m'appartient  pas  moins  qu'à 
Mii;  jlrai^  J'assemblerai  mou  péuple  et  je  iUi  fertti 
pt€(er  i»ëritient,  afin  qué  thiérry  sàciie  qm  jë  Staîil  rtii 
comme  lui.  d  11  se  présenta  donc  au  peuple  et  essaya 

de  le  séduite  eu  disant  :  «  C'est  moi  qdi  sùis  toti^s  ébtàî, 
sttitet-itibi ,  et  vous  vous  en  trouveitz  bien;  »  Lé 
peuple  des  campagnes  le  suivit  en  foule>  de  sorte  quô^ 
par  on  effet  de  rineodstance  Iramaiiiè,  il  eu  réunit  Uii 
grand  nombre  qnf  lui  frétèrent  eermeôt  de  fldêlilé 
et  rhonorèretit  comme  un  roi.  Thierry ,  instruit  de 
ce  soulèvement,  fit  dire  à  Hunderic  :  a  Viens  à  moiièti 


140  ARÉGÉSILE  £1  MUNDERIC. 

•  < 

^s'il  t'est  dû  quelque  portion  de  mon  royanme^  elle  te 
sera  donnée,  »  C'était  une  ruse  à  Taide  de  laquelle  il 
comptait  le  faire  venir  et  le  tuer;  mais  celni-d  refusa 
en  disant  :  «  Allez  dire  à  votre  roi  que  je  ne  suis  pas 
moins  roi  que  lui.  d  Alors  Thierry,  plein  de  colère, 
fit  marcher  une  armée  pour  FacCSBbleîr  et  le  punir. 
Munderic,  à  cette  nouvelle,  ne  se  sentant  pas  en  état  de 
se  défendre,  se  réfugia  dans  les  murs  du  château  de 
Vitry  où  il  travailla  à  se  fortifier,  y  renfermant  tout  ce 
qu'il  possédait  et  tous  ceux  quMl  avait  séduits.  L'armée 
qui  marchait  contre  lui  entoura  le  château  et  Tassiégea 
pendant  sept  jours.  Hunderie  la  repoussait  à  la  tète  des 
siens,  disant  :  «  Tenons  ferme,  combattons  jusqu'à  la 
mort,  et  les  ennemis  ne  nous  vaincront  pas.  »  Les  as- 
siégeants lançaient  des  traits  contre  les  murs,  mais  cela 
ne  servait  à  rien  :  alors  le  roi  envoya  un  de  ses  offi- 
ciers, nommé  Arégésile,  et  lui  dit  :  a  Tu  vois  que  ce 
perfide  réussit  dans  sa  révolte;  va,  et  engage-le  sous 
serment  à  sortir  sans  crainte  ,  puis  ,  lorsqu'il  sera 
sorti ,  tue>le,  et  qu'il  ne  soit  plus  parlé  de  lui  dans 
notre  royaume.  »  Gdui-ci  alla  et  fit  ce  qui  lui  était 
ordonné  ;  en  convenant  d'abord  d'un  signal  avec  ses 
gens,  il  leur  dit  :  a  Lorsque  je  prononcerai  telles  et 
tèlles  paroles,  jetes-vous  sur  lui  et  le  tuez.  »  Arégésile 
étant  donc  entré,  dit  à  Munderic  :  a  Jusques  à  quand 
demeureras-tu  ici  comme  un  insenséMu  ne  peux 
longtemps  résister  au  roi;  voilà  que  les  vivres  vont  l 
te  manquer ,  alors  vaincu  par  la  faim,  tu  sortiras  et 
seras  livré  entre  les  mains  de  tes  ennemis,  qui  te  tue- 


MORT  D'ARÉGÉSILK  ET  DE  MUNDERIC.  14^ 

rcmt  comme  im  chien.  Écoute  plutôt  mes  conseils  et 

soumets-toi  au  roi,  si  tu  veux  vivre,  toi  et  tes  fils.  » 
Ébranlé  par  ce  discours^  Munderic  dit  :  «  Si  je  sors^  je 
serai  pris  par  le  roi»  et  ilmeturaa,  moi ,  mes  fils,  et 
tous  les  amis  qui  sont  ici  réunis  avec  moi.  »  A  quoi 
Ârégésile  répondit  ;  a  Ne  crains  rien,  car,  si  tu  veux 
sortir,  reçois  mon  serment  qull  ne  te  sera  rien  fait, 
et  tu  viendras  sans  danger  en  présence  du  roi.  Tu  n'as 
donc  ri^  à  redouter,  et  tu  seras  près  de  lui  ce  que  tu 
étais  auparavant.  »  A  quoi  Munderic  repartit  :  c  Plût  à 
Dieu  que  je  fusse  sûr  de  n'être  pas  tué  Id  Alors  Arégé- 
sile,  les  mains  posées  sur  les  saints  autels,  lui  Jura  qu'il 
ponvût  sortir  sanscrainte.  Après  avoir  reçu  ce  serment, 
Munderic  sortit  du  château  tenant  par  la  main  Arégé- 
«ile,  dont  les  gens  les  r^ardaient  en  les  voyant  venir 
de  loin.  Alors  Arégésile,  selon  le  signal  dont  il  était 
convenu^  dit  :  «  Que  regardez-vous  donc  avec  tant  d'at- 
tention, soldats  I  N'aves-vous  jamais  vu  Munderic  I  » 
Et  aussitôt  Us  se  précipitèrent  sur  lut.  Mais  lui,  compre- 
nant la  vérité^  dit  :  a  Je  vois  bien  par  ces  paroles  que 
tu  as  donné  à  tes  gens  le  signal  de  me  tuer;  mais, 
puisque  tu  m'as  trompé  par  ton  parjure,  personne  ne 
te  verra  plus  en  vie;  »  et,  d^un  coup  de  sa  lance  <itnf 
le  dos,  il  le  transperça.  Arégésile  tomba  et  mourut. 
Ensuite  Munderic,  à  la  tête  dçs  siens,  tiraTépée  et  fit  un 
grand  carnage  de  la  foule,  et,  jusqu'à  ce  qu'il  rendit 
resprit,il  ne  s'arrêta  point  de  tuer  tout  ce  qu'il  pouvait 
atteindre.  J.orsqu'il  fut  mort,  on  réunit  ses  biens  au  fisc. 
XV.  —  Cependant  Thierry  et  Childebert  firent  al« 


us  ATTALE  ET  LÉON. 

liance,  prêlèrent  serinent  de  ne  point  marcher  Tun 
contre  Tautre^  et  se  donnèrent  mutuellement  Aes  otages 

pour  confirmer  leurs  promesses.  Parmi  ceux-ci  se  trou-, 
iraient  beaucoup  de  Ûlsde sénateurs;  mais,  dé  noùyeUes 
àisâiensionss'étant  élevées  entre  les  deux  rois,  les  otages 
turent  employés  aux  travaux  publics,  et  ceux  qui  les 
àvaient  en  garde  en  ûreUt  leurs  serTiteurs^  ûA  bon 
nombre  cependant  parvinrent  à  s'échapper  et  à  rentrer 
dans  leur  pays;  quelques-uns  demeurèrent  en  servitude. 
Parmi  cés  derniers^  Atiale,  neveu  du  bienheureux 
Grégoire,  évêqùe  fie  Langres,  avait  été  livré  aux  ser- 
vices publics  et  eni[)loyc  à  garder  les  chevaux;  il  ser- 
vait un  barbare  qui  habitait  le  tejrritoiré  dé  trêves.  Lé 
bienheureux  Grégoire  envoya  à  sa  recherche,  et,  lors- 
qu'on Teut  trouvé,  on  offrit  des  présents  à  son  maître 
qiîi  les  retusa  en  disant  :  «  Un  homme  d'une  telle  racé 
doit  payer  dix  livres  d'or  pour  sa  rançon.  »  Lorsque  les 
serviteurs  furent  de  retour,  un  nommé  Léon^  attaché 
àkcuisiiiè  de  Tévêqué^  lui  dit  :  «  St  tu  le  permets, 
peut-être  pourrai-je  le  tirer  de  sa  captivité.  »  L'évèciue 
se  montra  joyeux  de  ces  paroles,  et  Léon  se  rendit  au 
liéli  qui  lui  avait  été  indiqué.  Il  vouliit  eblever  sectàle- 
ment  le  jeune  honimc^  mais  il  ne  put  y  parvenir.  Alors 
il  prit  Uh  conipagnon  et  lui  dit  :  <t  Viens  et  vends-moi 
à  cè  bairbàré,  le  prix  dè  là  vente  sera  pour  toi;  lout 
ce  que  je  veux,  c'est  il'ètre  plus  à  même  d'exéculèi* 
}  le  prbjet  qùe  j'ai  conçu.  »  Le  marché  conclu  sous  sér- 
mënt,  son  compaghou  lé  vendit  doiizé  pièces  d'or  ét 
s'en  retourna.  Inlei  i  ogc  sur  ce  qu'il  savait  faire^  ce  ser^ 


Diç 


ATTAL^  ET  LÉON,  148 

vUçv^i[,ii'^5P^classej^rossier  répondit  :  a  Je  suis  liablle 

à  pr^p^rer  tout  ob  qui  doit  se  i^anger  à  tablent  et 
B%  ci'ajns  pas  qu'on  trouve  une  personne  qui  m'égale 
cet  art.  Je  te;,  le  dis^  quand  tu  voudras  traiter  le 
je       ea  é^t  de  çqiQposer  des  mets  dif^oesd^ 
luî^  et  personne  ne  saurait  me  surpasser.  —  Eh  bien! 
-^là  y  lui  repartit  le  m^lra>  le  jour  du  soleil  ^ui  ap- 
pr^l)^  (çs^r  c'est  ^ûisi  que  les  Bt^rbares  ont  coutume 
d'çippeler  le  din^anche]^  ce  jour-là  mes  Toisins  èt  mes 
parei^ts  sont  co^yié^  à  ma  maison  ;  je  te  prie  de  me 
ff^fe      repaç.  qui  excite  leur  admiratioi^  et  dont  ils 
disent  :  ^(Q^s  ^'aurions  pas  attendu  mieux  de  la  mai- 
Sffjj^  (lu  fçi.  r-  Que.  ç^op  maître^  répondit  resclave, 
dom^  qu'on  i^ei  ras^mlute  uae  grande  quantité  de 
Yolai^es^  et  je  ferai  ce  qui  m'est  commandé.  »  On  pré- 
ce  qu'avait  demandé  L^pn.  Le  jour  du  Seignei^r 
ii  luiif^,  et  ^  ^  un  fpn^i  repas,  plein  de  choses  dé- 
licieuses, fç^usnianfj^èrent  et  louèrent  le  festin;  les  pa- 
rcpt^  partis,  le  i^aitre  ren^e^cia  son  serviteur^  et  lui 
^omna  autorité  sur  tout  ce  qu'il  possédait.  11  le  chéris- 
sait et  lui  attribuaitia  fonction  de  distribuer  les  vivres  à 
s^S  caniarades.  Au  boiUd'qn  an^  quand  la  confiance  du 
HiaiMre  fut  ccmplète^  il  se  rendit  dans  la  prairie,  située 
proche  de  la  maison,  où  Atlalo  clait  à  garder  les  che- 
naux, etj>,  se  caMcliant  à  t^err^    quelque  distance  et  en 
l^i  to^^QaQ^  le  dos  aQ<l  qu'on  pe  Si'ape^rçût  pas  qu'ils 
parlaient  ensemble^  il  dit  au  jeune  homme  :  a  11  est 
temps  qqe  nous  songions  à  retourner  dans  notre  pa- 
irie; je  f  avertis  donc,  lorsque  cette  nuit  in  auras  ra- 


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144  ATTâLE  fiX  LÉON. 

mené  les  chevaux  dans  renclos',  de  ne  pas  te  laisseï* 
aller  au  sommeil^  mais  de  venir  dès  que  je  Vappeile*-  - 
rai,  et  nous  partirons,  i»  Le  barbare  aTait  invité  ce 
soir-là  à  un  festin  plusieurs  de  ses  parents,  au  nombre 
desquels  était  son  gendre.  Au  milieu  de  la  nuit^  quand 
ils  eurent  quitté  la  table  pour  se  livrer  au  repos,  Léon 
suivit  le  gendre  de  son  maître  dans  sa  chambre,  et 
comme  il  lui  présentait  un  breuvage,  celui-ci  lui  de- 
manda :  «  Dis  donc,  Thomme  de  confiance  de  mon 
beau-père,  quand  te  viendra  Tenvie  de  prendre  ses 
chevaux  et  de.  t'en  retourner  dans-  ton  pays?  »  jce  qu'il 
disait  par  plaisanterie  et  pour  s^amuser,  TesdaTe  réppn* 
dit  en  riant  la  vérité  :  a  G^est  mon  projet  pour  cette 
nuit  même,  s'il  plaît  à  Dieu.»  L'autre  repartit  :  «  Il 
faut  que  mes  serviteurs  aient  soin  de  me  bien  garder, 
afin  que  tu  ne  m'emportes  rien.  »  Et  ils  se  quittèrent 
en  riant.  Tout  le  monde  étant  endormi,  Léon  appela 
Attale^  et,  les  chevaux  sellés,  il  lui  demanda  s'il  avait 
des  armes.  Atiale  répondit  :  «  Non,  je  n'en  ai  pas,  si  ce 
n'est  une  petite  lance,  s  Léon  entra  dans  la  demeure 
de  son  maître  et  lui  prit  son  bouclier  et  sa  framée. 
Celui-ci  demanda  qui  c^était  et  ce  qu'on  lui  voulait. 
Léon  répondit  :  a  C'est  Léon,  ton  s^iteur,  et  Je  presse 
Attale  de  se  lever  en  diligence  et  de  conduire  les  che- 
vaux au  pâturage ,  car  il  est  là  qui  4ort  comme  un 
ivrogne.  »  L'autre  lui  dit  :  «  Fais  ce  qui  te  plaira ,  » 
et  il  se  rendormit. 

Léon  sortit,  donna  des  armes  à  son  compagnon,  e 
trouva  ouvertes  par  une  faveur  du  ciel  les  portes  de  lu 


ATTALE  BT  htOU»  145 

cour  que  pour  iasiireté  des  chevaux  il  avait  fermées  au 
commencement  de  la  nuit  avec  des  ckm  enfoncés  a 
coups  de  marteau.  H  en  rendit  grâces  à  Dieu^  et^  prenant 
les  chevaux  qui  restaient,  ils  partirent  emportant  dans 
une  petite  caisse  leurs  vêtements.  Mais  arrivés  à  la  Mo- 
selle ils  furent  gênés  par  la  présence  de  quelques 
personnes;  laissant  donc  leurs  chevaux  et  leurs  vête- 
ments^ ils  passèrent  Teau  sur  leurs  boucliers^  et,  arrivés 
à  Fautre  rive,  pendant  Tobscurité  de  la  nuit,  ils  entré- 
rent  dans  une  forêt  et  s'y  cachèrent.  La  troisième  nuit 
étant  arrivée  depuis  leur  départ  sans  qu'ils  eussent  pris 
la  moindre  nourriture,  quand,  parla  faveur  de  Dieu^  ils 
trouvèrent  un  arbre  couvert  des  fruits  vulgairement 
i^pelés  prunes  ;  ils  en  mangèrent,  et  s'étant  un  peu  sou- 
tenus par  ce  moyen,  ils  continuèrent  lehr  route  dans  la 
direction  de  la  Champagne.  Comme  ils  avançaient,  ils 
entendirent  on  bruit  de  chevaux  lancés  au  galop,  et 
•  dirent  :  a  Couchons-nous  à  terre,  afin  que  les  gens  qui 
viennent  ne  nous  aperçoivent  pas.  i»  £t  ils  passèrent 
derrière  nn  grand  buisson  de  ronces  qui  s'offîrit  à  eux 
par  hasard,  se  jetant  à  terre,  leurs  épées  nues,  afin  que, 
s'ils  étaient  attaqués,  ils  pussent  se  défendre  comme  s'ils 
avaientaflàire  à  des  voleurs.  En  arrivant  au  buisson  d*é- 
pines,  les  cavaliers  s'arrêtèrent,  et  l'un  d'eux,  pendant 
que  les  chevaux  lâchaient  de  l'urine,  se  prit  à  dire  : 
«  Malheur  ànousde  ne  pouvoir  retrouver  ces  misérables 
fugitifs;  je  le  dis  par  mon  salut,  si  nous  les  reprenons, 

t  II  faut  probablement  lire  la  Meuse  qui  coule  en  effet  entre 
Trêves  et  Reims. 

I.  9 


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14ft  ATTALE  ET  LÉON. 

l'un  sera  pendu  et  Taiitre  haché  en  morceaux,  b 
C'élait  le  barbare,  leur  maître>  qui  parlait  ainsi  :  il 
tenait  de  ht  Tille  de  Reims^  où  il  aYait  été  à  lent  re- 
cherche, et  il  les  aurait  trouvés  enroule  si  la  nuit  ne 
Feût  empêché  de  les  \oir.  Les  chevaux  se  remirent  en 
toute  et  s'éloignèrent.  Cette  mémeTnaity  les  deux  fogi- 
tîfearrivèrent  à  la  yille,  et,  y  étant  entres,  trouvèrent  un 
homme  auquel  ils  demandèrent  la  maison  du  prêtre 
Panlelle;  Gelui-d  la  leur  indiqua;  et  comme  ils  trarer- 
Saient  la  place,  on  sonna  matines,  car  c'était  le  jour  du 
Seigneur.  Ils  frappèrent  à  la  porte  du  prêtre  et  en- 
trèrent. Léon  lui  dit  le  lioni  de  son  maître.  Alors  le 
Jirêtre  s^écria  :  «  Ma  vision  s'est  vérifiée,  j'ai  vu  cette 
nuit  deux  toôlombes  qui  sont  Tenues  en  volant  se  po- 
ser sur  ma  màin  :  Fune  des  deux  était  blanche  et 
l'autre  noire  ^  »  lis  dirent  au  prêtre  :  «  Il  faut  que 
Dieu  nous  pardonne;  malgré  la  solennité  du  jour,  nous 
Vous  prions  de  nous  donner  quelque  nourriture  *,  car 
ioilà  la  quatrièuie  fois  que  le  soleil  se  lève  depuis  que 
ÂOus  n'aTons  goûté  ni  pain  ni  rien  de  cuit.  »  Le  prêtre 
cacha  les  deux  jeunes  gens,  leur  donna  du  pàin  trempé 
dans  du  vin^  et  alla  à  matines.  11  y  fut  suivi  par  le 
barbare  qui  rerenait  dierchant  ses  esclaTOs;  mais  U 
s'en  retourna  trompé  par  le  prêtre,  qui,  depuis  long- 
temps, était  lié  d'amitié  avec  le  bienheureux  Gré- 

t  Cette  phrase  semblerait  indiquer  que  L^:on  était  nègre;  oo 
ne  peut  douter  qu'il  n'y  eût  déjà^  sous  les  Romains,  des  escla* 
ves  noirs  dans  la  Gaule. 

*  Il  n'clait  pas  permis  alors  le  dimanche  de  manger  avant  Is 
messe. 


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;  SIGIVALD.'   ^  147 

goire.  jiune^  'gôns,  ayant  ^pm  des  forces  ea 
•mangeant,  demeurèrent  deux  jours  dans  la  maison  du 
prêtre^  puis  s'eaalièreat;  ils  ai^rivèrent  ainsi  chez  saint 
Grégoire.  Le  pontîféy  -pleia  de  joie  à  leur  Tue^  [^eora 
sur  le  cou  de  son*  nev{;u  Altale  h  affranchit  Léon  et 
tous  les  &iem,  et  itii  douua  des  terres  eu  propre,  dans 
lesquelles  il  vécut  libre  le  reste  de  ses  jours  ayeo  sa 
femme  et  ses  enfants. 

^  YL  —  Sigivald,  pendant  son  séjour  en  Auvergne^ 
y  fit  beaucoup  de  mal,  car  il  ravissait  le  bien  d'autnii  ; 
ses  serviteurs  ne  s'epar^^naient  pas  le  vol,  riiomicide, 
toutes  sortes  de  violences  et  de  crimes;  et  personne 
fl^osait  murmurer  contre  eux.  Il  arriva  que,  dms  sa  té- 
tnérîlé,  il  s'empara  de  la  terre  de  Boughat%  que  le  bien- 
iieoreux  Xétradius,  évêque,  avait  laissée  à  la  t)asilique  de 
SaintrJolien.  Mais  à  peine  eut-il  franchi  le  seuil  de  ce 
domaine  qu'il  perdit  la  raison^  et  se  mit  au  lit.  Alors, 
-parle  conseil  de  Févéque,  sa  fenune  le  plaça  sur  un 
chariot,  pour  le  transporter  dans  une  autre  demeure, 
où  il  revint  à  la  sanié  ;  puis,  s'approchani  de  lui,  elle 
lui  raconta  ce  qui  s'était  passé.  Après  l'avoir  entendue^ 
Sigivald  fit  voeu  au  saint  martyr  de  restituer  le  double 
de  ce  qu  il  lui  avait  pris.  J'ai  rapporté  cet  événement 
dans  le  livre  des  Miracles  de  saint  Julien. 

XV  IL  —  L'évêque  Dinifius  étant  mort  à  Tours,  Om- 
matius  gouverna  l'Eglise  pendant  trois  années  :  il  fut 
eonsacré  par  Tordre  du  roi  Clodomir^  dont  nous  avons 

t  Àtlalo  fut  cluns  la  suilo  comte  d*Autun,  comme  l'a  fait  vU» 
marquer  l).  Kuinart. 
*  Bulgiatemis  villa  (V.  lu  Géographie). 


148  ÉVÉQUES  DE  TOURS. 

parlé  ci-dessus.  A  sa  mort^  Léon  occupa  la  chaire  pon* 
tificale  pendant  sept  mois.  C'était  un  homme  très-adroit, 

et  fort  habile  dans  la  fabrication  des  ouvrages  de  char- 
pente. Après  sa  mort>  les  évêques  Théodore  et  Procule, 
irennsde  Bourgogne^  et  désignés  par  la  reine  Clotilde; 
gouvernèrent  trois  ans  l'Église  de  Tours.  Puis  à  leur 
mort,  ils  furent  remplacés  par  le  sénateur  Frandlle. 
La  troisième  année  de  Tépiscopat  de  celui-ci^  tandis 
que  les  peuples  célébraient  la  brillante  nuit  de  Noël^  le 
pmitife,  avant  de  descendre  pour  dire  vigile,  demanda 
à  boire  :  un  serviteur  se  rendit  à  ses  ordres;  mais  il 
n'eut  pas  plus  tôt  bu  qu'il  rendit Tesprit;  ce  qui  adonné 
lieu  de  penser  qu'il  périt  par  le  poison.  Après  sa  mort, 
Injuriosus,  citoyen  de  la  ville,  fut  élevé  à  la  dignité 
pontiiicale  :  ce  fut  le  quinzième  évéque  après  saint 

XVII I.— Pendant  que  la  reine  Clotilde  habitait  Paris, 
Ghiidebert,  voyant  que  sa  mère  avait  porté  toute  son 
aiTectîon  sur  les  fils,  de  Glodomir,  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut,  en  conçut  de  Tenvie;  et,  craignant  que 
par  la  faveur  de  la  reine,  ils  n'eussent  part  au  royaume, 
il  envoya  secrètement  vers  son  frère  le  roi  Clotaire, 
et  lui  ût  dire  *  :  a  Notre  mère  garde  avec  elle  les  fils 
de  notre  frère,  et  veut  leur  donner  le  royaume;  il 
faut  que  tn  viennes  promptement  à  Paris,  et  que,  réu- 
nis tous  deux,  nous  déterminions  ce  que  nous  devons  en 
fisire  :  à  savoir  si  on  leur  coupera  les  cheveux,  comme 
au  reste  du  peuple,  ou  si,  les  ayant  tués,  nous  par* 

i  Vert  l'an  533. 


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MEURTRE  DES  FILS  DE  CLODOMIR,  140 

iagerons  également  entre  nous  le  ropume  de  notre 
frère.  »  Très-conteot  de  ces  paroles,  Cloiaire  vînt  à 
Paris.  Childébert  avait  déjà  rcpanda  le  bruit  dans  le 
peuple  que  les  deux  rois  étaient  d'accord  poiu*  élever 
ces  enfants  au  trône.  Us  s'adressèrent  donc  ensemble» 
en  leur  nom^  à  la  reine  qui  demeurait  dans  la  même 
ville,  et  lui  dirent  :  a  Envoie-nous  les  enfants  pour 
que  nous  les  élevions  à  la  royauté.  »  Remplie  de  joie, 
et  ignorant  leur  artifice,  la  reine,  après  avoir  fait  boire 
et  manger  les  enfants,  les  envoya  en  disant  :  «  Je  croi- 
rai n'avoir  pas  perdu  mon  fils,  si  Je  vous  vois  succéder 
à  son  royaume.  »  Mais  aussitôt  arrivés,  les  enfants 
furent  pris  chacun  de  leur  côté,  séparés  de  leurs  ser- 
viteurs et  de  leurs  gouverneurs,  puis  enfermés.  Alors 
Childébert  et  Clotaire  dépêchèrent  à  leur  mère  cet  Ar- 
cadhis,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  avec  des  ciseaux 
et  une  épée  nue.  Arrivé  près  de  la  reine,  il  les  lui 
montra,  disant  :  «  Tes  fils,  nos  maîtres,  ô  très -glorieuse 
reine,  attendent  que  tu  leur  fasses  savoir  ta  volonté 
sur  la  manière  dont  il  faut  traiter  ces  enfants;  or- 
donne qu'ils  vivent  les  cheveux  coupés,  ou  qu'ils 
périssent.  »  Consternée  de  ce  message,  et  en  même 
temps  émue  d'une  grande  colère  à  la  vue  de  cette 
épée  et  de  ces  ciseaux,  la  roine  se  laissa  emporter  par 
son  indignation,  et,  ne  sachant  ce  qu'elle  disait,  dans 
sa  douleur,  elle  s'écria  imprudemment:  «  S'ils  ne  sont 
pas  élevés  au  trône,  j'aime  mieux  les  voir  morts 
que  tondus.  »  Arcadius,  s'inquiétant  peu  de  sa  douleur, 
et  ne  cherchant  pas  à  pénétrer  ce  qu'elle  arrêterait 


150  MEURTRE  DES  FLLS  DE  CLODOMIR, 

avec  plus  de  réflexion,  revint  en  iiligence  près  des  deux 

rois,  et  leur  dit  :  «  La  reine  donne  son  assentiment  à 
VOS  projets,  et  permet  que  vous  acheviez  ce  que  vous 
avez  commencé.  »  Aussitôt  Clotaire,  saisissant  par  un 
bras  l'aîné  des  enfants,  le  jeta  à  terre,  et,  lui  enfonçant 
son  couteau  dans  Taisselle,  le  tua  implLoyabiement.  A 
ses  cris,  son  frère  se  jeta  aux  pieds  de  Chîld'ebert,  et, 
lui  prenant  les  genoux,  il  s'écriait  avec  des  larnies: 
€  Secours-moi,  mon  père,  pour  que  je  ne  meure  pas 
comme  mon  frère,  i»  Childebert,  le  visage  couvert  de 
,  larmes,  dit  à  Clotaire:  a  Mon  cher  frère,  aie  la  généro- 
sité de  m'^ccorder  sa  vie;  et,.si  tu  veux  ne  pas  le  tuer, 
je  te  donnerai,  pour  le  racheter,  ce  que  tu  voudras.  » 
Mais  Clotaire,  raccablant  d'injures,  lui  répondit:  «  Re- 
jette-le loin  de  toi,  ou  tu  vas  mourhr  à  sa  place;  c'est 
toi  qui  nfas  excité  à  cette  affaire,  et  tu  es  si  prompt  à 
manquer  de  foi  !  )^  Childebert,  à  ces  paroles,  repoussa 
Tenfant  et  le  jeta  à  Clotaire,  qui,  le  recevant,  lui  en- 
fonça son  couteau  dans  le  côté  et  le  tua,  comme  il  avait 
fait  de  Taîné.  Us  égorgèrent  ensuite  les  serviteurs  et  les 
gouverneurs;  et  après  qu'ils  furent  morts,  Clotaire, 
montant  à  cheval,  s'en  alla,  sans  paraître  aucunement 
troublé  du  meurtre  de  ses  neveux;  Childebert  se  retira 
dans  les  faubourgs.  La  reine,  ayant  fait  déposer  ces  pe<-  . 
tîts  corps  dans  un  cercueil,  les  conduisit,  av  ec  beaucoup 
de  chants  pieux  et  une  immense  douleur,  àlu  basilique 
deSaint-Pierreji»oÙ4)n  les  enterra  tous  deux  ensemble. 
L'nn  avait  dix  ans  et  Tantrc  sept.  Le  troisième,  Clo- 
doaldy  ne  put  élre  pris,  et  fut  sauvé  par  le  secours 


I 


SAINT  OltéGOIRE  DE  LAN6RES.  ISl 

de  gens  courageux.  Dédaignant  un  royaume  terrei- 
ire^  il  se  consam  à  Dleo,  si»  coupa  les  cheveux  àe 
sa  propre  main^  entra  dans  le  clergé^  persista  dans 
les  bonnes  œuvres,  et  mourut  prêtre  ^  Les  deux 
'  reia  «e  partagèrent  par  portions  égstes  le  rof aame 
de  Clodomir. 

La  reine  Clotilde  déploya  de  telles  vertus  qu'elle  se 
fit  honorer  de  tous.  On  la  vit  constamment  répandredes 

aumônes,  consacrer  ses  nuits  à  la  prière  et  donner 
Texemple  de  la  chasteté  et  de  toutes  les  vertus;  elle 
pourvut  de  domaines  les  églises^  les  monastères  et  tous 
les  lieux  saints  de  ce  qui  leur  était  nécessaire,  distri*- 
buant  ses  largesses  avec  générosité^  en  sorte  qu'  alors 
on  ne  la  considérait  plus  comme  une  reine,  mais 
comme  une  servante  spéciale  du  Seigneur^  dévouée  à 
son  service  assidu.  Ni  la  royauté  de  ses  flls>  ni  Fambi- 
tfon  du  siècle,  ni  le  pouvoir,  ne  l'entraînèrent  à  la 
perdition,  et  son  humilité  la  conduisit  à  la  grâce.  ^ 
XIX.  —  Le  bienheureux  Grégoire*,  prêtre  renonmié 
du  Seigneur,  était  alors,  dans  la  ville  de  Langres,  illustre 
par  ses  vertus  et  ses  miracles.  Puisque  nous  parlons  de 
ce  pontife,  il  ne  sera  pas  déplacé;  Je  pense,  de  donner 
la  description  de  Dijon,  où  il  vivait  habituellement. 
C'est  une  place  forte  entourée  de  murs  très-solides,  s'é- 
levant  au  milieu  d'une  plaine  riante,  dont  les  terres 
sont  fertiles  et  si  productives  qu'il  suffit  de  labourer 

« 

*  Ce  fut  lui  qui  fonda  à  Noinenium  OU  Novigentum,  près  Paris, 
ce  fameux  nionastèro  qui  a  donnô  son  nom  à  Saint-ClOttd. 
»  C  est  un  aïeul  de  Grégoire  de  Tours. 


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m  LE  CUATBf  U  D£  J)IJON. 

une  seule  fois  la  ferre ^  ayant  les  semailles,  pour  y 
faire  venir  les  plus  riches  moissons;  au  uiidi  coule  la 
mière  d'Ouche^  très-poissonoeuse;  du  nord  vient  une 
antre  petite  riTière  qui  entre  par  une  des  portes^  passe 
sous  ua  poûtj  ressort  par  une  autre  porte  et  entoure  les 
remparts  de  son  eau  rapide  ^  £Ue  fait^  devant  la  porte, 
tourner  plusieurs  moulins  avec  une  étonnante  rapidité. 
Dijon  a  quatre  portes,  situées  vers  les  quatre  points 
de  rhorizon.  Ses  murs  sont  fortifiés  de  trente-trois 
tours;  ils  sont,  jusqu'à  la  hauteur  de  vingt  pieds, 
construits  eu  pierres  de  taille,  et  ensuite  en  pierres 
plus  petites.  Ils  ont  en  tout  trente  pieds  de  haut  et 
quinze  d'épaisseur.  J'ignore  pourquoi  ce  lieu  n'a  pas 
reçu  le  nom  de  ville;  il  a  dans  son  territoire  des  sources 
précieuses;  du  côté  de  Foccident  sont  des  montagnes 
très-fertiles,  couvertes  de  vignes,  qui  fournissent  aux 
babilants  un  si  noble  falcrne  qu'ils  dédaignent  le  vin 
de  Ghâlon.  Les  anciens  disent  que  ce  chftteau  fui  bàli 
par  1  empereur  Aurélien. 

XX.  — Thierry  avait  fiancé  son  fils  Ihéodebert  'à  Wi- 
iigarde,  fille  d'un  roi*. 

XXI.  —  Après  la  mort  de  Clovis,  les  Gotbs  avaient 
envahi  une  partie  de  ses  conquêtes.  Thierry  envoya 
donc  Tbéodebert,  et  Glotaire  envoya  Gonthaire,  l'aîné 

'  La  correction  adoptée  par  MM.  Guadet  etTaranne,  qui  rem- 
placent pliwMUi  dan  s  le  texte  par  ropida,  nous  aeinbie  très-accep- 
table  ;  cette  seconde  épithète  convient  mieux  au  Suzon  qui  est 
un  torrent,  et  se  trouve  plus  en  accord  que  la  première  avec  la 

phrase  qui  suit. 

De  Wuccuu,  roi  dc:^  Luiubardâ.' 


4 


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1- 

ÏH£OÛ£BEKX  EX  D£UÏ£K1£.  ISS 

de  ses  fis  pour  les  recouvrer.  Mais  Gouthairet  arrivé 
à  Rodez^  s'en  retourna ,  je  ne  sais  pourquoi.  Jhéode* 

bert,  poursuivant  sa  route  jusqu'à  la  ville  de  BczierSj 
prit  le  château  de  Die,  et  y  fit  du  butin.  Il  envoya  en- 
suite vers  un  autre  château,  appelé  GabrièresS  des  mes- 
sagers chargés  de  dire  de  sa  part  que,  si  ou  ne  se  sou- 
mettait pas>  il  brûlerait  le  château  et  emmènerait  les 
habitants  en  captivité. 

XXII.  —  Là  se  trouvait  une  femme,  nommée  Deu- 
iérié^  sage  et  de  bon  conseil^  dont  le  mari  était  mort  à 
Béziers.  Elle  envoya  au  roi  des  messagers  qui  lui  dirent: 

«Personne,  ô  très-pieux  seigneur,  ne  peut  le  résister; 
nous  te  reconnaissons  pour  notre  maître;  viens ,  et  qu'il 
en  soit  fait  ainsi  qu'il  le  sera  agréable,  d  Théodebert  vint 
au  château,  il  y  fut  reçu  pacifiquement^  et  voyant  que 
les  gens  se  soumettaient,  il  ne  fit  aucun  mal.  Deutérie 
marcha  à  sa  rencunlre,  et  la  voyant  belle,  épris  d'a- 
mour pour  elle,  il  la  fit  entrer  dans  son  lit. 

XXIII.  ^Dans  ce  même  temps,  Thierry  fit  périr  par  le 
glaive  son  parent  Sigivald,  et  envoya  secrètement  vers 
Théodebert  pour  qu'il  fît  mourii*  Givald,  fils  de  Sigi- 
vald,  qui  raccompagnait;  mais  Théodebert,  qui  l'avait 
tenu  sur  les  fonts  de  baptême,  ne  voulut  pas  le  faire 
périr.  Il  lui  donna  même  à  lire  la  lettre  qu'A  avait 
reçue  de  son  père;  ce  Fuis,  lui  dit-il,  car  mon  père  m'a  - 
ordonné  de  té.  tuer;  lorsqu'il  sera  mort  et  que  tu  ap« 
prendras  que  je  règne,  tu  reviendras  vers  moi  sans 
crainte.  »  Givald  le  remercia,  lui  4it  adieu  et  partit» 

t  D«af ,  Caprturia  etMra  (V.  la.  GéographM\, 


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154  MORT  DE  THIERRY. 

Théodebert  faisait  alors  le  siège  de  la  ville  d'Arles/ 

dont  les  Gotlis  s'étaient  emparés.  Givakl  s'y  réfugia, 
mais  s'y  trouvant  peu  en  sûreté^  il  alla  se  cacher  jus* 
qu'en  Italie.  Cependant,  on  vint  annoncer  à  Théode- 
bert  que  son  père  était  dangereusement  malade;  que, 
8^il  ne  se  hâtait  pour  le  trouver  encore  en  vie,  il  jserail 
dépouillé  par  ses  oncles,  et  qnll  ne  fallait  pas  qu'il  s'en- 
gageât plus  loin.  A  ces  nouvelles,  Théodebert  aban- 
donna tout  et  partit  pour  aller  vers  son  père>  laksant 
Deuléric  et  sa  fille  à  Clermont.  Thierry  mourut  quel- 
ques jours  a[)rès  l'arrivée  de  son  fils,  daus  la  vingt-troi- 
sième année  de  son  règne  ^;  €hildebert  et  Clotaire  s^u- 
nirent  contre  Théodebert,  et  voiiliircni  lui  enlever  son 
royaume;  mais  il  les  apaisa  par  des  présents^et,  appuyé 
par  ses  leudes,  il  fut  affermi  dans  sa  royauté,  n  ^voya 
ensuite  chercher  Deutéric  à  Clermont,  et  l'épousa. 
•  XXIY.  —  Ghildebertj  voyant  qu'il  ne  pouvait  l'em- 
porter sur  Théodebert,  lui  envoya  une  ambassade  pour 
l'engager  à  venir  le  trouver,  lui  disant:  a  Je  n'ai  pas  de 
fils,  je  désire  te  traiter  comme  si  tu  étais  le  mien.  »  Ët 
Théodebert  éfant  venu,  il  le  combla  de  tant  de  présents 
que  tout  le  monde  fut  dans  l'admiration.  Il  lui  donna  en 
effet  trois  paires  de  toutes  chose?  utiles,  tant  armes  que 
vêtements  et  joyaux  qui  conviennent  aux  rois.  Il  lui 
donna  de  même  des  chevaux  et  des  colliers.  Givald, 
apprenant  que  Théodebert  était  entré^en  possession  du 
royaume  de  son  père,  revint  d'Italie  le  trouver  ;  celui- 
ci,  se  réjouissant  et  l  embrassant,  lui  donna  le  tiers  di^ 

l  En  534.  •  ^ 


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DEUTÉRIB  TUB  SA  FILLE.  156 

présents  de  son  oncle,  et  ordonna  qu'on  lui  rendît,  det 
'  biens  de  son  père  Sigivald,  tout  ce  qui  en  était  entré 
dans  le  fisc. 

XXV.  —  Théodebert,  affermi  dans  son  royaume,  s'il- 
lustra par  ses  exploits  et  ses  vertus;  il  gouvernait  ses 
États  avec  justice,  respectait  les  prêtres,  enrichissait  les 
égUses,  secourait  les  pauvres,  et  distribuait  des  lar- 
gesses d'mie  main  compatissante  et  libérale.  Il  remit 
généreusement  anx  Églises  d'Auvergne  tout  le  tribqt 
qu'elles  payaient  à  son  fisc. 

XXVL-«-Deutérie  voyant  sa  fille  devenue  grande» et 
craignant  qu'elle  n'exeltftt  les  désirs  da  roi  et  quil  ne  lu 
prit  pour  lui,  la  ût  monter  dans  une  bastarne  attelée  de 
bœufe  indomptés,  qui  la  précipitèrent  du  haut  d'un  pont 
dans  le  fleuve  où  elle  périt.  Cela  se  passait  à  Verdun. 

XXYIL—U  y  avait  déjà  sept  ans  que  Tbéodebert  était 
fiancé  à  Witigarde/et  qu'il  refusait  de  la  recevoir  à 
cause  de  Deulérie;  mais  les  Francs  le  blâmaient  una- 
nimement de  ce  qu'il  avait  abandonné  son  épouse.  Irrita 
du  crime  de  Deutérîe,  il  la  quitta,  bien  qu'il  en  eût 
un  ûis^  nommé  Tiicodobold^  et  épousa  Witigarde.  11 
ne  la  conserva  pas  long-temps^  elle  mourut,  et  il  ea 
prit  une  autre,  mais  jamais  il  ne  retourna  à  Deutérie. 

XXV  i  1 L— Cependant  ChiidebertetTliéodebert  mirent 
en  mouvement  leur  armée,  et  se  disposèrent  à  marcher 

/  contre  Clotnire  ;  celui-ci,  à  celte  nouvelle,  jugeant  qu'il 
«n'était  pas  de  force  à  se  déleadre  contre  eux,  se  retira 
dàns  une  forêt  où  il  fit  de  grands  abattis,  mettant  tout 

son  espoir  en  la  miséricorde  de  Dieu.  La  reine  Clolilde 


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156  CHILDEBERT  ET  THÉODEBERT  CONTRE  CLOTAIRE. 

ayant  appris  ces  dissensions  *  se  rendit  au  tombeau  du 
bienheureux  Martin»  s'y  prosterna  en  oraisons  et  passa 
toute  la  nuit  à  prier  qu'il  ne  s'élevât  pas  une  guerre  ci- 
vile entre  ses  fils.  Les  deux  rois,  arrivant  avec  leur 
armée^  entourent  Clolaire  dans  la  pensée  de  le  tuer  le 

lendemain;  mais  au  matin>  une  tempête  s'éleva  dans  le 
lieu  où  ils  étaient  rassemblés,  emporta  les  tentes^  jeta 
le  désordre  et  bouleversa  tout.  Aux  éclairs  et  au  ton- 
nerre se  mêlait  une  pluie  de  pierres.  Ils  se  précipitèrent 
le  visage  contre  le  sol  couvert  de  grcie^  grièvement 
blessés  par  la  chute  des  pieirres,  car  il  ne  leur  restait 
pour  se  défendre  que  leurs  boucliers,  et  ils  avaient 
à  craindre  d'être  réduits  en  cendres  par  le  feu  du 
del.  Les  chevaux  furent  aussi  dispersés,  et  à  peine 
les  put-on  retrouver  à  la  distance  de  vingt  stades;  il  y 
en  eut  beaucoup  qui  furent  perdus.  Prosternés,  donc^ 
la  &ee  contre  terre,  et  meurtris,  ils  exprimaient  leur 
repentir,  et  demandaient  pardon  à  Dieu  d'avoir  entre- 
pris la  guerre  contre  leur  propre  sang.  Cependant  il 
ne  tomba  pas  une  seule  goutte  de  pluie  sur  Glotaire,  il 
n'entendit  pas  le  moindre  bruit  de  tonnerre,  et  au  lieu 
cil  il  était,  il  ne  se  fit  pas  sentir  le  moindre  souffle  de 
vent.  Ses  frères  envoyèrent  des  messagers,  pour  lui  de- 
mander de  vivre  en  paix  et  en  concorde;  ce  qu'ils 
<ri>tinrent,puis  ils  retournèrent  chez  eux.  Nul  ne  saurait 
douter  qu'il  n'y  eut  en  ceci  un  miracle  du  bienheureux 
Martin^  obtenu  par  Tintercession  de  la  reine. 

i  Nous  apprenons  par  les  Gesla  regum  francorum,  que  C6ile' 
forêt  «^appelait  Arelaunum,  (V.  la  Géographie.) 


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GHILDEBERT  ET  CLOTAIBE  EN  ESPAGNE.  157 

^  XXIX.  —  Ensuite  le  roi  Childebert  partit  pour  l'Es- 
pagne, de  concert  avec  Ciolaii  o,  et  tous  deux  entourèrent 
et  assiégèrent  ayec  leur  armée  la  Tille  de  Saragosse/. 
Mais  les  habitants  se  tournèrent  vers  Dieu  avec  une  pro- 
fonde humilité  ;  revêtus  de  cilices»  s'absteuant  de  maor 
ger  et  de  boire^  ils  se  mirent  à  faire  le  tour  des  murs 
en  chantant  tes  psaumes  et  portant  la  tunique  du  bien- 
heureux Vincent^  martyr.  Les  femmes  les  suivaient  en 
pleurant,  enveloppées  de  manteaux  noirs ,  les  cheveux 
épars  et  couverts  de  cendres,  comme  si  elles  assistaient 
aux  funérailles  de  leurs  maris;  et  toute  la  ville  avait 
tellement  mis  en  Dieu  ses  espérances,  qu'elle  paraissait 
célébrer  uii  jeûne  semblable  à  celui  de  Ninive^  et  les 
habitants  ne  croyaient  pas  qu'ils  pussent  avoir  autre 
chose  à  faire  que  de  fléchir  par  leurs  prières  la  miséri- 
corde divine.  Les  assiégeants,  qui  voyaient  les  assiégés 
toionier  sans  cesse  en  dedans  des  murs,  ne  sachant  ce 
qui  se  passait,  y;rurent  qu'ils  exerçaient  quelque  ma- 
léfice»  et,  ayant  pris  un  paysan  du  lieu,  ils  lui  deman* 
dèrent  ce  qu'on  faisait;  celui-ci  leur  répondit:  «Ils 
portent  la  tunique  du  bienheureux  Vincent,  et  le 
prient  de  demander  à  Dieu  d'avoir  pitié  d'eux.»  Les 
aîÉaègeanits  en  resseiitirent  de  la  crainte  ét s'éloignèrent 
de  la  ville.  Cependant  ils  conquirent  la  plus  grande 
partie  de  TEspaghe  et^çn  retournèrent  dans  les  Gaules 
'^vyH^ùèoup  de  dépouiUes. 

XXX.  —  Après  Anialarij;,  Théodat  fut  nommé  roi  en 
Eqngne.  U  Cii^jUié»  ci  on  éleva  à  la  royauté  Theudégisile. 


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.     1^8  LA  FILLE  DE  THEODORIC. 

Celui-ci  soupait  ua  jour,  célébrant  avec  ses  amis  un 
joyeux  festin,  quand  tout  à  coup  la  lumière  fut  éteinte; 
ses  ennemis  le  frappèrent  à  coups  d'épée,  et  il  mourut. 
Après  lui,  la  royauté  passa  à  Âgila,  car  les  Gotbs  avaient 
pris  cette  détestable  habitude,  lorsqu'un  de  leurs  rois 
ne  leur  plaisait  pas^  de  Tassaillir  à  main  armée  et  d'élire 
à  sa  place  celui  qui  leur  oonyenait. 

XXXI. — Théodoric,  roi  ditalie^  qui  avait  eu  en  ma- 
riage une  scBur  du  roi  Ciovis^  était  mort  laissant  sa 
femme  avec  une  fille  encore  enfant.  GeUe-ci,  devenue 
.  adulte,  repoussant  par  légèreté  d^esprit  les  cdnseils 
de  sa  ipère  qui  l'avait  voulu  pourvoir  d'un  fils  de  roi^ 
V*  •  fit  choii  d'un  de  ses  serviteurs,  nommé  Traguilan,  et 
s'enfuit  avec  lui  dans  une  ville  où  elle  espérait  pouvoir 
^  S0  défendre.  Sa  mère,  vivement  irritée,  lui  demanda 
de  ne  pas  déshonorer  sa  race,  jusqu'alors  si  noble,  de 
renvoyer  son  serviteur  et  de  prendre  un  homme  comme 
*  elle  de  race  royale  et  qu'elle  lui  avait  choisi.  Mais  celie- 
d  n'y  voulut  jamais  consentir.  Alors  sa  mère,  irritée, 
fit  marcher  contre  elle  une  armée  qui  tua  Traguilan  et 
ramena  la  fugitive  en  la  frappant  de  verges.  La  mère  et 
la  flUe  vivaient  l'une  et  l'autre  dans  la  secte  arienne  où 
il  est  d'usage,  lorsqu'on  se  présente  à  Tautel,  que  les 
rois  aient  un  calice  à  part  pour  communier,  et  le  peuple 
un  autre.  La  fille  mit  du  poison  dans  le  calice  où  sa 
mère  devait  communier;  celle-ci  mourut  aussitôt  après 
l'avoir  pris,  et  il  n'est  pas  douteux  qu'un  tel  crime  ait 
été  l'œuvre  du  diable  * .  Gomment  ces  misérables  héré- 

*  Ce  récit  de  Grégoire  de  Tours  est  coAiplétemeiit  faux  ;  Au* 


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THÊODAT.  m 

tiques  poiirraiont-ils  le  nier,  quand  Tennemi  trouve 
place  parmi  eux  jusque  dans  rEucbarisiie  ?  Nous  qui 
confessons  une  senle  Trinité  égiie  en  rang  et  en  ionto 
puissance,  (piand  au  nom  tlu  Père,  du  Fils  et  de  TEsprit 
saint.  Dieu  veriiabie  et  incorruptible,  nous  avalerions 
k  poison  mortd,  il  ne  nous  ferait  point  de  md. 

Les  Italiens,  indignés  l  onfre  cette  femme,  appelèrent 
.  Théodaty  roi  de  Toscane  %  et  relevèrent  è  la  royauté. 
Lorsqu'il  eut  api)ri8  comment,  après  s'être  livrée  à  an 
serviteur,  cette  impndicîuc  s'était  rendue  coupable  de 
parricide,  ilûtcbauiler  un  bain  avec  excès,  et -ordonna 
qu'elle  y  fut  enfermée  avec  une  domestique.  Aussitèt 
qu'elle  fut  entrée  dans  cette  vapeur  brûlante,  elle  tomlit 
sur  le  pavé  morte  et  consumée. 

Les  rois  Childebertet  GloCaire,  ses  cousins  germains, 
ainsi  que  Théodebert,  ayant  appris  par  quel  supplice 
honteux  on  l'avait  fiait  périr»  envoyèrent  uneamhas* 
sade  à  Théodat  pour  lui  reprocher  sa  mort  et  lui  dire  : 
a  Si  tu  ne  composes  pas  avec  nous  pour  ce  que  tu  as 
fait,  nous  prendrons  ton  royaume  et  te  condamnerons 
à  la  même  peine.  »  Effrayé,  il  leur  envoya  cinquante 
mille  pièces  d'or.  Cbildebert.  toujours  envieux  et  plein 
de  mauvaise  volonté  envers  Glotaire,  s'étant  uni  à  son 

doflëde,  sœur  de  Clovis  et  femme  de  Tht'odoric,  était  morte 
avant  son  mari.  Thcodoric  ne  laissa  qu  une  fille,  Amalasonthe, 
▼euv6  elle-même  à  cette  époque,  et  qui  gouTerna  sagement  le 
rojaiime  des  Ostrogoths,  au  nom  de  son  jenne  fils  Athalario. 

L'ayant  perdu  en  534,  elle  associa  à  rempir(3  son  cousin  Théo- 
dat ou  Theud6ï!,  qui,  voulant  régner  seul,  la  lit  étrangler  dans 

une  île  du  lac  de  Bolst-nc.  Quelque  bruit  confus  avait  ]^roba- 
blemcnt  iourm  à  Grégoire  de  Tours  cette  occasion  d'iœjputer 
à  des  Ariens  i.n  crime  de  plus, 
i  Tuseia, 


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160  TilÉODEBEllT  EN  ITALIE. 

neveu  Théodebert^  partagea  Tor  avec  lui  et  n'en  vouliit 
rien  donner  au  roi  Clotaire;  mais  celui-ci  se  jeta  sur 

les  trésors  de  Clodomir,  et  fit  subir  a  ses  frères  un 
préjudice  plus  grand  que  celui  qu'ils  lui  avaient  causé. 
XXXIL  —  Théodebert  descendit  en  Italie  S  et  y  fit  de 

grandes  connuùtes;  mais  comme  celte  région  est,  dit-on, 

malsaine,  son  armée  fut  tourmentée  par  diverses  sortes 
de  fièvres;  il  perdit  un  grand  nombre  d^hommes  et  sévit 
obligé  de  revenir,  rapportant,  ainsi  que  les  siens,  beau-  ^  ^ 
coup  de  butin*.  On  dit  bien  qu'il  s'avapça  alors  jusqu'à 
Pavie,  où  il  envoya  plus  tard  Bucoelin  qui,  s'étant  em- 
paré de  la  haute  Italie  et  Tayant  réduite  sous  la  puis- 
sance desdits  rois,  marcha  vers  la  basse  Italie',  où  U 
combattit  dans  un  grand  nombre  d'occasions  contre  Bé-  • 
lisaire,  etobliut  la  victoire.  Ce  que  voyant  l'empereur, 
irrité  de  ce  que  iiéiisaire  était  vaincu  si  souvent,  le  rem- 
plaça [)ar  Narsès  ;  et,  comme  pour  humilier  Bélisaire,  il 
le  remit  dans  son  ancienne  place  de  comte  des  écuries  \ 

>  En  539. 

-  ïhéodebert  était  entré  en  Italie  comme  allié  des  deux 
peuples  qui  se  la  disputaient  alors,  les  Ostrogoths  et  les  Grecs. 
Jl  avait  promis  ses  secours  à  l'un  et  à  l'autre  et  il  les  combattit 
tous  deux,  uniquement  occupé  de  luire,  pour  son  propre 
compte ,  des  conquêtes  et  du  butin.  Cependant  le  résultat  de 
cette  expédition  fut  la  cession  au  rot  franc  des  provinces  que  ^ 
possédaient  encore  les  Ostrogotbs,  et  que  réclamaient  toujours 
les  empereurs  de  Constautinople»  dans  le  midi  de  la  Ganle. 
Yitigès,  roi  des  Ostrogoths,  en  fit  l'abandon  à  Tbéodebert,  en 
536,  et  Justinien  le  confirma,  en  540,  en  renonçant  ibrmeUe- 
ment  à  tous  ses  droits. 

3  Italia  minor  et  IlaJia  major.  Je  crois  que  ces  mots  désignent 
la  Cisalpine,  c'ebt-à-dire  lu  haute  Italie  et  l'iialie  romaine  ou 
basse  Italie. 

^  Cornet  êtàbvlû  qu'on  ne  peut  pas  encore  traduire  par  conné» 


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A8TÉRIOLB  ET  SECONDIN.  m 

Buccelin  livra  de  grands  combats  à  Narsès,  prit  toute 
ritalie  et.  s'étendit  jusqu'à  la  mer.  Instruit  parNarsès 
de  ces  sucoès>  Tempereiir  prit  à  sa  solde  des  étrangers^ 
et  envoya  du  secours  à  son  générai  qui  lut  encore 
vaioca  et  se  retira.  Après,  quoi  Buccelin  occupa  la  Si- 
cile, et  y  leva  des  tributs  qu'il  fit  parvenir  au  roi.  U  fàt 
très-heureux  dans  ces  diverses  entreprises  * . 

XXXIIL— AstérioleetSecondinjouissaientalorsd'un 
gi'and  crédit  auprès  du  roi.  Tous  deiix  étaient  savants 

et  profondément  versés  dans  la  rhétorique  ;  mais  Se- 

oondin  avait  été  plusieurs  fois  envoyé  par  le  roi  vers 

table,  parce  que  cette  charge  ne  comportait  pat  alors  lot 

attributions  qu'elle  reçut  plus  tard. 

1  Les  (' v-i'iicmcnls  sont  dcTigurc's  et  les  temps  confondus 
dans  ce  récit  :  1"  Ce  ne  fut  point  sous  le  ^^gnc  de  Théodcbert, 
mais  eu  553,  sous  celui  de  sou  fils  Théotiebaid,  qu'eut  lieu  la 
grande  expédition  dont  parle  ici  Grégoire  de  Tours ,  et  dans 
laquelle  les  bandes  barbares,  sous  la  conduite  de  Buccelin  et 
de  Leutharis ,  pénétrèrent  jusqu'à  l'extrémité  de  l'Italie.  En  ' 
5J0,  Théodebert  se  retirant  d'Italie  y  avait,  à  la  Térité,  laissé - 
ou  renvoyé  le  duc  Buccelin  à  la  tète  d'une  armée;  mais  rien 
n'indique  qu'à  cette  époque  les  Francs  aient  dépassé  les  con- 
trées septentrionales;  "2»  tout  porte  à  croire  que  Buccelin,  duc 
des  Alaniaiis  placés  sous  la  douiinaiion  des  rois  d'Austrasie,  en- 
treprit la  seconde  expédition,  non  par  ordre  du  roi  Théodebald, 
mais  pour  son  propre  coiiipte  et  à  la  téte  d'une  multitude  de 
barbares  qu'attirait  en  Italie  le  désir  du  pillage  comme  aux 
premiers  temps  de  leurs  inrasions  dans  l'empire;  S* enfin  Buc- 
celin ne  fut  point  toujours  vainqueur  des  Grecs  et  de  Narsës, 
il  succomba  au  contraire  près  de  Capôue,  comme  le  dit  ailleurs 
Grégoire  îui-ni(^me,  et  fut  tué  dans  la  bataille.  Plusieurs  autres 
chefs  francs,  alamans,  thunngiens,  se  ruèrent,  vers  la 
m^nie  époque,  sur  l'Italie,  appelés  tantôt  par  les  Ostrogoths, 
tantôt  par  les  Grecs,  et  ne  servant  ni  l'un  ni  l'autre  parti.  La 
guerre  et  le  climat  dévorèrent  ces  bandes  errantes,  qui  ne  for^ 
mèrent  aucun  établissement;  et,  s'U  faut  en  croire  Agathias, 
il  ne  resta  de  celle  de  Buccelin  que  cinq  hommes  qui  parriii- 
rent  seuls  à  retourner  dans  leur  pays. 


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m  UBÈRAÎATÈ  DE  THÉOBEBÈRT. 

remperour  el  il  en  uTéii  pris  vn  orgueil  qu'il  montraii 

souvent  hors  de  propos.  Telle  fut  entre  lui  et  Asté- 
riolâ  la  cause  d'un  cruel  différend  qui  alla  au  point 
que,  des  argumentations  yerbàles,  ils  en  tinrent  à  se. 
déchirer  à  belles  mains^  Le  roi  ayant  rétabU  la  paix^ 
Secondin  n'en  censara  pas  moins  un  grand  ressenti- 
ment d'aYoir  été  battu;  de  sorte  qu'il  s'éleva  entre 
eux  une  nouvelle  querelle,  dans  laquelle  le  roi, 
l^nant  le  parii  de  Secondin  lui  soumit  Âstériole. 
Celui-ci  fut  grandement  abaissé  et  dépouillé  de  ses  di- 
gnités. 11  y  fut  rétabli  cependant  par  Wiligarde.  Après, 
la  mort  de  cette  reine^  Secondin  s'éleva  de  nouYeaa 
contre  lui,  elle  tua.  Mais  Astériole  laissa  en  mourant 
un  01$  qui|  parvenu  à  l'âge  d'homme^  résolut  de  venger 
son  père.  Alors  Secondin>  saisi  defrayenr>  se  mit  à  fuir 
de  place  en  place,  et  voyant  qu'il  ne  pouvait  éviter  la 
poursuite  de  son  ennemi,  il  s'empoisonna^  dit-on,  pour 
ne  pas  tomber  entre  ses  mains. 

XXXI V.— Désiré,  évêque  de  Verdun,  que  Thierry 
avait  pouMoM  de  ses  persécutions»  ayant,  après  beau* 

coup  de  calamités,  de  malheurs  et  de  pertes,  recouvré, 
par.  la  volonté  de  Dieu,  sa  liberté  et  son  évêché,  habi- 
tait, ainsi  que  nous  Favons  dit,  la  ville  de  Verdun. 
Voyant  les  habitants  pauvres  et  dénués  de  tout,[il  s'affli- 
geait sur  eux;  mais,  comme  11  avait  été  privé  de  ses 
biens  par  Thierry  et  n'avait  pas  de  quoi  les  soulager, 
il  envoya  un  message  au  roi  Théodebert  dont  il  con- 
naissait envers  tous  la  compassion  et  la  miséricorde,  et 
lui  fit  dire  :  f  La  renommée  de  ta  bonté  est  répandue 


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MEURTRE  DJS  8IRIVÀLD. 

par  toute  la  terre,  et  ta  bienfaisance  est  telle  que  ta 

donnes  mcine  à  ceux  qui  ne  te  demandent  pas.  Si  tu 
as  quelque  argent^  j'implore  ta  charité  et  le  prie  ^ 
vouloir  bien  nous  le  prêter,  afin  que  nous  poifisimiB 
secourir  nos  concitoyens  j  les  connnoi^ants  de  notre 
cité  répondront^  ainsi  que  cela  se  (ait  ailleurs^  et  nous 
te  rendrons  ton  argent  avec  un  légtUme  intérêt.  » 
Alors  Tiiéodebert,  ému  de  compassion^  lui  envoya  sept 
mille  pièces  d'or.  L'évéque»  les  ayant  prises,  les  partagea 
à  ses  concilovcns.  Les  conmiercants  devinrent  ricbes 
par  ce  moyen  et  le  sont  encore  aiyourd'biû;  el>  lora^e 
révéque  rapporta  Targent  qu'il  avait  emprunté,  le  Tçà 
lui  répondit  :  a  Je  n'en  ai  pas  besoin  ;  il  siltiit  qi^^j 
par  tes  soins  et  par  mes  largesses,  les  pauvres  qu'apoir 
blait  la  misère  aient  été  soulagés;  »  et  par  l^t  abandon^ 
il  enrichit  les  citoyens  de  Verdun. 

XXX Y.-— Cet  évéque  étant  mort  dans  ladite  ville,  on 

mit  à  sa  place  un  nommé  Agéricus,  citoyen  de  Verdun. 
.  Or  le  fils  de  celui-ci,  Siagrius,  se  rappelant  les  injures 
qu'avait  subies  son  père,  et  comment^  accusé  par  Siri» 
vald  auprès  du  roi  Tiiierry,  il  avait  été  non-seulement 
dépouillé,  mais  encore  mis  à  la  torture,  attaqua  Siri«> 
vald  à  main  armée,  et  le  tua  de  la  manière  suivante: 
vers  le  matin,  par  un  brouillard  épais,  et  lorsqu'à  peine 
les  ténèbres  permettaient  de  rien  distinguer,  il  se  ren- 
dit  à  une  maison  de  campagne,  appelée  Fleury*,  et  si- 
tuée dapsle  terri tcûre  de  Dijon,  où  résidait  son  ennemi. 
Un  des  amis  de  la  maison  étant  sorti,  Ils  crurent  qiKi 

i  FloricLcus  in  ierritorio  Divionensi.  (Y.  Gécgr.) 


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164  MORT  DE  THÉODEBERT. 

C'était  Sirivald  lai-même,  et  le  tuèrent;  et  comme  ils 

s'en  revenaient  joyeux  d'avoir  triomphé  de  leur  ennemi^ 
un  des  gens  de  la  maison  leur  apprit  qu'ils  n'avaient 
pas  tué  son  maître,  mais  un  homme  de  sa  dépendance  i 
alors  ils  retournèrent  sur  leurs  pas;  et,  ayant  trouvé 
le  cabinet  dans  lequel  Sirivald  avait  coutume  de  dor- 
mir, ils  en  attaquèrent  la  porte  sans  pouvoir  pendant 
longtemps  l'enfoncer;  enUa  ils  démolirent  un  des  côtés 
du  mur,  pénétrèrent  dans  rintérieur  et  massacrèrent 
Sirivald.  Cette  mort  suivit  celle  de  Thierry. 

XXX  V  L^e  fut  vers  ce  iem  ps  que  le  roi  Tbéodebert 
commença  à  tomber  malade.  Les  médecins  employèrent 
auprès  de  lui  tout  leur  art^  mais  rien  n'y  servit^  car 
Dieu  avait  résolu  de  l'appeler  à  lui.  Ainsi  donc,  après 
avoir  été  malade  longtemps,  succombant  à  son  mal,  il 
rendit  Fâme.  Les  Francs  avjiient  une  grande  haine  contre 
Partbénius,  parce  que  sous  ledit  roi  il  leur  avait  imposé 
des  tributs,  et  ils  commencèrent  à  le  poursuivre.  Se 
voyant  en  péril,  il  s'enfuit  de  la  ville,  et  supplia  deux 
évéques  de  le  conduire  à  Trêves^  et  de  réprimer  par 
leurs  exhuiialioiis  la  sédition  d'un  peuple  furieux.  Pen- 
dant le  voyage,  la  nuit,  taudis  qu'il  était  dans  son  lit^ 
tout  à  coup  en  dormant  il  s'écria  à  haute  voix  :  «  Hélas  I 
hélas  !  secourez-moi,  vous  qui  êtes  ici,  venez  à  l'aide 
d'un  homme  qui  périt.  »  Aces  cris,  ceux  qui  étaient 
dans  la  chambre  salant  éveillés  lui  demandèrent  ce 
que  c'était,  et  il  répondit  :  a  Ausanius,  mon  ami,  et  Pa- 
pianilla,  ma  femme,  que  j'ai  tués  autrefois,  m'appe- 
laient en  jugement,  en  disaiït  :  Viens  répondre,  car 


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MEURTRE  DE  PARTHî:NIUS.    "  165 

nous  t'accusons  dcTant  Dieu.  »  £a  effet»  pressé  par  la 
jalousie^  il  avait^  quelques  années  auparavant,  tué  in- 
justement sa  femme  et  son  ami.  Les  évêques,  étant  en- 
fin arrÎTés'à  Trêves,  et  .voyant  qu'ils  ne  pouvaient  ré- 
*sfster  à  hi  violence  de  la  sédition  populaire,  voulurent 
le  cacher  dans  l'église.  Ils  le  mirent  dans  un  coffre  et 
étendirent  sur  lui  des  vêtements  à  l'usage  du  culte.  Le 
peuple  entra  et  le  chercha  partout;  il  se  retirait  furieux, 
lorsq\i'un  de  la  troupe  conçut  un  soupçon,  et  dit: 
c  Voilà  un  coffire  dans  lequel  nous  n'avons  pas  cheiiché 
notre  ennemi.  »  Les  gardiens  affirmèrent  qu'il  n'y  avait 
dans  ce  coffre  que  des  ornenients  écclésiastiques;  mais 
les  séditieux  demandèrent  les  clefs,  disant  :  «  Si  vous  ne 
l'ouvrez  sur-le-champ,  nous  le  brisons.  »  Le  coiTre  fut 
donc  ouvert  ;  les  linges  écartés,  ils  y  trouvèrent  Parlhé- 
nîusetren  tirèrent^  s'applaudissant  de  leur  découverte 
et  répétant:  «  Dieu  a  livré  noire  ennenù  entre  nos 
mains.  »  Alors  ils  le  frappèrent  à  coups  de  poing,  lui 
crachèrent  au  visage  ;  et  lui  ayant  lié  les  bras  derrière 
le  dos,  ils  le  lapidèrent  contre  une  colonne.  Ce  Parthé« 
nîus  avait  été  d'une  grande  voracité;  et,  pour  pouvoir 
plus  promptement  recommencer  à  manger,  il  prenait 
de  i'aloès  qui  le  faisait  digérer  très-vite:  il  laissait 
échapper  en  public  le  bruit  de  ses  entrailles  sans  aucun 
respect  pour  ceux  qui  étaient  présents.  Yoilà  comment 
Be  termina  sa  vie. 

XXX  VIl.-^L'hiver  fut  cette  année  très-rigoureux  et 
plus  âpre  qu'à  Tordinaire  ;  si  bien  que  les  torrents  en- 
chaînés par  la  gelée  servaient  de  route  aussi  bien  que 


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.     m  THÉODEBALD. 

la  terre.  Connue  ilyavait  beaucoup  de  neige,  les  oiseaux, 

» 

aecabléd  fiar  \e  froid  tl  la  faim ,  se  laissaient  prendre  à 

la  main  et  sans  qu'on  eût  besoin  de  leur  tendre  des 
piégea.  On  compteirente-sept  ans.de  la  mort  de  Clovis  | 
jusqu'à  celle  de  ThéodebeH.  Théodebert  étant  mort  la 
quatorzième  année  de  son  règne  S  Théodebald  son  iils 
régna  en  sa  place. 

>  Vers  548. 


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LIVRE  IV 


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SOMMAIRE  DU  LIVRE  IT, 


'  1.  Mort  40  la  leine  Dotnde.-*ii.  Le  roi  Clotaire  veat  enlerer  «iz  ëgUsM 
le  tien  de  leurs  Tevenat.— m.  Ses  fénmes  et  ses  flls.— Les  comtes  de 

Bretagne.~V.L'éTêque  saint  GelLi—Ti.  Le  prêtre  Galon.— th.  Episcopatde 
Cautin.— VIII.  Les  rois  d'Espagne. — ii.  Mort  du  roi  Théodebald.— i.  Rébel- 
lion des  Saxons*— ZI.  Par  ordre  du  roi,  Tours  demande  Caton  pour  évèque* 
«sii.LeprètreAnMtase.— «XII.  Légèreté  et  orine  deQmmne;  Centinet 
Dimiii—- xiT.  Seconde  expédition  de  Clotaire  contrôles  Saxons.— zv.  Épis- 
copat  de  saint  Euîthronius.—xvi.Cbramne  et  ses  partisans;  ses  excès;  ilvaà 
Dijon.— xvii.  Chrumne  passe  à  Childebert.— xviii.  Le  duc  Austrapius. — 
Zix.Mort  et  sépulture  de  révèque  saint  Médard.— xx.  Mort  de  Childebert 
et  fin  de  GShramne.— zxi.  fifort  do  roi  Clotaire.— zxti.  Portage  da  royamne 
entre  ses  fil». — ^zzm.  Sighebert  marche  contre  les  Huns  et  Chilpéricen- 
vahit  ses  citt'S. — xxiv.  Patriciat  de  Colse. — xxv.  Epouses  de  Gontran.— 
"^^.^  zzvi.  Epouses  de  Caribert. — xxvii.  Sighebert  prend  pour  femme  Brune- 
haut — zzvin.  Épouses  de  Chilpéric.— zziz.  Seconde  guene  de  Sighebert 
contre  les  Hons.'«-3Xz.  Les  Arremes  vont,  par  Tordre  de  Sii^Mbert,  pour 
B*emparer  de  la  ville  d'Ârlea. — zxxi>  Do  château  de  Tauredan  et  d'autres 
signes. — xxxii.  Le  moine  Julien. — xxxiii.  L'abbé  Suniiilfe. — xixiv.  Le 
moine  de  Bordeaux. — xxxv>  Épiscopat  d'Avitus  d'Auvergne.— xxxvi. Saint 
Nisier  à  Lyon.— xxxvn.  Leredos  saint  Friard.— zizTin.  Rots  d'Espagne. 
<i— zxxix.  L'empereur  Justiu.—XL.  Mort  de  PÉlladius  d'Auvergne.— ^u*  ' 
Alboin,  avec  les  Lombards,  occupe  l'Italie. — xlii.  Origine  d'Kiinius,  sur- 
nommé Mummole. — zliii.  Guerres  de  Mummole  contre  les  Lombards. — 
ZLiT.  L*arebidiacre  de  Uafseille^xLT.  Les  Lomhardt  et  Mummole.— xlti. 
Mummole  vientb  Tours.— xLvii.  Fin  d'Andavohius.— nmi.  Invaatoi»  do 
Théodebert.— xLii.  Monastère  de  la  Latte — l.  Autres  actions  de  Sighebert; 
il  entre  dans  Paris. —  li.  Chilpéric  s'allie  à  GrOQtrao;  mort  de  SOU  fila 
Théodebert.— ui.  Mort  du  roi  Sighebert. 


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LIVRE  QUATRIÈME 


I.— La  reine  Glotilde^  pleine  de  jours  et  riche  debonnes 
CBmreSy  nnoarat  à  Tours^  m  temps  de  Férêque  Injurio- 
sus  elle  fut  transportée  à  Paris^  suivie  d'un  chœur 
nombreux  qui  chantait  des  cantiques  sacrés,  et  ense- 
'velie  par  ses  fils,  le  roî  Childebert  et  Glotaire,  dans  le 
sanctuaire  de  la  basilique  de  Saint-Pierre^  à  côté  du  roi 
QoYîs.  EUe  avait  construit  cette  basilique^  où  est  ense- 
velie aussi  la  bienheureuse  Geneyièye. 

II —  Le  roi  Glotaire  avait  récemment  ordonné  que 
les  églises  de  son  royaume  payeraient  an  fisc  le  tiers 
de  leurs  revenus.  Tous  les  évêques  ayant,  bien  contre 
leur  gré,  consenti  et  souscrit  à  ce  décret,  le  bien-- 
heureux  Injurlosas  sTy  refbsa  courageusement,  disant 
avec  indignation  :  a  Si  tu  veux  prendre  ce  qui  est  à 
Dieuy  le  Seigneur  te  ravira  promptement  ton  royaume;  ' 
car  il  est  injuste  que  tu  remplisses  tes  greniers  de  la 
récolte  des  pauvres,  toi  qui  devrais  les  nourir  de  tes 
propres  greniers et  irrité  conhre  le  roi>  il  se  retura 

i  En  645.  Sft  féie  te  célèbre  le  8  juin. 

I.  10 


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170  F£MM£S  £X  FILS  D£  CLOÏAIR£. 

sans  lui  dire  adieu.  Celui-ci .  troublé  et  craignant  la  puis- 
sance de  saint  iMartin,  fit  courir  après  l'évèiiue  avec 
des  présents,  lui  deniandant  pardon,  condamnant  ce 
qu'il  avait  fait^  et  le  suppliant  d'invoquer  en  sa  faveur 

la  puissance  du  bienheureux  Martin. 

III. —Le  roi  Clotairè  eut  sèpt  fils  de  ses  différentes 

femmes,  savoir  :  d'Ingonde,  il  eut  C.onthaire,  Childé- 
ric,  Caribert,  Gontrau»  Sighebert,  et  une  Me»  nommé 
Gtotsinde;  d'Ârégonde,  sœur  d'Ingonde>  il  eutChilpé- 
ric;  et  de  Chunsène,  il  eut  Cliramne.  Voici  comment  il 
prit  la  sœur  de  sa  femme.  11  avait  épousé  Ingonde,  et 
limait  uniquement  quand  il  reçut  d'elle  une  prière 
ainsi  conçue  :  «  Mon  seigneur  a  fait  de  sa  servante  ce 
qu'il  lui  a  plu^  et  il  Fa  appelée,  à  son  lit;  mainte* 
nant^  pour  ooiDpléter  le  bienfait,  que  mon  seigneur 
roi  écoute  co  que  lui  demande  sa  servante.  Je  le  prie 
de  daigner  procurer  un  mari  puissant  et  riche  à  ma 
sœur,  sa  servante;  de  telle  sorte  que  rien  ne  m'humilie, 
et  qu'au  contraire^  élevée  par  une  nouvelle  laveur^  -  • 

puisse  le  servir  avec  encore  plus  d'attachement.  » 
A  ces  paroles,  le  roi,  qui  était  trop  encUn  à  la  luxure, 
s'enflamma  pour  Arégonde>  s'en  vint  à  la  villa  qu'elle 
habitait  i  et  ht  prit  en  mariage.  Ensuite  il  retourna 
vers  Ingoudc,  et  lui  dit  :  «  J'ai  songé  à  t'accordor  la 
grâce  que  ta  douceur  m'a  demandée,  et^  cherchant 
ttn  homme  riche  et  sage  que  je  pusse  unir  à  ta  sœur, 
je  n'ai  rien  trouvé  de  mieux  que  moi-même.  Ainsi 
sache  que  je  l'ai  prise  pour  femme^  ce  qui|  j'espère, 
ne  te  déplaira  pas.  »  Alors  elle  lui  dit:  a  Que  ce  qui 


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LES  COMTES  D£  BRETAGNE.  ITl 

paraît  boti  À  mon  «eignew  soit  ainsi  fait  ;  seulement 

que  sa  servante  vive  toujours  avec  la  faveur  du  roi.  » 

Gontbaire^  Cbrsmne  et  Childéric  moururent  du  vi- 
vant de  leur  père.  Noos  raconterons'dans  la  suite  la 
mort  de  Gbramne.  Alboin,  roi  des  Lombards^  reçut 
pour  femme  Cloisinde,  fille  du  roi  Clotaire» 

L'évêque  Injuriosus  mourut  dans  la  dix-septième 
année  de  son  épiscopat.  11  eut  pour  successeur  Baudin^ 
qui  avait  été  dans  la  domesticité  *  du  roi  Gloiaire;  cêlui'^ei 
Tut  le  seizième  évôciuc  depuis  la  mort  de  saint  Marliu. 

i Y. — Gonan,  comte  des  Bretons^  tua  ses  trois  frènsfl. 
Voulant  aussi  tuer  Mâle  S  ii  le  fit  saisir^  charger  de  dla^ 
nés,  et  jeter  en  prison.  Mais  celui-ci  fut  arraché  à  la 
mort  par  Félix,  évéque  de  Nantes.  11  jura  à  son  Irtett 
qnllloi  serait  fidèle;  puis  je  ne  sais  à  quelle  occasion 
il  voulut  rompre  son  serment^  Couan,  en  étant  inforiBéy 
recommença  à  le  persécuter;  Mâlo,  voyant  qH^il  ne  pon* 
vait  échapper,  s'enfuit  chez  un  autre  comte  de  ce  pays^ 
nommé  Chonomor.  Celui-ci,  apprenant  que  les  gens  qui 
ie  poursuivaient  s'approchaient,  le  eaeha  sous  terre  dans 
un  petit  réduit,  et  fit  construire  au-dessus  un  tombeau 
comme  pour  un  mort,  lui  réservant  une  «uverture, 
afin  qnll  pèi  respirer.  Il  dit  ensuite  aux  ennemis,  lors- 
qu'ils furent  arrivés  :  «  Voyez,  Màlo  est  mort  et  enseveiiji 
Les  ennemis  se  réjouirent,  se  mirent  à  boire  sur  le 

t  Bs  domêsHeo,  c'eai-à-dire  officier  dans  la  maison  du  roi.  ! 
<2aant  aux  ofEccs,  ils  étaient  trèsHU^mbreux,  très-variables,  et  ' 
U  est  fort  difficile  de  les  déterminer  avec  précision,  comme  on 

peut  voir  par  un  long  article  de  Ducange  au  mot DometHeus, 
*  >  La  forme  laliue  de  ces  noms  est  Ckmao  ei  iUactiowus. 


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m  L'£VÊQU£  SAINT  GALL, 

tombeau^  et  aHèrent  anDoncer  à  Conan  que  «m  frère 

était  mort;  à  cette  nouvelle,  Conan  s'empara  de  tout  le 
royaume.  (Les  Bretons^  depuis  la  mort  du  roi  Clorâi 
ont  toujours  été  sous  la  puissance  des  rois  francs,  et  ils 
avaient  des  comtes^  non  des  rois^)  Mais  Màlo,  sortant  de 
dessous  terre,  se  rendit  dans  la  cité  de  Vannes,  ou  il 
tôt  tonsuré  et  ordonné  cvéque.  Conan  étant  mort,  il 
apostasia  *  et,  ayant  laissé  croître  ses  cheveux,  il  reprit, 
avec  le  royaume  dè  son  frère,  la  femme  qu'il  avait  . 
abandonnée  en  se  faisant  clerc.  Les  évêques  Texcom- 
muuièrent,  et  nous  dirons  plus  tard  quelle  fut  sa  mort* 
L'évêque  Baudin  mourut  dans  la  sixième  année  de 
son  épiscopat.  L'abbé  Gonthaire  fut  mis  à  sa  place;  il 
fut  le  dix-septième  depuis  saint  Martin. 

y.— Lorsque  le  bienheureux  Quintien  fut  sorti  de  ce 
monde,  conunenons  Tavons  dit,  saint  Gall,  avec  Tappui 
du  roi,  lui  succéda  dans  son  siège.  A  cette  époque,  la 
peste  ravageait  diverses  contrées,  surtout  la  province 
d'Arles,  et  saint  Gall  tremblait  bien  moins  pour  lui  que 
pour  scm  peuple.  Gommé  nuit  et  jour  il  demandait  à 
Dieu  de  ne  pas  voir  tant  qu'il  vivrait  son  troupeau  ra- 
vagé, un  ange  du  Seigneur,  dont  la  chevelure  et  le  vê- 
tement avaient  la  blancheur  de  la  neige,  lui  apparut  en 
songe  et  lui  dit  :  «  Évêque,  tu  fais  bien  de  prier  ainsi  le 
Seigneur,  ta  prière  a  été  entendue,  et  voici:  tu  seras, 
ainsi  que  ton  peuple,  à  Tabri  du  fléau,  et  personne 

*■  La  Bretagnen'étaitpoint  soumise  aux  rois  Francs;  seulement 

quelques-uns  des  comtes  qui  y  régnaient  leur  payaient  des  tri* 
buts,  et  leur  reconnaissaient  une  sorte  de  souveraineté* 
*  AposiakwUf  dit  le  texte. 


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SAINT  6ALL  ET  LE  PRÊTRE  CATON,  178 

dans  cette  contrée  n'en  mourra^  de  ton  vivant;  mais^ 
après  huit  ans^  tremble,  o  U  était  clair  par  là  qu'au 
bout  de  ce  terme  réyéque  sortirait  dece  monde.  S'étant 
éveiliéj  il  remercia  Dieu  de  ce  qu'il  avait  daigné 
le  rassurer  par  ce  messager  céleste^  et  institua  les  ac- 
tions de  grâces  qu'à  la  mi<»réme  les  fidèles  vont  ren- 
dre à  pied  et  en  psalmodiant  à  la  basilique  de  Saint-Ju- 
lien martyr^Toyage  d'environ  trois  cent  soixante  stades^ 
On  vit  à  la  même  époque  les  murs  des  maisons  et  des 
églises  de  son  diocèse  soudainement  marquas  d'un  signe 
auquel  les  paysans  donnèrent  le  nom  de  Tau  \Ei  en 
effet,  tandis  que  ce  fléau  dévastait  d'autres  pays,  grâce 
à  rinterc^ion  des  prières  de  saint  Gall^  il  n'approcha 
pas  de  la  cité  d'Auvergne.  '  Avoir  mérité  que  la 
protection  du  Seigneur  mît  ses  brebis  à  couvert 
n'était  pas  Je  pense,  une  petite  grâce  pour  un  pasteur. 
Aussitôt  après  sa  mort,  lorsqu'on  l'eut  lavé  et  transporté 
dans  régliscj  le  prêtre  Caton  fut  salué  évêque  par  le 
clergé,  ety  comme  s'il  eût  déjà  été  consacré,  il  s'empara 
de  tous  les  biens  de  l'Église,  changea  les  administra- 
teurs, repoussa  les  ministres  %  et  régla  tout  de  sa  pro* 
pre  autorité. 

'  VL — Les  évêques  qui  étaient  venus  pour  ensevelir 
saint  Gall,  après  avoir  rempli  ce  devoir,  dirent  au  prêtre 
Gaton:  «Nous  voyons  que  la  plus  grande  partie  du  peu- 

*  Do  Clermont  à  Brioude,  il  y  a  environ  60  kilomètres. 

*  Le  T  grec,  dont  la  forme  rappelle  en  partie  la  croix. 

*  Ordinatorei  <t  mAuflri.  Les  premiers  étaient  les  administra- 
teurs des  biens  de  l'Église  et  les  aatres  les  dignitaires  du  dergé, 
tels  que  l'archidiacre  eUles  prêtres. 


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174  '  LE  PRÊTRE  CATOX. 

pie  t'a  choisi  ;  viens,  concerte-toi  avec  nous,  nous  te 
iiéniroDS  et  te  consacrerons  pour  i'épiscopat;  le  roi 
est  tm  enfant  ;  si  on  fîmpnte  quelque  tort^  nous  pren* 
drons  la  défense;  nous  traiterons  avec  les  grands  du 
roi  Tbéodebidd  pour  qu'on  ne  te  fasse  aucune  injure; 
et  quand  même  ta  essuierais  quelque  dommnge, 
compte  sur  nous,  nous  te  servirons  de  caution,  et  t'in- 
demnismns  sur  nos  propres  biens.  »  Mais  Caton,  enflé 
d'une  vaine  gloire,  leur  répondit  :  a  Vous  Tavez  appris 
par  la  renommée  :  dès  mon  jeune  âge>  j'ai  vécu  reli* 
l^usement»  jeûnant,  me  plaisant  aux  aumônes,  me 
livrant  à  des  veilles  continuelles,  et  passant  bien  sou- 
vent les  nuits  à  cbanter  les  louanges  du  Seigneur.  Le 
Seigneur  mon  Dieu,  que  j'ai  servi  toujours  assidâ^ 
ment,  ne  souffrira  pas  que  je  sois  privé  de  Tordina* 
tion  fégulière*  J'ai  acquis,  selon  Tinstitution  canoni- 
que, les  divers  ordres  de  la  cléricature  ;  j'ai  été  lecteur 
pendant  dix  ans,  j'ai  servi  cinq  ans  comme  sous-diacre, 
4|iilim  ans  comme  diacr^,  et  je  suis  prêtre  4cpuis 
vingt  ans.  Que  me  reste-il  donc  à  faire  sinon  à  rece- 
voir Tépiscopat,  récompense  de  fidèles  et  bons  ser- 
vices? Retournez  dans  vos  cités,  et  occupez-vous  de 
ce  qui  vous  touche;  quant  à  moi,  j'acquerrai  la  di- 
gnité épiseopale,  selon  les  règles  canoniques.  »  A  ces 
mots,  les  évéques  se  retirèrent  en  maudissant  le  vain 
orgueil  de  cet  homme. 

V1L-— Élu  delasorte  à  Tépiscopatavecle  consentement 

des  clercs, Caton,  avant  d'avoir  été  ordonné,  exerça  toute 
rautorité^  et  menaça  de  diverses  manières  rarcbidiacre 


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ÉPISCOPÂT  DE  CAUTIK.  175 

Cautin,  lui  disant  :  «  Je  te  chasserai,  je  tniamîlierai,  je 
te  ferai  souffrir  mille  morts.  »  Celui-ci  lui  répondit  : 
a  Mon  pieux  seigneur,  je  désire  obtenir  ta  faveur,  et  8Î 
j'y  parviens,  je  te  rendrai  un  service:  sans  peine  pour 
toi,  sans  fraude  de  ma  part  j'irai  trouver  le  roi,  eA  je 
t'obtiendrai  Tépiscopat,  ne  demandant  que  tes  bonnes 
grâces  pour  récompense.  »  Mais  Caton,  soupçonnant 
qu'il  voulait  le  tromper,  repoussa  avec  dédain  sa  pror 
position.  Alors  Gautin,  se  voyant  humilié  et  en  butle  i 
la  calomnie,  feignit  une  maladie,  et  sorlit  de  la  ville 
pendant  la  nuit,  pour  aller  trouver  le  roi  Tbéodebald, 
à  qui  il  annonça  la  mort  de  saint  Gall.  A  cette  nouvelle 
le  roi  et  ceux  qui  l'entouraient  convoiiuèrentà  Metz  les 
évèqnes,  et  rarchidiacre  Gautin  fut  ordonné  évàquede 
Clermont.  Il  était  déjà  nommé  quand  arrivèrent  les 
clercs,  messagers  du  prêtre  Caton.  Par  ordre  du  roi,  ils 
lurent  livrés  à  Gautin,  avec  tons  les  biens  de  l'Église; 
on  désigna  les  évêques  et  les  serviteurs  qui  devaient 
l'accompagner,  et  il  prit  le  chemin  de  l'Auvergne.  U 
fiit  bien  acceuilli  par  les  clercs  et  les  citoyens,  qui  Tao- . 
ceplèrent  pour  év(M|ue.  Mais  bientôt  s'clovôrent  de 
grands  débats  entre  lui  et-le  prêtre  Caion,  car  jamais 
on  ne  put  décider  celui-ci  à  la  soumission.  Il  y  eut  deux 
partis  parmi  les  clercs;  les  uns  obéissaient  à  l'évéque 
Gautin,  les  autres  au  prêtre  Gaton  ;  et  ce  fut  pour  toqs 
la  cause  de  grands  préjudices.  Gautin,  voyant  qu'il  était 
absolument  impossible  de  dompter  la  résistance  de  son  • . 
adversaire,le  priva  de  biens  ecclésiastiques,ainsi  que  ses 
amis  et  ses  partisans,  et  les  mit  dans  un  complet  dé- 


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176         LES  ROIS  D'£SPA6N£.  TH£OD£fiâLD. 

nûment  Cependant  il  rendait,  à  tous  ceux  qui  consen- 
taient à  rentrer  sous  son  autorité^  ce  qu'ils  avaient 
perdu.  I 

VIII.  — Agila  régnait  en  Espagne,  et  accablait  son  peu- 
ple d'un  joug  pesant.  L'armée  de  l'empereur  entra,  dans 
ce  pays  et  prit  plusieurs  villes.  Agila  ayant  été  tué  S 
Athanagilde,  parvint  au  trône,  livra  de  nombreux  com- 
bats à  cette  armée,  la  vainquit  en  plusieurs  rencontres 
et  Ferait  sous  sa  puissance  une  partie  des  cités  dont  elle 
s'était  emparée  injustement. 

IX.  — Théodebald,  devenu  adulte,  prit  pour  fenune 
Yaldétrade.  On  dit  que  ce  Théodebald  était  d'un  esprit 
mécbant;  irrité  contre  un  honune  qu'il  croyait  s'être 
enrichi  à  ses  dépens,  il  feignit  un  apologue,  et  lui  dit  : 
«  Un  serpent  trouva  une  bouteille  pleine  de  vin,  et  étant 
entré  par  le  goulot,  but  avidement  ce  qu'elle  conte- 
nait ;  de  sorte  que,  gonflé  par  le  vin,  il  ne  pouvait  plus 
sortir  par  où  il  était  entré.  Alors  le  maître  du  Tin  étant 
arrivé  tandis  que  le  serpent  cherchait  à  sortir,  sans 

s  pouvoir  en  yenir  à  bout,  lui  dit  :  Rends  d'abord  ce  que 
tu  as  pris,  et  alors  tu  pourras  sortir  librement,  b  Cette 
fable  mit  dans  une  grande  anxiété  celui  à  qui  elle  était 
racontée  et  lui  inspirât  en  même  temps  beaucoup  de 

•  haine.  Sous  ce  roi,  Buccelin,  qui  avait  soumis  toute 
ritalie  à  la  puissance  des  Francs,,  fut  tué  par  Narsès. 
Lllalie  fut  recouvrée  par  Tempereur,  et  personne,  de- 
puis, ne  Ta  reconquise\  £n  ce  temps,  nous  vîmes  l'arbre 

1  554.  ^ 
s  Parmi  les  Frmcs ,  car  on  sait  que  Ut  Lombard*  ne  tardé* 
Xàn.i  pas  àa'en  emjjiarer. 


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MORT  DE  THÉÔDEBALD.  '  177 

qu'on  appelle  sureau  porter  des  raisins^  sans  mélange 

avec  la  vigne;  et  les  Heurs  de  cet  arbre^  qui^  comme  on 
sait^  produisent  unegraine  noire,  donnèrent  des  grappes 
propres  à  la  yendange.  On  vit  aussi  la  cinquième  pla* 
nète  marcher  à  la  rencontre  de  la  lune  et  entrer  dans 
son  disque  K  Je  crois  queces  signes  annonçaient  la  mort 
du  roi.  Celui-ci,  en  effet,  devenu  tout  à  fait  infirme, 
ne  pouvait  remuer  des  pieds  à  la  ceinture:  il  mourut 
peu  de  temps  après,  la  septième  année  de  son  règne 
Le  roi  Clotaire  prit  son  royaume,  et  fit  entrer  dans  son 
lit  sa  femme  Valdétrade;  mais,  réprimandé  par  les  pré* 
très,  il  la  quitta,  la  donna  au  duc  Gariyald*,  puis  il 
envoya  en  Auvergne  son  fils  Ciiramne. 

X.^Gette  année,  les  Saxons  s'éiant  révoltés^  le  kâ 
Clotaire  fit  marcher  une  armée  contre  eux,  et  en  exter- 
mina la  plus  grande  partie  ;  il  ravagea  et  dévasta  aussi 
toute  laThuringe,  parce  qu'elle  avait  prêté  secours  aux 
Saxons. 

XL— Gonthaire,  éyèque  de  Tours,  étant  mort,  le  prê- 
tre Caton  fut,  par  les  suggestions  de  l'évêque  Cautin,  i 

ce  qu'on  pense,  demandé  pour  gouverner  cette  Église^ 
en  sorte  que  les  clercs,  s'étant  réunis  à  Leubasie,  abbé 

« 

1  ...In  cireulum  lunsB  quinta  stella  ah  adverso  veniens  introiss» 
visa  est.  Circulus  doit  signifier  ici,  comme  l'ont  fort  bien  fait  re- 
marquer MM.  Guadet  et  Taranne,  le  disque,  attendu  qu'il  y  a 
toujours  des  étoiles  et  des  planètes  dans  l'orbite  de  la  lune. 
Quant  à  qunUa  tUXla,  ce  doit  être  Mars,  la  cinquième  planète 
en  coaptaatlalune,  selon  l*liabitade  des  ancîen8.Le8  étoiles  sont 
en  effet  trop  nombreuses  pour  être  désignées  perdes  chiffiret* 

t  En  555,  d'après  VAri  ds  vérifier  Ut  data, 

*  Pttc  de  Bavière. 


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178  LK  PRÊTRE  CAÏON.  ' 

et  martyrahreS  se  rendirent  en  grand  appareil  à  Ctar* 

mont.  Galon,  instruit  de  la  Yolonté  du  roi,  demanda 
quelques  jours  pour  répondre;  mais  les  envoyés^  dési- 
rant ^en  retourner,  lui  dirent  :  «  Fais-nous  connaître 
ta  Yolonté,  pour  que  nous  sachions  ce  que  nous  de- 
vras feire^  sinon  nous  retournerons  chez  nous;  car 
nous  ne  sommes  pas  venus  de  notre  propre  Tolonté» 
mais  par  Tordre  du  roi.  »  Alors,  toujours  plein  de 
vanité,  Gaton  assemUa  la  foule  des  pauvres  qui,  par  ses 
suggestions,  s'écrièrent  :  «  Pourquoi  nous  abandonnes^ 
tu,  bon  père,  nous,  tes  enfants,  que  tu  as  jusqu'à  pré- 
sent nourris?  Qui  nous  donnera  à  boire  et  à  matfger 
si  tu  pars?  Nous  t'en  prions,  ne  nous  quitte  pas,  toi 
qui  avais  coutume  de  nous  nourrir.  »  Alors,  se  tour- 
nant  vers  le  clergé  de  Tours,  il  dit  :  «  Vous  voyez,  mes 
très-chers  frères,  combien  je  suis  aimé  de  cette  multi- 
tude de  pauvres;  je  ne  puis  ks  quitter  pour  aller 
avec  vous.  »  Les  clercs,  ayant  reçu  sa  réponse,  ^ea 
retournèrent.  Caton  s'était  lié  d'amitié  avec  Chramne, 
et  en  avait  obtenu  la  promesse,  si  le  roi  Clotaire  venait 
à  mourir,  qu'aussitôt  ce  prince  chasserait  Gantin 
de  l'épiscopat,  et  le  mettrait  lui-même  à  la  tête  de 
rÉglise.  Mais  celui  qui  avait  eu  en  mépris  le  siège  de 
•ainl  Martin  n'obtint  pas  celui  qu'il  désirait.  Ainsi  s'ac* 
compiit  en  lui  ce  qu'avait  chanté  David  :  //  n'a  pas 
noulu  dd  la  bénédictiou  et  eUe  $*éloignera  de  lui  K 
Caton  s'était  exhaussé  sur  le  cothurne  de  la  vanité,  et 

I  Le  murtyraire  était  chargé  de  la  gavde  des  roU^ues  dot 
martyrs. 

•  Peaume  cvni,  v«  18*  ^ 


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L'ÉVÈQUE  CAUTIN.  17§ 

ne.croyait  pas  que  personne  pût  le  surpasser  en  sain- 
teté. Quelquefois  il  faisait  "venir  pour  de  Fargent  des 
femmes  dans  TÉglise^  et  leur  ordonnait  de  crier  comn^e. 
emportées  par  la  force  de  leur  conviction^  le  reconnais? 
sant  pour  un  grand  saint,  très-cher  à  Dieu,  et  déclarant 
révêque  Gautin  coupable  de  toutes  sortes  de  crimes^  et 
indigne  da  sacerdoce. 

XII. — Cautin^  d'ailleurs,  en  possession  de  Tépiscopat, 
se  comporta  de  manière  à  mériter  l'exécration  publi- 
que; s'adonnant  au  yin  sans  mesure,  il  en  prenait  quelr- 
quefoisune  telle  quantité  qu'à  peine  suffisait-il  de  quatre 
hommes  pour  remporter  de  table;  d'où  il  arriva  «{ue 
par  la  suite  il  devint  épileptique,  ce  dont  le  peuple  ftii 
souvent  témoin.  11  était  aussi  possédé  d'une  telle  avarice 
qu'il  croyait  son  bien  diminué  s'il  ne  parvenait  pas  a 
rogner  quelque  chose  sur  les  propriétés  voisines  des 
siennes:  aux  puissants,  il  enlevait  quelque  chose  parles 
procès  et  les  querelles;  aux  faibles,  il  prenait  par  force,, 
et,  comme  dit  notre  SoUius  ^,  dédaignait  de  payer  et  s'in- 
dignait si  on  ne  lui  livrait  pas  les  titres  de  propriété*. 

Il  y  avait  en  ce  temps  un  prêtre  nommé  Ânastase, 
de  naissance  libre,  et  à  qui  la  reine  Clotilde,  de  glorieuse 
mémoire,  avait  concédé,  par  charte,  une  propriété. 
L'évôque  l'avait  fait  venir  plusieurs  fois,  le  priant 
avec  instances  de  lui  donner  la  charte  de  ladite  reine,  et 

1  Sidoine  Apollinaire,  appelù  aussi  Carus  Sollius. 

*  La  plira^o  latine  qui,  en  effet,  se  retrouve  dans  Sidoine 
Apollinaire  (liv.  I,  clia]i.  ii),  n'est  ]>as  trcs-clnire  :  Nec  dabat  pretia 
conteriniens,  nec  accipielat  instrumcnla  desperanx.  MM.  Guadet  et 
Taranne  ont  traduit  ainsi  ;  «  Pur  mépris,  il  ne  payait  pas  et  se 
désespérait  quand  U  n'obtenait  pas  les  titres.  » 


186  LB  PRÊTRE  AKAStASB!. 

de  lui  abandonner  sa  propriété;  comme  le  prêtre  s*^ 
refusait»  révêque  tantôt  tâchait  de  le  persuader  par  des 
.caresses»  tantôt  relllrayait  par  des  menaces.  A  la  fin,  il 
le  fît  amener  de  force  à  la  ville,  et  là  le  retint  im- 
pudemment»  ordonnant»  s'il  ne  livrait  son  contrat» 
qu'on  Faccablât  d'ontrages  et  qu'on  le  fit  mourir  de 
faim;  celui-ciy  résistant  avec  courage,  refusa  toujonrs 
de  donner  Tacte»  disant  qu'il  lui  valait  mieux  mou- 
rir de  faim  en  quelques  jours»  que  de  laisser  ses  en* 
fants  dans  la  misère^  Alors  il  fut  livré  à  des  gardes  et 
condamné»  s'il  ne  remettait  les  actes»  à  mourir  de  faim, 
n  y  avait  dans  Téglise  de  Saint-Gassius,  martyr,  un  sou- 
terrain antique  et  caché»  où  se  trouvait  un  grand  tom- 
beau de  marbre  de  Paro6».dan8  lequel  paraissait  avoir 
été  déposé  le  corps  d'un  grand  personnage*.  Le  prê- 
tre fut  enfermé  vivant  dans  ce  tombeau;  on  couvrit 
le  sarcophage»  on  le  chargea  d'une  pierre,  et  on  plaça 
des  gardes  devant  la  porte  du  souterrain;  mais  les 
gardes»  se  fiant  à  la  pierre  qui  fermait  le  tombeau» 
comme  c'était  l'hiver,  firent  du  feu»  et,  appesantis  par 
les  vapeurs  du  vin  chaud,  ils  s'endormirent.  Le  prêtre, 
nouveau  Jouas»  implorait*  du  fond  de  la  tombe»  comme 
du  sein  de  l'enfer»  la  miséricorde  de  Dieu.  Le  sarco- 
phage, ainsi  que  nous  Tavons  dit»  était  grand,  et,  si  le 


t  Nous  avons  tu  déjà,  par  plusieurs  exemples  analogues  h 
oélui-ci,  qu'il  était  permit  à  des  hommes  mariés  d'entrer  dtns 
le  clergé  ;  mais  c'était,  comme  on  a  pu  Tobserver,  à  la  oondi* 
tion  de  se  séparer  de  sa  femme. 

*Le  texte  porte  grandsvus,  sans  doute  comme  synonyme  d( 
lifijor,  ainsi  que  l'ont  pensé  MM.  Guadet  et  Taranne. 


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LE  PRETRE  ANASTASE.  181 

malheureux  n'avait  pas  assez  d'espace  pour  s'y  tourner 
entièrement,  cependant  il  pouvait  librement  étendre  les 
mains  de  tous  côtes.  Les  ossemenls  exhalaient^  comme 
il  Ta  souvent  raconté^  une  puanteur  mortelle,  qui  non- 
seulement  soulevait  ses  sens,  mais  le  bouleversait  jus- 
qu'au fond  des  entrailles.  11  fermait  ses  narines  avec  son 
manteau,  et  aussi  longtemps  qn'il  pouvait  retenir  son 
haleine,  il  ne  senlait  pas  la  mauvaise  odeur;  mais  lors- 
que, se  voyant  prêt  d'étouffer,  il  écartait  un  peu  le  man- 
teau de  son  visage,  cette  odeur  empestée  lui  entrait 
non-seulement  par  le  nez,  par  la  bouche,  mais  aussi, 
pour  ainsi  dire,  par  les  oreilles.  Qu'^jouierai-je?  Dieu 
enfin,  je  croîs,  eut  pitié  de  lui;  et,  en  étendant  sa  main 
droite  vers  le  bord  du  sarcophage,  Anastase  sentit  un 
levier  qui  était  demeuré  entre  le  couvercle  et  les  parois 
du  tombeau.  Alors,  le  remuant  un  peu,  il  s'aperçut 
qu'avec  l'aide  de  Dieu,  il  ébranlait  la  pierre.  Lorsqu'il 
l'eut  assez  écartée  pour  pouvoir  passer  la  tête,  il  fit 
bientôt  une  ouverture  assez  large  pour  donner  passage 
à  touison  corps.  Cependant  les  ténèbres  de  la  nuit  com- 
mençant à  obscurcir  le  jour,  mais  sans  être  encore  en- 
tièrement répandues,  le  prêtre  chercha  l'autre  porte  du 
souterrain.  ËUe  était  étroitement  fermée  par  des  serru- 
res et  des  clefs  très-fortes;  mais  comme  elle  n'était  pas 
si  bien  Jointe  qu  il  ne  pût  voir  à  travers  les  planches,  il 
.approcha  sa  tête  de  cette  ouverture  et  vit  un  homme 
qui  passait  :  il  l'appela  à  voix  basse.  Celui-ci  l'enten- 
dit; et,  comme  il  avait  une  hache,  il  coupa  les  bar- 
res de  bois  auxquelles  tenaient  les  serrures  et  ou-  * 


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18-2  LE  PUÈTUE  AXASTASE. 

Vfitau  pvèlre.  La  nuitétani  survenue,  AnasUse  eelomm 
h  sa  maison,  priaalcet  homme  de  ne  parler  de  lui  à 
personne.  Étant  donc  rentré  dans  sa  maison,  et  ayant 
ppîe  les.  cbarte»  qu'il  tenait,  comme  je  Tai  dil^  de  b 
feioe^  il  s^adsessa  aaroi  Clolaîre,  et  lui  apprit  comment 
son  évèque  l'avait  condamné,  à  être  enseveli  vivante 
Vont  le  monde  M  sain  d'un  goand  étomiemeo/t^  ei  L'on 
disait-que  Néron  ni  Hérodei^aTaleni  jamais  conunisfun 
iovimit  paoeii  à  celui  d'en£ermer  dans  le.  tQiiil>eau  un 
homme  vIvaBl*  Lféiijêque^CaitUorvijifatimv^le^m 
tB»e;  mais,  accusé  par  le  prêtre,  il  s'en  retourna  con-| 
iraiucii^ei  humilié.  h&  pDètreobëntdu  roi  la  conlioma- 
lÉM»  de  s»  ^priété,.  fit  enceindse'  ses.  biens  comme-  il 
lui  plut,  les  conserva,  et  les  laissa  à  ses  enfants,  Gautin 
n'avalée»  soi^rieude^  saintvm  d'esiimahlef  qariï  était 
entièrement  dépoiffvu  deioiiteconiiaissance  des  leilres^ 
tanit  eoclésiastiques  que  prolauesi  II  était  cher  aux  juiis» 
auxquels  il  se  li'vvait,  non  pour  leur  salut,  comme  ce  de* 
▼rait  être  le  soin  d'un  pasteur,  mais  pour  en  acquérir  des 
objets  de  prisL,  et,  comme  il  les  recherchait  et  que  ceu^ 
d  étateutow^ertemeatses  adulateurs,  ilaluii  vendaient 
leurs  marchandises  à  un  prix  supérieur  à  leur  valeur. 

Xlll.-^£a  ce  lemps-là>  Chcamne  lésidait  à  Gieroiont 
oà  il  commettait  beaneeap  d^actionsdéndsonnables,  ce 
qui  hâ(a  sa  fin,  car  il  était  maudit  du  peuple;  il  n'aimait 
aucun  de  ceux  qui  pouvaient  lui  donner  de&  (sonseils 
salutaires;  il  rassemblait  autour  de  lui  des-  hommes 
de  bas  lieu,  jeunes,  sans  mœurs,  et  il  se  plaisait  telle- 
'  ment  avec  eux  que,  d'après  leurs  conseils,  il  donnait  dei 


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è 


VIOLENCES  DE  CHRAUNE.  183 

ordres  éeril8  pour  faire  enleter  des  filles  deséiiateors  à 

la  "?iie  de  leurs  pères.  Il  dépouilla  injurieusement  Fir- 
mîn  du  litre  de  comte  de  la  ville  et  le  remplaça  par  Sal- 
Inste^  fils  d'Évode  .:  Firmîn  se  réfugia  dans  l'église  avec 
sa  belle-mère.  On  était  alors  en  carême^  et  TéTéque  Cau* 
tin  se  disposait  à  se  rendre  dans  h  paroisse  de  Brioade 
en  chantant  les  psaumes,  selon  que  l'aTait  institué  saint 
Gall,  comme  nous  Tavons  dit  ailleurs.  L'évêque  sortit 
donc  de  la  ville  avec  beâmodnp  de  larmes,  éteignant 
qu'il  ne  lui  arrivât  quelque  malheur  en  chemin,  car  le 
roi  Cliramne^  lui  avait  foit  ausà  des  menaces.  Pendant 
qiiH  était  èti  roate,  le  roi  envoya  Imnachaire  et  Sca^ 
pbtaire^  personnages  importants,  et  leur  dit  :  «  Allez,  et 
firezpar  torte  de  Téglise  Firmîn  et  Césarie^  sa  beHe- 
mëre.  »  l'évêque  étant  donc  parti,  comme  je  l'ai  dit, 
enchantant  des  psaumes,  les  affidés  de  Chramne  entrè- 
rent dans  l'église  et  tâcbërent  de  persuader  Firmiiii  ét 
Dêsane  par  des  paroles  trompeuses,  et,  après  avoir  long- 
temps parlé  de  choses  et  d'autres  en  se  promenant  dans 
f  église,  comme  les  tagitife  prêtaient  lenr  afIeirtioD  ftee 
qu'on  leur  disait,  ils  les  firent  approcher  des  portes  de 
l'édiiice  sacré  qn'on  avait  onvertes.  Alors  iiniiacliaire 
ayant  saiM  dans  ^  bras  Viniifn,  et  Scapbtaire  Césarie, 
les  poussèrent  hors  de  l'église,  où  un  des  serviteurs 
qu'on  avait  apo^tés  s^empara  d'eia,  et  sm^-le-ebamptm 
ks  condiifsH  en  exil;  mais  le  lendemain,  leurs  gardes 
«'étant  laissés  appesantir  par  le  sonmieil,  ils  s'aperçu* 
mit  qif  ils  pouvaient  s'en  aller,  s'enfuirent  à  la  basîH- 

*  te  litre  de  roi  était  aloTt  donné  «oBvent  mz  fiU  de  ieit« 


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lU  CLOTAIRB  ET  LES  SAXONS. 

que  dubieDheureox  Julien,  et  échappèrent  ainsi  à  rexil; 
lenrs  biens  furent  remis  au  fisc. 

Cependant  révêque  Cautin  assiégé  de  craintes;  comme 
jeFai  dit,  poursuivait  son  chemin,  ayant  près  de  lui  un 
cheval  sellé;  il  vit  venir  de  son  côté  des  cavaliers  qui 
cherchaient  à  Falteindre»  etdit  :  «Malheur  à  moU  voâà 
les  gens  que  Ghramne  envoie  pour  me  prendre;  » 
alors  montant  à  cheval,  il  laissa  là  son  cortège,  et  pres- 
sant sa  monture  des  deux  talons^  s*enfuit  seul  et  à  demi- 
mort  jusqu'au  portique  de  la  basilique  de  Saint-Julien. 
£n  racontant  ces  faits,  nous  devons  nous  rappeler  ce 
que  dit  Salluste  des  censures  auxquelles  sont  exposés 
les  historiens.  «  Il  est  difficile  d'écrire  ce  qui  s'est  passé, 
c  d'abord  parce  qu'il  faut  élever  les  paroles  à  la  hau- 
c  teur  des  faits;  ensuite  parce  que  beaucoup  attribuent 
«  à  Tenvie  et  à  la  malveillance  le  récit  des  crimes  que 
c  vous  blâmez  K  »  Mais  poûrsuivons* 

Xiy.— Clotaire,  après  la  mort  de  Théodebald,  s'étant 
mis  en  possession  du  royaume  de  France  %  apprit, 
comme  il  parcourait  ses  États,  que  les  Saxons,  transpor- 
tés de  leur  ancienne  fureur,  s'étaient  révoltés  et  refu- 
saientde  payer  le  tribut  qu'ilsavaientcoutumededonuer 
tous  les  ans.  Irrité  de  cette  nouvelle,  il  marcha  vers  eux, 
et,  lorsqu'il  fut  arrivé  près  de  leur  frontière,  ceux-ci  lui 
envoyèrent  dire  :  «  Nous  ne  te  méprisons  point,  et  ne 
refusons  pas  de  te  payer  ce  que  nous  avions  coutume 

1  Cette  citation  de  Sallmite  qui  vient  sens  beaucoup  dVpropoa, 
mais  par  laquelle  Grégoire  se  plaît  à  témoigner  de  set  lectureft 
est  tirée  du  CatiUna,  chap.  iiz. 

*  C'eit-k-dire  ici  de  TAustrasie.  (V*  la  Qiogrt^hiê*) 


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« 

LES  SAXONS.  m 

de  payer  à  tes  frères  et  à  tes  neveux  ;  nous  te  donne- 
rons même  davantage  si  tu  le  demandes;  mais  nous 
te  prions  de  deiyieiirer  en  paix  avec  nous^  et  de  n'en 
pas  venir  aux  mains  avec  notre  peuple,  d  Clotaire 
ayant  entendu  ces  paroles  dit  aux  siens  :  «  Ces  hommes 
parient  bien;  ne  marchons  pas  contre  eux  de  peur  de 
pécher  contre  Dieu.  »  Mais  ils  lui  dirent  :  a  Nous  sa- 
vons que  ce  sont  des  menteurs  et  quils  n'ont  jamais 
accompli  leur  promesse;  marchons  contre  eux.  » 

Alors  les  Saxons  revinrent,  offrant  la  moitié  de  ce 
qu'ils  possédaient  et  demandant  la  paix,  et  le  roi 

Clotaire  dit  aux  siens  :  a  Désistez-vous^  je  vous  prie^ 
de  Tenvie  d'attaquer  ces  hommes»  afin  que  nous  n'at- 
tirions pas  sur  nous  la  colère  de  Dieu.  »  Mais  ils  n'y 
voulurent  pas  consentir.  Les  Saxons  revinrent  en- 
core offrant  leurs  Tétements,  leurs  troupeaux  et  tout  ce 
qu'ils  possédaient,  et  disant  :  «  Prenez  tout  cela  et  aussi 
la  moitié  de  nos  teric^s»  pourvu  seulement  que  nos 
femmes  et 'nos  petits  enfants  demeurent  libres  et 
qu'il  n'y  ait  pas  de  guerre  entre  nous.  j>  Mais  les  Francs 
ne  Toulurent  point  encore  consentir  à  cela.  Le  roi  Clo- 
taire leur  dit  :  «  Renoncez,  je  tous  prie,  renoncez  à 
votre  projet,  car  le  droit  n'est  pas  de  notre  côté;  ne 
vous  obstinez  pas  à  un  combat  où  vous  serez  vaincus; 
et  si  vous  voulez  y  aller  de  votre  propre  volonté,  je 
ne  vous  suivrai  pas.  »  Alors  pleins  de  colère  contre  le 
roi  Clotaire,  ils  se  jetèrent  sur  lui,  déchirèrent  sa  tente, 
l'accablèrent  d'injures,  et  l'entraînant  par  force,  le  me- 
nacèrent de  le  tuer,  s'il  ne  consentait  pas  amarcher  avec 


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186  EPISCOPAT  D'EUPHRONIUS. 

eux»  Alor»  ce  tut  matgré  lui  que  Clotaire  les  accom- 
pagna. Ils  livràrent  donc  combat^  mais  leurs  ennemis 
firent  parmi  eux  un  grand  carnage,  et  il  périt  tant  de 
.gens  dans  Tune  et  Tautre  année  qu'on  ne  peut  en  esU- 
xper  le  nombre^  ni  le  compter  ayec  exactitude.  Clotaire 
consterné  demanda  la  paix^  disant  que  ce  n'était  pas  par 
sa  volonté  qu'il  avait  marché  contre  eiix|  l'ayant  obte- 
nue>  il  retourna  chez  lui. 

XY,--Les  genade  Toufs^  apprenant  que  le  roi  ét^t 
revenu  de  lasanglante  expédition  contre  les  Saxons,  se 

réunirent  en  faveur  du  prêtre  Ëuphronius^  allèrent 
trouver  le  roi»  et  lui  présentèrent  l'acte  de  sa  nomint^- 
lion  pour  qu'il  l'approuvât.  Le  roi  répondit  :  «J'avais 
ordonné  qu'on  iosLituât  le  prêtre  Caton,  pourquoi 
art*oninéprisé  mes  ordres?»  Ils  répondirent:  «Nous 
avons  été  le  chercher^  mais  il  n^a  pas  voulu  venir.  » 
Sur  cesentrelaitesj  Gaton  arriva  inopinément  pour  prier 
le  roi  de  renvoyer  Cautîn  et  de  le  nommer  évéque  de 
Clermont  ;  mais  le  roi  ayant  reçu  sa  demande  avec  dé- 
rision» il  demanda  qu'on  le  nommât  au  siège  de  Tours 
qu'il  avait  dédaigné.  Le  roi  lui  dit  alors  :  «  J'avais  d'a- 
bord ordonné  que  tu  fusses  sacré  évéque  par  les  gens 
de  Tours;  mais  puisque^  ainsi  que  jeFapprends,  tuas  eu 
cette  Église  en  mépris,  tu  n'en  auras  pas  le  gouverne» 
ment.  »  De  la  sorte  Caton  s'en  alla  confus,  et  le  roi, 
Si'étant  informé  de  saint  Ëuphronins,  apprit  qu'il  était 
neveu  du  bienheureux  Grégoire  dont  nous  avons  parlé. 
Le  roi  répondit  :  «  C'est  une  race  distinguée  et  des  pre- 
mières; que  la  volonté  de  Dieu  et  de  saint  Blartin  soit 


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CHRAMNE  ET  SES  PARTISANS.  W 

fftile,  et  que  son  élection  soit  confirmée.  »  11  doniKi 
cette  conflnnàtion  ét  «aint  Eupbroniusy  Ie4n-teitièbie 
après  saint  Martin,  fut  sacré  évêque. 

XYL-^Chramne,  comme  nous  râV6ns  dit,  faisait  en* 
Aureiigiie  beaucoup  âe  mal  et  élAit  Una^rs  animé  iië 
haine  contre  Févêque  Cautin;  il  arriva  que,  dans  ce 
temps^  il  fttt  djâogereiisemeni  «laiade  et  qu'une  grande 
âèvre  lai  fit  tomber  tOM  les  xMveêaL^  11  avait  «inec  M 
un  citoyen  d'Auvergne,  nommé  Ascovinde,  homme 
ii'un  grand  mérite  et  éminent  par  ses  vertus»  qui  lat- 
«ait  tous  «es  efforts  |HHir  s'opposer  è  ^  tnauwaiseMh- 
duite,  mais  sans  pouvoir  y  parvenir.  Il  y  avait  aussi  un 
i\>iterâ,  appelé  Léon^  qui  le  petassaità  tauteslesBiinh 
▼aises  actkms.  Bien  digne  de  son  nom^  il  ééplOyaitIa 
cruauté  d'un  lion  pour  assou  vir  toutes  sortes  de  passions. 
On  prétend  qu'il  disait  que  Hartin  et  Matiitil»  ooufes» 
seurs  de  Dieu,  ne  laissarent  au  fisc  rien  de  bon. 
Frappé  soudainement  par  un  miracle  des  sainls  cooîes- 
Beursyil  devint  bouivI  et  rouet,  et  itaourut  inton9é>«ar  «fi 
fut  en  vain  qu'il  se  rendit  à  Téglise  de  Saint-Martin  de 
Tours>  y  célébra  des  veilles  et  y  offrit  des  présents;  la 
saint  ne  le  regarda  pas  avise  sa  bonté  tocoutumée»  lel 
le  malheureux  s'en  retourna  aussi  malade  qu'il  était 
venu. 

Chramne^  cependant,  ayant  quitté  FAuvei^gne^  vint 
dans  la  cité  de  Poitiers  où  il  se  mit  à  exercer  toute  la 
puissance.  Séduit  par  de  mauvais  eooseilS)  il  forma  le 
projet  de  se  mettre  du  parti  de  €hildeberf«solionGlc^ 

aûn  de  tendre  des  embûches  a  son  père;  et  son  oncle 


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188  RÉBELLION  DE  CHRAMNE. 

eut  la  perfidie  de  lui  promettre  des  secours,  tandis  que, 
selon  la  religion^  il  aurait  dû  l'engager  à  ne  se  pas  dé<- 
darer  Fennemi  de  son  père.  S'étant  donc  entendus  par 
'  des  messagers  secrets,  ils  conspirèrent  ensemble  contre 
Clotaire;  et  Ghildebert  ne  se  rappela  pas  que  toutes  les 
fois  qu'il  s'était  éleré  contre  son  frère^  cela  lui  avait 
toujours  tourné  à  confusion.  Chramne,  étant  donc  en- 
tré danscelte  crimineUe  conspiration^  rerint  àLimoges, 
et  plaça  sous  sa  propre  domination  les  contrées  apparte- 
nant à  son  père,  que  jusque-là  il  n'avait  fait  que  parcou- 
rir. Le  peuple  de  Glermont  se  tenait  alors  renfermé  dans 
ses  murs,  et  beaucoup  mouraient  de  diverses  et  dange- 
reuses maladies.  Le  roi  Clotaire  envoya  vers  Ghranme 
deux  de  ses  fils,  Garibert  et  Contran  ;  en  arrivant  en 
Auvergne,  ils  apprirent  qu'il  était  dans  le  Limousin,  et 
continuant  leur  marche  jusqu'en  un  lieu  appelé  le  mont 
Noir  S  ils  finirent  par  le  rencontrer.  Là  ils  établirent 
leurs  tentes  et  assirent  leur  camp  près  de  lui,  puis  ils 
dépêchèrent  à  leur  frère  des  messagers  pour  l'avertir 
qu'il  eût  à  rendre  les  possessions  de  son  père  injuste- 
ment envahies^  sinon  qu'il  se  préparât  au  combat.  Lui^ 
feignant  de  reconnaître  Tautorité  de  son  père^  répon- 
dit :  «  Je  ne  puis  me  dessaisir  de  ce  q  uc  j'ai  pris;  mais 
je  désire  le  garder  en  ma  puissance  du  consentement 
de  mon  père.  »  Ses  frères  demandèrent  qu'une  ba- 
taille décidât  entre  eux.  Mais  comme  les  deux  armées 
bien  préparées  s'avançaient  l'une  contre  l'autre^  voilà 
qu'une  tempête,  accompagnée  de  violents  éclairs  et  de 

I  Niger  mons.  (Y.  U  Géographie.) 


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CHRAliNB.  189 

beanconpde  tamerre,  s'éleva  subitement  elles  empêcha 

de  combattre.  Gomme  chacun  était  rentré  dans  son 
camp,  Chramne  trompa  ses  frères,  en  leur  faisant  an- 
noncer par  un  étrangler  la  mort  de  leur  père,  qui  était 
alors,  comme  nous  Tavons  dlt>  à  faire  la  guerre  contre 
les  Saxons.  Effrayés  de  cette  nourelle,  Ganbert  et 
Contran  reprirent  en  diligence  le  chemin  de  la  Bour- 
gogne. Chramne  les  suivit  avec  son  armée  et  mar- 
cha jusqu'à  la  ville  de  Ghâlon  qu'il  assiégea  et  prit; 
puis  il  poussa  jusqu'au  château  de  Dijon;  il  y  arriva  un 
dimanche,  et  je  vais  raconter  ce  qui  s'y  passa.  Saint 
Tétricus^  évéque^  dont  nous  avons  déjà  parlé  dans  mi 
autre  ouvrapre*,  était  alors  à  Dijon.  Les  prêtres  ayant 
posé  sur  Tautel  trois  livres,  savoir  :  les  Prophéties,  les 
Apôtres  et  les  Évangiles,  prièrent  Dieu  de  faire  con- 
naître ce  qui  arriverait  à  Chramne,  et  de  déclarer,  par 
sa  divine  puissance,  s'il  aurait  un  heureux  succès  et  s'il 
pouvait  espérer  de  régner.  11  était  convenu  que  chacun 
lirait  à  Toffice  ce  qu'il  trouverait  à  Touverture  dulivre. 
Ayant  donc  ouvert  le  premier  livre  des  Prophètes,  on  y 
trouva  ceci  :  Tarracherai  ma  vigne  et  elle  sera  dans  la 
désoUUim,  parce  qu'elle  devait  produire  des  raisins,  et 
n*a  praduU  que  des  fruits  sauvages  On  ouvrit  le  livre 
des  Apôtres,  et  on  y  trouva  ceci  :  Car  vous  savez  très- 
Mè»,  mes  frères^  que  le  jour  du  Seigneur  doU  venir 

*  Il  en  est  fait  mention  dans  les  Vies  des  Pères;  et  on  Toit» 
par  les  sommaires  du  livre  de  la  Gloire  des  Confesseurs,  que 
Grégoire  avait  l'intention  do  parler  plus  au  lonf;  de  ret  évéque 
de  Langres;  mais  ou  il  n'a  pas  réalisé  ce  projet,  ou  le  chapitre 
a  été  perdu.—  •  Isaïe,  cluip.  v,  v.  4,  5. 

11. 

■ 


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190  CHRAMNE. 

CQmvM  UH  voleur  de  mit*  Lorsqu'ils  diront  :  nous  voici 
mpaixM  en  tùreté,  ils  uroni  surpris  tout  d^un  coup 
d'une  ruine  imprévue,  comme  Vest  une  femme  grosse 
d$sdouUurs4€,l'enf<mUmmtfSans^u*il  leur  reste  au- 
e^mnwlym  de  se  sauver^.  Dieu  ajouta  par  Torganede 
.  rÉvangile  :  Quiconque  entend  ces  paroles  et  ne  les 
pratique  point  ut  Htnblojble  à  un  insensé  qui  a  bâti  sa 
maison  sur  le  sàbk:  la  pluie  est  tombée,  les  fleuves  se 
sont  précipités,  les  vents  ont  soufflé  et  sont  venus  fondre 
sur  cette  maison;  eUe  a  été  renversée,  et  la  ruine  en  a 
été  grande*. 

Cbramod  fut  reçu  dans  la  basilique  par  le  susdit 
évéque,  il  y  matigea  le  pain  S  puis  se  rendit  près  de 
Childebert.  Cependant  on  ne  lui  permit  pas  d'entrer 
dans  les  murs  de  Dijon.  Pendant  ce  temps^  le  roi  Clotaire 
combattait  iraillamment  contre  les  Saxons^  car  les 
Saxons  excités,  à  ce  qu'on  dit,  par  Cliildeberl,  et  ir- 
rités, depuis  Tannée  précédente^  contre  les  Francs, 
étaient  sortis  de  leurs  pays  et  venus  en  France  où  ils 
s'avançèrent  jusqu'à  la  ville  de  Deuiz,  pillant  et  causant 
beaucoup  de  terribles  maux. 

XV lI.^Dans  ce  temps,  Ghramne,  après  avoir  épousé 
la  fille  de  Wilichaire»  vint  à  Paris  et  s'unit  de  foi  et 
d'amitié  avec  le  roi  Cbildebert,  jurant  à  son  père  une 

»  l^ÈfUre  de  saint  Paul  aux  Thessaloniciens,  chap.  v,  2^9* 
1  JSvany.  selon  saint  Math.,  chap.  vu,  v.  26,  27. 
>  Chramm  ad  2»fisilteat  ah  antedido  sacerdotc  susceptus  est, 
tftigiM  CQiMdeni  panewt  ad  ChUdehertum  pertendii,  MM.  Gua- 
det  et  Taranne  traduisent:  «I  mangemi  U  pain  d9  T^ricut,  ctt 
qu'ils  expliquent  par  :  vwaiU  mitértilement.  Cela  ne  signifie-i-il 
pas  plutôt  qu'il  reçut  la  communion,  mangea  le  pain? 


Hiimitié  implacable.  Pendant  que  Glotaîre  combaltait 
contreles  Saxons»  le  roi  Ciiildeberi  entra  dans  la  Cham- 
pagne rémoise  et  arriva  jusqu'à  là  viUede  Reîms»  dé^ 
vastant  tout  par  le  pillage  et  Tincendie.  On  lui  avait  dit 
que  son  père  avait  été  tué  par  les  Saxons»  et  pensioit  que 
le  royaume  entier  devait  désormais  lui  obéir^  il  envahit 
tous  les  lieux  où  il  put  pénétrer. 

X  VIIL^Aloft  aussi  le  duc  Âustrapius^  craignant  la 

poursuite  de  Chramne,  s'enfuit  dans  la  basilique  de 
Saint^'Martin  ;  et  le  secours  divin  ne  lui  manqua  paé 
dans  ses  tribulations*  Chramne,  dans  ^intention  de  fa« 
voir  de  force,  avait  défendu  que  personne  osât  lui  porter 
des  aliments^  et  ordonné  qu'on  le  gardât  si  soigneuse^ 
ment  qu'il  ne  pût  même  obtenir  de  l'eau  à  boire^  afin 
que,  poussé  par  la  famine,  il  consentît  à  sortir  de  lui- 
même  de  la  sainte  basilique»  et  qu'on  pût  le  faire  f)érir. 
Gomme  il  était  à  demi-mort,  quelqu'un  entra,  lui  por- 
tant à  boire  un  petit  verre  d'eau  ;  mais,  au  moment  où 
il  venait  de  le  prendre,  le  Juge  du  lieu  s'élança  rapide^ 
ment  sur  lui,  et  le  lui  ayant  arracbé  de  la  main,  répam 
dit  l'eau  à  terre;  mais,  avec  la  même  rapidité,  s'ensui-* 
virent  aussitôt  la  vengeance  de  Dieu  et  les  signes  de 
la  puissance  du  saint  évêque,  car  le  juge  qui  avait  fait 
cette  action,  saisi  de  la  lièvre  le  jour  même,  expira  au 
ndlieu  de  la  nuit,  et  ne  revit  pas,  le  lendemain,  l'heure 
à  laquelle,  dans  la  basilique  du  sain*,  il  avait  arraché  la 
boisson  des  mains  du  fugitif.  Après  ce  miracle,  tout  la 
monde  s'empressa  de  porter  abondamment  à  Ausf rsh 
pius  ce  (^ui  lui  était  nécessaire  ;  et,  lorsque  le  roi  CIo- 


m  MORT  DE  SAINT  MÉDARD. 

taire  fut  revenu  dans  son  royaume,  celui-ci  se  trouva  en 
grand  crédit.  Quelque  temps  après,  étant  entré  dans 
les  ordres  an  château  de  Selle  %  situé  dans  le  diocèse 
de  Poitiers^  il  fut  sacré  évêque,  afin  que  lorsque  Pien- 
tiuSy  qui  gouvernait  l'Église  de  Poitiers^  viendrait  à 
Aiourir>  il  pût  occuper  sa  place  ;  mais  le  roi  Garibert 
en  ordonna  autrement:  car^  lorsque  l'évêque  Pientius 
eut  passé  de  ce  monde  dans  Tautre,  Pascentius,  alors 
abbé  de  l'église  de  Saint-Hilaire,  lui  succéda  par  ordre 
du  roi  Garibert^  bien  qu'Austrapius  réclamât  la  posses^ 
sion  de  ce  siège.  Ses  paroles  hautaines  ne  lui  servirent  de 
rien.  Lorsqu'il  fut  retourné  dans  son  château,  les  Téifa- 
les  qu'il  avait  souvent  opprimés*  se  soulevèrent  contre 
lui;  il  fut  frappé  d'un  coup  de  lance  et  périt  misérable- 
ment.  L'Eglise  de  Poitiers  recouvra  alors  ses  paroisses. 
XIX. ^Du  temps  du  roi  Clotaire^  Médard,  élu  de  Dieu> 
.  éVéque  d'une  sainteté  exemplaire^  mourut  après  une  • 
vie  remplie  de  jours  et  de  bonnes  œuvres.  Le  roi  Clo- 
taire  le  ût  ensevelir  avec  de  grands  honneurs  dans  la 
ville  de  Soissons^  et  commença  à  bâtir  sur  son  tombeau 
une  église,  qui  fut  achevée  et  dotée  par  son  fils  Sighe- 
bert.  Nous  avons  vu,  déposés  près  de  ce  bienheureux 
sépulcre^  les  fers  et  les  chaînes  brisés  de  captifs  délivrés 
par  le  saint  témoignage  de  sa  puissance  que  Ton  a  con- 

*  Tribu  de  la  nation  des  Alains,  qui  se  dispersa,  comme  tant 
d'antres,  sur  le  territoire  de  rEmpire,  au  moment  de  la  grande 
invasion,  et  dont  une  bande  s'<-tablit  dans  le  Poitou,  où  elle 

donna  son  nom  à  un  hourp  dit  TeifnJia,  dont  on  retrouve  la 
trace  dans  le  village  de  TiffaugCf  sur  la  Sèvre.  (V  la  Géogr.) 


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MORT  DE  CHILDEBERT.      .  .  1§8  «. 

serves  jusqu'à  ce  jour.  Mais  roprenons  déplus  haut.  . 

XX.—Le  roi  Cbildt  ber t  tomba  malade,  et, après  aToir  • 
longtemps  gardé  le  lit,  il  mourut  dans  la  ville  de  Paris  S 
et  fut  enterré  dans  l'église  de  Saint-Vincent  que  lui- 
même  avait  bâtie.  Le  roi  Ciolaire  s'empara  de  son 
royaume  et  de  ses  trésors,  et  envoya  en  exil  UUrogothe 
et  ses  deux  filles.  Chramne  se  soumit  à  son  père;  mais 
il  lui  manqua  encore  de  foi,  puis,  se  voyant  sans  res- 
sources, il  se  rendit  en  Bretagne.  Là,  il  se  cacha,  avee 
sa  femme  et  ses  enfants,  chez  Conobre,  comte  de  Bre-      -  * 
tagne.  Wilichaire,  son  beau-père,  s'enfuit  dans  la  ba-    >  .  * 
silique  de  Saint-Martin  ;  et  alors,  en  punition  des  pé*  \  . 
cbés  du  peuple  et  des  impiétés  qui  s'y  commettaient,'  .  . 
elle  'fat  brûlée  par  Wilicbaire  et  sa  femme;  ce  que  r 
nous  ne  pouvons  raconter  ici  sans  de  profonds  soupirs.  . 
La  ville  de  Tours  avait  déjà  été  consumée  quelques  an-  .  ' 
nées  auparavant,  et  toutes  les  églises  en  avalent  été 
dévastées.  Par  l'ordre  de  Ciolaire,  la  basilique  du  bien- 
heureux saint  Martin  fut  recouverte  en  étain,  et  réta«» 
Mie  dans  son  ancien  éclat*  En  ce  même  temps,  pa- 
rurent deux  armées  de  sauterelles  qui,  passant,  dit-on, 
par rAuvei^e  et  le  Limousin,  arrivèrentdans  la  plaine 
de  Romagnac*,  et  s'y  livèrent  un  grand  combat,  dans 
lequel  elles  s'entre-détruisirent.  Le  roi  Clotaire,  plein 
de  colère  contre  Chramne,  s'avança  en  Bretagne  avec 
une  armée,  et  Chramne  ne  craignit  pas  de  marcher,  . 
de  son  côté,  contre  son  père.  Tandis  que  tes  deux  ar- 

*  £n  556.  — *  iiavMktiiacMA  campus.  (V.  Géogr,) 


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m  FIN  DE  CHRÂMNE. 

nuées  étaient  mêlées  sur  le  champ  de  bataille,  et  que 

tliiamne,  avec  les  Bretons,  commandait  les  troupes 
Goutre  son  père,  la  nuit  surirint  et  fit  cesser  le  combat. 
Cette  même  nuit,  Cîonobre,  comte  des  Bretons,  dit  à 
Chramne  :  «  Combattre  contre  ton  père  est,  selon  moi, 
une  iniquité;  laisse-moi  tomber  cette  nuit  sur  lui,  et 
la  défàire  avec  toute  son  armée,  i»  Chramne,  aveuglé, 
je  pense,  par  la  volonté  divine,  n'y  consentit  pas,  et,  le 
matin  arrivé^  les  deux  armées  se  mirent  en  mouve* 
ment,  marchant  Tune  contre  Tautre.  Le  roi  Clotaire, 
comme  un  nouveau  David,  prêt  à  combattre  contre  son 
fils  Àbsalon,  pleurait  etdisait  :  m  Jette  les  yeux  sur  nous^ 
6  Dieu,  du  haut  du  ciel,  et  juge  ma  cause,  car  mon 
fils  s'est  injustement  levé  contre  moi,  regarde  et  juge 
avec  justice,  et  prononce  ici  Tarrêt  que  tu  prononças 
autrefois  entre  Absalon  et  son  père  David.  »  On  com- 
battait des  deux  côtés  avec  une  égale  ardeur^  le  comte 
des  Bretons  tourna  le  dos,  et  fut  tué.  Alors  Chramne  se 
mit  à  fuir  vers  les  vaisseaux  qu'il  avait  préparés  sur  la 
mer;  mais,  tandis  qu'il  s'occupait  à  sauver  sa  femme  et 
ses  filles,  il  fut  atteint  par  Farmée  de  son  père,  pris  et 
lié,  Clotaire  ordonna  qu'il  fût  brûlé  avec  sa  femme  et 
ses  filles  :  on  les  enferma  donc  dans  la  .cabane  d'un 
pauvre  homme,  où  Chramne,  étendu  sur  un  banc,  fut 
étranglé  avec  un  mouchoir;  ensuite  on  mit  le  feu  à  la 
cabane,  ses  filles  et  sa  femme  périrent  avec  lui. 

XXL— Le  roi  Clotaire  vint  à  Tours  dans  la  cinquante 
et  unième  année  de  son  règne,  apportant  de  grands  pré' 
seuls  au  tombeau  du  bienheureux  Martin;  et,  lorsqu'il 


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MORT  DE  CLOTAIRE.  m 

fut  arrivé  au  tombeau  de  cet  évèque»  il  se  mit  à  repasser 

dans  son  esprit  toutes  les  négligences  qu'il  pouvait  avoir 
commises^  et  à  prier  avec  da  grands  gémissements  le 
bienheureux  confesseur  d'appeler  sur  ses  fautes  la  mi- 
séricorde de  Dieu,  et  d'obtenir  par  son  intercession 
qu'il  fût  lavé  de  ce  qu'il  avait  fait  de  contraire  à  la  sa- 
gesse; ensuite,  s'en  étant  allé»  durant  la  dnquante- 
iinièine  année  de  son  règne,  comme  il  était^  dans  la  forêt 
de  Guise,  occupé  à  la  chasse,  il  fut  saisi  de  la  fièvre,  et 
on  le  ramena  à  Gompiègne.  Là,  cruellement  tourmenté 
de  son  mal,  il  disait:  a  Hélas!  que  pensez- vous  que  soit 
ce  roi  du  ciel  qui  fait  ainsi  mourir  de  si  puissants 
rois?  »  et  il  rendit  l'esprit  dans  cette  tristesse  Ses 
quatre  fils  le  portèrent  à  Soissons  avec  de  grands  hon- 
neurs, et  Fensevdirent  dans  la  basilique  du  bknheu- 
reux  Médard.  Il  mourut  au  jour  même,  l'année  révolue, 
où  Ghramne  avait  été  tué. 

XXIL— Ghilpéric,  après  les  fanérailles  de  son  père, 
s'empara  des  trésors  rassemblés  dans  la  villa  de  Braine, 
puis  il  alla  trouver  les  plus  influents  d'entre  les  Francs^ 
les  gagna  par  des  présents  et  les  atlacbaà  sa  cause.  Bien- 
tôt après  il  se  rendit  à  Paris,  siège  de  la  royauté  de 
GblWebirt;^  (G^t  s'en  empara;  mais  il  ne  put  le  posséder 
loitgtémps,  car  ses  frères  se  réunirent  pour  Fen  chasser, 
et  firent  ensuite  entre  eux  quatre,  savoir,  Caribert, 
Contran,  Cbitpédpjc,  et  Sighebert  un  partage  légitime.  Le 
sort  donna  à  Garibert  le  royaume  de  Ghildebert,  avec 
Paris  pour  résidence;  à  Contran,  le  royaume  do  Giodo- 


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190  STCHEBERT  ET  CHILPËRIC. 

mir,  dont  le  siège  était  à  Orléans;  Chilpérlc  eut  le 
royaume  de  son  père  Glotaire^  et  Soissons  fut  sa  Yille 
principale;  à  Sigliebert  échut  le  royaume  de  Thierry 
avec  Reims  pour  résidence. 

XX  m.— Après  la  mort  du  roi  Glotaire»  les  Huns  en- 
vahirent les  Gaules.  Si^hebert  conduisit  contre  eux  une 
armée^  leur  livra  combat  %  les  vainquit  et  les  mit  en 
fuite  ;  mais  ensuite  leur  roi  lui  fit  demander  son  amitié 
par  ses  envoyés.  Tandis  (}ue  Si'.iicbcrt  était  occupé  de 
ces  ennenûs^  Chilpéric  s'empara  de  Beims  et  d'autres 
cités  qui  lui  appartenaient  ;  et  ce  qu'il  y  eut  de  pis,  c'est 
qu'il  en  résulta  entre  eux  une  guerre  civile  :  car  Sighe- 
bert,  revenant  vainqueur  des  Huns,  occupa  la  ville  de 
Soissons^  oti  il  trouva  Théodebert,  fils  du  roi  Chilpéric, 
qu'il  prit,  et  l'envoya^en  exil.  Ensuite  il  marcha  contre 
Gbilpéric,  lui  livra  combat,  le  vainquit,  le  mit  en  fuite^ 
et  rentra  en  possession  de  ses  cités.  Il  ordonna  que, 
pendant  une  année  entière,  Théodebert,  fils  de  Chilpé- 
ric, demeurât  enfermé  à  Pontbion*  ;  mais  bientôt^ 
comme  il  était  clément,  il  le  renvoya  à  son  frère,  sain 
et  sauf,  et  chargé  de  présents,  en  lui  faisant  prêter  ser- 
ment de  ne  pas  agir  désormais  contre  lui  ;  à  quoi  Théo- 
debert manqua  par  la  suite  avec  izrand  péché. 

XX 1 V.— Lorsque  Gontran  eut,  comme  ses  frères,  pris 
possession  de  sa  part  du  royaume,  il  ôta  à  Agricola  b 
dignité  de  patrice  et  la  donna  à  Celse,  homme  de  haute 
taille,  large  des  épaules,  au  bras  vigoureux,  superbe 
dans  ses  paroles,  prompt  à  la  réplique  et  versé  dans  les 

i  £n  563.  —  s  PonUco  viUa, 


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LE  ROI  CONTRAN.  191 

lois.Cethommefutprisbientôtd'unc  telle  avidité  de  s'en- 
richir qu'il  s'empara  souvent  des  propriétés  des  églises 
et  les  réunit  à  ses  domaines»  On  rapporte  qu^entendant 
un  jour  lire  dans  réglise  cette  leçon  où  le  prophète  Isaïe 
dit:  Malheur  à  ceux  qui  joignent  Us  maisom  aux 
maisonê,  les  terres  aux  terrée  jusqu^à  ee  que  feepaee 
leur  manque  *  !  il?  s'écria  :  «  Il  est  bien  insolent  de  dire 
ici  :  malheur  à  moi  et  à  mes  fils,  b  Mais  il  laissa  un  fils 
qui  mourut  sans  enfants^  et  légua  la  plus  grande  partie 
de  ses  biens  aux  églises  que  son  père  avait  dépouillées. 

XXV.— Le  bon  roi  Contran  fit  d'abord  entrer  dans 
son  lit,  comme  concubine^  Yénérande^  serrante,  d'un 
de  ses  hommes^  et  en  eut  un  fils  nommé  Gondebaud. 
Il  prit  ensuite  en  mariage  Marcatrude,  fille  de  Magnaire, 
et  envoya  son  fils  Gondebaud  à  Orléans.  Marcatrude 
en  devint  jalouse,  quand  à  son  tour  elle  eut  un  fils,  et 
attenta  à  sa  vie.  Elle  le  fit,  dit-on,  mourir  en  empd- 
sonnant  sa  boisson.  Mais  alors,  par  le  jugement  de 
Dieu,  elle  perdit  son  fils,  encourut  la  haine  du  roi,  qui 
la  renvoya,  et  mourut  peu  de  temps  après.  Le  roi 
épousa  alors  Auslrechilde ,  surnommée  Bol)yla;  il  en 
eut  deux  fils,  dont  le  plus  âgé  se  nommait  (llotaire^  et 
le  plus  jeune  Glodomir. 

XX  VI.— Le  roi  Caribert  prit  pour  femme  Ingoberge, 
de  qui  il  eut  une  fille,  qui  fut  ensuite  mariée  et  conduite 
dans  le  pays  de  Kent  *•  Ingoberge  avait  à  son  service 

1  Isaïe,  chap.  v,  v.  8. 

8  Berthe  ou  Eldeberge,  qui  épousa  Ethelbert,  roi  de  Kent,  et 
<-ontribua  puissamment  k  la  conversion  do  son  mari  et  det 
Anglo-Saxons  au  christianisme. 


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deux  fiUes  d'un  piaivrfrluNnflM,  éùwi  la  |»r«m!ëre  s'ap< 

pelait  Marcovèfe,  et  |)ortait  l'habit  religieux  ;  l'auto 
VappdlMi  liéisoflède.  Le  roi'S'^pFti  d'wiour  pour  éllas. 
SBes  étaient,  oemme  sous  Tavons  dît,  ilUes  d'un  ouvrier 
en  laine.  Ingoberge,  jalouse  de  l'affection  qu'elles  in - 
«pisaiont  m  roi^doiuia  à  ieur  pèi«  de  l'ouvrage  à  laire 
dans  la  maisoD,  afin  qiie  lorsque  le  roi  le  virait  au 
jtravail^  il  prît  les  filles  en  haine.  Pendant  qu'il  était 
Meopé,  elle  fit  appeler  le  rpi,  qui  Tint  croyant  qu'eHo 
imiail  lui  montrer  quelque  chose  de  curieux  et  vit  de 
loin  cet  homme  qui  travaillait  aux  laines  du  palais.  A 
eeU»  vue,  saisi  de  colère,  il  quitta  Ingobei^  et  épousa 
Méroflède.  Il  prit  encore  une  autre  jeune  fille  nommée 
Teutéchilde^  née  d'un  opUio,  c'est-à-dire  d'un  pasteur 
de  hcébiêp  dont  il  eut,  dit*OB,  un  HIs  qui,  au  sortir  du 
8^n  de  sa  mère,  fut  aussitôt  porté  au  tombeau. 

JDu  ianjpsde  ce  roi^Léonce^^ayaatrassembléàSaintes 
lev  évéques  de  sa  province,  destitua  Émeri,  évèque  de 
cette  ville,  soutenant  qu'il  n'avait  pas  été  élevé  cano- 
aiqueipent  à  cette  dignité;  car  le  roî  Clotaire  avait  or«> 
donné  qu'il  f  ât  sacré  sans  le  concours  du  métropolitain, 
alors  absent.  Émeri  fut  renvoyé,  et  les  évèques  nooK 
mèrent,  d'un  commun  accord,  Uéradius^  alors  prétr^ 
de  la  ville  de  Bordeaux  ;  puis  ils  envoyèrent  au  roi 
Ganbert,  par  ledit  prêtre,  l'acte  de  sa  nomination, 
signé  de  leurmain,  pour  que  Garibert  y  donnât  son 
approbation.  Réradius  vint  à  Tours,  et  exposa  au 

»  Evôque  de  Bordeaux.  On  voit  par  ce  pusage  quelle  supré- 
matie les  métropolitains,  plus  tard  archevêques,  s'étaient  or» 
rogée  sur  les  simples  évéqucs. 


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VÈVÈQIUB  LÉONCB.  m 

blenlidiireiK  Eofihioiiîus  ce  qui  s'était  fait,  le  priant  de 

vouloir  bien  souscrire  cet  acte,  ce  querhomme  de  Dieu 
refusa  liautement.  Le  firétie  étant  doue  entré  dans  Pa- 
ris se  rendit  en  présence  du  roi,  et  lui  parla  ainsi  :  c  Sa« 
lut^  roi  très-glorieux;  le  siège  apostolique  envoie  à 
ton  Éoûnence  an  très-ample  salut,  a  Aqaoi  ie  m  lé* 
pondit  :  a  Quoi  donc,  viens-tu  de  la  ville  de  Rome  |)our 
nous  apporter  ainsi  les  salutations  de  son  pape?— Ton 
père  iéoQoe^  dit  le  prêtre,  etses  é?dqaes  proyineiam 
t'envoient  saluer  et  te  font  connaître  qu'Émule  (car 
c'est  ainsi  qu'ils  avaient  pris  coutume  d'appeler  Émarî 
dans  son  enfanee)  a  été  rejeté  de  Tépiscopat,  pour 
avoir  brigué  le  siège  de  la  ville  de  Saintes,  sans  de- 
mander la  sanction  canonique»  en  aorte  «fuHs  t'ont 
envoyé  un  acte  de  nomination  pour  en  mettre  un  autre 
à  sa  placci  aiin  que>  les  iransgresseurs  des  canons  étant 
Justement  condamnés^  ta  puissance  se  prolonge  jus- 
que dans  les  âges  les  plus  reculés.  »  Quand  il  eut 
ainsi  parl^  le  roi  plein  de  colère  ordonna  qu'on  l'an»* 
chàt  de  sa  présence,  et  qu'on  le  mît  sur  un  chariot  rem- 
pli d'épines,  ponr  le  conduire  en  exil,  et  il  ajouta: 
«Crois-tu  donc  qu'il  n'y  ait  pas  au-dessus  de  vousqoeip 
qu'un  des  fils  du  roi  Glotaire  pour  màintenir  ce  qu'a 
fait  son  père^  puisque  vous  osez  ainsi  rejeter»  sans 
nous  en  demander  notre  vris,  l'évéque  nommé  par  u 
volonté?  »  Puis  il  envoya  des  hommes  de  religion 
*  pour  rétablir  Tévéque  dans  son  siège,  et  ût  aussi  par 
quelques-UBS  de  ses  camériers>  qui  oUigèrent  f  évèque 
Léonce  à  payer  mille  pièces  d'or^  et  imposèrent  aux  au- 


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200  MORT  DE  GARIBËRT. 

très  éTêques  une  amende  proportionnée  à  leurs  tacul* 

t'js;  ainsi  tut  vengée  Tinjure  du  prince. 

Ensuite  Garibert  prit  en  mariage  MarcoTèfe»  sœur 
de  Méroflède.  L'évêque  de  SaintrGermain  les  excom- 
munia tçus  deux  pour  ce  motif;  mais  comme  le  roi  ne 
Youlait  pas  la  renvoyer^  elle  mourut  frappée  du  juge* 
ment  de  Dieu.  Ije  roi  Garibert  lui-même  mourut  peu  de 
temps  après  elie^  et,  aprjès  sa  mort^  Teutéchilde,  Tune 
de  ses  reines^  envoya  des  messagers  au  roi  Contran» 
et  s'olTrit  à  lui  en  mariage.  Le  roi  répondit  :  ce  Qu'elle 
vienne  à  moi  sans  retard  avec  ses  trésors»  je  la  pren- 
drai pour  femme  et  la  rendrai  grande  aux  yeux  du 
peuple,  afin  qu'elle  jouisse  avec  moi  de  plus  d'hon- 
neurs qu'elle  n'en  a  eu  avec  mon  frère  qui  vient  de 
mourir.  »  Joyeuse  de  cette  réponse,  elle  rassembla 
tout  ce  qu'elle  possédait  et  vint  vers  lui.  Mais  alors  le 
roi  dit  :  «  U  est  plus  juste  que  ces  trésors  soient  en  mon 
pouvoir  qu'en  celui  de  cette  femme  que  mon  frère  a 
fait  honteusement  entrer  dans  son  lit.  »  Alors  il  lui 
^leva  la  plus  grande  partie  de  ce  qu'elle  apportait»  ne 
lui  en  laissa  qu'une  petite  ])ortîon,  et  l'envoya  au  mo- 
nastère d'Arles.  Là,  elle  ne  se  soumettait  qu'avec  grande 
tristesse  aux  jeûnes  et  aux  veilles;  elle  s'adressa  donc 
par  messagers  secret  à  un  certain  Goth»  lui  promet- 
tant que»  s'il  voulait  la  conduire  en  Espagne  et  l'épou- 
ser, elle  quitterait  le  monastère  avec  ses  trésors  et  le 
suivrait  de  bon  cœur.  Il  promit  sans  hésiter  :  déjà  elle 
avait  rassemblé  ses  effets»  empli  ses  valises  et  elle  se 

•  *  £n  567, 


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SIGHEBERT  ÉPOUSE  BRUNEHAUX.  201 

préparait  à  quitter  le  couvent,  quand  la  YÎ^lance  de 
Fabbesse  prévint  ce  projet  et  fit  échouer  sa  tentative. 
£ile  fut  cruellement  fustigée^  puis  renfermée^  et  elle 
demeura  ainsi  jusqu'à  sa  mort^  soumise  à  de  durs  châ- 
timents. 

XXVII.— Le  roi  Sighebert,  qui  voyait  ses  frères  s'al- 
lier à  des  éiiouses  indignes  d'eux,  et  prendre  pour  fem- 
mes, à  leur  grand  déshonneur.  Jusqu'à  leurs  servan- 
tes, envoya  des  ambassadeurs  en  Espagne  chargés  de 
beaucoup  de  présents  pour  demander  en  mariage  Bra- 
nehaut,  ûlle  du  roi  Athanagilde  ^  C'était  une  jeune  fille 
de  manières  élégantes,  belle  de  figure,  honnête  et  dé- 
cente dans  ses  mœurs,  de  bon  conseil  et  d'agréable 
conversation.  Son  père  consentit  à  raccorder,  et  Ten- 
Toya  au  roi  avec  de  grands  trésors;  Sighebert,  ayant 
rassemblé  les  seigneurs  et  fait  préparer  des  festins,  la 
prit  pour  femme  avec  une  joie  et  des  réjouissances  in- 
finies* £Ue  était  soumise  à  la  loi  arienne  ;  mais  les  pré- 
dications des  prêtres  et  les^xhortalions  du  roi  lui-même 
la  convertirent;  elle  crut  et  confessa  la  Trinité  une  et 
bienheureuse/  reçut  l'onction  du.  saint  chrême,  et 
par  la  vertu  du  Christ,  elle  persévéra  dans  la  foi  catho- 
lique. 

XXYIII. —  Le  roi  Ghilpéric,  qui  avait  déjà  plusieurs 
femmes,  voyant  ce  mariage,  demanda  Galsuinthe, 
sœur  de  Brunehaut,  promettant,  par  ses  envoyés,  que 
8*0  pouvait  obtenir  une  femme  égale  à  lui  et  de  race 
royale,  il  délaisserait  toutes  les  autres.  Le  père  reyut  ses 

^  Bu  666. 


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303  CHILPÉRIC  ÉPOUSE  ET  LAISSE  TUER  GALSUIHTHE* 

promesses^  et  Ini  envoya  sa  fille,  comme  il  avait  envoyé 
Taulre,  avec  de  grandes  richesses.  Gaisuinihe  était  l'aî- 
née de  Braoehaul  :  lorsqu'elle  arriva  yen  le  roi  Ghil- 
perîc,  celui-ci  la  reçut  avec  grand  honneur,  et  la  prit 
eu  mariage.  11  Taimait  beaucoup  parce  qu'elle  lui  avait 
apporté  de  grands  trésors;  mais  Tamour  de  Frédégonde, 
qu'il  avait  eue  auparavant  comme  maîtresse,  fit  naître 
eotre  eux  de  grands  débats.  Galsuintbe  avait  été  con* 
tertîe  à  la  foi  catholique,  et  avait  reçu  le  saint  chrême. 
£Ue  se  plaignait  de  recevoir  du  roi  de  continuels  ou- 
tngeSf  et  disait  qu'elle  vivait  près  de  lui  sans  honneur. 
EUe  demanda  donc  qu'il  lui  permît  de  retourner  dans 
son  pays,  laissant  tous  les  trésors  qu'elle  avait  apportés. 
Gelui-ci«  dissimulant,  Tapaisa  par  des  paroles  de  dou- 
ceur;  puis  il  ordonna  à  un  domestique  de  Télrangler, 
et  on  la  trouva  morte  dans  son  lit  Après  sa  mort.  Dieu 
fit  connaître  sa  vertu  d'une  manière  éclatante,  car  une 
lampe  qui  brûlait  devant  son  sépulcre,  suspendue  à  une 
corde,,  tomba  sur  le  pavé,  la  corde  s'étant  rompue  sans 
que  personne  y  touchât;  en  même  temps  la  dureté  du 
pavé  cédant  à  ce  contact,  la  lampe  s'enfonça  tellement 
dans  cette  matière  amollie,  qu'elle  y  fut  à  moitié  ense- 
velie sans  se  briser,  ce  qu'on  ne  put  voir  sans  y  recon- 
naître ua  grand  miracle.  Le  roi,  après  avoir  pleuré  sa 
mort,  épousa  au  bout  de  quelques  Jours  Frédégonde. 
Alors  ses  frères,  ayant  entendu  dire  que  c'était  par  son 
ordre  que  sa  femme  avait  été  tuée,  le  chassèrent  de  son 
royaume.  Chilpéric  avait  trois  fils  d'Audovère  sa  pre* 
mière  femme,  savoir,  Tbéodcbert,  dont  nous  avons 


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sir. ni: lu: UT  et  les  huns.  203 
par  lé ,  MéroTée  et  Clovis.  Mais  revenons  à  notre  sujet 
XXl^X.^  Les  Huns  s^eflbrçatènt  de  rentirer  de  notr- 
^  veau  dans  les  Gaules.  Sighebert  marcha  contre  eux  à  1* 
tête  d'une  armée  eï  tceompagné  d'une  gnramte-inaKi- 
tade  diioiniiies  caillants;  ma»,  au  moment  doeomBat^ 
les  Huns,  habiles  dans  Tari  de  la  magte^  firent  apparat- 
li'e  diress  fantômes  aux  yeux  des  Francs  qui  fturent  ech 
tièrement  yalncot.  L'armée  de  Sigheberif  ayant  été  mise 
en  fuite,  lui-même  fut  retenu  prisonnier  par  les  lluns; 
mais,  eoDime  il  étail  agréable  dTesprit  etf  plein  d'âdresee'» 
Uifainquit  par  les  présent^cenx  qu'il n^&¥ail>pwaincra 
pav  la  force  des  combats,  et  ses  libéralités  ejigagèrent 
le  roi  des  Huns  à  conTenir  w&s  lut  que,  àunHàfh^wm/l» 
de leurm^  ilë  ne  se  foraienipln» la  guerre;  ce  quron 
a  pensé  avec  juste  raison  devoir  tourner  à  la  louange 
deiSigbebert  plutôt  qii'ài8a.tiQnta;  Leioides  fions  fiib 
ansl  beauoonp  de  présents  aa  roi  Sighebert;*  on^l'appe» 
lait  Gagan^ce  qui  est  le  nom  de  toua  Im^roift  de  oeUe 
nation^ 

WJL  —  Le  roi  Sighebert,  désirant  s'emparer  de  lar 
Yiiie  d'Acles^  ordonna  aux  habitants  de  rAuvergnode 
ae  mettne  ea  nsarche';.  Us  a:?aienb  alors-  pour*  coiata 
Firmin,  qui  se  mit  à  leur  tôle.  D'une  autre  part  vint  Aur 
dovaine,  également  àla  tète.d'uifê  armée;  ils  entrèreni 
dans  la  ville  d'Arles^  et  lui  firent  prêter  sesmant  k 

1  Ces  prétendus  Huns  étaient  les  Ayares,  peuple  deMeoda  des 

plateaux  du  Tl.ibet,  et  qui,  après  avoir  erré  longtemps  en  Ger- 
manie, fonda  enlin,  dans  la  Valac  hie,  la  Moldavie  et  la  Hongrie, 
un  royaume  qui  subsista  -230  ans.  Ce  fut  dans  la  Thuriogei  entro 
r£lbc  et  la  6aal,  que  Sighebert  leur  fit  la  guerre. 
•  £n  566. 


804  SIGHEBERT  ET  GONTRAN. 

Sigheberl.  A  cette  nouveUe^leroi  GoDiran  envoya  le  pa- 
frice  Gelse  à  la  téte  d'une  armée;  celui-ci  marcha  sût 
Avignon  ^  prit  cette  ville,  j)uis  se  dirigea  vers  Arles, 
qu'il  environna  et  où  il  commença  à  attaquer  l'armée  ' 
du  roi  Sîghebert  qui  y  était  enfermée.  Alors  révêque  ' 
Sabaude  dit  aux  soldats  :  «  Sortez  des  murs  et 
livrez  combat;  car^  enfermés  ici^  vous  ne  pourriez 
défendre  ni  vous-mêmes,  ni  le  territoire  de  cette 
ville.  Sij  par  la  grâce  de  Dieu^  vous  êtes  vainqueurs^ 
nous  vous  garderons  la  foi  que  nous  vous  avons  pro« 
mise;  si,  au  contraire^  ce  sont  eux  qui  l'emportent^ 
vous  trouverez  les  portes  ouvertes,  et  vous  pourrez 
entrer  pour  ne  pas  périr.  » 

Trompés  par  cet  artifice,  ils  sortirent  des  murs  et  se 
mirent  en  bataille;  mais  lorsque  vaincus  par  l'armée 
de  Gelse,  et  commençant  à  fuir,  ils  revinrent  à  la  ville, 
ils  en  trouvèrent  les  portes  fermées;  Tarmée  ennemie 
les  poursuivant  à  coups  de  traits  par  derrière,  et  les 
gens  de  Isf  ville  les  accablant  de  pierres,  ils  se  dirigè- 
rent vers  le  Rhône,  et  se  mirent  sur  leurs  bouchers 
pour  gagner  Tautre  rive;  mais  emportés  par  la  vio- 
lence du  fleuve  un  grand  nombre  se  noyèrent,  et 
le  Rhône  fut  alors,  pour  les  habitants  d'Auvergne,  ce 
que  nous  lisons  que  fut  autrefois  le  Simoïs  pour  les 
Troyens*. 

*  Grégoire  de  Tours  se  plaît  encore  à  témoigner  ici  de  ses 
lectures,  et  nous  voyons  par  ce  passage  c^ue  si  le  langage 
des  bons  auteurs  était  tombé  en  désuétude»  cependant  leur 
iouTenir  subsistait  chez  quelques  hommes  intelligents  au 
Ti*  siècle. 


t 


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LE  CHATEAU  DE  TAUREDUN. 


•  •  Corr^ta  tub  undi» 

Smia  «Mn  giAtatfu»  ^  fortia  carpwra  voWU  

Afparwnt  rari  tumUê  mi  gurgiiê  «otto  K 

Un  petit  nombre»  comme  nous  FaTons  dit»  put  avec 

peiue^  en  nageant  et  à  l'aide  des  boucliers,  gagner  l'autre 
bord.  Dépouillés  de  tout  ce  qu'ils  possédaient»  privés  de 
leurs  cbevaux»  ils  ne  rentrèrent  dans  leurs  pays  qu'avec  ^ 
de  grandes  difficultés;  on  donna  cependant  à  Firmin  et 
à  Audovaire  la  liberté  de  s'en  retourner.  Plusieurs  des 
gens  d'AuTergne  périrent  non-seulement  emportés  par 
le  fleuve»  mais  frappés  du  glaive.  De  cette  manière» 
Contran  rentra  en  possession  de  cette  ville,  et  avec  sa 
bonté  accoutumée  rendit  Avignon  à  son  frère. 

XXXI.— Il  parut  alors  dans  les  Gaules  un  grand  pro* 
dige  au  château  Tauredumum,  situé  sur  une  montagne 
au  bord  du  Rhône  *.  Cette  montagne  fit  entendre  pen- 
dant près  de  soixante  jours  un  étrange  mugissement»  et 
enfin  elle  se  sépara  d'une  autre  dont  elle  était  proche» 

m 

i  «  Il  roule  dans  ses  eaux  les  bouelien,  le«  casques  et  les  ^ 
c  corps  robustes  des  guerriers  Un  petit  nombre  parait  çà  et 

«  là,  nageant  sur  le  gouffre  immense.  »  '  ' 

*  Tauredunum.  Il  est  assez  difficile  de  déterminer  la  position 
de  ce  lieu;  quelques  savants  ont  pensé  qu'il  s'agissait  de  Tour-  ' 
non  en.Vivarais  ;  mais  la  description  que  donne  Grégoire  de 
Tours  et  les  circonstances  de  l'inondation  ne  sauraient  a'y  ap- 
pliquer. Selon  d'autres,  le  fort  de  Tawredunum  était  situé  dana 
ie  Valais,  et  un  passage  de  la  Chrani^  de  Marins  d'Avenclies 
semble  Tenir  àl'appui  de  cette  opinion.  Cependant  U  est  plus  pro- 
bable qu'il  s'agit  ici  du  fort  l'Ecluse,  entre  Seyssel  et  GenèTO, 
lieu  OÙ  le  Rhône  coule  en  eflfet  dans  une  gorge  fort  resserrée, 
et  qui  offre  des  traces  d'un  déchirement  des  montagnes.  Dans 
cette  hypothèse,  le  grand  amas  d'eau  qui,  selon  Grégoire  de 
Tours,  eut  lieu  à  Genève,  située  au-dessus  du  fort  l'Ecluse,  ne 
serait  pas  impossible  à  concevoir.  (Voir  la  Géogr.) 

».  1» 


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206  LE  CHATEAU  DE  TAtJREDUN. 

et  se  précipita  dans  Je  ileave  avec  les  hommesi  les  égli- 
ses, les  richesses  «t  Ibs  maîsoiis  qu'elie  portait.  Le  fleuve 
sortit  de  soa  lit  et  reflua^  car  cet  endroit  était  des 
Aewi  «MéB  «erré  par  des  tnmrtagnwt,  entre  lesquelles 
ses  eaux  torrentueuses  coulaient  par  un  lit  étroit.  Le 
éeave,  daos  celte  inondation^  en^uUt  ti  renversa  tout 
tie  qui  se  tnmvail  sur  ses  rifes  flipérieartt;  puis 
les  eaux  amoiicelées ,  se  précipitant  de  nouveau^ 
Mfnrant  ùM^ioément,  conune  elles  Tavaieiit  fait 
yliis  hmd,  ta  habitants  du  pays  silné  pins  ïm,  les 
Boyèrent,  abattirent  les  maisons^  emportèrent  les 
dievwix  et  oe  ^  se  trouvait  sur  la  rive,  boolevei^ 
sant  et  ravageant  tout  par  une  inondatioD  vîolMite 
St  publie  jusqu'à  la  ville  de  Genève.  On  dit  qu'il  s'a- 
massa ^ans  oette  ville  yns  telle  quantité  d'en»,  qu'eUe 
frandiHiesmurs^eeiifrin^arien  d'invraisemblable  parce 
que^comme  BOusl'avonsdit,leBhdae  eacetendroit  coule 
dans  nn  défilé  entre  des  montagnes»  «t  se  trouvant  in- 
tercepté, sans  avoir  sur  ses  côtés  de  passage  par  où  il 
l»àt  s'échapper,  il  Irauchit  la  montagne  renversée,  et 
détruisit  tout  A  la  smte  de  cette  catastrophe,  trente 
moines  de  l'endroit  où  était  tombé  le  château  vinrent 
fouiller  la  terre  surlapartie  de  lamontagne  demeurée  de- 
bout, et  y  trouvèrent  du  Cnroude  l'airain.  Pendant  qu'ils 
étaient  occupés  à  cetravail^  ils  entendirent  encore  la 
montagne nragircomme  anparavant^leur  âpre  cupidité 
les  retintet  la  portion  qui  n'était  pas  encore  tombée  se 
renversa  sur  eux,  les  ensevelit  et  les  fit  périr  sans  qu'on 
ait  Jamais  pu  les  retrouver.  De  même  de  grands  prodi- 


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PROmOBS  £N  AUYEB6NE.  M 

ges  avaient  épouvanté  F  Auvergne  avant  le  désastre  qui 
éé8i9^  cette  cootrée,  ear  à  i^usieurs  reprisn  il  parut 
autoor  du  soleil  trois  ou  quatre  ehrtés  Irèa^grandea  el 
très-brillantes,  et  les  paysans  disaient  :  a  Voilà  dans  le 
M  trois  on  quatre  sdeils.  »  Et  une  foî$>  aux  calendes 
dVictobre^  le  soleil  iNurut  Mentent  oMcorel  qu'on 
n'en  voyait  pas  reluire  la  quart  ;  il  paraissait  som- 
1»^  décoloré  et  semblable  à  un  sac.  Va»  de  ces 
étoiksque  Fon  appeHe  comètes^  àvee  «m  rayes  sem* 
biable  à  un  glaive,  se  iiionira  au-dessus  du  pays  pen- 
dant une  année  entière.  On  vit  le  cid  ardent,  et  il 
apparut  beaucoup  d'autres  signes.  Bans  une[égli8ed'Âu- 
vei gne,  au  moment  où  Ton  oélébirait,  dans  une  certaine 
iéte,  latigik  dn. matin,  un  oiseau  de  eeox  que  noua 
appelons  alouettes  entra  et  éteignit  avec  ses  ailes  toutes 
les  iomièreaqnibnUaientdansréglise*  On  eûtdit  qu'un 
homme»  les  tenant  i  sa  mafoi,  les  avait  tontes  à  la  Ibis 
plongées  dans  Teau.  Puis^  passant  sous  le  voile  du  sanc- 
tuaire, Toiseau  voulut  éteindre  la  lampe;  mais  les 
portierd*  Yen  empèdik^nt^  et  le  tuèrent»  Un  autre 
oiseau  en  Ht  autant  aux  lampes  qui  brûlaient  dans  la 
basilique  de  Saint- Àndré,  la  peste  snrvintj  et  ily  ei^ 
dans  tout  le  pays  une  ièlle  mortalité  sur  le  peuple, 
qu'il  est  impossible  de  compter  les  multitudes  qui 
rirent  Comme  les  carcodis  et  les  planches  manquaient, 
on  en  enterrait  dix  et  plus  dans  une  même  fosse;  on 
C(Hnpta,.un  dimanche,  4^  une  basilique  de  Sainte 

*  Il  y  avait  (juatre  ordres  mineurs  :  acolyte,  lecteur,  exorciste, 
portier. 


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m  PESTE  EN  AUVERGNE, 

Pierre,  trois  cents  cadavres.  La  mort  était  subite  :  il 
naissait  dans  l'aine  ou  dans  Faisselle  une  plaie  en 
forme  de  serpent;  son  action  était  telle  sur  les  hom- 
mes qu'ils  rendaient  l'esprit  le  lendemain  ou  le  troisième 
jour,  et  la  force  du  yenin  leur  ôtait  entièrement  le  sens. 
Ainsi  mourut  le  prétre^Gaton;  car  tandis  que  beauconp 
fuyaient  la  contagion,  il  demeura  constamment  dans  le 
pays»  ensevdissant  les  morts»  et  célébrant  courageuse-^ 
ment  des  messes.  Ce  fut  un  prêtre  d'une  grande 
charité  et  plein  d'amour  pour  les  pauvres;  s'il  a  eu 
quelque  orgueil,  je  crois  que  cette  vertu  Ta  suffi**' 
samment  racheté.  L'évêque  Gautin  qui  courait  de' 
lieux  en  lieux  par  crainte  de  la  peste,  étant  revenu 
à  la  ville,  Ait  pris  de  la  contagion  et  mourut  la  veille 
du  dimanche  de  la  Passion.  Tétradius,  son  cousin 
germain»  mourut  à  la  même  heure.  Lyon,  Bourges, 
Châlon  et  Dij<Ni,  furent  extrêmement  dépeuplés  par 
cette  maladie. 

XXXII.— 11  existait  alors  au  monastère  de  Randan, 
dans  la  cité  d'Auvergne,  un  prêtre  d'une  éminente 
vertu,  nommé  Julien,  d'une  abstinence  telle  qu'il  n'u- 
sait que  de  pain  et  de  d'eau,  portant  en  tout  temps  un 
cilice  sous  sa  tunique,  le  premier  aux  veilles  et  assidu  à 
l'oraison;  il  guérissait  sans  peine  les  possédés,  rendait 
la  vue  aux  aveugles,  et  chassait  les  autres  maladies  par 
rinvocation  du  saint  nom  de  Dieu  et  le  signe  delà 
sainte  croix.  A  force  de  resiter  debout,  il  avait  les 
pieds  malades  d'un  ulcère;  et,  comme  on  lui  deman- 
dait pourquoi  il  demeurait  ainsi  debout,  plus  que  ne  le 


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L'ÂPBÉ  SUNIULFE.  SO0 

permettoil  la  force  de  son  corps,  il  avait  coutume  de 
répondre  dans  un  un  sens  spirituel  :  a  Mes  jambes  font 
mon  oaYrage  et,  taot  que  la  vie  est-en  moi,  leur  support 
avec  la  volonté  de  Dieu  ne  me  manquera  pas  *.  »  Nous 
l'avons  vu  une  lois  dans  la  basilique  de  Saint-Julieu, 
martyr,  guérir  un  possédé  seulement  par  ses  paroles; 
il  guérissait  aussi  souvent,  par  Toraison,  des  fièvres 
quartes,  et  autres.  Lors  de  cette  contagion,  plein  de 
jours  et  de  vertus,  il  passa  de  ce  monde  au  repos  étemel. 

XXXIII. — Alors  aussi  passa  de  cette  vie  ù  l'autre 
Tabbé  de  ce  même  monastère,  et  il  fut  remplacé  par 
Suniulfe,  homme  plein  de  simplicité  et  de  charité, 
qui  souvent  lavait  lui-même  les  pieds  des  étrangers,  et 
les  essuyait  de  ses  mains.  On  ne  pouvait  lui  reprocher  . 
que  d'employer  plus  les  supplications  que  Tautorité 
pour  conduire  le  troupeau  qui  lui  était  confié.  Il  avait 
coutume  de  raconter  que,  dans  une  vision,  il  avait  été 
conduit  auprès  d'un  fleuve  de  feu^  dans  lequel  venaient 
tomber  une  loule  de  gens  qui  couraient  sur  ses  bords 
comme  un  essaim  d'abeilles  :  les  uns  y  étaient  jusqu'à 
la  ceinture,  les  autres  jusqu'aux  aisselles,  plusieurs  jus- 
qu'au menton,  etils  criaientavec  bien  des  gémissements 
à  cause  de  la  violence  de  la  brûlure.  Sur  le  fleuve, 
était  placé  un  pont  si  étroit  qu'à  peine  avait-il  la  lar- 
geur du  pied  d'un  lionune.  Sur  l'autre  rivage,  parais- 
sait une  grande  maison  toute  blanche  par  dehors;  et 

*  Voici  la  phrase  latine,  qui  n'est  pas  fort  claire  :  Faciunt  opus 
meumj  dum  et  vita  cornes  est,  nec  me  eorum  sustentatio,  Domino 
jt^tnftf  reltnfuti» 

13. 


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210  LE  MOINE  DE  BORDEAUX. 

lorsqall  demanda  à  ses  compagnons  ce  qne  celatigiri* 

fiait,  il  loi  fat  répondu:  «  De  ce  pont  sera  précipité 
celui  qui  aura  été  faible  pour  guider  le  troupeau  confié 
à  ses  soins,  mais  le  Taillant  passera  sans  danger  et 
arrivera,  plein  de  joie,  dans  la  maison  que  tu  vois  sur 
Tautre  bord.  »  A  ces  mots  il  se  réveilla^  et  on  le  ¥it 
depuis  beaucoup  plus  sévère  envers  sea  moines. 

XXXIV. —  Je  raconterai  aussi  ce  qui  se  pass.a  dans 
un  monastère  à  la  même  époque  ;  mais  je  ne  veux  pas 
nommer  le  moine  que  celaconoeme»  paihse  qu'il  est  en- 
core vivant,  dans  la  crainte  que  ces  écrits  lui  parvenant 
ne  diminuent  son  mérite  'en  le  faisant  tomber  dans  une 
-vaine  gloire.  Un  jeune  homme  Tint  au  monastère  et 
se  présenta  à  Tabbé  pour  se  dévouer  au  service  de 
Dieu.  L'abbé  lui  opposa  plusieurs  raisons,  olijectaat  ft 
ce  Jeune  homme  que  le  service  de  cet  endroit  était  dur, 
et  qu'il  ne  pourrait  jamais  accomplir  tout  ce  qui  lui 
serait  ordonné.  U  promit  de  tout  accomplir  pour  le 
saint  nom  de  Dieu,  en  sorte  qne  Tabbé  consentit  à  Tad- 
mettre.  Il  s'était  déjà  fait  remarquer  de  tous  par  soa 
hqmililé  et  sa  sainteté,  lorsqu'il  arriva*  que  les  moines» 
sortant  les  grains,  en  mirent  sécher  au  soleil  près  de 
cent  cinquante  boisseaux  qui  furent  confiés  à  sa  garde 
pendant  que  les  autres  s'étaient  occupés  ailleurs.  Voilà 
que  tout  à  coup  le  ciel  se  couvrit  de  nuages,  et  qu'une 
forte  pluie  accompagnée  d'un  vent  violent  s'approcha 
rapidement  du  monceau  de  grains.  A  cette  vue  le  moine 
ne  savait  que  faire  et  (juo  devenir  :  pensant  que  s'il  appe- 
lait les  autres,  iig  ne  sulfiraient  pas  à  eux  tous  pour  reo« 


LE  MOINE  DB  B0RDB4UX«  JUl 

trer  daBsIe  grenier  ce  iraste  amas  de  grains.  Renonçant^ 
donc  à  toutautre  soin,  il  se  mil  en  oraison,  priant  Dieu  de 
ne  pas  permettre  qu'une  goutte  de  cette  pluie  deecendtt| 
sur  lefromient  Tandis  qu'il  priait  ainsi  prosterné  à  lerre, 
les  nuages  se  déchirèrent  et  la  pluie  tomba  en  abondance 
autour  du  monceau,  sans  que,  pour  ainsi  dire»  un  seid- 
grain  de  froment  fûtmouillé.  Les  moines  et  Tabbé  s'étant 
réunis  pourvenir  promptement  ramasser  le  grainfurent 
ttooinsdece  miracle^  et  cherchant  le  gardien,  l'aperçu- 
rent  de  loin,  incliné  sur  le  sol  et  en  prières .  A  celte  vue, 
l'abbé  se  prosterna  derrière  lui,  et,  la  pluie  passée»  l'orai* 
son  finie»  il  l'appela,  lui  enjoignit  de  se  lever,  et  le  fit 
battre  de  verges,  disant:  «  Il  te  convient,  mon  flls,  de 
croître  humblement  dans  la  crainte  et  dans  le  serrice 
de  Dieu,  non  de  te  glorifier  par  des  prodiges  et  des  mi- 
racles, »  puis  il  ordonna  que,  renfermé  sept  jours  dans 
la  cellule,  il  y  jeûnât  comme  un  coupable^  afin  d'empè- 
dier  que  ced  n'engendrftt  en  lui  une  Taine  gloire  ou 
quelque  autre  obstacle  à  la  vertu.  Maintenant  le  même 
moine,  conune  nous  Tavons  appris  d'hommes  dignes  de 
foi,  sfadonne  à  une  telle  abstinence  que,  dans  les  jours 
de  carême,  il  ne  prend  ni  pain  ni  aucun  autre  ahment» 
si  ce  n'est»  ions  les  trois  jours,  une  coupe  pleine  de 
tisane.  Que  Dieu  veuille  rayon:  en  sa  sainte  garde  jus<> 
qu'à  la  fin  de  sa  vie  ! 

XXXV.  —  Cautin,  évéque  d'Auvergne»  étant  mort, 
comme  nous  Pavons  dit,  il  y  eut  pour  l'épiscopat  plu- 
sieurs prétendants,  offrant  beaucoup,  promettant  plus, 
encore.  Le  prêtre  Euphrasius»  fils  du  feu  sénateur  En* 


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éPISCOPAT  D'AVITUS. 

Dodius^  ayant  reçu  des  juifs  beaucoup  de  meubles  pré- 
cieux, les  envoya  au  roi  par  son  beau-père  Bérégésile, 
afin  d'obtenir  par  ce  présent  ce  qu'il  ne  pouTait  devoir 
à  son  mérite.  Il  était  agréable  dans  sa  conversation, 
mais  point  chaste  dans  ses  œuvres;  il  enivrait  souvent 
les  barbares,  et  rassasiait  rarement  les  nécessiteux; 
Je  crois  que  ce  qui  l'empêcha  d'obtenir  la  dignité  qu'il 
désirait,  c'est  qu'il  y  voulut  arriver,  non  par  la  voie  de 
Dieu,  mais  par  celle  des  hommes.  Et  d'ailleurs  elle  ne 
pouvait  être  oubliée,  cette  malédiction  que  Dieu  avait 
prononcée  par  la  bouche  de  saint  Quintien  :  a  De  la  race 
i  d'Hortensius  ne  sortira  pas  un  homme  qui  gouverne 
a  réglise  de  Dieu'.  »  L'archidiacre  Avitus,  ayant  assem- 
blé  le  clergé  dans  la  cathédrale  d'Auvergne,  fut  nommé, 
non  sans  avoir  fait  beaucoup  de  promesses,  et  se  rendit 
près  du  roi.  Firmin,  comte  de  la  cité,  voulut  lui  faire 
obstacle;  mais  il  ne  partit  pas  lui-même.  Les  amis  qu'A 
avait  chargés  de  cette  affaire  demandaient  au  roi  de  lais- 
ser passer  au  moins  un  dimanche  avant  la  consécra- 
tion d'Avitus,  offrant  mille  sous  d'or;  mais  le  roi  n'y 
voulut  pas  consentir  :  il  se  trouva  donc  que  le  bienheu- 
reux Avitus,  alors  arcliidiacre,  comme  nous  Tavons  dit, 
de  la  cité  d'Auvergne,  élu  par  le  peuple  et  le  clergé  dans 
rassemblée  générale  des  citoyens,  parvint  au  siège 
épiscopal;  et  le  roi  se  plut  à  lui  faire  tant  d'honneur 

i  Hortensius,  dont  descendait  appflremmcnt  le  prôtre  Kuphra- 
siu8,  ETait  été  maudit  par  saint  Quintien  pour  ne  pas  avoir 
voulu  Ini  aceorder  la  grâce  d'un  de  ses  parents,  comme  on  le 
voit  par  la  VU  à«$  Père$t  chap.  it,  n*  3. 


SAINT  NIZIER.  U3 

que,  par  une  légère  infraction  aux  canons,  il  ordonna 
qu*il  fût  consacré  en  sa  présence^  a  afin,  disait-il,  que 
j'obtienne  de  sa  main  des  eulogies*  ;  »  et,  par  sa  grâce, 
il  le  fit  consacrer  dans  la  ville  de  Metz.  Parvenu  à  Tépis- 
copat,  Airilus  se  rendit  grandement  recommandable,  dis- 
pensant  la  justice  au  peuple^  ses  richesses  aux  paums, 
ses  consolations  aux  veuves,  et  tous  les  plus  grands  se* 
cours  aux  orphelins.  L^étranger  qui  Tenait  vers  lui  en 
était  tellement  chéri  qu'il  croyait  retrouver  en  lui  son 
père  et  sa  patrie.  Il  ûorissait  ainsi  dans  de  grandes  vertus,, 
consenrantde  toutson  cœur  les  choses agréablesàDieu» 
éteignant  chez  autrui  la  luxure  impie,  et  inspirant  à  son 
prochain  la  complote  chasteté  que  Dieu  commande. 

XXXTL  —  Sacerdos,  évéque  de  Lyon,  étant  mort  à 
Paris,  après  le  synode  de  cette  ville  qui  expulsa  Saflk- 
racus»  saint  r^Iizier  '  fut,  comme  nous  TaYons  dit  dans  sa 
'  Tie,  éleyé  à  cet  évêché.  C'était  un  homme  éminent  en 
toute  sainteté  et  d'une  vie  chaste.  Il  exerça  autant  qu'il 
lui  fut  possible,  à  l'égard  de  tous,  cette  charité  que 
l'Apôtre  recommande,  en  sorte  qu'on  pouvait  découvrir 

i  Les  canons  exigeaient,  en  efTot,  que  l'évéque  fiU  consacré 
dans  la  province  même  par  le  métropolitain.  Le  mot  eulogia 
avait,  à  cette  époque»  plusieurs  siguihcations  diii'érentes ;  il 
désignait:  V  le  sacrement  de  rEucharisiie ;  3*  le  pain  bénit; 
3*  les  pains  bénits  que  les  évéques  et  les  prêtres  envoyaient  oa 
recevaient  en  présent;  4*  des  présents  quelconques,  surtout 
ceux  que  les  ecclésiastiques  faisaient  aux  laïques,  en  signe  de 
respect  ou  d'amitié,  et  qui  consistaient  le  plus  souvent  en  choses 
bénites  :  c'est  en  ce  sens  qu'il  est  pris  dans  le  passage  dont  il 
s'agit;  5''  enfin  des  prcsiMits  ,  r*'-tributioûs  OU  prestations  de 
diverse  nature,  extorqués  par  la  iorce. 

S  En  latin  Ntce(tu«. 


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su  L'ÉYÊQUE  PRISCUS  A  LTON. 

'dans  son  cœur  Dîeu  même,  qui  est  la  pure  charité.  Ceux 
qui  rayaient  irrilé  par  leur  mauvaise  conduite^  il  les 
recevait  commè  slls  ne  Tenssent  jamaifl  offensé  dès 
qu'ils  s'étaient  amendés.  Il  châtiait  les  coupables,  se 
monlrait  clément  à  la  pénitence,  aumônier  et  assidu 
aù  travail.  H  s'appliquait  avec  activité  à  bfttir  des  égU- 
ses,  à  réparer  les  maisons,  à  ensemencer  les  champs,  à 
cultiver  les  vignes.  Tout  cela  cependant  ne  le  détoor- 
naît  pas  de  Foraison.  Après  vingt-deox  ans  àe  ministère 
pontifical,  il  alla  trouver  Dieu,  qui  maintenant  accorde 
de  grands  miracles  à  ceux  qui  viennent  prier  sur  son 
iombean,  car  l'huile  de  la  lampe  qu'on  allonio  dMqœ 
jour  sur  son  sépulcre  a  rendu  1^  lumière  aux  yeux  des 
aveugles,  a  chassé  les  démons  des  corps  des  possédés^  a 
redonné  la  santé  aux  membres  estropiés,  et  elle  exeroe 
de  nos  jours  une  grande  puissance  sur  toutes  sortes  de 
Maladies.  L'évéque  Priseue»  qui  lui  succéda,  cdmroença^ 
d'accord  avec  sa  femme  Suzanne*,  à  persécuter  et  à 
faire  périr  beaucoup  de  ceux  qui  avaient  servi  l'homme 
de  Dieu;  non  qu'ils  fussent  eonvaincns  d'aucone  fuite, 
qu'on  eût  prouvé  contre  eux  le  moindre  crime,  ni 
qu'on  leur  reprochât  aucun  vol,  mais  irrité  seulement, 
tant  la  haine  le  transportait,  de  ce  qu'ils  restaient  fl* 
dèles  au  saint  homme;  sa  femme  et  lui  déclamaient  avec 
maint  blasphème  contre  l'homme  de  Dieu,  et,  tandisqu« 

>  On  voit,  par  ce  passage,  que  certains  évéques  conservaient 
'  leurs  femmes.  Les  plus  pieux  seulement  s'en  séparaient,  et 
i  cette  règle,  bien  que  générale,  semble  n'avoir  pas  été  abft«« 
^   lument  obligatoire* 


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L'ÉVKQUE  PlilSClJS.  215 

leg  évèques  précédents  avaient  observé  depuis  long- 
temps eelfe  règle  qu'aucune  femme  ne  mît  le  pied  dans 

la  maison  épiscopale,  celle-ci  entrait  avec  ses  servantes 
jusque  dans  les  cellules  où  reposaient  les  hommes  con- 
sacrés à  Dieu.  Mais  la  majesté  divine,  irritée  de  cette 
conduibe»  ^Ketçà  bientôt  sa  vengeance  sur  la  lamiile  de 
ï'évèfptf  carie  démon  se  saisit  de  sa  femme  et  la  forçait 
de  parcourir  toute  la  ville  hors  de  sens  et  les  cheveux 
épars,  «confessant  pour  ami  du  Christ  le.  saint  de  Dieu 

'  ijpi'eUe  reniait  en  santés  et  lui  demandant  à  grands  cris 
de  répargoer.  L'évêque  fut  pris  de  la  fièvre  quarte  et 
d'un  grand  tremblement,  et^  lorsque  la  fièvre  Teut 
quitté,  il  demeura  tremblant  et  comme  stupide.  Son  fils 
et  toute  sa  fanaille  étaient  de  même  pâles  et  comme  at- 
teints de  stupeur,  en  sorte  que  personne  ne  pût  douter 
qu'Us  avaient  été  frappés  par  la  puissance  du  saint;  car 
révêque  Priscus  et  sa  famille  ne  cessaient  d'ii^urier  le 

*  saini  de9ieu«  tenant  pour  ami  quiconque  se  répandait 
en  invectives  sur  son  compte.  11  avait  ordonné  dans  les 
pri^miers  temps  de  son  épiscopat  qu'on  élevât  les  bâti- 
ments de  la  maison  épiscopale  ;  un  diacre  que  souvent, 
dans  le  temps  de  sa  vie  mortelle,  le  saint  de  Dieu  avait 
nan-j^ulemiml  éloigné  de  la  communion  pour  crime 
d'adultère,  mais  môme  fait  frapper  de  verges,  sans  pou- 
voir  parvenir  à  l'amender,  étant  monté  sur  le  toit  de 
ia  maison  au  moment  où  Ton  commençait  à  le  décou- 
vrir» s'écria  :  «  Je  te  rends  grâces,  6  Jésus-Christ,  de  ce 
que  tu  m'as  permis  de  pouvoir,  après  ia  mort  du  très- 
détestable  Nizier,  fouler  ce  toit.  »  Au  moment  où  ces 


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m  PRtSCVS  £T  SAINT  KI2IEIL 

paroles  sortaient  de  sa  bouche^  comme  il  se  tenait  de- 
bouty  la  poutre  manqua  soii$  ses  pieds;  il  toioba  à  terre^ 
fat  écrasé  et  mourut. 

Tandis  que  révêque  et  sa  femme  agissaient  ainsi  con- 
ti*airement  à  la  raison^ /le  saint  apparut  à  quelqu'un 
pendant  son  sommeil  et  lui  dit  :  a  Va  et  dis  à  Priscus 
qu'il  amende  sa  mauvaise  conduite  et  que  ses  œuvres 
deviennent  meilleures;  dis  aussi  au  prêtre  Martin  : 
parce  que  tu  consens  à  ces  œuvres,  tu  seras  châtié,  et 
si  tu  ne  veux  te  corriger  de  ta  perversité,  tu  mour- 
ras. »  Celui-ci  s^éveillant  alla  parler  à  un  diacre  et  lui 
dit  :  a  Va,  je  t'en  prie,  toi  qui  es  ami  dans  la  maison  de 
révêque,  et  redis  ces  clioses  soit  à  Tévêque^  soit  au 
prêtre  Martin,  i»  Le  diacre  promit;  ^mais,  changeant 
de  pensée^  il  n'en  voulut  pas  parler.  La  nuit,  comme  il 
était  endormi,  le  saint  lui  apparut  disant  :  «  Pourquoi 
«  n'as-tu  pas  été  dire  ce  que  t'avait  prescrit  Tabbé?  »  Et 
il  commença  à  lui  frapper  le  cou  à  poings  fermés.  Le 
matin  arrivé,  celui-ci,  la  gorge  enflée  et  sentant  de 
grandes  douleurs,  s'en  alla  vers  ces  hommes  et  leur  dit 
tout  cequ'ilavait  entendu;  mais  eux^s'en  inquiétantfort 
peu,  dirent  que  c'était  une  illusion  du  sommeiL  Le  prê- 
tre Martin,  alors  malade  de  la  fièvre,  entra  en  conva- 
lescence; mais  comme  il  continuait  à  parler  en  homme 
à  la  dévotion  de  Tévêque,  et  s'unissait  à  ses  mauvaises 
actions  et  aux  blasphèmes  qu'il  vomissait  contre  le  saint» 
il  retomba  dans  ses  accès  de  fièvre  et  rendit  Tesprit. 

XXX  VII.— Peu  de  temps  après  saint  Nizier,  mourut 
plein  de  jours  saint  Friard^  homme  éminent  en  sain- 


ROIS  D*ESPÂGXB.  SU 

teié,  grand  dans  ses  actions,  plein  de  noblesse  dans  sa 
conduite,  et  dont  nous  avons  rapporté  les  miracles  au 
livre  qae  nous  avons  écrit  de  sa  vie^  Comme  révêque 
Félix  arrivait  au  moment  de  sa  mort,  toute  sa  cellule 
trembla,  et  je  ne  doute  pas  que  ce  tremblement,  au 
moment  où  il  passait  de  ce  monde  en  Tautre  ait  quel- 
que chose  d'angélique.  Apres  Ta  voir  lavé  et  enveloppé 
d'honorables  vêtements,  lévêque  le  ût  porter  à  la  sé* 
pultnre« 

XXXVIII.  —  Pour  en  revenir  à  Thistoire  de  ces 
temps,  le  roi  Atbanagilde  étant  morten Espagne,  Leuva 
et  son  frère  Leuvigilde  montèrent  sur  Je  trône*.  Après  la 
mort  de  Leuva,  Leuvigilde  réunit  tout  le  royaume;  de- 
venu Veuf,  il  épousa  Gonsuinthe,  mère  de  la  reine  Bru- 
ne h  au  t.  Il  avait  de  sa  première  femme  deux  fils,  dont 
Tun  épousa  la  Me  de  Sighebert,  et  Tautre  la  fille  de 
Chilpéric.  H  partagea  son  royaume  également  entre 
eux,  et  fit  périr^  sans  en  laisser  un  seul%  tous  ceux  qui 
avaient  la  coutume  de  tuer  les  rois. 

XXXIX.  — -  L^empereur  Justimen  étant  mort  dans  la 
ville  de  Constantinople*,  Justin  brigua  Tempire.  C'était 
un  homme  d'une  extrême  avarice  et  contempteur  des 
pauvres;  il  dépouilla  les  sénateurs,  et  s'adonna  à  une 
telle  cupidité  qu'il  lit  faire  des  coffres  de  fer,  dans  les- 

1  Vie  desPf'rcs,  chap.  X.— 5  En  fjGT. 

«  NoJirelmquensexeis  mvigcntem  ad  parietem,  littéralement  «n'en 
laissant  pas  un  qui  |)ùt  pisser  contre  la  muraille.  :>  C'est  une» 
expression  que  Grégoire  a  empruntée  à  la  Bible,  liv.  dos  Jî ois, 
I.,  T.  83.  as,  etc.  —  *  En  565. 

13 


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918  UEMPKREim  JUStlN. 

quels  il  en  (vissait  des  talents  d'or.  On  dit  aussi  qu^il 
tomba  dans  Thérosie  de  Pélage.  Au  bout  de  peu  dé 
temps,  detemi  insensé,  il  appela  à  lui>  pour  défendte 
ses  provinces,  Tibère-César,  homme  juste,  aumônier^ 
équitable,  éclairé,  heureux  dans  les  batailles,  et,  ce  qui 
surpasse  toutes  ces  vertus,  très-véritable  chrétien. 

Le  roi  Sighebert  envoya  à  Tempereur  Justin  le  Franc 
Warinaire  et  Firmiu  l'Auvergnat  pour  faire  ua  traité  de 
paix.  Ils  partirent  sur  des  vaisseaux,  arrivèrent  à  Cons- 
tantinople,  où  ils  s'entretinrent  avec  l'empereur  et  ob- 
tinrent ce  qu'ils  demandaient.  L'année  suivante,  ils  re- 
vinrent  en  Gaiilel  Peu  après,  Aniioche  d'Égypte,  et  Apa- 
mé  de  Syrie,  villes  considérables»  furent  prises  par  les 
l^erses  et  leurs  peuples  emmenés  en  captivité.  La  btsi- 
lique  de  saint  Julien  martyr,  à  Antiocbe,  fut  consumée 
par  un  terrible  incendie.  Les  Persarménimis  Tinrent, 
avec  une  grande  idxnidance  de  tissas  de  sole,  trouver 
Tempereur  Justin,  pour  lui  demander  son  amitié,  ra- 
contant que  l'emprawr  des  Perses  était  irrilé  contre 
eux,  car  des  envoyés  étoîent  venus  de  sa  part  dans  leur 
pays,  disant  :  a  L'empereur  est  iuquiet  desavoir  si  vous 
gardez  fidèlement  Talliance  que  vous  avez  faite  aiac 
lui.  »  Eux  ayant  répondu  qu'ils  observaient  aaos  y 
manquer  tout  ce  qu'ils  avaient  promis,  les  envoyés  jne- 
prirent  :  «  Vous  donnerez  une  preuve  certaine  de  votre 
fidélité  et  de  votre  attachement  si  vous  adorez  comme 
lui  le  feu  qui  est  l'objet  de  son  culte,  b  Le  peuple  ré« 
pondit  que  Jamais  il  n'en  ferait  rien,  et  l'évêque  qui 
était  présent  ajouta  :  a  Quelle  divinité  y  a-t-ii  dans  le 


PALLADIUS  D'AUVERGNE.  SI» 

len  pour  qu'on  nooi  dmande  ,de  FadoDerf  le  €su  que 

Dieu  a  créé  pour  Tusage  de  Thomme,  qui  s'enflamme 
quand  on  lui  donne  des  aliments^  que  Teau  éteint^  qui 
bnftle  quand  on  l^ppfoel|6,  et  s'amortil  d  en  le  né- 
glige. »  Comme  révêque  exposait  ces  raisons  et  d'au^ 
très  semblables,  les  envoyés,  transportés  de  fureur, 
l^ccaMèrent  d'injures^  et  le  frappèrent  avec  des  bâtons. 
Le  peuple,  Toyant  son  évêque  couvert  de  sang,  se  jeta 
sur  les  envoyés,  les  saisit.  Les  t|ia,  êt,  oemme  nous 
TaTons  dit,  envoya  demander  à  I^spiperenr  ioslin  fOù 
amitié. 

XL.-(f-9a)l;u)ni8,  ttsdel'éiieieiiconil^Brittic^iietde 
fiterie,  a^il  él4  éleyé  par  Sigbebert  am  fonctwiis  de 

comte  dans  la  cité  de  Gévaudai^;  mai^  la  diseerde 
É^étaBtéievée^ntrel1li  et  réivéque  BarthéoUis,  il  enùtail 
de  grandies  inimitiés  parmi  le  peuple,  car  il  accablait 
Févéque  d^outrages,  d'affronts  de  toutes  sortes  et  d'in- 
jures ciimtnidleg,  eimhissant  les  biens  de  Itfiglise  et 
dépouillant  ses  serviteurs.  Leur  rivalité  ne  fit  que  s'ac- 
eroitreetilsse  rendirent  devant  le  susdit  prince.  Gomm^ 
âs  s^accosaient  à  Tenin,  Palladins  s'écria  que  Téréque 
était  un  homme  infâme  et  efféminé,  disant  :  «  Où  sont 
tes  maris,  avec  lesquels  tu  vis  dans  la  boule  et  l^in- 
faspel»  liais  la  vengeance  divine  ne  tafda  pi^s  à  eSk-t 
cer  les  paroles  proférées  contre  Tévêque,  car.  Tannée 
suivapte,  FaUa^us  revint  en  Auverpie  dépouillé  des 
foiictions  deccHiile,  et  Romam  brigva  sa  place.  Il  arriva 
qu'un  jour  les  deux  rivaux  se  rencontrèrent  à  Cier-; 
mont,  et,  comme  ils  se  disputaieaififiUe{»tafied«eeoiie, 


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220  MORT  DE  PALLADIUS. 

il  Tint  aux  oreines  de  Pajladiusqne  le  roi  Sighebert  a^aît 
l'intention  de  le  faire  mourir^  ce  qui  se  trouya  faux  el 
inrenté  par  Romain.  Mais  Palladius,  saisi  de  frayeur, 
tomba  en  de  telles  angoisses  qu*il  menaçait  de  se  détruire 
de  sa  main,  et  comme  sa  mère  et  son  beau*frère  Firmtn 
Teillaieat  attentivement  à  ce  qu'il  n'exécutât  point  cette 
résolution  conçue  dans  l'amertume  de  son  cceur,  il  par- 
vint à  se  soustraire  pendant  quelques  instants  à  la  sur- 
TeiUance  de  samère>  entra  dans  sa  chambre  à  coucher, 
et  profitant  de  ce  qu'il  était  seul,  il  tira  son  épée,  mit 
ses  deux  pieds  sur  la  poignée,  en  dressa  la  pointe  con-: 
tre  sa  poitrine,  et  se  jeta  dessus,  de  sorte  que  le  fer  en-! 
tra  dans  une  des  mamelles  et  ressortit  par  Tépaule  ;  puis 
se  redressant,  il  se  perça  de  même  le  côté  opposé,  et 
tomba  mort.  Forfait  étonnant,  et  qui  ne  peut  avoir  été| 
accompli  que  par  Toenvredu  diable;  car  la  première 
blessure  devait  le  tuer,  si  le  diable  ne  lui  eût  prêté  se-^ 
cours  pour  commettre  cette  action  détestable.  Sa  mère>{ 
accourant  à  moitié  morte,  se  Jeta  sur  le  corps  du  fils! 
qu'elle  venait  de  perdre,  et  toute  la  maison  poussa  des 
cris  de  douleur.  11  reçut  la  sépulture  au  monastère  de 
ConmonS  mais  il  ne  fut  point  placé  près  des  corps  des 
chrétiens,  et  on  n'obtint  pas  que  des  messes  fussent  cé- 
lébrées pour  lui.  il  est  bien  reconnu  que  Tii^ure  qu'il 
avait  faite  à  Tévêque  a  été  la  seule  cause  de  son  malheur. 

XLl.  ^  Alboin,  roi  des  Lombards,  qui  avait  épousé 
Clotsinde,  fille  da  roi  Clotaire,  ayant  quitté  son  fiaysy 
partit  pour  Tltahe  avec  toute  la  nation  des  Lombards  % 


LES  LOMBARDS  ENVAHISSENT  L'ITALIE.  m 

L'année  se  mit  en  marche  accompagnée  des  femmes  et 
des  enfants,  résolue  à  s'établir  en  Italie.  Entrée  dans  ce 
pays,  elle  le  parcournt  en  tous  les  sens  pendant  sept 
aos,  dépouillant  les  églises,  tuant  les  prêtres  et  réduisant 
toute  la  contrée  sous  sa  domination.  Glotsinde^  femme 
d'Âlboin»  étantmorte,  ceroi  en  épousa  une  autres  dont 
il  avait  peu  de  temps  auparavant  tué  le  père  ;  et  celle-ci 
qai,  pour  cela^  avait  toujours  haï  son  mari,  attendait 
Foccasion  de  se  venger.  Il  arriva  qu'éprise  d'amour 
pour  un  de  ses  serviteurs,  elle  fit  périr  son  mari  par 
le  pmson,  et,  lorsqu'il  fut  mort,  s'en  alla  avec  son 
amant.  Mais  on  les  prit  et  on  les  fit  mourir  tous  deux*. 
Les  Lombards  se  donnèrent  alors  un  autre  roi. 

XLli.  — Ëunius,  surnommé  Hummole,  fut  élevé  par 
le  roi  Contran  au  rang  de  patrice.  Mais  il  n'est  pas,  je 
crois,  inutile  de  reprendre  de  plus  haut  Torigine  de  sa 
fortune  militaire.  Il  était  fils  de  Psonius  et  habitait  la 
cité  d'Auxerre,  que  celui-ci  gouvernait  en  qualité  de 
comte.  Envoyé  par  son  perc  avec  des  présents  vers  le 
roiy  pour  obtenir  le  renouvellement  de  son  titre^  il  bri- 
gua le  conitc  pour  lui-inèiiie,  au  moyen  des  richesses 
qui  lui  étaient  conhées,  supplanta  son  père  au  lieu  de  le 
servk,  et  s'éleva  ensuite  par  degrés  à  la  phis  haute  di- 

*  RoBamoiide,  fille  de  Cunimond ,  roi  des  Gépides. 
t  Grégoire  de  Tours  a  défiguré  ici  la  fin  de  l'histoire  de  Rg- 
tamonde,  trop  connue  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  la  rapporter 

en  détail.  File  empoisonna  elle-même,  à  Ravenne,  où  elle 
s'était  réfugiée,  Ilelmichis,  son  amant  et  son  complice  dans  l'as- 
sassinat d'Alboin.  Helmichis,  se  sentant  prt  .s  de  mourir,  recon- 
nut la  main  de  Rosamoodeet  la  contraignit,  i'épéu  sur  la  gorge, 
de  boire  le  reste  du  poison. 


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m  VICTOiR&PB  MUMHOLE. 

gnité.  Les  Lombards  ayant  fait  une  irruption  dans  les 
Gaules,  lé  patrice  Aiuié^  récemment  nommé  à  la  place 
de  Gelse,  marcha  contre  enx  et  leur  livra  bataille;  mais 
il  fut  mis  en  fuit^  et  périt  dam  le  combat.  Les  Lombards 
firent  en  cette  occasion  un  tel  carnage  des  Bourguignons 
qu'il  été  impossible  de  calculer  le  nombre  des  morts. 
Ils  rètournèrent  en  Italie  chargés  de  butin.  Après  leur 
âél>arti  Ëunius  dit  Mummole>  appelé  par  le  roi,  fut 
élevé  à  la  dignité  suprême  du  patriciat.  Les  Lombards 
se  précipitèrent  de  nouveau  sur  les  Gaules,  et  vinrent 
jusqu'à  Alusiiœ  Calmes ^  près  de  la  ville  d'Embrun.  Mum- 
lîiole  se  mit  en  marche  à  la  tête  d'une  armée,  arriva 
avec  ses  Bourguignons,  environna  les  Lombards,  et,  fai- 
sant des  abattis  dans  la  Idrêt^  passa  au  travers,  tomba 
rar  eux  par  des  chemins  déioumési  en  tua  beaucoup  et 
en  prit  un  certain  nombre  qu^il  envoya  au  roi.  Celui-ci 
les  dispersa  et  les  ûl  retenir  prisonniers  en  divers  lieux. 
Très-t>en  seulement  s'échappèrent  par  la  fuite  pour  al« 
1er  porter  cette  nouvelle  dans  leur  pays. 

XLIII.  —  I>eui  frères,  8aloiieet  Sagittaire^  tous  deux 
évéques,  se  montrèrent  dans  ce  combat,  armés  non  pas 
de  la  croix  céleste^  mais  de  la  cuirasse  et  du  casque  sé* 
eilliers;  et  ce  qifil  y  a  de  pis,  ils  tuèrenti  dit-on,  beau- 
coup des  ennemis  de  leur  propre  main.  Telle  fut  la 
première  victoire  de  Mununole.  Ensuite  les  Saxons^ 
qui  étaient  tehusen  Italie  avec  les  Lombards^  firent  mm 
nouvelle  irruption  dans  les  Gaules  et  campèrent  sur  le 
ièrritoire  de  Riez  dans  la  villa  d'Estoublon^i  parcourant 

>  StoUovilla. 


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MUMlfOLË  HAT  LU  SAXOjfS.  H»  . 

les  métàîHes  at)partenaDt  aux  cités  voisines,  enleTant 
du  buiin^  emmenant  des  captifs  et  ravageant  tout.  A 
cette  nouvelle,  Mutomole  se  mil  en  tnatcbe  avec  toa 
armée,  tomba  sur  eux  et  en  tua  plusieurs  milliers,  sans 
cesser  le  carnage  jusqu'au  moment  où  ia  nuit  fobligeii 
de  rinterrompre;  car  il  les  avait  surpris  a  Timprotista 
et  ne  se  doutant  pas  de  ce  qui  allait  leur  arriver.  Le  ma- 
tin venu,  les  Saxons  rangèrent  leur  armée  et  se  prépa- 
rèrent an  combat;  mais  des  messagers  pasiërtait  de  rmt 
à  l'autre  camp  et  conclurent  la  paix.  Les  ennemis  Orent 
des  présents  à  Mummole  et  s'en  allèrent,  laissant  tout  1a 
butin  et  les  captifs  qu'ils  avaient  faits  dans  le  [)ays.  Mail 
ils  jurèrent,  avant  de  s'éloigner,  qu'ils  reviendraient  en 
Gaule  se  mettre  sons  TobéiMnce  de  ses  rois  et  comme 
auxiliaires  des  Francs.  Étant  donc  retouniés  en  Italie, 
ils  prirent  avec  eux  leurs  femmes,  leurs  petits  enfants 
et  leur  mobilier  pour  revenir  dans  les  Gailles,  où  ils 
pensaient  être  bien  accueillis  par  le  roi  Sighebert  et  pou- 
*  voir  s'établir  dans  le  lieu  d'où  ils  étaient  sortis.  Ils  se 
partagèreilt  en  deux  troupes  appelées  coins.  L'une 
d'elles  vint  par  la  cité  de  Nice,  Taulre  par  Embrun,  te- 
nant la  même  route  que  l'année  précédente.  Us  se  réu« 
nirent  sur  le  territoire  d'Avignon  ;  c'était  alors  le  tempe 
de  la  moisson,  la  plus  grande  partie  des  fruits  de  la 
terre  étaient  debors,  et  les  babitanls  n'en  avaient  en- 
core rien  serré  dans  leurs  demeures.  Les  Saxons  en* 
traient  dans  les  aires,  se  partageaient  les  épis,  les  met- 
taient en  gerbes,  les  battaient  et  mangeaient  le  grain 
sans  en  rien  laisser  à  ceux  qui  l'avaient  cultivé;  mais 


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224  IMl'MMOLE  ET  LES  SAXOxXS. 

lorsqu'après  avoir  consommé  la  irécolte^  ils  approchè- 
rent des  bords  du  Rhône  pour  passer  le  fleuve,  et  se 
rendre  dans  le  royaume  du  roi  Sigbebert,  Mummole  se 
présenta  à  leur  rencontre,  disant  :  «  Vous  ne  passerez 
-pas  ce  fleuve;  vous  avez  dépeuplé  les  {tavs  du  roi  mon 
maître^  ravi  les  épis^  ravagé  les  irou[)eaux,  livré  les 
maisons  aux  flammes^  abattu  les  oliviers  et  les  vignes; 
vous  ne  passerez  pas  outre  avant  d'avoir  donné  satisfac- 
tion à  ceux  que  vous  avez  laissés  dans  la  misère.  £t  si 
vous  ne  le  faites^  vous  n'échapperez  pas  de  mes  nudns 
sans  avoir  senti  le  poids  de  mon  épée  sur  vous,  sur  vos 
Xemmes  et  sur  vos  enfants,  pour  venger  Tinjure  du  roi, 
mon  maître,  v  Saisis  d'une  grande  frayeur,  ils  donnè- 
rent pour  se  racheter  des  milliers  de  pièces  d'or;  alors 
seulement  il  leur  fut  permis  de  passer,  et  ils  parvinrent 
en  Auvergne  vers  le  printemps.  Us  y  portèrent  des 
pièces  d'airain  gravées,  qu'ils  donnaient  pour  de  l'or, 
et  qu'on  prenait  en  eUet  pour  de  Tor  essayé  et  éprouvé, 
tant  elles  étaient  bien  colorées  par  je  ne  sais  quel  art. 
En  sorte  que  beaucoup  de  gens  trompés  par  cette 
Iraijde^  donnant  de  Tor  et  recevant  du  cuivre,  tombè- 
rent dans  la  pauvreté.  Les  Saxons  s'étant  rendus  près  du 
roi  Sighebert  lurent  établis  dans  le  lieu  d'où  ils  étaient 
primitivement  sortis. 

XLl  V.— Dans  le  royaume  de  Sighebert,  iovin  fiit  d^ 
pouilié  de  la  dignité  de  recteur  de  la  Provence  et  Albin 
mis  en  sa  place,  œ  qui  excitaenhre  eux  une  grande  ini* 
mitié.  11  était  arrivé  au  port  de  Marseille  des  vaisseaux 
venus  de  par  delà  les  mers.  Les  gens  de  l'archidiacre 


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L'ABCflXDIACRE  VIGIJLE  £ï  L£  RECI£U&  ALBIN.  2*26 

.Vigile  dérobèrent,  à  Y'msa  de  leur  maître,  soixante-dix 

vases,  vulgairement  nommés  orques\  remplis  d'huile  et 
de  graisse  :  le  négociant,  s'aperçevant  qu'on  lui  avait 
y  dé  son  bien,  commença  à  rechercher  soigneuse- 
ment en  quel  lieu  les  objets  étaient  cachés.  Comme 
il  s'informait,  on  lui  dit  que  le  Tol  avait  été  commis 
par  les  gens  de  Farchidiacre  Vigile.  Le  bruit  en  iMur- 
vint  à  l'archidiacre  qui^  après  s'être  enquis  et  avoir 
vérifié  le  fait,  ne  voulut  pas  l'avouer,  et  commença 
,à  justifier  ses  gens,  disant:  «  II  n'y  a  personne  dans 
ma  maison  qui  osât  commettre  une  telle  action.  »  A  la 
suite  de  ces  dénégations,  le  négociant  eut  recours  à 
Albin,  intenta  une  poursuite,  exposa  son  affaire,  et  ac- 
cusa rarchidiacre  de  complicité  dans  ce  crime  de  fraude. 
Le  jour  de  la  Nativité  du  Christ,  révéque  s'étant  rendu 
dans  la  cathédrale,  l'archidiacre,  présent  et  vêtu  de 
Taube,  invitait,  selon  Tusage,  révéque  à  s'approcher  de 
l'autel,  afin  de  célébrer  en  temps  opportun  la  solennité 
de  ce  salut  jour;  aussitôt  AlLin,  se  levant  de  son  siège 

saisit  et  entraîna  l'archidiacre,  le  frappa  des  pieds  et 
des  poings,  et  le  fit  jeter  en  prison.  Ni  Tévêque,  ni  les 
citoyens,  ni  les  hommes  des  premières  familles,  ni  les 
clameurs  du  peuple  qui  réclamaient  tout  d'une  voix,  ne 
purent  obtenir  qu'en  donnant  caution  Tarchidiacre  de- 
meurât pour  célébrer  avec  les  autres  la  sainteté  de  ce 
Jour,  et  qu'on  remit  à  plus  tard  pour  entendre  son  ao». 
cnsateur.  Le  respect  de  ces  saintes  solennités  n'empêcha 

'Cotait,  comme  on  peut  lo  voir  dans  Ducange,  une  espèce 
de  vase  destiné  particuiièrument  à  contenir  des  matièrea 


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986       Lfi8  LOMBÀtlDS  ËNYAHlSSSNT  LA  aAtJLB. 

pàê  (fâ^  llti  li  tfimà  jdur  m  «éftt  arrachër  dés  atatek 
un  ministre  du  Seigneur.  Qu'ajouterai-je  ?  Tarchidiacre 
itti  «oDdattuié  à  «m  «moide  de  quatre  mille  sous  d'or  | 
iMi  flAdre  ayaot  élé  portée  devant  le  roi  Sigheberl, 
il  en  fut  quitte,  à  la  requête  de  Jotio^  poiir  le  pa^fement 
dtt  quadruple  U 

MLY'.-^Eiifiuite^  trois  chefo  lomberdsj  Amoti»  Zàbaa 
el  RhodaUj  firent  irruption  dans  la  Gaule.  Amon  prit 
le  route  ^'Ebibmi  jusqu'à  Ma^homUa  S  dans  le  terril- 
toire  d'Avignon^  domtiine  que  Mummole  tenait  d'un, 
présent  du  roi,  et  y  ûxa  ses  tentes.  Zai>an  descendit  par 
la  tilé  de  Aie  jusqu'à  Valence  où  U  posa  ma  camp;  et 

Hhodati,  arrivé  à  Grenoble,  y  déploya  ses  pavillons. 
Amon  ravagea  aussi  toute  la  province  d'Arles  et  les 
cités  qui  Fatdisiliënt^  |tais  11  tiUt  jusqn'àu  champ  de  là 
Crau  %  qui  dépend  de  la  cité  de  Marseille,  et  en  enleva 
4eé  troupeaui  et  des  hoiùmes.  Il  se  disposaitaussi  àmei- 
.  tire  lè  éié^e  dievflnt  là  tille  d'Aix,  mais  il  s'en  éloigna 
moyennant  vingt-deux  livres  d'argent.  Rhoiian  et  Za- 
ban  eu  firent  autànt  dans  les  lieux  où  ils  (lénétrôrent. 

Eu  apprenant  ces  nonvelles,  M ununole  se  mît  eu 
marche  avec  une  armée  et  s'avança  contre  Rhodan  qui 
dévastait  la  dtéde  Grenoble.  Gomme  l'armée  de  Muriip 
mole  était  occupée  à  traverser  aVec  beaucoup  de  peine 

*  La  phrase  latine  ëst  Msës  Ambiguë  :  Qmdplumî  fuàiuot  M- 
Hhut  solidorum  archidiaconem  condemnavit  ;  ^ui  in  frssentia  regii 
Sigiberti  veyiiens,  quadrupla  salisfactwnc,  insequente  Jovino  compo- 
tuit.  Nous  croyons,  avec  M.  Bordier,  que  le  relatif  doit  se  rap- 
porter à  rarchidiacre  plutôt  qu'à  Alhtîius. 

*  Je  ne  sauraîa  dire  à  quel  lieu  répond  ce  nom  latin.  (V.Geo^r.) 

*  Lojfideut  caimput. 


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MUHMOLB  BAt  LES  LOMBARDS.  m 

nsère,  il  èirita  que,  par  un  ordre  exprès  de  IMeu^  un 
aDimal  entra  dans  le  fleuve  et  en  indiqua  le  gué^  en  sorte 
que  les  geiis  de  Miraiiiiole  arrîTèrenl  à  r«itre  tvvé  ;  «i 
que  voyant^  lès  Lombards  tirèrent  Tépée  et  vinrent 
éans  délai  à  leur  rencontre.  Les  deux  armées  se  livrèrent 
eombat;  les  Lombards  furent  battus,  et  Rbodan»  blessé 
d'un  coup  de  lance>  s'enfuit  dans  les  montagnes^  d'où^ 
avec  cinq  cents  hommes  qui  lui  restaient»  il  se  jeta 
au  milieu  des  forêts»  et  alla  à  travers  des  chamhisàéo 
tournés  retrouver  Zaban  qui  faisait  alors  le  siège  de 
Valence;  il  lui  raconta  ce  qui  venait  de  se  passer^  el 
fous  deux  de  concert»  mettant  tout  au  pillage»  retour** 
nèi^nt  dans  la  cité  d'Embrun  :  là,  Mummole  vint  se  pré- 
senter à  eux  avec  une  armée  innombrable;  on  livra  ba- 
teille;  les  troupe^  lombardes  furent  défaites  et  miles 
en  pièces»  et  les  chefs  n'en  ramenèrent  en  Italie  qu'un 
pcUt  nombre.  Us  arrivèrent  à  la  viUe  de  Suse»  et  furent 
itial  rerus  par  les  habitants  du  lieu,  d'aiilani  plus  que 
Sisinius»  maître  des  milices  pour  Tcmpereur,  résidait 
dans  celte  ville.  Un  esclave»  feignant  de  venir  de  kt 
part  de  Mummole»  apporta  devant  Zaban  des  lettres  à  Si^ 
sinius»  le  saluant  au  nom  du  .patrice  et  disant  ;  «  Lui* 
même  est  proche  d'ici;  »  A  ces  mois,  Zaban  prit  sa 
course,  et  s'éloigna  rapidement  de  la  cité.  Celle  nou- 
velle étant  parvenue  aux  oreilles  d'Amon»  celui-ci  par- 
tit» ramassant  le  buthi  qu'il  put  trouver  sur  son  chemin;  * 
mais  arrêté  par  les  neiges»  il  dut  tout  abandonner  et  put 
à  grand'peine  se  sauver  avec  un  petit  nombre  d'hom- 
mes. La  valeur  de  Mummole  .les  avait  saisis  de  crainte. 


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238         ■  ANDARCHIUS. 

XL  Y  L— En  elfet^  Mammole  livra  beaucoup  de  coniT 
bats,  dans  lesquels  il  demeura  vainqueur.  Après  la  mort 

de  Caribert,  Chilpéric  ayant  envahi  la  Touraine  et  le 
Poitou  qui,  en  yertu  d'un  traité  de  parts^,  apparte- 
naient à  Sighebert,  ce  roi,  d'accord  avec  son  frère  Gon- 
Iran,  choisit  Mummole  pour  remettre  ces  villes  sous  sa 
puissance.  Arrivé  dans  le  pays  de  Tours^  celui-ci  en 
chassa  Clovis,  fils  de  Chilpéric,  exigea  du  peuple  ser- 
ment de  ûdéUté  au  roi  Sighebert;  puis  il  se  rendit  en 
Poitou.  Basile  et  Sighaire,  dtoyens  de  Poitiers^  ayant 
rassemblé  le  peuple,  voulurent  résister;  alors  il  les  en- 
toura^ les  accabla,  les  tua,  et  courut  à  Poitiers  exiger 
le  serment.  En  Toici^  quant  a  présent,  assez  sur  Mum- 
mole ;  nous  rapporterons  le  reste  en  son  lieu. 

XLVIL— Ayant  à  raconter  la  mort  d'Andarcbius,  Je 
crois  devoir  faire  connaître  d'abord  sa  naissance  et  sa 
patrie.  11  était^  à  ce  qu'on  assure,  serviteur  du  sénateur 
Félix.  Destiné  au  service  particulier  de  son  maître,  il 
s'adonna  comme  lui  à  Fétude  des  lettres,  et  se  rendit 
remarquable  par  son  instruction;  car  il  connais- 
sait les  œuvres  de  Virgile,  les  lois  du  Gode  Théo* 
dosien  et  la  science  dur  calcul.  Enorgueilli  de  ses  con- 
naissances, il  commença  à  dédaigner  le  service  de  ses 
maîtres,  et  se  mit  sous  la  protection  du  duc  Loup,  lors- 
que celui-ci  vint  à  Marseille  par  Tordre  du  roi  Sighebert. 
Le  duc,  à  sou  départdeMai^ille,  commanda  à  Andar- 
chîus  de  le  suivre  et  le  mit  dans  les  bonnes  grâces  du 
roi  Sighebert,  à  qui  il  le  céda  pour  son  service.  Le  roi 
reuvoya  en  diverses  missions  et  lui  donna  occasion  de 


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FÛUKfi£KI£  D'ANDAaCUlUS.  22d 

combattre;  regardé  alors  comme  un  dignitaire  S  il  vint 

en  Auvergne,  où  11  se  lia  d'amitié  avec  Ursus,  citoyen  ^ 
de  la  ville.  Bientôt^  avec  son  caractère  entreprenant»  il 
désira  épouser  la  fille  de  celui-ci,  et  cacha,  dit-on,  sa 
cuirasse  dans  le  lieu  où  on  a  coutume  de  serrer  les 
Charles,  puis  il  dit  à  la  fenuue  d'Ursus:  «  Je  te  confie 
tout  cet  or  que  j*ai  caché  dans  ce  secrétaire;  il  y  a  plus  - 
de  seize  mille  pièces  qui  pourront  t'appartenir  si  tu  me 
donnes  ta  fille  en  mariage*  » 

••...Qutd  non  morioHa  pêehra  co^, 
Auri  ëoera  famés  î 

Cette  femme  crédule  ^joutant  foi  à  ses  paroles,  lui 
promit,  en  Tabsence  de  son  mari,  de  lui  donner  sa  fille, 
alors  il  alla  ti  ouver  le  roi,  montra  au  juge  du  lieu  un 
ordre  par  lequel  il  lui  était  enjoint  de  le  marier  à  la 
jeune  fille,  disant:  «  J'ai  donné  des  arrhes  pour  Tépou- 
ser.  »  Mais  le  père  la  refusa,  disant  :  a  Je  ne  sais  pas 
d'où  tu  es,  et  je  n'ai  rien  reçu  de  .toi.  »  Le  différend 
s'échauffa,  Ândarchius  fit  appeler  Ursus  en  présence  du 
roi;  puis  arrivé  à  Bralne^  il  prit  un  autre  homme  égale* 
ment  nommé  Ursus,  et,  l'ayant  amené  en  secret  auprèi 
^  de  l'autel,  le  fit  jurer  en  ces  termes  :  «Par  ce  saint  lieu, 
et  par  les  reliques  de  ces  saints  martyrs,  si  je  ne  te  donne 
pas  ma  fille  en  mariage,  je  te  payerai  sans  délai  seize 
mille  sous  d'or.  »  Il  avait  aj)osté  dans  la  sacristie  des 
témoins  qui  entendaient  ces  paroles,  sans  voir  celui 
qui  les  prononçait.  Ensuite  Andarchius  apaisa  Ursus,  et 

*  Honoratus,  c'est-à-dire  honoré  de  la  confiance  d'an  roi  et 
chargé  de  la  gestion  d'affaires  publiques. 


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MORT  D'ANDÂKCHiUS.  . 

fii  êi  bièil  tpie  celui-ci  i?eiriiit  dans  ton  pays  laûtaToir 

paru  devant  le  roi.  Quand  il  fut  parti,  Andarchius  pro- 
duisit devant  le  roi  récrit  dans  lequel  était  contenu  la 
formule  du  sertnetii  quil  ttTait  tait  fitôter^  disant  3  «  Ur« 
sus  a  écrit  en  ma  faveur  telle  et  telle  chose;  je  supplie 
donc  votre  Gloiire  de  donner  Tordre  qu'il  m'accorde  sa 
fUkf  en  liiaJriage  ;  ëuti*eiiiënt  j'ai  droit  de  me  mettra  an 
possession  de  ses  biens.  Jusqu'à  ce  que  je  sois  payé  de  seize 
mille  sols  d'or;  après  quoi^  Jeme  désisterai  de  cette  af* 
&ire.  »  Il  revint  donc  en  Auvergne  muni  des  ordres  du 
roi,  et  les  montra  au  juge.  Ursus  se  retira  dans  le  ter- 
lâùÂté  dli  Vèlay*;  ses  biens  furent  consignés  ëntre  les 
ifiabi  d'Atidatchius,  qtd  lui-inème  se  rendit  diuis  la 
Yelay.  Arrivé  à  une  des  maisons  d'Ursus,  il  ordonna 
qu'on  lui  préparât  à  sottpéir  et  qu'on  lui  fit  cba&£ter  do 
Feau  pcmr  ée  làver;  inftlê»  eomilie  les  serviteurs  n'o^ 
béissaient  point  à  ce  nouveau  maître>  il  battit  les  uns 
àtecdes  bàtoûs»  les  àtttresa  coupsde  verges  ;  il  en  frappa* 
même  ({ueiqilëMitis  à  la  tête  au  point  de  faire  jaillir  lo 
sang.  Toute  la  maison  ainsi  bouleversée,  ou  lui  prépara 
à  soupeir.  AndarehiuA  êe  lava  dans  l'eau  chaude»  s^en- 
ivrà  de  vin  et  se  jeta  sur  un  lit  ;  il  n'avait  avec  lui  que 
sept  domestiques.  Tandis  que  tous  dormaient  profondé* 
ment,  Appesanti»  par  le  sommeil  et  par  le  tin>  Unos 
assembla  ses  gens,  ferma  la  porte  de  la  maison,  qui 
était  constiruite  en  planches,  en  prit  les  ciels,  déût  les 
meules  de  grain  qui  se  trouvaient  auprès,  et  ayantamassé 
autour  et  au-dessus  de  la  maison  les  monceaux  d'épis 

t  FeUovum  temiorwm» 


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BBtiSRS  D2â  Fils  te  CHIbPÉRlC.  til 

tlorfteà  ^rbes,  jusqu'à  ee  që^lle  en  fût  ètiiièrèmetit 
couvertei  il  mit  le  feu  en  plusieurs  endroits.  Les  débris 
de  rédiâte  embirafié  tombèrdiit  étir  éès  Inalhëtilr^ùi.  01 
s'étrillèrent  et  ëppëlèrëiit  à  gHilds  cHs;  thM  il  nf 
èvait  là  personne  pour  les  secourir;  la  ilamtne  les  con- 
sinna  donc  avec  toute  la  maison.  A  la  sidié  de  oetUi 
tengeancê^  tlrsus^  saisi  de  crainte^  se  réfugia  dans  là 
basilique  de  Saiili-Julien  ;  mais»  à  Taide  de  quelques 
présents  adressés  au  roi,  il  Irentra  ed  posdeskkni  dè  ttitté 
ses  biens. 

XLVilL^Glovls,  ûis  de  GhilpéHç^  chassé  de  Tours, 
se  rendit  à  Bordeam  ;  et^  tandié  qd'U  résidait  dans  iSkM 

"ville  sans  que  personne  songeât  à  Finquiéter,  un  cer- 
tain Sigulfe,  du  parti  de  ^ighebert,  s'éleva  contre  lui^  k 
mit  en  faite  ét  le  fkitirsâitlt  avec  des  tors  et  des  irohi« 
pettes,  comme  un  cerf  aux  abois  :  à  peine  Clovis  put-il 
timvér  dn  passagè  pour  retonmer  ters  son  père;  oè- 
pendant,  il  parvint  à  le  rejoindre,  par  Angers.  CdmMe 
il  s'était  alors  élevé  un  différend  entre  les  roîë 
Gontran  et  Sighebert,  lè  roi  Gontran  assembla  à  Paris 
tous  les  évêques  de  son  royaume,  pour  qu'ils  décidas- 
sent auquel  des  deux  appartenait  le  bon  droit;  mais  la 
discoHe  civile  fit  des  progrès,  et  les  rds  commirent  fat 
faute  de  négliger  leurs  avis.  Chil|)éric,  irrité  parce  que 
Tbéodebert^soaûlsainé,  gagné  autrefois  par  Sigbebert, 
avaitprôté  sermentdefidélité  àcelai-ci,s*emparades  cités 
de  son  frère,  savoir  :  Tours,  Poitiers  et  les  autres  villes  en 
deçà  de  la  Loiret  Arrivé  à  Poitiers^  il  livira  combat  au 

*  C*esi-lKlire  de  la  rive  gauAhu  4ui,  à  la  mort  de  Caribert, 


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MONASTÈRK  DE  LA  LATTE. 

duc  Gondebaud  dont  rarmée  prit  la  fuite,  et  il  eu  fil 
un  grand  carnage.  Chilpéric  Incendia  même  la  plus 
grande  partie  du  territoire  de  Tours;  et  si  les  habiiauts 
ne  s'étaient  soumis  pour  le  moment,  il  aurait  entière- 
menl  dévasté  leurs  terres.  S'avançant  ensuite  avec  son 
armée^  il  envahit^  dévasta^  désola  le  territoire  de  Limo- 
s  ges^  de  Cahors  et  les  provinces  environnantes,  brûla 
les  églises^  interrompit  le  service  de  Dieu,  tua  les 
clercs^  détruisit  les  monastères  d'hommes,  insulta 
ceux  de  Ûlles,  et  ravagea  tout  11  y  eut  en  ce  temps  dans 
rÉglisc  un  plus  grand  gémissement  qu'au  temps  de 
la  persécution  de  Dioclétien. 

XLIX.  —  Et  insensés,  nous  nous  étonnons  de  ce  qoe 
tant  de  maux  se  sont  précipités  sur  eux  !  Mais  jetons  les 
yeux  sur  ce  qu'ont  fait  leurs  pères,  et  voyons  ce  qu'ils 
fonl.  Cenx-lày  sur  les  prédications  des  prêtres,  ayaient 
quitté  les  autels  profanes  pour  les  églises  j  ceux-ci,  cha- 
que jour,  livrent  les  églises  au  pillage  :  ceux-là  écou- 
taient, révéraient  de  tout  leur  cœur  les  prêtres  du  Sei» 
gneur;  ceux-ci  uou-seulement  ne  les  écoutent  pas,  mais 
les  persécutent  :  ceux-là  enrichissaient  les  églises  et  les 
monastères,  ceux-ci  les  bouleversent  et  les  détruisent 
Que  dirai-Je  ici  du  monastère  de  la  Latte,  qui  possédait^ 
des  reliques  de  saint  Martin?  Une  troupe  d'ennemis  se 
disposant  à  trayerser  la  rivière  proche  du  monastère, 
pour  le  dépouiller,  les  moines  s'écrièrent:  a  Gardez- vous, 
barbares,  gardez-yous  de  passer  le  fleuve,  car  ce  mo- 

semblcnt  être  échues  en  vertii  d'un  nouvoau  ]».u  tage,  ptr  path 
lun»»  comme  uous  avous  vu^lut»  hmi,  k  «sli^licburt. 


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HIBACJLË  DE  HJdHl  MAHIIN.  S88 

nastère  appartient  au  bienheureux  Martin.  »  Ptuslenn 

d'entre  lesbarbares, entendant  ces  paroles,  furent  émus 
de  la  crainte  deDieuet  se  retirèrent;  mais  une  vingtaine^ 
qol  ne  redoutaient  point  Dieu  et  niionoraient  pas  le 
saint  confesseur,  montèrent  sur  un  bateau  qui  les  mit 
à  l'autre  bord^  et>  poussés  par  Tennemi  des  hommes,  ils 
fk^ppèrent  les  moines^  boulerersèrent  le  monastère^  et 
emportèrent  tout  ce  qu'il  contenait,  lis  firent  de  leur 
butin  des  paquets  qu'ils  mirent  sur  leur  bateau;  mais, 
lorsqu'ils  furent  entrés  dans  la  rivière^  la  barque  agi* 
tée  les  emporta  çà  et  là.  Privés  du  secours  des  rames, 
•  ils  s'efforçaient  de  regagner  le  bord,  en  appuyant  le  bois 
de  leurs  lances  au  fond  de  la  rivière,  quand  tout  à  coup 
le  bateau  s'ouvrit  sous  leurs  pieds^  et  le  fer  que  chacun 
tenait  près  de  sa  poitrine  les  transperça,  en  sorte  quils 
périrent  frappés  de  leurs  propres  armes.  Un  seul, 
qui  les  avait  réprimandés  pour  les  empêcher  de  com- 
mettre cette  action,  demeura  sans  blessure.  Si  quel- 
qu'un voulait  regarder  cet  événement  comme  un  effet 
du  hasard,  il  lui  suilOrait  de  remarquer  qu'entre  plu- 
sieurs, le  seul  qui  fût  innocent  échappa  au  châtiment 
Ceux-ci  morts>  les  moines  les  tirèrent  du  ûeuve,  ainsi 
que  leurs  effets,  enseveliient  les  corps,  et  rapportèrent 
dans  leur  maison  ce  qui  leur  appartenait. 

L«  —  Durant  ces  événements,  Sighebert  lit  marcher 
les  nations  qui  habitaient  au  delà  du  Rhin,  et,  se  pré- 
parant à  la  guerre  civile,  forma  le  projet  de  s'avancer 
contre  son  frère  Chiipéiic^  Chilpéric,  à  cette  nouvelle, 

«EaOTA. 

« 

X 


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M         DERinftRBS  MSmOW  DK  8IGHEBERT. 

envoya  âes  messagers  à  sdn  tirère  Goniran.  Les  deux 
rois  firent  alliance^  se  promettant  mutuellement  qu'au- 
cun des  deuxne  laiiserail  périr  sonfrère.  Alors  Sighebert 
arrivant  à  la  tête  de  ses  troupes^  tandis  que  Chilpéric 
Taitendait  d'autre  part  avec  son  armée^  et  né  trouvant 
|tts  d'endroit  fioar  passér  la  Seine  et  aller  à  la  rencon- 
tre de  son  frère,  envoya  un  message  à  Contran  pour  lui 
dire  :  a  Si,  pour  ton  malheur,  tu  ne  me  laisses  pas  trar 
verser  ee  fleuve,  jè  marcherai  ëdr  td  avec  toute  mon 
armée.  »  Celui-ci  effrayé,  entra  en  alliance  avec  lui,  et 
JjBkissa  passer,  Giûipérici  apprenant  que  Gontrani'avail 
sMidbimé,  pour  se  ranger  au  parti  de  Sighebert,  kvft 
son  camp,  eUse  retira  jusqu'au  bourg  d'Alluye,  daAsla 
cité  de  Chartres.  Sigtiebertle  sdivit  et  hii  enjoignit  de 
se  préparer  à  la  bataille;  itiaisCInlpéric,  cntignant  que, 
par  la  ruine  des  armées,  les  deux  royaumes  ne  vins- 
sentà  périri  demanda  la  paixi  etrendit  àSigbebertles 
cités  dont  Théoddiërt  s'était  injustement  emparé^  priant 
qu'en  aucun  cas  les  habitants  ne  fussent  traités  comme 
coupables,  puisqu'il  les  avait  ii^ustement  contraints 
par  le  fer  et  par  le  feu.  Les  bourgd  Situés  aux  environs 
de  Paris  furent  entièrem^t  consumés  par  la  flamme  ; 
rennemi  défamisit  les  maisons  comme  tout  le  lesie^  el 
emmena  même  les  habitants  en  captivité.  Le  roi  Siglie- 
bert  cojoiiurait  qu'on  n'en  fitrien;  mais  il  ne  pouvaitcon* 
tenhrlaf ureur  des  peuples  venusde  l'autreborddu  Rhin» 
U  supportait  donc  tout  avec  patience,  jusqu'à  ce  qu'il 
pût  revenir  dans  son  pays.  Quelques-uns  de  cespaiens  se 
soulevèrent  contre  lui,  lui  reprochant  de  s*étre  soostrait 


Oigjtized  by 


«I  cmnbaf  i  initié'  M/  f^leift  d'IiiMpidité^  monta  à  che- 

'vàiy  se  présenta  devant  eux,  les  apaisa  par  des  paroles 
de  ddàceiiri  pi»^  ta^d^  ii  eliâtlâtiidei*iui  grand  nondire.  ^ 
Oii  ne  saurait  douter  ^ue  ce  ne  soif  par  les  mérites  de 
saint  Martin  que  la  paix  se  fit  sans  combat.  Le  jour 
même  où  cette  paix  fut  conduè^  ttois  ^a^ftiques  fti- 
rent  envoyés  dans  su  sainte  basilique,  ce  que.  Dieu 
aidant^  noùs  raconterons  dans  les  livres  suivants. 

Lh  *^  &esi  pour  nfèi  uiie  grande  dookiir  d'avoir  è 
raconter  ces  guerres  civiles.  L'année  suivante  Chilpéric 
envoya  de  nouveau  des  messagers  vers  son  frère  Gon- 
tran^  èt lili fit  dke:  cOii6  nion  f^rèreneonemetron^ 
ver  ;  voyoris-noUs,  et  quand  nous  aurons  fait  la  paix, 
jioul^Uivons  ensembte  ëighebert  notre  enuemié  ê  Gela 
se  fit  ëiiisi^  ils  ée  tirent^  së  firent  d'honorables  présents^ 
et  Chilpéric,  à  la  léte  de  son  armée,  arriva  jusqu'à 
Aeims^brûlahtrel  ravttgéaiit  touti  Sigheber^  àceftte  nou^ 
telle,  itisseinbla  de  tiouteau  les  peuples  dont  nous 
ayonà  déjà  parlé,  vint  à  Paris,  et^  se  disposalit  à  mar- 
ciieî'  cdntlré  éon  frèrè,  eotoya  des  messàgert  aux  gêna 
de  Châteaudun  *  ét  dé  Tours,  pour  leur  prescrire  de  mar- 
cher contre  Théodei>ert»  Et  comme  ils  différaient  dV 
liéir,  le  hn  leureinrbtalffftdMS  Qondégésileet  Genthin^ 
qui  levèrent  tihe  armée  et  marchèrent  contre  Théode- 
hert.  Celui-ci,  abandonné  de^  siens^  demeura  areo  peii 
dè  monde.  Qëpeiiâanl  il  n'bésita  pas  à  lîvrei^  oombat; 
11  fut  vaincu  ét  tué  sur  le  champ  de  bataille^  et,  chose 
douloureuse  à  raconter^  son  u>rps  inanimé  fut  déi>oiiiUé 


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m  ASSASSINAT  BE  SIGHEBERT. 

par  les  ennemis.  Mais  un  certain  Arnolphe  recaeillit 

son  cadavre^  le  lava,  et  Tenveloppant  de  vêtements  ho- 
norableSy  rensevelit  dans  la  cité  d'Angouléme.  Gliilpé« 
rie,  apprenant  que  Contran  et  Sighebert  avaient  de  nou- 
veau fait  la  paix^  se  fortiiia  dans  les  murs  do  Tournai 
avec  sa  femme  et  ses  fils. 

LU.  —  Celte  aimée,  on  vit  une  lueur  brillante  par- 
courir le  ciel,  comme  avant  la  mort  de  Glotaire.  Sighe* 
bert  occupa  les  cités  situées  au  delà  de  Paris,  et  s'avança 
jusqu'à  Roueu,  voulant  céder  ces  villes  aux  étrangers, 
ce  que  les  siens  Tempêcbèrent  de  faire.  Se  retirant 
donc,  il  retourna  à  Paris  où  Brunebaut  le  vint  re- 
joindre avec  ses  ûls;  alors  ceux  des  Francs  qui  avaient 
suivi  Jadis  Gbildebert  l'ancien  envoyèrent  vers  lui  pour 
qu'il  vînt  à  eux,  promettant  d'abandonner  Chilpéric,  et 
de  le  reconnaître  pour  roi.  Sur  celte  proposition  Sigbe-; 
bert  envoya  assiéger  son  frère  à  Tournai»  formantle  pio* 
jet  d'y  marcher  lui-même  en  personne.  L'évéque  saint 
Germain  lui  dit  :  a  Si  tu  y  vas  dans  rintention  de  ne  pas 
tuer  ion  frère,  tu  reviendras  vivant  et  vainqueur;  noais 
si  tu  as  d'autres  pensées,  tu  mourras.  »  C'est  ainsi  que 
Dieu  a  dit  par  la  boucbe  de  Salomon  ;  Tu  tomberas  dam 
la  fosse  que  tu  auras  creusée  pour  ion  frères  Celui-ci» 
à  son  grand  péclié,  méprisa  les  paroles  du  saint;  arrivé 
à  un  village  du  nom  de  Vitry  %  il  rassembla  toute  Tar- 
mée,  qui  le  plaça  sur  un  bouclier  et  le  proclama  roi. 
Mais  deux  serviteurs  de  la  reine  brédégonde,  qu'elle 
avait  cbarmés  par  des  maléfices,  s'approcbèreat  de  lui 

t  Prov.  XXVI,  xzvii.  —  *  Victoriacuê, 


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CHir.PÉRTC  SORT  DE  TOURNAI.  237 

80118  quelque  prétexte,  armés  de  forts  couteaux,  Tulgai- 
rement  appelés  scramasax,  dont  la  lame  était  empoi- 
sonnée, et  le  frappèrent  chacun  dans  un  des  flancs.  11 
poussa  un  cri  et  tomba,  et  peu  de  temps  après  rendii 
/  Tesprit*.  Carégisile,  son  chambellan,  périt  aussi  dans 
cette  occasion,  et  Sigila,  venu  jadis  du  pays  des  Goths, 
y  fût  aussi  grièyement  blessé^  le  roi  Chilpéric,  s'étant 
par  la  suite  emparé  de  sa  personne,  hii  fit  brûler  toutes 
les  jointures  en  lui  appliquant  des  fers  rougis;  ses 
membres  se  séparèrent  les  uns  des  autres,  et  il  finit  sa 
^iedans  les  tourments.  Carégisile  avait  été  aussi  léger 
dans  ses  actions  que  rempli  de  cupidité.  Sorti  de  bas 
lieu,  il  prit  par  ses  flatteries  beaucoup  de  crédit  sur  le 
roi.  11  envahissait  les  biens  d'autrui,  violait  les  testa- 
ments, et  il  périt  de  cette  manière,  pour  que  celui 
qui  avait  souvent  enfreint  les  dernières  volontés  des 
morts  n'obtînt  pas,  au  moment  où  la  mort  vint  tomber 
sur  lui,  le  pouvoir  de  dicter  lui-même  ses  volontés. 

Chilpéric,  entre  la  mortel  la  vie^  attendait,  immobile 
et  en  suspens,  ce  qui  allait  arriver  de  lui,  lorsque  des 
messagers  vinrentlui  annoncer  le  meurtre  de  son  frère; 
alors  il  sortit  de  Tournai  avec  sa  feuime  et  ses  fils,  et 
ûtensevelir  Sighebert  dans  le  bourg  de  Lambres.  Trans- 
poHé  ensuite  à  Soissons  dans  la  basilique  de  Sainte 
Médard  qu'il  avait  bâtie,  Sighebert  y  fut  enterré  près  de 
son  père  Clotaire.  U  mourut  la  quatorzième  année  de 
son  règne,  âgé  de  quarante  an».  Depuis  la  mort  de 
Tbéodebert  jusqu'à  celle  de  Sighebert,  on  compte 
1  En  jsn. 


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m  CHRONOLOGIE. 

vingt-neuf  ansy  et  dix-fauit  entre  la  mort  de  Sighebert  et 

* 

utile  d  e  fou  neveu  fTbéoiebeii.  âg^Mit  oiort^  «qq  08 

Childebert  régna  en  sa  place. 

On  €0iQpte  deux  mille  deux  cei^  quae90te4etti:  e^s 
depiHS  le  eommenoemenida  monde  jusqifau  déluge; 
neuf  cent  quarante-deqx  depuis  le  déluge  jusqu'à  Abra- 
liain;  quatre  cent  soîxante^eux  jusqu'à  l'époque  où  les 
esfanU  dH^raSl  sortirent  d'Ëgypte;  quatre  cent  quatre-' 
vingts  depuis  la  sortie  d'Égypte  jusqu'à  rédificaiion  du 
lemple  de  Salomon;  trois  eentquatre*Tkigt-ctix  depuis 
rédi  fi  cation  du  temple  jusqu'à  sa  destruction  et  la 
transmigration  à  Babylone;  six  cent  soixante-huit  de  la 
tnmsmigration  jusqu'à  la  Passion  de  !Mre^%Qeur; 
quatre  cent  douze  de  la  Passion  de  Notre-Seigneur  à  la 
mort  de  saint  Martin;  cent  douze  de  la  mort  de  sainte 
Martin  à  la  mort  du  roi  Clovis;  trente-sept  de  la  mort  du' 
roi  Clovis  jusqu'à  la  mort  de  Tbéodebert;  vingt-neuf, 
de  la  mortde  Théodebertjusqu'à  celle  de  Sighebert.  O; 
qui  fait  ensemble  cinq  mille  sept  cent  soixante-qua«! 
torzeans* 

—  /  j 


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LIVRE  V 


•  ■ 


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i 
I 


SOMMAIRE  BU  LIVRE  Y. 


I.  Règne  de  Chîldebert  le  Jeune  et  de  ce  qui  arriva  à  sa  mère. — n.  Mérové© 
épouse  BraDebaut.—in.  Guerre  contre  Chilperic  et  méchanceté  de  Rau- 
diiagne.— iT.  Roeeolèoe  tient  à  Tom.— ▼.  Dw  éTèqàes  de  Lengres  et 
de  Nantes. VI.  De  Léonat,  archidiacre  de  Boargre.— Tii.  Le  reclus  Se* 
noch. — VIII.  Saint  Germain,  ëvcqup  de  Paris.  — ix.  Lo  reclus  (^aluppa. 
—X.  Le  reclus  Patrocle. —  xi.  Conversion  de  juifs  par  l'evèque  Avitus.— 
sn*  L'abbé  Bracbion.—  xiii.  Mommole  rarage  la  cité  de  Limoges.--  xir. 
Ilérofée  toneuré  ee  Téfti^  à  la  basilique  de  Saint-Martin.'— xr.  Guerre 
entre  les  Saxons  et  les  Suèves.  —  ivi.  Mort  de  Màlo.— xni.  J  e  roi 
Gontran  fait  périr  les  fils  de  Magnachaire  et  perd  les  siens  ;  doutes  au 
si^etde  la  Pàque.— xvni.  Église  de  Chinon;  alliance  des  rois  Gontran 
et  Ghilde1iert.^zix.  L'évêqae  Piréteztat  et  osort  de  Mémde.— zx.  An- 
adsesde  Tibère.— xxi.  Les  évôques  Salone  et  Sagittaire.— xxii.  Le  Bre- 
ton Winnocus.— TXiTT.Mort  de  Saroson,  fils  de  Chilpéric  — xiiv.  Prodiges 
manifestes.— XXV.  Gontran-Boson  arrache  ses  filles  à  la  basilique  de  Saint- 
Martin  et  Chilpério  envahit  la  cité  de  Poitiers.— xxvi.  Mort  de  Dacon  et 
de  Draeolèine.— xzm.  Départ  d*ttne  armée ponr  la  Bretagne.— xxvin.  Dé- 
gradation de  Salone  et  de  Sagittaire.— xxix.  Impôts  établis  par  Chilpério. 
—XXX.  Ravages  des  Bretons.— ixxi.  Règne  do  Tibère.— ttxii.  EmbAches 
des  Bretons.— zxxiii.  La  basilique  de  Saint-Denis  profanée  par  une 
franne.— xxxnr.  Frodigea.— xxxr.  Dyssenterie;  mort  dea  ffla  de  Chil- 
pério.—xxxvi.  La  feineAostrechilde.-xxxvn.  L'évéqne  Héraclius  et  te 
comte  Nantinus. — xxxvui.  Martin,  évèque  de  Galice. —  xitii.  Persécu- 
tion des  chrétiens  en  Espagne. — xl.  Mort  de  Clovis. — xli.  Les  evêques 
Elafius  et  Eunius. —  xui.  Envoyés  de  la  Gallicte  et  prodige».— xuii. 
Marcns  Léon,  éréque  de  Cahors.— nnr.  Dlaenasion  arec  un  hérétique.— 
XLV.  Écrits  de  Chilpéric— XLVi.  Mort  de  révèquo  Agricola.— XLVii.  Mort 
de  l'evèque  Dalmatius.— XLViiî.  Comté  d'Eunome.—  imx.  Méchanceté  de 
Leudaste.— L.  Embûches  qu'il  nous  tendit  et  bumiliation  qui  en  résulta 
P9U  W.— u.  Prédiotioa  de  aaint  Sauf»  ait  a^et  da  Ghapério» 


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î 


LIVRE  CINQUIÈME 


PROLOGUE 

C*est  ponv  moi  un  cruel  snjet  d'ennui  d'avoir  à  ra- 
conter les  'vicissitudes  des  guerres  civiles  qui  accablent 
la  nation  et  le  royaume  des  Francs,  et  qui^  hélas!  nous 
ont  déjà  fait  voir  ces  temps  marqués  par  le  Seigneur 
comme  le  commencement  des  calamités  :  Le  père  se 
lève  eonirelefUSy  le  fiUcùntre  le  pire,  le  frire  eonire  le 
frère,  le  prochain  contre  le  prochainK  Ils  auraient  dû 
cependant  être  effrayés  de  rexemple  des  anciens  rois  qui^' 
dîTisés,  ne  tardaient  pas  à  succomber  sous  leurs  enne- 
mis. Combien  de  fois  la  ville  des  villes  elle-même,  la 
capitale  du  monde  entier,  n'a-t-elle  pas  élé  Tue,  au 
mfliea  des  guerres  civiles,  tomber,  et,  la  guerre  term!» 
née,  se  relever  comme  de  terre?  Plût  à  Dieu  et  à  vous, 
6  rois  I  que  vous  voulussiez  exercer  vos  forces  dans  des 
combats  semblables  à  ceux  que  livrèrent  vos  pères  à  la 
sueur  de  leurs  fronts,  aûn  que  les  nations,  frappées  de 
terreur  à  la  vue  de  votre  union,  fussent  subjuguées  par 
votre  valeur  I  Rappelez-vous  ce  qu'a  fait  Glovis,  celui 

*È9ûng.  Belon  taintlfaili.,  ohap.  x,  r*  SI. 

X.  U 


242  ,  PROLOGUE. 

qui  marche  en  tôte  de  toutes  vos  victoires,  ce  qu'il  a 
mis  a  mort  de  rois  ennemis^  anéanti  de  nations  contrai- 
res, subjugué  de  pays  et  de  peuples;  c'est  par  là  qu'il 
TOUS  a  laissé  un  royaume  dans  toute  sa  force  et  son  in- 
tégrité ;  et,  lorsqu'il  accomplit  ces  choses,  il  ne  possédai! 
ni  or  ni  argent,  comqpp  voi^  en  avez  ipaiutenant  dans 
Tos  trésors.  Que  faites-vous?  que  demandez-vous?  que 
n^avez-Yous  pas  en  abondance?  Dans  vos  maisons,  les 
délices  surpassent  vos  (J^r^î  jyps  celliers  regorgent  de 
vin,  de  blé,  d'huile;  dans  vos  trésors,  l'or  et  l'argent 
s'accumulent.  Mais  une  seule  chose  vous  manque,  la 
grâce  de  Dieu,  parce  que  vous  ne  conservez  pas  entre 
irons  la  paix.  Pourquoi  l'un  prend-il  le  bien  de  Fautre? 
Pourquoi  chacun  convoite-t-il  ce  qui  n'est  pas  à  lui  ?  Pre- 
nez garde,  je  vous  en  prie,  à  ce  que  dit  l'Apôtre  :  i^t 
wm  «eus  mordez  ei  vous  dévorez,  prenez  garde  que 
vous  ne  vous  consumiez  les  uns  les  autres  K  Examinez 
les  écrits  des  anciens,  et  voyez  ce  qu'ont  engendré  les 
guerres  civiles;  redierchez  ce  qu'a  dit  Orose  des  Car- 
thaginois, lorsque,  racontant  qu'après  sept  cents  années 
leur  viUe  et  leur  empire  furent  détruits,  il  ajoute  ;  a  Qui 
c  les  a  conservés  si  longtemps?  la  concorde;  qui  les  a 
«  détruits  après  un  si  longtemps?  la  discorde,  d  Gardez- 
vous  de  la  discorde,  gardez-vous  des  guerres  civiles  qui 
agitent  vous  el  vos  peuples.  Que  pouvez-vous  espérer, 
si  ce  n'est  qu'après  la  destruction  de  vos  armées,  de- 
menrés  sans  appui»  vous  ne  tombiez  bientôt  accablés  par 
les  nations  ennemies?  Si  la  guerre  civile  te  plaît,  ô  roi! 

i  É]^ê  de  laînt  Paul  aux  J^alates,  chap.  v,  15. 


OHILDEBBRT  LB  SEVm,  118 

exerce-loi  à  ces  combats  que  l'Apôtre  avèrlit  rbomme 
de  livrer  en  lui-même^  que  l'e^rU  s'élète  eàrUré  M 
ûluUry  et  qàë  les  vices  soient  Taimcuè  pàr  les  Vertus  : 
libre  alors^  sers  ton  rnaîtrè  qui  est  le  Cbiisl;  au  lieu 
qu'endiatirà  ta  servais  celui  qiii  est  la  source  de  tout  mal. 

I.  —  Or^  lorsque  le  roi  Sighcbert  fut  tué  auprès  de  Vi- 
iry,  la  reine  Brunehaut  se  trouvait  à  Paris  avec  ses  ûls; 
comme  on  Ini  ent  apporté  la  nouvelle  de  ce  qui  était 
arrivé,  et  qu'accablée  de  douleur  et  de  tristesse  elle  ne 
savait  à  quoi  se  résoudre^  le  duc  Gondebaud  enleva  se- 
crètement  son  fils  Ghildebert,  encore  petit  enfant,  et^  le 
dérobant  à  une  mort  certaine^  rassembla  les  peuples 
sur  lesquels  avait  régné  son  père^  et  le  fit  proclamer  roi 
à  peine  âgé  d'un  lustre.  Il  commença  à  régner  le  jour 
de  la  r>iativité.  La  première  année  du  règne  de  ce  jeune 
prince,  le  roi  Ghilpéric  vint  à  Paris»  se  saisit  de  Brune- 
haut,  l'envoya  en  exil  dans  la  ville  de  Rouen,  et  s'em- 
para de  ses  trésors  qu'elle  avait  apportés  à  Paris.  U  or- 
donna que  ses  filles  fussent  gardées  dans  la  ville  de 
Meaux.  Alors  Roccolène  vint  à  Tours  avec  les  gens  du 
Haine,  pilla  et  commit  nombre  de  crimes.  Nous  raceor 
teroDs  comment  il  périt,  frappé  par  saint  Martin,  en 
punition  du  mal  qu'il  avait  fait. . 

II.  — Ghilpéric  fit  marcher  vers  Poitiers  son  fils  Mé^ 
rovée,  à  la  tête  d'une  armée;  mais  celui-ci,  négligeant 
les  (urdres  de  son  père»  vint  à  Touré  et  y  pàisa  les  saints 
Jours  de  Pâqneli.  Son  armée  ravagto  ciliéllëhient  tout 
le  pays,  et  lui,  feignant  de  vouloir  aller  trouver  sa 


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su  MÉROVÉE  ÉPOUSE  BRUNEHAUT. 

mère^  se  rendit  à  Rouen^  y  rejoignit  la  reine  Brune- 
liaut  et  la  prit  ea  mariage.  Chilpéric,  instruit  de  ce  que, 
oootre  rhonnèteté  et  les  lois  canoniques,  liéro?ée  avait 
épousé  la  femme  de  son  oncle,  en  ressentit  une  grande 
amertume,  et  s'avança  plus  prompt  que  la  parole  vers 
la  Tille  de  Rouen.  Mais  quand  les  époux  reconnurent 
qu'il  avait  Tinteniion  de  les  séparer,  ils  se  réfugièrent 
dans  la  basilique  de  Saint-Martin,  construite  en  bois,  sur 
les  murs  de  la  ville.  Le  roi  étant  arrivé  s'efforça,  par 
beaucoup  d'artifices,  de  les  engager  à  en  sortir,  et 
comme  ceux-ci  ne  le  croyaient  pas,  pensant  bien  qu'il 
ne  songeait  qu*à  les  tromper,  il  dit  avec  serment  : 
c  Puisque  c'est  la  volonté  de  Dieu,  je  ne  les  forcerai 
point  à  se  séparer.  •  Alors  ils  sortirent  de  la  basilique  ; 
Ciiilpéric  les  embrassa,  les  reçut  avec  honneur  et  maur 
gea  avec  eux;  puis  peu  de  jours  après,  il  retourna  à 
Soissons,  emmenant  avec  lui  Mérovée. 

111.  —  lis  étaient  en  ce  lieu,  quand  s'assemblèrent 
quelques  gens  de  la  Champagne  qui  attaquèrent  la  ville 
de  Soissons,  en  chassèrent  la  reine  Frédégonde  ainsi 
que  Glovis,  lUs  de  Chilpéric,  et  voulurent  soumettre 
cette  cité.  A  cette  nouvelleSle  nn  Chilpéric  marcha 
sur  ce  point  avec  une  armée,  envoya  aux  ennemis  des 
messagers  pour  les  avertir  de  ne  pas  l'oifenser,  de 
peur  qu'il  n'en  lésult&t  la  perte  des  deux  années; 

*  Il  y  a  ici  dans  Grégoire  une  contradiction  qui  ne  ■'explique 
pas,  comme  l'ont  déjà  lait  observer  Valois  et  Ruinart:  rauteur 
dit  que  Chilpéric  et  son  fils  Mérovée  étaient  à  Soissons,  puis 
nous  montre  ce  roi  se  dirigeant  SUT  cette  ville,  comme  b'û  ee 
iût  trouvé  en  un  autre  lieu. 


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CHILPÉRIC  ET  SON  FILS  MEBOVÉE.  U& 

mais  ceux-ci,  dédaignant  le  conseil^  se  préparèrent 
au  combat.  Le  parti  de  Chilpéric  fut  vainqueur;  il 
liattit  ses  ennemis»  coucha  sur  le  champ  de  bataille 
beaucoup  de  forts  et  vaillants  guerriers,  mit  le  reste 
en  fuite^  et  entra  dans  Soissons.  A  ce  moment  le 
roi  commença  à  conceYoir  des  soupçons  contre  son  fils 
Mérovée>  à  cause  de  sou  mariage  avec  Bruneliaut^  disant 
que  sa  méchanceté  avait  été  la  cause  de  ce  combat.  Il 
lui  6ta  ses  armes,  et  lui  donna  des  gardes^  auxquels  il 
enjoignit  de  le  surveiller,  songeant  en  lui-même  à  ce 
qu'il  en  ordonnerait  ensuite.  Godin  qui  à  la  mort  de 
Sighebert  avait  passé  à  Chilpéric,  et  que  celui-ci  avait 
comblé  de  bienfaits,  était  l'instigateur  de  cette  guerre; 
mais  vaincu  sur  le  champ  de  bataille»  il  fut  le  premier 
à  s'enfuir.  Le  roi  le  dépouilla  des  domaines  qu^il  lui 
avait  donnés  de  son  lisc^  dans  le  territoire  de  Soissons^ 
et  les  transféra  a  la  basilique  de  Saint-Hédard. 

Godin  mourut  peu  de  temps  après,  de  mort  subite. 
Sa  femme  épousa  RaucbinguOj  homme  rempli  de  va- 
nité, gonflé  d'orgueil  et  d'arrogance  ;  il  se  conduisait 
envers  ceux  qui  lui  étaient  soumis  sans  la  moindre  hu- 
manité; cruel  envers  les  siens,  au  delà  de  ce  qui  .est 
ordinaire  à  la  méchanceté  et  à  la  folie  humaines,  il  se 
rendait  coupable  envers  eux  d'actions  détestables.  Lors- 
qu'un serviteur  tenait  devant  lui»  oonune  il  est  d'usagej 

1  Au  lieu  de  mettre  en  prison  les  hommes  considérables,  on 
se  contentait  quelquefois  de  leur  donner  des  gardiens  ches  eux, 
ou  de  les  remettre  à  la  garde  de  quelque  autre  personne,  ordi- 
nairement d'un  magistrat;  c'est  ce  qui  s'appelait  cwlodet  dors» 
lt&er«  cmtodia,  • 

U. 


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S46  CRUAUTÉS  DE  RAUCHINGUE. 

pendant  son  repas^  un  flambeau  de  cire  allumé,  il  lui 
lisait  découvrir  les  jambes,  et  le  forçait  d'y  appuyer  tè 
flambeau  jusqu'à  ce  qu'il  s'éteignît;  puis  le  faisant  ral- 
lumer il  recommençait  aussi  longtemps  qu'il  le  fallait 
poûr  que  le  serviteur  se  brûlât  entièrement  les  Jambes. 
Si  celui-ci  criait  ou  s'eiTorçait  de  fuir,  on  le  menaçait 
d'une  épée  nue,  et  ses  pleurs  excitaient  les  transports 
de  joie  de  son  maître.  On  raconte  que,  vers  ce  temps, 
deux  de  ses  serviteurs,  un  iionime  et  une  jeune  fille 
pnireiit,  comme  il  arrive  souvent,  de  l'amour  Fun  pour 
l'autre;  celte  aticclion  durait  depuis  plus  de  deux  ans, 
.quand  ils  s'unirent  et  se  réfugièrent  dans  l'église;  Rau- 
ehingue,  averti,  alla  trouver  le  prêtre  du  lieu,  le  priant 
<ie  lui  rendre  ses  domestiques,  moyennant  promesse  de 
lie  les  pas  cliàtier.  Alors  le  prêtre  lui  dit  :  «  Tu  sais  quel 
respect  on  doit  à  l'Église  de  Dieu;  jure  ta  foi  que  tu  leii 
uniras  pour  toujours;  tes  serviteurs  ne  te  seront  ren- 
dus que  si  tu  promisis  de  les  exempter  de  tout  cbâti* 
ment  corporel.  »  il  demeura  quelque  temps  en  suspens 
sans  rien  dire;  puis,  se  tournant  vers  le  prêtre,  il  étendit 
les  mains  sur  l'autel,  et  prêta  serment  en  ajoutant  : 
a  Je  ne  les  séparerai  jamais,  au  contraire,  j'aurai  soin 
qu'ils  demeurent  unis.  Ce  qui  s'est  passé  m'a  été  désa- 
gréable, parce  que  cela  s'est  fait  sans  mon  consenté- 
ment;  copciiiiant  je  m'en  accommode  volontiers,  puis- 
qu'il n'a  pas  pris  pour  femme  la  servante  d'un  autre, 
ét  qu'elle  n'a  pas  choisi  un  serviteur  étranger.  «  Le 
prêtre,  sans  détiaiice,  crut  à  la  promesse  de  cet  homme 
rusé,  et  lui  rendit  ses  serviteurs,  après  qu'il  eut  donné 


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RAUCHINGUE.  M 

« 

Vk  gatnntie  exigée;  RaudiifagUè  Ite  prit^  iE^méteia  te 
prêtre  et  s'en  retourna  à  sa  maison.  Aussitôt  il  ût  cou- 
per un  arbre,  eti  fit  abattre  la  Iêk6>  el  ayant  lait  fendit 
lè  iroiic  ayec  un  ooitt,  drdonml  de  le  èreusèr^  ehsttite 
iit  ouvrir  en  terre  une  fosse  de  la  profondeur  de  troii 
ou  qiiatre  pieds,  et  donna  brdre  d'y  dépoM  ee  trdnc 
creusé  ;  puis  y  arrangeant  la  jeûné  fille  èn  maniéré  de 
morte,  fit  jeter  dessus  le  serviteur,  les  ût  couvrir  d'une 
planche»  remplit  la  ttisse  de  terre,  et  les  ensevelit  ainsi 
vivants,  disàiit  :  «  De  la  sorte,  je  ne  manque  pas  à  mon 
8erment;ilsne  seront  jamais  séparés*  »  Le  prêtre,  averkii 
acconrut  èn  toulë  hâte,  ét  adt^ssant  à  cet  homme  de 
vifs  reproches,  obtint  à  grand'peine  qu'il  fit  découvrir 
la  fosse  ;  on  en  relira  le  serviteur  vivant,  mais  on  trouvé 
la  Jeime  fiUe  étouffée.  Tels  étaient  les  actes  que  suggérait 
à  Rauchingue  ea  méchanceté  ;  il  n'avait  d'habileté  que 
pour  se  Jouer  d'autrui,trottipeir,  faire  des  actes  pertenj 
aitssi  mourût-ii  comiheil  lë  méritait,  et  sa  mort  fut  di<» 
gne  de  ses  actions,  couiiiie  nous  le  dirons  par  la  suite» 

Siggo,  référendaires  qui  avait  été  chargé  duieeam 

du  roi  Sigheberl,  et  avait  passé  au  roi  Ghilpéric  pour  en 
obtenir  le  même  emploi,  quitta  de  nouveau  Chilpéric, 
et  passa  au  roi  Qhildebêirt>  filé  de  Sighebert.  Les  doma^ 

I  On  appelait  réfénndair0t  bous  la  première  race,  l'officier  da 
palais  qui  avait  la  gar(ie  de  l'anneau  ou  ëeeaii  royal,  ét 
signait  les  diplômes  émanés  du  roi.  Mais  ce  nom  était  soa^ 
vent  donné  aussi  aux  simples  secr^'^taires  que  le  garde  du  sceau 
avait  sous  ses  ordres,  ou  aux  oflicicrs  qui  faisaient  au  roi  des 
rapports  sur  los  jK'titions  de  ses  sujets,  et  transmettaient  à 
<-eux-ci  ses  réponses;  ce  dernier  emploi  était  celui  des  re/tr 
rcndaires  attachés  aux  empereurs  romains. 


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S48  BOCCaLÈNE  £1^V0Y£  D£  ClilLPÉRlC. 

nés  qu'il  avait  reçus  dans  le  Soissonnaîs  furent  donnés 
à  Ânsoald.  Beaucoup  de  ceux  qui  avaient  passé  du 
royaume  de  Sighebert  dans  celui  de  Chilpéric  le  quittè- 
rent de  même.  Peu  après,  Siggo  perdit  sa  femme,  mais 
il  ne  tarda  pas  à  en  prendre  une  autre. 

IV. — Dans  ce  même  temps,  Roccolène,  envoyé  par 
Chilpéric,  vint  à  Tours,  plein  de  jactance;  et,  plaçant  son 
camp  de  l'autre  côté  de  la  Loire,  nous  fit  dire  par  des 
messagers  de  faire  sortir  de  la  sainte  basilique  Gonlran, 
accasé  de  la  mort  de  Théodebert,  menaçant,  si  nous  ne 
le  faisions  pas,  de  brûler  la  ville  et  ses  faubourgs.  A  la 
réception  de  ce  message,  nous  lui  fîmes  répondre  que 
jamais  dans  les  anciens  temps  il  n'y  avait  eu  d'exemple 
de  ce  qu'il  demandait,  et  qu'on  ne  saurait  en  aucune 
sorte  permettre  la  violation  de  la  sainte  basilique;  que 
s'il  exécutait  sa  menace,  cela  ne  lui  porterait  pas  bon« 
heur,  non  plus  qu'au  roi  qui  avait  donné  cet  ordre,  et 
qu'il  devait  redouter  d'autant  plus  la  puissance  du  saint 
évêque,  que  ses  mérites  avaient  opéré  la  veille  la  gué- 
rison  d'un  paralytique.  Mais  lui,  sans  aucune  crainte, 
s'étant  établi  dans  la  maison  épiscopale  d'outierLoire^ 
en  disjoignit  les  planches  fixées  avec  des  clous,  et  les 
gens  du  Mans  qui  étaient  venus  avec  lui  en  emportèrent 
même  les  clous  dans  des  sacs  de  cuir;  ils  abattirent  les 
blés  et  exercèrent  partout  leurs  ravages.  Mais  tandis  que 
Roccolène  se  conduisait  ainsi,  frappé  de  Dieu,  il  fut  at-> 
taqué  de  la  jaunisse.  Cependant  il  renvoya  de  nouveau 
des  ordres  violents,  disant  :  a  Si  vous  ne  chassez  pas 
aujourd'hui  le  duc  Contran  de  votre  basilique^  j'écra- 


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IMPIKTÉ  ET  MOUT  DE  ROCCOLÈNE.  249 

serai  tellement  tout  ce  qu'il  y  a  de  verdoyant  autour  de 
la  Tille,  que  la  terre  pourra  être  labourée  par-dessus.» 
Cependant  arriva  le  saint  Jour  de  TÉpiphaaie  et  ses  dou- 
leurs devenaient  de  plus  en  plus  vives.  Alors,  par  le 
conseil  des  siens,  il  passa  le  fleuve  et  vint  à  la  ville.  Puis, 
lorsque  les  prêtres  allèrent,  en  chantant  les  psaumes, 
de  la  cathédrale  à  la  sainte  basilique,  il  suivit  à  cheval 
la  croix  précédée  des  bannières;  mais  lorsqu'il  entra 
dans  la  sainte  basiliquci  ses  menaces  et  sa  fureur  tom- 
bèrent, et  sorti  de  TégUse»  il  ne  put  ce  jour-là  prendre 
aucune  nourriture;  sa  resi>iration  était  devenue  très- 
difficile,  et  il  se  rendit  à  Poitiers;  c'était  dans  les  saints 
Jours  de  carême  ;  il  mangea  une  grande  quantité  de  la- 
pereaux. Il  avait  préparé  pour  les  calendes  de  mars  des 
acte$  d'impositions  arbitraires  et  de  condamnation  con- 
tre les  citoyens  de  Poitiers,  mais  la  veille  il  rendit  Fftme; 
et  ainsi  se  calma  son  insolent  orgueil. 

y.— En  ce  temps  Félix,  évèque  de  Nantes,  m'adressa 
des  lettres  injurieuses,  allant  jusqu'à  m'écrire  que  mon 
frère  avait  été  tué  parce  que,  en  convoitise  de  Tépisco- 
pat,  il  avait  fait  périr  son  évéque;  mais  le  fond  de  sa  oo«. 
1ère  c'est  qu'il  convoitait  un  domaine  de  mon  Église,  et, 
comme  je  ne  voulus  pas  le  lui  abandonner,  il  vomit, 
comme  Je  Tai  dit,  mille  injures  contre  moi.  Je  lui  ré- 
pondis enfin  un  jour  :  «  Rappelez-vous  ce  que  dit  le 
prophète  :  Malheur  à  ceux  ([ui  joignent  maison  à  map' 
jofi,  ei  qui  ajoutent  champ  à  champ/  ieroni4t$  Ue  emUê 
habilanls  de  la  terre  ^  ?  AU  I  si  tu  étais  évcque  de  Mar- 

t  iMïe,  chap.     v«  8. 


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2M  FÉLIX  DE  NANTES  ET  TÉTRICUS  DE  fJU^GRES. 

seille,  les  vaisseaux  n'y  apporteraient  ni  huile,  ni 
semblables  luarchaadises^  mais  seulement  des  chartes 
pour  te  donner  plus  de  moyens  de  diffamer  les  gens  de 
bien  *  ;  car  il  n'y  a  que  la  disette  de  papier  qui  metle 
un  terme  à  ta  loquacité*  »  U  était  d'une  cupidité  et  d'une 
Jactance  extrêmes;  mm,  pour  ne  pas  lui  ressembler, 
j'expliquerai  de  quelle  manière  mon  frère  avait  quitté 
la  lumière  du  jour,  et  ayec  quelle  promptitude  la 
Tengeanoe  de  Dieu  atteignit  ceux  qui  Tavaient  frappé. 
Le  bienheureux  Tétricus,  évèque  de  l'Église  de  Langres, 
étant  devenu  vieux,  chassa  lè  diacre  Lampadius  qui 
avait  été  son  homme  de  confiance,  et  mon  frère^  par 
intérêt  pour  les  pauvres  que  celui-ci  avait  injustement 
dépouillés,  contribua  à  lui  faire  donner  celte  humilia* 
tien,  et  encourut  ainsi  sa  haine.  Cependant  le  bienheu- 
reux Tétricus  fut  frappé  d'un  coup  de  sang,  et,  les  re- 
mèdes de  la  médecine  ne  pouvant  rien  pour  lui,  son 
clergé  plein  de  trouble  et  pour  ainsi  dire  privé  de  pas- 
Venr,  demanda  Mundéric.  Celui-ci,  avec  l'autorisation 
du  roi,  fut  tonsuré»  et  sacré  évêque,  à  la  condition  que, 
pendant  la  vie  du  bienheureux  Tétricus,  il  gouvernerait, 
en  qualité  d'archiprètre,  le  château  de  Tonnerre,  y  ferait 
sa  résidence,  et  qu'après  le  décès  de  révêque,  il  lui  suo* 
céderait.  Tandis  qu'il  habitait  ce  château,  il  encourut  la 
haine  du  roi  :  on  disait  en  effet  que,  lorsque  Sighebert 
était  venu  attaquer  son  frère  Contran,  il  lui  avait  avancé 
des  vivres  et  des  présents.  11  fut  doue  tiré  du  château  et 

'  C'était  à  Marseille  que  les  inarcliands  apportaient  d'ordi- 
ikaire  le  jpajpj/nu  d'É^ypte  dont  on  se  servait  alors  pour  écrire* 


MOUT  DE  TÉTIUCUS.  251 

Jeté  en  exU  sur  les  bords  du  Rhône,  dans  une  tout  étroite 

et  sans  toiture,  où  il  demeura  environ  deux  ans,  dans 
de  grandes  souffrances.  A  la  demande  du  saint  évêque 
Nif  ier,  il  lui  fut  permis  de  Tenir  à  Lyon^  où  U  habita 
pendant  deux  mois;  mais_,  ne  pouvant  obtenir  du  roi 
d'être  rétabli  au  }jeu  d'où  il  avait  été  chassé,  il  s'échappa 
d^  nuit,  et  se  rendit  près  du  roi  Sighebert>  qui  TinsUtua 
évêque  (Jans  le  bourg  de  TArsat  * ,  plaçant  sous  sa  ju- 
rjdiptipn  quinze  paroisses  environ  qui  avaient  élé  d*a- 
l;K>rd  occupées  par  les  Goths,  et  que  réclamait  mainte- 
nant Dalmace,  évêque  de  Rodez.  Lorsque  Mundénc 
ûit  parti,  les  habitants  de  Langres  demandèrent  pour 
évêque, à  l'instigation  de  mon  frère,  Silvestre, notre  pa- 
rent ainsi  que  du  bienheureux  Tétricus.  Qependant  le 
bienheureux  Tétricus  sortit  de  ce  monde;  Silvestra 
fut  tonsuré^  ordonné  prêtre  et  investi  de  tout  ce 
qui  dépendait  dn  sîég^  épiscopal,  puis  il  se  prépara 
à  partir  pour  Lyon,  pour  y  recevoir  la  consécration. 
Hais,  attaqué  depuis  longtemps  d^épilepsie,  il  fut  en  ce 
lepiips  pris  d'un  accès,  et  plus  cruellemept  privé  de  ses 
sens  qu'il  ne  Tavait  encore  été  :  deux  jours  sans  relâche, 
il  poussa  des  mugissements,  et  le  troisième  il  rendit 
Tesprit.  Alors  Lampade,qni  avait  été  dépouillé,  ccmime 
•  nous  l'avons  dit,  de  ses  di^initcs  et  de  ses  revenus,  se 
jcûgnit,  en  haine  du  diacre  Pierre,  mon  frère,  au  (Us  de 
Silvestre,  afGrmant  et  persuadant  à  celuî-ci  que  son  père 
avait  péri  par  ses  maléfices.  Le  ûls  de  Siivestre,  jeune 

t  FtcMff  airitUmtii,  Il  y  a  beaucoup  d'meertitade  sur  la  vraie 
^éaisnAtion  de  cette  localité.  (V.  la  Géocjraphie.) 

« 

« 

« 


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S59  L'ÉVÉQUE  SILVSStRË  A  LANGRSS. 

et  léger  d'esprit,  s'irrita  contre  Pierre  et  Taccusa  en 
public  de  ce  parricide.  Aussitôt  averti  de  cette  accusa- 
lioii;  mon  frère  porta  sa  cause  devant  révéque  saint 
Nizier^  oncle  de  ma  mère,  et  se  rendit  à  Lyon  ;  là,  en 
présence  de  Tévéque  Siagrius^  de  beaucoup  d'autres 
prAtres  et  des  principaux  séculiers,  il  prêta  serment 
qu'il  n'avait  aucune  part  à  la  mort  de  Silvestre.  Mais 
deux  ans  après^  le  fils  de  Silvestre,  excité  de  nouveau 
par  Lampade,  poursuivit  sur  une  route  le  diacre  Pierre, 
et  le  tua  d'un  coup  de  lance  ;  on  transporta  le  corps  de 
mon  frère  an  château  de  Dijon,  où  il  fut  enseveli  au- 
près de  saint  Grégoire ,  notre  bisaïeul.  L  liomicide  prit 
la  fuite  et  passa  à  Ghilpéric;  ses  biens  furent  remis  au 
fisc  du  roi  Contran.  Le  crime  qu'il  avait  commis  le  fit 
errer  en  différents  lieux,  ne  lui  permettant  de  s'arrêter 
et  de  demeurer  nulle  pari.  Enfin  poussé.  Je  pense,  par 
les  cris  du  sang  innocent  qui  s'élevait  contre  lui  vers 
la  puissance  divine,  il  tua  de  son  épée,dans  un  des  lieux 
où  il  passait,  un  homme  qui  ne  l'avait  pas  oflénsé.  Les 
parents  de  celui-ci,  pleins  de  douleiir  de  la  mort  de  leur 
proche,  soulevèrent  le  peuple,  et,  ayant  tiré  leurs  épées, 
taillèrent  le  coupable  eç  pièces  et  dispersèrent  ses  mem- 
bres de  côté  et  d'autre.  Telle  fut»  par  un  juste  ju- 
gement de  Dieu,  la  fin  de  ce  misérable:  il  avait  fait  ' 
périr  mon  parent  innocent,  coupable  lui-même  il  ne 
lui  survécut  pas  longtemps  ;  son  châtiment  survint  aa 
bout  de  trois  années. 

Après  la  mort  de  Silvestre,  les  habitants  de  Langres 
demandant  un  nouvel  é\c(pio,  on  leur  donna  Pappole 


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L'ÉVÉQUE  PAPPOLE.  353 

qui  ayait  été  archidiacre  d'Auiuo.  Beaucoup  assurent 
quMl  commit  un  grand  nombre  diniquités;  nous  les 

passerons  sous  silence,  pour  ne  pas  nous  montrer  dé- 
tracteur  de  nos  frères.  Cependant  nous  n'omettrons  pas 
de  raconter  sa  mort.  La  huitième  année  de  son  épisco- 
pat,  comme  il  parcourait  les  paroisses  et  les  domaines 
de  son  Ëgiise>  le  bienheureux  Tétricuslui'apparut  une 
nuit  pendant  son  sommeil  avec  un  visage  menaçant, 
et  lui  parla  ainsi  ;  a  Pourquoi  es- tu  ici,  Pappole  ?  pour«> 
quoi  souilles-tu  mon  siège  et  enyaliis-tu  mon  Église  t 
Pourquoi  disperse-lu  les  brebis  qui  m'avaient  été  con- 
iiées?  Va-t'en,  abandonne  ce  siège,  éloigne-toi  de  ce 
pays.  »  Et  disant  ces  mots,  il  lui  frappa  la  poitrine  d'une 
verge  qu'il  tenait  à  la  main.  Comme  Pappolp  s'éveil- 
lait, méditant  ce  que  cela  pouvait  signifier,  une  vive 
douleur  se  fixa  à  l'endroit  où  il  avait  été  frappé.  En  cette 
angoisse,  il  prit  horreur  de  la  nourriture  et  de  la  bois- 
son, et  vit  la  mort  s'approcher  de  lui.  Que  dirai- je  de 
plusf  Le  troisième  jour,  le  sang  lui  sortit  par  la  bonehe 
et  il  expira  ;  on  le  transpoi  ta  et  on  Pense velit  à  Langres» 
On  nomma  évéque  en  sa  place  l'abbé  Mummoie,  sur- 
nommé le  Bon  ^  dont  on  vante  avec  de  grands  éloges  la 
chasteté,  la  sobriété,  sa  modération,  sa  diligence  pouc  . 
toutes  les  bonnes  œuvres,  l'amour  de  la  justice,  le 
grand  zèle  pourlacbarité.  Parvenu  à  ré[)iscopat,  comme 
il  sut  que  Lami^ade  avait  dérobe  une  grande  quantité 
des  biens  de  l'Ëghse,  et  que,  des  dépouilles  des  pauvres» 
il  avait  acquis  dos  chami)?,  des  vignes  et  des  esclaves, 
il  le,  chasi>a  de  sa  présence  dénué  de  tout;  (  t  celui-ci. 


1 

254  LÉONAT  ARCHIDIACRE  DE  COURGES.  • 

tombé  dans  la  plus  grande  misère,  e&i  mainteii»int  ob- 
ligé de  gagner  sa  nourriture  parle  travail  de  ses  mains.' 
Mais  en  voilà  assez  sur  ce  sujet.  ^ 

Vl.  — Pendant  Tannée  dont  nous  Tenons  de  parlçrV 
c'est-à-dire  ceUe  où,  après  la  mort  deSighebert,  son  fils 
Childebert  commença  à  régner,  il  se  fit  au  tombeau  du 
bienhenreu^Uartin  beaucoup  de  prodiges  que  j'ai  écrits 
dans  le  livre  que  j'ai  essayé  de  composer  sur  ses  iriira- 
cles;  et,  bien  qu'en  un  langage  sans  art^  je  me  crois 
obligé  de  rapporter  ce  que  j'ai  vu  mm-même  ou  ce  qui 
m'a  été  raconté  par  des  gens  dignes  de  confiance.  Je 
Vfie  borqer$ii  ici  à  exposer  ce  qui  arriva  à  des  hommes 
de  peu  de  foi  qui,  après  avoir  éproiivé  la  puissance  des 
secours  célestes,  recoururent  cependent  encore  aux  re- 
mèdes de  la  terre  :  car  le  châtiment  même  des  insensés 
témoigne  de  la  puissance  dit  saint. 

Léonat,  archidiacre  de  Bourges,  avait  perdu  la  lu- 
mière par  des  cataractes  qui  lui  étaient  tombées  sur  les 
yeux.  Après  s'être  promené  de  médecin  en  médecin, 
sans  pouvoir  recouvrer  la  vue,  il  vint  à  la  basilique  de 
Saint-Martin,  et  là  il  demeura  deux  ou  trois  mois  gé- 
missant assidûment  et  priant  que  la  lumière  lui  fût 
rendue*  Un  jour  de  féte^  il  s'aperçut  que  sa  vue  com- 
mençait à  s'éclairer;  mais  reyeno  à  sa  maison^  il  ap- 
pela un  juif  qui  lui  mit  des  ventouses  aux  épaules^  aûa 
de  rendre  encore  plus  de  lumière  à  ses  yeox  ;  mais  à 
'  mesure  que  le  sang  coulait,  il  retombait  dans  sa  cécité. 
Alors  il  revint  de  nouveau  au  saiut  temple  et  y  demeura 
encore  un  long  espace  de  temps^  nuis  sans  pouvoir  re* 


I 

LÉON  AT  25  r> 

«btivrer  la  lumière  ;  ce  ^i,  je  pense,  lui  fut  refusé  à 
iânise  de  don  péchés  selon  eeUe  parole  du  Seigneur  : 

Quiconque  a  déjà  recevra  davantage  encore^  et  sera 
dâftâ  Vàbohdâ9M:  iimii  pour  e$lûi  qui  n'à  poiiU,  on  M 
btera  même  ce  qu'il  a K  Et  cette  autre:  Vous  voyez 
ifûè  Vous  êtes  guéri,  ne  péchez  plus  à  l'avenir,  de  peur 
fiilt  lie  f)6w  anioe  qu^que  chose  de  pire  K  Gelni-d 
serait  demeuré  en  santé,  s'il  n'eût  pas  voulu  ajouter  les 
setoùrs  d'uii  juif  à  ceux  de  la  puissance  divine;  dilr  lels 
tout  leé  ateriissemebts  et  les  paroles  de  TApôtre  :  iVe 
totts  attachez  point  à  un  même  joug  avec  les  infidèles, 
oat  quitlk  u^^îonpeui^il  y  avoir  entre  la  justice  et  /'ïm- 
q^ié?  Quel  eomkneree  entre  la  lumiire  et  les  ténëtres? 
Quel  accord  entre  Jésus- Christ  et  Bélial?  Quelle  société 
ààrè  U  fdèle  et  l'infidèle  f  Quel  rapport  entre  le  tefnple 
dh  Dieu  èt  les  He^f  Car  «otM  êtes  h  temple  dn  Dieu 

vivant        Cest  pourquoi  sortez  du  milieu  de  ces  per* 

âèniies  el  tîipa¥e%-im$  d*eUés  K  Ahisi  a  dit  le  Sdgneur. 
Que  tout  chrétien  apprenne  donc,  par  cet  exemple, 
^uand  il  a  obtenu  les  remèdes  célestes,  à  ne  pas  leooa- 
Hr  à  lii  sdehcë  moi«!ifine. 

yiL— Il  convient  de  rapporter  ici  les  noms  des  per- 
sonnages importants  qui  futeiit,  cette  année;  appelés  à 
Dieu;  car  je  regarde  eomiiié  fattHiséS  et  agréables  à 
Dieu  ceux  qu'il  ap[)elle  en  cette  sorte  de  notre  terre 
eu  toii  paradis;  Ainsi  sortit  du  inonde  le  saint  prêtre 

*évang.  selon  «aint  Jean,  cbap.  v,  v.  14. 

*  WÈpUm  de  aaint  Paul  aux  Corinihiens,  chap.  ti,  v.  14.17, 


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550  MORT  DK  SAINT  GERMAIN  DE  PARIS. 

Sénocli^  qui  faisait  ^a  demeura  à  Tours.  Il  était  de  la 
nation  des  Téifales;  et,  ayant  pris  à  Tours  les  ordres 
sacrés,  il  se  retira  dans  une  cellule  qu'il  s'était  cons- 
truite entre  deux  vieilles  murailles,  rassembla  des  moi- 
nes, et  répara  un  oratoire  ruiné  depuis  longtemps;  il 
fit  éprouver  à  un  grand  nombre  de  malades  la  vertu 
de  ses  miracles,  que  nous  avons  décrits  dans  le  livre 
de  sa  vie. 

Vin. — En  cette  année,  décéda  le  bienheureux  Ger-'" 
main,  évêque  de  Paris.  Les  miracles  qu^il  avait  opérés 
dans  sa  vie  mortelle  furent  confirmés  par  celui  qu'il 
fit  à  ses  obsèques.  Des  prisonniers  l'ayant  invoqué  à 
grands  cris,  son  corps  aussitôt  s'alourdit  sans  pouvoir 
bouger  de  sa  place;  puis,  lorsqu'ils  eurent  été  déliés,  on 
put  l'enlever  sans  peine.  Ceux  qui  avaient  été  ainsi  dé- 
livrés suivirent  ses  funérailles,  et  arrivèrent  libres  à  la 
-  basilique,  dans  laquelle  on  Tenscvelit;  et  avec  l'aide  de 
Dieu,  ceux  qui  avaient  la  foi  obtinrent  à  son  tombeau 
de  nombreux  miracles;  en  sorle  que  ce  qu'on  y  de- 
mandait avec  justice  y  était  aussitôt  accordé.  Celui  qui 
voudra  s'enquérir  avec  soin  et  exactitude  des  miracles 
opérés  |)ar  son  corps  les  trouvera  tous  dans  le  livre  de 
sa  vie,  composé  par  le  prêtre  Fortunat. 

IX.— Cette  même  année,  mourut  encore  le  reclus  Ca- 
luppa:  il  avait  été  religieux  des  son  enfance.  Entré  au 
monastère  de  Mélite  ^ ,  dans  le  territoire  d'Auvergne, 
il  se  fit  remarquer  des  frères  par  une  grande  humilité, 
comme  nous  l'avons  écrit  dans  le  livre  de  sa  vie, 

t  Voir  la  OiographiÊ. 


LE  RECLUS  PATROCLE.  m 

X.  —  ny  eut  aussi,  dans  le  territoire  de  Rourges,  un 
reclus  nommé  Palrocle,  élevé  aux  honneurs  de  la  prê- 
trise, homnie  d'une  admirable  sainteté  et  d'une  grande 
abstinence;  souvent  il  fut  tourmenté  d'incommodités 
que  lui  causait  le  jeûne:  il  ne  buvait  ni  vin^  ni  bière, 
ni  rien  de  ce  qui  peut  eniyrer,  mais  seulement  de  l'eau 
un  peu  adoucie  de  miel.  Il  n'usait  d'aucune  espèce  de 
ragoût,  mais  se  nourrissait  de  pain  trempé  dans  l'eau,  et 
parsemé  de  sel.  Jamais  ses  yeux  ne  s'appesantirent  dans 
le  sommeil  :  il  était  assidu  à  l'oraison^  et  lorsqu'il  inter- 
rompait quelque  peu  ses  prières,  il  lisait  ou  écrivait*  U 
guérissait  souyentipar  ses  prières  des  fiévreux  tourmen- 
tés de  pustules  ou  d'autres  maladies.  11  se  manifesta  par 
nombre  d'autres  miracles  qu'il  serait  trop  long  de  racon- 
ter en  détail.  Il  portait  toujours  un  cilice  à  nu  sur  son 
corps.  A  quatre-vingts  ans  il  quitta  ce  monde  et  alla  trou- 
ver le  Christ.  Nous  avons  aussi  écrit  un  livre  de  sa  vie. 

XI.  —  Et  comme  notre  Dieu  a  toujours  daigné  glori- 
fier ses  ministres,  j'exposerai  ici  ce  qui  arriva  cette  année 
aux  Juifs  de  Clermont.  Le  bienheureux  évéque  Avitus 
les  avait  exhortés  plusieurs  fois  à  rejeter  le  voile  de  la 
loi  mosaïque,  afin  que,  comprenant  les  saintes  Ecritures 
selon  Tesprit,  ils  pussent,  d'un  cœur  fiur,  y  contempler 
leCiirist,  fils  du  Dieu  vivant,  et  promis  par  l'autorité 
d'un  roi*  et  des  prophètes.  Néanmoins  ils  conservaient 
dans  leurs  âmes,  je  ne  dirai  pas  le  voile  dont  Moïse 
avait  caché  sa  face,  mais  un  véritable  mur  qui  les  sépa- 
rait de  la  vérité.  L'évêque  ne  cessant  de  prier  pour  qùe, 

i  Le  roi  David. 


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m  LÈS  JUIFS  ET  L'ÉVÉQUE  AVITUS. 

convertis  au  Seigneur,  ils  déchirassent  ce  voile  dont  se 
couvrent  à  leurs  yeux  les  Écritures^  ud  d'eux,  au  saint 
Jour  de  Pâques,  lui  demanda  le  baptême;  et  lorsqu^Q 
eut  été  régénéré  en  Dieu  par  le  sacrement,  il  se  joignit. 
Têtu  de  blanc^  à  la  procession  des  autres  catéchit- 
mènes.  Gomme  le  peuple  entrait  pair  la  porte  de  la  ville, 
un  des  Juifs,  poussé  du  diable,  versa  une  huile  l'élide 
sur  la  tête  de  celui  qui  s'était  eonverti.  Le  peuple,  saisi 
dliorreur  à  cette  action,  voulut  poursuivre  le  coupa« 
ble  à  coups  de  pierres,  et  en  fut  empêché  par  Tevêque. 
Mais  au  jour  bienheureux  où  le  Sdgnenr  est  remcmtéglo* 
rieux  au  ciel,  après  avoir  racheté  les  hommes,  comme  ' 
révoque  se  rendait,  en  chantant  les  psaumes,  de  la  ca- 
thédrale à  la  basilique,  la  multitude  dont  il  élait  suivi 
se  précipita  sur  la  synagogue  des  Juifs,  la  détruisit  de 
lônd  en  comble,  en  sorte  qu'elle  fut  rasée.  Un  autre 
jour,  Févéqoe  fit  dire  aux  Juifs  :  c  Je  ne  vous  contrains 
pas  par  la» force  à  confesser  le  Fils  de  Dieu;  je  vous  prê- 
che seulement  et  tais  passer  dans  vos  coeurs  le  sel  de  la 
science;  car  je  suis  le  pasteur  chargé  de  conduûre  les 
brebis  du  Seigneur;  et  votre  véritable  pasteur,  qui  est 
mort  pour  nous,  a  dit  :  J'ai  meare  d'otOrei  Ur€^i$  qui 
ne  soni  pat  de  eeîU  bwgerie,  il  faut  auui  que  je  les 
amène  i  elks  écouleront  ma  voix,  et  il  n'y  aura  qu'un 
troupeau  et  qu^unpoilêur^.  Ainsi  donc  si  vous  voules 
croire  comme  moi,  soyez  un  seul  troupeau,  dont  je  se- 
rai le  pasteur;  sinon,  éloignez-vous  de  ce  heu.  a  ils  de* 
meurèrentquelquesjourstrouUés  et  en  suspens;  enfio^  • 

*Bvang,  selon  saint  Jean,  chap.  x,  v.  16. 


BAPtAhE  des  lUIPS  DE  CLERIf  ÔNT.  W 

le  troisième  jour,  par  Teffet,  à  ce  que  je  crois,  des  priè- 
res de  TéTêque.  ils  se  réunirent^  et  lui  firent  dire  : 
c  Nous  croyons  en  Jésus,  fils  du  Dieu  vivant,  qui  nous  à 
été  promis  par  la  voix  des  prophètes,  et  nous  vous  de- 
mandons de  nous  laver  par  le  baptême,  afin  que  nous 
ne  demeurions  pas  dans  notre  péché.  »  Le  pontife,  plein 
de  joie  à  cette  nouvelle,  se  rendit,  le  matin  de  la  sainte 
Pentecôte,  après  les  vigiles,  an  baptistère  situé  hors  des 
murs  de  la  ville.  Là,  toute  la  multitude,  prosternée  de- 
vant lui,  implora  le  baptême,  et  lui,  pleurant  de  joie, 
les  lava  tons  dans.  Teau  consacrée,  les  oignit  dîi  saint 
chrême,  et  les  réunit  dans  le  sein  de  la  mère  Eglise. 
Les  cierges  brûlaient,  les  |ampes  bjpillaient,  Téclat  de  ce 
blanc  troupeau  se  répandait  sur  toute  la  dté.  La  Joie 
de  la  ville  ne  fut  pas  moindre  que  celle  de  Jérusalem, 
lorsqu'il  lui  fut  permis  de  voir  autrefois  TEsprit  saint 
descendre  sur  les  apôtres.  On  en  baptisa  plus  de  cinq 
, cents;  ceux  qui  ne  voulurent  pas  recevoir  le  liaptême 
quittèr^t  la  ville,  et  se  rendirent  à  Marseille. 

XIÎ. — Après  cela,  mourut  Brachîo,  abbé  du  monas^- 
tère  de  Menât  ^ .  11  était  Thuringien  de  naissance,  et  avait 
été,  comme  nous  l'avons  écrit  ailleurs,  directeur  des 
'  chasses  de  Tex-duc  Sigivald.  • 

Xlll. — Pour  revenir  à  notre  si:yet,«Çhilpéric envoya 
à  Tours  son  fils  Clovis,  qui,  ayant  rassemblé  une  armée, 
s'avança  jusqu'à  Saintes  par  Tours  et  Angers  et  s'en 
empara;  mais  Mummole,  patrice  du  roi  Contran,  mar- 
ctaa  sur  Limitas  avec  de^  forces  considérables,  et  livfii 

i  Mamtentit  céttuUh  (Y.  Géotfraphie,)  » 


200  MKROVEE  TONbUKE.  • 

bataille  à  Didier,  duc  du  roi  Chilpéric.  Il  perdildans  celte 
'aflàtre  cinq  mille  hommes;  mais  Didier  en  perdit  yingt- 
quatre  mille,  et  n'échappa  qu'avec  peine  par  la  fuite. 
Le  pairice  Mummole  revint  par  TAuirergue,  que  son 
'  armée  dévasta  en  divers  lieux,  et  rentra  ainsi  en  Bour- 
gogne. 

\1  V.  —  Ensuite  Mérovée,  que  son  père  faisait  garder, 
fat  tonsuré,  revêtu  de  Fhabit  des  clercs,  ordonné  prêtre 
et  conduit  à  un  monastère  du  pays  du  Mans  a[)pelé  Ani- 
jotoS  pour  y  être  instruit  dans  les  devoirs  de  la  prê- 
trise. Gontran-Boson,  qui^  comme  nous  Tavons  àïi,  vi- 
vait alors  dans  la  l^asilique  de  Saint-Martin^  ayant  appris 
cette  nouvelle,  envoya  à  Mérovée  le  sous-diacre.Ricul-  . 
phe  pour  lui  conseiller  secrètement  de  se  réfugier  aussi 
a  la  basilique  de  Saint-Martin;  et  comme  Mérovée  était 
en  route  pour  AfiMo^a,  Gailen,  un  de  ses  serviteurs, 
vint  à  sa  rencontre,  et  ne  trouvant  pas  des  adversaires 
en  Corce,.le  délivra,  Mérovée  se  couvrit  la  tète,  revêtit 
des  babils  séculiersi,  et  se  rendit  à  l'église  de  Saint- 
Martin.  Nous  célébrions  la  messe  dans  celte  sainte  basi- 
lique lorsque,  trouvant  la  porte  ouverte,  il  y  entra. 

Après  la  messe.  Il  dit  que  nous  devions  lui  donner 
les  eulogies*,.  Ragnemode,  évêque  du  sié^^e  de  Paris,  et 
qui  avait  succédé  à  saint  Germain,  était  alors  avec  nous. 
.Gomme  nous  refusions,  Mérovée  se  mit  à  crier  et  à  dire 
que  nous  n'avions  pas  le  droit  de  le  suspendre  de  la 

i  Voir  la  Oéographu. 

«Voyez,  Bar  les  diren  sent  du  mot  Bulogie,  page  213,  laoote. 
n  s'agit  ici  du  paio  non  encore  consacré  dont  le  refus  annon« 
çêii  celui  de  U  communion» 


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MÉROVÉE  DANS  LA  BASILIQUE  DE  TOURS.  S61 

communion  sans  avoir  pris  l'avis  de  nos  confrères.  Sur 
ces  paroles,  ayant  discuté  canoniquement  son  affaire^ 
nous  nous  acconlàmes,  avec  celui  de  nos  confrères  qui 
était  présent^  à  lui  donner  les  eulogies.  Je  craignais 
d'aillenrSy  en  écai;^t  un  homme  de  la  table  sainte,  de 
me  rendre  homicide  de  beaucoup  d'autres,  car  il  mena- 
çait de  tuer  phisieurs  de  nos  gens  s'il  n'obtenait  pas 
d'être  reçu  à  notre  communion. 

Cela  cependant  attira  de  grands  désastres  sur  le  pays 
de  Tours.  £n  ces  jours-là,  Nizier,  mari  de  ma  nièce»  se 
rendit  pour  ses  aflkires  près  du  roî  Ghilpéric  avec  notre 
diacre*  qui  raconta  au  roi  la  fuite  de  Mérovée.  En  les 
Toyant,  la  reine  Frédégonde  s'écria  :  «  Ce  sont  des  es- 
pions qui  sont  Tenus  pour  s'enquérir  de  ce  que  fait  le 
roi,  et  le  rapporter  à  Mérovée.  »  Et  à  Tinslaut  elle  les  fit 
dépouiller  et  ordonna  qu'on  les  conduisît  en  exil,  d'où 
ils  ne  sortirent  qu'après  sept  mois  entiers.  Chilpéric 
nous  envoya  dire  par  ses  messagers  :  a  Chassez  cet  apos- 
tat hors  de  Totre  basilique,  autrement  je  livrerai  toute 
la  contrée  aux  flatnines.  »  Nous  lui  répondîmes  qu'il 
était  impossible  de  faire  dans  un  temps  chrétien  ce  qui 
ne  s'était  pas  fait  du  temps  des  hérétiques.  Alors  il  mit 
en  marche  une  armée  et  la  dirigea  vers  ce  pays. 

La  seconde  année  du  règne  de  Childebert*,  Mérovée» 
voyant  son  père  inflexible  dans  cette  résolution^  songea 
à  prendre  avec  lui  le  duc  Contran  et  à  aller  trouver 

« 

Cum  diacone  nostro.  C'était,  je  pense,  le  dillacre  particulière- 
ment attaché  à  la  peiâonue  de  1  évècj^uc. 
»5T7. 

1&. 


969  MÉROVÉE  DANS  LA  BASILIQUE. 

Bninehaut^  disant  :  «  Ne  plaise  à  Dieu  que  la  oasiliquii 
de  monseigneur  Martin  soit  violée  à  caqse  de  mo{,  pu 
qne  le  pays^  à  cause  de  'moi^  soH  réduit  en  captiTilé. 
Et,  étant  entré  dans  la  basilique,  il  offrit,  pendant  le$ 
vigiles,  au  sépulcre  de  saint  Martin^out  ce  qu'il  aTait 
avec  lui,  priant  le  saint  de  le  secourir  et  de  lui  aecof^ 
der  sa  protection,  pour  qu'il  pût  se  mettre  en  possessioq 
du  royaume.  Leudaste,  alors  conite  de  la  dté»  qui>  pat 
dévouement  pour  Frédégonde,  ne  cessait  de  lui  tendre 
des  pièges^  surprit  enfin  et  massacra  plusieurs  de  ses 
serviteurs  qui  étaient  sortis  dans  la  campagne»  et  0 
cherchait  à  le  tuer  lui-même,  s'il  en  pouvait  trouver 
Toccaslon  favorable.  Mérovée,  d'après  le  conseil  de  Gon- 
tran  et  pour  se  venger,  ordonna  qu'on  saîf^t  Harileifé» 
premier  médecin  du  roi,  qui  revenait  d'auprès  de  lui, 
le  fit  battre  cruellement^  le  dépouilla  de  son  or^  de  ami 
argent  et  de  tout  ce  qu'il  avait,  et  le  laissa  entièrement 
nu.  11  l'eût  tué  même  si  Marileife  ne  se  fût  échappé  des 
mains  de  ceux  qui  le  frappaient  et  réfugié  dans  la  car 
thédrale.  Nous  lui  donnâmes  d'autres  vêtements  et, 
après  avoir  obtenu  pour  lui  la  vie  sauve,  nous  le  ren* 
voyâmes  à  Poitiers. 

Cependant  Mérovée  racontait  beaucoup  de  crimes  de 
son  père  et  de  sa  marâtre,  et  bien  que  vrais  en  partie^ 
il  n'était  pas  agréable  à  Dieu,  je  crois,  quils  fussent  di- 
vulgués par  un  fils,  comme  je  le  connus  bien  par  la 
suite.  £n  elfet,  un  jour  que  j'avais  été  invité  à  sa  table, 
et  que  nous  étions  assis  l'un  près  de  l'autre,  il  me  de- 
manda avec  instance  de  lui  lire  quelque  chose  pour 


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VAINES  ESPÉRANCES  DE  GONTHAN-BOSON.  263 

linstruction  de  son  âme.  Je  pris  le  livre  de  SalomoDi  et 
le  premier,  verset  qui  me  tomba  sous  les  yeux  fut  celui 
qui  contient  ces  paroles  :  Que  l'œil  de  celui  qui  in- 
9ulU  son  père  soU  arraché  par  les  corbeaux  des  Unrents, 
H  dévoré  par  Us  enfants  dé  Vaigle  Il  ne  comprit 
pss,  mais  je  regardai  ce  verset  comme  une  prédiction 
du  Seigneur. 

Alors  Contran  envoya  un  de  ses  serviteurs  vers  une 
femme  qu'il  avait  connue  dès  le  temps  du  roi  Cari- 
berty  et  qui  avait  un- esprit  de  pythonisse^  afin  qu'elle 
lui  apprît  ce  qui  devait  arriver.  11  soutenait  qu'elle  lui 
avait  annoncé  d'avance  non-seulement  l'année^  mais  le 
jour  et  l'heure  où  devait  mourir  le  roi  Garibert;  elle 
lui  envoya  par  ses  serviteurs  la  réponse  suivante  :  a  Le 
roi  Chilpéric  mourra  cette  année;  Mérovée  régnera  à 
Fexdasion  de  ses  frères.  Tu  auras  pendant  cinq  ans  la 
direction  de  tout  le  royaume;  mais  la  sixième  année,  , 
par  la  faveur  du  peuple^  tu  obtiendras  les  honneurs  de 
Fépiscopat  dans  une  des  cités  situées  sur  la  Loire,  à  la 
droite  de  son  cours,  et  tu  sortiras  de  ce  monde  vieux  et 
plein  de  jours.  »  Lorsque  ses  serviteurs  lui  eurent  ap« 
porté  cette  réponse^  transporté  de  vanité  comme  s'il 
eût  déjà  été  installé  dans  le  siège  de  Tours^  Gontraii  vint 
me  rapporter  cette  prédiction.  Je  me  moquai  de  sa  folie* 
et  je  lui  dis  :  <  Cest  à  Dieu  qu'il  faut  demander  ces 
choses;  il  ne  faut  pas  croire  ce  que  promet  le  diable*, 
car  il  fui  menteur  dès  Je  prînetpei  el  n'a  jamais  été  dans 

*  Prov.,  chap.  xxx,  v.  17.  ^ 

*  Èvang,  selon  saint  Jean ,  chap.  vxii,  v.  44.  ' 


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954  IIÉROVÉB  ET  GONTRAN. 

la  vérité.  Quand  il  se  fut  retiré  tout  confus ,  Je  ris 
beaucoup  de  cet  homme  qui  croyait  devoir  ajouter  foi 
à  de  telles  promesses.  Ëniio^  après  avoir  célébré  vigiles 
dans  la  basilique  du  saint  évêque,  comme  Je  dormais 
étendu  dans  mon  lit,  je  vis  un  ange  volant  dans  les  ai  rs, 
qui^  en  passant  au-dessus  de  la  sainte  basilique,  dit 
d'une  voix  forte  :  «  Hélas  !  hélas!  Dieu  a  frappé  Chilpé- 
rie  et  ses  fils,  et  il  ne  survivra  aucun  de  ceux  qui  sont 
sortis  de  ses  reins,  pour  gouverner  à  Jamais  son 
royaume.  »  Il  avait  alors  de  plusieurs  femmes  quatre 
fils  et  deux  ^es.  Quand  plus  tard  ces  paroles  se  furent 
aecomplies,  je  connus  clairement  la  fausseté  de  ce 
qu'avaient  prédit  les  devins. 

Tandis  que  Hérovée  et  Contran  demeuraieiitdansla 
basilique  de  Saint-Martin,  la  reine  Frédégonde  envoya 
vers  Gontran-Bosou  qu'elle  protégeait  en  secret,  parce 
qull  avait  tué  Théodebert,  et  lui  fit  dire  :  a  Si  tu  peux 
felre  sortir  Mérovée  de  la  basilique,  afin  qu'on  le  tue. 
Jeté  ferai  un  grand  présent.  »  Lui,  croyant  les  assassins 
déjà  apostés,  dit  à  Mérovée  :  «  Pourquoi  rester  ici, 
comme  des  paresseux  et  des  lâches?  Et  nous  cacher  au- 
tour de  cette  basilique  comme  des  imbéciles?  Faisons 
venir  nos  chevaux,  prenons  des  éperviers  et  des  chiens, 
allons  à  la  chasse,  et  jouissons  de  l'aspect  des  lieux  ou- 
verts. »  Tel  était  l'artifice  par  lequel  il  voulait  l'éloigner 
de  la  sainte  basilique. 

Contran  avait  certainement  de  bonnes  qualités;  mais 
toujours  prêt  au  paijure,  il  nj  faisait  pas  un  serment  à 
l'un  de  ses  amis  qu'il  ne  le  violât  bientôt;  ils  sortirent 


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CHILPÉRIC,  GONTRAN-BOSON  ET  MÉROVÉE.  «65 

donc,  comme  nous  J'avons  dit,  de  la  basilique  et  se  ren- 
dirent au  lieu  de  Joué  ^  près  de  la  ville.  Mais  personne  ne  * 
fit  de  mal  à  M érovée. 

Comme  Contran  était,  ainsi  que  nous  Tavons  dit^ 
accusé  de  la  mort  de  Théodebert,  le  roi  Cbilpéric  en- 
voya au  tombeau  de  saint  Martin  des  messagers  aveq 
une  lettre  adressée  au  bientieureux  pour  lui  demander 
8^11  était  permis  on  non  de  tirer  Gontran  de  sa  basilique. 
Le  diacre  Baudégésile,  cliargé  de  celte  lettre,  la  mit 
avec  yue  charte  biaoche  sur  le  salut  tombeau;  mais, 
après  ayoir  attendu  trois  jeurs  sans  recevoir  de  Té« 
ponse,  il  retourna  vers  Chilpéric.  Celui-ci  envoya 
alors  d'autres  gens  qui  exigèrent  de  Contran  le  serment 
de  ne  pas  quitter  la  basilique  sans  le  lui  faire  savoir. 
Contran  s'empressa  de  jurer,  en  attestant  la  nappe  de 
Tautel  qu'il  ne  s'en  irait  pas  sans  l'ordre  du  roi.  Ce- 
pendant Mérovée  ne  s'en  rapportant  pas  à  la  pythonisse 
plaça  sur  le  tombeau  du  saint  trois  livres:  savoir^  le 
Psautier»  les  Rois  et  les  Évangiles,  et  passant  la  nuit, 
pria  le  bienheureux  confesseur  de  lui  découvrir  ce  qui 
devait  arriver,  et  de  lui  révéler  par  la  parole  du  Sei- 
gneur s'il  devait  régner  ou  non.  Après  trois  jours  de 
jeûne,  de  veilles  et  d'oraisons,  il  revint  à  la  sainte  tombe, 
ouvrit  un  des  livres  qui  était  celui  des  Rois;  le  premier 
verset  de  la  page  sur  laquelle  il  tomba,  était  celui-ci  : 
Le  Seigneur  a  frappé  ces  peuples  de  tous  les  maux, 
parce  qv^iU  ont  abandonné  le  Seigneur  leur  Dieu,  et 
qu*il$  ont  suivi  des  dieux  étrangers,  et  les  ont  adorés  et 

i  Jocundiacenfi»  doîMU» 


566  TERREURS  DE  GONTRAN. 

servis  Le  verset  des  Psaumes  qu'il  trouva  était  celui- 
tizA  eausi  de  leur  perfidie,  6  Dieu,  vous  les  ave%  reth 

Dersés  dans  le  temps  même  qu'ils  s^élemient.  Oh  eâmment 

sotU-Us  lombés  dansladernière  désolation?  Ils  ont  man- 
qui  iota  éTun  coup,  et  ils  ont  péri  à  cause  de  leur  tm- 
-quilé*.  Il  trouva  ceci  dans  rÉvangilc  Vous  savez  que 
la  Pâque  se  fera  dans  deux  jours,  et  le  fils  de  l'homme 
sera  Kvré  pour  être  crticipéK  Consterné  de  ces  répon^ 
ses,  il  pleura  longuement  sur  le  tombeau  du  bienheureux 
évéque;  puis,  accompagné  du  duc  Gontran,  il  sortit  ayec 
cinq  cents  hommes  ou  davantage.  Après  qu'ils  eurent 
quitté  la  sainte  basilique,  conuneils  traversaient  le  ter* 
ritoire  d'Àuxerre,  îférovée  fut  pris  par  Erpon,  Tun  des 
ducs  du  roi  Gontran;  mais  il  s'échappa, je  ne  sais  com- 
ment, d'entre  ses  mains^  et  se  réfugia  dans  la  basilique 
de  Saint-Germain.  Lorsque  Gontran  eut  été  instruit  de 
ce  fait,  il  se  montra  plein  de  colère  coulre  Erpon,  le 
.condanma  à  une  amende  de  sept  cent  sous  d'or  et  le 
destitua  de  son  office,  en  disant  :  «  Mon  frère  m'a  dit  que 
tu  avais  arrêté  son  ennemi;  si  telle  était  ton  intention 
il  fallait  d'abord  me  l'amener;  autrement  tu  ne  devais 
pas  toucher  à  celui  que  lu  ne  voulais  pas  retenir.  »  Ce- 
pendant l'armée  du  roi  Chilpéric  étant  venue  jusqu'à 
Tours>  pilla,  dévasta  et  brûla  tout  le  pays^  sans  épar- 
gner les  domaines  de  saint  Martin  ;  caries  soldats,  sans 

crainte  et  sans  respect  de  Dieu,  détruisirent  tout  ce  qu'ils 

*Boia,  liv.  ni,  cbap.  ix,  v.  9. 

*  Psaume  lxxii,  v.  18,  19. 

*Èvang,  selon  saint  Jdathieu,  chap.  xzrii,  SL 


LES  SAXONS  ET  LES  SUÈVES.  267 

purent  atteindre*  MéroYée,  après  aToir  séjcforné  deux 
mois  dans  la  basilique  de  Saint-Germain,  s'enfuit  de 
nouveau  et  parvint  à  rejoindre  la  reine  Brunehaut; 
mais  les  Âustrasiens  ne  Toulurent  pas  le  receYoir.  Son 

père  fit  marclier  une  armée  en  Cliam pagne,  pensant 
qu'i^y  était  cactié;  il  ne  put  lui  Caire  aucun  mal^ni 
découyrir  sa  retraite. 

X  V.— Lors  (le  l'invasion  d'Alboin  en  Italie^  Clotaire  et 

Sighebert'  avaient  établi  desSueves  et  «d'autres  nations 

.  •  .....      I  c 

dans  les  lieux  qu'il  ayait  quittés.  Or  les  Saxons^  qui  re- 
vinrent au  temps  de  Sighebert  après  avoir  accompagné 
Alboin,  s'élevèrent  contre  les  nouveau^  habitants»  et 
Toalurent  les  cbasser  et  les  détruire.  Ceux-ci  leur  ofTH- 
rent  le  tiers  des  terres,  disant  :  «  Nous  pouvons  vivre 
enseqible»  sans  nous  combattre.  »  Mais  les  Saxons  irrités 
parce  qu'ils  avaient  antérieurement  possédé  ce  pays  ne 
voulurent  aucunement  entendre  à  la  paix.  Les  Suèves 
leur  offrirent  alors  la  moitié  des  ferres»  puis  les  deux 
tiers  ne  s'en  réservant  que  lu  troisième  partie.  Sur  un 
nouveaq  refus^  (es  Suèves  oUrlrent  toutes  les  terres  et 
tous  les  troupeaux,  désirant  seulement  vivre  en  paix. 
Les  Saxons  n'y  consentirent  pas  et  demandèrent  le 
combat.  Avant  la  bataille,  ils  traitèrent  entre  eux  dq 
partage  des  femmes  des  Suèves,  décidant  à  qui  chacune 
appartiendrait  après  la  mort  de  leurs  maris  qu'ils 

*  Clotaire  était  mort  (561)  lorsqu'Alboin  et  les  Lombards, 
ayec  plusieurs  bandes  de  Saxons,  passèrent  en  Italie  (56^. 
Sighebert  avait  permis  à  des  bandes  suëTea  de  s'établir  snr  le 

territoire  délaissé. 

'Voir,  sur  les  causes  de  ce  retour  des  bandes  saxonnes  dans 
leur  ancien  territoire,  le  livre  précédent. 


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368  MÂLO  COMTE  DES  BRETONS. 

croyaient  déjà  exiorminés.  Mai?  la  miséricorde  du  Sei- 
gneur, toujours  juste,  opposa  à  leur  volonté  un  résultat 
tout  contraire»  car  on  en  Tînt  aux  mains,  et  sur  vingt- 
six  mille  Saxons,  viniil mille  périrent,  tandis  que  les 
Suèves  perdirent  six  mille  quatre  cent  (jiiatre- vingts 
hommes  seulement^;  les  autres  obtinrent  la  yictoire. 
Ceux  des  Saxons  qui  étaient  demeurés  après  la  défaite 
jurèrent^  avec  des  imprécations,  ^le  ne  se  couper  ni  la 
barbe  ni  les  cheveux  jusqu'à  ce  qu'ils  se  fussent  vengés 
de  leurs  ennemis;  mais,  dans  ui  second  combat,  ils 
éprouvèrent  un  désastre  encore  plus  complet  ;  ainsi  iinit 
la  guerre. 

XY 1. — Voiêî  ce  qni  se  passa  en  Bretagne  :  Mftio  *  et 

Bodic^  comtes  des  Bretons,  s'étaient  mutuellement  fait 
serment  que  celui  des  deux  qui  survivrait  défendrait 
les  fils  de  l'autre  comme  les  siens  pro[)res;  Bodic  mou- 
rut laissant  un  fils,  nommé  Thierry,  et  Màlo,  oubliant 
son  serment,  le  chassa  de  son  pays  et  lui  enleva  les 
États  de  son  père.  Le  jeune  homme  demeura  long- 
temps errant  et  fugitif,  mais  enûn  Dieu  eut  pitié 
de  lui;  il  réunit  des  Bretons^  vint  combattre  UêHio, 
le  tua  ainsi  que  son  fils  Jacob,  et  rentra  en  possession 
de  la  partie  du  royaume  qu'avait  possédée  son  père* 
Warocli^  fils  de  Mâlo,  conserva  l'autre. 
XV IL— Le  roi  Contran  fil  t  ler  deux  fils  de  feu  Ma- 

<  D'après  deux  manuscrits  confirmés  par  un  texte  de  Paul 
Diacre,  on  pourrait  traduire  ainsi  :  Sur  6,000  hommes,  480  seu- 
lement périrent.  Mais  les  deux  meilleurs  manuscrits  portent  le 
texte  que  nous  préférons,  et  il  est  peu  vraisemblable  que  lea 
Suèves,  en  tuant  20,000  Saxons,  n'aient  pas  perilti  500  des  leurs. 

*MacliavuSt  (j^ui  tauiùi  se  traduit  par  Màlo  et  tantôt  par  Macliau. 


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L'ÉGLTSE  OE  CHINOIS.  m 

gnachaireS  parce  qu'ils  proféraient  contre  la  reine  Aus-' 
Irecbiide  et  ses  entants  dps  injures  et  des  imprécatioi^^ 
et  confisqua  tout  ce  qu'ils  possédaient.  Luf-même  per- 
dit ses  deux  fils  d'une  maladie  soudaine,  et  il  fut  gran- 
dement contrislc  parce  qu'il  demeurait  privé  d'enfanls; 
Cette  année,  il  y  eut  doute  pour  le  jour  de  Pâques. 
Dans  les  Gaules,  notre  cité  et  beaucoup  d 'autres  célé- 
brèrent la  sainte  fête  le  quatorze  des  calendes  de  mai 
(18  ayril);  tandis  que  d'autres,  avec  les  Espagnols,  la 
solennisèrent  le  douze  des  calendes  d'avril  (21  mars).  On 
dit  cependant  que  les  fontaines  qui,  en  Ëspagne,  se  rem- 
plissent le  jour  de  Pâques  par  la  volonté  de  Dieu,  furent 
pleines  le  jour  que  nous  avions  choisi  peur  la  célébrer. 

X  VllI.  —  Dans  le  bourg  de  Chinon%  au  territoire  de 
Tours,  il  arriva  que,  pendant  qu'on  célébrait  la  messe, 
le  jour  glorieux  de  la  résurrection  du  Seigneur,  Téglise 
trembla,  et  le  peuple,  saisi  de  frayeur,  cria  tout  d'une 
voix  que  1  église  s'écroulait.  La  foule  s'enfuit  en  brisant 
les  portes.  Puis  une  grande  mortalité  affligea  la  popula- 
tion, flnsuile  le  roi  Contran  envoya  vers  son  neveu  le 
roi  Childebert,  lui  demandant  la  paix  et  désirant  le  voir; 
alors  Childebert  vint  le  trouver  avec  ses  grands  et  ils 
se  réunirent  au  lieu  qu'on  appelle  le  Pont-de-Pierre  \ 
Là,  ils  se  saluèrent  mutuellement  et  s'embrassèrent,  et 
le  roi  Contran  dit  :  a  II  m'est  arrivé,  à  cause  de  mes  pé- 
diés,  de  rester  sans  enfants,  je  prie  donc  mon  neveu 

1  Son  beau-père,  dont  il  avait  répudié  la  fille  pour  épOluer 
une  <le  ses  servantes  appelée  Austrechilcle. 

s  Cainone  ricus. 

»  Aujourd  hui  Pompiewe.  (V.  Oéogr,,  à  Pelreu9P0u,) 


9!0         LES  ROll^  GONTRAN  ET  OHILDEBERT. 

de  devenir  hion  (lis.  »  Ét  le  plaçant  sur  son  siège,  il  lui 
Iransinit  ^  tput  son  royaume^  disant  :  a  Qu'un  même 

*  boaclier  nous  protège!  qu'une  même  lance  nous  dé- 
fende !  S'il  me  vient  des  lils^  je  ne  te  regarderai  fias 
moinscommeun  d'entre  eux^  et  tu  conserveras  l'amitié 
que  je  te  promets  aujourd'hui  en  présence  de  Dieu.  » 
Les  grands  de  Childebert  firent  la  même  promesse  en 
son  nom.  lis  mangèrent  et  burent  ensemble^  s'bonorè* 

'  xent  mutuellement  de  présents  magnifiques  et  se  sépa;- 
rèreni  en  paix.  Puis  ils  dépêchèrent  des  envoyés  au  roi 
Cbilpéric  afin  qu'il  leur  rendît  ce  qu'il  avait  usurpé  de 
leurii  royaumes^  ou,  en  cas  de  refus,  qu'il  se  préparât 
à  la  guerre.  mIis  lui^sans  égard  pour  ce  message,  se  mit 
à  faire  bâtira  Soissonset  à  Paris  des  cirques  où  il  donna 
des  spectacles  au  peuple.  • 

XIX.— A  la  suite  de  ces  événements,  Cbilpéric,  ap- 
prenant que  Prétextât,  évéque  de  Rouen,  faisait  des  lac- 
gessesau  peuple  pour  nuit^à  ses  intérêts,  lui  ordonna  de 
comparaître  en  sa  présence.  Après  une  enquête,  on 
reconnut  que  la  reineBrunehaut  lui  avait  confié  certains 
objets.  Le  roi  les  lui  prit,  et  ordonna  que  Préteitat  fût  re- 
tenu en  exil  jusqu'à  ce  qu'il  eut  été  entendu  par  les 
éyéques.  Le  concile  réuni.  Prétextât  fut  amené  en  pré- 
sence des  évêques  qui  s'étaient  rassemblés  à  Paris  dans  la 
basilique  de  l'apôtre  saint  Pierre.  Le  roi  lui  adressa  ainsi 

*  la  parole  :  a  Par  quelle  raison,  ô  évéque!  as-tu  uni  eo 
mariage  Mérovée,  mon  ennemi  plutôt  que  mon  fils, 
avec  sa  tante,  la  femme  de  son  oncle  ?  Ignorais-tu  ce 

1  TradidU,  c'est-à-dire  le  désig^na  pour  son  successeur. 


L'ÉVÉQUE  PRÉTEXTÂT.  S71 

que  les  canons  ont  ordonné  à  cet  égard  t  Tu  es  con- 
vaincu non-senlement  d'avoir  en  ce  point  excédé  tes 
pouvoirs,  mais  d'avoir  travaillé  par  tes  présents,  de 
concert  avec  iui^  à  me  faire  assassiner  :  ainsi  tu  as  ren- 
du le  fiis  ennemi  de-son  père,  tu  as  séduitle  peuple  par 
des  largesses  pour  que  personne  ne  me  gardât  la  foi 
jurée>  et  tu  as  youIu  livrer  mon  royaume  aux  main» 
d'un  autre,  i»  A  ces  mofs^  la  multitude  des  Francs  fré«> 
mit  de  colère  et  voulut  s'élancer  hors  de  la  basi^iquo» 
en  arracher  Févêque  et  le  lapider;  mais  le  roi  8*y  op- 
posa.  Sur  les  dénégations  de  Prétextât,  vinrent  de  faux 
témoins  qui  montrèrent  quelques  joyaux,  disant:  «Tu 
nous  as  fait  présent  de  telles  et  telles  choses  pour  nous 
engager  à  donner  notre  foi  à  Mérovée.»  Et  l'évéque  ré- 
pondit :  a  Vous  dites  la  vérité  ;  je  vous  ai  fait  souvent  d^ 
présents,  mais  non  pour  que  le  roi  fût  chassé  de  soii 
royaume;  car,  lorsque  vous  veniez  m'offrir  de  beaux 
chevaux  et  d'autres  objets  de  prix  je  ne  pouvais  fairo 
autrement  que  de  vous  donner  des  présents  ;à  mofi 

•  tour.  »  Cependant  le  roi  se  retira  chez  lui.  Pour  nous, 
nous  si^ions  tous  ensemble  dans  la  sacristie  de  la  ha- 
tilique  dé  Saint-Pierre;  et,  tandis  que  nous  nous  entre- 
tenions, vint  tout  à  coup  Aétius,  archidiacre  de  Téglise 
de  Pairis,  qui,  nous  ayant  salués,  dit:  «  liksouteHDol, 
prêtres  du'  Seigneur  rassemblés  en  ce  lien,  c^est  ici  le 
temps  où  vous  pouvez  honorer  votre  nom,  et  briller  de 

•  tous  lesavanlages  d'une  réputation  sans  tache.  £n  vérité 
on  ne  vous  regardera  plus  comme  les  prêtres  de  Dieu 
sivousne  vous  conduisez  pas  avecladigpité  convenable  • 


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S7»  JUG£M£NI  DE  PRETEXTAT. 

à  iros  personnes,  et  si  vous  laissez  périr  TOtre  firère.  » 

Lorsqu'il  eut  ainsi  parlé,  aucun  des  évêques  ne  lui  ré- 
pondit, car  ils  craignaient  la  fureur  de  la  reine,  à  Tin- 
stigation  de  laquelle  se  faisait  tout  cela.  Comme  ils  de- 
meuraient pensifs  et  le  doigt  appuyé  sur  les  lèvres,  je 
leur  dis  :  «  Faites  attention.  Je  yous  prie,  à  mes  paroles, 
ô  très-saints  prêtres  de  Dieu,  et  tous  surtout  qui  pa< 
raissez  être  plus  que  les  autres  dans  la  familiarité  du 
*  roi;  portez-lui  un  conseil  pieux  et  sacerdotal,  de  peur 
que,  s'irrilant  contre  un  minisire  du  Seigneur,  il  ne 
subisse  lui-même  la  colère  de  Dieu,  et  ne  perde  son 
royaume  et  sa  gloire.  >  Quand  j'eus  fait  entendre  ces 
mots,  ils  deiiieurcreiit  dans  le  silence;  et  voyant  qu'ils 
continuaient  à  se  taire,  j'ajoutai  :.  a  Souvenez-Tous,  évê- 
ques mes  seigneurs,  des  parolesdu  prophète  qui  adit: 
Si  la  sentinelle,  voyant  venir  l'épée,  ne  sonne  point  de  la 

'  trompelle,  et  que  Vépée  tienne  et  ôte  la  vie  aux  peuples, 
•e redemanderai  leurvieàla sentinelle^.  Ne  gardez  donc 
pas  le  silence,  mais  prêchez  et  mettez  devant  les  yeux 
du  roi  ses  péchés,  de  peur  qu'il  ne  lui  arrive  quelque 
mal,  et  que  vous  ne  soyez  coupables  de  sa  perte.  Ignorez- 
vous  ce  qui  est  arrivé  de  nos  temps,  lorsque  Clodomir 

.  frit  et  envoya  en  prison  Sigismond?  Le  prêtre  du  Sei* 
gneur,  Avitu8,lui  dit:  «Nepoirte  pas  les  mains  sur  lui,  et 
a  si  tu  vas  en  Bourgogne,  tu  obtiendras  lavictoire;  »  mais 
lui,  rejetant  ce  que  lui  avait  dit  le  prêtre,  alla  et  fit  tuer 
Sigismond  avec  safemmeet  seslîls;  il  partit  ensuite  pour 
laBourgogne^  et, vaincu  par  Tarmée  ennemie,ilfuttué. 

t  ÉMivkUl,  chap.  zzxxu,  t.  S. 


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GRÉGOIRE  ET  CHILPKKIC.  273 

Ne  savez-TOus  pas  ce  qui  est  arrivé  à  Tempereur 
Maxime^  et  comment  il  força  le  bienheureux  Martin  à 
recevoir  à  la  communion  un  évèque  homicide,  à  quoi 
celui-ci  consentit  pour  obtenir  de  ce  roi  impie  la  déli- 
vrance des  gens  condamnés  à  mort?  Poursuivi  par  le  ju- 
gement du  Roi  éternel^  Maxime,  chassé  de  l  empire^  fut 
condamné  à  la  mort  la  plus  cruelle.  » 

Personne  ne  répondit  rien  à  ces  paroles;  ils  étaient 
tous  pensifs  et  plongés  dans  la  stupeur.  Cependant  deux 
flatteurs  qui  se  trouyaient  parmi  eux^  chose  douloureuse 
a  dire  en  parlant  d'évêques,  allèrent  rapporter  au  roi  qu'il 
n'avait  pas  dans  cette  affaire  de  plus  grand  ennemi  que 
moi.  Aussitôt  il  envoya  un  de  ses  courtisans  en  toute  hâte 
pour  m'amener  devant  lui.  Lorsque  j'arrivai,  le  roi  était 
auprès  d'une  cabane  faite  de  ramée  ;  à  sa  droite  révéque 
Bertrand,  à  sa  gauche  Ragnemode;  devant  eux  était  une 
table  chargée  de  pain  et  de  mets.  Le  roi^  me  voyant»  dit  : 
«  0  évèque,  tu  dois  dispenser  la  justice  à  tous,  et  voilà 
que  je  ne  puis  l'obtenir  de  toi;  mais,  je  le  vois,  lu  viens 
en  aide  à  l'iniquilé,  et  en  toi  s'accomplit  le  proverbe  :  Le 
corbeau  n'arrache  point  les  yeux  du  corbeau.  «  le  lui 
répondis  :  «  Si  quelqu'un  de  nous,  ô  roi,  veut  s'écarter 
des  sentiers  de  la  justice,  tu  peux  le  corrigèr  ;  mais  si 
tu  l'en  écartes,  qui  te  reprendra  ?  Car  nous  te  parlons, 
et  tu  ne  nous  écoutes  que  si  tu  veux;  et  si  tu  ne  le  veux 
pas,  qui  te  condamnera,  si  ce  n'est  celui  qui  a  déclaré 
être  la  justice  même?  »  Animé  par  ses  adulateurs,  le  roi 
reparût  :  a  j'ai  trouvé  la  justice  avec  tous,  et  ne  puis  la 
trouver  avec  toi;  mais  je  sais  ce  que  je  ferai  afin  oue 


frl  GRÉGOIRE  ET  CHILPÉRIC. 

tu  6ûte  noté  parmi  les  peuples  ei  signalé  aux  yeux  de 
UM  eoihme  un  homine  d^iniqUité.  J'assemblerai  le  peu- 
ple de  Tours,  et  je  lui  dirai  :  Élevez  la  voix  contre  Gré- 
gôik«,  et  cries  qu'il  est  ÏDjuste  et  n'accorde  justice  à 
personne;  et  jè  répondrai  k  ceux  qui  crieront  ainsi: 
Moi  qui  suis  roi,  je  ne  puis  obtenir  ja  justice  de  cet 
homme;  comment. vons  qui  m'êtes  inférieurs,  espérez- 
"vous  ^obtenir?»  le  lui  dis  :  «  Tu  qe  sais  pas  si  Je  suis 
injuste.  Celui  à  qui  se  manifestent  les  secrets  des  cœurs 
connaît  ma  censdence  ;  et,  quant  à  ces  faussetés  que 
proférera  contre  moi,  dans  ses  clameurs,  le  peuple  que 
tu  auras  excité  par  tes  insultes^  elles  n'auront  pas  de  var 
leur,  car  chacnii  saura  qu'elles  Tiennent  de  toi;  ce 
n'est  donc  pas  moi,  mais  toi  plutôt  qui  seras  noté  par 
tes  crî^.  Tu  és  ks  lois  et  les  canons;  il  te  fai^t  les  con- 
sulter avec  soin,  et  si  tu  n'observes  pas  ce  qu'ils  f  ensei- 
gnent, sache  que  tues  menacé  par  le  jujgement  de 
Dieu.  »  Alors  lui  pour  m'apaiser,  et  croyant  que  Je  ne 
voyais  pas  qu'il  agissait  ainsi  par  artifice,  me  montra  un 
bouillon  placé  devant  lui  et  me  dit  :  a  Je  t'ai  fait  prépa- 
rer ce  bottilldn,  dans  lequel  il  n'y  a  autre  chose  que  de  k 
volaille  et  quelques  pois  cliiches.  a  Et  moi,  connaissant 
qu'il  cherchait  à  me  Hatter,  je  répliqjoai  :  «  Notre  nour- 
ritdre  doit  être  de  faire  k  volonté  de  Dieu,  et  non  de 
nous  plaire  dans  les  délices,  afni  c]ue  nous  ne  transgres- 
liéns  en  aucune  manière  ce  qu'il  a  ordonné.  Toi  qui  io- 
enlpes  la  justice  des  autres,  promets  d'abord  que  tu  ne 
laisseras  pas  de  côté  la  loi  et  les  canons,  et  alors  nous 
croirons  que  c'est  k  justice  que  tu  poursuis*  » 


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t 


GRÉGOIRE  ET  CHÎLPÉRïC.  ^75   •  ■  ' 

Il  étendit  sa  main  droite  ci  jura  par  le  Dieu  toat^uiis^. 
sant  de  ne  transgresser  en  rien  ce  qu'enseignaient  la  *   -  V 
loi  et  les  canons.  Ensuite^  après  avoir  prià  du  pain  et     ,  * 
hn  du  Tin,  je  m'en  allai.  Cette  nuit  même^  lorsque  * . 
nous  eûmes  chanté  les  hymnes  des  noclurnes  J'entendis 
frapper  à  grands  conps  à  la  porte  de  ma  demeure  ;  j'en- 
Toyai  un  serviteur^  et  j'appris  que  c'étaient  des  messa-      '  . 
gers  de  la  reine  F]:édégonde.  introduits^  ils  me  saluè.- 
rent  de  la  part  de  la  reine;  puis  ils  me  prièrent  de  ne 
pas  persister  à  lui  être  ccmtraire  dans  cette  affaire^  me 
promettant  deux  cents  livres  d'argent  si  je  faisais  cour 
damner  Prétextât  en  me  déclarant  contre  lui,  car  ils 
disaient:  «  Nous  avons  déjà  la  promesse  de  tous  les  évê- 
ques^  borne-toi  à  ne  pas  aller  à  rencontre,  »  A  quoi 
répondis:  «t  Quand  vous  me  donneriez  mille  livres  d'or 
et  d'argent^  je  ne  puis  faire  autre  cliose  que  ce  que  Dieu 
ordonne  ;  je  vouspromets  seulement  de  m'unir  aux  au- 
tres dans  y^e  qu'ils  décideront  conformément  aux  ca- 
nons. »  Eux,  qui  ne  comprirent  pas  le  sens  de  mes 
paroles^  s'en  «dlèrent  en  me  remerciant.  .Le  matin^ 
quelques-uns  des  évéques  vinrent  àmoi  avec  un  message 
semblable.  Je  leur  fis  la  même  réponse.  * 

Gomme  nous  nous  fûmes  ras^mblés  dans  lattasiiique 
de  Saint-Pierre,  le  roi  y  \int  dès  le  matin  et  dit:  «  Le§ 
canons  ordonnent  qu'un  évéque  convaincu  de  vqI 
sera  exdu  des  fonctions  épiscopales.  »  Et  nous>  en  ré- 
ponse^ lui  ayant  demandé  quel  était  révè(iue  auquel 
-  on  imputait  le  crime  de  vol,  le  roi  dit:  «r  Vous  avez  vii 
ces  joyaux  qu'il  nous  a  dérobés.  »  Or  le  roi  nous  avait 


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•276  DÉFENSE  DE  PRÉTEXTÂT. 

montré,  trois  jours  auparavant,  deux  valises  remplies 
d'effets  en  or  et  en  argent,  et  de  divers  joyaux  qu'on 
estimait  à  plus  de  trois  mille  sols  d'or,  et  aussi  un  sac 
rempli  de  pièces  d'or,  et  qui  à  son  poids  paraissait  en  con- 
tenir deux  mille.  Le  roi  disait  que  ces  choses  lui  avaient 
été  volées  par  Tévêque  Prétextât;  celui-ci  réiioiidit: 
«Vous  vous  rappelez,  je  pense,  quelorque  la  reine  Bru- 
nehaut  sortit  de  Rouen,  j'allai  vers  vous,  et  vous  dis 
qu'elle  m'avait  confié  ses  trésors,  savoir  cinq  valises,  et 
que  ses  serviteurs  venaient  souvent  me  demander  de 
les  lui  restituer,  mais  que  je  ne  voulais  pas  le  faire  sans 
votre  avis.  Toi  même,  ô  roi,  tu  m'as  dit:  «  Rejette  ces 
a  richesses  et  rends  à  cette  femme  ce  qui  lui  appartient, 
ode  peur  que  ce  ne  soit  un  motif  d'inimitiés  entre  moi  et 
a  mon  neveu  Childebert.  »  De  retour  à  la  ville,  je  remis 
donc  une  vaHse  aux  serviteurs  de  Brunehaut,  car  ils  n'é- 
taient pas  assez  forts  pour  en  porter  davantage.  Ils  re- 
vinrent demander  les  autres.  Je  consultai  de  nouveau  ta 
Magnificence.  Tu  me  donnas  encore  le  même  ordre, 
disant:  «Évêque,  rejette,  rejette  loin  de  toi  ces  trésors! 
a  de  peur  qu  ils  ne  fassent  naître  quelque  querelle.  »  J'^n 
rendis  deux  autres,  et  les  deux  dernières  me  demeurè- 
rent. Comment  donc  maintenant  peux-tu  me  calomnier 
etm'accuser  de  vol,  puisque  ces  choses  ne  sauraient  être 
regardées  comme  volées,  mais  confiées  à  ma  garde?  » 
Le  roi  dit  à  cela  :  et  Si  ces  valises  ont  été  remises  entre 
tes  mains  pour  les  garder,  pourquoi  en  as-tu  ouvert 
une  et  en  as-tu  retiré  une  élotîe  tissue  de  fil  d'or  que  tu 
as  mise  en  pièces  et  distribuée  à  des  hommes  pour  les 


RUSE  DE  CHILPÉRIC.  2T7 

engager  à  me  chasser  de  mon  royaume?  »  L'évêque 
Prétextai  répondit  :  a  Je  t'ai  déjà  dit  que  j^en  avais  reçu 
des  présents^  n'ayant  rien  à  leur  offrir  en  retour,  j'em- 
prunlai  cela  et  le  leur  donnai^  regardant  comme  à  moi 
ce  qui  appartenait  à  mon  fils  Mérovée  que  j'ai  tenu  sur 
les  fonts  baptismaux.  ^  »  Le  roi  CiiilpériCi  voyant  qu'il 
ne  pouvait  le  vaincre  avec  ses  calomnies^  nous  quitta 
très-interdit  et  troublé  par  sa  conscience;  il  appela 
quelques-uns  de  ses  Halteurs,  et  leur  dit:  a  J'avoue  que 
révêque  m'a  vaincu  par  ses  paroles,  et  je  sais  bien  que 
ce  qu'il  dit  est  vrai;  que  terai-je  doue  maintenant  pour 
accomplir  contre  lui  la  volonté  delà  reine?  j>  et  il  ajouta  : 
«  Allez  le  trouver  et  diteë-lui,  comme  si  vous  lui  don- 
niez de  vous-même  ce  conseil  :  Tu  sais  que  le  roi  Chil- 
péric  est  bon  et  facile  à  toucher,  qu'il  se  laisse  prompte- 
ment  fléchir.  Humilie-toi  devant  lui  et  avoue  avoir  fait 
cequ  il  te  reproche;  alors  nous  nous  prosternerons  tous 
à  ses  pieds  et  obtiendrons  qu^il  t'accorde  ton  pardon.  » 
Séduit  par  ces  paroles,  l'évêque  Prétextai  promit  de 
faire  ce  qui  lui  était  conseillé.  Le  matin  arrivé,  nous 
nous  rassemblâmes  au  lieu  accoutumé;  le  roi  y*étaot 
venu  dit  à  l'évêque  :  a  Si  tu  as  rendu  à  ces  hommes 
des  présents  en  retour  de  leurs  présents,  pourquoi  leur 
as-tu  demandé  par  serment  de  s'attacher  à  Mérovée?  » 
L'évêque  répondit:  a  Je  leur  ai  demandé,  je. l'avoue, 
d'être  ses  amis,  et  j'aurais  appelé  à  son  secours  non 

*  Quem  d9  lovaero  regeneroHonU  txcepi  :  que  j'ai  retiré  du  h&n 
de  régénération.  Le  baptême  te  faisait  alora,  comme  on  reit, 
pêx  immersion. 


278  HUMIUATIOJN  DE  PRÉTEXTÂT. 

seulefti^t  on  bomme,  mais  s'il  me  Teût  été  pennis,  un 

ange  du  ciel,  car  c'était,  comme  je  Tai  dit  plusieurs 
fois,  mon  fils  spirituel  par  le  baptême.  »  La  discus* 
sion  s'échauffant,  révèque  Prétextât  se  prostema'à  terre 
et  dit:  a  J'ai  péché  contre  le  ciel  et  conlre  toi,  ô  roi 
U^misérîcordieoxl  je  suis  un  détestable  homicide, 
l'ai  voulu  te  faire  périr  et  élever  ton  fils  sur  ton  trône.  » 
Lorsqu'il  eut  prononcé  ces  paroles,  le  roi  se  prosterna 
aux  pieds  des  évéques,  disant  :  c  Écoutez,  très-pieux 
évéques  !  le  coupable  a  confessé  son  crime  exécrable.  » 
Alors  nous  relevâmes  en  pleurant  le  roi,  et  il  ordonna 
à  Prétextât  de  sortir  de  Téglise.  Lui-même  se  retira  dans 
son  logis,  et  il  nous  envoya  les  livres  des  canons  aux- 
quels on  avait  âyjouté  un  nouveau  cahier  contenant  les 
canons  dits  apostoliques  où  se  trouvaient  ces  paroles  : 
o  L'évêque  pris  en  homicide,  adultère  ou  parjure,  doit 
.^tre  dépouillé  du  sacerdoce,  d  Lorsqu'on  les  eut  lus. 
Prétextât  demeurant  saisi  de  stupeur,  Févéque  Ber- 
trand lui  dit  :  a  Écoute,  ô  frère  et  collègue  !  comme  tu 
p'as  pas  la  grâce  du  roi,  notre  bienveillance  ne  saurait 
Vètre  bonne  à  rien  tant  que  tu  n*auras  pas  obtenu  qu*il 
te  pardonne.  »  Après  cela  le  roi  demanda,  ou  qu'on  dé- 

■  *        *  #  * 

ehiràt  s^  tunique,  ou  qu'on  récitât  sur  sa  léle  le 
40d»  psaume  qui  contient  les  malédictions  contre  Judas 
Jscariote,  ou  qu'on  souscrivît  un  jugement  contre  lui 
pour  le  priver  à  jamais  de  la  communion.  Je  me  refusai 
à  toutes  ces  conditions  d'après  la  promesse  du  roi  qu'il 
lie  serait  rien  fait  conlre  les  canons.  Alors  Prétextât  fut 
enlevé  de  devant  nos  yeux  et  remis  à  des  garder  ;  ayant 


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MORT  DE  MÉKaY££.  m 

essayé     s^eofuir  pendant  k  nuit,  il  fai  grièyement 

battu  et  envoyé  eu  exil  dans  une  île  voisine  de  la  cité 
deCoiUances^ 

Ensuite  le  bruit  connit  que  MéroYée  cherdiait  à  re- 
gagner la  basilique  de  Saint-Martin.  Cliilpéric  ordonna 
de  la  garder  et  d'en  fermer  toutes  les  portes.  Les  gardes 
laissèrent  donc  ouverte  une  seule  porte  par  où  un  pe- 
tit nombre  de  clercs  se  rendaient  à  rofûce,  et  ils  tinrent 
.  les  autres  fermées^  non  sans  grande  incommodité  pour 
le  peuple. 

Tandis  que  nous  étions  à  Paris,  il  parut  des  signes 
dans  le  ciel.  On  irit  Ters  le  nord  vingt  rayons  qui^  s'é- 
levant  de  Torienl,  allaient  se  perdre  à  roccident;  or  le 
plus  long  et  le  plus  brillant,  dès  qu'il  lut  à  son  point  le 
plus  élevé  se  dissipa  soudainement  et  les  autres  qui  ra- 
yaient suivi  s'évanouirent.  Je  crois  que  cela  présageait 
la  mort,  de  Mérovée.  Tandis  que  ce  prkice  se  cachait 
dans  la  Champagne  rémoise^  nWnt  ouvertement  se 
confier  aux  Austrasiens^  il  fut  circonvenu  par  les 
gens  de  Térouanne  qui  lui  dirent  que,  s^il  voulait  ve- 
nir vers  eux,  ils  abandonneraient  son  père  Chilpéric 
et  se  soumettraient  à  lui.  Accompagné  de  quelques 
hommes  courageux,  il  alla  les  trouver;  alors,  ne  dis^ 
simulant  plus  leur  piège ^  ils  renferment  dans  une 
métairie  qu'ils  entourent  de  gens  armés,  puis  ils  en- 
Toient  un  îihessage  à  son  père.  A  cette  nouvelle^  Chil- 
péric s'a[)prète  à  accourir;  mais  Mérovée,  dans  la 
petite  habitation  en  il  était  retenu,  craignant  de  satis* 

t  ConikinHim  eivUat, 

% 

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280  L'EMPEKDUR  TIBÈRE. 

faire  par  de  cruels  supplices  à  la  yengeance  de  ses  eane^ 
mis,  appela  à  lui  Gaîlen^  un  des  familiers,  et  liii  dit: 
0,  Nous  n'avons  eu  jusqu'ici  qu'une  âme  et  qu'une  vo- 
lonté^ ne  souffre  pas  que  je  sois  livré  aux  mains  de  mes 
ennemis  ;  prends  ton  épée,  je  te  prie,  et  frappe-moi.  »' 
Celui-ci,  sans  hésiter,  le  perça  de  son  couteauyet  le  roi 
en  arrivant  le  trouva  mort.  Plusieurs  personnes  assu- 
rent que  ces  paroles  de  Mérovée  furent  sup[iosées  par 
la  reine  ^  et  que  ce  prince  fût  tué  secrètement  par 
son  ordre.  Gatlen  fut  pris;  on  lui  coupa  les  mains, 
les  pieds,  les  oreilles,  le  dessus  des  narines,  et  on 
le  lit  périr  misérablement;  Grindion  fut  condamné 
au  supplice  de  la  roue;  Gucilian,  autrefois  comte  du 
palais  du  roi  Sighebert,  eut  la  tête  tranchée.  Beau- 
coup d'autres,  qui  avaient  accompagné  Méwvé^,  furent 
mis  à  mort  de  diverses  et  cruelles  manières.  On  disait 
que  cette  trahison  avait  été  particulièrement  conduite 
par  révéque  iSgidius  et  par  Gontran-Boson,  parce  que 
la  reine  Frédégonde  portait  à  Contran  une  amitié 
secrète  comme  meurtrier  de  Théodebert  et  qu'iËgidins 
lui  était  cher  depuis  longtemps. 

XX.  —  Lorsque  Tempereur  Justin,  perdant  la  raison, 
lut  tombé  en  démence^  et  que  Timpératrice  Sophie  fût 
demeurée  seule  à  la  téte  de  l'empire,  les  peuples,  comme 
nous  l'avons  dit  dans  un  livre  précédent,  élurent  césar 
Tibère,  homme  vaillant,  habile,  sage,  aumAnier,  défen- 
seur des  faibles  et  des  gens  de  bien.  Comme  il  distri- 
buait aux  pauvres  une  grande  partie  des  trésors  amassés 

Juitin  II,  «n  574. 


CHARITÉ  DE  TIBKRE.  281 

par  Justin^  rimpératrice  lui  en  faisait  de  fréquents  re- 
proches, disant:  a  Tu  dissipes  en  peu  de  temps  atec 
prodip^alilé  ce  que  j'ai  amassé  en  un  grand  nombre  d'an- 
nées.  »  Mais  il  répondait  :  a  Notre  fisc  ne  sera  pas  amoin- 
dri si  les  pauvres  ont  reçu  Taumône,  si  les  captifs  ont 
^  été  rachetés^  car  c'est  là  un  grand  trésor,  puisque  Dieu 
a  dit  :  Ama88ez''VùU8  des  trésors  dans  le  ciel,  où  ni  la 
rouiUe  ni  les  vers  ne  smraient  les  détruire,  et  où  il  n'y  a 
point  de  voleurs  qui  les  déterrent  et  qui  les  dérobent  K 
Ainsi  donc,  de  ce  que  Dieu  nous  a  donné,  amassons, 
par  le  moyen  des  pauvres,  les  trésors  dans  le  ciel,  afla 
de  mériter  que  Dieu  augmente  nos  biens  $ur  la  terre.  » 
Et  comme  ainsi  que  nous  Favons  dit,  c'était  un  grand 
et  véritable  chrétien,  à  mesure  qu'il  distribuait  avec 
joie  ses  richesses  aux  pauvres.  Dieu  lui  en  accordait  de 
plus  en  plus.  Un  jour,  en  se  promenant  dans  le  palais,  il 
▼ît  sur  le  pavé  de  son  appartement  une  dalle  de  mar- 
bre où  était  sculptée  la  croix  du  Seigneur,  et  il  dit: 
'a  Seigneur  1  nous  fortifions  notre  front  et  notre  poitrine 
du  signe  de  ta  croix,  et  voilà  que  nous  foulons  la  croix 
sous  nos  pieds  1  »  Et  en  même  temps  il  ordonna  qu'elle 
fut  enlevée  ;  quand  celle  dalle  de  marbre  eut  été  déta- 
chée et  déplacée,  on  en  trouva  une  autre  portant  le 
même  signe  ;  on  Fen  instruisit  et  il  la  fit  enlever.  On  en 
trouva  une  troisième  pour  laquelle  il  donna  le  même 
ordre;  sous  celle-ci  était  caché  un  trésor  de  plus  de 
mille  pièces  d'or  S  II  prit  cet  or  et  fit  aux  pauvres  des 

t  Évamg.  selon  saint  Matiiiev,  cHap.  yi,  v.  520. 

9  UUtê  ouri  emtmaHa,  te  ^ui  ferait,  à  la  lettre,  cent  miUe 


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S8a  TRÉSORS  DE  TIBÊRI^ 

largesses  encore  plus  abondantes  que  de  coutume,  et  le 
Seigneur,  à  cause  de  sa  bonne  volonté,  ne  le  laissa  nKui« 
qner  jamais,  le  ne  passerai  pas  sous  silence  ce  que  paf 
la  suite  le  Seigneur  lui  envoya.  Ce  fameux  Narsès,  duc 
d'Italie,  possédait  dans  une  ville  une  grande  maison. 
Sorti  ditalie  avec  beaucoup  de  trésors,  il  arriva  à  cette 
ville  et  fit  creuser  secrètement  dans  sa  maison  une  pro- 
fonde citerne  dans  laquelle  il  entassa  des  milliers  de 
pèces  d'or  et  d'argent;  puis  il  fit  tuer  tons  ceux  qui  en 
avaient  connaissance  et  ne  laissa  dans  le  secret  qu'un 
vieillard  a  qui  il  fit  jurer  de  n'en  rien  dire.  Après  la 
mort  de  Narsès,  ces  trésors  demeuraient  ensevelis  sous 
la  terre.  Le  vieillard  dont  j'ai  parlé,  voyant  les  constan* 
tes  aumônes  de  Tibère,  alla  le  trouver  et  lui  dit  :  «  S^il  \ 
doit  m'en  revenir  quelque  profit,  César,  je  te  découvri- 
rai un  secret  important. — Dis  ce  que  lu  demandes,  ré- 
pondit celui-ci;  si  tu  nous  apprends  quelque  chose 
d'avantageux,  tu  y  trouveras  ton  profit. — J'ai,  repartît 
le  vieillard,  les  trésors  cachés  de  Narsès,  et,  parvenu  au 
terme  de  ma  vie,  je  ne  puis  me  taire  plus  longtemps.  % 
Alors  Tibère  César,  plein  de  joie,  envoya  ses  serviteurs. 
Geux-d  suivirent  le  vieillard  avec  étoimement.  Parve- 
nus  à  la  citerne,  ils  la  découvrirent,  y  entrèrent  et  y 
trouvèrent  tant  d'or  et  d'argent  qu'on  eut  grand'peine 

• 

lÎTrei  d'or,  somme  incroyable.  Mail  M.  Criiérard  a  lût  obierrer 
fveo  justesse  (Prol^oméiiM  d»  PtH/f/pHquê  dê  Vohhi  Irmiiien) 
qaè  le  cenlsnornim^  s'éloignant  peu  à  peu  de  son  sens  primitif, 
avait  cessé  de  représenter  cent  livres  d*or,  aussi  bien  que  la 
livre  française,  synonyme  du  franc,  a  cessé  d'être  en  rapport 
avec  le  poids  que  son  nom  indiquait  primitivement» 


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LES  ÉVÉQUKS  SALONK  ET  SAlUTTAIRE.  283 

à  emporter  eu  plusieurs  jours  ioujt  ce  qu'elle  contenait. 
De  ces  trésors  Tibère  fit  aux  paums  des  largesses  de 
plus  en  plus  abondantes. 

XX|.  —  Cependant,  il  s'éleva  une  sédition  contre  les 
évAqoes  Saloîie  et  Sagittaire.  Formés  tous  les  deux  par 
saint  Nizier,  évêque  de  Lyon,  ils  avaient  obtenu  le  dia- 
conat, et  étaient  devenus,  de  son  vivant,  Salone,  évèque 
de  la  cité  d'Embnin,  et  Sagittaire^  de  l^glise  de  Gap 
mais,  une  fois  en  possession  de  cette  dignité,  livrés  à 
eux-mêmes,  ils  commencèrent  à  se  signaler^  avec  une 
fureur  insensée,  par  dfes  usurpations,  des  meurtres,  des 
homicides,  des  adultères  et  d'autres  crimes.  Unjour  que 
Victor,  évéque  de  Saint-Paul  des  Trois-ChàteauxS  célé- 
brait la  fête  de  sa  naissance,  ils  envoyèrent  une  troupe 
qui  tomba  sur  lui  à  coups  d'épée  et  de  flèches.  Les  agrès- 
seurs  déchirèrent  ses  vêtements,  blessèrent  ses  servi- 
teurs, et^  emportant  les  vases  et  tout  Tappareil  du  fes- 
tin, laissèrent  Févèque  accablé  d'outrages.  Le  roi  Gon-* 
tran,  instruit  de  ce  fait,  oonVoqua  un  synode  dans  la 
ville  (Je  Lyon  ;  les  évéques  réunis  au  patriarche  ^  le 
bienheureux  Nizier,  après  avohr  discuté  la  cause,  trou*- 
vèrent  les  deux  évéques  grandement  coupablesdecedont 
ils  étaient  accusés,  et  ordonnèrent  que,  pour  avoir  com- 

*  Vagipensis  ecclesia. 

*  Tricastinu  civitas. 

*  Episcopi  cum  patriarcha  Nicetio  beato.  Le  titre  do  patriarche, 
trè^-rare  en  Occident,  e^t  donné  encore,  comme  l'observe 
Buinart,  à  PriscuB,  suocesAeur  de  Nizier,  et  h  Sulpice,  <5vôqùe 
de  Bourges.  Il  semble  avoir  désigné  les  méttopolitaHie  «1  Wlia 

•  qmeiqtlefoîe  U  pls«e  do  mot  oreh^oé^,  qui  n'étiUt  pas  encore 
enmtge. 


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S84        CRIMES  DE  SALONE  ET  DE  SAGITTAIRE. 

mis  de  tels  excès,  ils  fassent  privés  de  Tépiscopat.  Mais 
ceux-ci,  sachant  que  le  roi  leur  était  favorable,  allèrent 
à  lui  et  rimplorèrent^  disant  qu'ils  avaient  été  injuste- 
ment dépouillés,  et  le  priant  de  leur  accorder  la  per- 
mission de  s'en  aller  vers  le  pape  de  la  ville  de  Home. 
Le  roi  leur  accorda  leur  demande,  et,  par  lettres  ex- 
presses, les  autorisa  à  partir.  Arrivés  devant  le  pape 
Jean^  ils  exposèrent  leur  affaire  comme  s'ils  avaient  été 
dépossédés  sans  motif.  Le  pape  adressa  donc  au  rot  des 
lettres  portant  injonction  de  les  rétablir  dans  leurs  siè- 
ges; ce  que  le  roi  fit  sans  retard»  non  toutefois  sans  les 
avoir  vivement  réprimandés.  Ce  qu'il  y  a  de  pis,  c'est 
qu'ils  ne  s'amendèrent  pas.  Cependant  ils  demandèrent 
la  paix  à  i'évêque  Victor^  et  lui  remirent  les  gens  qu*il8 
avalent  excités  contre  lui  ;  mais  fidèle  au  précepte  du 
Seigneur,  de  ne  pas  rendre  à  ses  ennemis  le  mal  pour 
)e  mal»  Victor  les  renvoya  libres  sans  leqr  avoir  fait 
éprouver  aucun  mauvais  traitement.  Pour  ce  motif,  il 
fut  par  la  suite  privé  de  la  communion,  de  ce  qu'après 
avoir  accusé  publiquement  des  ennemis,  il  les  avait 
•  épargnés  en  secret,  sans  prendre  l'avis  de  ses  confrères, 
devant  lesquels  il  les  avait  accusés;  mais,  sur  les  ins- 
tances du  roi,  il  fut  de  nouveau  reçu  à  la  communion* 
Les  autres  cependant  se  livraient  tous  les  jours  aux 
plus  grands  forfaits,  et,  comme  nous  l'avons  déjà  ra- 
conté, dans  le  combat  que  Mummole  soutint  contre  les 
Lombards,  ils  se  couvrirent  d'armes  comme  des  laïques 
et  tuèrent  plusieurs  hommes  de  leur  propre  main.  Us 
tournaient  leur  cruauté  même  contre  leurs  concitoyens. 


LEUR  CHATIMKNT.  28? 

faisant  frapper  de  coups  de  bàtoa  certains  d'en- 
tre eux  jusqu'au  sang.  Aussi  la  clameur  du  peuple 
parvint  de  nouveau  jusqu'au  roi,  qui  leur  ordonna  de 
comparaître  devant  lui.  Quand  ils  furent  arrivés^  Con- 
tran refusa  de  les  recevoir^  voulant,  avant  de  leur  don- 
ner  audience,  qu'on  examinât  s'ils  étaient  dignes  d'être 
admis  en  sa  présence  royale.  Mais  Sagittaire,  rempli  de 
colère,  s'irrita  de  ce  procédé  ;  vain,  léger  d'esprit  et 
imprudent  dans  ses  discours  comme  il  Tétail,  il  se  met 
à  déclamer  contre  le  roi,  et  à  dire  que  ses  fils  ne  pou-- 
valent  posséder  son  royaume,  parce  que  leur  mère 
avait  été  prise  parmi  les  servantes  de  Hagnachaire  pour 
entrer  dans  le  lit  du  roi,  ignorant  que  maintenant,  sans 
avoir  égard  à  la  condition  des  femmes,  on  appelle  en- 
fants du  roi  ceux  qu'il  a  engendrés.  Contran  Fayant  su^ 
se  montra  très-irrité,  leur  enleva  leurs  chevaux,  leurs 
serviteurs,  tout  ce  qu'ils  pouvaient  avoir,  et  ordonna 
qu'ils  fussent  enfermés,  pour  y  faire  pénitence,  en  des 
monastères  situés  dans  des  lieux  fort  éloignés,  ne  lais- 
sant à  chacun  d'eux  qu'un  seul  clerc.  Jl  donna  des 
ordres  terribles  aux  juges  du  lieu  pour  qu'ils  les  fissent 
gaider  par  des  gens  armés  et  ne  permissent  pas  que 
personne  pût  venir  les  visiter.  Le  roi,^en  ce  temps, 
avait  encore  deux  fils,  dont  Taîné 'tomba  malade  ;  alors 
ses  familiers  vinrent  à  lui  et  lui  dirent  :  a  Si  le  roi 
daigne  écouter  favorablement  les  paroles  de  ses  ser^ 
viteurs,  ils  se  feront  entendre  à  ses  oreilles.  »  Contran 
répondit  :  a  Dites  ce  qu'il  vous  plaît.  »  Et  ils  repri- 
rent: c  Prends  garde  que  ces  évéques  n'aient  été  con- 


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m  LEURS  NOUVEAUX  CRIMES. 

damnés  à  Textl  sans  Tavoir  mérité,  en  sorte  que  les 

péchés  retombent  sur  quelqu'un,  et  que  le  fils  de  notre 
seigneur  vienne  à  périr.  »  —  «  Allez  bien  vite,  repartît 
le  roi)  et  reiftchez-les,  en  les  conjurant  de  prier  pour 
nos  petits  enfants,  d  On  alla  vers  eux,  et  on  les  mit  en 
liberté.  Sortis  du  monastère,  ils  se  réunirent  et  s'em- 
brassèrent, parce  qu'ils  ne  s*étaf  ent  pas  vus  depuis  long- 
temps ;  puis,  ils  retournèrent  à  leurs  cités,  tellement 
pénétrés  de  repentir  qu'on  les  voyait  sans  relâche  chan- 
ter des  psaunies,  célébrer  des  jeûnes,  exercer  l'au- 
mône, passer  les  jours  à  la  lecture  du  livre  de  David, 
et  les  nuits  à  chanter  des  hymnes  et  à  méditer  des  le» 
çons;  niais  une  telle  sainteté  ne  se  soutint  pas  long- 
temps; ils  retournèrent  à  leurs  anciennes  pratiques  et 
se  remirent  à  passer  les  nuits  à  banqueter  et  à  boire. 
Tandis  que  les  clercs  célébraient  les  matines,  dans  Té- 
giise  même,  ils  demandaient  des  coupes  et  faisaient 
couler  le  vin.  Il  n'était  plus  question  de  Dieu;  ils  ne 
songeaient  plus  à  dire  leurs  heures.  Au  retour  de  Tau- 
rore,  ils  se  levaient  de  table,  se  couvraient  de  vêtements 
moelleux,  se  plongeaient  dans  le  sommeil  et  dormaient 
jusqu'à  la  troisième  heure  du  jour.  Ils  ne  se  faisaient 
pas  faute  de.  femmes  pour  se  souiller  avec  elles;  pni% 
se  levant,  entraient  dans  le  bain,  et  de  là  passaient  à 
table,  n'en  sortant  que  le  soir  pour  se  remettre  alors 
à  souper  jusqu'au  lever  du  soleil,  comme  nous  l'avons 
raconté.  Telle  était  leur  vie  quotidienne,  jusqu'à  ce 
qu'enfin  la  colère  de  Dieu  tomba  sur  eux,  comme  nous 
le  dirons  par  la  suite. 


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LB  BKETON  WlNNOCU.  S87 

XXIf  .--Alors  yiniy  de  la  Brétagne  à  Tours,  le  Breton 

Winnocb,  homme  d'une  grande  abslinence,  qui  s'en 
AlJait  à  Jérusalem^  portant  poar  tout  Yêtement  des 
peaux  de  brebis  dépouillées  de  leur  laine.  Comme  il 
nous  parut  très-pieux,  pour  le  retenir  plus  longtemps, 
nous  rhonorâmes  de  la  dignité  de  la  prêtrise.. 

fngiÙrude  avait  la  pieuse  habitude  de  recueillir  Teau 
du  sépulcre  de  saint  Martin  ;  cette  eau  lui  manquant» 
elle  pria  qu'on  portât  sur  le  tombeau  du  saint  un  vase 
rempli  de  vin  ;  après  qu'il  y  eut  passé  la  nuit,  elle  l'en- 
voya prendre  en  présence  du  prêtre,  et  lorsqu'on  le  lui 
eut  apporté,  elle  dit  au  prêtre  :  a  Ote  de  ce  Tin,  verses-y 
une  seule  goutte  de  cette  eau  bénite  dont  il  me  reste 
un  peu  ;  A  et  lorsqu'il  eut  obéi,  chose  merveilleuse  à 
dire,  une  seule  goutte  en  tombant  dans  le  vase  qui 
n'était  qu'à  moitié  plein,  le  remplit  entièrement;  on  le 
vida  de  même  deux  on  trois  fois,  et  de  même  une  seule 
goutte  :remp!it.  On  ne  saurait  douter  que  ce  prodige 
n'ait  été  dû  aux  mérites  de  saint  Martin. 

XX11L-— Ensuite,  Samson,  le  plus  jeune  des  fils  du 
roi  Cbilpéric,  pris  de  la  fièvre  et  de  la  dVsscnterie,  sortit 
de  Ja  vie  de  ce  monde,  11  étiit  né  tandis  que  le  roi  Chil- 
péric  était  à  Tournai,  assiégé  par  son  frère.  Sa  mère, 
saisie  de  la  crainte  d'une  mort  prochaine,  le  rejeta  alors 
loin  d'elle,  et  voulut  le  faire  périr,  mais  ne  Tayaut  pu, 
et  réprimandée  par  le  roi,  elle  le  fit  baptiser.  L'évêque 
lui  -même  lo  tint  sur  les  fonts;  il  mourut  avant  d'avoir 
accompli  un  lustre.  £n  ce  même  temps,  sa  mère  Frédé- 
gondefutgrièvement  malade^maiseUérecouvrala  saniié. 


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M    .  PRODIGES.— 60NTRAN.BOSON. 

XXIV.  —  Puis,  dans  la  nuit  du  troisième  jour  des 
ides  de  novembre  (10  aov.)^  taudis  que  uous  célébrions 
les  vigiles  de  SainUMartin,  il  nous  apparut  un  grand 
prodige  ;  on  vit^  au  milieu  de  la  lune,  luire  une  étoile 
brillante,  tandis  que  d'autres  apparaissaient  en  dessus 
et  en  dessous^  A  Fentour^  se  dessina  le  cercle  qui  sou- 
vent annonce  la  pluie;  mais  nous  ignorons  ce  que  si- 
gnifiaient ces  prodiges.  Plusieurs  fois^  durant  cette 
même  année,  nous  vîmes  la  lune  s'obscurcir,  et,  avant 
le  jour  de  la  naissance  du  Seigneur,  retentirent  de 
grands  éclats  de  tonnerre.  On  vil  aussi  autour  du  soleil 
des  lueurs  semblables  à  celles  qui,  comme  nous  Tavons 
rapporté,  s'étaient  montrées  avant  la  mortalité  d'Au« 
vergne,  et  que  les  paysans  appellent  des  soleils.  On  dit 
que  la  mer  s'éleva  plus  que  de  coutume,  et  il  apparut 
encore  d'autres  signes. 

XXV.  —  Gontran-Boson  vînt  à  Tours  avec  un  petit 
nombre  d'hommes  armés,  enleva  par  force  ses  filles 
qu'il  avait  laissées  dans  la  sainte  basilique,  et  les  con- 
duisit à  Poitiers,  qui  appartenait  au  roi  Cliildoberl.  Mais 
Cbilpéric  envahit  le  Poitou.  Ses  gens  mirent  en  fuite 
ceux  de  son  neveu,  et  conduisirent  le  comte  Ennodius 
au  roi  qui  le  condamna  à  Texil  et  réuuit  ses  biens 
au  fisc.  Cependant,  un  an  après,  Ënnodius  recouvra  ses 
biens  et  obtint  la  liberté  de  retourner  dans  son  pays. 
Gonlran-Boson,  ayant  laissé  ses  filles  dans  la  basilique 
de^nt-Uilaire,  alla  troûter  le  roi  Ghiidebert. 

XX  Vf.  —  La  troisième  année  du  roi  Ghiidebert,  qui 
était  la  dix-septième  du  règne  de  Cbilpéric  et  de  Gon« 


I 


^  DACCON  ET  DRACOLÉNE.  289 

tran  S  Daccon^  fils  de  feu  Daj^aric,  ayant  quilté  le  roi 
Chilpéric»  errait  de  côté  et  d'autre,  lorsqu'il  fut  pris  en 
trahisan  par  le  duc  Dracolènc  dit  Plndustrieux.  Draco- 
lène,  après  lui  avoir  promis,  avec  serinent,  qu'il  obtien- 
drait la  vie  sauve,  le  conduisit  à  Braine,  chargé  de  liens,  . 
et  le  remit  au  roi  Chilpéric;  puis,  oubliant  son  serment,  il 
l'accusa  de  crimes  odieux  et  insista  pour  qu'on  le  fit 
mourir.  Daccon,  retenu  dans  les  fers  et  se  voyant  sans 
espoir  d'échapper,  demanda  l'absolulion  à  un  prêtre, 
à  l'instt  du  roi;  lorsqu'il  Tout  reçue,  on  le  fit  mou- 
rir*. Dracolène  étant  retourné  promptement  dans 
son  pays,  tandis  que  Goulran-Boson  cherchait  à  en- 
lever ses  filles  de  Poitiers,  apprit  cette  circonstance, 
et  vint  à  sa  rencontre  pour  l'attaquer.  Contran  et  les 
siens  se  préparèrent  au  combat  et  se  disposèrent 
à  sè  défendre  ;  cependant  Contran  envoya  na  de  ses 
amis  à  Dracolènc,  disant:  a  Va,  et  dis-lui  :  tu  sais  que 
nous  avons  fait  alliance.  Gesse  de  me  vouloir  du  mal; 
prends  de  mes  richesses  ce  que  tu  voudras,  je  ne 
refuse  pas,  et  permets  seulement  que,  dépouillé  de 
tout,  je  puisse  aller  avec  mes  fiUes  où  il  me  plaira.  » 
Hais  Fautre,  plein  de  vanité  et  d'insolence,  répondit: 
«  Yoilà  la  corde  avec  laquelle  j'ai  attaché  les  autres 
coupables  que  j*ai  conduits  au  roi;  elle  me  servira 
aujourd'hui  à  t'altacher  et  te  mener  garrotté.  »  En 
parlant  ainsi,  il  pressa  son  cheval  des  deux  talons  et  se 
précipita  sur  Goniran  ;  mais  11  lui  porta  un  coup  à  faux^ 

*  578.  —  *  A  cette  époque  les  condamnés  à  mort  étaient  privés 
des  secours  de  la  religion.  C'est  une  ordonnance  de  13d6  qui 
ft  modifié  cet  état  de  choses, 

^    • 


290        L'ARMÉE  DE  CHILPÉRIC  EN  BRETAGNE. 

le  fer  de  sa  lance  se  sé))ara  du  bois  et  tomba  à  terre» 
GoDtran,  Toyant  la  mort  suspendue  sur  sa  tète^  îqto- 
qua  le  nom  de  Dieu^  les  grands  mérites  de  saint  Martin, 
et  levant  sa  lance  en  frappa  Dracolène  à  la  gorge. 
Geli!i-ei  demeurait  suspendu  à  moitié  ^  tombé  de 
son  cheval,  lorsqu'un  des  amis  de  Contran  Tacheva 
d'un  coup  de  lance  dans  le  côté.  Sa  troupe  fut  mise  en 
fuite,  et  Contran^  après  Tavoir  dépouillé,  se  retira  libre- 
ment avec  ses  filles.  Ensuite  son  beau-père  Sévère  fut 
gravement  accusé  près  du  roi  par  ses  propres  ûls.  A 
^  cette  nourelle,  SéVfere  se  mit  en  route  pour  aller  trou- 
^  ver  le  roi  avec  de  grands  présents^  mais  il  fut  pris  en 
chemin,  dépouillé  de  tout  et  envoyé  en  exil  où  il  périt 
tniBéirabtemeni  Ses  deux  fils,  Bursolène  et  Dodon,  fu- 
rent condamnés  k  mort  ^ur  crime  de  lèse-majesté. 
L'un  fut  tué  par  une  troupe  qu'on  avait  envoyée  contre 
lui;  l'autre,  arrêté  dans  sa  fuite^,  mourut  les  pieds  et  les 
mains  coupés.  Leurs  biens  et  ceux  de  leur  père  furent 
confisqués,  car  ils  possédaient  de  grandes  richesses. 

XXyil.  —  Les  hommes  de  Tours,  de  Poitiers,  de 
Bayeux,  du  Mans  et  d'Angers,  marchèrent  avec  beau* 
coup  d'autres  en  Bretagne,  par  ordre  du  roi  Chilpéric, 
pour  attaquer  Waroch,  fils  de  Màlo,  et  s'arrêtèrent  aux 
bordsde  1^  rivière  la  Vilaine.  Hais  Waroch,  tombant  par 
ruse  pendant  la  nuit  sur  les  Saxons  de  Bayeux  S  en  tua 
la  plus  grande  partie.  Puis  le  troisième  jour^  il  fit  la 

i  Plusieurs  bandes  de  Saxons,  après  avoir  erré  dans  la  Gaule, 
t'étaient  établies  sur  les  confins  de  la  Bretagne  et  de  le  Nor- 
mendie,  dans  le  paya  de  Bayeux.  (V.  Géof/r,) 


PROCÈS  DE  SALONNE  ET  DE  SAGITTAIRE.  291 

pHix  avec  les  capitaines  de  Cbilpéric^  et  doonaiit  son  fils 
en  otage,  s'obligea  par  serment  à  demeurer  fidèle  an 
roi.  Il  rendit  aussi  la  cité  de  Yanoes^  à  condition  que  le 
roi  lui  en  accorderait  k  gouTemement^  promettant 
qu'il  payerait  tous  les  ans^  sans  qu'on  fût  obligé  de  les 
lui  demander,  les  tributs  dont  elle  était  redevable. 
Aprè8quoirarniéeB'éloigna.EosuiteleroiClillpéricor^  ' 
donna  que  les  pauvres  et  les  serviteurs  de  TÉglise  et  de 
la  basilique  payassent  l'amende  pour  n'avoir  pas  mar- 
ché avec  Tarmée^  Ce  n'était  pourtant  pas  Tusage  qu'ib 
fussent  soumis  à  aucun  service  public.  Waroch,  quelque 
tamps  après,  oubliant  ses  promesses  et  voulant  revenir 
sur  ce  quil  avait  fût,  envoya  à  Chilpéric,  Eunins» 
évéque  de  Vannes  ;  mais  le  roi  irrité  de  colère  répri- 
mmida  vivement  l'évêque  et  le  condamna  à  l'exil* 

XXVIII.— La  quatrième  année  de  Ghildebert,  qui 
était  la  dix-buitième  des  rois  Contran  et  Chilpériç,  un 
synode  se  rassembla  dans  la  ville  de  Cbâlon,  par 
Tordre  du  roi  Contran.  On  y  discuta  diverses  affaires  ; 
l'ancien  procès  de  Salonne  et  de  Sagittaire  fut  renou- 
velé; là  furent  exposés  les  griefs  à  leur  cbai^e  et  ils 
furent  accusés  non-seulement  d'adultère,  mais  encore 
d'bomicide.  Conune  les  évêqucs  jugeaient  qu'ils  pour-* 
raient  expier  leurs  crimes  par  la  pénitenccf  ^  on  lyouta 
qu'ils  étaient  coupables  de  lèse-majesté  et  de  trabison 

*  Chûpericus  de  pauperihus  et  juniorihas  ecclesie  vel  basilicss  han- 
n^MjuuU  eaigi  pro  eo  ^madin§aêr€iiu  non  aimhuUtÊimt,  Il  parait,  par 
ce  passage,  que  les  pauvres  et  certains  des  hommes  attachés 
Mt  service  des  églises  étaient,  de  droit,  exempts  du  service 
militaire. 


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Cï  EXACTIONS  I)£  CHILP£KIC. 

yers  la  patrie,  ce  pourquoi  ils  furent  dépouillés  de 
Tépiscopat,  et  retenus  prisouuiers  dans  la  basilique  de 
SaiDt-Marcel.  Ils  s'en  échappèrent  par  la  suite,  et  allè- 
rent errer  en  divers  lieux.  D'autres  éyêques  furent 
inslallés  dans  leurs  sièges. 

XXIX.  —  Cependant  le  roi  Ghilpéric  ût  dresser  par 
tout  son  royaume  des  rôles  pour  de  nouvelles  «t  lourdes 
impositions  >  ce  qui  obligea  un  grand  nombre  d'habi* 
lants  à  quitter  leiirs  cités,  à  abandonner  leurs  propriétés, 
et  à  se  réfuj2;ier  dans  d'autres  royaumes^  préférant  s'éloi- 
gner plutôt  que  demeurer  exposés  à  une  pareille  persé** 
cation;  car  il  avait  été  ordonné  que  chaque  propriétaire 
payerait  une  amphore  de  vin  par  arpent  :  on  avait 
imposé  encore,  tant  sur  les  autres  terres  que  sur  les  es- 
claves, des  contributions  ou  prestations  qu'il  était  ioh 
possible  de  supporter.  Le  peuple  du  Limousin,  se  voyant 
.  accablé^us  de  telles  charges,  se  rassembla  aux  calendes 
de  mars,  et  voulut  tuer  Marc,  le  référendaire  chargé  de 
lever  ces  impositions;  et  il  n'y  aurait  pas  manqué,  si  rêvé:» 
que  Ferréol  n'eût  délivré  cet  officier  du  péril  qui  le  me* 
naçait  :  la  multitude  s'empara  des  rôles  et  les  livra  aux 
flammes.  Le  roi,  extrêmement  irrité,  envoya  des  gens 
de  sa  maison^,  qui  accablèrent  le  peuple  de  maux, 
Fépouvanta  par  des  supplices,  le  frappa  de  mort.  On 
rapporte  même  que  des  abbés  et  des  prêtres  furent  at- 
tachés à  des  poteaux  et  livrés  à  divers  tourments  sur 
les  calomnies  des  envoyés  du  roi ,  qui  les  accusaient  de 
s'être  mêlés  a  la  sédition  dans  laquelle  le  peuple  avait 

*  Rm  dmg«n*  de  loier*  tw>  pênonau 


RAVAGES  DES  BRETONS.— TIBERE.  S93 

brûlé  les  registres.  Op  établit  ensuite  des  impôts  encore 
plus  durs  qu'auparavant. 

XXX.  —  Les  Bretons  de  leur  côté  dévastèrent  cmel- 
lement  le  pays  de  Bennes,  brûlant^  pillant,  emmenant 
les  habitants  captifs.  Ils  vinrent  ravageant  tout  jusqu'au 
bourg  de  Cornus'.  L'évèqiie  Eiinius,  rappelé  de  l'exil, 
alla  vivre  à  Angers,  et  on  ne  lui  permit  pas  de  retourner 
dans  la  cité  de  Vannes.  Le  duc  Beppolène  fut  envoyé 
contre  les  Bretons,  dévasta  par  le  fer  et  le  feu  quelques 
lieux  de  la  Bretagne»  ce  qui  excita  ^core  plus  leur 
fureur. 

I^XXL—  Tandis  que  ces  ctioses  se  passaient  dans  les 
Gaules,  Justin,  après  avoir  accompli  la  dix-huitième 
année  de  son  repaie,  trouva  dans  la  mort  un  terme  à  la 
démence  dans  laquelle  il  était  tombé  ^  Dès  qu'il  eut  été 
enseveli,  Tibère-César  se  mit  en  possession  de  l'empire 
qu'il  gouvernait  déjà  depuis  longtemps.  Le  peuple  l'at- 
tendait, selon  la  coutume  de  ce  pays,  au  spectacle  du 
cirque,  où  était  préparée  contre  lui  une  attaque  sou- 
daine en  faveur  de  Justinien,  neveu  de  Justin  ;  mais  il 
se  rendit  aux  saints  lieux,  et  après  y  avoir  fait  sa  prière, 
îl  appela  à  lui  le  pape  de  la  ville  %  et  entra  au  palais 
avec  les  consuls  et  le  préfet.  Là,  revêtu  de  la  pourpre 
et  couronné  du  diadème,  il  monta  sur  le  trône  impérial 
et  fut  reconnu  empereur  avec  d'immeuoes  acclamations, 

^Cwmuiium  «ieus.  (Y.  Géogr.) 

•  En  578;  l'empereur  Justin  régna  treize  ans  et  non  pas  dix- 
huit. 

*  Le  patriarche  de  Constantinople,  auquel  on  donnait  encore  ' 
souvent  le  nom  de  jyopa. 


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9M  RÈONÈ  DE  TIBÈRE. 

Les  gens  de  la  fection  qui  l'àttendait  m  drqne^  appre^ 
liant  ce  qui  venait  de  se  passer,  se  retirèrent  pleins  de 
honte,  sans  avoir  pn  eflèctner  leur  projet;  car  ancoii 
ennemi  ne  peut  rien  contre  l*homme  qui  a  mis  son  es- 
pérance en  Dieu.  Justinien^  étant  venu  quelques  jours 
après,  se  Jeta  aux  pieds  de  Tempereiir,  lui  apportant 
quinze  cents  pièces  d'or,  comme  prix  de  son  pardon. 
Gelui-ci,  avec  ses  habitudes  ordinaires  de  bonté,  te 
leçai  elle  fit  demeurer  dans  son  palais;  mais  limpé- 
ratrice  Sophie,  oubliant  les  promesses  qu'elle  avait  faites 
à  Tibère,  essaya  de  lui  tendre  des  pièges,  et  comme fl 
e^élail  rendu  è  sa  maison  des  champs,  pour  y  jouir  pen* 
dant  trente  jours,  selon  Tusage  des  empereurs,  des  plai- 
sirs de  la  vendange,  Sophie  ayant  fait  appâter  en  secret 
Jostînien,  prétendit  Fétever  à  Tempire.  Tibère,  averti, 
revint  en  toute  hâte  à  Constantinople,  se  saisit  de  i'im- 
pératrice^  la  dépoidlte  de  tons  ses  trésors;  fl  ne  lot 
laissa  que  ses  aliments  quotidiens,  lui  ôla  tous  ses 
serviteurs,  lui  en  donna  d'autres  dont  il  était  sûr»  et 
défendit  qu'ancun  des  andeas  pût  avcw  accès  auprès 
d'elle.  Après  avoir  réprimandé  Justinien^  il  lui  accorda 
cependant  ensuite  une  telte  affection  qu'il  lui  promit  sa 
filte  poar  son  fils,  et  demanda  en  retour  pour  son  fils  la 
fille  de  Justinlen;  mais  la  chose  n'eut  pas  lieu.tTibère 
vainquit  l'armée  ^es  Perses,  et  revint  victorieox  avee 
une  quantité  de  butin  capabte,  à  ce  qull  paraissait, 
d'assouvir  la  cupidité  humaine  Vingt  éléphants  furent 
.  pris  et  amenés.à  Tempereur. 

t  Cette  expédition  eut  lieu  sous  Juiiitt  et  non  sons  Tibère. 


PROFANATION  DB  LA  BASILIQUE  DB  SAINT-PBNIS.  395  • 

XXXII. — Les  Bretons,  celte  même  année,  infestèrent 
Graellement  les  enTirons  de  Nantes  et  de  Rennes;  ils  ex^ 
levèrent  un  immense  butin,  ravagèrent  les  champs^ 
dépouillèrent  les  vignes  et  emmenèrent  beaucoup  de 
captifs.  L'évéque  Félix  leur  ayant  fait  parler  par  des  en- 
voyés,  ils  promirent  de  s'amender;  puis  ils  ne  voulurent 
accomplir  aucune  de  leurs  promesses. 

XXXllL  —  Une  femme  de  Paris  fut  accusée,  sur  le 
témoignage  de  plusieurs  personnes,  d'abandonner  son 
mari  et  d'avoir  commerce  sivec  un  autre  hoqime;  tes 
parents  du  mari  allèrent  trouver  le  père  et  lîii  dirent  : 
«  Situneiustifiestaûlle,elle  mourra  pour  que  sa  bonté 
n'inflige  pas  de  déshopnenr  à  notre  race.  *^  Ja  m», 
dit  le  père,  que  ma  fille  est  sans  reproche,  et  ce  sont 
des  calomnies  que  répètent  lesmécbants;  cependant, 
pour  que  l'accusation  n'aille  pas  plus  loin^  je  la  Justi- 
fierai par  serment,  n  Alors  ils  lui  dirent  :  «  Si  elle  est 
innocent^;,  a£&rme-le  par  serment  sur  le  tombeau  de 
saint  Dénis  martyr.  —  Je  le  ferai»  dit  le  père,  i  Au 
'jour  fixé,  ils  se  réunirent  à  la  basilique  du  saint  martyr, 
et  le  père»  les  mains  levées  sur  Tautel,  jur4  que  sa  fUt^ 
n'était  point  coupable.  Ceux  qui  étaient  du  parti  du 
mari  soutinrent  contre  lui  qu'il  se  parjurait;  il  s'éleva 
amsi  une  altercation  et  les  épées  furent  tirées  ;  les  deux 
partis  se  jetèrent  Pun  sur  l'autre  et  s'entre*tuàrent  Jusque 
devant  Tai^tel.  C'étaient  des  gens  de  la  plus  baule  i^ais- 
sauce  et  des  premien  auprès  du  roi  C^ilpéric.  Beaucoup 
furent  frappés  de  Tépée,  et  la  sainte  basilique  se  trouva 
arrosée  de  sang  bumain;  les  portes  furent  percées  de 


1 


296  INONDATIONS. 

coups  d'épée  ou  de  javelot,  et  des  traits  impies  insul- 
tèrent jusqu'au  saint  tombeau.  On  eut  grand'peine  à 
apaiser  le  tumulte^  et  Téglise  demeura  interdite  jusqu'à 
ce  que  le  roi  fût  instruit  de  ce  qui  s'était  passé.  Les  au- 
teurs de  cette  violence  se  rendirent  devant  le  prince 
•  qui  ne  les  reçut  pas  en  grâce,  et  onlonna  qu'ils  fussent 
remis  à  Tévêque  du  lieu,  afin  que  s'il  les  trouvait  cou- 
pables du  crime  qui  leur  était  imputé,  il  les  exclût, 
comme  il  le  devait,  de  la  communion.  Mais  ceux-ci  com- 
posèrent avec  Ragnemode  qui  gouvernait  l'Église  de 
Paris,  et  furent  admis  à  la  communion  ecclésiastique. 
Peu  de  jours  après,  la  femme,  appelée  en  jugement, 
finit  ses  jours  étranglée. 

XXXIV.  — La  cinquième  année  du  roi  Gliildebert 
un  grand  déluge  inonda  la  région  d'Auvergne,  la  pluie 
ne  cessa  de  tomber  pendant  douze  jours,  et  la  Limagne 
fut  inondée  de  telle  sorte  qu'en  beaucoup  d'endroits  il 
fut  impossible  de  semer.  Les  rivières  de  Loire  et  d'Ëla- 
.  .  varis  qu'on  appelle  TAllier,  ainsi  que  les  autres  torrents 
qui  viennent  s'y  jeter,  se  gonflèrent  à  ce  point  qu'elles 
sortirent  des  limites  qu'elles  n'avaient  jamais  franchies; 
'ce  qui  causa  la  perte  de  beaucoup  de  troupeaux,  un 
grand  dommage  dans  l'agriculture,  et  renversa  beau- 
coup d'édifices.  Le  Rbône,  qui  se  joint  à  la  Saône,  sortit 
'de  même  de  ses  rives,  causa  de  grands  dommages  aux 
populations  et  abattit  une  partie  des  murs  de  la  ville 
de  Lyon.  Quand  les  pluies  eurent  cessé,  les  arbres  fleu- 
rirent une  seconde  fois,  quoiqu'on  fût  alors  au  mois  de 

i  £n580. 


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PRODIGES  ET  CONTAGION .  2fl7 

septembre.  A  Tours ,  cette  même  année  >  on  vit  un 
matin^  avant  la  naissance  du  jour,  un  feu  qui  parcourut 
le  ciel  et  disparut  à  riiorizon  du  côté  de  rOrienl,  et  on 
entendit  dans  tout  le  pays  un  bruit  semblable  à  celui 
d'un  arbre  qui  tombe;  mais  ce  ne  pouvait  être  rien  de 

* 

semblable,  car  il  se  ût  ouïr  dans  un  espace  de  ciii(|uante 
milles  ou  davantage.  Cette  même  année,  la  ville  de  Bor- 
deaux fut  violemment  ébranlée  par  un  tremblement  de 
terre.  Les  murs  de  la  ville  furent  en  danger  de  tomber  \ 
tout  le  peuple,  effrayé  de  la  crainte  de  la  mort,  crut 
que,  s'il  ne  prenait  la  fuite,  il  allait  être  enprlouli  avec  la 
ville  :  en  sorte  que  beaucoup  passèrent  en  d'autres 
cités.  La  commotion  se  fit  sentir  dans  les  pays  voisins 
et  atteij^nit  même  l'Espagne,  mais  avec  moins  de  force. 
Cependant  des  pierres  immenses  se  détachèrent  des 
monts  Pyrénées  et  écrasèrent  des  troupeaux  et  des 
bommes.  La  main  de  Dieu  alluma  dans  les  bourgs  de 
la  cité  de  Bordeaux,  un  incendie  qui,  embrasant  sou- 
dainement  les  maisons  et  les  granges,  dévora  toutes  les 
récoltes,  sans  que  le  feu  eût  été  suscilé  en  aucune  ma- 
nière, si  ce  n'est  peut-être  par  la  volonté  divine.  Un 
cniel  incendie  ravagea  aussi  la  ville  d'Orléans,  en  telle 
sorte  qu'il  ne  resta  absolument  rien  aux  plus  riches;  et 
si  quelqu'un  arrachait  aux  flammes  une  partie  de  ce 
qu'il  possédait,  cela  lui  élait  enlevé  par  les  voleurs  at- 
tachés à  sa  poursuite.  Dans  le  territoire  de  Chartres,  du 
vrai  sang  coula  du  pain  rompu  à  l'autel,  et  la  ville  de 
Bourges  fut  frappée  d'une  affreuse  grêle. 
XXXV.  ^  Ces  prodiges  furent  suivis  d'une  cruelle 

17. 


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S96  '  CONTAGION. 

coDf  agiOD.  Au  moment  où  les  rois  en  discorde  se  pié- 

paraient  encore  à  la  guerre  civile,  toute  la  Gaule  fut 
enTahie  de  la  dyssenierie  :  ceux  qu'elle  ailaqonit  étaient 
saisis  d'une  forte  fièvre ,  avec  des  vomissements  et  de 
grandes  douleurs  dans  les  reins  ;  leur  léle  et  leur  cou 
élaîeat  alouidis;  ce  qu'ils  vomissaient  était  couleur  de 
safran  ou  môme  vert.  Plusieurs  assuraient  que  c'était 
un  poison  secret^  les  paysans  disaient  que  c'étaient  des 
pustnles  au  oœurS  ce  qui  n'est  pas  invnMsemblable,  car 
lorsqu'on  mettait  des  ventouses  aux  épaules  ou  aux 
jambes^  et  que  les  cloches  qui  s'étaient  élevée?  venaient 
à  s'ouvrir^  il  en  sortait  un  sang  corrompu,  ce  qui  en 
sauva  plusieurs.  D'autres  obtinrent  la  guérison  par  des 
breuvages  composés  des  herbes  connues  pour  remédier 
aux  poisons.  Cette  maladie,  commencée  dans  le  mois 
d'août^  attaqua  d'abord  les  enfants  et  les  ût  périr  :  xum 
perdîmes  nos  doux  et  chers  petits  enfants  que  nous 
avions  caressés  dans  notre  sein,  portés  dans  nos  bras, 
nourris  avec  le  soin  le  plus  attentif^  leur  donnant  leurs 
aliments  de  notre  propre  main.  Cependant  nous  avons 
essuyé  nos  larmes^  et  dit  avec  le  bienheureux  Job: 
le  Sêigmur  me  le$  avait  âonnéê,  le  Seigneur  m  te 
a  repris  ;  il  n'est  arrivé  que  ce  qtU  lui  a  plu.'  que  k 
nom  çtu  Seigneur  ioU  béni  *  I 

i  ILuiHeiorêt  vero  oorolet  hoepwulat  nùmbuimi.  H  eil  iveef^ 
tain  si  eoraUs  jnMub»  désignent  des  pustules 'au  cœur  oudst 

pustules  couleur  de  corail.  On  a  môme  supposé  que  ce  mot 
pouvait  signifier  un  mal  local,  du  proc  yûpoi.  La  phrase 
qui  suit  nous  semble  plus  favorable  au  premier  sens*  (Ducan|{ei 

v<»  Coralis.) 
*  Job. y  chap  I.  V.  31. 


REPENTIR  DE  FRÉDEGONDE.  299 

ËQ  ces  jours-là,  le  roi  Ghilpéric  fut  grièvement  ma- 
lade; et  lorsqu'il  commençait  à  entrer  en  conyalescenoe^ 
le  plus  jeune  de  ses  fils,  qui  n'était  pas  encore  régénéré 
par  Teau  et  le  Saini-£$prit>  toml>a  malade  à  son  tour. 
Le  voyant  à  Fextrémité»  on  le  lava  dans  les  eanxda  bap* 
tême.  Peu  de  temps  après,  il  se  trouva  mieux;  mais  son 
frère  alnéj,  nommé  Giodçbert,  fut  pris  de  la  maladie. 
Sa  mère^  Fréd^nde^  le  voyant  en  danger  de  mort,  fut 
saisie  de  remords  tardifs,  et  dit  au  roi  :  a  Voilà  long- 
temps que  la  miséricorde  divine  supporte  nos  mauvai- 
ses actions;  elle  nous  a  souvent  frappés  de  fièvres  et 
d'autres  maux^  et  nous  ne  nous  sommes  pas  ainen^ 
dés.  Vdlà  que  nous  perdons  nos  fils;  voilà  que  les 
larmes  des  pauvres,  les  gémissements  des  veuves,  les 
soupirs  des  orphelins  les  font  périr^  et  il  ne  nous  reste 
plus  Fespérance  d'amasser  pour  personne  ;  nous  Ihésao- 
risons,  et  nous  ne  savons  plus  pour  qui.  Ils  demeureront 
dénués  de  possesseurs^  ces  biens  pleins  de  rapine  et  de 
malédiction.  Nos^lliers  ne  regorgaient-ils  pas  devint 
£st-ce  que  le  froment  ne  remplissait  pas  nos  greniers? 
Nos  trésors  n'étaient-ils  pas  combles  d'or,,d'argenty  de 
pierres  précieuses,  de  colliers  et  d'autres  ornements 
impériaux  ?  Ët  voilà  que  nous  perdons  ce  que  nous 
avions  de  plus  beau.  Maintenant,  si  tu  yeux,  allons  brû- 
ler ces  injustes  registres;  qu'il  nous  suffise,  pour  notre 
.  fisc,  de  ce  qui  suffisait  à  ton  père,  le  roi  Glotaire  i  » 
En  parlant  ainsi,  la  reine  se  firappait  la  poitrine  de  ses 
poings;  elle  fit  apporter  les  registres  que  Marc  lui  avait 
envoyés  des  cités  qu'il  administrait,  les  Jeta  an  feu,  et 


l 

300         MORT  DES  ENFANTS  DE  FRÉDÉGONDE. 

se  tournant  Ters  le  roi,  lui  dit;  «  Quoi  !  tu  hésites?  Fais 
ce  que  tn  me  Tois  faire,  afin  que  si  nous  perdons  nos 
chers  enfants,  nous  échappions  du  moins  aux  peines 
éternelles.  »  Le  roi,  touché  de  repentir,  jeta  au  feu 
tous  les  registres  et,  les  ayant  brûles,  envoya  partout  la 
défense  de  lever  à  Tayenir  ces  iofipôts.  Après  cela,  le 
plus  jeune  de  leurs  enfants  mourut  consumé  de  lan- 
gueur. Ils  le  portèrent  avec  beaucoup  de  douleur  de 
leur  maison  de  Braine  à  Paris,  etle  firent  ensevelir  dans 
la  basilique  de  Saînt-Denîs.  On  plaça  Clodebert  sur  un 
brancard^  et  on  le  conduisit  à  Soissons,à  la  basilique  de 
Saint->Médard.  Ses  parents  le  présentèrent  au  saint  tom- 
beau, firent  un  vœu  pour  lui;  mais,  affaibli,  épuisé,  il 
renditTespritau  miheudela  nuit,  lilut  enseveli  dans  la 
basilique  des  saints  martyrs  Grépin  etCrépinien.  il  y  eut 
à  cette  occasion  un  ^vimd  deuil  parmi  le  peuple,  les 
hommes  en  faisant  entendre  des  gémissements,  les  fem- 
mes couvertes  des  vêtements  lugubres  qu'elles  ont  cou- 
tume de  porter  aux  funérailles  de  leurs  maris,  suivirent 
cette  pompe  funèbre.  Le  roi  Ghiipéric  fit  de  grandes 
largesses  aux  églises  et  aux  pauvres. 

XXXVl, — En  ces  jours-là,  Austréchildc,  femme  du 
rai  Contran,  succomba  à  cette  même  maladie;  mais; 
avant  d'exhaler  sa  méchante  âme,  se  voyant  sansespoir, 
elle  poussa  un  profond  soupir,  et  voulut,  en  mourant, 
avoir  des  compagnons,  afin  qu'à  ses  obsèques  on  pleurât 
encore  pour  d'autres  morts.  On  raconte  en  effet  que, 
semblable  à  Hérode,  elle  fit  cette  prière  au  roi:  «  J'a- 
vais l'espérance  de  vivre  encore  si  je  n'étais  tombée 


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DERNIÈRE  roiÈRE  D'AXJSTRECHILDE.  301 

dans  les  mains  de  ces  médecins  indignes,  car  leurs  mé- 
dlcamenls  me  font  périr  et  me  ravissent  la  iuiuière 
plus  tôt  que  je  ne  Taurais  perdue;  aOn  donc  que  ma 
mort  ne  soit  pas  sans  vengeance,  je  demande  et  j'exige 
que  tu  me-  promettes  avec  serment  de  les  faire  périr 
pour  que,  du  moins,  si  je  ne  puis  Yivre  ils  ne  restent 
pas  pour  se  glorifier  de  ma  mort,  et  pour  que  leurs 
amis  ressentent  autant  de  douleur  que  les  nôtres.  » 
Ayant  ainsi  p»rlé,  elle  exhala  son  ftme  malheureuse.' 
Après  avoir  célébré  ses  funérailles  avec  les  cérémonies 
accoutumées,  le  roi,  sous  le  joug  du  serment  qu'avait 
exigé  de  lui  sa  cruelle  épouse,  accomplit  cet  ordre  d'Ini- 
quité, et  ordonna  que  les  deux  médecins  qui  lui  avaient 
donné  leurs  soins  fussent  frappés  du  glaive;  ce  qu'il 
ne  put  faire  sans  péché,  selon  le  sentiment  de  plusieurs 
sages  personnes* 

XXXV11. — Nantin,  comte  d'Angoulême,  succomba 
de  même  à  cette  maladie;  mais  il  faut  reprendre  du 
plus  haut  ce  qu'il  ût  contre  les  prêtres  et  contre  Téglise. 
Marachaire,  son  oncle,  avait  longtemps  possédé  la  di- 
gnité de  comte  dans  cette  cité.  Après  avoir  rempli  cet 
office,  il  entra  dans  l'Église,  fut  fait  clerc  et  ordonné 
évêque.  Il  s'occupa  avec  zèle  à  élever  et  ornerdes  églises 
.  et  des  presbytères  ;  mais  la  septième  année  de  son  sacer- 
doce,8e8  ennemisle  firent  périren  empoisonnant  unetéte 
de  poisson  ;  il  la  prit  sans  méfiance,  et  mourut  cruelle- 
ment. La  miséricorde  divine  ne  souifrit  pas  longtemps 
que  sa  mort  demeurât  sans  vengeance.  Fronton,  le  prin- 
cipal auteur  de  ce  crime,  ayant  de  suite  obtenu  Tépis- 


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I 

10-2  L'ÉVÉQUE  HÉRACLIUS. 

)opat^  mourut  dans  Tanuée^  frappé  du  jugement  de 
Dieu.  Après*  sa  mort,  Héraclius»  prêtre  de  Bordeaux^ 
jadis  ambassadeur  de  Childebert  TAncien,  fut  sacré 
éyêque.  Naotm-demauda  à  être  nommé  comte  de  cette 
Tille  pour  poursuivre  la  mort  de  son  oncle  ;  ayant  obte- 
nu  cet  office,  il  accabla  le  vêquc  d'injures,  lui  disant:  a  Tu 
retiens  près  de  toi  les  homicides  qui  ont  tué  mon  on- 
de ;  tu  reçois  à  ta  table  des  prêtres  compKoes  de  ce 
crime.»  L'inimitié  s'accroissant entre  eux,  il  commença 
peu  à  peu  à  envahir  par  violence  les  domaines  que 
Marachaire  avait  laissés  à  l'Église  par  son  testament, 
prétendant  que  ces  biens  ne  devaient  pas  revenir  à  une 
église  dont  les  clercs  avaient  fait  périr  le  testateur.  £n-> 
suite,  après  avoir  mis  à  mort  quelques  laïques,  il  alla 
jusqu'à  ordonner  de  saisir  un  prêtre^  eil  ayant  fait  lier, 
le  perça  d'un  coup  de  lance.  Gomme  celui>d  vivait  en* 
core,  il  le  fit  suspendre  à  un  poteau,  les  mains  liées 
derrière  le  dos,  et  chercha  à  lui  faire  avouer  sa  com« 
plicité.  Pendant  que  le  prêtre  persistait  à  nier,  le  sang 
sortit  avec  abondance  de  sa  blessure,  et  il  rendit  Tàme. 
L'évêque^  ému  de  ce  crime,  ordonna  qu'on  interdit  aa 
comte  les  portes  de  Téglise.  Les  évê{]ue8  s'étant  assem- 
blés dans  la  ville  de  Saintes,  Nantin  demanda  à  être 
réconcilié  avec  HéracUus>  promettant  de  rendre  tous 
les  biens  de  Téglise  qu'il  avait  usurpés  injustement 
et  de  s'humilier  devant  le  ministre  du  Seigneur.  Celui- 
ci,  voulant  céder  aux  injonctions  de  ses  confrères, 
accorda  ce  qui  lui  était  demandé  et,  recommandant 
toutefois  la  cause  du  prêtre  assassiné  au  Dieu  tout» 


* 


.    •  LE  C01iX£  NANTIN.  308 

puissant^  il  reçai  le  comte  ayec  charité*  Rentré  dans 

sa  cité,  Nantin  dévasta,  dépouilla  et  rasa  les  maisons 
qu'il  avait  injustement  envahies,  disant  :  a  Si  l'Église 
reprend  ces  biens,  que  du  moins  elle  les  retrouve 
déserts.  »  L'évêque,  indigné  de  cette  conduite,  lui 
interdit  de  nouveau  la  conuuunion.  Sur  ces  entrefaites^ 
le  bienheureux  pontife,  ayant  accompli  le  cours  de  sa 
vie,  alla  rejoindre  le  Seigneur.  Nantin  intercéda  auprès 
des  autres  évêques  par  des  présents  et  des  flatteries,  et 
en  obtint  la  communion  ;  mais,  peu  de  mois  après,  saisi 
de  la  maladie  dont  j'ai  parlé,  se  sentant  consumer  par 
une  grande  fièvre,  il  s'écriait  :  «  Hélas  I  hélas  !  l'évéque 
Héradius  me  brûle,  il  me  tourmente,  il  m'appelle  en 
jugement  ;  je  connais  mon  crime,  je  me  rappelle  les 
injustes  outrages  que  j'ai  fait  éprouver  au  pontife. 
J'implore  la  mort  pour  ne  pas  souffrir  plus  longtemps 
un  pareil  tourment,  d  Et,  tandis  qu'il  parlait  ainsi 
dans  la  violence  de  sa  fièvre,  la  force  défaillit  à  son 
corps,  et  il  rendit  son  âme  misérable,  laissant  après  lui 
des  signes  certains  que  cela  lui  était  arrivé  en  ven« 
geance  du  saint  évêque,  car  son  cadavre  devint  si  noir 
qu'on  aurait  cru  qu'il  avait  été  brûlé  par  des  charbons 
ardents.  Que  tous  donc  s'émerveillent,  admirent  et 
'  craignent  de  faire  injure  aux  évêques  1  car  Dieu  venge 
ses  serviteurs  qui  espèrent  en  lui, 

XXXVUL — Ën  ce  temps,  mourut  le  bienheureux 
Martin,  évêque  de  Galice.  Le  peuple  le  pleura  grande- 
ment. 11  était  né  en  Pannonie,  et,  passant  de  là  dans 
rOrient,  pour  visiter  les  lieux  saints,  il  s'était  telle- 

"■  ^  -..k 

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304  PERSÉCUTION  EN  ESPAGNE. 

ment  adonné  à  Vélnde  des  lettres  que.,  de  son  temps^ 

nul  ne  le  surpassa.  Il  vint  de  là  en  Galice,  au  temps  où 
on  y  portait  des  reliques  de  saint  Marlin^  et  fut  sacré 
éyêque.  11  accomplit  dans  le  pontificat  environ  trente 
années,  et,  plein  de  vertus,  i  migra  vers  le  Seigneur. 
C'est  lui  qui  a  composé  les  vers  qu'on  lit  sur  la  porte 
méridionale  de  la  basilique  de  Saint-Martin. 

XXXIX. —  Il  y  eut,  celle  année,  en  Espagne,  une 
grande  persécution  contre  les  Chrétiens  ;  plusieurs  fu* 
rent  envoyés  en  exil,  privés  de  leur?  biens,  épuisés  par 
la  faim,  enfermés  dans  les  prisons,  battus  de  verges  et 
mis  à  mort  par  divers  supplices*  Ces  crimes  eurent 
surtout  pour  auteur  Gonsuinthe  *,  que  le  roi  Leugivild 
avait  épousée  après  la  mort  du  roi  Atbanagild.  Mais  la 
vengeance  divine,  envers  la  femme  qui  avait  infligé 
ces  humiliations  aux  serviteurs  de  Dieu,  se  manifesta 
aux  yeux  de  tous  les  peuples  ;  car  un  nuage  blanc  se 
répandit  sur  un  des  yeux  de-  Gonsuinthe,  et  priva  ses 
paupières  de  la  lumière  qui  manquait  à  son  esprit.  Le 
roi  Leugivild  avait  déjà  d'une  autre  femme  deux  fils^ 
dont  Taîné  avait  été  fiancé  à  la  fille  du  roi  Sîghebert,  le 
plus  jeune  à  celle  du  roi  Chilpéric.  Ingonde,  ûlle  deSi- 
gbebcrty  avait  été  conduite  en  Espagne  avec  un  grand 
appareil,  et  reçue  très-joyeusement  par  son  aïeule  Gon- 
suiulbe.  Mais  celle-ci  ne  souUrit  pas  longtemps  qu'elle 
demeurât  dans  la  foi  catholique,  et  commença,  par  de 
douces  paroles,  à  vouloir  lui  persuader  de  se  faire  bap- 
tiser de  nouveau  dans  1  Église  arienne  ;  Ingonde,  s'y 

t  Mère  de  Bninehaut. 


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LEUYIGILD  ET  SON  FILS.  "  306 

refusant  ayec  un  mâle  couragfe^  commença  à  dire  :  «  Il 

.  me  suffit  d'avoir  tic  lavée  une  fois  du  poché  originel 
par  un  baptême  salutaire^  et  d'avoir  confessé  la  sainte 
Trinité  égale  à  un  seul  Dieu.  Je  déclare  que  j'y  crois 
de  tout  mon  cœur,  et  jamais  je  ne  renoncerai  à  ma 
foi.»  A  ces  paroles^  Gonsuinthe^  enflammée  de  fu* 
reur,  prit  la  jeune  fille  par  les  cheveux  et.  Payant  jetée 
à  terre,  la  foula  longtemps  sous  ses  pieds,  et  ordonna 
que,  toute  couYerte  de  sang,  elle  fût  dépouillée  et  pion- 
gée  dans  la  piscine  j  mais  beaucoup  assurent  que  son 

esprit  ne  s'est  jamais  détaché  de  notre  foi.  Leuvigild 
donna  à  son  fils  et  à  sa  belle-fille  une  de  ses  cités  pour 
y  régner  et  y  résider.  Lorsqu'ils  y  furent,  Ingonde  com- 
mença à  prêcher  son  mari  pour  le  détacher  des  erreurs 
''de  rhérésie  et  rengager  à  reconnaître  les  vérités  de  la 
loi  catholique:  il  s'y  refusa  long  temps;  cependant  enfin, 
touché  de  ses  prédications,  il  se  conyertit  et  reçut  à 
la  confirmaHon  le  nom  de  lean.  Quand  Leuvigild 
en  fut  instruit,  il  commença  à  chercher  des  moyens 
de  le  perdre;  mais  le  prince,  informé  de  ses  desseins, 
se  joignit  au  parti  de  Tempereur,  et  se  lia  d'amitié 
avec  le  préfet  impérial  qui  attaquait  alors  l'Es- 
pagne. Leuvigild  lui  envoya  des  messagers  pour  lui 
dire:  «Viens  à  moi,  car  il  est  nécessaire  que  nous  con- 
férions ensemble,  d  Mais  il  répondit  :  a  Je  n'irai  point, 
car  tu  es  irrité  contre  moi  parce  que  je  suis  catholi- 
que. »  Le  roi  donna  alors  au  préfet  de  l'empereur  trente 
mille  sous  d'or  pour  qu'il  retirât  ses  secours  à  son  fils, 
et  marcha  contre  celui-ci  avec  une  armée.  Erménégild 


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806        '    *  LEUVI6ILD. 

ayant  réclamé  Taide  des  Grecs,  marcha  contre  son  père, 
laissant  sa  femme  dans  la  Tille.  A  la  vue  de  Leuvigild 
é^ayançant  contre  lui,  ses  auxiliaires  Fabandonnèrent^ 
et  voyant  qu'il  ne  pouvait  espérer  de  vaincre^  il  se  ré- 
fùgia  dans  une  église  voisine^  disant:  a  Que  mon  père 
ne  marche  pas  contre  moi,  car  il  n^est  pas  permis  à 
un  père  de  tuer  son  fiL«,  à  un  tils  de  tuer  son  |)ère.  » 
.LeuYîgildy  instruit  de  ce  fait,  lui  envoya  son  frère,  qui 
lui  ût  serment  que  son  père  ne  le  dépouillerait  pas  de 
6^  dignités,  et  lui  dit  :  «  Viens  toi-même  te  prosterner 
aux  pieds  de  notre  père«  et  il  te  pardonnera.»  Mais  Ërmô- 
négild  demanda  que  son  père  vînt  le  chercher;  et, 
quand  celui-ci  fut  venuj»  il  se  prosterna  à  ses  pieds. 
Le  roi  le  prit  et  Pembrassa,  et^  le  flattant  par  de  douces 
paroles,  Temmena  dans  son  camp.  Puis,  alors,  ou- 
Uiant80Dsennent,il  fit  un  signe  aux  siens,  qui  le  prirent, 
le  dépouillèrent  de  sesyètements  et  lecouvrirent  d^iabita 
Ignominieux.  De  retour  à  Tolède,  le  roi  lui  ôta  ses  ser- 

ifiteursji  et  renyoya  en  exil  sans  «utre  personne  qu'un 
enfànt  pour  le  servir. 

XL.  — Chilpéric,  après  la  mort  de  ses  fils,  remp^ 
de  tristesscj  résidait  au  mois  d'octobre  avec  sa  femme 
dans  la  forêt  de  Guise  ^  Par  les  insinuations  de  la  reine, 
il  envoya  à  Braine  son  ûlsGlovis,  pour  qull  y  périt  delà 
même  maladie,  car  le  mal  qui  afvait  tué  ses  frères  régnait 
là  avec  fureur.  Mais  le  prince  n'en  reçut  aucune  in- 
commodité. Cependant  le  roi  se  rendit  à  sa  villa  de 
CheUesSdans  le  territoire  de  Paris.  Peu  de  jours  après, 

<  Coixom  *  Cala. 


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FRÉDÉGONDE  «T  LE  JEUNE  CLOVIS.  307 

il  fit  venir  Clovis^  dont  il  ne  sera  point  hors  de 
propos  de  raconter  ici  la  mort.  Coinm^  ce  prince  habi- 
tait à  Ghelles  avec  son  père,  il  commença  à  se  vanter 
avant  le  temps^  et  à  dire  :  «  Voilà  que  mes  frères  sont 
morts  et  que  tout  le  royaume  me  demeure.  Les  Gaules 
entières  me  sont  soumises,  et  les  destinées  m'ont 
accordé  Tempire  universel.  Voilà  mes  ennemis 
tombés  entre  mes  mains,  et  J'en  ferai  ce  quil  me 
plaira.  »  Et  en  môme  temps  il  parlait  de  sa  belle- 
mère^  la  reine  Frédégonde^  en  paroles  inconvenantes. 
Celle-ci,  Tayant  su,  fut  saisie  d'une  grande  frayeur. 
Dans  les  jours  suivants,  quelqu'un  vint  et  dit  à  la  reine: 

«  Si  tu  demeures  privée  de  tes  fils,  c'est  par  TefTet  des 
perfidies  de  Clovis;  car,  amoureux  de  la  fille  d'une 
de  tes  servantes,  il  a  employé  les  maléfices  de  la  mère 
.  à  faire  périr  tes  fils.  Je  f avertis  donc  de  ne  pas  es- 
pérer pour  toi  un  meilleur  sort,  car  ce  qui  te  donnait 
Tespoir  de  régner  t'^a  été  enlevé,  i»  Alors  la  reine^ 
elhrayée,  enflammée  de  colère,  aigrie  par  une  perte 
récente,  fit  saisir  la  jeune  fille  sur  qui  Clovis  avait  jeté 
les  yeux,  et,  après  qu'elle  eût  été  cruellement  fustigée^ 
ordonna  qu'on  lui  coupât  Iescheveux,et  la  fit  suspendre 
fichée  à  un  pieu  sur  le  cheniinde  Clovis*,  La  mère  de  la 
Jeune  fille  fut  aussi  liée  et  livrée  à  de  longs  tourments, 
et  «i  la  força  de  déclarer  véritables  les  accusations 

iÇa  partit  étoile  supplice  du  pal:  teiatm  nuU  impositam 
âsfigi  aniê  mêtahm  CModovtehi  prme^.  Peut-être  cependant 
impoHtam  tndi  oe  se  rapporte-t-U  gu'au  mot  eoma  qui  figure  dans 
le  précédent  membre  de  phrase.  L'interprétation  que  noua  pM. 
iérons  sous  semble  plus  dans  le  caractère  de  Frédégonde. 


806  MORT  DE  CLOVIS. 

dont  elle  avait  été  Fobjet.  Frédégonde,  par  ce  moyen 
etpar  d'autressemblables,  persuada  Cliilpcric  et  lui  de- 
manda yengeance  de  Glovis.  Le  roi,  qui  parlait  alors  pour 
la  chasse,  se  fit  amener  secrètement  son  fils.  Lorsque  ce^- 
lui-ci  [ut  arrivé,  les  ducs  Didieret  Bobon^rayanl  pris  par 
Tordre  du  roi,  lui  lièrent  1(BS  mains;  on  le  dépouilla 
de  ses  armes  et  de  ses  habits,  on  le  couvrit  de  vêtemenis 
vils  et  on  le  conduisit  garrotté  à  la  reine.  Celle-ci  le  lit 
garder,  espérant  Tobliger  à  lui  dédarer  la  vérité  sur 
les  choses  qu'on  lui  avait  dites,  savoir  a  Tinstigation  de 
qui  il  avait  agi,  et  avec  qui  il  avait  des  relations  d'a- 
mitié. Il  nia  tout  le  reste,  mais  révéla  ses  Ualsdns  avec 
lïeaucoup  de  personnes  ;  et  trois  jours  après  la  reine 
ordonna  qu'on  le  conduisit  enchaîné  de  Tautre  côlé  de 
la  rivière  de  Marne,  et  qu'il  fût  gardé  dans  une  maison 
appelée  Noisi^;  là,  il  périt  frappé  du  couteau,  et  fut 
enterré  sur  le  lieu  même.  Cependant  il  vint  au  roi  des 
messagers  qui  lui  dirent  qu'il  s'était  percé  de  sa  main, 
'   affirmant  que  le  couteau  dont  il  s'était  frappé  était  en- 
core dans  la  blessure.  Le  roi  Ghilpéric,  trompé  par  ces 
paroles,  ne  pleura  point  celui  que,  comme  je  l'ai  dit,  il 
avait  livré  à  la  mort  par  les  suggestions  de  la  reine.  Ses 
domestiques  furent  dispersés  en  divers  lieux  ;  sa  mèrt 
périt  d'une  mort  cruelle.  Sa  sœur  *  fut  menée  dans  un 
monastère  par  des  serviteurs  de  la  reine  qui,  en  route, 
la  violèrent;  elle  a  pris  l'habit  religieux  et  le  porte 
encore.  Toutes  leurs  richesses  fuient  Uvrées  à  la  reine. 

^  Xucetum» 

*Basine,  que  nous  retrouverons  plus  loin  excitant  de  grandt 
troubles  dans  le  monastère  de  Poitiers. 


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LES  EVÊQUES  ^LOFE  £1  ÉON.  âOd 

Quant  àla  femme  qui  avait  déposé  contre  CIoyIs,  elle  f  q} 

condamnée  à  être  brûlée.  Comme  on  la  conduisait  au 
fiappliQ3>  la  malheureuse  se  mit  à  réclamer  et  à  dé- 
clarer qu'elle  avait  menti.  Mais,  ses  paroles  n'ayant 
servi  de  rien,  elle  fui  liée  à  un  poteau  et  brûlée  vive.  Le 
trésorier  de  Giovis^  tiré  de  Bourges  par  Cuppa ^  comte 
de  rétablc ,  fut  envoyé  à  la  reine  garrotté  pour  être 
livré  à  divers  tourments.  Mais  celle-ci  ordonna  qu'il 
fût  délivré  de  ses  liens  et  exempté  du  supplice,  et^  à 
'  notre  intercession,  elle  lui  rendit  la  liberté. 

XLL— Ensuite  Élofe,  évèque  de  Ghâions^  envoyé 
comme  ambassadeur  en  Espagne  pour  les  affaires  de 
la  reine  Brunehaut^  fut  pris  d'une  forte  lièvre,  et  rendit 
l'esprit.  On  rapporta  son  corps,  qui  fut  enseveli  dans 
son  diocèse.  L'évèque  Éon,  envoyé  des  Bretons,  comme 
nous  Tavons  déjà  dit,  n'eut  pas  la  permission  de  re- 
tourner à  sa  ville  épiscopale,  et  fut  relégué  par  le  roi 
à  Angers,  pour  y  être  nourri  aux  frais  du  public.  Étant 
Tenu  à  Paris,  comme  il  y  célébrait  la  sainte  solennité 
du  jour  du  Seigneur,  il  tomba  à  terre  en  poussant  une 
sorte  de  hennissement  ;  le  sang  lui  sortit  par  la  bouche 
et  les  narines,  et  il  fut  emporté  à  bras.  Cependant  il 
guérit,  n  était  très-adonné  au  vin,  et  s'enivrait  quelque  - 
fois  d'une  manière  si  honteuse  qu'il  ne  pouvait  plus  se 
tenir  sur  ses  jambes. 
XLil.— Mir,  roi  de  Galice  S  envoya  des  messagers  au 

*Mir  ou  Théodemir  II,  roi  des  Suëyes  établis  en  Galice,  qui 
régna  de  570  à  583,  et  ramena  à  la  foi  catholique  la  plus  grande 
partie  de  son  peuple,  jusque-là  arièn» 


310  PRODIGES. 

roi  GoDiran.  Gomaie  i)s  iraversaieut  le  territoire  de 
Poitiers,  qui  appartenait  alors  à  ChiipériCy  ce  roi  eut 
aTÎs  de  leur  passage ,  et  ordonna  qu'on  les  prît ,  qu'on 
les  lui  amenât  et  qu'ils  fussent  gardés  à  Paris* 
Én  ce  temps,  un  loup  sorti  de  la  forêt  entra  dans 
Poitiers  ;  mais  les  portes  ayant  été  fermées^  on  le  tua 
dans  les  murs  de  la  Tille*  Quelques-uns  assurèrent 
aToir  TU  le  ciel  en  feu  -,  le  fleuve  de  la  Loire  grossit 
plus  que  Tannée  précédente,  et  le  Cher  vintlarejoindre^ 
Lè  vent  du  midi  souffla  avec  tant  de  Tiolence  qu'il  ren- 
versa les  forets^  abattit  les  maisons^  arracha  les  haies, 
et  fit  périr  des  hommes  même»  enlevés  dans  un  tour- 
billon qui  parcourut  en  largeur  un  espace  de  près  de 
sept  arpents.  On  n'a  pu  savoir  ni  estimer  jusqu'où  s'était 
prolongé  son  passage.  Les  coqs  chantèrent  souvent  au 
ôommencement  de  la  nuit.  La  lune  fbt  obscurcie,  et 
l'étoile  qu'on  appelle  comète  apparut  dans  le  ciel.  Il 
survint  ensuite  une  grande  contagion  parmi  le  peuple. 
Les  envoyés  des  Suèves,  relâchés  au  bout  d^une  année, . 
retournèrent  dans  leur  pays. 

XLI  IL— Mau^ilion,  évêque  de  Gahors,  souflûrait  cruel- 
lenient  de  la  goutte.  Mais  aux  douleurs  que  produit 
cette  maladie,  il  en  joignait  encore  de  plus  grandes» 
car  souvent  il  appliquait  à  ses  pieds  et  à  ses  jambes  un 
ïep  ardent,  pour  ajouter  aux  tourments  qu'il  souffrait. 
Comme  beaucoup  briguaient  son  .épiscopat,  il  choisit 
lui-même  Ursidn»  autrefois  référendaire  de  la  reine 


t  Cela  veul  dire  que  les  deux  ririères  débordées  ee  réunirent 
d«ni  l'espaoe  où  eUes  coulent  parallèlement  (Voir  (Hogr.) 


L'ÉVÉQUE  MAURILION.  •  ail 

Oltrogothe,  pria  qu'il  fût  consacré  avant  sa  moii,  èt 
sortit  ensuite  de  ce  monde.  Il  était  très-aumônier,  très- 
versé  dans  les  saintes  Écritures^  si  bien  qu'il  réciiait 
souvent  de  mémoire  les  diverses  généalogies  contenues 
dans  les  livres  de  Fancien  Testanaent,  et  que  peu  de 
personnes  peuvent  retenir.  Il  fut  aussi  très-juste  dans 
ses  jugements,  et  défendit  les  pauvres  de  son  Église  de 
Tatteintedes  mauvais  juges,  selon  ces  paroles  de  Job: 
J'avqis  délivré  1$  paum  qui  criait,  H  l^orpheHn 
n'avait  personne  pour  le  eeeourir;  jé  remplissais  de  con- 
solation le  cœur  de  la  veuve.  J'ai  été  l'œil  de  l'aveugle, 
le  pied  des  boiteux,  et  le  père  des  pauvret  K 

XLIY,  — Le  roi  Leuvigild  envoya  en  ambassade 
auprès  de  Chilpéric,  Agila,  homme  sans  esprit  et  sans 
méthode,  mais  seulement  ennemi  obstiné  de  la  loi  ca- 
tholique. En  passant  par  Tours,  il  se  mit  à  nous  atta- 
quer sur  notre  foi,  et  à  combattre  les  dogmes  de 
l'ÉgUse:  €  Ce  fut,  dit-il,  une  sentence  impie  que  celle 
par  laquelle  les  anciens  évôques  déclarèrent  le  Fils 
égal  au  Père  ;  car  comment  pourrait-il  êtra  égal  è 
son  père,  celui  qui  dit:  Mon  Père  est  pins  -grand  que 
mot*?  II  n'est  donc  pas  juste  qu'il  soit  regardé  comme 
semblable  à  son  Père,  à  qui  il  se  dit  inférieur,  è  qui 
il  se  plaint  de  la  tristesse  de  sa  mort;  à  qui,  au  der- 
nier moment,  il  recommande  en  mourant  son  psprit, 
comme  ne  possédant  lui-même  aucune  puissance; 
d'où  il  est  clair  qu'il  est  moindre  que  son  Père  d'âge 

*  Jo6,  chap.  XXIX,  V.  12,  13, 15,  16. 

*E9ang,  Btlonsaiiit  Jean,  chap.  xiv,  v.  28.  ^""^j 


GRÉGOIB£  £X.L'ARI£N  AGILÂ. 


et  de  pduToir.  »  A  cela,  je  lui  demandai  s'il  croyait 

Jésus-Christ  lils  de  Dieu,  s'il  avouait  qu'il  était  la 
science  de  Dieu^  sa  lumière^  sa  vérité,  sa  Tie,  sa  justice. 
Il  me  dit  :  «  Je  crois  que  le  Fils  de  Dieu  est  tout  cela;» 
et  moi  je  lui  répondis  :  a  Dis-moi  donc  en  quel  temps 
le  Père  a  été  sans  savoir,  en  quel  temps  sans  lumière, 
sans  vie,  sans  vérité,  sans  justice  ;  le  Père  ne  pou- 
vant être  sans  ces  choses ,  il  en  résulte  qu'il  n'a  pu 
exister  sans  son  Fils  :  ce  qui  s'applique  très-bien  au 
mystère  du  nom  du  Seigneur  ;  car  le  Père  ne  peut 
pas  être  ainsi  s'il  n'a  pas  de  Fils.  Uuand  tu  objectes 
qu'il  a  dit  :  Mon  Père  esl  plus  grand  que  moîS  sache 
qu'il  a  dit  ces  paroles  selon  l'humilité  de  la  chair 
qu'il  avait  revêtue,  afin  de  te  laire  connaître  que  tu 
n'étais  pas  racheté  par  sa  puissance,  mais  par  son 
humilité  ;  car  toi,  qui  allègues  ces  paroles  :  Mon  Père 
est  plus  grand  que  mai,  tu  dois  te  souvenir  qu'il  a 
dit  ailleurs  :  Mon  'Père  et  moi  nous  sommes  une 
même  chose*;  et  lorsqu'il  craint  la  mort  et  qu'il  re- 
oonunande  à  Dieu  son  esprit,  cela  doit  se  rapporter 
à  rinflrmilé  de  la  uahm,  et  cela  s'est  fait  afin  que, 
comme  on  le  croit  vrai  Dieu,  on  le  crût  aussi  homme 
véritable.  »  Et  lui  me  dit  :  «  On  est  inférieur  à  celui 
dont  on  accomplit  la  volonté.  Le  Fils  est  toujours  in- 
férieur à  son  père.  Parce  qu'il  fait  la  volonté  du  Père, 
qu'on  ne  voit  pomt  son  Père  faire  sa  volonté.  »  A 
quoi  je  lui  répondis:  «  Coniprciids  que  le  Père  existe 
dans  le  Fils  et  le  Fils  dans  le  Père  en  une  même  di- 

*Svang.  selon  saint  Jean,  chap.  xiv»  v,  SA.— *i<i.,  x,  30. 


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GRlÎGOIRfi  £T  AGILA.  818 

Tinité^  toujours  égale;  car,  aûn  que  tu  saches  que  le 
Père  fait  la  volonté  du  Fils,  s'il  reste  encore  en  toi 
quelque  foi  éyangélique,  écoute  ce  qu'a  dit  Jésus 
notre  Dieu,  lorsqu'il  est  venu  ressusciter  Lazare: 
Mon  pére,  dit-il,  je  vous  rends  grâces  <ie  ce  que  vous 
m'avez  exaucé.  Pour  moi,  je  savais  que  vous  m^exau- 
cez  toîijours;  mais  je  dis  ceci  pour  le  peuple  qui 
m'environne,  afin  qu'il  croie  que  c'estvousqmm'avex 
envoyé  ^  Et  lorsquMi  arriva  au  monvent  de  sa  passion, 
il  dit  :  Mon  Père,  glorifiez-moi  donc  aussi  maintenant 
en  vous-même  de  cette  gloire  que  j'ai  eue  en  vous 
avant  que  le  monde  fût  \  Et  le  Père  répondit  du  ciel  : 
Je  t'ai  déjà  glorifié  et  je  te  glorifierai  encore  Le  Fils 
est  donc  égal  au  Père  en  dignité,  et  non  moindre,  puis» 
qu'il  n'a  en  lui  rien  de  moindre.  Si  tu  le  confesses  Dieu, 
il  fout  nécessairement  que  tu  le  confesses  entier,  et  quQ 
rien  ne  lui  manque.  Si  tu  nies  qu'il  soit  entier^  tu  ne 
crois  pas  qu'il  soit  Dieu.  »  L'arien  répartit  :  «  C'est 
du  moment  qu'il  se  fut  fait  homme  qu'il  commença 
à  être  appelé  Fils  dé  Dieu;  car  il  fut  un  temps  où  il 
ne  rétait  pas.  »  Je  répondis  :  «  Ecoute  David  lors-  * 
qu'il  dit,  parlant  au  nom  du  Père  :  Je  vous  ai  en- 
gendré de  mon  sein  avant  Vétoile  du  jour'*,  et  Jean 
l'Ëvangéliste  dit  :  Au  commencement  était  le  Verbe,  et 
U  Yêrbe  était  avec  Dieu,  et  k  Verbe  était  l>ieu\*  et 

1  Èvemg,  selon  saint  Jean,  chap.  zi,  v.  41, 43. 

*  Èvang.  selon  saint  Jean  ,  chap.  xvii,  v.  • 
3  Evang.  selon  saint  Jean,  chap.  XW,  v.  28. 

*  Psaume  cix,  v.  4. 

*  Evang.  selon  saint  Jean,  chap.  i,  v.  1» 


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31-1  GRKCJOIRE  ET  AGILA. 

ensuite  :  le  Verbe  a  été  fait  chair,  et  il  a  htUnU 
parmi  noue,  et  toutee  eham  ont  été  faites  par  lut  ^ 
MaiS|  aveuglés  par  le  poison  de  voire  opinion,  vous 
ne  pensez  sur  Dieu  rien  qui  soit  digne  de  lui.  »  Alors 
l'hérétique  ine  dit  :  «  Ne  prétendez-vous  pas  aussi  que 
le  Saint-Esprit  est  Dieu>  et  ne  le  regardez-vous  pas 
comme  égal  au  Père  et  au  Fils  t  »  A  quoi  je  répondis  : 
€  n  n'est  en  eux  trois  qu'une  seule  volonté ,  une  seule 
puissance^  une  seule  action;  un  seul  Dieu^  un  dans  la 
trinité  et  triple  dans  Tunité.  Ce  sont  trois  personnes, 
mais  un  seul  royaume,  une  seule  majesté,  une  seule 
puissance  et  toute-puissance.  »  Et  lui  me  dit  :  a  L'Esprit 
8unt,  que  tu  élèves  au  même  rang  que  le  Père  et  le 
Fils,  doit  être  regardé  comme  moindre  que  tous  deux; 
car  nous  lisons  qu'il  a  été  promis  par  le  Fils  et  envoyé 
par  le  Père,  et  personne  ne  promet  que  ce  qu'il  a  sons 
sa  domination^  et  personne  n'envoie  que  ce  qui  lui 
est  inférieur,  comme  il  le  dit  lui-même  dans  l'Évan- 
gile :  Si  je  ne  m'en  vais  point,  le  Consolateur  ne  vien* 
dra  poi$U  à  vous  ;  mais  si  je  m'en  vais,  je  vous  l'enr 
verrai*.  9  Et  je  rendis  à  cela:  «  Le  Fils  a  bien  pu 
dire  avant  sa  passion  que  s'il  ne  retournait  pas  vain- 
queur vers  son  Père,  et  après  avoir  racheté  le  monde 
par  son  propre  sang,  aûn  de  préparer  dans  l'homme 
une  habitation  digne  de  Dieu,  le  Saint-Esprit  qui  est 
Dieu  lui-même,  ne  pourrait  descendre  dans  un  sein 
fanatique  et  souillé  de  la  tache  du  péché  origmel  : 

Èomg^  selon  saint  Jean,  chap.  i,  t.  14, 3* 
^Évonf.  selon  «aint  Jean,  chap.  zv,  y.  7. 


GRÉGOIRE  ET  AGILA.  315 

car  VEiprit9aint,  dit  Soiïomon,  fuU  U  déguimMui^; 
et  td-même,  si  tu  as  quelque  espoir  de  résuirectiOD, 
De  parle  pas  coatre  le  Saint-Esprit  ;  car  le  Seigneur  a 
dit  :  Si  quelqt^un  a  parlé  eonêre  le  Saint-Esprit,  U  m 
M  sera  remis  ni  dans  ce  siècle  ni  dans  U  sUele  à 
venir  \  »  L'arien  repartit  :  a  C'est  celui  qui  envoie  qui 
esk  JÂea  et  non  eelut  qui  est emroyé.  »  Sarcela^îeM 
demandai  s'il  croyait  à  la  doctrine  des  apôtres  Pierre  et 
Paul  y  et  comme  il  me  répondit  :  a  J'y  crois,  »  j'ajoutai: 
<  Lorsque  Tapôtre  Pierre  réprimanda  Ananie^  à  cause  du 
mensonge  qu'il  avait  fait  à  l'égard  de  son  bien ,  vois 
ce  qu'il  lui  dit  :  Comment  Satan  a-t-il  tenté  iootre 
Mtir  p^  ÎMHS  porter  à  mentir  au  SuM-SspritP  Ce 
n'est  pas  aux  hommes  que  vous  avez  menti,  mais  à 
IHeuK  Et  Paul,  lorsqu'il  distingue  les  degrés  de  la 
grâce  spirituelle,  dit  :  C'est  U7i  seul  et  même  esprit  qui  , 
opère  toutes  ces  choses^  distribuant  à  chacun  les  dons  .  '  •  * 
qn^U  lui  plaitK  Géhii  qui  fàit  ce  qu'il  Teut  n'est  en 

«  * 

lâ  puissance  de  personne.  Mais  comme  je  le  disais  . 
tout  à  riieure,  "vous  n'atez  pas  une  pensée  droite  sur 
la  sainte  Trinité^  et  la  mort  d'Ârhis.  dont  TOUS  suives  *'  - 
l'opinion,  montre  assez  Timpie  perversité  de  sa  secte.  » 
Âlorsilmerépcmdit:  a  Ne  blasphème  pas  la  loi  quêta 
n'adores  point;  nous  ne  blasphémons  pas  ce  que  vous 
eioyez,  bien  que  nous  ne  le  croyions  pas,  car 

*  Sagesse,  chap.  i,  v.  5.  V  ^ 

*  Étang,  selon  saint  Mathieu,  chap.  xii,  v.  .32.  « 
3  Actes  de»  Apétres,  chap.  v,  v.  3,  4« 

*jre £p(tra  de  samt  Paul  aux  CorinthieoB»  ébap.  xa,    11.  ' 


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I 


316  GRÉGOIRE  ET  AGILA. 

ce  n'est  pas  un  crime  de  penser  ceci  et  cela;  et  nous 

disons  vulgairement  à  celui  qui  passe  entre  un 
temple  des  Gentils  et  une  église  de  Dieu  :  ce  n'est 
point  une  faute  de  les  révérer  l'nn  et  l'autre.  »  Aper- 
cevant alors  son  erreur  insensée^  je  lui  dis  :  a  A  ce  que 
je  vois,  tu  te  déclares  défenseur  des  Gentils  et  partisan 
des  hérétiques  ;  car  en  même  temps  que  tu  corromps 
les  dogmes  de  TÉglise^  tu  reconnais  qu'on  peut  adorer 
les  abominations  des  païens;  tu*  ferais  bien  mieux > 
de  t*armer  de  la  vérité  qu'Abraham  reconnut  au- 
près du  chêne,  Isaac  dans  le  bélier^  Jacob  sur  la  pierre» 
Moise  dans  un  buisson,  qu'Aaron  porta  figurée  sur 
son  rationai^,  que  David  célébra  au  son  du  tympanon, 
que  Salomon  annonça  selon  Fesprit,  qu'ont  chantée 
tous  les  patriarches,  tous  les  prophètes,  la  loi  elle- 
même  et  les  oracles;  que  notre  confesseur  Martin, 
ici  présent,  a  possédée  dans  son  cceur,  manifestée 
dans  ses  œuvres;  et  alors,  converti. à  la  foi  d'une 
trinité  inséparable,  et  recevant  de  nous  la  commu- 
nion ,  ton  cœur  serait  purgé  du  poison  d'une 
croyance  perverse,  et  tes  iniquités  seraient  eHacées.  » 
Mais  lui,  transporté  de  fureur,  et  je  ne  sais  pourquoi, 
irrité  jusqu'à  la  folie,  me  dit  :  a  Que  mon  âme  se  dé- 
tache des  liens  de  ce  corps,  avant  que  j'accepte  la 
communion  d'aucun  prêtre  de  votre  religion;  »  et 
moi  :  ((  Que  Dieu  ne  permette  pas  que  notre  religion  et 
notre  foi  puissent  s'attiédir  de  telle  sorte  que  nous 

*  Voir  la  note  de  U  p.  1S3. 


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CHILPÉRIC  THÉOLOGIEN.  317 

dispensions  les  saints  mystères  aux  chiens ,  et  expo- 
sions devant  de  salos  pourceaux  la  sainteté  de  ces 
précieuses  perles.  »  Alors,  terminant  la  dispute,  il  se 
leva  et  s'en  alla.  Mais  peu  de  temps  après,  de  retour  en 
Espagne»  se  voyant  affaibli  par  la  maladie^  il  se  con^ 
TerHt  par  nécessité  à  notre  religion. 

XLV. — En  ce  même  temps,  le  roi  Chilpéric  écrivit 
mi  petit  traité  portant  qu'on  devait  appeler  la  sainte 
Trinité  Dien  sans  distinction  de  personnes,  parce  que, 
disait-il,  il  était  indigne  de  Dieu  qu'on  lui  attribuât  la 
qualification  de  personne,  comme  à  un  homme  fait  de 
chair  ;  il  prétendait  aussi  que  le  Père  éfaf  tle  même  que 
le  Fils,  et  le  Saint-Esprit  le  même  que  le  Père  et  le  Fils. 
«  C'est  ainsi,  disait-il,  qu'il  s'est  montré  aux  prophètes 
et  aux  patriarches,  et  c'est  ainsi  que  Ta  annoncé  la 
loi  elle-même.  j>  Et  lorsqu'il  ordonna  que  cela  me  fût 
lo,  il  me  dit:  c  Je  veux  que  toi  et  les  antres  docteurs  de 
FÉglise  le  cro^fiez  ainsi.  »  Je  lui  répondis  :  a  Quitte 
cette  erreur,  roi  très-pieux;  il  te  convient  de  suivre 
les  doctrines  qui  nous  ont  été  transmises»  après  les 
apôtres,  par  les  aulres  docteurs  de  l'Église,  qu'ont 
enseignées  Hilaire  et  Ëusèbe,  et  que  toi-même  as 
confessées  à  Ion  baptême.  »  Alors  le  roi  irrité  dit  : 
«  11  est  manifeste  qu'en  cette  affaire  Ëusèbe  et  Hilaire 
sont  mes  ennemis  déclarés.  »  Â  quoi  je  répondis: 
a  n  te  faut  prendre  garde  de  n'offenser  ni  Dieu  ni  ses 
saints;  car  tu  sais  qu'à  les  considérer  dans  leur  per- 
sonne, autre  est  le  Père,  autre  est  le  Fils,  autre  est  le 
Saint-Esprit.  Ce  n'est  point  le  Père  qui  s'est  fait  chair, 

18. 


318  CHILPÉRIC  GRAMMAIRIEN.  * 

non  plus  que  le  Saint-Esprit;  c'est  le  Fils.  Celui  qui 
était  niïs  de  Dieu,  pour  racheter  les  hommes,  s'est 
fait  aussi  fils  d'une  Tierge.  Ce  n'est  pas  le  Père  qui 
a  souffert  la  Passion^  ce  n'est  pas  FEsprit  saint,  c'est 
le  Fils,  afin  que  celui  qui  s'est  fait  chair  en  ce  monde 
fût  offert  pour  le  momie.  Ce  n'est  point  corporelle- 
ment,  mais  spirituellement,  que  s'entendent  les  per- 
sonnes dont  tu  parles.  Il  n'est  donc  en  ces  trois  per- 
sonnes qu'une  seule  gloire^  une  seule  éternité,  une 
seule  puissance.  0  II  me  dit  en  colère  :  a  11  faut  que 
je  montre  ceci  à  de  plus  sages  que  toi  qui  seront  de 
mon  avis.  Et  moi  je  lui  dis  :  a  Ce  ne  sera  pas  un 
sage,  mais  un  insensé  celui  qui  voudra  adopter  ce 
que  tu  proposes.  »  Furieux  de  ces  paroles^  il  garda  le 
silence.  Peu  de  jours  après,  vint  Sauve,  évêque  d'Alby. 
Le  roi  ordonna  qu'on  lui  lût  cet  écrit,  le  priant  d'en  être 
d'accord.  Sauve,  l'ayant  entendu,  le  repoussa  à  tel  point 
que,  s'il  eût  pu  saisir  le  papier  qui  contenait  ces  pré- 
ceptes, il  l'eût  déchiré  en  morceaux;  en  sorte  que  le  roi 
abandonna  son  projet.  Cliilpéric  écrivit  aussi  des  livres 
de  vers  à  la  façon  de  Sédule  ;  mais  ils  ne  sont  conformes 
à  aucune  règle  métrique.  Il  igouta  encore  plusieurs 
lettres  à  notre  alphabet,  savoir,  le  w  des  Grecs,  le  ce, 
fA6|  tttit,  qu'il  figura  de  la  manière  que  voici  :  t»,  <f>, 
Z,  A*  ;  il  envoya  des  ordres  dans  toutes  les  cités  de  son 

*  Les  manuscrits  varient  sur  la  forme  et  le  son  de  ces  carac- 
tères, et  Aimoin  les  donne  autrement  que  Grégoire  do  Tours  : 
«  Le  roi  Chilpuric,  dit-il,  ajouta  à  nos  lettres  l  u  grec  et  troia 
«  autres  inTentées  par  lui,  et  dont  nobs  insérons  ici  la  forme 
«  et  le  son  ;  x  ^  ^*  f  «  (Aimoin»  âê (UtHi  Frmtêor.\  liv. 
llh  ohap.  XL.)  Le  dire  d' Aimoin  me  parait  plus  probable  que 


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LES  ÉVÉQUES  AG RIGOLA  ET  DALMATE.  '  819 

loyaume  pour  qu'on  les  enseignât  aux  enfants,  et  pour 
que  les  livres  ancieimement  écrits  Itissent  elfacés  à  la 
pierre  ponce,  et  récrits  de  nooTcau. 

XLVL  — En  ce  temps,  mourut  Agricola>  évêque  de 
Châlon,  homîne  sage  et  d'un  esprit  poli,  de  race  séna* 
toriale»  11  éleva  dans  sa  cité  beaucoup  d'édifices,  bâtit 
des  maisons,  érigea  une  église  soutenue  par  des  co- 
lonnes, et  ornée  de  marbres  Tariés  et  de  peintures  en 
mosaïque.  Ce  fut  un  homme  d'une  grande  abstinence, 
ne  faisant  Jamais  d'autre  repas  que  le  souper^  et  il  y 
demeurait  si  peu  de  temps  qu'il  se  lerait  de  table  avant 
le  coucher  du  soleiL  II  était  petit  de  stature,  mais  d'une 
très-grande  éloquence.  Il  mourut  la  qaarante*huitième 
année  de  son  épiscopat,  la  quatre-vingt-troisième  de 
son  ftge.  11  eut  pour  successeur  Flavius  »  référendaire 
du  roi  Gontran. 

XLVii.  —  En  même  temps,  sortît  aussi  de  ce  monde 
Dalmate»  évêque  de  la  cité  de  Rhodez,  homme  éminent 
en  toute  sainteté,  portant  son  abstinence  et  sur  la  nour- 
riture et  sur  les  désirs  de  la  chair,  aumônier,  humain 
pour  tou9,  assidu  à  Toraison  et  aux  veilles.  Il  construisit 
une  église  ;  mais,  comme  il  Tayait  fait  souvent  abattre 
pour  plus  de  perfection,  il  la  laissa  inachevée.  Après  sa 
mort,  beaucoup  de  gens,  comme  de  coutume»  brigué* 

celui  do  Grégoire  de  Tours;  les  iroii  tons  que,  selea  loi,  Chil- 
péric  essaya  de  représenter  psr  des  lettres,  ch,  th,  fh,  se  trqv^ 
rent  en  effet  dans  les  langues  germaniques,  et  les  trois  formes 
qu'U  7  Toulut  appliquer,  x»  9,  f,  sont  empruntés  4  l'alpkabet 
grec  ;  tandis  qu'il  n'y  a  aucun  rapport»  dans  aucune  de  ces 
'  langues,  entre  les  sons  et  les  caractères  dont  Grégoire  de 
Tours*^sit  mention^ 


930  LE  PRÊTRE  TRANSOBADE.^ 

relit  9on  siège  ;  mais  le  prêtre  Transobade^  autrefois  son' 
archidiacre,  y  avait  de  grandes  prétentions,  se  liant  à  ce  * 
qu'il  avait  placé  son  fils  auprès  de  Gogon,  alors  nour- 
ricier^ du  roi.  Cependant  révêque  avait  fait  un  testament, 
dans  lequel  il  indiquait  au  roi  qui  devait  être  cboisi 
après  sa  mort,  le  conjurant,  au  nom  des  choses  les  plus 
terribles,  de  ne  pas  mettre  dans  cette  Église  un  étran- 
ger, ni  un  homme  adonné  à  la  cupidité,  ou  encbainé 
dans  le  mariage ,  mais  de  lui  désigner  pour  succes- 
seur un  homme  libre  de  ces  liens,  et  qui  n'eût  de 
pensée  que  pour  louer  le  Seigneur.  Le  prêtre  Tran- 
sobade  donna  en  cette  ville  un  festin  aux  clercs  ;  pen- 
dant qu'ils  étaient  à  table,  un  des  prêtres  commença  à 
blâmer  par  des  paroles  imprudentes  Févêque  dont  j'ai 
parlé,  et  s'emporta  au  point  de  l'appeler  sot  et  insensé. 
Comme  il  disait  ces  mots,  récbanson  s'approcha,  lui 
apportant  à  boire  ;  mais  tandis  qu'il  prenait  le  vin  pour 
rapprocher  de  ses  lèvres,  on  le  vit  se  mettre  à  trembler, 
lâcher  le  vase,  pencher  sa  tête  vers  le  convive  qui  était 
proche  de  lui  et  rendre  Fesprit.  Porté  du  festin  au  tom- 
beau, il  fut  mis  en  terre.  Lorsque  le  testament  de 
révêque  eût  été  lu  en  présence  du  roi  Gbildehert  et  de 
ses  grands,  Tbéodose,  alors  archidiacre  de  la  ville,  fut 
sacré  évéque. 

XLVIIL— Ghilpéric  apprenant. tout  le  mal  que  Leu- 
daste  faisait  à  TÉglise  et  au  peuple  de  Tours,  envoya 
Ansovald,  qui,  venant  à  Tépoque  de  la  lèle  de  saint 

*  Nulritius.  Ce  mot  parait  avoir,  d'après  Ducange,  le  même 
■eus  ici  que  mtritor  tu  livre  VIII|  chap.  zzii. 


9  #  LE  COMTE  LEUDASTE.  m 

Martin^  aprèAvoir  consulté  le  choix  du  peuple  etlo 
nôtre^éleya  Ëunome  à  la  dignité  de  comte.  Leudaste^ 
86  voyant  éloigné^  alla  vers  Gbilpéric,  et  lui  «lit: 
^  «  Jusqu'à  présent,  ô  roi  très-pieux,  j'ai  gardé  ta  ville  de 
Tours,  et  maintenant  que  je  suis  écarté  de  mes  fonc- 
tions,  avise  à  la  faire  garder,  car  tu  sauras  que 
révêque  Grégoire  a  dessein  de  la  livrer  au  fils  de 
Sighebert.  »  Le  roi  lui  répondit  :  a  Point  du  tout; 
e^est  parce  qu'on  t'a  destitué  que  ta  inventes  ces 
choses.  »  Et  alors  Leudaste  ajouta  :  «  L'évêque  dit 
encore  bien  autre  chose  de  toi;  il  prétend  que  la 
reine  se  livre  en  adultère  à  révêque  Bertrand.  »  Alors 
le  roi  irrité,  le  frappant  des  pieds  et  des  poings,  or- 
donna qu'il  fût  chargé  de  fers  et  renfermé  dans  une 
prison. 

XLIX.  ~  Gomme  ce  livre  demande  à  prendre  fin»  je 
veux  raconter  ici  quelques-unes  des  actiqns  de  Leu- 
daste, en  faisant  d'abord  connaître  sa  naissance,  sa 
patrie  et  son  caractère.  11  naquit  dans  une  Ile  du  Poitou, 
nommée  nie  de  Rhé  \  d'un  nommé  Léocade,  serf  d'un 
vigneron  du  fisc.  On  le  fit  venir  pour  le  service  royal, 
et  il  fut  placé  dans  les  cuisines  de  la  reine  ;  puis,  comme 
il  avait,  dans  sa  jeunesse^  les  yeux  chassieux,  et  que 
râcreté  de  la  fumée  leur  était  contraire,  on  le  fit  passer 
du  pilon  au  pétrin  ;  mais,  tout  en  paraissant  se  plaire  au 
travail  des  pâtes  fermentées,  il  prit  la  fàite  et  quitta  le 
service.  Ramené  deux  ou  trois  fois,  comme  on  ne  pou- 
vait le  retenir,  on  le  punit  en  lui  coupant  une  oreille  : 

1  Croiema  imuUu 

f  «. 

C  .... 


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8»  LEUDASTE. 

alors,  comme  il  n'était  aucune  puissance  capable  de  ca- 
cher la  note  d'infamie  imprimée  a  son  corps,  il  s'enfuit 
chez  la  reine  Marcovèfe ,  que  le  roi  Caribert ,  épris 
d'un  grand  amour  pour  elle,  avait  appelée  à  son  lit  à  la 
place  desasœor.  Elle  le  reçut  irolontiers,  et  Féleva  aux 
fonctions  de  gardien  de  ses  nieilleui  s  ctievaux.  Tour- 
menté de  vanité  et  livré  à  Torgueil,  il  brigua  la  place 
de  comte  des  écuries  S  et  Tayant  obtenue,  il  méprisa  et 
dédaigna  tout  le  monde,  s'emplit  de  vanité,  se  livra  à 
la  dissolution,  s'abandonna  à  la  cupidité,  et,  favori  de  sa 
maîtresse,  il  s'entremit  de  côté  et  d'autre  dans  ses  affai- 
res. Après  sa  mort,  engraissé  de  butin,  il  obtint  du  roi 
Caribert,  par  ses  présents,  d'occuper  auprès  de  lui  les 
mêmes  fonctions;  ensuite,  en  punition  des  nombreux 
péchés  du  peuple,  il  fut  nommé  comte  de  Tours.  Là,  il 
s'enorgueillit  de  sa  dignité  avec  encore  plus  d'insolence, 
se  montra  âpre  au  pillage,  arrogant  dans  les  querelles, 
souillé  d'adultères,  et  par  son  activité  à  faire  naître  la 
discorde  et  à  semer  la  calomnie,  il  amassa  des  trésm 
considérables. 

Après  la  mort  de  Caribert,  la  cité  étant  tombée  dans 
le  partage  de  Sighebert,  Leudaste  passa  à  Chilpéric  et 
tout  ce  qu'il  avait  amassé  injustement  lui  fut  enlevé 
par  lesfldèles  de  Sighebert.  Quand  Chilpéric  fit  envahir 
par  son  fils  Théodebert  la  dié  de  Tours,  où  déjà  alors 


'  Coma  ttahuli.  Ce  n'était  pas  encore  le  connétable  des  siècles 
suivants,  premier  dignitaire  militaire,  mais  une  aorte  d'intM- 
dant  chargé,  comme  son  nom  l'indique»  de  la*8unreiUanco  des 
écuries  royales. 


V 


«  ■  ■ 


LEUDâSï£.  323 

j'étais  en  fonctions,  celai-ci  me  recommanda  vivement 

d'aider  à  faire  rentrer  dans  sa  dignité  première  Tancien 
comte.  Leùdasle  se  montrait  envers  moi  humble  et 
soamis^  j  urant  souyent  sur  le  tombeau  du  saint  évéque 
qu'il  ne  ferait  jamais  rien  contre  les  lois  de  la  raison  et 
qu^il:me  serait  fidèle  en  toutes  choses^  tant  sur  ce  qui 
regarderait  mes  propres  intérêts  que  sur  les  besoins  de 
rÉglise»  car  il  craignait,  ce  qui  arriva  en  effet ^  que  la 
viUe  ne  retournât  sous  la  domination  du  roi  Sighebert. 
Celui-ci  étant  mort  et  Chilpéric  l'ayant  de  nouveau 
remplacé,  Leudaste  rentra  dans  les  fonction^  de  comte. 
Mérovée  étant  venu  à  Tours,  lui  enleva  tout  ce  quMl 
possédait.  Pondant  les  deux  années  où  Siglicbert  avait 
tenu  la  ville  de  Tours,  il  s'était  tenu  caché  en  Bretagne  ; 
puis,  remis  en  possession,  comme  nous  TaTons  dit,  de 
la  place  de  comte  ^  il  s'emplit  d'un  tel  orgueil  qu'il 
entrait  dans  la  maison  épiscopale  couvert  de  sa  cuirasse 
et  de  son  corselet,  armé  d'un  carquois,  une  lance  à  la  ' 
main  et  le  casque  sur  la  lète^  ne  se  liant  à  personnCi 
parce  qu'il  élait  ennemi  de  tous.  S'il  siégeait  comme 
juge  avec  les  principaux  du  pays,  soit  laïques,  soit 
clercs^  et  qu'il  vit  un  homme  soutenir  son  droite  aussitôt 
il  entrait  en  fureur,  et  vomissait  des  injures  contre  les 
citoyens;  il  faisait  entraîner  les  prêtres  les  mains  liées, 
frappait  de  verges  les  soldats  et  commettait  tant  de 
cruautés  qu'à  peine  pourrait-on  les  raconter.  Après  le 
départ  de  Mérovée  qui  lui  avait  enlevé  sou  bieui  il  se 
porta  accusateur  contre  nous,  soutenant  faussement  qae 
c'était  par  notre  conseil  que  Mérovée  s'était  cm;  aré  de 


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^  LEUDASTB  ACCUSE  GRÉGOIRE. 

ce  qu'il  possédait.  Mais,  après  nous  avoir  causé  plusieurd 
dommages,  il  nous  renouvela  ses  serments  et  jura  par 
la  couverture  du  sépulcre  de  saint  Martin  qu'il  ne  s'élè- 
verait plus  contre  nous. 

L.  <—  Gomme  il  serait  trop  long  de  passer  en  revue 
ses  parjures  et  tous  ses  méfaits ,  contentons  «nous 
de  raconter  comment  il  voulut  me  supplanter  par 
d'odieuses  calomnies»  et  comment  la  vengeance  divine 
s'appesantit  sur  lui,  afin  que  ces  paroles  fussent  accom- 
plies :  Quiconque  veut  supplanter  sera  supplanté,  et 
ces  wktreèi  Celui  qui  creuse  la  fosse  tombera  dedans  K 
Après  donc  m'avoir  fait  soutfrir  bien  des  maux ,  après 
avoir  enlevé  beaucoup  des  biens  de  l'Église^  il  s'adjoi- 
gnit le  prêtre  Kiculphe,  aussi  pervers  et  aussi  méchant 
que  lui,  et  alla  jusqu'à  ce  point  de  dire  que  j'avais  accusé 
la  reine  Frédégonde ,  affirmant  que  si  Ton  mettait  à  la 
torture  mon.  archidiacre  Platon,  ou  Gallien  mon  ami,  je 
serais  convaincu  des  paroles  qu'on  m'imputait.  Alors  le 
roi,  irrité  comme  je  l'ai  dit,  après  l'avoir  frappé  des 
pieds  et  des  poings,  ordonna  qu'il  fût  chargé  de  chaînes 
et  renfermé  dans  une  prison.  Leudaste  disait  tenir  ces 
propos  du  clerc  Riculphe.  Ce  Riculphe,  sous-diacre^  éga- 
lèmeni  léger  et  inconséquent,  s'était  concerté  depuis  un 
an  avec  Leudaste,  cherchant  une  occasion  de  m'otTenser, 
avec  l'Intention,  quand  il  y  serait  parvenu,  de  passer  do 
côté  de  Leudaste.Quand  il  eût  trouvé  cette  occasion,  il  alla 
le  rejoindre,  et,  après,  m'avoir  préparé  pendant  quatre 
mois  toutes  sortes  de  pié^'es  et  d  embûches,  il  revint  à 

iProv*,  cbap.  ixvi,  v.  27. 


ijiyitizeu  by  G 


LEUDASTE  ET  GRÉGOIRE.  335 

mÀf  de  même  que  Leudasfe^  et  me  pria  de  le  recevoir  ei 
gmco.  Je  cédai  ,  je  l'avoue,  et  je  reçus  ouvorlemoni 
dans  ma  maison  mi  ennemi  caché.  Lors  du  départ  do 
Leudaste^  Riculphe  se  jeta  à  mes  pieds  disant  :  «  Sî  ta 
ne  me  secours  promptcment,  je  vais  périr.  A  l'insti- 
gation de  Leudaste,  j'ai  parlé  comme  je  ne  devais 
pas  le  faire;  envoie-moi  donc  en  d'autres  royau- 
mes, car  si  tu  ne  le  fais  pas^  je  serai  pris  par  les  gens 
du  roi  et  livré  aux  derniers  supplices.»  Je  lui  dis: 
«  Si  tu  as  dit  quelque  chose  qui  ne  convenait  pas, 
que  tes  paroles  retombent  sur  ta  tête;  je  ne  te  ren- 
verrai pas  y  de  peur  de  devenir  suspect  au  roi.»  Ce 
fut  alors  que  Leudaste  se  porta  son  accusateur,  di- 
sant qu'il  tenait  du  sous-diacre  Riculphe  les  discours 
dont  j'ai  parlé.  Leudaste»  relâché»  fut  seulement  gardé 
à  vue,  et  le  sous-diacre  encliaîné  prétendit  que  Gal- 
lien  et  l'archidiacre  Platon  avaient  été  présents  le 
jour  ou  révéque  avait  fait  entendre  ces  propos.  Quant 
à  Riculphe  le  prêtre',  qui  avait  déjà  reçu  de  Leudaste 
la  promesse  de  Tépiscopat»  il  en  était  tellement  exailé 
qu'il  égalait  en  orgueil  Simon  le  Magicien.  Après 
m'avoir  prêté  serment  trois  fois  ou  plus  sur  le  tombeau 
de  saint  Martin,  il  m'accabla  de  tant  d'ii^ures  et  d'ou- 
trages ,  le  sixième  jour  après  Pâques,  qu'à  grand'peine 
put-il  se  retenir  de  porter  les  mains  sur  moi  ;  et  il  était 

1  II  faut  prendre  garde  ù  distinguer  Riculphe  le  prêtre  de 
Uiculphc  le  sous-dtacre,  l'un  et  l'auire  ennemis  de  Grégoire, 
mais  le  second  iûstrament  plus  direct  de  la  yengeance  de 
Leudaste. 

'  19 


32C   *  PERSÉCUTIONS  DE  LEU&ASIE. 

plein  de  confiance  dans  les  pièges  qu'il  m'avait  asp- 
prêtés.  Le  lendemain,  c'est-à-dire  le  samedi  de  Pâques, 
Leudaste  vint  dans  Ja  ville  de  Tours  >  feignant  des'f 
raidre  pour  tout  autre  chose;  il  se  saisit  dé  Gallienet 
de  l'archidiacre  Platon^  les  ût  charger  de  fers^  dépouiller 
de  leurs  Tètements,  et  ordonna  qu'ils  Cassât  menés  à 
la  reine.  J'étais  alors  dans  la  maison  épiscopale.  En 
apprenant  cette  nouvelle»  plein  de  tristesse  et  de  trouhie» 
j'entrai  dans  mon  oratdre  et  j'y  pris  le  livre  des  psaumes 
de  David  afin  de  trouver  en  rouvrant  quelque  verset 
qui  m'apportât  de  la  consolation*  Jetombaisur  celui-ci  : 
H  les  mena  phim  ^etpératweêtlewr  èUiUMe  crainiey 
leurs  ennemis  ayant  été  couverU  par  la  merK 
pendant  Leudaste^ayantoomnKnoéàtnmrser  lefleuvo 
sur  un  ponton  formé  de  deux  èaleamc  attudiéf  i'nn 
à  l'autre ,  celui  sur  lequel  il  se  trouvait  fut  submer- 
gé>  et»  s'il  ne  se  fût  sauvé  en  nageant»  éà  conrait  dsque 
de  périr  avec  ses  compagnons.  Mais  Pautre  bateau,  atta- 
ché au  premier,  et  portant  les  prisonniers  eDchaûoés»^ 
soutint  sur  Feau  avec  la  protection  divine.  Les  captifs 
furent  conduits  au  roi,  accusés  vivement,  et  la  peine  ca- 
{Mtale  fut  requise  contre  eux.  Mais  le  roi»  aprè§  y  avfiir 
pensé  mûrement»  les  fitdélier  et  se  borna  àles  rot«nir  * 
sous  une  garde  libre,  sans  leur  faire  aucun  mal. 
.  Le  duc  Bérulphe»  de  concert  avec  le  comte  Ënoome^ 
imagina  de  répandre  le  faux  bruit  que  la  cité  de 
Tours  était  en  danger  d'être  prise  par  le  roi  Contran» 
et  «afin»  dirent-ils»  de  prévenir  toute  négligence»  il. 

i  Ptaume  lxxtii»  v*  5S. 


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MODESTE  ET  LE  CLERC  BICULPHfi.  39f7 

Itatinèfire  des  gardes  à  la  ville.  »  Us  placèreal  donc, 

aux  portes  des  gardes  qui,  sous  prétexte  de  dé- 
fendre la  Tille,  s'assurèrent  en  .effet  de  ma  personne. 
Us  m^enToyèrent  ans^  des  gens  qui  me  conseil- 
lèrent de  prendre  en  secret  ce  qu'il  y  avait  de  meil- 
leur dans  le  trésor  de  TÉglise  et  de  m'enfuir  en  Au» 
vergue,  mais  je  n'y  voulus  point  consentir.  Alors  le 
roi,  ayant  mandé  les  évêques  de  son  royaume,  ordonna 
(fue  l'afibire  fût  examinée  avec  sora.  Le  clerc  lUculphe 
était  souvent  interrogé  en  secret,  et  comme  il  débitait 
contre  moi  et  les  miens  ij^eaucoup  de  faussetés,  fin  cer- 
lain  Modeste,  ouvrier  en  bois,  lui  dit  :  €  Malheureux,  qui 
fsomplotes  avec  tant  d'obstination  contre  ton  évêque,  tu 
tet0i»mmui  de&etaire,et  de  lui  demander  pardon  pour 
m  objtoir  ta  piftce.  »  A  ces  moAs,  Biculfâie  se  prît  à 
Qi^r  :  $t     vQÂQji  .un  qui  me  conseille    Mmce,  pour 

qn^  ne  pmiinnîvje  pas  laidéoonverteite  Âa  vérJUé  :  c^jeni 
119  ennenû  de  la  reine;  qui  ne  veut  pas  qu'on  Informe 
l^^trj^  ceux  qui  Tout  accusée.  »  Ces  paroles  furent 
IHHKirléd»  de  «Nute  A  la  rieiae*  Medeste  Ait  «aiai, 

i^pp^iqué  à  la  torture,  flagellé,  garrotté  et  jeté  en 
l\ij^g^.  Tandis  x|u'au  milieu  de  la  nuit  il  était  entre 
'  ,4^x  gfudes,  enebaloé  1^  ceifxui  par  dâi  ceps,  coinme 

ses  gardiens  s'étaient  endormis,  il  adressa  à  Dieu  une 
Asaifion,  le  priant  de  daigner,  dans  sa  puissance,  visiter 
inni  malheureux;  et  de  permettre  que  saint  Martin, 
-évêque,  vint  avec  saint  Médard  délier  celui  qu'on  avait  in- 
ll^temeiit  euq^alii|^v^usu  Inrîsa  ses  li^s,  roij^pitlep 
ceps.ottvrit  la  porte  et  se  réfugia  4an8<la  basilîqiie  de 


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S28  GRÉGOIRE  DEVANT  LES  ÉVÈQUES. 

Saint-Médard  où  nous  étions  à  yeiller  pendant  la  nuit. 

Les  évêqiics,  assemblés  à  BraineS  reçurent  l'ordre 
de  se  réunir  dans  une  même  maison.  Le  roi  vint  les 
trouver»  leur  donna  à  tous  le  salut,  en  reçut  la  bénédic- 
tion et  s'assit  avec  eux;  alors  révèqiie  Bertrand, 
de  la  cité  de  Bordeaux,  attaqué  lui-même  par  le 
rapport  fait  contre  la  reine,  exposa  Faflàire  et  m'inter- 
pella comme  auteur  de  Taccusation  portée  contre  la 
reine  et  lui.  Je  niai  en  toute  vérité  avoir  dit  ces  choses^ 
ajoutant  que  d'autres  pouvaient  les  avoir  entendues, 
mais  que  je  ne  les  avais  pas  même  pensées  En 
dehors,  le  peuple  faisait  grand  bruit  et  disait  :  a  Pour- 
quoi impute-t-on  de  telles  choses  à  Févêque  de  Dieuî 
Pourquoi  le  roi  poursuit-il  une  telle  atlaire?  Un  évéque 
anrait-il  jamais  pu  ainsi  parler,  même  d'un  esdavet 
Hélas,  hélas  l  Seigneur  Dieu,  prêle  secours  à  ton  servi- 
teur. »  Cependant  le  roi  disait  :  <  L'accusation  portée 
contre  mafemme  est  un  opprobre  pour  moi.  Si  vous  jugez 
à  propos  qu'on  produise  des  témoins  contre  Tevêque,  les 
voilà  ici  ;  mais  s^il  vous  parait  préférablede  s'en  remettre 
à  la  bonne  foi  de  l'évêque,  dites,  et  je  me  conformerai  à 
votre  décision.  »  Tous  admirèrent  la  prudence  et  la  mo- 
dération du  roi,  et  comme  ils  s'accordaient  à  dire  :  a  Un 

'  Brennacum. 

•  *  Negavi  ego  in  veritate  me  hxc  locutumy  et  audisse  quidem  hœc 
aUos,  me  non  excogitasse.  MM.  Guadet  et  Taranne  traduisent  : 
«  que  si  d'autres  les  avaient  entendus,  pour  moi  j'y  étais  parfai- 
tement étranger.  »M.  Gttértrd  mettait  point  et  Tirgale  après 
auditse  quidem,  et  traduisait  ainsi  :  «J'assurai  n'avoir  jamais  tenu 
ni  entendu  tels  propos  ;  ils  avaient  pu  entrer  dans  la  pensée 
d'autrai,  non  dans  la  mienne.  » 


JUSTIFICATION  DE  GRÉGOIRE.  m 

inférieur  ne  peut  être  cru  sur  le  compte  d'un  évéque,  » 
TaOairc  se  borna  à  cela  qu'ayant  dit  des  messes  sur 
trois  autels»  je  me  purgeai  par  serment  des  paroles 
qu'on  m'imputai l;  et  quoique  ces  choses  fussent  con- 
traires aux  canons^  elles  se  iirent  cependant  en  considé^ 
ration  du  roi.  Mais  je  ne  dois  pas  passer  ici  sous  silence 
que  la  reine  Higonlhe^  partageant  mes  douleurs^  jeûna 
aTec  toute  sa  maison^  jusqu'à  ce  que  je  lui  eusse  fait 
annoncer  par  un  serviteur  que  j'avais  accompli  tout  ce 
qui  m'était  imposé.  De  retour  auprès  du  roi,  les  évêques 
lui  dirent  :  «  0  roi,  tout  ce  qui  a  été  prescrit  à  l'évéque 
est  accompli.  Que  reste-t-il  à  faire  si  ce  n'est  de  te 
priver  de  la  communion,  ainsi  que  Bertrand^  accusa- 
teur d'un  de  ses  frères î  »  Et  lui  répondit:  «  Je  n'ai 
rapporté  que  ce  que  j'avais  entendu  dire.  )>  Et  comme 
ils  lui  demandaient  qui  avait  rapporté  ces  choses»  il  dit 
les  tenir  de  Leudaste.  Mais  cdui-ci»  faute  de  sagesse  ou 
de  courage,  avait  déjà  pris  la  fuite.  Alors  tous  les  évêques 
le  condamnèrent  conuoe  semeur  de  mensonges,  calom- 
niateur de  la  reine,  accusateur  d'un  évéque,  à  être 
exclu  de  toutes  les  églises  pour  s'être  soustrait  à  leur 
jagraient;  on  envoya  des  lettres  aux  évêques  qui  n'a- 
vaient pas  été  présents,  pour  leur  faire  part  de  cette  ré» 
solution;  puis  chacun  s'en  retourna  chez  soi.  Leudaste> 
ayant  appris  ce  qui  s'était  passé,  voulut  se  réfugier  dans 
la  basilique  de  Saint-Pierre  de  Paris  ;  mais,  instruit  de 
rédit  par  lequel  le  roi  défendait  qu'il  fût  reçu  de  per- 
sonne dans  son  royaume,  et  comme  son  fils  qu'il  avait 
laissé  dans  sa  maison  venait  de  mourir,  il  se  rendit  se- 


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880  SUPPLICE  DU  CLERC  RICULPBJE. 

ctètenteiit  à  Toar8>  et  fit  passer  à  Booiges  ce  qtft 

avait  de  plus  précieux.  Poursuivi  par  les  serviteurs  du 
i€i,  il  chercha  son  salui  daos  la  fuite;  sa  femme^  ayant 
été  prises  îdt  envoyée  en  eu!  dans  le  pays  de  Toamai  ; 
le  clerc  Riculphe  fut  condamné  à  mort;  j'eus  grand' 
peine  à  obtenir  sa  if  ie,  et  ne  pus  Teiempter  des  tour- 
mAto.  le.ne  crois  pas  qa'aœane  diose  ioanîroéei  au- 
cun métal  eût  pu  résister  aux  coups  que  supporta  ce 
■la&eureux.  A  latroisSème  heure^  on  le  suspendit  à  un 
arbre^  les  mains  liées  derrière  le  dos;  on  le  détacha  à 
la  neuviènie^  et  on  Fétendit  sur  des  roues,  où  il  fut 
frappé  à  coups  de  bâton»  de  verges,  de  courroies  inises 
en  double  ;  et  cela  non  par  un  on  deux  hommes  seide- 
ment;^  mais  autant  pouvaient  approcher  de  ses  miséra- 
bles membres,  autant  le  Irappai^t.  Tandis  qu'il  était 
dans  ces  tourments,  il  découvrit  la  vérité,  et  déclara 
publiquement  tout  le  secret  de  sa  fourberie.  U  dit  qu'on 
avait  accusé  la  reine  afin  de  la  faire  chasser  du  trône^ 
et  que  Clovis,  après  avoir  tué  ses  frères,  pût  entrer  en 
possession  du  royaume  de  son  père,  et  que  Leudaste  en 
eût  le  gouvernement  Le  prêtre  Riculphe,  qui,  déjà  du 
temps  du  bienheureux  évêque  Euphronius,  était  ami 
de  Clovis ,  aurait  demandé  l'évèché  de  Tours,  et  Tarchi- 
diaconat  avait  été  promis  à  Riculphe  le  clerc.  Revenu 
à  Tours  par  la  grâce  de  Dieu,  nous  y  trouvâmes  TÉglise 
mise  en  grand  désordre  par  Riculphe  le  prêtre.  Tiré 
sous  révêque  Euphronius  de  la  classe  des  pauvres,  ii 
avait  été  ordonné  archidiacre;  de  lù  élevé  a  la  prêtrise, 

il  revint  à  son  naturel,  toijfjours  hautain^  gonflé  d'ér* 


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RETOUR  DB  GRéOOIRE  DANS  ÈÙVI  DIOCÈSE.  981 

gueil^  présomptueux.  Taudis  que  j'étais  avec  le  roi>  il 
entra  impademnient  dans  la  maim  épiscopalej  comme 
s'il  eût  été  déjà  érêque  ;  il  fit  rimreiitaire  de  l'argeirte^ 
rie  de  réglise>  s'empara  de  tout  le  reste^  fit  des  présents 
am  principaux  clercs^  leur  distribua  des  vignes,  des 
prés;  aux  moindres,  il  donna  de  sa  propre  main  dès 
coups  de  bâton  et  les  maltraita  de  toutes  les  manières, 
leor disant:  «Reconnateses^freinattre^qiiiaolifèfRi 
îayictoire  sur  ses  ennemis,  dont  le  génie  a  purgé  la 
ville  de  Tours  des  gens  d'Auvergne,  a  11  ne  savait  pas, 
ce  misérafaie^  qu'exceplè  cinq,  tous  tes  évéques  qui 
avaieiit  occupé  le  siège  de  Tours  étaient  alliés  de  pa- 
renté à  notre  famille  j  il  avait  coutume  de  dire  à  ses  la- 
miliers  qu^on  ne  peut  tromper  un  homme  priident  ^e 
par  des  parjures.  A  mon  retour,  il  continua  à  me  té- 
moigner du  mépris  et  ne  vint  pas  me  saluer  ainsi  que 
le  firent  les  autres  citoyens,  et,  comme  il  menaçait  hao- 
tement  de  me  tuer,  j'ordonnai,  d'après  l'avis  des  évéques 
de  la  province,  qu'il  fût  envoyé  dans  un  moùastère. 
Tandis  qu'il  y  était  étroitement  renfermé,  survinrent 
des  gens  envoyés  par  l'évèque  Félix  qui  avait  été  un 
des  Itotours  du  procès  dont  je  viens  de  parler;  et  l'abbé 
s'étani  laissé  tromper  par  des  parjures,  Riculphe  put 
s'enfuir,  et  alla  trouver  Félix,  qui  accueillit  avec  em- 
pressement cet  honmie  qu'il  aurait  du  tonir  pour  exé- 
crable. 

Leudaste,  se  retirant  dans  la  dté  de  Bourges^  y  eni- 

porta  avec  lùi  tous  les  trésors  qu'il  avait  amassés  des 
dépouilles  des  pauvres;  mais^  peu  de  temps  après>  des 


m  FORFAITS  DE  LEUDASTE. 

gens  de  Bouffies,  ayant  à  leur  tôle  le  juge  du  lieu,  se 
précipitèrent  daus  sa  demeure,  et  lui  enlevèrent  sou  or, 
son  argent  et  tout  c6  qu'il  avait  apporté,  ne  lui  laissant 
queTliabit  qu'il  avait  sur  le  corps:  ils  l'auraient  même 
;  tué  s'il  ne  se  lût  enfui.  Mais  ayant  reformé  son  parti, 
il  tomba,  à  la  têle  de  quelques  gens  de  Tours,  sur 
ces  voleurs  ;  il  en  tua  un ,  reprit  une  partie  de  ce 
qu'ils  lui  avaient  enlevé  et  revint  dans  le  pays  de  Tours. 
Le  duc  Bérulphe,  en  ayant  été  averti,  envoya  des  servi- 
teurs armés  pour  se  saisir  de  lui.  Voyant  qu'il  allait 
être  pris,  il  abandonna  ses  effets  et  se  réfugia  dans  la 
basilique  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers.  Le  duc  Bérulphe 
s'empara  de  ses  eilets  et  lûs  envoya  au  roi  ;  mais  Leu- 
daste  sortait  de  la  basilique  et  faisait  des  irruptions  dans 
plusieurs  maisons,  se  livrant  publiquement  au  [)illage. 
On  le  surprit  souvent  en  adultère  dans  l'enceiate  des 
saints  portiques.  La  reine,  irritf*e  de  ce  qu'il  souillait 
de  cette  manière  la  maison  sacrée  du  Seigueur»  ordonna 
qu'il  fût  jeté  bors  de  la  basilique  du  saint.  11  fut  chassé 
et  retourna  alors  chez  ses  hôtes  de  Bourges^  les  sup- 
pliant de  le  cacher. 

LL —  J'aurais  dû  rapporter  plus  haut  mon  entretien 
avec  le  bienheureux  évèque  Sauve  ;  mais  puisque  je  l'a- 
♦  vais  oublié,  ce  ne  sera  pas,  je  crois,  un  sacrilège  d'en 
»  parler  plus  tard.  Après  le  synode  dont  j'ai  parlé,  j'avais 
fait  mes  adieux  au  roi,  et  je  me  préi)arais  à  m'en  re- 
tourner; mais,  ne  voulant  pas  m'en  aller  sans  avoir  dit 
adieu  à  Sauve  et  sans  l'avoir  embrassé,  j'allai  le  cher- 
cher^ et  le  trouvai  dans  le  vestibule  de  notre  maison  de 


PRÉDICTION  DE  SAINT  SAUVE.  933 

Braine;  je  lui  annonçai  mon  prochain  départ  Tandis 
que^  placés  à  Fécart,  nous  causions  de  différentes  choses, 
,  il  me  dit  :  a  Ne  vois-lu  pas  au-dessus  de  ce  toit  ce  que  j'y 
aperçois  moi-même  t— Je  n'y  vois,  lui  répondis-je,  que 
la  toiture  supérieure  que  le  roi  y  a  fait  récemment  \ 
syouter. —  N'y  vois-tu  pas  autre  chose?  —  Non,  rien 
autre  chose.  »  Supposant  qu'il  parlait  ainsi  par  plaisan» 
tarie,  j'ajoutai  :  a  Si  tu  vois  quelque  chose  de  plus,  dis- 
le  moi.  »  £t  lui^  poussant  un  profond  soupir^  me  dit: 
«  le  vois  le  glaive  de  la  colère  divine  suspendu  sur 
cette  demeure.  »  Et  véritablement  la  prédiction  de  Té- 
vêque  ne  fut  pas  menteuse,  cary  vingt  jours  après,  mou- 
rurent, conmie  nous  rav(»is  dit^  les  deux  fils  du  roi. 


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J 


LIVRE  VI 


^  ij  ...  L.y 


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SOMMAIRE  DU  LIVRE  YI, 


I*  OiAdeberC  teità  Chilpéric;  faite  de  Hnumiole.— ii.  Lee  ambatndeon 
de  ChUpéiio  refieonent  de  l*Orient.— m.  Ambassade  de  Cbildebert  à 

l'hilpéric. — IV.  Comment  Loup  s'enfuit  du  royaume  de  Childebert.  — 
V.  Discussion  avec  un  juif. — vi.  Le  reclus  saint  Hospiiius,  son  abstinence 
et  seg  miracles. — vu.  Mort  de  Ferreol,  evèque  d'L'zès. — viii.  Le  reclus 
Éparque»  de  1»  eité  d*Angoulème. —  ix.  Domnole,  éTèqae  du  Mans.-» 
z.  Effraction  dans  la  basilique  de  Saint-Martin.— zz.  L'évèque  Tbéodose 
et  Dynamius.  — xn.  Armée  envoyée  contre  les  gens  de  Bourses. — 
XHi.  Assassinat  de  Loup  et  d'Ambroise,  ciioyens  de  Touis. — xiv.  Appa- 
rition de  divers  prodiges— XV.  Mort  de  i'evèque  Feiiz.— xvi.  Pappolène 
reprend  sa  feume.—xvii.  Juif!  convertis  par  le  roi  Cfailpértc— ZTin.  Les 
ambassadeurs  de  Chilpéric  reviennent  d'Espagne-— xiz.  Les  gens  de  Ciàh 
péric  sur  la  rivière  d'Orge.— XX.  Mnrt  du  duc  Chrodin.— xxi.  .Apparition 
de  divers  signes. — xxii.  L'évêque  Chartier. — xxiii.  Naissance  d'un  fils  au 
roi  Cbilpéric.  —  xxiT.  Embûches  de  i'evèque  Thierry;  Gondowald,— > 
zzv.  Apparition  en  œs  mêmes  temps  de  signes  et  de  prodiges.— zzn.  Le 
dno  Qontran  et  Mummole.  — •  nvii.  Le  roi  Chilpéric  entre  dans  Paris. 
XXVIII.  Le  référendaire  Marc. — xxix.  Les  religieuses  du  monastère  de 
Poitiers  et  les  prodiges  qui  s'accomplirent  dans  le  monastère  de  Sainte- 
Radegonde< — xxx.  Mort  de  l'empereur  Tjbére. — xxxi.  Des  grands  maux 
que  le  roi  Chilpéric  fit  et  fit  faire  dans  les  cités  de  son  fr^re*— zzzn.  Mort 
•le  Leudaste.— xxxiii.  Sauterelles»  maladies*  présages.— xxxiv.  Mort  du 
fils  de  Chilpéric  appelé  Thierry. —  xxxv.  Meurtre  du  préfet  Mummole, 
femmes  assassinées. — xxivi.  L'evèque  Etborius;  débauches  d'un  clerc. — 
zxxvii.  Mort  de  Lupentius,  abbé  du  Gévaudan. — xxxviii.  Mort  de  l'evèque 
Théodose*  son  snecesseur^zim.  Mort  de  fioni,  évèque  de  Bourges; 
incendie  de  la  ville  ;  élévation  de  Sulpice  à  l'episcopat-— xl.  Disçussioa 
entre  nous  et  un  hérétique. — xli.  Le  roi  Chilpéric  s'en  va  à  Cambrai  avec 
ses  trésors.— iLii.  Childebert  va  eu  Italie. — XLiii.  Les  rois  de  (Jaiicf.— 
xuv.  Sigues  divers.— XLY.  Noces  de  Rigouthei  ûile  de  Chilpéric— xlvi. 
Mort  de  Ghilp'ério. 


I 


LIVM  SIXIÈME 


L— La  sixième  année  de  son  règne»  le  roi  Gbildebertj 
rejetant  Talliance  de  Contran,  s'unit  au  roi  Chilpéric. 

Gogon  mourut  peu  de  temj>s  après,  et  Waudeiin  fut 
mis  à  sa  place.  Munimole  s'enfuit  du  royaume  de  Gon* 
tran  et  alla  s'enfermer  dans  les  murs  d'Avignon.  Un 
synode  d'évéques  s'assembla  à  Lyon  ;  il  décida  diverses 
questions  et  condamna  ceux  qui  avaient  le  plus  grave- 
ment  manqué  à  leurs  devoirs.  Puis  il  se  rendit  auprès 
du  roi  et  s'occupa  beaucoup  de  l'atfaire  du  duc  Mum- 
mole,  et  de  diverseft  querelles  alors  pendantes. 

II.  —  Cependant  les  envoyés  du  roi  Chilpéric,  partis 
trois  ans  auparavant  pour  aller  vers  l'empereur  Tibère, 
revinrent  non  sans  avoir  souffert  beaucoup  de  maux  et 
de  faligues;  car  n'ayant  pas  osé^  à  cause  des  discordes 
des  rois^  aborder  au  port  de  Marseille,  ils  se  dirigèrent 
vers  Agde,  située  dans  le  royaume  des  Gotbs  ;  mais  avant 
qu'ils  eussent  atteint  le  rivage»  leur  navire»  poussé  par 
les  vents,  fut  jeté  contre  terre  et  brisé  en  pièces.  Les  en» 
voyés  se  voyant  en  danger,  ainsi  que  leurs  serviteurs, 
s'attachèrent  à  des  plandies  et  arrivèjrentà  grand'peine 
sur  le  rivage.  Plusieurs  de  leurs  gens  périrent»  mais  la 


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* 

338  '  BETO0R  DES  AMBASSADEURS  DE  CHILPÉRIC.  ' 

plupart  échappèrent.  Les  habitants  du  pays  s'emparè- 
rent de  çeux  de  leurs  eUets  que  les  vagues  avaient  re- 
jetés sur  la  rive.  Us  recouvrèrent  les  plus  précieux  et 
les  portèrent  au  roi  Chilpéric.  Tovitcfois  les  gens  d'Agde 
en  retinrent  une  bonne  partie*  J'allar^  en  ce  temp^  voir 
le  roi  à  sa  villa  de  Nogent  ^  n  nae  montra  un  grand 
bassin  d'or,  orné  de  pierres  précieuses  et  pesant  cin- 
quante livres  qu'il  avait  iaii  fabriquer;  il  me  dit  :  «  J'ai 
fait  faire  cela  pour  honorer  la  nation  des  Francs  et 
lui  donner  de  l'éclat;  si  Dieu  me  œnserve  la  vie.  J'en 
ferai  bien  d'autres.  »  Il  me  montra  aussi  des  pièces 
d*or,  chacune  du  poids  d'une  livre,  que  lui  avait  en- 
vo^^ées  l'empereur  et  portant  d'un  côté,  son  image  avec 
cette  légende  circulaire  :  Tibbrii  Constantini.  Pbipbtuu 
.  AuGUSTi.  Sur  l'autre  face  était  un  quadrige  avec  son 
conducteur;  on  y  voyait  écrits  ces  mots:  Gloru.  Ro- 
MANORBM.  Il  me  montra  encore  beaucoup  d'autres  objets 
précieux  apportés  par  ses  envoyés./ 

IIL— Tandis  que  Chilpéric  résidait  encore  dans  cette 
villa,  Gilles,  évéque  de  Reims,  vint  en  ambassade  vers 
lui  avec  les  premiers  de  la  cour  de  Gbildebert«  Ils  cou- 

4 

vinrent  de  chasser  de  son  royaume  le  roi  Gontran,  et 
de  s'unir  par  une  alliance  durable;  ensuite  le  roi  Chi^ 
péric  dit:  «  Mes  péchés  se  sont  accumulés,  et  il  ne  m'est 
pas  demeuré  de  fiis,  ni  aucun  héritier  qui  puisse  me 
survivre,  si  ce  n'est  le  iils  de  mon  frère  Sighebert»  le 
roi  Ghildebert  ;  il  héritera  donc  de  tout  ce  ({ue  je  pour- 
rai amasser  par  mes  travauxi  pourvu  seulement  que» 


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LE  DUC  LOUP  CHAS$£  D'APSTBASIE.  d80 

■ 

tant  que  jeyîvrai,  je  jouisse  de  tout  sans  crainte  et 
sans  dispute.  »  Eux  le  remercièrent^  et  ayant  signé 
les  traités,  confirmèrent  leurs  promeees^^et  retournè- 
rent vers  Childobert  avec  de  grands  présents.  Ceux-ci 
partis^le  roi  Ciiiipéjcic  envx»ya  révêque  Leudovald  et  les 
principaux  4^  son  royaume  qui  reçurent  et  prêtèrent 
serment^  ratiiièr^t  les  traités  et  revinrent  avec  des 
présents.  ' 

IV.~  Cependant  Loup^  duc  de  Champagne,  était  con** 
tinuellement  insulté  et' pillé  par  9es  ennemis,  surtout 
par  Ursion  et  fiortfried.  Ils  convinrent  enfin  de  le  tuer^ 
et  firent  marcher  une  armée  contre  lui.  La  reine  Bru- 
nehaut,  affligée  de  Tii^uste  persécution  qu'on  faisait 
subir  à  un  de  ses  fidèles^  s'arma  alors  d'un  mftle  cou- 
rage, et  se  précipita  entre  les  troupes  ennemies,  disant  : 
«  Gardez-vous,  guerriers,  gardez-vous  de  commettra 
cette  mauvaise  action  et  de  persécuter  un  innocent; 
gardez-vous,  pour  un  seul  honuue,  de  livrer  un  com- 
bat qui  ruinera  tout  le  pays.  »  Ursion  répondit:  «  Éloi- 
gne-toi^ femme,  et  qu'il  te  suffise  d'avoir  régné  au 
temps  de  ton  mari.  C'est  maintenant  ton  fils  qui  rè- 
gne ;  c'est  notre  appui  et  non  le  tien  qui  protège  le 
royaume.  Éloigne-toi  de  nous,  de  peur  que  les  pieda 
de  nos  chevaux  ne  t'écrasent  contre  terre.  » 

Ces  discours  et  d'autres  semblables  se  prolongèrent 
longtemps  ;  enfin,  la  reine,  par  son  habileté,  parvint  à 
les  empêcher  de  combattre:  maison  s'éloignant^  ils  en- 
trèrent de  force  dans  la  maison  de  Loup,  enlevèrent  tout 
80D  argent,  sous  prétexte  de  le  remettre  au  trésor  du 


940  LE  JUIF  PRISCUS. 

roî,  et  l'emportèrent  avec  eux,  proférant  des  menaces 
contre  le  duc^  el  disant  :  a  11  n'échappera  pas  vivant 
de  nos  mains.  »  Voyant  le  danger  qu'il  courait,  Loup 
mit  sa  femme  en  sûreté  dans  la  ville  de  Laon^  et  s'eft* 
fuit  vers  le  roi  Contran  qui  le  reçut  avec  bienveillance^ 
et  le  garda  «près  de  lui  cachée  jusqu'à  ce  que  Ghilde- 
bert  fût  en  âge  de  régner. 

y.  ^  De  logent  où  il  était^  comme  je  i'ai  dit,  le  roi 
Chilpéric  ordonna  qu'on  fît  partir  les  bagages,  et  se 
disposa  à  venir  à  Paris.  Comme  j  'étais  allé  lui  faire  mes 
adieux,  vint  un  certain  Juif>  nommé  Priscus,  familier 
avec  le  roi  qui  achelait  par  son  intermédiaire  des 
joyaux  d'or  et  d'argent.  Le  roi  l'ayant  pris  doucement 
par  la  chevelure ,  s'adressa  à  moi ,  et  me  dit  :  a  Viens, 
prêtre  de  Dieu  y  et  impose  lui  les  mains.  »  Comme 
l'autre  résistait^  le  roi  reprit  :  «  Esprit  dur  et  race  tou- 
jours incrédule,  qui  ne  comprend  pas  le  Fils  de  Dieu 
que  lui  a  promis  la  voix  de  ses  prophètes^  qui  ne 
comprend  pas  les  mystères  de  l'Église  figurés  par 
8^  sacriûces  !  d  Alors  le  Juif  lui  dit  :  «  Dieu  n'a  pas 
besoin  de  se  marier;  il  ne  s'enrichit  point  de  posté- 
rité, et  ne  souffre  point  de  compagnons  de  sa  puis- 
sance; il  a  dit  par  la  bouche  de  Moïse  :  Considérez  que 
je  svii  le  Dieu  unique,  qu'il  n'y  en  a  point  d'autre  que 
moi  seul:  c'est  moi  qui  fais  mourir,  et  c'est  moi  qui 
foie  viwre;  d'est  moi  qui  blesse,  et  c'est  moi  qui  guéris  '.  i 
Le  roi  répondit  :  «  Dieu  a  engendré  s[)iriluellementi 
dès  réternité,  un  ûis  qui  n'est  pas  plus  jeune  d'âge 

*  DmI.,  chaj^.  XXXII,  39. 


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LE  JUIF  ET  GRÉGOIRE.  341 

que  lui ,  pas  moindre  en  puissance ,  et  a  qui  il  a  dit  : 
Je  vous  ai  engendré  de  mon  sein  avant  Véloile  du 

jourK  Celui  donc  qui  était  né  avant  les  siècles  a  été 
envoyé  dans  les  derniers  siècles  du  monde  pour  le 
guérir ,  comme  dit  ton  pro[)hète  :  //  envoya  sa  parole 
el  U  les  guéril*.  El  quand  tu  prétends qu'ji n'engendre 
pas^  écoute  ton  prophète  parlant  au  nom  du  Seigneur: 
Moi  qui  fais^  dit-il,  enfanter  les  autres,  n'enfanterai- 
je  pas  aussi  moi-même*?  par  où  il  entend  le  peuple 
régénéré  en  la!  par  la  foi.  »  Le  Juif  répondit  :  «Est- 
ce  que  Dieu  peut  étieiail  homme,  naître  d'une  femme^ 
être  frappé  de  verges,  et  condamné  à  mort?»  Le  roi  gar-  ' 
dant  le  silence,  j'intervins  en  ces  ternies  dans  la  discus- 
sion :  d  Si  le  Fils  de  Dieu  s'est  fait  homme^  ce  n'est  pas 
pour  lui^  mais  [iournous;  car  il  ne  pouvait  racheter 
l'homme  du  péché  et  de  Tesclavage  du  démon,  auxquels 
il  était  soumis^  sll  ne  se  fût  revêtu  de  rhumanité»  Je  ne 
prendrai  pas  mes  témoignages  dans  les  Évangiles  et 
dans  les  apôtres^  auxquels  lune  crois  pas^  mais  dans 
tes  livres  mêmes  ^  afin  de  te  percer  de  ta  propre  épée, 
comme  on  lit  qu'autrefois  David  a  tué  Goliath.  Apprends 
donc  d'un  de  tes  prophètes  que  Dieu  devait  se  faire 
homme  :  Dieu  est  homme,  dît-il^  et  qui  ne  le  eonnaU 
pas?  £t  ailleurs  :  C'est  lui  qui  est  noire  Dieu^et  nul 

autre  ne  subsistera  demnt  lui  C'est  lui  qui  a  trouvé 

les  voies  de  la  vraie  science,  et  qui  l'a  donnée  à  Jacob, 
son  serviteur f  et  à  Israël,  son  bien-aimé  :  après  cela  , 

1  Psaume  ciz,     4.**  Ptawm  CTf»    30.—*  UtXe,  chap.  lzvi, 
9.  * 


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dis  LE  JUIF  ET  GRÉGOIRE. 

il  a  été  vu  sur  la  terre,  et  il  a  conversé  avec  h$ 
hommes  ^  »  £t  sur  ce  qu'il  est  né  d'une  vierge , 
écoute  anssi  ton  prophète,  lorsqu'il  dit  :  Unè  vier^ 
eoncevera,  et  elle  enfanlera  un  fils  qui  sera  appelé 
Emmamtel,  e'ut-éHlire  Dieu  avec  nousK  Et,  par  rap- 
port à  ee  qu'il  devait  être  frappé  de  verges,  attacbé 
avec  des  clous,  et  soumis  à  d'autres  injures^  un  autre 
prophète  a  dit  :  lis  ont  pereé  mes  mains  et  nies  pieds, 
et  ils  ont  partagé  entre  eux  mes  habits  Et  encore  : 
lis  m'ont  dotmé  du  fiel  pour  ma  nourriture  et,  dans 
ma  soif.  Us  m^ont  présenté  du  vinaigre  à  boire  \  El 
parlant  de  lacroix  à  laquelle  il  devait  être  altaclié^  pour 
sauver  le  monde  >  et  le  délivrer  de  la  domination  do 
diable,  pour  le  ramener  sous  sa  puissance ,  David  a  dit 
encore  :  Dieu  régnera  par  le  bois;  non  quH  n'eîu  régné 
auparavant  avec  son  père,  mais  parce  qu'il  a  pris,  par 
le  boiSj  la  souveraineté  sur  son  peuple^quil  avait  délivré 
de  ta  servitude  du  diable.  Le  Juif  répondit  :  a  Qui 
«  obligeait  Dien  à  souffrir  ces  choses?  »  A  quoi  Je  ré- 
pliquai :  «  Je  t'ai  déjà  dit  que  Dieu  avait  créé  l'homme 
innocent)  mais  qae,  trompé  par  la  malice  du  serpent, 
il  avait  prévariqué  contre  ses  ordres  ;  en  sorte  que,  re- 
jeté du  Paradis^  il  avait  été  condamné  aux  travaux  de 
ce  monde,  et  qu'ensuite  le  Christ,  Fils  unique  de  Dieu, 
l'avait»  par  sa  mort,  réconcilié  avec  son  Père.  » — a  Dieu, 
dit  le  Juif,  ne  puuvait-il  envoyer  des  prophètes  ou  de» 

t  Bamteh,  chap.  m,     86,  37, 38. 

iJtiU'tf,  chap.  Yxi,     14.— JSvan^.  selon  saint  Math.,  cli.i,v.23. 
3  Psawmê  xzi»     18,  19. 
*  Fmum  Lxnii,  36* 


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LE  JUIF  ET  MÉGOIRE.  848 

apôli  es  qui  ramenassent  Thomnie  dans  la  voie  du  salut, 
sans  se  rabaisser  lui-même  jusqu'à  être  fait  chair 
jeluî  distaLe  genre  humainaiotyours  péché  dès  le  com- 
mencement, sans  s'être  jamais  laissé  épouvanter  ni  par 
rioondaiioxi  du  déluge^  ni  par  Tincendie  de  Soddme,m 
parles  plaies  d^gypte,  ni  par  les  miracles  qui  ont  cou- 
vert les  eaux  de  la  mer  et  du  Jourdain.  Toujours  il  a  ré- 
sisté' à  laloi  de  Dieu»  a  refusé  de  croire  aux  prophètes;  et 
non-seulemenl  il  n'y  a  pas  cru,  mais  il  les  a  mis  à  mort 
quand  ils  lui  prêchaient  la  pénitence  :  ainsi  donc>  si  Dieu 
lui-même  n'éiaitdescendn  pour  les  racheter^aucun  autre 
ne  fiouvait  accomplir  la  rédemption.  Nous  avous  été  ré- 
générés par  sa  iiaissance»  layés  par  son  baptême,  guéris 
par  ses  blessures,  relevés  par  sa  résurrection,  glorifiés 
par  sou  ascension  ;  et  pour  nous  faire  entendre  qu'i^ 

devait  venir  nous  guérir  de  nos  maladies,  un  de  tes  phH 
phètes  a  dit  :  Nous  avons  été  guéris  par  ses  meuririS' 

sures  K  Et  ailleurs  :  Il  a  porté  les  péchés  de  plusieurs, 
et  il  a  prié  pour  les  violateurs  de  la. toi*,  £t  en- 
core :  Il  sera  mené  à  la  mort  comme  une  brebis 
qu'on  va  égorger  ;  il  demeurera  dans  le  silence,  sans 
ouvrir  la  bouche,  comme  un  agneau  est  muet  devant 
celui  qui  le  tond.  Il  est  mort  au  milieu  des  douleurs^ 
ayant  été  condamné  par  des  juges.  Qui  racontera  sa 
génération?  Son  nom  est  le  Seigneur  des  arm^*, 
Jacob,  de  qui  tu  te  vantes  de  sortir,  dit  en  bénissant  son 
liis  Judà,  comme  s'il  parlait  au  Christ,  Fils  de  Dieu  : 

1  iMiàe,  cbap.  LUI.  y,  5.  —  '  16.,  12. 

*  16.,  chap.  uii ,  y.  7  et  8  ;  chap.  uv,  y.  5. 


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344  LE  JUIF  REBELLE  A  LÂ  FOI. 

Les  enfants  de  voire  frère  vous  adoreront,  Juda  e$t 
un  jeune  lion.  Vous  vous  êtes  levé,  mon  fils^  pour 
ravir  la  proie;  en  vous  reposant,  vous  vous  êtes 
couché  comme  un  lion  et  une  lionne.  Qui  osera  le 
réveiller?  Ses  yeux  sont  plus  beaux  que  le  vin,  ei 
ses  dents  plus  blanches  que  le  lait.  Qui  osera  h  ré" 
veiller  *  Ei  quoique  lui-iuème  ait  dit  :  J'ai  le  poit- 
voir  de  quitter  ma  «te,  et  fai  U  pouvoir  de  la  rO' 
prendre  ^  Paul  Tapôtre  a  dit  :  Si  vous  croyez  de  cœur 
que  Dieu  a  ressucité  Jésus  d'entre  les  morts  vous  eerez 
sauvé^.  Nous  lui  dîmes  ces  choses  et  plusieurs  autres^ 
sans  que  ce  maliieureux  pût  être  touché  de  la  foi- 
Gomme  il  se  taisait,  le  roi^  voyant  qîie  ces  paroles  ne 
faisaient  i>oint  d'clîet  sur  lui,  se  retourna  vers  moi, 
et  demanda  avant  son  départ  à  recevoir  la  bénédiction^ 
disant  :  a  Je  te  répéterai^  ô  évêque,  ce  que  dit  Jacob  à 
range  avec  lequel  il  s'entretenait  :  Je  ne  vous  laisserai 
point  allér  que  vous  ne  m'ayez  béni  ^.  En  pariant 
ainsi,  il  ordonna  qu'on  lui  apportât  de  Teau^  et  quand  il 
se  fut  lavé  les  mains,  nous  fîmes  une  prière,  reçûmes  la 
pain,  et  ayant  rendu  grâces  à  Dieu  J'en  pris  moi-même 
et  j'en  offris  au  roi,  puis  après  avoir  bu  le  vin^nous  nous 
séparâmes  en  nous  disant  adieu.  Le  roi  monta  à  cheval, 
et  s'en  alla  à  Paris  avec  sa  femme,  sa  Me  et  toute  sa 
maison. 

• 

t  Oenhe,  cbap.  uz,     8,  9,  12.     *  ' 

s  Évang,  selon  saint  Jean,  chap.  z,  18. 

*  Épître  de  saint  Paul  auz  Romains,  chap*  z,  9* 

^  Genén,  chap.  zzzn^  t.  90. 


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LE  RECLUS  IIOSPTTIUS.  345 

VI. — U  y  avait;  en  ce  temps^  dans  la  cité  de  Nice  un 
reclnS;  nommé  Hospitius,  homme  d'une  grande  absti- 
nence^ qui  serrait  sou  corps  à  nu  dans  des  chaînes  de 
fer,  portait  par-dessus  un  cilice,  et  ne  mangeait  rien 
autre  chose  que  du  pain  et  quelques  dattes.  Dans  les 
jours  du  carême^  il  se  nourrissait  de  racines  d'une  herbe 
d^gypte  à  l'usage  des  ermites  de  ce  pays  et  que  lui 
apportaient  les  négociants.  Il  buvait  d'abord  le  bouillon 
dans  lequel  il  les  avait  fait  cuire  et  les  mangeait  plus 
lard.  Dieu  daigna  opérer  par  lui  de  grands  miracles  ;  car^ 
à  un  certain  moment,  l'Esprit  saint  lui  ayant  révélé 
rarrivée  des  Lombards  dans  les  Gaules,  il  la  prédit  en 
ces  termes  :  a  Les  Lombards  viendront  dans  les  Gaules 
et  dévasteront  sept  cités,  parce  que  leurs  méchancetés 
se  sont  accumulées  devant  les  yeux  du  Seigneur,  que 
personne  n'entend,  personne  ne  recherche  Dieu>  per- 
sonne ne  fait  de  bonnes  oeuvres  ponr  apaiser  la  colère 
de  Dieu.  Car  tout  le  peuple  est  infidèle,  adonné  au 
paijure,  livré  au  vol^  prompt  à  rhomicide^  et  ne  pro- 
duit aucun  des  fruits  de  justice.  On  ne  paye  pas  les 
dîmes^  on  ne  nourrit  pas  les  pauvres^  on  ne  couvre 
point  ceux  qui  sont  nus,  on  ne  donne  pas  Thospitalité 
aux  voyageurs,  on  ne  fournit  point  à  leur  faim  des 
aliments  suffisants  ;  de  là  est  survenue  cette  plaie.  Je 
TOUS  le  dis  donc^  rassemblez  tout  ce  que  vous  possédez 
dans  Tenceinte  des  murs,  aûn  que  les  Lombards  ne 
vous  l'ealèveni  pas^  et  songez  à  vous  défendre  vous» 
mêmes  dans  des  lieux  très-forts,  yt  Lorsqu'il  eut  pro- 
noncé ces  paroles,  tous  demeurereat  stupéiaits^  et,  après 


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346  HOSPIXIUS  ET  LES  LOMBARDS. 

.lui  avoir  dit  adieu,  s'en  retournèrenl  chez  eux  dans  une 

^ando  admiration.  Il  dit  aussi  aux  moines  :  «  Partez  de  * 
ce  lieu  et  emportez  avec  tous  tout  ce  que  vous  avez, 
car  voîlà  que  s'approchent  les  peuples  que  je  vous  ai 
prédits,  p  £t  comme  ils  lui  disaient  :  a  Très-saint  père^ 
nous  ne  tfabandonnerods  pas,  i»  il  leur  répondit  :  «  Ne 
craignez  rien  pour  moi,  car  il  arrivera  qu'il  me 
feront  souffîrir  des  injures,  mais  ne  me  maltraiteront 
pas  jusqu*à  la  mort,  d  Les  moines  s^étânt  éloignés,  les 
Lombards  arrivèrent,  et,  dévastant  tout  sur  leur  passage 
parvinrent  au  lieu  où  était  reclus  le  saint  de  Dieu.  M  sé 
montra  par  la  fenêtre  de  sa  tour.  Ceux-ci,  enveloppant  sa 
demeure^  cherchèrent  une  porte  pour  arriver  jusqu'à 
lui  et  ne  purent  la  trouver  ;  alors  deux  d'entre  eux 
montèrent  sur  le  toit,  le  découvrirent,  et,  voyant  le 
reclus  entouré  de  chaînes  et  vêtu  d'un  cilice,  ils  dirent  : 
c C'est  un  malfaiteur;  il  a  commis  quelque  meurtre, 
c'est  pourquoi  il  est  lié  de  ces  chaînes.  »  Et,  ayant 
appelé  un  interprète,  ils  lui  firent  demander  quel  mal 
il  avait  fait  pour  être  condamné  à  un  tel  supplice.  Lui 
s'avoua  homicide  et  coupable  de  tous  les  crimes.  Alors 
un  de  ces  barbares  tira  son  épée  pour  l'en  frapper  à  la 
tête;  mais  le  bras  qui  voulait  porter  le  coup  se.  roidit, 
demeura  suspendu,  et,  lâchant  l'épée,  la  laissa  tomber 
à  terre.  Ses  compagnons,  à  cette  vue,  poussèrent  de 
grands  cris  vers  le  ciel,  priant  le  saint  de  leur  indiquer, 
dans  sa  clémence,  ce  quils  devaient  faire;  alors  celui-ci 
imposant  au  Lombard  le  signe  du  salut,  rendit  le  mou- 
vement à  son  bras.  Cet  homme,  converti  sur  le  lieu 


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MIRACLES  O'HOSPITIUS.  .  347 
même,  fit  lansnrer,.et,  maintenant,  c'est  un  moine  •  * 
plein  de  ferveur.  Deux  des  cheis  lombards  qui  écoutè- 
rent les  paroles  du  saint  rentrèrent  sains  et  saufs  dans 
leur  patrie;  quant  à  ceux  qui  méprisèrent  ses  enseigne- 
ments, ils  périrent  misérablement  dans  la  ProTince 
même.  Husieurs  d^entre  eux,  saisis  par  les  démons, 
s'écriaient  :  «  Saint  homme  et  bienheureux,  pourquoi 
nous  tourmenter  et  nous  brûler  ainsi?  »  £t  lui  les  gué- 
rissait, en  leur  imposant  les  mains. 

n  7  eut  ensuite  un  habitant  du  pays  d'Angers^  à  qui 
une  grande  fièvre  avait  fait  perdre  la  parole  et  Touîe, 
et  qui,  guéri  de  sa  lièvre,  était  demeuré  sourd-muet. 
Un  diaere  de  cette  province,  ayant  été  envoyé  à  Rome 
pour  y  chercher  des  reliques  des  bienlieureux  apôtres 
et  des  autres  saints  qui  protègent  cette  ville,  arriva  au 
lieu  qu'habitaient  les  parents  du  malade  ;  ils  le  prièrent 
de  vouloir  bien  prendre  celui-ci  pour  compagnon  de 
son  voyage,  dans  -la  confiance  que,  sll  arrivait  au  sépul- 
cre des  bienheureux  apôtres,  il  pourrait  être  immédia- ' 
tement  guéri.  Dans  leur  route,  ils  vinrent  au  lieu  qu'ha- 
bitait le  bienheureux  Hospitius.  Le  diacre^  après  Tavolr 
salué  et  embrassé,  kii  déclara  la  cause  de  son  voyage, 
lui  dit  qu'il  allait  à  Uome,  et  pria  le  saint  hoilime  de 
le  recommander  à  des  marins  de  ses  amis.  Pendant 
qu  ils  demeuraient  en  ce  lieu,  le  saint  homme  sentit 
r^rit  du  Seigneur  lui  communiquer  sa  vertu^  et  dît 
au  diacre  :  «  Je  te  prie  de  m'amener  le  malade  qui 
faccompagne  dans  ton  voyage.  »  Et  le  diacre,  s'étant 
rendu  sans  délai  à  son  logis,  trouva  son  malade  avec 


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348  LE  SOURD-MUET  GUÉRI. 

la  lièvre,  et,  faisant  connaître  par  signes  qu'il  éprouvait 
un  tintement  dans  les  oreilles,  il  le  conduisit  au  saint 
de  Dieu.  Celui-ci,  le  prenant  par  les  cheveux,  lui  attira 
la  téte  dans  sa  fenêtre,  prit  de  Thuile  sanctifiée  par  la 
bénédiction,  et,  lui  tenant  la  langue  de  la  main  gauche, 
lui  versa  cette  huile  dans  la  bouche  et  sur  le  sommet 
de  la  tête,  disant  :  a  Au  nom  de  mon  Seigneur  Jésus- 
Christ,  que  tes  oreilles  soient  ouvertes,  que  ta  langue 
soit  déUée  par  cette  puissance  qui  délivra  autrefois 
un  sourd-muet  de  la  méchanceté  des  démons  ;  o  et, 
en  même  temps>  il  demanda  à  cet  homme  son  nom, 
oelui-d  répondit  à  haute  voix  :  «  Je  m'appelle  un  tel.  » 
Ce  qu'ayant  vu  le  diacre,  s'écria  :  a  Je  te  rends  des 
grâces  infinies^  ô  Jésus-Christ,  qui  as  daigné  mani- 
fester de  telles  choses  par  ton  serviteur.  J'allais  cher- 
cher Pierre,  j'allais  chercher  Paul,  j'allais  cherclier 
Laurent  et  les  autres  qui  ont  illustré  Rome  de  leur 
sang  :  ici  je  les  ai  tous  trouvés,  ici  je  les  vois  tous.  » 
Comme  il  prononçait  ces  paroles  avec  beaucoup  de 
larmes  et  d'admiration,  l'homme  de  Dieu,  qui  évitait 
de  toutes  ses  forces  la  vaine  gloire,  lui  dit  :  «  Tais-toi, 
tais-toi,  très-cher  frère;  ce  n'est  pas  moi  qui  ai  fait 
ces  choses,  mais  celui  qui  a  formé  le  monde  de  rien, 
et  qui,  pour  nous,  s'étant  fait  homme,  a  donné  la  vue 
aux  aveugles,  l'ouïe  aux  sourds,  la  parole  aux  muets, 
qui  a  rendu  aux  lépreux  leur  peau  naturelle,  aux 
morts  la  vie,  et  accordé  à  tous  les  infirmes  une  abon- 
dante guérison.  i»  Alors,  le  diacre,  plein  de  joie,  lui 
dit  adieu  et  s'en  alla  avec  ses  compagnons. 


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Après  leur  départ,  un  certain  Dominique  (tel  était  son 
nom),  aveugle  de  naissance^  viot  pour  éprouver  la  vertu 
des  miracles  du  saint.  Après  qu'il  eût  demeuré  deux  ou 
trois  mois  dans  le  monastère^  adonné  au  jeûne  et  à 
roraisoD,  Phomme  de  Dieu  l'appela  yers  lui  et  lui  dit: 
«Veux-tu  recouvrer  la  vue?  — Je  voudrais,  répondit 
celui-ci^  connaître  une  chose  inconime^  car  je  ne  sais 
pas  ce  que  c'est  que  la  lumière;  je  sais  seulement  que 
tous  célèbrent  ses  louanges,  mais,  depuis  le  commen- 
cement de  ma  vie  jusqu'à  présent^  je  n'ai  pas  eu  le  bon- 
heur de  la  voir.  »  Alors  le  reclus,  faisant  sur  ses  yeux, 
avec  de  l'huile  bénite,  le  signe  de  la  sainte  croix,  s'é- 
cria :  «t  Au  nom  de  Jésus-Christ,  notre  Rédempteur,  que 
tes  yeux  soient  ouverts  !  »  et  sur-le-champ  les  yeux  de  l'a- 
veugle furent  ouverts.  £t  il  admirait,  il  contemplait  les 
grandes  œuvres  de  Dieu  que  le  monde  présentait  à  sa  vue. 
On  amena  aussi  à  Uospi tins  une  femme  qui,  comme  elle 
le  disait  elle-mémeavecde  grands  cris,  était  possédée  de 
trois  démons.  L'ayant  bénite  par  un  saint  attouchement, 
et  lui  ayant  fait  sur  le  front  le  signe  de  la  croix  avec  de 
l'huile  sainte,  il  la  renvoya  délivrée  ;  il  guérit  de  même 
par  sa  bénédiction  une  jeune  ûiie  tourmentée  de  i'eS'- 
prit  immonde.  Le  jour  de  sa  mort  approchant,  il  appela 
à  lui  le  prieur  du  monastère  et  lui  dit:  a  Apporte  des 
outils  de  fer  pour  ouvrir  la  muraille,  et  envoie  des 
messagers  ~à  l'évéque  de  la  cité  pour  qu'il  vienne 
m'ensevelir,  car  dans  trois  jours  je  quitterai  ce  monde 
et  j'irai  au  repos  qui  m'attend  et  qui  m'a  été  promis 
de  Dieu.  »  Lorsqu'il  eut  fait  entendre  ces  paroles,  le 

1.  90 


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S60  MORT  00  ^fiCLUS. 

prieur  du  monastère  envoya  à  Tevêque  de  Niçe  des  gens 
pour  l'en  Instniire.  Alors  m  ceriém  Creççe^  j^'apfMrp- 
eha  de  sa  feoètre;  et  le  voyant  chargé  de  chaînes  et 
rem|>li  dç  vers^  lui  dU:  a  0  mon  seigneur i  conunei^t 
peui4u  supporter  anrep  tant  4e  courage  un  si  rigou- 
reux tourment  î  »  Il  lui  répondit  :  «  Celui  pour  la 
^ire  de  ^  je  souffre  ck<m^  jm  dpane  de  Ifi 
lèrce.  Mais  je  le  dls^  mes  liens  se  relâchent^  et  je  vais 
au  lieu  du  repos.  »  Le  troisitine  jour  venu,  il  détacba 
ses  chaînes^  se  prosterna  en  oraison;  et  après  avoir  prié 
longtemps  avec  larmes,  se  plaça  sur  un  banc,  étendit 
les  jambes,  et,  levant  les  mains  vers  le  del,  rendit 
grâces  à  Dieu  et  loi  remit  son  esprit  ;  et  aussitôt  dispa- 
rurent.tous  les  vers  qui  pénétraient  ses  saints  iriembrey. 
Lfévéque  Anetadius,  étant  arrivé,  fijlen^yeiUravec  beau- 
coup de  soin  ce  bienhenrem  corps.  J'ai  appi^iseesdétails 
de  la  bouche  du  sourd-muet  qu'il  avait  guéri,  ainsi  que 
je  Tai  rapporté;  celui-ci  me  raconta  de  liU  encore  bien 
d'autres  miracles.  Maïs  je  ne  les  citerai  pas,  parce  que 
^  appns  que  la  vie  d'Hospitiu^  a  été  éçriie  par  plu- 
sieurs autres  auteurs  ^ 

Vil.  —  £a  ce  temps  mourut  Ferréol,  évèque  d'jUzès, 
tionune  d'une  grande  sainteté,  plein  de  sagesse  et  d'in- 
telligence, qui  avait  composé  quelques  livres  d  epitres 
À  la  manière  de  Sidoine.  Après  sa  mort,  Alhin,  ex- 

*  On  voyait  encore  au  xviic  siècle,  dans  la  cathédrale  de 
Kice,  le  tombeau  de  cet  ermite  ;  la  tour  qu'il  habitait,  située 
sur  une  petite  péninBule  à  une  lieue  environ  de  Nice,  portait 
ie  nom  de  8an  Soipir» 


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* 

EPARQU£  D'ANGOULÉME.    -  m 

prétei,  obtint  9  avec  l'aide  de  Dynamius,  redeiir  de  la 
Province,  Tépiscopat  sans  le  consentement  du  roi;  et 
landis  qae.ron  s'èccopait  de  le  déposséder^  il  moimit 
après  une  jouissance  de  trois  mois.  Joviii,  autrefois  rec- 
teur de  la  Province^  fut,  par  les  ordres  du  roi,  él6Té  à 
eet  épiseopat  ;  mais  il  fa!  |>ré?enu  par  le  dlâcre  Mtitcdl, 
fils  du  sénateur  Félix,  qui,  dans  uue  assenabiée  des 
éfrê^es  de  la  Province,  fut  sacré,  évéque  par  le  conseil  ' 
de  Dynanrins.  lovin  voiulant  ensuite  le  chasser  par  force, 
Marcel  se  renferma  dans  la  ville  et  tâcha  de  se  défendre. 
Mais,  se  sentant  le  plus  faible,  0  l'emporta  pat  des  pr6*  . 
senis. 

VIU.  — >  Alots  mourut  aussi,  à  Ângonlème,  le  redas 
Éparque,  homme  d'une  éclatante  stfinteié,  par  l'entre- 
mise duquel  Dieu  manifesta  un  grand  nombre  de  ini» 
racles,  dont  je  passerai  plusieurs  sous  silence ,  me  ecm-* 
tentant  d'en  raconter  quelques-uns.  II  était  natif  de  la 
ville  de  Périgueux;  mais  s'étant  mis  en  religion,  il  fat 
fût  clerc,  et  vint  à  Angouléme  où  il  se  bâtit  une  eellnle. 
Là,  entouré  d'un  petit  nombre  de  moines,  il  se  livrait 
assidûment  à  Toraison.  Si  on  lui  apportait  de  Ter  on  de 
l'argent,  il  l'employait  soit  aux  besoins  des  pauvres, 
soit  à  la  rédemption  des  captifs.  Jamais,  de  son  vivant, 
on  ne  fit  cuire  de  pain  dans  sa  cellule,  les  dévots  lui  m 
apportaient  autant  qu'il  en  avait  besoin.  Il  racheta  de 

leurs  ollVandes  un  grand  nombre  de  captifs  ;  il  détruisil 
le  venin  des  pustules  malignes  souvent  par  le  signe  de 

la  croix,  chassa  par  ses  oraisons  les  démons  du  corps 

des  pu:}&cdéS|  et  idusicur5  fois  lu  cbarmd  de  sa  parole  fut 

•  ■ 


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393  MIRACLE  D'£PARQU£, 

pour  les  juges  moins  une  prière  qu'un  ordre  qui  les 

forçait  d'absoudre  les  coupables,  car  il  avait  un  si  doux 
langage  que  lorsqu'il  leur  demandait  un  pardon,  il  leur 
était  impossible  de  le  refuser.  On  avait,  en  ce  temps, 
condamné  à  être  pendu,  pour  vol,  un  homme  que  les 
habitants  du  pays  accusaient  encore  d'autres  crimes, 
tant  vols  qu'homicides.  Lorsqu'Éparque  le  sut,  il  en- 
voya un  de  ses  moines  prier  le  juge^  de  lui  accorder  la 
vie  de  ce  criminel.  Hais  le  peuple  en  courroux  s'écria 
que  si  on  délivrait  cet  homme,  il  n'y  aurait  de  sécurité 
ni  pour  le  juge»  ni  pour  le  pays ,  en  sorte  que  le  cri- 
minel ne  put  être  déhvré.  L'homme  fut  donc  étendu  sur 
des  roues,  frappé  à  coups  de  verges  et  de  bâton,  et  con- 
damné  au  gibet.  Comme  le  moine  revenait  plein  de 
tristesse  rendre  cette  réponse  à  son  abbé  :  <t  Va,  lui  dit 
celui-ci,  et  regarde  de  loin;  car  je  sais  que  Dieu  me 
donnera  en  présent  celui  que  les  hommes  n'ont  pas 
voulu  me  rendre,  et  quand  tu  le  verras  tomber, 
prends-le  et  conduis-le  tout  de  suite  au  monastère.  »  Le 
moine  obéit;  alors  Éparque  se  prosterna  en  oraison,  et 
pria  Dieu  avec  larmes  jusqu'à  ce  que  le  poteau  et  les 
chaînes  s'étant  rompus,  le  pendu  tomba  à  terre.  Le 
moinele  prit  et  l'amena  à  l'abbé  sans  aucun  maU  Celui- 
ci,  rendant  grâces  à  Dieu,  fit  venir  le  comte,  et  lui  dit: 
«  Tu  avais  coutume,  mon  cher  fiis,  de  m'entendre  d'un 
esprit  bienveillant;  pourquoi  ai^jourd'lmi  t'es-tu  ob- 

1  C'ett^k-dire  le  comte»  comme  on  le  Terra  par  un  autre  pas- 
sage. Judex  et  com«t  sont  souTent  synonymes.  (Voir  l'Éiud$ 
géographiguê.) 

I 

i 

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BOMNOLE;  ÉVÉQUE  ÛU  MANS.  868 

stinc  à  ne  pas  relâcher  un  hommedont  je  tedcmandais 
la  Tie  ?  —  Je  t^écoute  toujours  volouliers*  saint  prêlre, 
lui  répondit  le  comte,  maïs  le  peuple  s^est  soulevé^  et  je 
n^ai  pu  faire  autrement  dans  la  crainte  qu'il  ne  se  ré- 
voltât contre  moi.  —  Quand  tu  ne  m'écoutais  pas^ 
Dieu  a  daigné  m'entendre,  et  a  rendu  à  la  vie  celui 
.que»tu  avais  envoyé  à  la  mort.  Le  voilà  plein  de  santé 
en  ta  présence.  »  Comme  il  disait  ces  mois^  le  comte 
se  prosterna  à  ses  pieds^  stupéfait  de  voir  en  vie  celui 
qu'il  avait  laissé  aux  portes  de  la  mort.  Je  tiens  ce  fait 
de  la  bouche  même  du  comte.  Éparque a  accompli  beau- 
coup d'autres  miracles  qu'il  serait  trop  long  de  rap- 
porter. Après  quarante<]uatre  ans  de  réclusion,  il  fut 
pris  d'une  petite  fièvre  et  rendit  l'esprit.  On  le  tira  de 
sa  cellule  pour  Tensevelir,  et  ses  obsèques  furent  sui« 
viesd'une  troupe  nombreuse  de  gens  qu'ilavait  rachetés. 

IX.  — Domnole^  évèque  du  Mans^  tomba  malade.  Du 
temps  du  roi  Clotaire»  il  avait  gouverné  le  couvent  de 
moines  de  la  basilique  de  Saint-Laurent  de  Paris  ;  et 
comme,  du  vivant  même  de  Childebert  l'ancien,  il  était 
toujours  demeuré  fidèle  a  Glotaire  »  et  avait  souvent 
cacbé  les  messagers  que  celui-ci  envoyait  pour  épier 
ce  qui  se  passait,  le  roi  cherchait  un  lieu  où  il  pût 
l'élever  aux  honneurs  du  pontificat.  L'évéque  de  la  cité 
d'Avignon  étant  sorti  de  ce  monde,  le  roi  formate  pro- 
jet de  nommer  Domnde  à  sa  place;  mais  le  bienheu- 
reux, à  cette  nouvelle,  se  rendit  à  la  basilique  de  saint 
Martin,  évéque,  où  le  roi  Glotaire  était  venu  prier,  et 
ayant  employé  toute  la  nuit  en  oraisons,  il  fit  demander 


354  EPISCOPAT  DE  DOMNOLE. 

au  roi^  par  les  grands  qui  se  trouvaieui  auprès  de  lui, 
de  ne  pas  Féloigner  de  sa  présence  comme  un  captif  > 
et  de  ne  pas  exposer  sa  simplicité  aux  peines  qu'elle 
aurait  à  souffrir  parmi  des  sénateurs  sophistes  et  des 
juges  philosophes,  l'assurant  que  ee  si6ge  serait  pour  lui 
un  lieu  d'humiliation  plutôt  que  d'honneur.  Le  roi  ob- 
tempéra à  son  désir,  et  lorsqulnnocent^  évêque,  dii 
Mans,  passa  de  ce  monde  enTautre,  il  lui  donna  le  siège 
de  cet  évêque.  Domnole,  arrivé  à  i'épiscopat,  déploya 
.  tant  et  de  tels  mérites  que,  arrivé  au  comble  de  la  plus 
haute  sainteté,  il  rendit  au  boiteux  l'usage  de  ses  jambes, 
à  Taveugle  celui  de  la  vue.  Après  vmgt-deux  ans  d'épis- 
copat,  se  Toyant  cruellement  tourmenté  delà  jaunisse 
et  de  la  pierre,  il  choisit  pour  successeur  l'abbé  Théo- 
dulphe.  Le  roi  confirma  ce  choix  par  son  consentement 
Mais  peu  de  temps  après,  changeant  d'avis,  il  fit  élire  à 
la  même  place  Badégésile,  maire  du  palais  royal,  qui, 
ayant  été  tonsuré,  passa  par  les  divers  degrés  de  la  clé- 
ricalure,  et,  quarante  jours  après,  l'évéque  sortit  de  ce 
monde  et  Badégésile  lui  succéda. 

X.  —  En  ces  jours-là ,  des  voleurs  entrèrent  par  ef- 
fraction dans  la  basilique  de  Saint-Martin,  plaçant  contre 
^la  fenêtre  de  Tabside  un  treillage  qu'ils  trouvèrent  sur 
un  tombeau,  et,  montant  par  là,  ils  pénétrèrent  en  bri- 
sant  les  vitres.  Us  emportèrent  beaucoup  d'or  et  d'ar- 
gent, des  voiles  de  soie,  et  ne  craignirent  pas,  en  s'en 
allant,  de  poser  le  pied  sur  le  saint  sépulcre  où  nous 
osons  à  peine  ap|>Uquer  notre  bouche.  Mais  la  puissance 
du  saint  voulut  frapper  d'un  châtiment  terrible  cette 


VOL  DANS  LA  BASILIQUE  DE  SAINT-MARTIN.  355 

témérité;  car  ceux  qui  avaient  commis  ce  crime  s'étant 
rendos  à  Bordeatii,  il  s'éleva  entre  eux  une  querelle,  et 
Tun  d'eux  en  tua  un  autre.  Le  fait  s'étant  découvert  de 
la  sorte,  on  retrouva  ce  qui  avait  été  volé,  et  on  prit 
dans  leurs  maisons  Targenterie  mise  en  morceaux  et 
les  voilesde  soie.  Le  roi  Ghilpéric,  averti  de  ce  fait,  or-  * 
donna  qu'ils  fussent  enchaînés  et  oonduits  en  sa  pré-  - 
sence;  mais  alors  craignant  que  des  hommes  ne  mou- 
russent à  cause  de  celui  qui,  durant  sa  vie  corporelle, 
àvait  souvent  prié  en  faveur  de  ceux  qu'on  voulait 
mettre  à  mort,  j'envoyai  au  roi  une  lettre  de  prières 
pour  qu'il  épargnât  ces  hommes,  puisqu'ils  n'étaient 
pas  accusés  par  nous  à  qui  en  appartenait  la  poursuite. 
Il  reçut  favorablement  ma  demande  et  leur  accorda  la 
vie.  Il  fit  soigneusement  remettre  en  état  rargentérie 
qui  avait  été  brisée,  et  ordonna  qu'elle  fût  replacée  dans 
le  lieu  saint. 

XI.— A  Marseille,  Dynamius^  récteuir  dé  lâ  Prb^tice, 
commença  à  tendre  des  redoutables  embûches  à  i'évéque 
Théodore;  et  comme  celui-ci  s'apprêtait  à  aller  trodter 
le  tbi^  le  i'écteur  le  fit  saisir  au  milieu  de  la  ville,  et 
l'accabla  d'outrages  ;  après  quoi  cependant  il  finit  jpar 
lé  relâcher,  te  clergé  de  Marseille  complotait  avec  Dy- 
namius  pour  dépouiller  Théodore  de  Tépiscopat^  èt 
comme  l%véque  se  rendait ï^uprès  dti  roi  Ghildehert»  le 
roi  Contran  ordonna  de  le  retenir  avec  Tex-préfet  Jbvih . 
Le  clergé  de  Marseille,  à  cette  nouvelle,  fut  rcnipH  de 
joie  de  le  sàvoir  emprisonné  et  condamné  à  l'exil.  Poiir 
qu'il  en  fût  toujours  ainsi ,  et  qu'il  ne  rentrât  pas  à 


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856  CHILDEBERT  ET  GONÏRAN. 

Marseille,  les  clercs  s  e  1 1 1  parèrent  de  la  maison  épiscopale 
firent  l'inventaire  des  ornements  lieslmésau  service  de 
raulel ,  ouvrirent  les  portes,  déponiUèrent  les  ceUiers 
et  se  saisirent,  comme  si  réveque  était  mort,  de  tout  ce 
qui  appartenait  à  l'Église,  porUnt  contre  le  pontife  di- 
verses accusations,  qui,  grâce  à  Jésus^hrist,  ont  été 

reconnues  fausses. 

Childebert,  après  avoir  fait  la  paix  avec  Cliilpéric, 
adressa  des  envoyés  à  Contran,  réclamant  la  moitié 
de  Marseille  que  ce  roi  lui  avait  donnée  après  la 
mort  de  son  père,  et  faisant  savoir  qu'un  refus  lui  coû- 
terait clier  i  mais  Goulran,  ne  voulant  pas  la  restituer, 
fit  garder  les  routes  de  son  royaume,  aàa  que  personne 
n'y  pût  trouver  passage.  Alors  Childebert  envoya  à  Mar- 
seille Gondulplie, homme  de  naissance  sénatoriales  que 

de  domestique  a  avait  fait  duc».  Comme  U  n'osait  pas 

» 

i  On  ne  saurait  dire  au  juste  si  par  familles  sénatoriales,  et  la 
«enne  était  de  ce  nombre,  Grégoire  de  Tours  entend  celles 
ani  avaient  été  admises  dans  le  sénat  au  temps  de  la  domina- 
tion romaine,  ou  simplement  celles  qui  fournissaient  des 
membres  k  la  curio  ou  sénat  des  villes  ^^auloises,  institution 
qui  perpétua,  comme  l'a  fort  bien  fait  observer  M.  Augustin 
Thierry,  les  avantages  du  régime  municipal  dan»  le  midi  de  la 

Les  domestiques  des  rois  Francs  étaient  les  hommes  attachét 

à  la  personne  du  prince  et  qui  logeaient  dans  1  intérieur  du 
nalais  Ils  étaient  sous  les  ordres  d'un  chef  appelé  le  comte  dos 
domeitiquet;  leur  condition,  loin  d'être  servile,  était  au  con- 
traire une  de»  plua  élevées.  Les  lois  barbares  leur  donnent  le 
titre  d'oplimoee«;les  principaux  d'entre  eux  servaient  dans  les 
'  nlaids  ou  cours  judiciaires  du  prince  :  cY-taient,  en  un  mot,  des 
fidèles  plus  spécialement  attachés  au  service  de  leur  seigneur, 
nu  reste  cette  signification  du  mot  âometHqw  s'est  perpétuée 
dans  le  moyen  âge  et  jusque  vers  la  ^  du  xvii-  «i^ie;  lea 
jeunes  gens  q^ui  recevaient  dans  un  château  leur  éducation 


LE  RECTEUR  DYNAMIUS.  357 

traverser  le  royaume  de  Contran»  îl  vint  à  Tours.  Je  le 

reçus  avec  amitié  et  retrouvai  eh  lui  un  oncle  de  ma 
mère  ;  je  le  retins  cinq  jours  avec  moi,  et  après  lui  avoir 
donné  ce  qui  lui  était  nécessaire,  je  le  laissai  aller;  il 
continua  sa  route,  mais  Dynamius  ne  permit  pas  qu'il 
entrât  dans  Marseille  >  ni  que  révêque  qui  venait 
avec  Gondulphe  fût  reçu  dans  sa  cathédrale.  D'accord 
avec  le  clergé,  il  avait  lait  fermer  les  portes  de  la  ville 
et  de  là  insultait  également  Gondulphe  et  Théodore. 
Cependant,  engagé  à  une  conférence  avec  le  duc,  il  se 
rendit  à  la  basilique  de  Saint-Étienne,  hors  des  murs 
de  la  ville;  les  portiers  qui  en  gardaient  l'entrée  eurent 
soin  de  fermer  la  porte  aussitôt  que  Dynamius  y  eut  été 
introduit,  en  sorte  que  la  troupe  de  gens  armés  qui  le 
suivait  demeura  dehors  sans  pouvoir  entrer.  Celui-ci  ne 
s'en  aperçut  pas.  Après  avoir  parlé  de  diverses  choses 
auprès  de  Tautel,  on  s'en  éloigna  pour  entrer  dans  la 
sacristie.  Alors  ceux  qui  se  trouvaient  avec  Dynamius, 
le  voyant  séparé  de  tous  ceux  qui  pouvaient  le  se* 
courir,  lui  adressent  les  plus  durs  reproches;  puis, 
après  avoir  mis  en  fuite  les  satellites  qui,  voyant  qu'on 
retenait  leur  chef,  faisaient  retentir  leurs  armes,  le 
duc  Gondulphe  réunit  les  principaux  citoyens  autour 
de  révêque ,  afin  qu'il  entrât  avec  eux  dans  la  ville*  Dy- 
namius,  consterné  de  ce  qui  venait  de  se  passer,  de- 
manda pardon,  ût  au  duc  de  nombreux  présents  et  prêta 

•  chevaleresque  étiient  souvent  appelés  domestiques  ou  gens 
de  U  maison,  et  le  cardinal  de  Bichelieu  avait'us  grand  nombre 
de  gentilshommes  parmi  ses  domestiques. 


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\ 


368  L'ÉVÉOtrS  THÉODORÊ. 

serment  d'être  à  l'avénir  fidèle  à  Févèque  et  au  #«t. 
On  lui  rendit  alors  ses  vêlements,  puis  les  portes  de  la 
Tille  et  celks  des  édifices  sacrés  furent  oiïvertes;  le  doc 
et  révôque  entrèrent  dans  Marseille,  au  milieu  des  ate- 
clamalions  et  des  témoignages  de  joie^  et  précédés  de 
drapeaux  en  signe  d'honneur.  Les  clercs  impliqués  dlilOs 
le  crime,  et  à  la  tête  desqiîels  se  trouvaient  Tabbé  Anas- 
tase  et  le  prêtre  Procule^  se  réfugièrent  dans  la  maison 
dë  Dynamius,  demandant  à  celui  qui  les  avait  excités 
.de leur  donner  un  asile.  Plusieurs  d'entre  eux,  renvoyés 
sous  caution;  reçurent  l'ordre  d'aller  trouTer  le  roi.  G0« 
pendant  Gond  ulphe^  ayant  remis  la  ville  sous  la  puissance 
de  Childebert  et  rétabli  l'évêque  dans  son  siège  ^  re-  * 
tourna  auprès  de  ce  roi.  Mais  Dynamius,  oubliant  lafcfi 
jurée  à  Childebert^  envoya  des  messagers  au  roi  Con- 
tran pour  lui  dire  que  l'évèque  lui  ferait  perdre  la  por- 
tion de  la  cité  qui  lui  appartenait  et  que  jamais  il  nè 
pourrait  soumettre  à  sa  puissance  la  ville  de  Marseille 
à  moins  de  Ten  chasser.  Alors ,  ému  de  colère,  Contran 
ordonna,  malgré  le  respect  dû  à  la  religion,  que  le  pon- 
tife du  Dieu  toutrpuissaut  lui  lut  amené  chargé  de  liena^ 
disant  :  «  Que  Tentiémi  de  notre  royaume  soit  envciyé 
en  exil^  afin  qu'il  ne  puisse  nous  nuire  plus  long- 
temps, j»  Ët  comme  l'évéque  se  tenait  sur  ses  gatdA 
et  qu'il  n'était  pas  aisé  de  Tenlever  de  la  ville,  arriva  le 
jour  où  se  fêtait  la  dédicace  d'un  oratoire  rural  situd 
dans  le  voisinage.  L'évéque  était  sorti  pour  se  rendre  à 
cette  féte^  lorsqu'on  route  il  fut  attaqué  subitement  par 

des  hommes  armés  ^i,  se  précipitant  avec  grand  bruit 


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DISCORDE  ENTRE  LES  ROIS.  m 

* 

hors  d'une  embuscade  où  ils  s'étaient  cachés^  Tenlou- 
irèrcot»  1^  jetèrenJl  à  bas  de  son  cheval,  dispersèrent 
.f^ux  qui  racompagiHdeniy  lièrent  m  senriteurs,  bat- 
tent ses  clercs,  et  le  mettant  lui-même  sur  un  misc- 
ible cheval;  sans  permettre  à  aucun  des  siens  de  le 
$uiyre>  remmenèrent  pour  le  conduire  en  présence 
roi.  Comme  ils  iraver.saiqnt  la  ville  d'Aix,  Pientius, 
^véque  do  oe  lieja»  plein  de  compassion  pour  son  frère, 
lui  donna  des  clercs  pour  l'assister  et  ne  le  laissa  partir 
^'après  lui  avoir  fourni  ce  dont  il  avait  besoin.  Cepen- 
diin^  les  dercs  de  Marseille  ouvrirent  la  maison  épisoo- 
i^pale,  forcèrent  les  coffres,  firent  l'inventaire  de  plu- 
/BÛBurs  fis^  oli^jet^  qu'ils  trouvèreni,  et  en  transportèrent 
d'autres^ans  leurs  maisons.  Mais  l'évêque  ayant  été  con- 
duit devant  le  roi ,  celui-ci  ne  le  trouva  point  coupable 
çt  lu^  p^ripit^ç  retourna  dans  sa  ville,  oà  il  lut  reçu 
avec  acclamation  par  les  citoyens.  De  là  naijuirent  de 
fS^xi^i^  ii^imitiiés  entre  le  roi  Goniran  et  son  neveu 
C^iildebert,  et  leur  alliance  rompue,  ils  se  tendirent 
réciproquement  des  pièges. 

Le  roi  Chil|)énc,  Toyant  croître  ces  germes  d^ 
discorde  entre  son  frère  et  son  neveu^  appela  le  duc 
Pidier  et  lui  ordonna  de  causer  quelque  préjudice  à 
çon  frère.  Didier  ût  marcher  une  armée/ mit  en  faite 
Iç  duc  Kagnovald,  prit  Téi  i^^icux,  et  après  s'être  fait  ' 
{ffèter  serment,  marcha  vers  Agen.  \a  fenrune  de  Ra- 
gnovald  ayant  appris  que  son  mari  avait  été  misen  fuite 
et  que  la  ville  élail  tonjbée  au  pouvoir  du  roi  Chilpéric, 

96  réfugia  dans  la  basilique  du  saint  martyr  Caprasins; 

■s 


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S6û   GUERBE  ËNIRE  ceux  DÊ  BOURGES  ET  DE  TOURS. 

mais  elle  en  fui  tirée^  dépouiflée  de  tout  ce  qa'elle  pos- 
sédait^ privée  du  secours  de  ses  serviteurs,  et  envoyée 
à  Tottloose  après  avoir  donné  caution  ;  là,  elle  s^esi  re- 
tirée  dans  la  basilique  de  Saint-Sernin.  Didier  s'em- 
para de  toutes  les  cités  qui^dans  cette  partie  du  royaume, 
obéissaient  au  roi  Contran,  et  les  soumit  à  la  puissance 
de  Chilpéric.  Le  duc  Bérulphe,  ayant  appris  que  les  ha- 
bitants de  Bourges  méditaient  de  faire  une  irruption 
dans  le  territoire  de  Tours,  fit  marcher  une  armée  et 
s'établit  sur  ce  territoire.  Alors  les  bourgs  d'iseure  et 
de  Barrou,  appartenant  à  la  cité,  furent  cruellement  dé- 
vastes,  et  Ton  sévit  avec  dureté  contre  ceux  qui  n'a- 
vaient pas  pu  prendre  part  à  cette  expédition.  Le  duc 
'  Bladaste  marcha  en  Gascogne  et  perdit  la  plus  grande 
partie  de  son  armée. 

XllL—  Loup,  citoyen  de  la  Tille  de  Tours,  ayant  perdu 
sa  femme  et  ses  enfants,  voulut  entrer  dans  la  dérica* 
ture.  Son  frère  Ambroise  Ten  empêcha,  craignant,  s'il 
épousait  rÉglise  de  Dieu^  qu'il  ne  Ilnstituftt  son  héri* 
tière,  et  il  eut  soin  de  le  pourvoir  promptement  d'une 
femme.  Cédant  aux  malheureuses  suggestions  de  son 
flrère,LonparriTaau  jour  où  il  devait  se  lier  par  les 
fiançailles.  Tous  deux  se  rendirent  au  château  de  Chi- 
non,  où  ils  ayaient  une  maison  ;  mais  la  femme  d'Am«- 
broise,  qui  vivait  en  adultère^  détestait  son  mari  et  en 
aimait  un  autre  d'amour  impudique,  tendit  à  son  mari 
des  embûches.  Les  deux  frères,  après  s'être  livrés  en- 
semble aux  plaisirs  d'un  festin,  et  avoir  pris  du  vin  jus- 
qu'à r  ivre8se,se  couchèrent^  la  nui t  venue, dans  un  même 


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0 

ASSASSINAT  D'AlIBROtSE  ET  D^E  LOUP.  861 

lit  :  alors  Tamant  de  la  femme  d'Ambroise  vint  pendant 
la  nuit,  au  moment  où  tout  le  monde  était  accablé  de  vin 
et  de  sommeil;  il  alluma  une  torche  de  paille  pour  voir 
ce  que  faisaient  ses  victimes,  tira  son  épée,  et  en  frappa 
la  tête  d'Ambroise  de  telle  sorte  que  le  fer>  descendant  à 
travers  les  yeux^  lui  emporta  le  sommet  de  la  tête. 
Loup,  éveillé  par  le  coup^  et  se  voyant  nager  dans  le 
sang,  s'écria  :  «  Hélas  !  hélas  t  au  secours  !  on  a  tué  mon 
frère.  »  ^adultère,  qui  s'éloignait  déjà  après  avoir 
conunis  son  crime,  entendant  ces  cris,  revint  vers  le  lit* 
et  se  jeta  sur  Loup.  Comme  celui-ci  résistait^  il  le  dé- 
cbire  de  blessures,  l'accable,  le  frappe  d'un  coup  mor- 
tel,  et  le  laisse  eipirant.  Cependant  personne  de  la 
maison  n'entendit  rien  de  ce  qui  se  passait,  et,  le  matin 
arrivé,  tout  le  monde  fut  consterné  d'un  si  grand  crime. 
Loup,  qu'on  trouva  encore  en  vie,  rapporta  ce  qui  était 
arrivé,  puis  rendit  l'esprit.  L'impudique  veuve  ne 
donna  pas  beaucoup  de  temps  aux  larmes;  peu  de  Jomv 
après,  elle  s^en  alla  avec  son  amant. 

XIV.  —  La  septième  année  du  roi  Childebert,  qui 
était  la  vingt  et  unième  de  Chilpéric  et  de  Contran,  on 
eut,  dans  le  mois  de  janvier,  des  pluies,  des  éclairs  et 
de  violents  tonnerres  ;  on  vit  des  fleurs  sur  les  arbres, 
il  apparut  dans  le  ciel  une  de  ces  étoiles  que,  plus  haot, 
j'ai  appelées  du  nom  de  comètes.  Le  ciel,  tout  autour, 
était  profondément  obscur;  en  sorte  que,  placée  comme 
dans  un  creux,  elle  reluisait  au  milieu  des  ténèbres, 
scintillait  et  étalait  sa  chevelure  :  il  en  partait  un  rayon 
d'une  grandeur  m^eilleuse,  qui  paraissait  au  loin 

I.  il- 


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3»  PKODIGES 
&m\me  la  fumée  d'un  grand  incendie  ;  on  la  vit  à  Toc- 
cident,  à  la  première  heure  de  la  nuit.  Ou  vit  aussi  dans  . 
la  niUe  de  Soissons,  le  saint  Jour  de  Pâques,  le  ciel  ar« 
dent^  comme  s'il  eût  été  embrasé  de  deux  incendies  :  il 
7  en  avait  un  plus  grand,  et  Tautre  moindre*  Au  boul 
de  deui  heures,  ils  se  réunirent,  et,  après  aToir  formé 
eomme  une  large  flamme^  ils  disparurent.  Dans  le 
territoire  de  Paris^  il  tomba  des  nuages  une  pluie  de 
sang  véritable  :  beaucoup  de  gens  la  reçurent  en  leurs 
Tèteœents^  el  elle  les  souilla  de  telles  iacbes  qu'Us  s'en 
dépouillèrent  avec  horreurJ  Le  même  prodige  se  ma- 
nifesta en  trois  endroits  du  territoire  de  cette  cité. 

■ 

Danseeltti  de  Senlis,  un  h<minie,  ea  se  levant  le  roatin^ 
trouva  Tintérieur  de  sa  maison  arrosé  de  sang.  Il  y  eut  | 
cette  année  une  grande  mortalité  parmi  le  peuple  :  dir 
verses  maladies  très-dangereuses,  et  accompagnées  de 
pustules  et  d'ampoules,  causèrent  la  mort  d'une  grande  | 
quantité  de  gens  ;  beaucoup  cependant  y  échappèrent  à . 
force  de  soins.  Nous  apprîmes  que,  cette  même  année,  j 
la  peste  avait  sévi  avec  fureur  à  Narbonne,  ne  laissant  ^ 
aiictm  réfÂt  à  celui  qui  en  était  frappé. 

XV.  —  Félix,  évéque  de  la  cité  de  Nantes,  attaqué  de 
la  contagion,  tomba  grièvement  malade;  alors  il  appela 
les  évêques  du  voisinage,  et  les  supplia  de  se  rénnnr 
pour  confirmer,  par  leurs  signatures,  le  choix  qu'il  avait 
fait  de  son  neveu  Bourguignon  pour  lui  succéder.  Ils  le 
firent,  et  m'envoyèrent  Bourguignon.  Celui-ci  avait 
alors  près  de  vingt-cinq  ans.  11  vint  me  prier  d^aller  à 
Nantes,  après  lui  avoir  donné  la  tonsure^  et  de  le  sacrer 


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MORT  DE  L'ÉVÈQUE  FÉLIX.    .  .  963 

éTêqiie  à  la  place  de  son  oncle  qui  vivait  encôre.  le  m'y 

refusai,  parce  que  c'était  contraire  aux  canons;  mais  je 
lui  donnai  le  conseil  suivant  :  <  Il  est  écrit  dans  les  ca- 
iNms,  mon  ûh,  que  personne  ne  pjkura  parvenir  à 
répiscopat  sans  avoir  régulièrement  passé  par  les  de- 
grés de  la  hiérarchie  ecclésiastique.  Retourne  donc/ 
non  ffès-cfier  fils,  et  demande  à  cehii  qui  fa  cImM  de 
te  tonsurer.  Quand  tu  seras  parvenu  aux  honneurs  de 
la  prêtilse^  sois  assidu  à  Péglise,  et  lorsque  Dieu  vou- 
dra le  retirer  de  ce  monde^  lu  t'élèveras  sans  peine  au 
rang  d'évéque.  »  Mais  lui  s'en  retourna,  et  négligea 
âe  suivre  le  conseil  que  Je  lui  avais  donnée  parce  quer 
l'évéque  Félix  paraissait  moins  souffrir  de  sa  maladie. 
Ifeis  lorsque  la  fièvre  Veut  quitté,  Fhnmeur  sortit  de 
ses  jambes  par  des  pustules  ;  et,  comme  le  malade  y 
appliqua  un  cataplasme  trop  violent  de  cantharides,  ses 
jambes  tombèrent  en  pourriture,  et  il  finit  sa  vie  à  Tâge 
de  soixante-dix  ans,  dans  la  trente-troisième  année  de 
son  épiscopat.  Nonnichius,  son  cousin,  lui  succéda  par 
rordre  du  roi. 

XVI.—  A  cette  nouvelle,  Pappolène  reprit  la  nièce 
dé  f  élit  dont  il  avait  été  séparé.  H  lut  avait  été  fiancé 
autrefois;  mais  comme  révêque  Félix  différait  toujours 
le  mariage,  Pappolène  était  venu  avec  fine  troupe  con- 
sidérable, avait  enlevé  la  jeune  fille  de  Toraloire  épis- 
copal,  et  s'était  réfugié  dans  la  basilique  de  Saint-Al- 
bin. Alors  Félix,  ému  de  colère,  était  parvenu,  à  force 
d'artifices,  à  séparer  la  jeune  fille  de  son  mari,  et  lui 
atait  fait  prendre  Fhabit  dans  on  monastère  de  la  ville 


S6i  INIMITIÉS  ENTRE  LES  JUIFS. 

de  Bazas.  Celle-ci  envoya  secrètement  des  messagers 

pour  que  Pappolène  vînt  la  reprendre  en  Tenlevant  du 
lieu  où  elle  était  renfermée.  U  y  consentit^  la  retira 
du  monastère,  s'unit  à  elle  en  mariage^  et  muni  d'un 
privilège  du  roi^  cessa  de  craindre  les  menace^  de  ses 
parents. 

XVII.—  Le  roi  Chilpéric  fit  baptiser  cette  année-là 
beaucoup  de  Juifs^  et  en  tint  plusieurs  sur  les  fonts  de 
baptême.  Cependant  il  y  en  eut  beaucoup  dont  Feau 
sainte  lava  seulement  le  corps^  et  non  le  cœur,  et  qui^ 
menteurs  envers  Dieu»  .retournèrent  à  leur  infidélité 
première;  en  sorte  qu'on  les  voyait  à  la  fois  observer 
le  sabbat,  et  honorer  le  jour  du  Seigneur.  Aucun  argu- 
ment ne  put  engager  Priscus  à  reconnaître  la  vérité. 
Alors  le  roi  irrité  ordonna  qu'il  fût  gardé  en  prison, 
afin  que  ce  qu'il  ne  consentait  pas  à  croire  volontaire» 
ment,  on  le  fit  du  moins  croire  malgré  lui  :  mafe 
Priscus,  au  moyen  de  quelques  présents,  obtint  qu'on 
lui  donnât  du  temps,  jusqu'à  ce  que  son  fils  eût  épousé 
une  Juive  de  Marseille,  promettant  faussement  d'accom- 
plir ensuite  ce  que  lui  avait  ordonné  le  roi.  Dans  l'in- 
tervalle, il  s'éleva  une  querelle  entre  lui  et  Phatir,  Juif 
converti,  que  le  roi  avait  tenu  sur  les  fonts  de  baptême. 
Le  jour  du  sabbat,  Priscus,  s'étant  ceint  les  reins^  et  ne 
tenant  aucun  instrument  de  fer  à  la  main^  s'était  retiré 
dans  un  lieu  secret  sans  doute  pour  y  accomplir  la  loi 
de  Moise.  Phatir  survint  tout  à  coup,  une  épée  à  la 
main  et  Tégorgea  avec  ses  compagnons.  Après  les 
avoir  tués,  il  s'enfuit  dans  la  basilique  de  SainWU'; 


ASSASSINAT  D£  PAISCUS  £X  DE  PHAIIR.  905 

lienS  avec  ses  serviteurs  qui  se  tenaient  suruneplace  Toi- 

sine.Pendant  qu'ils  y  demeuraient  renfermés,  ils  appri- 
rent que  le  roi  avait  ordonné  de  tuer  leur  maître^  de  les 
tirer  de  la  basilique  et  de  les  faire  périr  comme  des  mal- 
faiteurs. Alors  l'un  d'eux  se  saisit  de  son  épée,  quand 
son  mattre  eut  pris  la  fuite,  frappa  ses  camarades,  et 
sortit  de  la  basilique  son  glaive  à  la  main  ;  mais  le  peu- 
pie,  se  jetant  sur  lui,  le  tua  cruellement.  Pbatir  obtint 
la  permission  de  retourner  dans  le  royaume  de  Gon- 
Uan,  d'où  il  était  venu  ;  mais  peu  de  jours  après  il  lut 
tué  par  les  parents  de  Priscus. 

XYllL  —  Ansovald  et  Domégésile^  envoyés  en  Es- 
pagne par  le  rd  Gbilpéric  pour  y  prendre  connaissance 
de  la  dot  destinée  à  sa  flUe*,  revinrent  de  leur  mission. 
£n  ces  jours-là>  le  roi  Leuvigild  était  à  la  têle  de  son 
armée,  en  guerre  contre  son  fils  Erménégild ,  à  qui  il 
prit  la  ville  de  Mérida.  Nous  avons  déjà  fait  connaître 

^  SaintJuUen  le  Paa^re*  Une  rae  de  Paris,  près  l'Hdtol-Diea 
et  l'église  Saint-Sérerin,  porte  encore  ce  nom. 

*  C'est  un  reste  de  Tanoîen  usage  des  Germains  «  ches  qni 
«  ce  n'est  point  la  femme,  dit  Tacite,  qui  apporte  une  dot  au 

€  mari,  mais  !e  mari  qui  en  donne  une  à  la  femme.  »  {Dêmor» 
Germ.  chap.  xviii.)  Cet  usage,  indirectement  consacré  par  pin» 
sieurs  des  lois  barbares,  entre  autres  par  celle  des  Bourguignons 
(tit.  34),  et  attesté,  dans  les  premiers  siccles  de  l'Europe  mo- 
derne, par  une  multitude  do  faits,  se  retrouve  chez  presque  tous 
les  peuples  barbares  ou  sauvages  d'Asie,  d'Afrique  et  d'Amé- 
rique ;  il  indique  partout  la  condition^  sinon  serrile,  du  moins 
fûble  et  méprisée  des  femmes  qui  sont  achetées  par  leur  mari 
comme  des  esclaves  ou  des  tètes  de  bétail.  Dès  qu'on  le  voit 
disparaître  et  que  la  femme  commence  à  apporter  une  dot  dans 
la  maison  où  elle  entre ,  on  peut  ôtre  assuré  que  la  oonditioa 
des  femmes  s'améliore.  ^ 


866  LES  CHBÉTIENS  D'ESPAGNE. 

comment  Ërméuégild  avait  fait  alliance  avec  les  géné- 
raux de  remper^ijff  Tibère.  Les  envoyés,  retardés  par 
ces  cîreonstances,  lùreni  plus  longtemps  à  reraiir. 
Quand  je  les  vis,  je  m'empressai  de  kur  demander  si  le 
peu  de  chrétiens  demeqrés  en  ce  lieu  étaient  encore  fer- 
vents dans  la  foi  du  Christ.  A  quoi  Ansovald  me  répon- 
dit :  chrétiens  gui  habitent  l'Espagne  conservent 
k  puireté  de  la  foi  catholique  ;  mais  le  roi  emploie 
contre  eux  une  nouvelle  ruse  :  il  feint  de  prier  aux 
sépolores  des  martyrs  etdansles  églises  de  notre  re- 
ligion :  a  J'ai  connu  clairement,  dit-il,  que  le  Christ,  Fils 
«de  Dieu,  est  égal  à  son  Père,  mais  je  ne  crois  point 
«que  le  Saint-Esprit  soit  Dieu,  car  cela  ne  se  trouve 
«  dans  aucune  des  diverses  Écritures. d — Hélas  I  hélas  ! 
quel  précepte  impie  1  quelle  doctrine  empoisonnée  ! 
quelle  opinion  perverse  !  Où  le  Seigneur  a-t-il  dit  : 
Dieu  est  Saint-Esprit  ^?  Où  donc  voiton  que  Pierre  a 
dît  à  Ânanie  :  Ccmmmi  «ouf  éUs-um  ainsi  accordés 
ensemble  pour  tenter  l'Esprit  du  Seignsur?  ce  n'est  pas 
aux  hoamei  qu$  isouê  aoest  mmui,  meiis  à  Dims*^  Où 
donc  Paul,  rappelant  les  dons  mystiques  du  Seigneur, 
a-i-il  dit  :  C'est  un  seul  et  même  Esprit  qui,  après  toutes 
ces  choses,  distr&nsê  à  chacun  ses  dons  seUm  qu'il  hd 
plaît^.  On  sait  bien  que  celui  qui  agit  selon  sa  vo- 
lonté n'est  assujetti  à  personne,  s  Ansovald,  s*étaat 
raidu  vers  le  roi  Ghilpéric,  y  fut  suivi  d'une  ambassade 

1  Évang.  selon  saint  Jean,  chap.  IV, 
*  Actes  des  Apôtres,  chap.  v,  v.  9.  4. 
I  ittÉpitre  de  saint  Paul  aux  Corinthiens,  çh%p,  xii.  y.  U. 


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CMILPÈRIC  ET  OONTRAN.  Wt 

espagnole  qui^  deChilpéric  alla  trouver  Childeberij  puis 
retourna  en  Espagne. 

XIX.  —  Le  roi  Chilpérîc  avait  mis  des  gardes  au  pont 
de  rOrge^  dans  le  territoire  de  la  cité  de  Paris,  pour 
interdire  le  passage  aux  hommes  de  Gontran  et  les  em- 
pêcher de  causer  quelque  dommage  à  son  royaume. 
L'ex-duc,  instruit  de  ces  dispositions^  vint  de  nuit  atti^ 
quer  les  gardes,  les-tna  tous  et  ravagea  eraellemeDi  les 
environs  du  pont.  Lorsque  le  roi  Ctiilpéric  eut  appris 
cette  nouvelle»  il  envoya  des  messagers  à  ses  comtes, 
à  ses  ducs  et  à  ses  autres  gens,  pour  qu'ils  rassemblas- 
sent une  armée,  et  fissent  irruption  dans  le  royaume  de 
son  frère.  Haïs  les  gens  de  bien  Yen  dissuadèrent^  lui 
disant  :  a  Ils  ont  agi  méchamment,  mais  tu  dois  agir 
avec  sagesse.  Ënvoie  des  messagers  à  ton  frère^  et  s'il 
veut  réparer  le  tort  qu'il  fa  fait,  ne  cherche  à  lui 
causer  aucun  dommage.  S'il  s'y  refuse,  suspendant  le 
départ  de  son  armée,  tu  verras  alors  ce  que  tu  auras 
à  faire.  »  Il  se  rendit  à  leurs  raisons,  et  fit  partir  des 
envoyés  pour  aller  trouver  sou  frère;  et  celui-€i|  répa- 
rant le  mal,  Aercha  à  regagner  entièrement  TamHié 
de  son  frère. 

XX.  —  Cette  année  mourut  Ghrodin,  homme  émi- 
nent  en  vertu  et  en  piété,  anmAnier,  soutien  des  pau- 
vres, libéral  envers  les  églises,  nourricier  des  clercs.  11 
établit  beaucoup  de  nouvelles  métairies,  platita  des 
vignes,  bàlit  des  maisons,  mit  des  pays  en  culture,  et 
appelant  à  lui  les  évêques  doués  de  peu  de  biens,  ii  leur 
donnait  avec  bonté  des  repas,  des  maisons  avec  des 


des  ENVAHISSEMENTS  DE  CHILPÉRia 

cbainps  et  des  cultivateurs^  de  Targent^  des  tentures, 
des  ustensiles,  des  agents  et  des  serviteurs,  disant:  a  II 
faut  que  ces  biens  soient  cédés  aux  églises,  afin 
qu'elles  s'en  servent  pour  le  soulagement  de  leurs 
pauvres,  et  m'obtiennent  ainsi  le  pardon  de  Dieu.  »  . 
Nous  avons  su  encore,  touchant  cet  liomme,  beaucoup 
d'autres  bonnes  œuvres  qu'il  serait  trop  long  d'énumé- 
rer.Il  mourut  à  Yige  de  soixante-dix  ans^ 

XXI.  —  Il  parut  cette  année  de  nouveaux  signes.  Il 
7  eut  une  éclipse  de  lune.  Dans  le  territoire  de  Tours,  en 
rompant  le  pain,  on  en  vit  couler  du  vrai  sang.  Les 
murs  de  la  ville  de  Soissons  furent  renversés.  Près  d'An- 
gers, la  terre  trembla,  et  des  loups  entrés  dans  les  murs 
de  Bordeaux  y  mangèrent  des  chiens  sans  marquer  au- 
cune crainte  des  hommes.  On  vit  des  feux  parcourir  le 
ciel.  La  ville  de  Basas  fut  consumée  par  un  incendie  qui 
dévasta  Téglise  et  la  maison  épiscopale.  Nous  apprîmes 
aussi  qu'on  y  avait  enlevé  tout  ce  qui  appartenait  au 
service  de  Tautel. 

XXII.  —  Le  roi  Ghilpéric,  ayant  envahi  plusieurs 
dtés  de  son  frère,  nomma  de  nouveaux  comtes,  et  leur 
ordonna  de  lui  apporter  tous  les  tributs  des  villes.  Ce 
qui,  dit-on,  fut  exécuté.  £n  ces  jours-là  Nonnichiu^, 
comte  de  la  cité  de  Limoges^  prit  deux  hommes  porteurs 
de  lettres  venant,  disaient-ils,  de  Chartérius,  évêque  de 
Périgueux,  et  dans  lesquelles  le  roi  était  fort  maltraité. 
On  y  disait,  entre  autres  choses,  que  l'évèque  se  plai- 
gnait d'être  descendu  du  Paradis  en  Ënfer,  lorsqu'il 
avait  passé  de  la  domination  du  roi  Contran  sous  la 


L*ÉVÉQUB  CHâRTÉRIUS.  869 

puissance  du  roi  Cbilpéric.  Le  comte  fit  passer  au  roi 
soug.bonae  garde  ces  hoinines  et  leurs  lettres.  Celui-ci, 
avec  beaucoup  de  patience^  envoya  vers  révéque  des 
gens  chargés  de  ramener  en  sa  présence,  afin  d'exa- 
miner si  les  faits  qui  lui  étaient  reprochés  étaient  ou 
non  véritables.  Lorsque  Tévêque  fut  arrivé,  le  roi  lui 
présenta  ces  hommes  et  les  lettres,  et  lui  demanda  à 
c'était  lui  qui  les  avait  envoyés,  n  nia.  On  demanda  aux 
porteurs  de  qui  ils  tenaient  leurs  missives  et  ils  nom- 
mèrent le  diacre  Fropton.  L'évéque,  interrogé  sur  son 
diacre,  répondit  que  celui-ci  était  son  grand  ennemi,  et 
qu'il  n'était  pas  douteux  que  ce  ne  fût  une  méchanceté 
de  sa  part^  car  il  lui  avait  souvent  fait  de  mauvaises 
affaires;  le  diacre  amené  sans  retard^  et  interrogé  par  le 
roi,  chargea  son  évéque  et  prétendit  avoir  dicté  cette 
lettre  par  son  ordre.  Mais  celui-ci  se  récria,  disant  que 
le  diacre  s'efforçait  par  ses  ruses  de  le  faire  dépouiller 
de  son  évêché.  Le  roi  se  laissant  aller  à  la  clémence^  et 
remettant  sa  cause  entre  les  mains  de  ûieu^  les  relâcha 
Tun  et  l'autre  ;  il  donna  à  l'évèque  le  conseil  de  pardon* 
ner  à  son  diacre^  et  le  supplia  de  prier  Dieu  pour  lui^ 
Chartérius  fut  donc  renvoyé  avec  honneur  dans  son 
Église,  et  deux  mois  après  le  comte  Nonnichius,  auteur 
de  ce  scandale^  mourut  frappé  d'une  attaque  d'apoplexie. 
Comme  il  n'avait  pas  de  postérité,  ses  biens  furent  con- 
,  cédés  par  le  roi  à  diverses  personnes. 

XXIII.--  Après  la  perte  de  tant  d'enfants,  il  naquit 
un  fils  à  Chilpéric^  En  réjouissance,  le  roi  ordonna  de 

*  En  582. 

31. 


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370  LE  PRÉTENDANT  GONDOVALD. 

rendre  la  liberté  à  tous  peu^  qui  étaient  gardés,  de 
4élivrer  de  leurs  liens  ceux  qui  étaient  enchaînés,  et 
de  ne  point  exiger  les  sommes  qu'on  avait  négligé  de 
pajer  à  son  ûsc  ;  mais  cet  entant  devint  plus  tard  la 
cause  d'un  grscnd  malheur. 

XXIV.  —  De  nouvelles  querelles  furent  suscitées  à 
révégue  Théodore.  Gondovald,  qui  se  disait  ûls  du  roi 
Gotaire,  était  venu  de  Gonstantînople  à  Marseille:  11 
faut  ici  exposer  en  peu  de  mots  quelle  était  son  origine. 
Né  dans  les  Gaules,  il  avait  été  élevé  avec  soin,  instruit 
dans  les  lettres,  et,  portait,  selon  la  coutume  des  rois  de 
ce  pays,  les  boucles  de  ses  cheveux  flottantes  sur  ses 
épaules  ;  il  fut  présenté  au  roi  Ghildebert  par  sa  mère, 
qui  lui  dit  :  a  Voilà  ton  neveu,  le  fils  du  roi  Clotaire  : 
comme  son  père  le  hait,  prends-le  avec  toi,  car  il  est 
de  ton  sang.  »  Gelul-ci,  qui  n'avait  pas  de  fils,  le  prit  et 
le  garda  avec  lui.  A  cette  nouvelle,  Clotaire  dépécha  des 
messagers  à  son  frère,  et  lui  fit  dire  :  «  Envoiennoi  ce 
jeune  homme  *.  »  Son  frère  le  lui  envoya  sans  retard. 
Quand  il  Teut  en  son  pouvoir,  Clotaire  ordonna  qu'on 
lui  coupftt  la  chevelure,  disant:  c  Get  enfant  n'est  pas  de 
moi.  »  Après  la  mort  de  Clotaire,  le  roi  Caribert  Tac- 
cueiUit;  maïs  Sighebert  l'ayant  attiré,  le  fit  raser  de 
nouveau  et  l^nvoya  dans  la  ville  d'Agrippine,  mainte- 
nant appelée  Cologne  *.  11  s'échappa  encore  de  ce  heu, 

t  II  parali  certaia  que  Gondovald  étui  bien  réellem%iit  le  file 
de  Clotaire  qui  Tavait  eu  d'une  femme  de  eonditîon  inférieur^» 
et  l'avait  renié  enauite  à  cause  de  quelques  soupçons  eur  1» 

conduite  de  sa  mère. 

ColorUa  Agripfinensis.  Les  barbares,  supprimant  le  dernier 
mot,  aTaient  ûni  par  l'appeler  Colonia  tout  court. 


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L'ÉTÉQUS  THÉOOOEE.  MU 

laissa  croître  ses  dieTecuc  et  se  rendit  auprès  de  Narsès, 

qui  gouvernait  alors  ritalie.  Il  y  prit  une  femme^  dont 
il  eut  des  fils  et  se  rendit  à  Gonstantinople.  De  là»  à  ce 
qu'on  rapporte,  il  fut  longtemps  invité  par  un  certain 
personnage  *•  à  revenir  dans  les  Gaules,  et  débarquant  à 
Marseille,  il  fut  reçu  par  révêque  Théodore  qui  lui 
donna  des  chevaux,  puis  il  alla  rejoindre  le  duc  Mum- 
mole  qui  occupait  alors,  comme  nous  Tavons  dit,  la 
ville  d'Avignon.  Le  duc  Contran  se  saisit  de  Té- 
vêque  Théodore  et  le  ût  garder,  l'accusant  d'avoir 
introduit  un  étrange  dans  les  Gaules,  et  de  Toulolr  par 
ce  moyen  soumettre  le  royaume  des  Francs  à  la  domi- 
nation de  l'empereur.  Mais  Théodore  produisit,  dit-on, 
une  lettre  signée  de  la  main  des  grands  du  rd  Ghilde- 
bert,  et  dit  :  (ic  Je  n'ai  rien  fait  par  moi-même,  mais 
seulement  ce  qui  nous  a  été  commandé  par  nos  maî- 
tres et  sei^^nears.  »  L'évéque  était  gardé  dans  sa  cel- 
'  luie,  et  on  ne  lui  permettait  pas  d'approcher  de  l'église* 
Une  nuit,  tandis  qu'il  priait  Dieu  avec  beaucoup  de 
ferveur,  sa  cellule  resplendit  d'une  grande  lumière, 
en  sorte  que  le  comte  qui  le  gardait  fut  saisi  de 
terreur.  On  vit  au-dessus  de  sa  téte,  pendant  deux 
heures,  un  globe  étincelant.  Le  matin  arrivé,  le  comte 
raconta  ce  prodige  à  ceux  qui  se  trouvaient  avec 
lui.  Théodore  fut  conduit  vers  le  roi  Contran  avec 
révéque  Êpiphane,  qui  fuyant  les  Lombards  était  venu 
demeurer  à  Marseille,  et  qu^on  accusait  de  complicité 

t  Par  le  duc  Gontran-Boton.  comme  on  le  Terra  daiu  le  livre 
auiTant. 


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m  SIGNES  ET  PRODIGES. 

dans  cetteatTaire.  Le  roi  les  ayant  examinés  ne  les  trouva 

coupables  d'aucun  crime.  Il  ordonna^  cependant^  de 
continuer  à  les  garder,  et  Févéque  Épiphane  mourat 
dans  cet  état,  après  beaucoup  de  tourments.  Gondovald 
se  réfugia  dans  une  île  de  la  mer,  pour  y  attendre  1^  évé- 
nements. Le  duc  Gontran->Boson  imrtagea^Tec  un  des 
ducs  du  roi  Contran  les  trésors  de  Gondovald,  et  em- 
porta, dit-on,  en  Auvergne  une  immense  quantité  d'or, 
d'argent  et  d'autres  obj  ets  précieux. 

XXV.  —  La  huitième  année  du  roi  Childebert,  la 
veille  des  calendes  de  février  (31  ji^i^vier),  un  dimanche, 
au  moment  où,  dans  la  ville  de  Tours ,  on  venait  de 
donner  le  signal  des  matines,  et  comme  le  peuple  se  le- 
vait pour  se  réunir  dans  la  cathédrale/ des  nuages  dont 
le  ciel  était  couvert  s'échappa  avec  la  pluie  un  grand 
globe  de  feu,  qui  parcourut  dans  les  airs  un  long  espace 
et  donna  tant  de  lumière  qu'on  distinguait  tous  les  ob- 
jets comme,  eu  plein  jour.  Puis  le  globe  se  déroba  der- 
rière le  nuage,  et  tout  rentra  dans  Tobscurité.  Les  eaux 
grossirent  plus  que  de  coutume  et  causèrent^  autour  de 
Paris,  une  telle  inondation  de  la  Seine  et  de  la  Marne,  que 
beaucoup  de  hateaux  périrent  entre  la  ville  et  la  basi- 
lique Saint-Laurent  ^ 

XX VL— Le  duc  Gontran-Bo6on,iiprès  être  retounaé 
en  Auvergne  avec  les  trésors  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut,  alla  vers  le  roi  Childebert.  11  en  revenait  avec  ses 

1  Dom  Ruinart  el  Mabillon  ont  fort  bien  établi  que  cette  ba- 
silique Saint-Laurent  était  construite ^ur  remplacement  de  celle 
qui  s'élève  ai^i<rardliui  dans  le  faubourg  Saint-Martin. 


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LES  DUCS  CONTRAN  ET  MUMMOLE.      '   878  ' 

filles,  quand  le  roi  Contran  le  prit  et  le  retint^  disant: 
«  C'est  sur  ton  invitation  que  Gondovaid  est  Venu  dans 
les  Gaules,  et  c'est  dans  cette  vue  que  tu  es  allé  ces 
dernières  années  à  Gonstantinople;  d  le  duc  Contran 
répondu  :  «  C'est  toÀ  duc  Mummole  qui  ra  reçu  et  re»  ' 
tenu  dans  Avignon.  Permets  que  je  te  Tamène,  et  je 
serai  alors  disculpé  des  torts  dont  on  m'accuse.» 
Le  roi  lui  dit  :  «  Je  ne  ie  permettrai  pas  de  fen  aller 
sans  que  tu  aies  subi  la  peine  que  tu  mérites  pour  le 
crime  que  tu  as,  commis.  »  Lui»  se  voyant  près  delà 
mort,  dit .  «  Voilà  mon  fils,  prend  s -le,  et  qu'il  serve 
d'otage  pour  ce  que  je  promets  au  roi  mon  seigneur: 
et  si  je  ne  f  amène  pas  Mummole,  qiie  je  perde  mon 
enfant,  d  Alors  le  roi  lui  permit  de  s'en  aller  et  retint  . 
8(m  jeune  fils.  Contran  prit  avec  lui  des  gens  d'Aa- 
vergne  et  du  Yelay,  et  s'en  alla  à  Avignon  ;  mais  Mum- 
mole avait  artificieusement  fait  préparer  sur  le  Khône 
de  mauvaises  barques.  Ils  y  montèrent  sans  se  douter 
de  rien,  cl  lorsqu'ils  arrivèrent  au  milieu  du  fleuve,  les 
barques  chargées  s'engloutirent.  Dans  ce  péril  les  uns 
s^écbappèrent  en  nageant»  plusieurs  s'étant  saisis  des 
planches  mêmes  des  bâtiments  furent  ainsi  portés  sur 
k  rivage»  d'autres  moins  avisés  périrent  dans  ie  fleuve. 
Le  duc  Contran  arriva  cependant  à  Avignon.  Mummole, 
en  entrant  dans  cette  ville,  avait  eu  soin  de  détourner 
ime  partie  des  eaux  du  Rhône  pour  la  défense  da  petit 
quartier  qui  n'était  pas  enfermé  par  le  fleuve  ;  il  avait 
foit  creuser  des  fossés  d'une  grande  profondeur,  et  avait 
dissimulé  des  pièges  sous  l'eau  courante.  >  Contran 


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«74  BUSES  DE  KUMHOLE. 

étant  arrivé,  Mummole  s  écria  du  haut  des  murs  :  «  Si 
nous  sommes  de  bonne  loi,  viens  d'un  colé  du  riYaga  ' 
et  moi  de  l'autre,  et  dis  de  là  ce  que  tu  me  yeux*  » 
Lorsqu'ils  furent  arrivés  chacun  de  son  côté,  le  bras 
du  fleuve  se  trouvant  entre  eux,  Contran  dit;  a  Si  tu 
lepermets  j'irai  vers  toi,  parce  qu'il  ya  des  choses  dont 
nous  devons  conférer  secrètement^  »  à  quoi  Mummole 
répondit  :  «Viens,  et  ne  crains  rien,  i» 

Contran  s'avança  avec  un  de  ses  amis,  qui  était  chargé 
du  poids  d'une  cuirasse.  Lorsqu'ils  arrivèrent  sur  ie 
fossé  dans  lequel  on  avait  fait  entrer  l'eau  du  fleuve, 
Tami  fut  englouti  et  ne  reparut  plus.  Contran  plongea 
aussi,  et  la  rapidité  du  courant  remportait;  mais  un 
de  ceux  qui  étaient  présents  lui  tendit  la  lance  qu'il 
ienait  à  la  main,  et  le  ramena  au  rivage. 

Alors^  après  s'être  dit  mutuellement  beaucoup  d'in- 
jures, iMuinmoie  et  lui  s'en  allèrent  chacun  de  son  côté. 
Tandis  que  Contran  assiégeait  cette  ville  avec  l'armée 
du  roi  Contran,  Gfaildebert,  apprenant  ces  nouvellesi 
lut  ému  de  colère  de  ce  que  tout  cela  s'était  passé  sans 
son  ordre,  et  envoya  Condulphe,  dont  j'ai  parlé  pins 
haut,  qui  fit  lever  le  siège,  et  conduisit  Mummole  en 
Auvergne;  mais  peu  de  jours  après  celui-ci  revint  à 
Avignon. 

XXVII.  —  Le  roi  Chilpcric  alla  à  Paris  la  veille  de 
la  fête  de  Pâques  ^  et,  pour  éviter  les  Bsalédictions  pro- 
noncées dans  le  traité  qu*il  avfiit  fait  avec  ses  frères 
contre  celui  qui  entrerait  dans  Paris  sans  le  consente- 
inent  des  antres»  il  s'y  fit  précéder  par  les  reliques  d1im 


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MORT  DE  MARC  LE  REFERENDAIRE.  375 

grand  nombre  de  saints.  Puis  il  y  célébra  avec  beaaçoup 
d'allégresse  les  fêtes  de  Pâques  et  y  fit  baptiser  son  flls^ 
que  l^évêque  Ragnemode  tint  sur  les  fonts  de  baptême. 
Il  lui  lit  donner  le  nom  de  Thierry. 

XXVIII.  —  Le  référendaire  Marc>  dont  nous  ayons 
parlé  plus  baut^  après  avoir  amassé  de  grands  trésors  au 
moyen  de  eontributionB  illégales  levées  sur  le  peai^  te 
sentant  bubitement  saisi  d'une  douleur  de  côté,  se  rasa 
la  tête,  prit  l'habit  de  péniient  et  rendit  Tesprit  Ses 
biens  furent  portés  an  fisc  ;  on  lui  trouva  de  grands  tré- 
sors d'or  et  d'argentet  beaucoup  de  joyaux^  dont  il  n'em- 
porta rien  que  le  préjudice  qu'il  avait  fait  à  son  âmeu 

XXIX.  —  Les  envoyés  qui  étaient  allés  en  Espagne 
revinrent  sém  en  rapporter  rien  de  positif,  parce  que 
Leuvigiid  était  toujours  en  guerre  contre  son  fils  atné. 
Dans  le  monastère  de  Sainte -Radegonde  une  jeune  tille, 
nommée  Ditiola,  nièce  de  saint  Sauve,  évêque  d'Âlbi, 
mourut  de  la  manière' suivante.  Elle  était  tombée  ma^ 
iade,  et  les  autres  sœurs  la  servaient  assidûment. 
Lorsqu'arriva  le  jour  où  elle  devait  se  séparer  de  son 
corps,  vers  la  neuvième  heure,  elle  dit  aux  sœurs: 
c  Yoilà  que  je  me  sens  lùieux  ;  je  n'éprouve  plus  au- 
eone  douleur,  je  n'ai  plus  besoin  que  vous  vousem- 
pressiez  autour  de  moi  et  que  vous  demeuriez  à  me 
soigner;  allex^vous-en  pour  que  je  puisse  plus  aisé» 
ment  me  laisser  aller  au  sommeil.  i»  A  ces  paroles^  les 
sœurs  quittèrent  pour  un  instant  sa  cellule  et  revinrent 
peu  de  temps  après;  elles  demeuraient  debout  devant 
elle,  attendant  qu'elle  leur  parlât,  lorsqu'étendant  les 


Di 


376  MONAST£KË  DE  SAINT£-RAD£GONX)£. 

mains  et  implorant  je  ne  sais  de  qui  la  bénédiction,  elle 

s'écria  :  a  Bénis-moi^  ô  saint  et  serviteur  du  Dieu  très- 
haut!  Yoilà  aujourd'faiui  la  troisième  fois  que  tusouffires 
pour  Famour  de  moi;  pourquoi^  ô  saint!  supportes* 
tUy  en  faveur  d'une  pauvre  femme  malade,  des  ii^u- 
res  si  multipliées?  »  On  lui  demanda  à  qui  elle  adres- 
sait ces  paroles  ;  mais  elle  ne  répondit  pas,  et,  après  un 
court  intervalle,  elle  poussa,  un  grand  éclat  de  rire  et 
rendit  Fâme.  Et  voilà  qu'un  possédé,  qui  était  venu  à 
l'exaltation  de  la  sainte  croix  pour  obtenir  sa  guéri- 
wn^  se  prit  à  s'arracher  les  cheveux,  et,  se  jetant  à 
terre,  disait:  «  Malheur!  malheur!  malheur  à  nous  qui 
avons  souffert  un  tel  dommage  1  S'il  nous  avait  été 
du  moins  permis  de  plaider  d'abord  notre  cause  et  de 
savoir  pourquoi  cette  âme  nous  a  été  enlevée  !  »  Ceux 
qui  étaient  présents  lui  ayant  demandé  ce  qu'il  voulait 
dire,  il  répondit:  «Voilà  que  Fange  Michel  a  pris  Fftme . 
de  cette  tille  et  Ta  conduite  au  ciel»  et  notre  prince, 
que  vous  appelez  le  Diable,  n'en  a  pas  éu  la  moindre 
part.  D  Le  corps,  lorsqu'il  eut  été  lavé,  parut  éclatant 
d'un  blanc  de  neige,  en  sorte  que  l'abbesse  ne  put  trou- 
ver sous  sa  main  aucun  linceul  qui  le  surpassât  en 
blancheur.  Cependant,  après  Favoir  enveloppé  dans 
des  linceuls  propres^  on  le  porta  a  la  sépulture.  Une 
autre  fille  de  ce  monastère  eut  une  vision,  qu'elle  ra- 
conta aux  sœurs.  Il  lui  sembla,  dit-elle,  qu'elle  était  ea 
voyage  parce  qu'elle  avait  fait  vœu  de  se  rendre  à  pied 
à  une  fontaine  d'eau  vive;  comme  elle  n'en  savait  pas 
la  roatOf  elle  rencontra  devant  elle  un  homme  qui  lui 


f 

MIRACLES.  m 

dit:  «  Si  tu  veux  arriver  à  la  fontaine  d'eau  vive,  je 

marcherai  devant  toi  pour  t'en  montrer  le  chemin.  » 
Elle  lui  rendit  grâces  et  suivit  cet  homme^  qui  marcha 
devant  elle.  Cheminant  ainsi,  ils  airivèrent  à  une 
grande  fontaine  dont  les  eaux  brillaient  comme  de  Tor^ 
et  dont  les  herlM»,  semblables  à  toutes  sortes  de  pierres 
précieuses,  rayonnaient  de  toute  la  lumière  du  prin- 
temps* L'homme  lui  dit:  «  Voilà  la  fontaine  d'eau  vive 
que  tu  as  cherchée  avec  tant  de  travail.  Désaltère-loi 
à  son  courant,  aûn  qu'elle  devienne  pour  toi  une  fon* 
taine  d'eau  vive  jaillissant  dans  la  vie  éternelle.  »  • 
Comme  elle  buvait  avidement  de  cette  eau,  voilà  qu'elle 
vit  dei'autre  côté  venir  Tabbesse  qui,  l'ayant  dépouillée 

« 

de  ses  vêtements,  la  couvrit  d'habits  royaux,  brillant 

d'un  éclat  d'or  et  de  pierres  précieuses  surpassant  pres- 
que rimagioation.  L'abbesselui  disait:  a  Ton  fiancé  t'en- 
voie ces  présents.  »  Cette  vision  toucha  le  cœur  de  la 
rehgieuse^et,  peu  de  jours  après,  elle  pria  Tabbesse  de 
lui  faire  préparer  une  cellule  pour  y  vivre  en  réclusion. 
La  cellule  fut  bientôt  prête.  L'abbesse  lui  dit:  a  Voilà  la 
cellule,  maintenant  que  désires-tu?  »  La  religieuse 
demanda  qu'il  lui  fût  permis  de  s'y  renfermer.  Cette 
grâce  lui  lut  accordée  ;  elle  y  fut  conduite  par  les  vier- 
ges rassemblées,  avec  deschants,  à  la  lumière  des  flam- 
beaux, sainte  Radegonde  la  tenant  parla  main.  Alors 
disant  adieu  à  toutes  ses  compagnes  et  après  avoir  em- 
brassé chacune  d'elles,  elle  fut  renfermée;  on  scella 
l'ouverture  de  sa  cellule,  et  là  elle  se  livre  tout  entière;» 
aujourd'hui  encore,  à  la  prière  etàla lecture. 


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878  L'£MP£R£UR  MAURICE. 

XXX.^  Celle  même  année  sortit  de  ce  monde  Tem- 

pcreur  Tibère',  laissant  parmi  tout  son  peuple  un  grand 
deuil  de.ca  mort.  11  était  en  effet  d'une  bonté  éminente, 
toujours  prêt  à  Taumône^  juste  dans  ses  arrêts,  ne  mé- 
prisant personne^  et  embrassant  tous  les  houunes  dans 
«a  bienveillance  ;  et  comme  il  les  chérissait  tons,  il  en 
était  chéri  de  même.  Lorsqu'il  fut  tombé  malade, déses- 
pérant de  «a  vie,  il  fit  appeler  Timpératrice  Sophie  et 
lui  dit  :  <  Toîlà  que  je  sens  que  le  temps  de  ma  Yie  est 
.  accompli  ;  je  veux  choisir,  d'accord  avec  vous,  celui  qui 
doit  gouremer  la  république;  il  faut  prendre  un  homme 
vaillant  qui  nie  remplace  dans  ma  puissance.  »  Elle 
désigna  un  certain  Maurice^  disant:  a  C'est  un  honame 
actif  et  balule^  il  a  souyent  combattu  les  ennemis  de 
la  république  et  a  obtenu  la  victoire.  »  Elle  parlait 
ainsi  dans  Tespoir  que  Maurice  Tépouserait  après  la 
mort  de  Tibère.  Mais  Tibère,  instruit  de  ce  choix,  donna 
Tordre  de  parer  sa  fille  des  ornementsimpériaux^  et  fai- 
sant appeler  Maurice,  il  lui  dit  :  c  Voilà  que,  par  le  con- 
sentement de  rimpératrice  Sophie,  tu  viens  d'être 
nommé  à  Tempire.  Pour  f  y  affermir.  Je  te  donne  ma 
fille.  »  La  jeune  fille  approcha  et  son  père  la  remit  i 
Maurice,  en  lui  disant  :*a  Reçois  mon  empire  avec  cette 
jeune  fille;  règne  heureusement  et  n'oublie  Jamais 
Tamour  de  la  justice  et  de  Téquitc.  »  Maurice  ayant 
reçu  la  Jeune  fille,  la  conduisit  à  sa  maison  ;  on  célébra 
la  cérémonie  du  mariage,  et  Tibère  mourut*  Après 
les  vacances  d'usage,  Maurice,  couvert  du  diadème  et 
ft  Ce  fot  en  M,  et  non  en  588,  que  mourut  Teaiperoiir  Tibèie. 


AMBASSADE  VK  CHILDËBËMÏ  A  CUILPÉRIC.  970 

de  la  pourpre,  6e  rendit  au  Cirque  où  il  fut  salué  des  ae- 
clamations  du  peuple,  auquel  il  distribua  des  présents, 
.  et  fut  confirmé  dans  la  possession  de  Tempire* 

XXXI.  —  Le  Toi  Chilpéric  reçut  ensuite  des  en^of  és 
desonneveuGhildebert^à  la  tête  desquels  était  ^gidius, 
évéque  de  Rdois.  Introduits  auprès  du  jm,  lorsqu'on 
leur  eut  permis  de  parler,  ils  dirent  :  a  Ton  neveu,  no- 
tre seigneur,  te  demande  à  tout  prix  de  conserver  Tat 
iianee  que  tu  as  faite  ayec  lui  ;  il  ne  peut  avoir  de 
paix  avec  ion  frère  qui,  après  la  mort  de  son  père,  lui 
a  enleTé  «ne  partie  de  Marseille,  qui  retient  les  fugitifs 
de  son  royaume  et  refuse  de  les  lui  remettre  entre  les 
mains.  Ton- neveu  Ghildebert  veut  donc  conserier 
entière  Falfection  qui  est  maintenant  entre  tous.  »  Bt  le 
roi  répondit  ;  a  Mon  frère  s'est  rendu  coupable  en  beau- 
coup de  drooDstances,  car  si  mon  fils  Childd)ert  veni 
examiner  les  choses  selon  la  raison,  il  reconnaîtra  bien- 
tôt que  Goniran  a  trempé  dans  le  meurtre  de  son  père.» 
Lorsqu'il  eut  unsi  parlé,révéquei£giditts  lui  répoodil: 
a  Si  tu  t'allies  avec  ton  neveu,  et  que  ton  neveu  s'allie 
avec  toi,  vous  ferez  marcher  une  armée,  et  tous  anm 
bientôt  pris  la  vengeance  qui;  vous  est  due.  d  S'élant 
donc  liés  par  des  serments,  ils  se  donnèrent  mutueli- 
lement  des  otages,  et  se  s^rèrent.  Chilpéric  se  fiant 
en  leurs  promesses  fit  marcher  son  armée  et  vint  à 
Paris,  où  son  séjour  fut  très-onàreux  pour  les  habitante. 
Le  duc  Bérulphe  avec  les  gens  de  Tours,  de  Poitiers, 
d'Angers  et  de  Nantes,  marcha  sur  les  confins  du  terri- 
toire de  Bourges.  Didier  «et  Bladaste,  à  la  lâlede  toutes 


380       GUEKKE  KNTKE  CHILPERIC  ET  GONTRAN. 

les  troupes  des  provinces  qui  leur  étaient  confiéeSyl'as* 

saillirent  d'un  autre  côté,  et  dévastèrent  cruellementles 
pays  qu'ils  eurent  à  parcourir.  Ctiilpéric  ordonna  àraiv 
mée'qui  yenait  le  joindre,  de  trayerser  Paris.  Il  trayima 
lui-même  cette  ville  à  la  tête  de  son  armée,  et  marcha 
yers  le  château  de  Melun,  livrant  tout  aux  flammes  et  i 
la  dévastation.  L'armée  de  son  neyeu  n'arrivait  point, 
quoique  les  chefs  et  les  ambassadeurs  de  Ghildebert  fus- 
sent auprès  de  Cbilpéric;  il  envoya  des  messagers  aux 
ducs  Bérulphe,  Didier  et  Bladaste,  et  leur  dit:  «  Entrez 
dans  le  territoire  de  Bourges,  et  quand  vous  serez 
parvenus  jusque  dans  la  ville,  exigez  le  serment  de 
ûdéhté.  »  Les  habitants  de  la  cité  de  Bourges  se  préci* 
pitèr8nt,au  nombre  de  quibze  mille,  du  côtéde  Château- 
Meillan  S  et  combattirent  eii  ce  lien  contre  le  duc  Didier. 
11  se  ût  un  grand  carnage,  et  il  périt  plus  de  sept  mille 
bommes  des  deux  années. 

Les  ducs  avec  le  reste  de  leurs  gens  arrivèrent  à  la 
ville,  ravageant  et  dévastant  tout,  et  il  se  fit  alors  une 
telle  dépopulation  qu'on  n'avait  oui  rien  de  pareil  dans 
les  anciens  temps,  et  qu'il  ne  resta  ni  maisons,  ni  vi. 
gnes,  ni  arbres  ;  ils  coupèrent,  brûlèrent  et  détruisirent 
tout,  emportant  des  églises  ce  qui  appartenait  au  service 
divin,  et  brûlant  les  églises  mêmes.  Le  roi  Gontraa 
marcha  contre  son  frère  avec  son  armée,  mettant  en  la 
justice  de  Dieu  toute  son  espérance.  Un  soir,  il  envoya 
son  armée  qui  détruisit  une  partie  de  celle  de  son  frère; 
le  matin  suivant,  des  envoyés  passèrent  .de  l'un  à  l'autre 

&  MtdMmmn  eattrwn*  (V.  Oéogr,) 


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GUERRES  ET  SOULÈTEMENTS.  381 

et  firent  la  paix^  se  promettant  mutuellement  que  celui 
qui^  d'après  le  Jugement  des  évêques  et  des  principaux 
do  peuple,  serait  reconnu  avoir  dépassé  les  bornes  de 
la  loi,  payerait  à  l'autre  une  composilion;  puis  ils  se  sé- 
parèrent de  bon  accord.  Le  roi  Cliilpéric^  oe  pouyani 
empêcher  son  armée  de  piller»  tua  de  sa  main  le  comte 
de  Rouen,  et  revint  ensuite  à  Paris,  chacun  laissant  le  \ 
butin  qu'il  avait  fait,  et  relâchant  ses  captifs.  Ceux  qui  ' 
assiégeaient  Bourges,  ayant  reçu  Tordre  de  rentrer  chez 
eux,  emportèrent  tant  de  butin  que  le  pays  d'oùils  sor- 
tirent semblait  entièrement  vidé  d^ommes  et  de  trou- 
peaux. L'armée  de  Didier  et  de  Bladaste  entra  dans  le 
territoire  de  Tours  et  s'y  Uwa  à  Tincendie,  au  pillage^ 
au  ipeurtre ,  comme  on  fait  ordinairement  en  pays 
ennemi.  Ils  emmenèrent  des  captifs,  dont  ils  ren- 
voyèrent ensuite  plusieurs  après  les  avoir  dépouillés* 
Cette  calamité  fut  suivie  d'une  maladie  sur  le  bétail^  eu 
sorte  qu'il  resta  à  peine  quelques  bestiaux.  C'était  une 
nouveauté  d'apercevoir  une  jument  ou  une  génisse. 
Pendant  que  cela  se  passait,  le  roi  Cliiidebert  se  tenait 
avec  son  armée  en  un  lieu  voisin.  Une  nuit,  Farmée 
se  souleva,  le  petit  peuple  fit  entendre  de  grands  mur- 
mures contre  l'évèque  iËgidius  et  les  chefs  du  roi,  et 
.  commença  à  crier  et  à  dnre  ouvertement  :  «  Otons  de 
devant  la  face  du  roi  ces  hommes  qui  vendent  son 
royaume,  soumettent  ses  cités  à  la  domination  d'autrui, 
et  trahissent  pour  une  puissance  étrangère  le  peuple  et 
le  prince,  o  Tandis  qu'ils  se  hvraient  à  ces  clameurs  et  à 
d'antres  semblables,  le  matin  étant  arrivé,  ils  pirirent 


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m  LEUDASTE  RETIENT  A  TOimSL 

leurs  armes  et  coururent  aux  tentes  du  roi^  pour  se 
saisir  de  révêque  et  des  seigneurs,  les  accabler  par  la 
fofce^  les  charger  de  coups,  et  les  mettre  en  pièces  avec 
leurs  épées.  L'évêqae,  aTerti,  prit  la  fuite,  et,  moutanl 
à  cheTa),  se  dirigea  vers  sa  Tille  épisoopale.  Le  peaple 
le  poursuivit  avec  de  grands  cris,  jetant  après  lui  des 
pierres  et  vociférant  des  injures.  Ce  qui  le  sauva,  cfesl 
qtKIls  n'avaient  pas  préparé  de  el^vanx.  Cependant 
révêque^  voyant  que  les  montures  de  ses  compagnons 
étalent  rendues  de  fatigoe,  eontlnoa  seul  son  cbenniir 
saisi  d'une  telle  frayeur  qu'une  de  ses  chaussures  s'étant 
détachée  de  «m  pied,  il  ne  s'arrêta  point  pour  la  ra* 
masser,  et  arriva  ainsi  jusqu'à  Reima,  où  il  fla  wÊtk 
couvert  dans  les  murs  de  la  ville. 

XXXil.  — Peo  de  mois  auparavant,  Leudaste  était 
venu  à  Tours,  avec  la  permission  du  roi^  pour  y  repren- 
dre sa  femme  et  y  demeurer.  11  nous  envoya  une  lettre 
souscrite  par  plusieurs  évéques,  pour  être  reçu  à  la 
communion  ;  mais  comme  celte  lettre  n'était  pas  accom- 
pagnée  des  ordres  de  la  reine,  qui  avait  surtout  ocmtri* 
bué  à  le  faire  séparer  de  la  communion,  je  refusai, 
de  l'admettre,  disant  :  «  Je  le  recevrai  dès  que  j'en  aurai 
Tordre  de  la  reine.  »  TeirToyal  donc  vers  elle,  et  elle 
me  répondit  par  un  écrit  ainsi  conçu  :  a  Obsédée  par 
beaucoup  de  gens,  je  n'ai  pu  faire  autrement  que  de 
lui  permettre  d'aller  à  Tours;  mais  )e  te  prie  de  ne  lui 
accorder  la  paix,  de  ne  pas  lui  donner  de  ta  main  la 
communion,  jusqu'à  ce  que  nons  ayons  décidé  ce  qu'il 
convient  de  faire,  p  En  lisant  cet  écrite  je  craignis  qu'on 


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IMPRUDENCE  DE  LEUDASTE.  283 

fle  le  fît  périr  ;yeinroyai  donc  chercher  son  heau-përe^ 
et  lui  donnai  connaissance  de  la  lettre,  le  priant  d'enga- 
ger son  gendre  à  se  conduire  avec  prudence^  jiisqo'à^ 
'  ce  qu'il  eût  adouci  Fesprit  de  la  reme>  maïs  lui,  qui  était 
encore  mon  ennemi,  soupçonna  de  l'artifice  dans  ce 
>  conseil  que  je  lui  donnais  de  bonne  foi  et  pour  Famour 
'  de  Dieu,  et  ne  Toulut  pas  ag-ir  d'après  mes  avis;  je  vis 
alors  raccompiissement  de  ce  proverbe  que  J'avais 
appris  d'un  vieillard  :  Donne  toujours  de  bons  eon^ 
seils,  soit  à  ton  ami,  soit  à  ion  ennemi,  car  ton  ami  les 
suifDra,  et  ton  ennemi  les  méprisera*  Méprisant  donc 
celui-ci,  il  se  rendit  vers  le  roi,  qui  était  alors  avec,  son 
arnaée  dans  le  territoire  de  Melun,  et  supplia  le  peuple 
de  prier  le  roi  de  Touloir  bien  le  receToir  en  sa  pré- 
sence. Le  roi  donc,  sur  les  instances  de  la  multitude, 
consentit  à  le  voir,  et  Leudaste,  prosterné  à  ses  pieds, 
lui  demanda  pafdon  ;  mais  le  1:0!  lui  dit  :  «  Tiens-toi 
sur  tes  gardes  encore  quelque  temps,  jusqu'à  ce  que  tu 
aies  TU  la  reine,  et  qu'elle  t'ait  dit  les  moyens  de  ren- 
trer en  grâce  auprès  d'elle,  envers  qui  tu  t'es  rendu  si 
coupable.  »  Lui,  toujours  imprudent  et  léger,  se  iiani 
sur  ce  qu'il  avait  été  admis  en  la  présence  du  roi,  le  suivit 
à  Paris,  se  rendit  un  dimanche  dans  la  sainte  cathédrale 
et  se  jeta  aux  pieds  de  la  reine  implorant  son  pardon  ; 
mais  elle,  frémissant  de  colère  et  détestant  sa  vue,  le 
repoussa,  et  dit  en  versant  des  larmes  :  a  Puisqu'il  ne 
me  reste  pas  de  fib  qui  prenne  soin  de  poursuivre  mes 
injures,  c'est  à  toi.  Seigneur  Jésus,  que  j'en  remets  la 
vengeance.  »  £t  se  prosternant  aux  pieds  du  roi,  elle 


aSi  MOEÎ  J)£  LEUDASTE. 

ajouta  :  c  Malheur  à  moi  qui  Tois  mon  ennemi^  et  ne 
puis  remporter  sur  lui  !  x>  Il  fut  donc  repoussé  du  lieu 
sainte  et  on  accomplit  les  cérémonies  de  la  messe» 
Quand  le  roi  sortit  de  Téglise  ayee  la  reine,  Leudaste 
les  suivit  jusqu'à  la  place*,  sans  prévoir  ce  qui  allait 
lui  arrivér.  U  parcourait  les  maisons  des  marchands, 
se  faisait  montrer  des  objets  précieux,  pesait  Pargen- 
terie,  examinait  des  joyaux  disant  :  a  J'achèterai  ceci  et 
oda,  car  il  me  reste  beaucoup  d'or  et  d'argent.  »  Comme 
il  parlait  ainsi,  survinrent  soudainement  les  serviteurs 
delà  reine  qui  voulurent  le  garrotter*  Mais  lui,  tire  son 
épée  et  frappe  nn  d'entre  eux;  les  autres,  animés  de 
colère,  se  saisissent  de  leurs  boucliers  et  de  leurs  épées 
et  se  jettent  sur  lui.  L'un  d'eux  lui  enlève  d'an  coup 
une  partie  des  cheveux  et  de  la  peau  de  la  téie.  Il 
fuyait  cependant  par  le  pont  de  la  ville,  quand  son  pied 
s'engagea  entre  deux  des  poutres  qui  forment  le  pont; 
il  eut  la  jambe  cassée  et  fut  pris  :  on  lui  lia  les  mains 
derrière  le  dos,  et  il  fut  remis  à  des  gardes.  Le  roi  le  ' 
fit  soigner  par  des  médecins,  pour  qu'il  pût,  après  la 
guérison  de  ses  blessures,  être  livré  à  de  longs  sup- 
plices. Mais  pendant  qu'on  le  conduisait  à  une  des  ' 
villas  du  fisc,  la  gangrène  se  mit  dans  ses  plaies,  et  il  \ 
fut  bientôt  à  l'extrémité;  alors^  par  ordre  de  la  reine, 
on  le  conchaà  terre  sur  le  dos,la  nuque  appuyée  surque 
grande  pièce  de  bois,  puis  on  le  frappa  sur  la  gorge,  et  il 
finitainsi,  par  une  juste  mort,  une  viepleine  de  perfidies. 

Cette  place  était  située,  d'après  les  conjectures  assez  plan*  j 
■iblos  de  Dulaure»  sur  l'emplacement  actuel  du  Marclié-Nenf. 


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1»SSTS,  PttODIOES.  '885 

XXXIII .  —  La  neuvième  année  du  règne  de  Childe- 
beii,  le  roi  Contran  rendit  à  son  nevett  une  partie  de 
Marseille*.  Les  envoyés  de  Chilpérîc,  reyeni»  d'Bspar 

'  gne^  annoncèrent  que  la  Carpitanie  était  cruellement 
dévastée  par  les  sauterelles^  de  telle  sorte  qu'il  n'y  avait 
ni  arbres^  ni  vignes,  ni  forêts,  ni  fruits^  ni  aucune  ver- 
dure, qu'elles  n'eussent  entièrement  détruits;  ils  dirent 
que  Finimitîé  qui  s'était  éleyée  entre  Leuvigild  et  son  ' 
iils  augmentait  tous  les  jours  de  violence.  Une  grande 
contagion  régnait  aussi  dans  cette  contrée  et  dévastait 
beaucoup  de  pays;  mais  elle  sévissait  surtout  à  Nar- 
bonne.  Depuis  trois  ans  qu'elle  avait  envahi  cette  cité^ 
elle  paraissait  s'apaiser,  et  déjà  les  habitants  fùgitife 
y  rentraient,  quand  le  mal  les  frappa  de  nouveau  et  en  fit 
périr  un  grand  nombre.  La  cité  d'Albi  eut  égalemenià 
souffrir  de  ce  fléau.  En  ces  temps,  yers  le  milieu  de  la 
nuit,  parut  du  côté  du  nord  un  grand  nombre  de  rayons 
brillants,  d'une  grande  clarté,  qui,  se  rapprochant,  puis 
se  séparant,  finirent  par  s'évanouir.  On  vit  aussi  dans 
la  partie  septentrionale  du  ciel  reluire  une  telle  clarté 
qu'on  la  prit  pour  celle  de  l'aurore* 

XXXI V.  —  Une  nouvelle  députation  vint  d'Espagne 
avec  des  présents,  pour  arrêter  ayec  le  roi  Ghilpéric 
l'époque  où,  selon  une  convention  antérieure,  il  donne-  • 
jait  sa  fille  en  mariage  au  fils  du  roi  Leuvigild  *.  L'épo- 
que fixée  et  toutes  choses  conyenues,  l'envoyé  reprit  sa 
route.  Mais  le  roi  Ghilpéric,  en  quittant  Paris  pour  se  ^ 
rendre  dans  le  pays  de  Soissons,  éprouya  un  nouyeau 

<  £n  584**»*  Keccared)  qui  lui  succéda. 

1.  32 


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386  MORT  DU  FILS  DE  OHILPKRIC. 

chagrin  :  son  fils,  que,  Fannée  précédente,  îl  ftTàlf  fcil 

régénérer  dans  les  eaux  du  baptême,  fut  pris  dcladys- 
senferie^  et  rendit  Tàme  ^  C'était  là  ce  qu'annonçai! 
cette  flamme  que,  comme  je  Vm  dit  pkn  haut,  on  avait 
vue  tomber  des  nuages.  Le  roi  et  la  reine  revinrent  à 
Pàris  atvec  une  douleor  infinie^  ensevelirent  leur  enfant, 
et  firent  courir  après  renvoyé,  pour  qu'il  revînt,  et  pro- 
longeât le  terme  donné ,  le  roi  disant  :  «  Voilà  que  ma 
maison  est  remplie  de  deuil;  comment  pourrais  je  célé- 
brer les  noces  de  ma  fille  ?»  Il  voulait  même  envoyer 
en  Espagne  une  autre  fille  qu'il  avait  eue  d'Audovère, 
et  qu'if  avait  mise  dans  le  monastère  de  Pdtlers  *;  mais 
il  renonça  à  ce  projet ,  surtout  à  cause  de  la  résistance 
de  sainte  Radegonde,  qui  disait  :  «  H  ne  eonvienl  pas 
qti'une  fille  vouée  au  Christ  retourne  aux  voluptés  du 
siècle,  j» 

XXXV.    Tandis  que  ces  clioses  se  passaient^  on  vini 

dire  à  la  reine  que  l'enfant  qu'elle  avait  perdu  avait 
succombé  à  des  maléfices  et  à  des  encbantements,  et 
ffaele  préfet  Mammole>  qui  depuis  longtemps  kn  était 
odieux^  était  complice  de  ce  crime.  11  arriva  en  efiet  un 
)OQr  à  k  table  de  M ommole  qu'on  courtisan  se  plaignit 
de  ce  (ju'un  enfant  qu'il  chérissait  avait  été  pris  de  la  dys- 
senierie.  Le  préfet  lui  répondit;  a  J'ai  une  herbe  qui, 
lorsqu^on  la  donne  en  breuvage  à  celui  qui  est  attaqué 
de  ce  mal^  quelque  désespéré  qu'jl  soil^  le  guérit  sur-le- 

<  Thierry,  dont  on  a  déjà  parlé. 

Sfiasine,  qui  excita  «asuite,  Jansoe  monastère,  les  désordre» 
que  Grégoire  de  Tours  raconte  dans  le  disi6me  livre. 


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FRÉDÉOONDB  ET  ITEJMMOLB.  9S7 

champ.  »  Ces  paroles^  rapportées  à  la  reine^  accrurent 
sa  faieiir  :  elle  £lt  saisir  des  femmes  de  la  Tille  de  Pans» 
les  livra  à  la  torture  el  les  força  à  déclarer  ce  qu'efles 
Bavaient.  Elles  avouèrent  avoir  employé  des  maléiloes 
et  déalarèrent  avoir  fait  mourir  beaucoup  de  gens  ; 
ajoutant,  ce  qui  semble  incroyable  :  «  0  reine,  nous 
avons  sacrifié  la  vie  dç  ton  iils,  pour  celle  du  piéfei 

.  Ifummole.  »  Alors  la  reine  les  livrant  à  des  tourments 
encore  plus  cruels,  ût  assommer  les  unes,  brûler  les 
autras,  attacher  d'autres  à  deç  roues  qui  leur  brisaient 
les  os,  et  se  retira  avec  le  roi  dans  sa  villa  de  Compiè- 
gne^  où  elle  lui  révéla  tout  ce  qu'elle  avait  entendu  dire 
du  préfet.  Le  roi  envoya  des  serviteurs  ordomier  à  Mum* 
mole  de  venir  le  trouver,  et  après  l'avoir  interrogé,  le 
fit  charger  de  chaînes  et  livrera  divers  tourments»  On 
le  suspendit  à  un  poteau,  les  mains  liées  derrière  le  dos, 
et  on  lui  deoianda  ce  qu'il  savait  de  ces  maléfices  ;  mais 

Il  n'avoua  rien  de  ce  que  nous  avons  rapporté  plus 
haut.  Cependant  il  confessa  avoir  pris  souvent,  de  ces 
ftfmneSf  des  onguents  et  des  breuvages  dont  Teffist  de- 
vait  être  de  le  mettre  en  grâce  auprès  du  roi  et  de  la 
reine.  Lors  donc  qu'il  fut  détaché  du  poteau,  il  appela 
Fexécuteur,etluidit:  «  Allez  anoonoer  auroi,  mon  sel* 
gneur,  que  jene  sens  aucun  mal  des  tourments  qu'onm'a 
infligés.  »  A  ces  mots,  le  roi  s'écria  :  «  Ne  fautril  pas,  eu 

-  effet,  qu'il  soit  sorcier  pour  n'avdr  pas  souffert  de  tant 
*  de  tourments?  »  Alors  on  retendit «ur  des  roues,  et  on 
le  frappa  de  tant  de  coups  de  courroies  triples  que  les 
exécuteurs  en  étaient  fatigués  3  ensuite  on  lui  entra  des 

% 


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m  L'éYÊQUE  iSTHÉRIUS. 

bâtons  pointus  dans  les  ongles  des  pieds  et  des  mains^  et, 
eomoie  Tépée  était  déjà  levée  pour  lui  couper  la  tète, 
il  obtint  de  la  reine  qu'elle  lui  laissât  la  vie  ;  mais  on  lui 
fit  subir  uue  dégradation  aussi  cruelle  que  la  mort:  car, 
placé  sur  un  chariot,  il  fut  envoyé,  dépouillé  de  tout  ce 
qu'il  possédait,  dans  la  ville  de  Bordeaux  où  il  était  né. 
liais  frappé  en  rpote  d*un  coup  de  sang,  il  put  à  peine 
arriver  à  sa  destination^  et  peu  de  temps  après  il  rendit 
l'esprit.  Ensuite  la  reine  prit  le  trésor  de  son  enfant,  tant 
les  vêtements  que  les  autres  effets,  même  les  étoffes  de 
soie,  et  les  fit  jeter  dans  le  feu.  On  dit  qu'il  yen  avait  la 
charge  de  quatre  chariots.  Ëlle  fit  fondre  l'or  et  l'argent 
dans  une  fournaise  embrasée,  afin  qu'il  ne  restftt  rien 
d'entier  qui  pût  lui  rappeler  la  douleur  de  la  mort  de 
son  fils. 

XXXVI .  —  iEthérius,  évêque  de  Lisieux,  dont  nous 
avons  parlé  S  fut  expulsé  de  sa  ville,  et  y  rentra  de  la 
manière  suivante  :  il  y  avait  un  clerc  de  la  viUe  du  Mans, 
dissolu,  adonné  aux  femmes,  livré  à  la  gourmandise, 
à  la  fornication,  et  à  toute  espèce  de  vices  inunondes* 
Comme  il  entretenait  commerce  avec  une  femme  ma- 
riée, véritable  prostituée,  il  lui  fit  couper  les  cheveux;, 
iliabina  en  homme  et  Temmena  dans  une  autre  ville 
où  n'étant  pas  connu,  il  pourrait  éviter  le  soupçon 
d'adultère.  C'était  une  fenune  de  race  libre  et  née 
d'honnêtes  parents.  Ses  proches,  ayant  découvert  quel- 

^  Il  n'est  question  nulle  part,  dans  les  autres  ouvrages  de 
Grégoire  de  Tours,  de  cet  jEthérius,  d'où  quelques  auteurs  ont 
pensé  que  ce  chapitre  était  une  interpolatioD,  ainsi  ^ue  quel- 
ques autres. 


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LE  CLERC  DÉBAUCHÉ.  '38J 

qlie  temps  après  ce  qui  s'était  passée  voulurent  venger 
la  honte  de  leur  famille;  ils  allèrent  trouver  le  clerc, 
renchaînèrent,  renfermèrent  etfirent  brûler  la  femme. 
Ensuite^  dominés  par  la  soif  exécrable  de  Tor,  ils  tâchè- 
rent de  vendre  le  clerc^  ou  plutôt  de  trouver  quelqu*un 
qui  le  rachetât,  car  autremt  nt  il  était  dévoué  à  une  mort 
certaine.  i£thérius>  instruit  de  ces  faits»  fut  touché  de 
compassion;  il  donna  vingt  pièces  d'or,  et  délivra  le 
clerc  de  la  mort  qui  le  menaçait.  Ainsi  sauvé»  le  clerc  se 
donna  pour  docteur  dans  les  lettres*  et  promit  à  Févè- 
que,  s'il  lui  confiait  des  enfants,  de  les  rendre  savants; 
Févéque,  joyeux  de  cette  >prome88e«  rassembla  les  en- 
fants de  la  cité  et  le  chargea  de  les  instruire.  Le  clerc 
était  honoré  des  citoyens  ;  le  pontife  lui  avait  donné 
des  terres  et  des  vignes,  et  il  était  invité  dans  les 
maisons  des  parents  dont  il  instruisait  les  enfants.  Mais^ 
revenant  à  ses  anciennes  habitudes  et  oubliant  tout  ce 
qu'il  avait  souffert,  il  s'éprit  de  concupiscence  pour  la 
mère  d'un  des  enfants  qu'il  instruisait.  Cette  femme  pu- 
dique se  plai^çnit  à  son  mari,  ses  parents  réunis  infligé* 
rent  au  clerc  de  rudes  tourments  et  voulurent  le  tuer. 
L'évéque»  de  nouveau  touché  de  pitié,  le  délivra»  lui 
adressa  de  douces  réprimandes  et  le  rétablit  dans  ses 
honneurs.  Mais  rien  ne  put  tourner  vers  le  bien  Fesprit 
léger  de  cet  homme;  au  contraire,  il  devint  Tennemi  de 
celui  qui  l'avait  plusieurs  fois  racheté  de  la  mort.  Il 
s'allia  a  l'archidiacre  de  la  cité  et,  se  jugeant  digne  de 
Fépiscopat,  fit  le  complot  d'assassiner  l'évèque.  On  paya 
un  clerc  qui  devait  le  frapper  d'une  hache,  et  tous  ces 

22, 


39»  COMPLOT  CONTRE  I/ÉVéQUE. 

gens  commençaient  déjà  à  tenir  des  discouiis,  à  parler 
has^  à  lier  des  intrigues,  offrant  des  récompenses  pour 
enprager,  si  l'évêque  mourait,  à  mettre  le  clerc  en  sa 
place.  Mais  la  miséricorde  de  Dieu  remporta  sur  leur 
perâdie^  et  sa  bonté  se  faftta  de  réprimer  la  cruauté  des 
méchants.  Un  jour  que  révêque  rassemblait  ses  ouvriers 
dans  un  champ  qu'il  Toulait  faire  labourer,  le  clerc  dont 
j'ai  parlé  le  suivait  avec  une  hache,  sans  qu'il  y  prît 
garde  aucunement.  Cependant  il  finit  par  s'en  aperce- 
ynÂr.  a  Pourquoi  donc,  lui  dit-il,  me  suis-ta  si  assidû* 
ment  avec  cette  hache?»  L'autre  saisi  de  frayeur  se  jeta 
à  ses  genoux,  disant:  «  Prends  courage,  ô  prêtre  de  Dieu; 
car  ta  sauras  que  j'ai  été  enyoyé  par  rarcfaidiam  et  le 
précepteur  pour  te  frapper.  J'ai  plusieurs  fols  voulu  le 
faire,  et  ma  naain  s'est  levée  pour  frapper  le  coup  ;  mais 
aussitôt  mes  yeux  étaient  couverts  de  ténèbres,  mes 
oreilles  cessaient  d'entendre,  et  tout  mon  corps  était 
ébtanlé  par  un  tremblement.  Mes  mains  demeuraient 
sans  force,  et  je  ne  pouvais  accomplir  ce  que  j'avais 
projeté;  niiûs  lorsqu'ensuite  j'abaissais  le  bras,  je.ne 
sentais  plus  de  souffrance.  J'ai  reconnu  que  Dieu  était 
avec  toi,  car  je  n'ai  pu  te  faire  aucun  mal.»  A  ces  mots, 
résèque  se  prit  à  pleurer  et  imposa  silence  au  derc, 
puis,  retourné  à  sa  maison,  il  se  coucha  pour  souper. 
Ensuite,  il  alla  se  reposer  dans  son  lit,  autour  duquel 
était  disposés  un  grand  nombre  de  ses  clercs.  Ses  enne- 
mis, s'étant  déûés  du  clerc  qui  devait  Tassassiner,  pensè- 
rent àexécuterpar  eux-mémesleur  perfidie,  et  tramèrent 
un  autre  complot,  soit  pour  le  faire  périr  violemment^ 


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INJURES  QUI  LUI  SONT  FAITES.  991 

soit  pour  le  charger  d'un  crime  qui  le  fît  exclure  du 
sacerdoce.  Taudis  que  toiU  le  moiide  reposait  vers  le 
milieu  de  la  nuit,  ils  se  précipitèrent  daos  la  chamfare 
où  couchait  révêque,  poussant  de  grandes  exclamations 
et  disant  qu^ils  en  avaient  vu  sortir  une  femme,  et  qu'ils 
Pavaient  laissée  aller  pour  courir  à  l'évêque.  C'était  oer- 
tainement  par  le  conseil  et  l'instigation  du  diable  qu'ils 

'  imputaient  uo  tel  crime  à  leur  éyéque»  alors  figé  de  prts 
de  soixante-dix  ans.  Sans  perdre  de  temps,  et  de  con- 
cert avec  le  derc  dont  j'ai  parlé»  ils  lièrent  le  saint 
honmie  qui  vit  ses  mains  chargées  de  chaînes  par  celui 
qu'il  avait  plusieurs  foi§  débarrassé  de  ses  liens  ^ 
et  il  fut  condamnéà  une  prison  sévère  par  celui  qu'il 
avait  souvent  tiré  delà  fange  des  cachots.  Voyant  que  ses 
ennemis  l'emportaient,  il  implora  avec  larmes^  dans 
ses  chaînes,  la  miséricorde  du  Seigneur;  aussitôt  ses 
gardes  se  sentirent  accablés  de  sommeil,  la  volonté  du 
S^igiltm  détacha  ses  liens  et  celui  qui  avait  si  souvent 

.  délivré  les  méchants  fut  délivré  sans  avoir  rien  souffert 
ite  leur  méclianceté;  delà,  s'échappant,  il  passa  dan^le 
rofanme  du  roi  Gontran.  Ibia^isis  qu^li^HpAfiîr^nx 
qui  avaient  comploté  contrelui  s'adressèrent  plus  libre- 
ment au  roi  Ghilpéric  pour  lu|  iim^fi^^il^^ssfmt; 
ils  aceâsèroiit  l^vêque  de  plusieurs:Mmes,  ajoutant  : 
a  Sache,  ô  roi  très-glorieux  1  que  nos  paroles  sont  véri- 

taW^BS  ;  ^9  daojM»  ciaiatiE^^MKM^  q^^^iû  axàmé- 

rilée  ses  criines,  il  a  passé  au  royaume  de  ton  frère.  »  , 
JUe  roi  ne  les  crut  point,  .e);  leur  ordonna  de  retourner 


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TRIOMPHE  DU  SAINT  ÉVÉQUE. 

de  leur  pasteur^  et  sachant  que  tout  cela  s'était  fait 
par  envie  et  par  avarice  »  se  saisirent  de  rarchidiacre 
et  de  son  complice^  auteurs  de  cette  iniquité^  et  de- 
mandèrent au  roi  de  leur  rendre  leur  évêque.  Ce- 
lui-ci envoya  des  messagers  à  son  frère  ^  rassurant 
qu'il  n'avait  trouvé  Févêque  coupable  d'aucun  crime. 
Leroi  Contran»  qui  était  bon  et  plein  de  libéralité  envers 
les  malheureux,  fit  beaucoup  de  présents  à  i£(hérius> 
et  lui  donna  des  lettres  pour  tous  lea  évêques  de  son 
royaume^  afin  qu%  eussent  soin,  au  nom  de  Dieu»  de 
l'assister  dans  son  voyage.  L'évèque,  parcourant  les 
dtés^  en  recueillit  des  prêtres  de  Dieu  tant  de  choses, 
soit  en  vêtements,  soit  en  or,  qu'à  peine  put-il  rappor- 
ter tout  ce  qu'il  avait  reçu,  et  en  lui  fut  accomplie  cette 
parole  de  l'Apôtre  :  Toui  eonirUnte  au  hiin  de  ceux 
tpH  aiment  Dieu*;  car  ce  voyage  lui  procura  beau- 
coup de  richesses,  et  son  eadl  le  mit  dans  l'opulence.  Re- 
tournant ensuite  vers  ses  concitoyens,  il  en  fut  reçu  avec 
tant  d'honneur  qu'ils  pleuraient  de  joie  et  bénissaient 
Dieu  de  ce  qu*il  avait  rendu  à  son  Église  un  tel  évèque. 

XXXVII. — Lupentius,  abbé  de  la  basilique  de  Saint- 
Privast  martyr,  dans  la  cité  de  Gévaudan,  fut  mândé 
par  la  reine  Brunehaut,  et  vint  la  trouver,  n  était  accusé^ 
dit-on,  par  Innocent,  comte  de  ladite  ville^  d'avoir  parlé 
de  la  reine  avec  irrévérence.  Mais  l'affaire  ayant  été  exa« 
minée,  il  ne  fut  trouvé  en  rien  coupable  de  lèse-majesté, 
et  reçut  Tordre  de  s'en  retourner.  Cependant,  comme  il 
commençait  à  se  mettre  en  route,  il  ftit  pris  par  leffî 

>  BpUr9  de  saint  Paui  aux  Komaios,  chap.  viit,  28. 


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IftOHX  D£  L'ABBÉ  LUP£NT1US.  093 

comte  et  conduit  à  la  villa  de  Ponibion  S  où  on  lui  fit 

souffrir  beaucoup  de  tourments.  Relâché  ensuite  pour 
«l'en  retourner  chez  lui»  comme  il  avait  tendu  ses  pavii<- 
loiis  sur  la  rivière  d'Aisne,  son  ennemi  tomba  de  nou- 
veau sur  lui,  Taccabla^  lui  coupa  la  tète^  la  mit  dans  uu 
sac  rempli  de  pierres^  et  la  jeta  dans  la  rivière  ;  il  y  jeta 
même  le  corps  attaché  à  une  pierre.  Peu  de  jours  après^ 
ce  corps  fut  vu  par  un-  berger  qui ,  Fayant  tiré  du 
fleuve^  le  mit  en  sépulture;  mais  tandis  quil  préparaît 
les  choses  nécessaires  à  ces  obsèques^  sans  que  personne 
pût  savoir  à  qui  appartenait  ce  corps  dont  on  ne  trouvait 
pas  la  tète,  il  arriva  tout  à  coup  qu'un  aigle  enleva  le 
sac  du  fond  du  fleuve  et  le  déposa  sur  le  rivage.  Repiplis 
d'admiration,  ceux  qui  se  trouvaient  présents  prirent  le 
sac;  et  s'empressant  de  chercher  ce  qu'il  contenait^  ils 
y  trouvèrent  cette  tête  coupée  qu'ils  ensevelirent  avec 
le  reste  des  membres.  On  dit  que,  par  la  puissance  di- 
vine^ une  grande  lumière  parut  en  ce  lieu^  et  que  lors- 
qu'un malade  vient  prier  a  ce  tombeau  avec  dévotion^ 
il  s'en  retourne  guéri. 

XXXVllI.  — Théodose,  évêque  de  Hodez,  qui  avait 
succédé  à  saint  Dalinate,  mourut  vers  ce  temps.  Les 
différence  et  les  querelles  qui  s'élevèrent  alors  dans  cette 
Église  pour  Tépiscopat  en  vinrent  à  ce  point  qu'elle  fut 
presque  entièrement  dépouillée  des  vases  sacrés  et  de 
tout  ce  qu'elle  possédait  de  plus  précieux.  Avec  Taide  de 
la  reine  Brunehaut,  on  fit  rejeter  le  prêtre  Transobade, 
et  on  élut  Innocent,  comte  de  Gévaudan.  A  peine  eu 

%  PonHco  villa. 


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394  L'ÉVÉQUE  SULPICE. 

possession  de  répiscopat,  il  se  mit  à  attaquer  Ursicio^ 
éréque  de  Gahors^  lui  reprochant  de  retenir  certaines 
paroisses  qui,  selon  lui,  appartenaient  au  diocèse  de 
Rodez;  et  leurs  discordes  journalières  allèrent  tou* 
jours  croissant.  Quelques  années  après,  le  métropoli- 
tain, réuni  avec  ses  sulfragantsdansla  ville  de  Clermont, 
rendit  un  jugement  portant  qu'Ursicin  recouvrerait  les 
paroisses  que  TÉglise  de  Rodez  ne  pouvait  pas  prouver 
avoir  été  jamais  en  sa  possession;  ce  qui  lut  exécuté. 

XXXIX.  —  Remi>  évêque  de  Bourges^  mourut,  et, 
après  sa  mort,  la  plus  grande  partie  de  sa  ville  fut  cou* 
sl^née  par  un  incendie^  dans  lequel  périt  ce  qui  avait 
échappé  aux  calamités  de  la  guerre.  Ensuite,  par  la  fa- 
veur du  roi  Gontraui  Sulpice  fut  élu  évoque  de  cette 
ville.  On  rapporte  que  beaucoup  de  concurrents  offrant 
au  roi  des  présents  pour  en  obtenir  Tépiscopat^  il  leur 
répondit  :  «  Il  n'est  pas  dans  Tbabitude  de  mon  gouver- 
nement de  vendre  le  sacerdoce,  et  il  ne  vous  convient 
pas  de  Tacheter  par  des  présents,  car  je  dois  craindre 
d'encourir  Tinfamie  d'un  gain  honteux^  et  vous  celle 
d'être  comparés  à  Simon  le  Magicien.  Conformément 
à  la  volonté  de  Dieu,  Sulpice  sera  votre  évêque;  »  c'est 
ainsi  engagé  dans  le  dergé  que  Sulpice  monta  au  siège 
de  cette  Église.  C'est  un  homme  de  grande  noblesse,  des 
premiers  sénateurs  de  la  Gaule,  très-instruit  dans  les 
belles-lettres,  sans  égal  dans  Fart  des  vers.  Ce  fut  lui 
qui  provoqua  le  synode  dont  nous  avons  parlé  relative* 
ment  aux  paroisses  du  diocèse  de  Cahors. 

XL.  —  Un  envoyé,  nommé  Oppila^  vint  d'Espagne^ 

I 


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L'AMBASSADEUR  ARIEN  OPPILA.  M 

apportant  au  roi  Ghilpéric  de  grands  présents.  Le  roi 
d'Ëspagne  craignait  que  Cliildebert  ne  fit  marcher  une 
année  pour  irenger  l'injure  de  sa  sœur,  parce  que  Leo^ 
\igild  ayant  pris  son  fils  Erménégild  qui  avait  épousé  la 
sœur  de  GhildebertS  Tayait  jeté  en  prison  et  que  sa 
femnne  était  demeurée  entre  les  mains  des  Grecs.  Cet 
envoyé  étant  donc  arrivé  à  Tours  le  saint  jour  de  Pâ- 
ques» nous  lui  demandâmes  s'il  était  de  notre  religion  ; 
il  répondit  qu'il  croyait  ce  que  croient  les  catholiques^ 
vint  avec  nous  à  la  cathédrale»  et  assista  aux  cérémo* 
nies  d(3  la  messe  :  mais  il  ne  reçut  point  de  nous  la  paix  • 
et  ne  participa  point  au  sacriûce.  Je  reconnus  par  là 
qu'il  avait  fait  un  mensonge  en  se  disant  catholique; 
néanmoins  je  l'invitai  à  ma  table,  et  lui  ayant  demandé 
ce  qu'il  croyait,  il  répondit  :  a  Je  crois  le  Père»  le  Fils 
et  le  Saint-Esprit  unis  dans  une  même  puissance.  »  Je 
lui  dis  ;  a  Si  tu  crois  ce  que  tu  affirmes,  quel  motif  t'a  donc 
empêché  de  participer  au  sacrifice  que  nous  avons  oifert 
à  Dieu?  »  El  il  me  dit:  a  Parce  que  vous  ne  répondez  pas 
comme  vous  le  devez  au  gloria,  car  nous  disons»  d'après 
l'apôtre  Paul  :  Gloire  à  Dieu  le  Père  par  le  Fils;  et  vous 
dites,  Gloire  au  Père»  au  Fils  et  au  Saint-Esprit;  et  de 
même  que  les  docteurs  de  PÉglise  enseignent  que  le 
Père  a  été  annoncé  dans  ce  monde  par  son  Fils,  Paul 
dit  :  Au  Moi  des  siècles,  immortel,  invisible,  à  Vunique 
Dieu,  toit  honneur  et  gloire  dans  les  siêdés  des  siieles  V  b 
Et  je  lui  répondis  :  t(  11  n'y  a  pas  un  catholique»  je 

1  IngonJe,  fille  de  Sighebert. 

«  C'cst-a-dire  le  baiser  de  paix  et  la  bénédiction. 

»i"  Jijïi/rt'  de  saint  Paul  ù  Tiinothée,  chap.  i,  v.  17. 


M  C0i4TR0V£RSB  ÂVBC  ORÊGOmS. 

pense^  qui  ne  sache  que  le  Père  a  été  annoncé  par  son 
Fils;  mais^en  même  temps  qu'il  a  annoncé  son  Père  sur 
la  terre^  il  a  attesté  sa  propre  diVinité  par  ses  miracles* 
Il  a  fallu  que  Dieu  le  Père  envoyât  son  Fils  en  ce  monde 
'  pour  lui  montrer  Dieu  en  personne»  afin  que  les  hom- 
mes qui  avaient  refusé  de  croire  aux  patriarches,  aux 
propliètes  et  à  leurs  législateurs»  crussent  au  moins  à 
son  Fils.  Il  est  donc  nécessaire  de  rendre  gloire  à  Dieu 
sous  le  nom  des  trois  personnes,  c'est  pourquoi  nous 
disons  :  Gloire  à  Dieu  le  Pére  qui  a  envoyé  $on  ÎFUi, 
gloire  à  Dieu  le  Fils  qui  a  racheté  lemonde  de  ionsang, 
glaire  à  Dieu  le  SaitU-Esprit  qui  sanctifie  l'homme  ra^ 
ehetê/  Mais  toi  qui  dis  :  Gloire  au  Père  par  le  File!  ta 
enlèves  au  Fils  sa  gloire,  comme  s'il  ne  partageait  pas 
la  gloire  de  son  Père»  parce  qu'il  a  annoncé  son  Père  an 
monde.  Le  Fils,  comme  nous  l'avons  dit,  a  annoncé  son 
Père  au  monde»  mais  beaucoup  ne  l'ont  pas  cru»  selon 
les  paroles  de  saint  Jean  rÉvangéliste  :  Il  eti  venu  ehie% 
luif  elles  siens  ne  Vont  point  reçu;  mais  il  a  donné  à  tous 
ceux  qui  rqnireçu  le  pouvoir  d*étre  faite  enfants  de  Dim, 
c'est-à-dire  à  ceux  qui  croieni  en  son  nom  K  Et  toi  qui 
décries  l'apôtre  Paul  et  n'entends  pas  ses  parol^»  re- 
marque comme  il  a  parlé  prudemment  et  selon  ce  que 
chacun  était  en  état  d'entendre.  Remarque  comme  il  a 
prêché  parmi  les  incrédules  sans  paraître  leur  imposer  [ 
aucnn  fardeau  trop  pesant,  tellement  qu'il  dit  à  quelques- 
uns  :  Je  ne  vous  ai  nourris  que  de  lait  et  non  de  viandes 
êolidcs,  parce  que  vous  n*en  étiez  pas  capables,  et  à  pré- 

*Évang,  selon  «amt  Jean,  chap.     v.  13* 


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CONTROVERSE  ENTRE  GRÉGOIRE  ET  L'ARIEN.  W 

tenf  même  vous  ne  Vêtes  pas  encore  *.*  La  nourrititre 

solide  est  pour  les  parfaits  ^  £1  il  dit  à  d'autres  :  Je  n'ai 
foini  prêché  autre  chose  parmi  vous  que  Jésus-Christ 
et  Jêsus^Christ  crucifié*»  Maintenant  yeux-tu^  héréti- 
que^ parce  que  Paul  n'a  prêché  que  le  Christ  crucifié, 
douter  de  sa  résurrection  ?  Fais  plutôt  atlention  à  sa 
prudence ,  et  vois  avec  quelle  adresse  il  dit  à  d'autres 
plus  robustes  dans  leur  foi  :  Si  nous  avons  connu  Jésus» 
Christ  crucifié,  maintenant  nous  ne  le  connaissons  plus 
de  cette  sorte  *.  Nie  donc,  accusateur  de  Paul,  si  ton 
esprit  est  capable  d'une  telle  folie»  que  le  Christ  ait  été 
crucifié;  mais  je  le  le  demande,  laisse  toutes  ces  choses, 
écoute  de  meilleurs  conseils^  applique  un  collyre  à  tes 
yenx  troublés^etreçoisla  lumière  delà  prédicationapo»- 
toiique.  Car  Paul  parlait  aux  hommes  selon  ce  qu'était 
chacun,  d'une  manière  moins  relevée,  afin  de  les  élever 
ensuite  au  plus  haut  faite  de  la  foi  ;  et  comme  il  dit 
ailleurs  :  Je  me  suis  fait  tout  à  tous  pour  les  sauver 
lottsS  comment  un  mortel  refusera-t-il  iagioireaa  Fils, 
•  que  le  Père  lui-môme  a  glorifié  du  haut  du  ciel,  non 
pas  une  fois^  mais  deux  ou  trois  fois?  Écoute  comme  il 
a  padé  du  haut  des  cîemr,  lorsque  le  Saint-Esprit  des- 
cendil  sur  la  tète  du  Fils,  baptisé  de  la  main  de  Jean  : 
CeluiH:iest,  dit-il»  mon  jFils  lnen<timéfdanslequ€l  faimU 
toute  mon  affection  ®.  Certainemenl,  si  lu  as  les  oreilles 

*  r*  Épttre  de  saint  Paul  aux  Corinthiens,  chap.  m,  y,%  \ 

*  Épilre  lie  saint  Paul  aux  Hûbreux,  chap.  v,  v.  14. 

^  1"  Kptlre  d(î  saint  Paul  aux  Corinthiens,  chap.  ii,  v.  2, 
■  ^  Ile  Kplirc  (le  ^aint  Paul  aux  Corinthiens,  chap.  v,  v.  10. 

*  I'"  Èpîlre  du  sumL  Paul  aux  Corinthiens,  chap.  ix,  v.  22, 
Évang,  selon  taint  IfathUui  chap.  xvit,  v*  & 

1.  J3 


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I 


aC8  LARIEN  OPPILÂ. 

assez  bouchées  ponr  ne  pas  entendre  cela^  tu  dois  croire 

du  inoins  ce  qu'entendirent  les  a(>ôlrcs  sur  la  monlagae, 
lorsque  Jésus^  transfiguré  dans  sa  gloire^  parlait  avec 
Moïse  et  Ëlie^  du  haut  d'une  nuée  resplendissante^  le 
Père  dit:  Voici  mon  Fils  bien-aiméy  en  qui  j  ai  mis  touU 
wmm  affecUony  icoutez-le  K  »  L'iiérétique  répondit  à  cela  : 
«  Le  Père  en  ceci  ne  rend  nullement  témoignage  à  la 
gloire  du  Fils;  il  le  désigne  seulement  pour  son  ûls.  p 
Et  moi  je  lui  dis  :  c  Si  tu  prends  les  choses  de  celte  ma- 
nière^  je  te  fournirai  un  autre  témoignage  par  lequel  le 
Père  a  glorifié  son  Fils.  Au  montent  de  la  Passion  de 
Notre  Seigneur,  lorsqu'il  dit  :  Mon  Père,  glorifiez  voire 
Fils  afin  que  voire  Fils  vous  glorifie*;  qu  est-ce  que  le 
Pàre  lui.a  répondu  du  haut  du  ciel?  Ne  lui  a-t  il  pas  dit  : 
JeVai  déjà  glorifié  el  je  le  glorifierai  encore  '?  Voilà  donc 
que  la  propre  voix  du  Père  le  glorifie,  et  loi  lu  t'efforces 
de  lui  enlever  sa  gloire.  Hais  ton  pouvoir  ne  répond 
pas  à  la  volonté  que  tu  montres.  Ët  toi  qui  te  portes 
accusateur  de  l'apôtre  Paul,  écoule-le  lorsque  Jésus- 
Christ  parle  par  sa  bouche  :  Que  louie  langue  confesse 
§u$  le  Seigneur  Jésus-ChriU  est  dans  to  gloire  de  Dieu 
son  Père  Maintenant,  sll  participe  à  la  gloire  dç  son 
Père,  s'il  habite  dans  la  gloire  avec  son  Père,  comment 
se  fait-il  que  lu  veuilles  le  déshonorer  en  le  privant  de 
sa  gloire?  Et  comment  ne  rendra-l-on  pas  gloire  |)armi 
les  hommes  à  celui  qui  règne  dans  les  cieui,  avec  une 

*  TX«  ÈpUr9  de  saint  Pierre,  ch«p.  i,  v.  17. 
*Évang.  selon  saint  Jean,  chap.  zvii,  1, 
»  Ibid.,  chap.  XII,  V.  28. 

^Èj^rt  de  saint  Paul  aux  Philip.,  chap.  m,  ▼.  11. 


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GHTLPÉRIC  SE  RfiTIRS  DANS  CAMBRAT.  300 
gloire  égale  à  celle  de  son  Père?  Confessons  donc  le 
Christ  Fils  de  Dieu  pour  le  Trai  Dieu,  et  reconnaissons 
que^  puisqu'ils  n'ont  qu'une  seule  dlTinité,  ils  n'ont 
qu'nne  seule  et  même  gloire.  »  Aces  mols^  je  me  tus  et 
terminai  la  discussion*  Oppilase  rendit  vers  ChiipériCy 
et  après  lui  avoir  offert  les  présents  que  lui  envoyait  le 
roi  d'£spagne,  il  retourna  dans  son  pays. 

XLI.  —  Le  roi  Chilpéric  ayant  appris  que  son  frère 
Gontrau  avait  fait  la  paix  avec  Childebert  son  neveu,  et 
quils  voulaient  se  réunir  pour  lui  reprendre  les  villes 
qu'il  leur  avait  enlevées  de  force,  se  réfugia  avec  tous 
ses  trésors  dans  la  ville  de  Cambrai  et  y  emporta  ce 
qu'il  avait  de  plus  précieux.  Il  envoya  des  messagers 
aux  ducs  et  comtes  des  elles,  pour  les  engager  à 
réparer  les  murs  des  villes,  à  placer  leurs  effets  ainsi 
que  leurs  femmes  et  leurs  filles  à  Fabri  des  remparts^ 
et  à  se  déiendre  courageusement  si  la  nécessité  Fexi- 
geaity  de  manière  à  ce  que  Tenneml  ne  pût  leur  faire 
de  mal.  Il  ajoutait;  «  Et  si  vous  perdez  (juelquc  chose, 
nous  en  recouvrerons  davantage  lorsque  nous  nous  ven- 
gerons de  nos  ennemis.  »  Mais  il  ne  savait  pas  que  ta 
Victoire  est  dans  la  main  de  Dieu.  Plusieurs  fois  ensuite, 
il  mit  son  armée  en  marche»  puis  il  lui  ordonna  de  se 
tenir  en  repos  dans  ses  frontières.  Dans  ces  jours-là,  il  lui 
était  né  un  ûis  qu'il  lit  nourrir  dans  sa  maison  de 
Vitry  S  «  de  peur,  dit-il,  que  s'il  était  vu  eii  public, 
il  ne  lui  arrivât  quelque  mal  et  qu  il  ne  mourût.  » 

t  Vicloriaeeneis  tilla. 


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100  CHILDEBÊRT,  LES  LOMBARDS  ET  L'EMPEREUR. 

XLII.  -  Cependant  le  roi  Childebert  partit  pourlita- 
Ue.  Acette  nouvelle  les  Lombards,  craignant  d'être  dé- 
fniite  par  son  année,  se  soumirent  à  sa  domination, 
lui  firent  de  grantls  présents  et  promirent  de  lui  de- 
meurer fidèles.  Ayant  obtenu  d'eux  ce  qull  voulait,  le 
roi  retourna  dans  les  Gaules,  et  ordonna  de  mettre  en 
mouvement  une  armée  qu'il  fit  marcher  vers  l'Espagne. 
Cependant  il  s'arrêta.  L'empereur  Maurice  lui  avait 
donné,  l'année  précédente,  cinquante  mille  sols  d'or 
pour  chasser  les  Lombards  de  l'Italie  ;  apprenant 
qu'il  avait  fait  la  paix  avec  eux,  il  redemanda  son  ar^ 
gent,  mais  le  roi,  se  confiant  en  ses  forces,  ne  youlul 
seulement  pas  lui  répondre  à  ce  sujet. 

XL  III.  —  Eu  Galice,  il  se  passa  de  nouveaux  événe- 
menU  dont  nous  allons  rendre  compte.  Erménégild 
ayant  encouru,  comme  nous  l'avons  dit,  la  colère  de 
son  père,  demeurait  avec  sa  femme  àans  une  ville  d'Es- 
pagne, comptant  sur  le  secours  de  l'empereur,  et  de 
Miron  roi  de  Galice.  Apprenant  que  son  père  venait 
vers  lui  avec  ime  armée,  il  chercha  de  quelle  manière 
ilpourrait.le  repousser  ou  le  tuer,  ne  sachant  pas,  le 
malheureux,  que  le  jugement  de  Dieu  menace  celui  qui 
médite  de  telles  choses  contre  son  père,  fût- il  héréti- 
que. Après  y  avoir  bienpcnsé,  parmi  les  milUers  d'hom- 
mes qui  l'accompagnaient,  il  choisit  trois  cents  hommes 
d'armes*  qu'il  renferma  dans  le  château  d'Osser  S  dont 
l'égUse  conti«at  des  fontaines  qui  se  remplissent  par 

1  Château  fort  qui  était  situé  auprès  de  SéyUle ,  Ofi«r. 
(V.  Géogr.) 


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-< 


LE  ROI  D'ESPAGNE  LEUVIQILD.  m 

Pordre  spécial  de  Dieu.  Son  projet  éiaît  de  lasser  el  de 

rompre  ainsi  la  première  impéluosiié  de  son  père^  aûa 
de  le  vaincre  ensuite  plus  fadlemepl  avec  des  troupes 
inférieures  mais  plus  nombreuses.  Le  roi  Leuvigild 
apprenant  cette  ruse  fut  longtemps  dans  une  grande 
perplexité,  se  disant:  «  Si  je  vais  centre  lui  avec  toute 
mon  armée  réunie  en  un  seul  corps,  elle  sera  cruelle*- 
mentaccablée  des  traits  deFènnemi;  si  jen'y  vais  qu'avec 
un  petit  nombre  de  soldats,  je  ne  pourrai  vaincre  cette 
troupe  d'élite  :  il  est  préférable  que  j'aille  avec  tous.  » 
Et,  marchant  vers  le  lieu  où  étaient  réunis  ces  guer- 
riers, il  les  défit  et  brûla  le  châleau,  comme  on  Ta 
déjà  raconté.  Cette  victoire  obtenue,  il  apprit  que  le  roi 
Mir  venait  contre  lui  à  la  tête  d'une  armée  ;  l'ayant  en- 
vlronnéjl  exigea  de  lui  le  serment  de  lui  rester  fidèle  à 
Favenir.  Us  se  firent  des  présents  mutuels;  après  quoi 
chacun  retourna  chez  soi.  Mais  Mir,  rentré  dans  son  pays, 
se  mit  au  lit  peu  de  jours  après  et  mourut.  Sa  maladie 
était  venue  des  mauvaises  eaux  et  de  ^insalubrité  de 
Tair  de  TEspagne.  Après  sa  mort,  son  fils  Ëuric  sollicita 
Tamitié  du  roi  Leuvigild,  et  lui  ayant,  comme  son  père, 
prêté  serment,  il  régna  sur  le  royaume  de  Galice.  Mais 
dans  l'année,  Audica,  fiancé  à  sa  sœur,  vint  avec  une 
armée,  le  prit,  le  fit  clerc  et  ordonna  qu'on  lui  imposât 
les  honneurs  du  diaconat  ou  de  la  prêtrise.  Puis,  ayant 
pris  pour  femme  la  veuve  de  Mir,  il  devint  roi  de  Ga- 
lice.  Leuvigild  s'empara  de  son  fils  Erménégild,  rem- 
mena avec  lui  à  Tolède,  et  le  condamna  à  l'exil,  mais 
line  put  tirer  sa  belle-fille  des  mains  des  Grecs« 


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403  CALAMITÉS  ET  PRODIGES. 

XLIV.  ^  Les  sauterelles  qui,  depuis  dnq  ans,  nm- 

geaienl  laCarpitanie,  passèrent,  cette  année,  en  suivant 
la  grande  route,  dans  une  province  Toisine.  £Ues  cott- 
▼raieût  eu  longueur  un  espace  de  cent  cinquante  milles^ 
et  cent  milles  en  largeur.  Cette  année  apparurent  dans 
les  Gaules  nombre  de  prodiges,  et  les  peuples  éproiivè- 
fent  de  grandes  calamités.  On  tit  des  roses  au  mois  de 
janvier,  et  il  parut  autour  du  soleil  un  grand  cercle 
mêlé  de  diverses  couleurs,  semblables  a  celles  que  dé> 
ploie  Tarc-en-ciel  après  la  pluie.  Une  gelée  brûla  les 
vignes,  une  tempête  vint  ensuite  en  divers  lieux  rava- 
ger les  vignobles  et  les  moissons,  et  ce  qu'avait  épargné 
la  grêle  fut  consumé  par  une  épouvantable  sécheresse. 
On  vit  sur  quelques  ceps  ub  petit  nombre  de  fruits  mai- 
gres, sur  quelques  autres  on  n'eu  vit  point.  Si  bien  que  les 
hommes  irrités  contre  Dieu  ouvrirent  les  enclos  de  leurs 
vignes  et  y  introduisirent  les  brebis  et  les  ebevaux,  en- 
tremêlant d'imprécations,  les  malheureux  !  le  soin  qu'ils 
prenaient  de  se  nuire  à  eux-mêmes,  et  disant  :  a  Que 
famais  durant  Téternité  des  siècles,  ces  vignes  ne  pro- 
duisent plusde  sarments.  »  Les  arbres,  qui  avaient  pro- 
duitaumois  de  juillet,  donnèrent  de  nouveaux  fruits  au 
mois  de  septembre.  La  maladie  revint  attaquer  les  bes- 
•  '  tiaux  avec  une  nouvelle  violence,  si  bien  qu'à  peine  en 
demeura-t-il  quelques-uns. 

XLV.  —  Cependant,  vers  les  calendes  de  septembre, 
une  grande  députation  de  Goths  vint  trouver  Chilpérie. 
De  retour  à  Paris,  ce  roi  ordonna  de  prendre  beau- 
coup de  serviteurs  appartenant  aux  maisons  iiscft- 


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CHILPÊRIC  ENVOIE  SA  FILLE  EN  ESPAGNE.'  401  .  • 

les  %  et  de  les  mettre  dans  des  chariots;  oomme  nn 
grand  nombre  pleurait  et  ne  voulait  pas  partir^  il  les 
fit  retenir  en  prison  poor^pouvoir  plus  facilement  les 
obliger  à  accompagner  sa  fille.  On  dit  que  plusieurs, 
désespérés  de  se  voir  enlevés  ainsi  à  leurs  parenté,' 
dans  leur  douleur  s'étranglèrent.  Le  fils  était  séparé 
du  père^  la  mère  de  la  fille,  et  ils  s'en  allaient  avec 
de  profonds  gémissements  et  de  grandes  malédictioiisi 
on  entendait  tant  de  pleurs  dans  la  ville  de  Parfis 
qu'on  les  a  comparés  aux  Lamentalions  d'Ëgypte.  Plu- 
sieurs personnes  des  meilleures  familles,  contraintes 
de  s'en  aller  ainsi,  tirent  leur  testament,  donnèrent  leurs 
biens  aux  églises,  et  demandèrent  qu'au  moment  où  la 
fille  de  Cbilpéric  entrerait  en  Espagne^  on  ouvrit  ces 
testaments;,  comme  si  elles  étaient  déjà  dans  le  tombeau. 
Cependant  il  vint  à  Paris  des  envoyés  de  Childebertpoilr 
avertir  le  roi  Cbilpéric  de  ne  donner  à  sa  fille  aucune 
des  villes  qu'il  tenait  du  royaume  de  son  père  Sigbebert, 
ni  aucune  partie  de  ses  trésors,  et  de  ne  pas  se  permet» 
tre  de  touclier  aux  esclaves,  aux  chevaux,  aux  jougs  de 
bœufs,  ni  à  rien  de  ce  qui  appartenait  à  ces  propriétés 

<  Domtis  fiscale!^.  Les  rois  possédaient  auprès ,  et  peut-être 
même  dans  l'inicrieur  des  villes,  comme  dans  les  campagnes, 
un  grand  nombre  d'habitations  ou  domaines  peuplés  de  familles 
qui  n'étaient  pas  toutes  de  condition  servile,  et  qui  n'y  tombèrent 
que  progressivement»  par  une  série  d'actes  de  Tiolence  psreils 
à  celui  que  rapporte  ici  Grégoire  de  Tours.  Il  y  a  lieu  de  croire 
que,  dans  l'occasion  dont  il  s'agit  ici,  des  gens  même  qui  n'ap- 
partenaient  pas  aux  domaines  fiscaus^  furent  enlevés  deforçu 
et  contraints  d'accompagner  Rigonthe.  '\ 


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404  LIBÉRALITÉS  DB  PRÊDÉ60NDE. 

Un  de  ces  envoyés  fut,  dil-on,  tué  secrètement,  on  ne 
sait  par  qui^  bien  que  les  soupçons  se  soient  portés  sur 
le  roi.  Chilpéric,  ayant  promis  de  ne  loucher  à  rien  de 
tout  cela^  convoqua  les  principaux  Francs  et  ses  autres 
fidèles,  et  célébra  les  noces  de  sa  fille.  Elle  fat  renuse 
aux  envoyés  des  Golhs,  et  le  roi  lui  donna  de  grands 
trésors;  sa  mère  y  ajouta  une  telle  quantité  d'or,  d'ar- 
gent et  de  vêtements,  que  le  roi,  à  cette  vue,  cmt  quil 
nelui  restait  plus  rien.  La  reine,  s'apercevant  de  son  mé- 
contentement, se  tourna  vers  les  Francs,  et  dit  :  «  Ne 
croyez  pas,  ô  Francs,  qu'il  y  ait  rien  là  des  trésors  des  rois 
précédents.  Tout  ce  que  vous  voyez  est  tiré  de  mes  pro- 
priétés, car  le  roi  très-glorieux  m'a  fait  beaucoup  de 
largesses^  j'y  ai  ajouté  le  fruit  de  mes  travaux,  et  une 
grande  partie  provient  des  revenus  que  j'ai  tirés,  soit 
en  nature,  soit  en  argent  des  maisons  qui  m'ont  été  con- 
cédées. Vous-mêmes  m'avez  fait  beaucoup  de  présents, 
desquels  j'ai  composé  ce  que  vous  voyez  devant  vous, 
car  il  n'y  a  rien  là  des  trésors  publics.  »  De  la  sorte  elle 
abusa  Fesprit  du  roi«  U  y  avait  une  telle  immensité 
d'objets  d'or,  d'argent  et  d'elTets  précieux  qu'on  en 
chargea  cinquante  chariots.  Les  Francs  apportèrent 
de  leur  côté  beaucoup  de  présents;  les  uns  de  l'or,  les 
autres  de  Pargenl,  quelques-uns  des  chevaux,  plusieurs 
des  vêtemens,  chacun  donna  ce  qu'il  put.  La  jeune  fille 
fit  ses  adieux  avec  beaucoup  de  larmes  et  d'embrasse- 
ments;  au  moment  où  elle  franchissait  la  porte,  Tessieu 
d'une  des  voitures  cassa;  tous  s'écrièrent  alors  mo/- 
.  ftettf  f  ce  qui  fut  intérprété  par  plusieurs  comme  un 


£SCORX£  DE  KIGONIHE:  4Û& 

f unesié  augure  K  Quand  Rigoothe  eut  quitté  Paris,  elle 

ordonna  de  dresser  ses  tentes  à  huit  milles  de  la  ville. 
Pendant  la  nuit>  cinquante  hommes  de  sa  suite  se  levè- 
rent, prirent  les  cent  meilleurs  chevaux,  tous  les  freins 
d'or^  deux  grands  plats,  et  s'enfuirent  vers  le  roi  Chil- 
dehert  Durant  la  route,  ceux  qui  pouvaient  s^é- 
chapper  prenaient  la  fuite,  emportant  avec  eux  tout  ce 
qu'il  leur  était  possible  de  saisir.  On  traita  sur  son  che- 
min ce  cortège  avec  uîi  grand  appareil,  aux  dépens  des 
diverses  cités.  Le  roi  avait  ordonné  que  là-dessus  on  ne 
payât  rien  de  son  fisc  ;  tout  fut  fourni  par  une  contribu* 
tion  ex Iraordinaire  des  pauvres  gen s. 

Ck)mme  le  roi  craignait  que  son  frère  ou  son  neveu 
ne  fendissent  en  route  quelque  embûche  à  sa  fille,  il 
avait  ordonné  qu'elle  marchât  environuée  d'une  ar- 
mée. Avec  elle  étaient  des  hommes  du  premier  rang, 
le  duc  Bobon,  fils  de  Mummolène,  accompagné  de  sa 
femme,  pour  servir  à  la  jeune  Me  de  paranymphe; 
Domégésile,  Ânsovald,  le  maire  du  palais  Waddcm,  au- 
trefois comte  de  Saintes;  le  reste  de  la  troupe,  composé 
d'hommes  de  moindre  condition,  était  au  nombre  de 
plus  de  quatre  mille.  Les  autres  chefs  et  camériers  qui 
voyageaient  avec  elle  la  quittèrent  à  Poitiers.  Ceux 
qui  poursuivaient  leur  route  allaient  comme  ils  pou- 
vaient, et  ils  firent  tant  de  butin,  se  livrèrent  à  tant 
de  pillages  qu'on  pourrait  à  grand'peine  les  racon- 
ter. Ils  dépouillaient  les  cabanes  des  pauvres,  rava- 

t  La  texte  porte  moki  horo. 


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4Ù6  ASSA8SDIAT  DE  CHILPÉBIC. 

geaient  les  vig^ncs,  emportaient  les  serments  ayec  les 
raisins^  eulevaient  les  troupeaux  et  tout  ce  qu'ils  pou- 
vaient trotiver,  et  ne  lauaaient  rien  dans  les  lieux  qu'ils 
•  traversaient,  accomplissant  ce  qui  a  été  dit  par  le  pro- 
phète loél  :  La  êauUreUe  a  mangé  les  restes  de  la 
èkeniUe,  U  ver  les  restes  de  la  saulerélie^  et  la  nielle  les 
restes  du  ver  ^  Ce  fut  ainsi  que  les  choses  se  passèrent 
alors*  Les  restes  de  la  gelée  furent  détruits  par  les  tem- 
pêtes, le  reste  des  tempêtes  fut  brûlé  par  la  sécheresse, 
et  ce  qu'atait  laissé  la  sécheresse  enlevé  par  les  gens 
degnmie. 

XLVI.  —  Tandis  qu'ils  cheminaient  ainsi  en  pillant, 
Cfailpéric,  le  Néron,  i'Uérode  de  notre  temps,  se  ren- 
dit à  sa  villa  de  Chelles,  éloignée  de  Paris  d'environ 
cent  stades  et  s'y  livra  à  l'exercice  de  la  chasse.  Un 
jour  qu'il  révisait  de  chasser,  à  rentrée  de  la  nuit, 
comme  il  descendait  de  cheval,  s'ap[)ùyant  d*une 
ma|a  sur  1  épaule  d'un  de  ses  serviteurs,  un  homme 
s'approcha^  le  frappa  d'un  couteau  sous  l'aisselle,  puis 
d'un  second  coup  lui  perça  le  ventre  :  aussitôt,  vomis- 
sant du  sang  en  abondance,  tant  par  la  bouche  que  par 
ses  blessures,  il  rendit  son  âme  inique  On  a  vu,  par  ce 
qui  précède,  tout  le  mal  qu'il  avait  fait  souvent;  il 
brûla  et  dévasta  des  contrées,  sans  en  ressentir  aucune  * 
douleur;  il  en  était  plutôt  joyeux,  semblable  à  Néron, 
lorsqu'autrefois  il  chantait  des  tragcdies  au  milieu  de 
l'incendie  des  palais.  Souvent  il  frappa  injustement 

*Joil,  chap.  z,  ▼.  4* 


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CRIMES  DE  CHILPÉRIC.  m 

des  hommes  pour  avoir  lear  bien.  Peu  de  dercs,  de  scm 

temps^  parviurent  à  répiscopat.  Il  était  adonné  à  la 
gourmandise  et  faisait  un  dieu  de  sibn-  yentre^  affir- 
mant qu'il  n'y  avait  pas  d'homme  plus  sage  que  lui.  Il  a 
écrit  deux  livres  de  vers,  avec  la  prétention  d'imiter 
Sédule;  mais  ces  vers  ne  peuvent  se  soutenir,  sur  leurs 
faibles  pieds;  et,  faute  de  s'y  entendre^  il  avait  des 
syllabes  brèves  à  la  place  des  longues,  et  des  longues 
où  il  faudrait  des  brèves.  Il  a  écrit  d'autres  opuscules, 
comme  des  hymnes  et  des  messes  qu'on  ne  peut  adjnet- 
tre  en  aucune  manière.  Il  était  Tennemi  des  intérêts  des 
pauvres,  et  blasphémait  contiauellement  contre  les 
prêtres  du  Seigneur.  Les  évéques  des  Églises  étaient, 
lorsquil  se  trouvait  dans  le  particnller^  le  principal 
sujet  de  ses  dérisions  et  de  ses  plaisanteries  \  il  appelait 
celui-ci  inconséquent,  cet  autre  orgueilleux,,  celui-là 
verbeux,  tel  autre  luxurieux;  il  disait:  «  Celui-ci  est 
rempli  de  vanité,  cet  aulre  bouiiid'arrogance,)»  car  rien  . 
ne  lui  était  plus  odieux  que  les  églises.  On  l'entendait 
souvent  dire:  a  Voici  (jue  notre  ûsc  demeure  pauvre, 
que  nos  richesses  sont  transférées  aux  églises  ;  personne 
ne  règne,  si  ce  n'est  les  évéques;  notre  dignité  périt,  et 
est  transportée  aux  évéques  des  cités.»  Et  parlant  ainsi, 
il  violait  sans  cesse  les  testaments  souscrits  au  profit  des 
églises,  et  foulait  souvent  aux  pieds  jusqu'aux  ordres 
de  son  père,  pensant  qu'il  ne  restait  personne  pour 
robliger  d*ac6omplir  ses  volontés.  Limagination  ne 
peut  fournir  aucune  sorte  de  débauche  et  de  luxure  qu'il 
n'accomplit  en  réalité,  il  cherchait  sans  cessç  de  nou- 


FUNÉRAILLES  DE  CHILPÉRIC. 

veaux  moyens  de  léser  le  peuple;  aux  gens  qu'il  trou- 
vait coupables,  il  faisait  arracher  les  yeux;  et  dans  les 
ordres  qu'il  euToyaîtaux  juges  pour  ses  aflàires,  il  ajou- 
tait: a  Si  quelqu'un  méprise  nos  commandements, 
qui!  soit  condamné  à  avoir  les  yeux  arrachés.  »  Gomme 
il  n'aimait  véritablement  personne,  personne  ne  l'ai- 
mait, et  dès  qu'il  eut  rendu  Tesprit,  tous  les  siens  Ta* 
bandonnèrent.  MaUulphe,  évèque  de  Senlis,  qui  avait 
déjà  passé  trois  Jours  sous  la  tente^  sans  pouvoir  par- 
venir à  le  voir,  vint,  à  la  nouvelle  de  sa  mort,  laver 
son  corps,  le  couvrir  des  meilleurs  vêtements,  passa  la 
nuit  à  chanter  des  hymnes,  le  mit  sur  une  barque  et  alla 
l'ensevelir  à  Paris  dans  la  basilique  de  Saint-Yincent, 
laissant  la  reine  Frédégoude  dans  la  cathédrale  de  cette 
cilé.- 


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4 


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SOMMAIRE  DU  LIVRE  VIL 


1.  Mort  de  l'évêque  saint  Sauve.— ii.  Guerre  entre  ceus  de  Chartres  et  d'Or- 
léans.—m.  Mort  de  Vëdaste,  surDommé  Avon. — iv.  FreUegoade  cherche 
atUe  dans  une  église;  s«t  trésors  sont  portés  à  Qiildobert. — t.  L«  roi 
Contran  Oitro  dans  Paris.— vi.  Ledit  roi  s'empare  de  l'ancien  royaape  àm 
Caribert.  —  vu.  Les  envoyés  de  Childebert  réclament  PVédégonde.  — 
vin.  Le  noi  demande  au  peuple  de  ne  pas  l'assassiner  comme  ses  frères  — 
IX.  Rigontbe  est  retenue  prisonnière  par  Didier,  qui  lui  enlevé  ses  trésors.— 
x.6ondovaldéleTé  an  trône-B-^t.  Bigonihe,  fiUede  Chilpéric— xi.Prodigea. 
— zn.  Incendie  du  ten|toire  ^  Tours  et  miracle  de  saint  Martin.— xiii.  In- 
cendie et  ravages  dans  la  cité  de  Poitiers. —iiv .  Ambassade  du  roi  Childe- 
bert au  roi  Gontran  — iv.  Méchanceté  de  Fredegonde. — xvi .  Retour  de 
l'évèque  Prétextât. — xvii.  Levèque  Promotus. — iviii.  Avis  donne  au  roi 
de  se  garder  d*an  assassin .  —six .  La  reine  reçoit  Tordre  de  se  retirer  dans 
une  villa — xx.  Elle  envoie  un  assassin  vers  Brunehaut  — xii.  Fuite  d'B- 
berulf;  il  est  garde  à  vue. — \xii.Sa  méehanri  te. — xxiii.  Ma-sacre  d'un  jttif 
avec  sa  famille. — xxiv.  Dévastation  de  la  cite  de  i'oiticrs. — xxv.  Mariîèfe 
dépouillé. — XXVI.  Gondovald  parcourt  ditTerentes  cités. —  xxvii.  Outrages 
subis  par  l'éfdque  tlagnidf.  —  xxviii.  L*araiée  de  Gontran  aurdie  en 
arant  — ZZIZ.  Mort  d'Ébérulf.  —  XZX.  Envoyés  de  Gondovald.  —  ZXZI* 
RelitHU's  du  martyr  saint  Serpe. — xxxii.  Nouvelle  ambassade  de  GondO» 
vold. — Xïiui  Childebert  \ient  trouver  son  oncle  Gontran. — xxxiv.  Gon- 
dovald va  à  Comnunges.  — xxxv.  Dévastation  de  la  basilique  de  Saint- 
Vinoent  d'Agen,  martyr.— xxsti.  Conférence  de  Gondovald  aveo  rnrméft 
ennemie.— xxxvii.  Siège  de  la  ville. — xxxviii.  Mortde  Gondovald. — xxxiz» 
Mort  de  l'evèiiue  Sagittaire  et  de  Mumraole. — xl.  Trésors  de  Mummoie> 
— XLl.  Géant.— xui.  Vertu  de  saint  Martin. — xnii.  Didier  rt  Waddon.— 
xuv.  Une  pythonisse. — xlv.  Une  famine  en  cette  année.— xlvi.  Mort  de 
GhrisUqihe.— SLTU.  Guerre  civile  entre  les  citoyens  de  Tours. 


LIVRE  SEPTIÈME 


•   f . —  Quoique  notre  dessein  soit  de  poursuiTre  This- 
toire  où  nous  ravons  laissée  dans  les  livres  précédents, 
la  piété  rédame  cependant  auparavant  quelques  mots 
sur  la  mort  du  bienheureux  évêque  Sauve'  arrivée, 
certainement,  pendant  cette  année*.  Longtemps, 
comme  il  le  racontait  lui-même ,  il  avait  vécu  au  milieu 
des  habitudes  du  monde^  mêlé  aux  affaires  terrestres 
avec  les  puissants  du  siècle.  Cependant  il  ne  s'était  pas 
asservi  aux  passions  qui  d'ordinaire  entraînent  les  es- 
prits des  jeunes  gens.  Lorsque  le  souffle  de  Tesprit  divin 
se  fût  fait  sentir  au  fond  de  ses  entrailles,  abandonnant 
les  rangs  de  la  milice  mondaine,  il  se  retira  dans  un 
monastère  ;  dévoué  à  Dieu,  il  comprit  qu'il  valait 
mieux  être  pauvre  avec  la  crainte  du  Seigneur,  que  re-- 
chercher  les  avantages  d'un  siècle  pervers.  Il  y  vécut 
longtemps  soumis  aux  règles  instituées  pas  les  Pères. 
Puis  parvenu  à  une  plus  grande  force  d'esprit  et  d'âge, 
à  la  mort  de  Tabbé  supérieur  de  ce  monastère,  il  en- 
treprit le  soin  de  faire  paître  le  troupeau^  et  au  lieu  de 

1  Évt^que  d'Albi. 


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m  SAINT  SAUVE. 

se  montrer  plus  souvent  à  ses  frères  pour  les  diriger  lors- 
qa'il  fut  élevé  en  dignité,  il  se  retira  encore  davantage. 

Il  chercha  une  cellule  pins  secrète;  dans  la  première, 
il  Taffirmait  lui-même,  son  corps,  consumé  par  unexoès 
d'abstinence,  avait  changé  plus  de  neuf  fois  de  peau.  La 
dignilé  d'abbé  étant  venue  le  surprendre  tandis  que, 
dans  cette  humilité,  il  se  hvrail  aux  oraisons  et  à  la 
lecture,  il  pensa  souvent  qu'il  lui  eût  été  plus  avantageux 
de  vivre  caché  parmi  les  moines  que  d'être  salué  en 
public  du  titre  d'abbé.  Enfin,  disant  adieu  à  ses  frères 
et  recevant  aussi  leurs  adieux,  il  se  voua  à  la  réclusion 
et  vécut  solitaire,  dans  une  pins  grande  abstinence 
encore  qu'auparavant.  Complaisant,  charitable  envers 
les  étrangers  qui  venaient  à  lui,  il  s'empressait  de  leur 
accorder  le  tribut  de  ses  oraisons  et  leur  administrait 
avec  libéralité  les  eulogies!  Il  guérit  souvent  par  ce 
moyen  un  grand  nombre  de  malades.  Attaqué  lui-même 
d^me  violente  fièvre,  il  gisait  privé  de  respiration  sur 
son  lit  ;  voilà  que  soudainement  la  cellule,  éclairée  d'une 
grande  lumière,  fut  ébranlée.  Sauve,  ayant  levé  les 
mains  aux  cieux  en  forme  d'actions  de  grâces,  rendit 
ràme.  Les  moines,  mêlant  leurs  gémissementsàceuxde 
la  mère  de  leur  abbé,  emportent  le  corps  du  mort,  le 
lavent  dans  Feau,  le  couvreut  de  vêtements,  le  placent 
dans  un  cercueil,  et  passent  la  nuit  à  gémir  et  à  chanter 
des  psaumes.  Le  lendemain  matin,  là  cérémonie  des 
obsèques^tant  préparée,  le  corps  commença  à  s'agiter 
dans  le  cercueil,  et  voilà  qu'au  grand  effroi  des  mé- 

t  Voir  la  note  p.  213. 

*  - 

*■  "  .  ' 


VISION  DE  SAINT  SAUVE.  m  ' 

chants^  SauTe»  comme  sortantd'un  profond,  sommeil,  se  > 
leya^  ouvrit  les  yeux,  étendit  les  mains  et  s'écria  :  «  0 
Seigneur  miséricordieux  !  pourquoi  m'as-iu  f£ût  revenir 
dans  ces  lieux  ténébreux  de  l'habitation  du  monde,  lors* 
que  la  miséricorde  dans  le  ciel  m'était  meilleure  que  la 
vie  de  ce  siècle  pervers?»  Comme  tous  demeuraient  stu- 
péfaits, lui  demandant  ce  que  c'était  qu'un  tel  prodige,  il 
ne  leur  répondit  rien.  Il  sortit  du  cercueil  ne  sen- 
tant plus  du  tout  le  mal  dont  il  avait  souffert  auparavant, 
et  resta  trois  jours  sans  boire  ni  manger.  Le  troisième 
jour,  ayant  rassemblé  les  moines  et  sa  mère,  il  leur  ditx 
c  Écoutez,  mes  très-chers  frères,  et  sachez  que  tout  oe 
que  vous  voyez  dans  ce  monde  n'est  rien;  mais,  selon  la 
parole  du  prophète  Salomon,  (out  est  vanité  K  Heureux 
celui  qui  mène  sur  la  terre  une  conduite  qui  lui  fasse 
mériter  de  voir  la  gloire  de  Dieu  au  ciel  !  »  Après  ces 
mots,  il  hésita  pour  savoir  s'il  en  dirait  davantage  ou 
sMl  garderait  le  silence.  Comme  il  se  taisait,  tourmenté 
par  les  prières  de  ses  frères  pour  qu'il  leur  expliquât  ce 
qu'il  avait  vu,  il  dit  donc:  a  Lorsqu'il  y  a  quatre  jours 
vous  m'avez  trouvé  mort  dans  ma  cellule  ébranlée, je  fus 
emporté  et  enlevé  au  ciel  par  des  anges,  de  sorte  qu'il 
me  semblait  que  j'avais  sous  les  pieds,  non-seulement 
cette  terre  fangeuse,  mais  aussi  le  soleil  et  la  |une,  les 
nuages  et  les  astres;  on  m'introduisit  ensuite  par  une 
porte  plus  brillante  que  ce  jour  dans  une  demeure  rem- 
plie d'une  lumière  ineffable  et  d'une  étendue  inexpri- 
mable, dont  tout  le  pavé  était  resplendissant  d'or  et 

1  EccUtiatUt  chap.  i,  y.  2» 


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414  LE&  SPLENIDl^URS  BU  PARADIS. 

d'aigent;  elle  était  remplie  d'une  telle  multitude  des 
deux  sexes,  que,  ni  en  longueur,  ni  en  largeur,  les  re- 
gards ne  pouyaient  percer  la  foule.  Quaod  les  anges  qui 
nous  précédaient  nous  eurent  frayé  un  chemin  parmi 
les  rangs  serrés,  nous  arrivâmes  à  un  endroit  que  nous 
avions  déjà  considéré  de  loin  etsnr  lequel  était  suspendu 
un  nuage  plus  lumineux  que  toute  lumière;  on  n'y 
pouvait  distinguer  ni  le  soleil/ ni  la  lime,  ni  aucune 
étoile,  et  il  brillait  par  sa  propre  clarlé  beaucoup  pluf 
que  tous  les  astres  ;  de  la  nue  sortait  une  voix  semblable 
ila  Toiz  des  grandes  eaux.  Moi,  pauvre  pécheur,  j'étais 
salué  humblement  par  des  hommes  en  habits  sacerdo- 
'  taux  et  séculiers,  et  qui  étaient,  comme  me  l'apprirent 
ceu^  qui  me  précédaient;  des  martyrs  et  desconfesseurs 
que  nous  adorons  ici-bas  avec  le  plus  profond  res[)ect. 
M'étant  placé  dans  l'endroit  qu'on  m'indiqua,  je  fus 
inondé  d'un  parftim  d'une  douceur  excessive,  qui  me 
nourrit  tellement  que  je  n'ai  encore  ni  faim  ni  soif, 
l'entendis  une  voix  qui  disait  :  Qu'il  r^ourne  $ur  la 
terre,  car  il  est  nécessaire  à7ios  Églises.  J'entendais  une 
voix,  car  on  ne  pouvait  voir  celui  qui  parlait.  M'étant 
prosterné  sur  le  pavé,  je  dis  en  gémissant  :  «  Hélas! 
bêlas!  Seigneur,  pourquoi  ni'as-tu  fait  connaître  ces 
choses  si  je  devais  en  être  privé?  Voilà  qu'aujour- 
d'hui je  suis  rejeté  de  devant  ta  face  pour  retourner 
dans  un  monde  fragile,  et  ne  pouvoir  plus  revenir  ici. 
le  t'en  conjure.  Seigneur,  ne  détourne  pas  de  moi  ta 
raiséricorde  ;  je  te  sui^plie  de  me  laisser  habiter  ce 
lieu,  de  peur  qu'après  en  être  sorti  je  ne  périsse;»  et  la 


* 

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REGRETS  DE  SAINT  SAUVE.  ||5 

Toix  qui  m'avait  parlé  dit:  «  Va  en  paix>  car  Je  sufs 

ton  gardien  jusqu'à  ce  que  je  te  reconduise  ici.  j> 
Ayant  donc  laissé  mes  compagnons^  je  descendis  en 
pleurant  et  sortis  par  la  porte  par  laquelle  j'étais  entré.» 
Ace  discours  tous  restèrent  stupéfaits,  et  le  saint  de 
Dieu  se  mit  à  dire  avec  larmes  :  a  Malbeur  à  moi  qui 
ai  osé  révéler  un  tel  mystère  I  Voilà  que  le  doux  parfum  n 
dont  j'avais  été  embaumé  dans  le  lieu  saint^  et  qui  m% 
soutenu  pendant  trois  jours  sans  boire  ni  manger,  s'est 
éloigné  de  moi.  Ma  langue  est  couverte  de  blessures 
déchirantes,  et  si  euUée  qu'elle  me  semble  remplir  toute 
ma  bouctie  ;  et  je  sais  que  j'ai  déplu  à  Dieu  mon  Seigneur 
en  divulguant  ces  secrets.  Mais,  Seigneur,  tu  n'ignores 
pas  que  je  Tai  fait  dans  la  simplicité  de  mon  eosar.  et 
non  dans  Torgueil  de  mon  esprit.  Je  te  prie  donc  de  me 
pardonner,  et  de  ne  pas  m'abandonner  selon  ta  pro- 
messe. »  U  àit  et  se  tut;  puis  il  pria,  mangea  et  but.  fin 
écrivant  ceci,  je  crains  que  quelque  lecteur  ne  le  trouve 
incroy^le,  selon  ce  qu'a  écrit  Salluste  dans  son  his^ 
toire:  «  Quand  il  est  question  de  la  gloire  et  du  mérite 
des  gens  de  bien,  chacun  regarde  avec  indiilérence  ce 
qui  lui  semble  facile,  et  rejette  le  reste  comme  impos*- 
sible.  *  »  J'atteste  le  Dieu  tout-puissant  que  j'ai  entendu 
dire  de  la  propre  bouche  de  saint  Sauve  ee  que  je  «h 
conte,  ici.  Longtemps  après  le  saint  homme,  ayant  quitté 
sa  cellule,  fut  promu  à  l'épiscopat  et  ordonné  évéque 
malgré  lui.  11  remj^ssait  ce  ministère,  je  crois,  depuis 
dix  ans  lorsqu'une  peste  s'éleva  dans  la  ville  d'Albi. 

^  CatiiioA,  ui. 


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416  -    CHARITÉ  DE  SAINT  SAUVE. 

Déjà  la  plus  grande  partie  du  peuple  ayait  péri,  eiiliie 
restait  qu'un  petit  nombre  de  citoyens.  Le  bienheureux, 
comme  un  bon  pasteur,  ne  voulut  point  s'éloigner  de 
ce  lieu;  mais  il  eibortait  ceux  qui  restaient  à  se  lÎTrer 
constamment  et  avec  opiniâtreté  à  l'oraison  et  aux 
veilles»  et  à  s'adonner  au  bien  tant  en  actions  qu'en 
pensées,  disant:  a  Faites  ainsi^  afin  que  ffl  Dieu  veut 
vous  retirer  de  ce  monde,  vous  puissiez  entrer,  non  en 
Jugement,  maison  repos.  »  Sachant,  comme  je  le  crois, 
par  la  révélation  du  Seigneur^  qu'il  allait  être  appelé 
auprès  de  lui,  il  disposa  son  cercueil,  lava  son  corps, 
revêtit  une  robe,  et  le  visage  tourné  vers  le  ciel>  U 
rendit  l'âme  en  paix.  11  était  d'une  grande  sainteté  et 
sans  la  moindre  cupidité,  ne  voulant  jamais  avoir  d'or. 
S'il é lait  forcé  d'en  recevoir,  il  le  distribuait  aussitôt 
aux  pauvres.  De  son  temps,  le  patrice  Mummole  emme- 
nant  captifs  un  grand  nombre  de  citoyens  de  cette  cité, 
il  le  suivit  et  les  racbela  tous  ;  et  avec  l'aide  de  Dieu  il  se 
concilia  si  bien  les  bonnes  grâces  des  vainqueurs,  que 
ceux  même  qui  avaient  emmené  les  captifs  lui  remi- 
rent une  partie  du  prix  et  lui  en  offrirent  une  autre  en 
présent.  C'est  ainsi  qu'il  rendit  à  la  liberté  ses  conci- 
toyens prisonniers.  Je  sais  encore  un  grand  nombre  de 
belles  actions  de  ce  saint  homme,  mais  j'en  passe  beau- 
coiq>  sous  silence,  pour  retourner  à  l'histoire  que  j'ai 
commencée.' 

I L— Lorsque  Cbilpéric  eut  trouvé  la  mort  qu'il  cher* 
chait  depuis  longtemps,  les  gens  d'Orléans  et  de  Blois 
.réunis  se  jetèrent  sur  ceux  de  Châieaudun,  et  les  massa- 


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MORT  m  VÉDASTE.  417 

crèrentà  l'improviste;  ils  incendièrent  les  maisons,  les 
provisions^  et  tout  ce  qu'il  leur  élait  difficile  d'empor^ 
1er;  ils  s'ennparèrent  des  troupeaux,  et  pillèrent  tout  ce 
qu'ils  purent  enlever.  Pendant  qu'ils  se  retiraient,  les 
habitantsde  Ghâteaudun  et  de  Chartres  s'étantréunis^et 
ayant  suivi  leurs  traces,  leur  firent  subir  le  même  trai- 
tement qu'ils  enayaient  reçu,  et  ne  laissèrent  rien  dans 
les  maisons  ni  dehors.  Comme  la  querelle  se  ranimait 
entre  eux  avec  plus  de  fureur  et  que  les  Orléanais  pre- 
naient les  armes  pour  recommencer  la  guerre,  la  paix 
fut  conclue,  par  Tintervention  des  comtes,  jusqu'à  l'au- 
dience solennelle,  c'est-à-dhre  jusqu'au  jour  oik  on 
jugerait  quel  parti  aTaît  injustement  fait  la  guerre  à 
l'autre,  et  devait  payer  la  composition  fixée  par  la  loi  : 
ainsi  finit  la  guerre. 

III. — Védaste,  surnommé  Avon,  qui  avait  tué  Loup 
et  Ambroise  par  amour  pour  la  femme  de  ce  dernier, 
Pavait  épousée,  bien  qu'elle  fôt,  dit-on,  sa  cousine. 
Comme  il  exerçait  de  grands  ravages  dans  le  Poitou, 
se  trouvant  en  certain  lieu  avec  Childéric  le  Saxon,  ils 
en  vinrent  à  se  prendre  de  propos  outrageants, et  un  des 
serviteurs  de  Childéric  le  frappa  d'un  coup  de  lance. 
Tombé  à  terre,  et  blessé  encore  de  plusieurs  autres 
coups,  il  rendit  avec  son  sang  son  âme  perverse,  et  la 
justice  divine  vengea  le  sang  innocent  qu'il  avait  ré- 
pandu  de  sa  propre  main;  car  ce  misérable  avait  com- 
mis un  grand  nombre  de  vols,  d'homicides  et  d'adul- 
tères qu'il  vaut  mieux  passer  sous  silence.  Cependantle 
Saxon  composaavec  le  filsd'Avon  pour  le  prix  de  sa  mort* 


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IV. — La  reine  Frédégonde,  devenue  veuve,  se  rendit 
à  Paris  aT6C  tous  ses  trésors^  qu'elle  enferma  sous  la 
garde  des  murs  de  celte  ^ille^  puis  elle  se  réfugia  dans 
l'église  cathédrale^  où  elle  fut  protégée  par  l'évêque 
ttagnemode.  Quant  à  ses  autlres  trésors  qui  étaient  de- 
meurés dans  la  villa  de  Chelles,  et  parmi  lesquels  se 
trouvait  ce  bassin  d'or  récemment  fabriqué,  les  tréso- 
riers s'en  emparèrent^  et  se  rendirent  prompiement 
vers  le  roi  Cbildebert^  qui  séjournait  alors  dans  la  ville 
deMeam. 

y.^La  reine  Frédégonde^  cédant  k  des*  conseils,  en* 

Yoya  des  députés  au  roi  Gontran  pour  lui  dire:  a  Que 
men  seigneur  yieime,  et  prenne  possession  du  royaume 
de  son  frère.  J'ai  un  petit  enfant  que  je  désire  mettre 
ilans  ses  bras^  et  je.me  soumets  moi-même  humblement 
à  son  pouToir.  »  Cependant  Contran^  ayant  appris  la 
mort  de  son  frère^  pleura  auièreaient.  Puis  quand  sa 
douleur  fut  calmée^  il  rassembla  une  armée  et  marcha 
sur  Paris.  Il  venait  d'être  reçu  dans  les  murs  de  celle 
Tille,  lorsque  le  roi  Childebert,  sou  neveu*  arriva  d'un 
antre  côté. 

VI. — Comme  les  Parisiens  ne  voulaient  pas  admettre 
Childebert,  celui-ci  envoya  des  députés  vers  le  roi  Gon- 
tian^  disant  :  «  Je  sais,  pèretrès^pieux,  (|ue  ta  bonté  ni- 
gnore  pas  combien  jusqu'à  présent  rinimitié  et  la  guerre 
ont  fait  tort  a  tout  le  monde,  en  sorte  que  nul  ne  peut 
obtenir  Justice  de  ce  qui  lui  est  dû  ;  je  te  supplie  donc 
humblement  de  vouloir  bien  observier  les  conventions 
qpà  ont  été  passées  entre  nous  après  la  mort  de  mon 


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AHBASâADfi  DK  CHlLBEfiERT.  4U 
père.  x>  Alors  le  roî  Contran  répondit  aux  députés  : 
c  Misérables  et  perlides>  en^ui  il  a'y  a  rien  de  vrai^  et 
qui  n'obsenres  pas  tos  promesses,  Toilà  que  sans  aYoir 
égard  à  tout  ce  que  vous  m'avez  promis,  vous  avez  con- 
clu avec  le  roi  Chilpéric  un  nouveau  traité^  pour  que 
les  deux  rois  partagent  entre  eux  mes  États^  après 
m'avoir  chassé  du  trône.  Voilà  vos  traités,  voilà  les  si- 
gnatures dont  vous  avez  scellé  votre  perfidie  ;  et  de  quel 
front  maintenant  osez-vous  me  demander  que  je  r^* 
çoive  mon  neveu  GLildebert,  dont  vous  avez  voulu  me  * 
faire  un  ennemi  par  votre  perversité  ?»  Les  envoyés  kii 
répliquèrent  :  «  Si  la  colère  s  est  tellement  emparée 
de  ton  âme  que  tu  ne  veuilles  rien  accorder  à  ton  ne- 
veu de  tout  ce  que  tu  lui  as  promis^  cesse  au  moins  de 
retenir  ce  qui  doit  lui  revenir  du  royaume  de  Cari- 
bert.  p  Contran  leur  dit:  «  Voilà  les  traités  que  nous 
avons  faits  entre  nous  :  ils  disent  que  celui  qui,  sans  le 
consentement  de  son  frère,  entrera  dans  Paris^  perdra 
sa  part,  aura  pour  juges  et  pour  rémunérateurs  le 
martyr  Polyeucte,  ainsi  que  les  confesseurs  saint  Hilaire, 
et  saint  Martin.Néanmoins^mon  frère  Sigiiebertest venu 
à  Paris;  et  mort  par  le  jugement  de  Dieu^  il  a  perdu  sa 
part.  Cliilpéric  en  a  fait  de  même.  C'est  à  cause  de  ces 
transgressions  qu'ils  ont  perdu  leur  part;  comme  ils 
sont  morts  selon  le  jugement  de  Dieu,  et  conformément 
aux  imprécations  contenues  dans  le  traité^  je  veux  sou* 
mettre  à  mon  pouvoir^  ainsi  qu'il  est  juste,  tout  le 
royaume  et  les  trésors  de  Caiibert^  et  je  n'accorderai 
tim  à  persoone  que  de  ma  propre  volonté.  Aetire^ 


490         CHILDEBERT  sAcLAME  MéDé60!n>£. 

VOUS  donc,  hommes  mensongers  et  perfides,  et  repor- 
tes à  Tote  roi  ma  résolution.  » 

VII.  —  Comme  ils  se  reliraient,  d'autres  ambassa-» 
AnmdeCliildebertvieiiiieDt  trouver  le  roi  Contran  pour 
lui  redemander  la  reine  Frédégonde,  disant  de  sa  f>art  : 
«  Hemeis-moi  cette  homicide  qui  a  fait  périr  ma  tante> 
qui  a  tué  mon  père;  mon  onde,  et  frappé  du  glaire  jus* 
qu'à  mes  cousins.  »  Le  roi  répondit  :  «  Nous  réglerons 
toutes  ces  choses  dans  le  plaid  général  que  nous  tien* 
drons,  après  y  avoir  délibéré  sur  ce  qu'il  convient  de 
faire.  »  Il  protégeait  Frédégonde  et  Tinvitait  souvent  à 
ses  repas,lui  promettant  qu'Userait  son  plussoUde  appui. 
Un  jour  qu'ils  étaient  assis  à  la  même  table,  la  reine  se 
leva,  et  dit  adieu  au  roi,  qui  la  retint,  en  lui  disant 
«Prends  encore  quelque  nonriture«^Excuse-moîy  ré- 
pondit-elle, mon  seigneur,  car  il  m'arrive  ce  qui  est 
ordinaire  aux  femmes,  qu'il  faut  que  je  me  lève  pour 
enfanter.  »  Ces  paroles  le  frappèrent  d'étonnement^car 
il  savait  qu'il  n'y  avait  que  quatre  mois  qu'elle  avait  mis 

un  fils  au  monde:  il  lui  permit  cependant  de  se  retirer. 

Les  principaux  du  royaume  de  Chilpéric,  tels  qu'An- 

fiovald  et  d'autres,  se  rassemblèrent  auprès  de  son  (ils 
ftgé,  comme  nous  l'avons  dit,  de  quatre  mois,  l'appelè- 
rent Clotaire  et  firent  prêter,  aux  cités  qui  appartenaient 
auparavant  a  Gliilpéric,  le  serment  de  fidéUté  au  roi 
Contran  età  son  neveu  Glotaire.  Le  roi  Gontran,par  égard 
pour  la  justice,  rendit  tous  les  biens  que  les  fidèles  de 
Chiipéric  avaient  ii^ustement  enlevés  à  diverses  gens. 
Il  accorda  aussi  beaucoup  do  pic^^cnts  aux  églises,  et  fit 


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jPRlÈBE  D£  60NIRAK  AU  PEUPLE.  4dl 

miTre  les  testaments  des  morts  qai  avaient  donné  aux 
églises  leur  succession,  testaments  qui  ayaieut  été  cassés 
par  Chilpéric.  IL  se  montra  bienTeillant  envers  un  grand  • 
nombre  de  gens,  et  fit  beaucoup  de  bien  aux  pauvres. 

YIII.  »  Mais  comme  il  se  détiait  des  hommes  parmi 
lesquels  il  était  venu,  il  se  munit  d'armes,  et  il  n'ai** 
lait  jamais  à  l'église  ou  dans  quelque  autre  des  lieux 
qui  lui  plaisaient,  sans  être  accompagné  d'une  garda 
considérable.  Un  certain  dimanche,  après  que  le  diacre 
eût  fait  iiaire  silence  au  peuple,  pour  la  messe,  le  roi  se 
tournant  vers  la  foole  dit  :  a  le  vous  conjure»  hommes 
et  femmes  qui  cles  ici  présents,  gardez-moi  une  iidé* 
lité  inviolable,  et  ne  me  tuez  pas  comme  vous  avez  tué 
dernièrement  mes  frères;  que  je  puisse  au  moins  pen> 
dant  trois  ans  élever  mes  neveux  que  j'ai  faits  mes  fils 
adoptifs,  de  peur  qu'il  n'arrive,  ce  que  veuille  détour- 
ner le  Dieu  éternel  I  qu'après  ma  mort  vous  ne  péris- 
siez avec  ces  petits  enfants,  puisqu'il  ne  resterait  de 
notre  famille  aucun  homme  fort  pour  vous  défendre.  » 
A  ces  mots  tout  le  peuple  adressa  pour  le  roi  des  prières 
an  Seigneur. 

IX.  —  Pendant  que  ces  cboses  se  passaient,  Rigon» 
the,  fille  du  roi  Chilpéric,  s'avança  jusqu'à  Toulouse, 
avec  les  trésors  dont  nous  avons  parlé;  se  voyant  près 
des  frontières  des  Goths^  elle  ralentit  sa  marche^  d'au- 
tant plus  que  les  siens  lui  disaient  qu*il  fallait  qu'elle 
s'arrêtât  dans  cet  endroit,  parce  qu'ils  étaient  fatigués 
du  voyage,  que  leurs  habits  étaient  sales,  leurs  chaus- 
sures usées,  et  que  les  harnais  de  leurs  chevaux,  des 

1.  u 


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M  cmNDOVALD  ARRIVA  A  BRIVËS. 

voilures  el  des  chariols  dans  lesquels  ils  étaient  montés, 
étaient  en  mauTais  état.  Ils  prétendaient  qu'il  fallait 
d'abord  remettre  en  bon  ordre  toutes  ces  choses^  pour 
continuer  leur  voyage  et  paraître  avec  élégance  devant 
son  futur  épout^  de  peur  que  s'ils  arrivaient  mal  équi- 
pés chez  les  Goths,  on  ne  les  regardât  avec  mépris.  Tan- 
dis quiis  s'arrêtaient  pour  ce  motif,  la  mort  du  roi 
Chilpérie  parvint  aux  oreilles  du  duo  Didier.  Réunis- 
sant des  hommes  déterminés^  il  entre  dans  Toulouse^ 
trouve  et  enlève  les  trésors  de  la  reine  Rigontke,  kt 
dépose  dans  une  maison  scellée^  sous  la  garde  de  soldats 
bien  armés  et  laisse  à  la  princesse  à  peine  de  quoi  vi« 
yne,  Jusqu'au  moment  de  son  retour  dans  la  ville. 

X. —  Lui-même  se  hâte  de  se  rendre  auprès  de  Mum- 
mole,  avec  qui  il  avait  fait  alliance  deux  ans  aupara- 
vant. Mummole  résidait  dans  la  ville  d'Avignon  avec 
Gondovald,  dont  nous  avons  parlé  dans  le  livre  précé- 
dent. Réuni  au  ducDidier^  Gondovald  marchant  sur  li- 
moges^ arriva  au  bourg  do  Brives-la-Gaillarde  S  où  Ton 
dit  que  repose  saint  Martin,  disciple  de  notre  saint 
Martin;  là  élevé  sur  un  bouclier,  il  fut  proclamé  roi; 
mais  au  troisième  tour  qu'on  lui  faisait  faire  ainsi  élevé 
dans  rassemblée  des  guerriers,  on  rapporte  qu'il  chan- 
cela et  que  les  mains  des  assistants  purent  à  peine  le  re- 
tenir. Ensuite  il  parcourut  les  cités  environnantes. 

Rigonthe  demeurait  à  Toulouse,  dans  la  basilique  de  * 
Sainte-Marie,  où  la  femme  de  Ragnovald,  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut,  s'était  réfugiée,  craignant  Cliil- 

«BrioaCurffMi.  (V.  C^éogr.) 


INCENDIE  £1  PRODIGES.  4S3 

périe*  Ragnoyaldy  retenu  d^spagne,  reprit  sa  femme 

et  ses  biens.  11  avait  été  envoyé  en  ambassade  chez  Jes 
GoU»  par  Je  roi  Goatrao.  Dans  ce  temps»  m  grand  iiiceq* 
die^soscfté  par  Fennemi  qui  Teille  toujours,  consuma 
àBrives  la  basilique  de  Saint-Martin  à  tel  point  que  Tautel 
elles  colonnes  qui  étaient  faits  de  différentes  espècesde 
marbre  furent  réduits  en  cendre.  Mais  cet  édifice  a  été 
dans  la  suite  si  bien  reconstruit  lévêque  Féréole,qu'iI 
paraissait  n'avoir  aucunement  soufTert.  Les  habitants 
sont  remplis  d'admiration  et  de  respect  pour  ce  siUqU 
*  parce  qu'il  éprouventsoovent  sa  miraculeuse  poissuDee» 

XL— C'était  dans  le  dixième  mois  de  Tannée*  que  se 
passaieat  ces  événements.  On  vit  alors  sur  les  ceps  de 
vignes  de  nouveaux  sarments,  avec  des  raisins  toot  I6|w 
més;  des  arbres  se  couvrirent  de  ûeurs]  un  météore  par- 
oonrant  le  ciel  éclaira  au  loin  le  mopde  avant  que 
Inmière  du  Jour  eût  paru.  On  vit  aussi  dans  Fatrooi» 
«pbère  briller  des  rayons;  et  pendant  deux  heures  ven 
le  nord  une  colonne  de  feu  apparut  comme  suspendue 
au  ciel,  et  surmontée  d'une  grande  étoile.  La  terre 
trembla  dans  la  cité  d'Angers^  et  un  grand  nombrf 
d'antres  prodiges  se  manifestèrent»  pour  annoim^r^  je 
crois,  la  mort  de  Gondovald. 

XII.^  Cependant  le  roi  Contran  envoya  se^  comtep 
pour  s'emparer  des  cités  que  Sighebert  avait  autrefois 
reçues  du  royaume  de  son  frère  Caribert;  jil  ordonna 
de  leur  faire  prêter  serment,  et  de  les  soumettre  à  son 
pouvoir.  Les  habitants  de  Tours  et  de  Poitiers  vouli^* 

*  Décembre* 


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4S4        BAYAGES  DANS  LA  CITE  DE  POITIBRS, 

rent  passer  à Ghildebert^  fils  de  Sighebert  ;  mais  ceux  de 
Bourges  ayant  pris  les  armes,  se  préparèrent  à  marcher 
contre  eox,  et  incendièrent  le  pays  de  Tours.  Ils  mi- 
rent le  feu  à  l'église  de  Mareuil  en  Touraine  *,  dans 
laquelle  on  conservait  les  reliques  de  saint  Martin  ; 
mais  la  puissance  du  saint  se  montra,  en  ce  que^  mal- 
gré la  violence  de  Tinceadie^  les  nappes  placées  sur  Tau* 
tel  ne  furent  point  consumées,  et  même  les  herbes 
cueillies  depuis  longtemps  qui  se  trouvaient  dans  le 
sanctuaire  n'éprouvèrent  pas  les  atteintes  du  feu.  A  la 
Tue  de  ces  incendies,  ceux  de  Tours  envoyèrent  une 
députation^  disant  qu'ils  aimaient  mieux  se  soumettre 
au  roi  Gonlran,  que  de  voir  dévaster  leur  pays  par  la 
^flamme  et  le  fer. 

Xlll. —  Aussitôt  après  la  mort  de  Ghilpéric»  le  duc 

* 

Cararic  avait  marché  sur  Limoges,  et  lui  avait  fait  prê- 
ter serment  de  fidélité  au  nom  de  Childebert.  De  là  il 
«l'était  dirigé  vers  Poitiers,  dont  les  habitants  Tavaienl 
accueilli  Tolontiers  et  demeurait  dans  cette  ville.  Quand 
il  apprit  les  maux  que  soutirait  le  peuple  de  Touraine, 
il  envoya  une  députation,  nous  conjurant  de  ne  pas 
nous  livrer  au  parti  du  roi  Contran,  si  nous  voulions 
consulter  nos  vrais  intérêts,  et  de  nous  souvenir  de  Si* 
ghebert,  père  de  Childebert.  Nous  fîmes  réponse  à 
révêque  et  aux  citoyens  de  Poitiers  que ,  s'ils  ne 
se  soumettaient  pour  le  moment  au  roi  Contran,  ils  su- 
biraient les  mêmes  maux  que  nous,  et  nous  leur  fîmes 
observer  que  Goutran  était  maintenant  père  des  deux 


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I 


RAVAGES  DANS  LA  CITÉ  DE  POITIERS.  426 

flis  de  Sighebert  et  de  Ghilpéric,  qu'il  les  avait  adoptés^ 
et  qu'il  possédait  ainsi  tout  le  royaume  comme  avait 
fait  ajjitrefois  son  père  Clotaire.  Ils  ne  se  rendirent  pasà 
nos  ol)S6cvatioDS9  et  Gararic  sortit  de  la  ville  sous  pré* 
texte  d'aller  chercher  une  armée,  y  laissant  Éberon, 
camérier*  du  roi  Cbildebert. 

Sichaire,  accompagné  de  Willachaire  qui  venait  d'é* 
changer  le  comté  d'Orléans  contre  celui  de  Tours,  ût 
marcher  une  armée  vers  le  Poitou  qui  fut  attaqué  d*un 
côté  par  les  géns  de  Tours.,  et  de  Tautre  par  ceux  de 
Bourges.  Les  bandes  déprédatrices  approchaient  de  la 
frontière^  et  avaient  déjà  commencé  à  incendier  des 

• 

maisons,  lorsque  les  Poitevins  envoyèrent  des  députés 
qui  leur  dirent  :  a  Nous  vous  prions  d'attendre  jusqu'au 
plaid  que  doivent  tenir  ensemble  lés  rois  Contran  et 
Cbildebert  ;  si  alors  il  est  décidé  que  le  bon  roi  Contran 
doit  posséder  ce  pays,  nous  ne  ferons  aucune  résistance  : 
s'il  en  est  autrement,  nous  reconnaîtrons  le  seigneur 
que  nous  devons  servir.  »  Les  autres  répondirent  :  a  Nous 
n'avons  ici  qu'à  accomplir  les  ordres  du  prince.  Si  vous  , 
ne  cédez  pas,  nous  continuerons  à  tout  ravager.  »  lis 
portèrent  partout  l'incendie  et  emmenèrent  du  butin  et 
des  -prisonniers  ;  les  partisans  de  Cbildebert  furent 
chassés  de  la  ville,  et  les  habitants  prêtèrent  sermentau 
roi  Contran,  mais  ils  ne  lui  furent  pas  longtemps  fidèles. 

XIV. — L'époque  fixée  pour  le  plaid  étant  arrivée,Cbil- 
debert  envoya  vers  le  roi  Contran  révéque  iËgidius, 
Gontran-Boson,  Sigivald  et  plusieurs  autres.  Lorsqu'ils 

f  Le  texte  porte  eubtcuiUurwtf  c'est  une  sorte  de  caméri^r* 

a4. 


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426  AMBASSADE  DE  CIIILDKBERT 

ftirant  en  présence  du  souTerain^  révéque  dit:  «  Noos 

rendons  grâce  au  Dieu  tout-puissant,  roi  très-pieux,  de 
ee  qu'après  bien  des  fatigues  il  t*a  remis  en  possession 
^  te»  pays  et  de  ton  royaume.  »  Le  roi  répondit  :  «  On 
doit  de  dignes  actions  de  grâces  au  Roi  des  Rois,  au  Sei- 
gneur des  Seigneursdont  la  miséricorde  a  daigné  accom- 
plir ces  choses  ;  mais  non  à  toi,  qui,  par  tes  perfides 
conseils  et  les  fourberies,  as  fait.  Tan  passé,  incendier 
Aies  États;  toi  qui  n'as  jamais  tenu  ta  foi  àancnn  homme» 
toi  dont  raslucc  est  fameuse,  et  qui  te  conduis  partout,. 
non  en  évéque,  mais  en  ennemi  <le  noire  royaume!  » 
A  ces  mots,  TéTéque,  pénétré  d'un  profond  ressenti- 
ment, garda  le  silence.  Un  des  députés  reprit  :  «  Ton 
nereuChildel^ert  te  supplie  de  lui  Caire  restituer lesdtés 
dont  son  père  était  en  possession.  »  Contran  répondit  à 
celui-ci  :  «  Je  vous  ai  déjà  dit  que  nos  traités  me  confè- 
rent ces  villes»  c'est  pourquoi  Je  ne  toux  point  les  reii- 
dre.  »  Un  autre  député  dit  à  son  tour:  a  Ton  neveu  te 
prie  de  lui  faire  remettre  la  cruelle  Frédégonde,  qi|i  a 
fait  périr  tant  de  rois,  pour  qu'il  yenge  sur  elle  kmerl 
de  6Qn  père,  de  son  oncle  et  de  ses  cousins,  p  Gonlran 
lui  répondit  :  a  Klle  ne  peut  être  remise  en  son  pouYoir 
parce  qu'elle  a  un  fils  qui  est  roi  ;  et  d'ailleurs  je  ne 
orois  pas  vrais  tous  les  crimes  que  vous  lui  imputez.  9 
Ensuite  Gontran-Boson  s'approcha  du  roi  comme  pom 
lui  faire  part  de  quelque  événement  ;  et,  comme  lebruil 
s'était  répandu  que  Gondovald  venait  d'être  proclamé 
roi,  Contran,  prévenant  ses  paroles  lui  dit  :  «  Ennemi  de 
notr^  pays  el  de  notre  trône,  tu  es  allé  récemment  en 


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A  60NIBAN.  487 

Orient  exprès  pour  en  ramener  un  BaOomer^  (Le  roi 
appelait  ainsi  Gondovald)^  homme  toujours  perfide  et 
qui  m  tiens  aucon^  de  tes  promesses  I  »  Boson  lui  r^^ 
pondit  :  «  Toi,  seigneur  et  maître,  tu  es  assis  sur  le  trône 
royal,  et  pensopn^  n'ose  répondre  à  ce  que  tu  dis.  Maiç 
je  souUeps  que  je  suis  innocent^  et  s'il  y  a  quelqu\in, 
•  mon  égal,  qui  m'impute  erj  secret  ce  crime,  qu'il  vienne 
ipienpubiioetqu'ii  se  fasse  entendre^Pourtoi»  très-pieux 
roi>  remets  le  tout  au  jugement  de  Dieu,  et  qu'il  décide 
en  nous  YOfaot  combattre  en  cliamp  clos.  »  Comme 
tout  le  monde  gardait  le  silence,  le  roi  dît  :  «  Un  même 
intérêt  doit  exciter  tous  les  guerriers  à  repousser  de  nos 
£rontière6  un  étranger,  dopi  le  père  a  tourné  la  meule 
et,  véritablement,  manié  la  carde  et  fait  de  la  laine.  » 
Bien  qu'il  puisse  arriver  qu'un  même  homme  ait  exercé 
ces  deux  métiers,  un  des  députés  répondit  à  cq  reproche 
du  roi  :  «  Prétends-tu  donc  que  cet  homme  a  eu  deux 
pères,  l'un  cardeur  et  l'autre  meunier  1  Ce^,  p  roi,  de 
parlerainsi,  car  on  n'a  point  ouï  dire  qu'un  seulbomiQ^ 
si  ce  n'est  en  matière  spirituelle,  puisse  avoir  deux  pè- 
res. »  Comme  ce^  paroles  excitaient  le  rire,  un  autre 
député  dit  :  «  Nous  te  disons  adieu,  6  roi  I  puisque  tu  ne 
veux  |)as  rendre  les  cités  de  ton  neveu,  nous  savons  où 
est  la  hache  encore  .affilée  qui  a  tranché  la  tête  à  tes 
trères  ;  elle  te  fera  bienlAt  sauter  la  cervelle  ;  »  et  ils  se 
retirèrent  après  ce  hrujant  débat.  A  ces  mots,  le  roi, 
enflammé  décolère,  ordonna  qu'on  lerar  jetât  au  visage, 

i  C'«st,  dit  Ruinart»  uhe  façon  âe  désigner  un  hmx  prÎMS*, 
fSùW  ne  MTODi  pas  pour(|uoi  ce  nom. 


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428  CRUAUTÉS  DE  FKKDÉGONDE. 

pendant  qu'ils  se  retiraient^  du  fumier  de  cheval^  des 
herbes^  de  la  paille^  du  foin  pourri  et  de  la  boue  puante 
des  rues  de  la  ville.  Couverts  d'ordures,  les  députés  se 
retirèrent,  ayee  cet  immense  outrage. 

XV.  —  Pendant  que  la  reine  Frédégonde  se  tenait 
dans  l'église  de  Paris,  Léonard,  naguère  domestique, 
arrivé  de  la  ville  de  Toulouse,  Tînt  la  trouTer  et  lui 
raconta  les  injures  et  les  outrages  dont  sa  iîlle  était 
robjet,disan(  :  «Voyageant  par  votre  ordre  avec  la  reine 
Rigonihe,  j'ai  vu  son  abaissennent  ;  elle  a  été  dépouil- 
lée de  ses  trésors  et  de  tous  ses  biens  ;  je  me  suis  échappé 
par  la  fuite  et  je  viens  annoncer  à  ma  maîtresse  ce  qui 
a  eu  lieu.  »  A  ces  mots,  Frédégonde,  saisie  de  fureur, 
ordonna  qu'on  le  mitànu  dansréglisemème,et qu'après 
ravoir  dépouillé  de  ses  vêtements  ainsi  que  d'un  bau- 
drier qu'il  avait  reçu  en  présent  du  roi  Chilpéric,  on  le 
chassftt  de  sa  présence.  Elle  fit  pareillement  battre,  dé» 
pouiller  et  mutiler  les  cuisiniers  et  boulangers,  et  tous 
ceux  qu'elle  sut  de  retour  de  ce  voyage.  Puis  elle  essaya 
de  noirdr  auprès  du  roi,  par  d'odieuses  accusations. 
Nectaire,  frère  de  l'évêque  Baudégésile,  affirmant  qu'il 
avait  enlevé  une  grande  quantité  des  trésors  du  roi 
mort.  Elle  disait  qu'il  avait  pris  dans  rofûce  des  peaux 
et  des  vins,  et  demandait  qu'on  le  chargeât  de  chaînes 
et  qu'on  le  plongeât  dans  une  obscure  prison;  mais  la 
douceur  du  roi  et  la  protection  de  Beaudégésile  empê- 
chèrent qu'il  en  fût  ainsi.  Au  milieu  de  tant  d'inso- 
lentes actions,  cette  reine  ne  craignait  pas  Dieu,  dans 
l'église  duquel  elle  avait  cherché  un  asile.  Auprès  d'elle 


BEIOUR  DE  PRÉTEXTÂT.  m 

■ 

se  trouvait  alors  le  juge  Andon^  qui,  du  Tiyant  du  roi 
Chilpéric^  avait  été  son  complice  dans  une  multitude 
de  crimes.  De  concert  avec  le  préfet  Mommole,  il 
avait  soumis  au  tribut  public  un  grand  nombre  de 
Francs  qui^  dans  le  temps  du  roi  Cliildebert  Tancien,  ea 
aTaient  été  exempts.  Après  la  mort  du  roi,  les  Fhmcsle 
dépouillèrent  de  façon  qu'il  ne  lui  resta  que  ce  qu'il  put 
emporter  sur  lui.  Us  incendièrent  sa  maison  et  ils  lui 
auraient  même  ôté  la  ^e  s'il  ne  s'était  réfugié  dans 
régUse  avec  la  relue. 

XYI.  Frédêgonde  reçut  avec  colère  révèque  Pré* 
textat  que  les  habitants  de  Rouen^  à  la  mort  du  roi^ 
avaient  rappelé  de  Texil  et  rétabli  dans  sa  ville  avec  joie 
et  en  grand  triomphe.  Après  son  retour,  il  se  rendit  dans 
la  ville  de  Paris  et  se  présenta  au  roi  Gontran^  le  priant 
d'examineravecsoin  sonaffaire.Lareineprétendaitqu'oa 
ne  devait  pas  recevoir  un  homme  qui  avait  été  écarté  du 
ministère  pontifical  par  le  jugement  de  quarante-cinq 
évêques.  Comme  le  roi  voulait  convoquer  un  synode  à 
ce  sujet»  Ragnemode^  évéque  de  Paris^  fit  la  réponse 
suivante  an  nom  de  fous  les  évêques  :  «  Sachez  que  les 
évêques  lui  ont  inûigé  une  pénitence^  mais  qu'ils  ne 
l'ont  point  absolument  écarté  de  Tépiscopat.  >  Le  roi  le 
reçut  donc  et  Tadmit  à  sa  table,  puis  il  retourna  dans 
Incité. 

XTIL  —  Promotus,  que  le  roi  Sighebert  avait  créé 

évêque  de  Chàteauduu^  avait  été  dépossédé  après  la 
mort  du  roi^  parce  que  cette  ville  était  du  diocèse  de 
Cbartres.  Le  jugement  rendu  contre  lui  ne  lui  laissait 


430  ATIS  DONNÉ  AU  ROI. 

que  le  ministère  de  la  prêtrise.  Il  alla  trouver  le  roi  pour 
le  prier  de  lui  restituer  son  évêcbé/maisPappole,évôque 
de  la  ville  de  Charires^,  s'y  opposa  en  disant  que  Châ- 
teaudun  était  de  son  diocèse,  et  surtout  en  montrant  le 
Jugement  des  évéques  ;  de  sorte  que  Promotus  ne  put 
rien  obtenir  du  roi,  si  ce  n'est  la  restitution  de  ses  pro- 
pres biens  dans  le  territoire  de  Châteaudun,  où  il  rési* 
dait  avec  sa  mère  encore  vivante* 
•  XVIII .  —  Pendant  que  le  roi  demeurait  à  Paris,  un 
pauvre  l'aborda  en  lui  disant  :  a  Écoute,  ô  roi,  les  pa- 
roles^ema  bouche;  sache  que  Faraulf,  autrefois  camô- 
rier  de  ton  frère,  veut  te  tuer;  j'ai  appris  que  son 
prcyet  était  de  te  frapper  d'un  coUp  de  couteau  ou  de 
lance,  lorsque  tu  te  rendras  h  Téglise  pour  entendre  lés 
prières  du  matin.  »  Le  roi>  étonné,  ût  appeler  Faraulf. 
Celui-ci  nia;  mais  le  roi  craignant  quelque  trahison, 
eut  soin  de  se  bien  munir  d'armes  :  il  n'allait  plus  aux 
lieux  saints  ni  autre  part  sans  être  entouré  d'hom- 
mes armés  et  de  gardes.  Faraulf  mourut  peu  de  temps 
après. 

XIX.  Comme  il  s'élevait  de  grandes  clameurs  con- 
tre ceux  qui  avaient  été  puissants  sous  le  roi  Ciiilpéric, 
parce  qu'ils  avaient  enlevé  èt  autrui  des  villas  et  d'an* 
très  biens,  le  roi  fit  rendre  tout  ce  qui  avait  été  en- 
levé injustement,  comme  nous  l'avons  déjà  rapporté 
plus  haut.  Il  ordonna  a  la  reine  Frédégonde  de  se  reti- 
rer dans  la  villa  de  Rueil,  située  dans  le  territoire  de 
iiouen';  elle  y  fut  accompagnée  par  les  hommes  iee 


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FRÉDÉGONDE  VEUT  ASSASSINER  BRUNEHAUT.  481 

plus  considérables  du  royaume  de  Chilpcric  ;  ceux-ci  la 
laissèrent  en  cet  endroit  avec  i'évêque  Méianius^  qui 
avait  été  dépossédé  du  siège  de  Rouen,  et  se  rendirent 
auprès  de  son  ûls^  lui  promeliuiil  de  Télever  avec  le  plus 
grand  soin. 

XX.  "* Frédégonde^  retirée  dans  cette  villa^  était  pro* 
fondémeni  aflligée  de  se  voir  en  partie  dépouillée  de  son 
pouvoir^  et,  se  trouvant  inférieure  à  Bruneliaut,  elle 
envoya  secrètement  un  clerc  de  ses  familiers  pour 
l'entourer  de  pièges  et  la  tuer.  11  devait  s'introduire 
adroitement  à  son  service^  gagner  sa  confiance  et 'la 
frapper  en  secret.  Le  clerc  s'étant  donc  rendu  auprès 
d»  firunehaut,  gagna  ses  bonnes  grâces,  en  disant  :  «  Je 
fuis  loin  de  la  face  de  la  reine  Frédéf^onde  et  viens  te 
demander  ta  protection,  u  Puis  il  s'étudia  à  se  montrer 
bumble,  attaché,  soumis  et  serviteur  dévoné  de  la  reine. 
Mais  peu  après  on  reconnut  (]ue  ce  transfuge  était  un 
traître.  On  Tenchaina,  on  le  battit  de  verges,  et^  après 
lui  avoir  fait  avouer  son  dessein,  on  le  renvoya  à  ta 
maîtresse.  Celle-ci  apprenant  de  sa  bouche  ce  qui  s'était 
passé,  et  comment  il  n'avait  pu  exécuter  ses  ordra,  lui 
fit  couper  ks  fûeds  et  les  mains. 

XXI.  —  Copcndaut  le  rui  Contran^  revenu  à  Châlon^ 
faisait  une  enquête  sur  la  mort  de  son  frère;  k  reine 
accusa  de  ce  crime  le  camérier  Ëberulf^  qui  s'était 
refusé,  malgré  ses  instances,  à  demeurer  avec  elle  après 
la  mort  du  roi.  Leur  inimitié  n'avait  fait  que  croître, 
et  la  reine  prétendit  qu'il  ctait  le  meurtrier  du  prince 
et  qu'il  avait  pillé  imc  grande  partie  de  ses  trésors. 


4â2  ÊBÉRULî*. 

avant  de  se  retirer  à  Tours.  Elle  dit  donc  au  roi  que, 
*  s'il  voulait  venger  la  mort  de  son  frère,  c'était  à  cet 
homme  qu'il  devait  s'en  prendre.  Alors  le  roi  jura  de- 
vanltous  les  grandsqu'il  voulait  détruire  non-seulement 
Ébérulf,  mais  sa  postérilé  jusqu'à  la  neuvième  généra- 
tion, aûn  de  faire  cesser,  par  leur  mort,  celte  coutume 
perverse  de  tuer  les  rois.  Ébérulf,  instruit  de  ce  dessein, 
se  réfugia  dans  la  basilique  de  Saint-Martin,  dont  sou- 
vent il  avait  envahi  les  biens.  Comme  on  prit  alors  des 
mesures  pour  le  garder,  les  gens  d'Orléans  et  ceux  de 
Blois  venaient  tour  à  tour  s'acquitter  de  cet  office,  et, 
après  quinze  jours  de  ce  service,  ils  s'en  retournaient 
avec  un  grand  butin,  emmenant  des  bêles  de  somme, 
des  troupeaux  et  tout  ce  qu'ils  avaient  f)u  piller.  Mais 
une  dispute  s'éleva  entre  plusieurs  d'entre  eux  qui 
avaient  ravi  les  bêtes  de  somme  appartenant  à  Saint- 
Martin,  et  ils  se  percèrent  réciproquement  de  leurs 
lances.  Deux  soldats  qui  avaient  enlevé  des  mules  en- 
trèrent dans  une  maison  voisinepour  demander  à  boire. 
Comme  le  propriétaire  leur  dit  qu'jl  n'avait  rien  à  leur 
donner,  ils  levèrent  leurs  lances  pour  le  percer; 
mais  lui,  saisissant  uneépée,  les  en  frappa,  et  tous  deux 
tombèrent  et  moururent.  Les  bêtes  de  somme  de 
Saint-Martin  furent  restituées.  Les  gens  d'Orléans 
firent  alors  de  si  grands  ravages  qu'on  ne  saurait  leî 
rapporter. 

XXII.— Sur  ces  entrefaites,  le  roi  concéda  à  diCfé 
rentes  personnes  les  biens  d'ÉbéruIf.  On  exposa  e( . 
public  Tor,  l'argent  et  les  effets  les  plus  précieux;  or^ 


* 


SACRILEGES  D'ÉBERULF.  433 

confisqua  ce  qu'il  avait  déposé  entre  les  mains  de  cer* 
faines  gens;  oh  enleva  §es  troupeaux  de  chevaux,  de 
porcs  et  de  bôtcs  de  somme.  Une  maison  située  dans 
rintérieur  de  la  ville  S  qu'il  avait  ravie  à  TÉglise^  et 
qui  était  remplie  de  vin,  de  provisions  et  d'autres  objets, 
fut  entièrement  pillée,  et  il  n'en  resta  que  les  murailles, 
n  nous  accusait  nops-même  de  tout  cela,  nous  qui  pre- 
nions à  ses  alTaires  un  sincère  intérêt;  et  il  répétait  sou- 
Tent  que,  s'il  rentrait  jamais  en  grâce  auprès  du  roi,  il 
se  vengerait  sur  nous  de  ce  qu'il  souffrait.  Dieu,  qui 
coonait  le  fond  des  cœurs,  sait  que  nous  lui  prêtions 
secours  de  tout  notre  pouvoir,  et  quoiquil  nous  eût 
beaucoup  nui  auparavant,  au  sujet  des  biens  de  Saint* 
Martin,  il  existait  un  motif  pour  me  faire  oublier  ses 
injures;  c'est  que  j'avais  tenu  son  fils  sur  les  fonts 
baptisjnaux.  Mais  je  crois  que  ce  qui  nuisait  surtout  à  ce 
malheureux,  c'est  qu'il  n'avait  aucun  respect  pour  le 
saint  évéque,  car  il  commit  souvent  des  meurtres  dans 
le  portique  même  qui  est  aux  pieds  du  saint^  et  se  livrait 
continuellement  à  des  orgies  et  à  de  vains  plaisirs.  Un 
^  jour,  déjà  ivre,  voyant  qu'un  prêtre  tardait  à  lui  ap- 
porter du  vin,  il  l'assaillit  à  coups  de  poing,  et  le 
frappa  avec  un  banc  brisé,  tellement  que  le  prêtre  fut 
près  de  rendre  l'âme,  et  peut-être  fùt-il  mort  si  les  mé- 
decins  ne  l'eussent  sauvé  avec  des  ventouses.  Par  crainte 
du  roi,  Ébérult  demeurait  dans  la  sacristie  même  de  la 
sainte  basilique.  Lorsque  le  prêtre  (]ui  gardait  les  clefs 
s'était  retiré  après  avoir  fermé  les  antres  portes,  des 

*  La  vUle  de  Tours. 


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m  OUTRAGES  D*ÉBÉRULP.  . 

lillt's  onlraitnt  jiar  la  sacrislie  avec  des  serviteurs 
d'Ébérulf,  et  venaient  admirer  les  peintures  des  pa- 
rois, 00  examiner  les  ornements  du  saint  sépulcre; 
ce  qui  était  très-scandaleux  pour  les  religieux.  Le  prêtre, 
en  nyant  élé  instruit^  enfonça  des  clous  à  la  porte,  et 
mît  des  verroux  en  dedans.  Ébérulf,  après  souper,  pris 
de  vIq,  s'en  aperçut  et  entra  connue  un  furieux  dans  la 
basilique  >  au  commencement  de  la  nuit,  pendant 
qpe  nous  chantions  des  psaumes,  et  se  mit  à  m'ao- 
câbler  d'outrages  et  de  malédictions»  me  reprochant, 
entre  autres  injures  de  vouloir  le  priver  de  la  pro- 
tection du  saint.  Étonné  de  Textravagance  qui  s'était 
emparéede  cet  tionmui»  je  m'efforçai  de  l'apaiser  par  la 
dovceur;  mais,  n'y  pouvant  réussir,  je  résolus  de 
garder  le  silence.  Comme  je  me  taisais,  il  se  tourna  vers 
le  prêtre,  vomit  contre  lui  un  torrent  d'injures;  et  ne 
cessa  de  nous  provoquer,  lui  par  des  paroles  insolentes, 
moi  par  divers  outrages.  Voyant  qu'il  était,  pour 
ainsi  dire,  possédé  du  démon,  nous  sortîmes  de  la  sainte 
basilique,  et  fîmes  cesser  le  scandale  en  même  temps 
que  Vigiles,  trouvant  de  la  plus  grande  indignité  que, 
sans  respect  pour  le  saint  évéque,  il  eût  excité  une  t^lie 
rixe  devant  son  tombeau  même. 

J'eus  dans  ce  temps  un  songe  que  je  racontai  à  Ébcrulf 
dans  la  sainte  basilique:  a  U  me  semblait,  lui  dis-je,  que 
|e  célébrais  la  cérémonie  de  la  sainte  messe  dans  ce 
temple.  Déjà  Tautel  était  couvert  du  voile  de  soie  et  des 
offhrandes,  lorsque  je  vis  tout  à  coup  entrer  le  roi  Con- 
tran qui  s'écriait  avec  force  :«  Airacliez  du  saint  autel 


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SONGE  DE  GRÉGOIRE.  485 

«de  Dieu  l'ennemi  de  notre  race^ arracher  d'ici  Hiomi- 
«  cid63  A  ces  paroles  Je  mé  toarnai  ters  M,  et  Je  te  (fias 
a  Malheureux,  saisis  le  voile  de  Taule!  qui  couvre  les 
«  offjrapdes  sacrées,  de  peur  qu'onne  t'arrache  d'ici.  »  Tu 
le  saisis,  mais  d'une  main  faible  et  semblant  près  àele 
laisser  échapper.  Alors  les  bras  étendus,  je  me  présent 
tai  en  face  du  roi  :  «  N'enlève  pas  cet  homme  de  la  saints 
•  «  basilique,  lui  dis-je,  de  peur  que  tu  ne  coures  risque 
«  de  la  vie,  et  que  le  pouvoir  du  saioi  évéque  ne  te  fasse 
«  périr;  ne  le  tue  point  de  ta  propre  lance,  car  ri  tu 
«  fais  ainsi,  tu  perdras  cette  vie  et  la  vie  étemelle  » 
Le  roi  m'ayant  résisté,  tu  lâchas  le  voile,  et  vins  der* 
rière  moi,  et  j'étais  plein  d*inquiélude  à  ton  égard.  Tu 
revins  à  Tautei  j^our  en  ressaisir  le  voile  que  tu  lâchas 
une  seconde  fois.  Et  pendant  que  tu  le  tenais  ainsi  avec 
mollesse,  et  que  je  résistais  énergiquementau  roi,  je  me 
suis  réveillé  saisi  de  crainte,  ignorant  ce  que  signifie  ce 
songe.  » 

Quand  j'eus  achevé,  il  me  dit  :  <k  Le  songe  que  tu  as 
eu  est  véritable;  car  il  sè  rapporte  bien  à  ma  pensée.  » 
Je  lui  demandai  :  a  Qu'a  donc  imaginé  ta  pensée?  »  Il  me 
répondit  :  «  J'avais  résolu,  si  le  roi  ordonnait  qu'on  m'ar- 
rachftt  de  cet  endroit,  de  tenir  d'une  main  le  manteau 
de  rautel,et  de  l'autre,  tirant  mon  épée,  de  t'en  frapper 
d'abord  et  de  tuer  ensuite  autant  de  clercs  que  feu 
aurais  trouvé;  ce  ne  serait  pas  un  malheur  pour  moi  de 
périr,  si  j'avais  pu  d'abord  tirer  vengeance  des  clercs  de 
ce  saint.  »  Ces  paroles  *me  saisirent  de  stupeur,  et  j'ad*  ' 
jnirai  comme  le  diable  parlait  par  la  bouche  de  cet 


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486  LE  niIF  FINANCieiL 

homme,  qui  jamais  n'eut  aiicnne  crainte  de  Dien.  Peu* 
dant  qu'il  était  eu  liberté,  il  envoyait  ses  chevaux  et  ses 
troupeaux  à  travers  les  moissons  et  les  vignes  des  pau- 
vres. Si  ceuxdont  il  détruisait  les  récoltes  les  chassaient, 
il  les  faisait  aussitôt  battre  par  ses  gens.  Dans  Tangoisse 
même  où  il  était^  il  rappela  souvent  qu'il  avait  ravi  in- 
justement les  biens  du  saint  évèque.  Enlin,  Tannée  pré- 
cédente>  il  avait  excité  un  habitant  de  la  vilie^  h(»nme 
léger,  à  traduire  en  justice  lés  intendants  de  TÉglise. 
Alors^sans égard  pour  la  justice^  il  enleva  à  TÉglise^  sous 
prétexte  d'une  prétendue  vente^  des  biens  qu'elle  possé- 
dait jadis,  et  donna  à  son  agent,  en  recompense,  Tor 
qui  garnissait  son  baudrier.  11  commit  encore  bien  d'au- 
tres indignités  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie*que  nous  racon- 
terons dans  la  suite. 

XXI 11*  ^Lamêmeannée>  un  Juif^  nommé Ârmen- 
taire,  avec  un  compagnon  de  sa  secte  et  deux  Chrétiens, 
vintàTours  pour  réclamer  le  payement  des  cautionsque 
lui  avaient  données  l'ex- vicaire  Injuriosus  et  Fex-comte 
Eunome,  pour  l'avance  qu'il  avait  faite  des  tributs  pu- 
Uics*  Les  ayant  interpellés,  il  en  reçut  la  promesse  qu'ils 
lui  remettraient  l'argent  avec  les  intérêts,  et  ils  lui 
dirent  :  a  Si  tu  viens  dans  notre  maison,  nous  te 
donnerons  ce  que  nous  te  devons,  et  nous  te  ferons 
d^autres  présents,  comme  il  est  juste,  d  Armentaire  y 
étant  donc  allé  fut  reçu  par  Injuriosus  et  admis  à  sa 
table  ;  le  repas  terminé,  à  l'approche  de  la  nuit,  ils  se 
mirent  en  marche  pour  aller  dans  unautre  lieu.  On  rap- 
porte qu'alors  les  Juifs  et  les  deux  Chrétiens  forent  tués 


bv  G( 


ASSASSINAT  DU  JUIF.  187 

par  des  gens  dlnjuriosus  et  jetés  dans  tm  pnîts  voisin 
de  la  maison.  A  la  nouvelle  de  ce  qui  s'était  passé,  leurs 
parents  vmreniàTours,  etsur  les  renseignements  fournis 
par  quelques  personnes,  ils  découvrirent  le  puits  d'ôù 
ils  firent  retirer  les  victimes,  lojuriosus  soupçonné  de 
ce  crime,  fut  appelé  en  jugement;  mais  comme  il  désa* 
vouait  fortement  le  fait,  et  que  les  parents  n'avaient  . 
aucune  preuve  convaincante^  cto  arrêta  qu'il  se  justifie- 
rait par  le  serment.  Les  parents,  peu  satisfaits  de  ce 
jugement,  remirent  l'affaire  à  la  décision  du  roi  Ghil- 
debert.  Or  on  ne  trouva  ni  Targent  ni  les  cautions  du 
Juif  mort.  Beaucoup  de  personnes  préteudaient  que 
le  tribun  Médard  avait  trempé  dans  ce  crime,  parce 
qu'il  avait  aussi  emprunté  de  Targent  au  Juif.  Injurio- 
sus  vint  au  plaid  en  présence  du  roiCbiidebert,  et  atten- 
dit pendant  trois  jours,  jusqu'au  coucber  du  soleil. 
Gomme  ses  adversaires  ne  se  présentèrent  pas,  et  que 
personne  ne  se  porta  contre  lui  dans  cette  a£fak6^  il 
retourna  chez  lui. 

XX IV.— La  dixième  année  durègne  de  Childebert  *,  le 
roi  Gontran  ayant  convoqué  les  peuples  de  son  royaume^ 
leva  une  armée  considérable,  dont  la  plus  grande  partie, 
jointe  aux  gens  d'Orléans  et  de  Bourges^  marcba  centime 
ceux  de-Poitiers  qui  avaient  manqué  à  la  fidélité  qu'ils 
avaient  promise  au  roi.  Cette  armée  envoya  d'abord  une 
députation  à  Poitiers  pour  savoir  si  elle  y  serait  reçue.  - 
Marovée,  évêque  de  cette  ville,  accueillit  mal  les  dépu-» 
tés.  L'année  entra  alors  sur  le  territoirej  le  livra  a( 

tEn  686. 


438  MARILÈFjS  DÉPOUILLÉ. 

pillage,  à  Hnoendie,  au  meurtre;  les  pteraien  <|iii  fen 
retournèrent  cliargés  de  butin,  en  traversant  le  terri- 
toire de  Tours,  traitèrent  de  la  même  inanière  les  gens 
qui  avaient  déjà  prêté  serment  au  roi,  fncendièrent  les 
églises  même^et  pillèrent  tout  ce  qu'ils  purent  trouver. 
Cela  dura  iongtempSy  car  les  gtm  de  Poitiers  avaieal 
grand'peine  à  se  décider  à  rentrer  dans  Tobéissance  du 
roi.Mai8loTBqQel'année  s^approehadavantagede  la  YiUe» 
et  qu'on  Tft  que  la  plus  grande  partie  du  pays  était  dé^jà 
ravagée^  les  Poitevins  envoyèrent  des  députés  pour  dire 
qu'ils  se  souoiettaieDlatt  roi  Gontrao.  Les  MoUaiM  reçus 
dans  la  ville  se  jetèrent  sur  l'cvêque,  disant  que  c'était 
lui  surtout  qui  avait  m^qué  de  foi.  Celui-ci  se  voyant 
ainsi  captif  mit  en  pièces  un  calice  d'or  qui  eerralt  au 
saint  ministère,  en  ût  de  la  monnaie  et  se  racheta>  lui 
et  son  peuple. 

XXV.  —  Les  soldais  attaquèrent  de  même  avec  fu- 
reur Maril^  qui  avait  été  le  premier  médecin  de  la 
maison  du  roi  Chilpéric.  Le  duc  Gararic  l'avait  d^àbSen 
pillé;  ils  le  dépouillèrent  une  seconde  fois,  au  point  de 
ne  lui  laisser  aucun  bien.  Apièslui  avoir  enlevé  ses  che- 
vaux, son  or,  son  argent  et  tous  les/iieilleurs  meubles 
qu'il  possédât,  ilsrassi^ettirent  lui-mémeau  pouvoir  eo- 
désiastique.  Telle  avait  été  la  condition  de  son  père  qui 
faisait  valoir  les  moulins  de  TÉglise^  et  celle  de  ses  frè- 
-resi  de  ses  cousins  etde  ses  autres  parents  qui  étaient 
employés  dans  les  cuisines  et  à  la  boulangerie. 

X  X  V 1 .  —  Gondovsjd  voul  ut  s'avancer  vers  Poitiers, 
mais  il  n'osa  f^,  car  il  apprit  qu'une  armée  marcbait 


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L'ÉVÉQUE  MAGNULF.  439 

contre  lui.  Il  receTait  au  nom  du  roi  Childebert  les  scr- 
menis  des  cités  qui  avaient  appartenu  au  roi  Sighebert, 
et  faisait  jurer^  en  son  propre  nom,  à  celles  qui  avaient 
apparlenu  au  rois  Contran  on  Cbilpéric  de  lui  être  . 
fidèles.  Il  se  rendit  ensuite  à  Angouldme;  puis  en  ayant 
reçu  le  serment^  après  avoir  récompensé  par  des  pré- 
sents les  principaux  de  Ja  Tille,  il  n^archa  vers  Péri- 
gueux,  dont  il  traita  outrageusement  Tevéque  qui  n*^i- 
ymi  pas  voulu  Tadmettre. 

XXVII.  —  S'éCant  ensuite  approché  de  toulouse, 
Gondovald  envoya  des  députés  vers  Magnulf,  évéque  de 
cette  ville^i  pour  le  prier  de  lui  en  ouvrir  les  portes. 
MaisMagnulf,se  rappelant  lesontrages  qu'il  avait  essuyés 
de  la  pari  de  Sigulf,  qui  avait  autrefois  voulu  s'élever  au 
trAne,  dit  aux  citoyens  :  cNous  savons  que  Contran  est 
roi  ainsi  que  son  neveu  Childebert^  et  nous  ignorons  d  où 
vient  celui-ci.^  Préparez-vous  donc,  et  si  le  duc  Didier 
.  veut  attirer  sur  nous  cette  calamité^  qu'il  périsse  du 
même  sort  que  Sigulf;  qu'il  soit  un.  exemple  pour  tous, 
afin  qu'aucun  étranger  n'ose  violer  le  trône  des  Francs.» 
Ils  s'apprêtaient  ainsi  à  résister  et  à  combattre  quand 
Coudovald  arriva  avec  une  grande  armée,  et  voyant 
qu'ils  ne  pourraient  soutenir  son  attaque^  ils  le  re- 
çurent. Ensuite,  révéque  se  trouvant  assis  à  un  repas 
avec  Condovald  dans  la  même  église  lui  dit  ;  a  Tu  te 
prétends  lils  de  Clolaire,  mais  nous  ne  savons  si  c'est 
vrai  ou  non,  et  quand  même  tu  parvieudraisà  accomplir 
ton  efltrepriscj  cela  nous  parattriiit  incroyable.  »  Gon- 
dovald répondit  :  a  Je  suis;  ûls  du  roi  Ciotaire^  je  veux 


410  DÉFAITE  DE  GONDOVALD. 

recouvrer  à  présent  une  partie  de  ses  États,  et  je 
Tancerai  promptement  vers  Paris  où  j'établirai  le  siège 

de  mon  royaume*  o  L'évéque  reprit:  «  11  est  donc  vrai 
qu'il  n'est  resté  personne  de  la  race  des  Francs,  si  tu 
accomplis  ce  que  tu  dis.  »  Au  milieu  de  cette  alterca- 
tion, Mummole  ayant  entendu  ces  paroles,  leva  la  main 
et  frappa  Tévêque  de  soufflets  en  lui  disant:  «  N'as-ln 
pas  honte  de  répondre  ainsi  follen^cnt  et  insolemment  à 
un  grand  roi?  o  Dès  que  Didier  sut  ce  que  révéque  avait 
dit  sur  Tentreprise,  enflammé  de  colère,  il  porta  les 
mains  sur  lui:  après  l'avoir  frappé  de  coups  de  lance, 
de  coups  de  poing  et  de  coups  de  pied,  ils  le  lièrent  avec 
une  corde  ci  le  condamnèrent  à  Texil,  pillant  ses  biens 
ainsi  que  ceux  de  TÉglise.  Waddon,  qui  avait  été  inten- 
dant de  la  maison  de  la  reine  Rigonthe,  se  joignit  à  eux  : 
V  tous  ceux  (|ui  l'avaient  accompagné  s'étaient  dispersés 
par  la  fuite. 

XXVIIL —Cependant,  l'armée  de  Contran  quitta 
Poitiers  et  se  mit  à  la  poursuite  de  Gondovald,  qu'un 
grand  nombre  de  gens  de  Tours  avaient  suivi,  atti- 
rés par  l'appât  du  butin;  mais,  attaqués  f)ar  les  Poite- 
vins, ils  furenf  tués  ou  pour  la  plupart  revinrent  chez 
eux  dépouillés.  Ceux  d'entre  eux  qui  tout  d'abord 
s'étaient  joints  ài'armée  partirent  également  L'armée^ 

'  *  Le  texte  n'est  pas  fort  clair,  le  Toici  :  «Secntique  aunt  Gun- 
dovaldom  de  Turonicis  miilti  lucri  causa;  sed  Pictavis  super 
eum  irruentibtts,  nonnulU  interempti ,  pluriioi  vero  «poliati 
redienint.  Hi  auietn  qui  de  hu  ad  exercitum  priui  juimerani,paritêr 
Q^mvnt,  >  Il  nous  semble  que  U  de  /Us  se  rapnorte  à  quelques 
^na  de  la  cité  de  Tours  qui  s'étaient  joints  à  i  armée  poitevioe* 


CJMJDE  EX  ÉBÊRULF.  411. 

arriyée  à  la  Dordogne,  s'arrêta  fiour  attendre  des  nou- 
velles Goiidovjikl.  A  lui  s'étaient  joints,  comme  je  l'ai 
dit>  Didier^  Biadaste  et  Wnddon,  intendant  de  la  maison 
de  la  reine  Rigonlhe.  Ses  premiers  partisans  étaient 
révéque  Sagittaire  et  Mummole»  Sagittaire  avait  déjà 
reçu  la  promesse  de  révéché  de  Toulouse. 

XXIX. — Pendant  que  cela  ce  passait,  le  roi  Contran 
dépêcha  un  certain  Claude,  avec  ces  instructions:  a  Si 
tu  vas  et  que  tu  parviennes  à  feiire  sortir  Ébérulf  de  la 
basilique  de  Saint-Martin^  pour  le  frapper  du  glaive  ou  le 
charger  de  chaînes^  je  t'enrichirai  de  grands  présents; 
mais  je  t'avertis  de  ne  faire  aucune  injure  à  la  sainte  basi- 
lique. B  Claude^vain  et  avaricieux^accourut  promptemen  t 
à  Paris  :  sa  femme  était  du  territoire  de  Meaux.il  forma 
le  projet  d'aller  trouver  la  reine  Frédégondc,  disant:  «Si 
jela  vois  J'en  pourrai  tirer  quelque  don^car  je  sais  qu'elle 
est  l'ennemie  de  Thomme  vers  lequel  on  m'envoie.»  Use 
rendit  donc  auprès  d'elle^  et  eu  reçut  aussitôt  des  présents 
considérables,  de  grandes  promesses  si^  arrachant  Ébé- 
culf  de  la  basilique,  il  parvenait  à  le  tuer  ou  à  le  charger 
de  chaînes  en  le  circonvenant  par  ses  artifices^  ou  s'il 
regorgeait  dans  le  portique  même  de  la  basilique.  Ar- 
rivé àChâleaudun^  Claude  demanda  au  comte  de  lui  ad- 
joindre troiscents  hommes,çomme  pour  garderlesportes 
de  la  ville  de  Tours;  mais  c'étaitenell'etafm  de  mieux  sur- 
prendre Ébérulf.  Lorsque  lecomte  eut  mis  ces  hommes 
en  marche,  Claude  se  dirigea  vers  Tours.  En  route,  il 
commença,  selon  la  coutume  des  barbares,  à  consulter 
les  auspices  et  dit  qu'ils  lui  étaient  contraires.Udemaii- 


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449  PERFIDIE  DE  CLAUDE. 

da  en  mèmelemps  à  beaucoup  personuessi  le  pouTOir 
de  SainUftarlîB  te  manifestait  à  Pinstant  même'  contre 
les  parjures^  ou  du  moiossiles  outrages  faits  à  ceux  qui 

^  ataient  plaêé  en  loi  leur  eonfianee  étaient  suivis  d'une 
prompte  vengeance. 

Après  avoir  disposé  ses  soldats»  il  entra  dans  la  saiuta 
basitlqiie,  alk  tronver  le  malhenreia  Éi^érulf,  et  com- 
mença à  lui  faire  des  serments  et  à  jurer  par  tout  ce 
qu'il  y  avait  de  plus  sacré  et  même  par  la  vertu  de  Té* 
véqne  présent,  que  pemonde  ne  lui  était  plus  sinoère- 
ment  attaché  que  lui^  et  qu'il  pourrait  le  réconcilier 
^  avec  le  roi.  Il  s'était  résdu  à  cet  expédient,  disant  :  c 
je  ne  le  trompe  par  de  faux  serments,  je  ne  viendrai  ja» 
mais  à  hout  de  lui.  a  ËbérulC  le  voyant  ainsi  se  lier 
par  serment  dans  la  sainte  basilique^  sons  les  portiques 
et  dans  tous  les  endroits  consacrés  de  Tédifice^crnt^rin* 
f oHuné  1  aux  promesses  de  ce  paiiure.  Le  jomr  suivant^ 
comme  nous  nous  trouvions  dans  une  métairie  située 
environ  à  trente  milles  delà  ville,£bérulf  futinvité  avec 
Glande  et  d'autres  citoyens  à  un  repas  dans  la  sainte  ba» 
silique,  et  là  Claude  attendait  pour  le  frapper  de  son 
épée  que  ses  serviteurs  se  fussent  éloignés.  Cependant 

'Ébériilf  9  imprudent  et  vain  y  ne  s'en  aperçut  point 
Lie  repas  fini,  Ébérulf  et  Claude  se  promenèrent  dans 
le  vestibule  de  la  nMiaon  épiatopale^  ae  promettant 
tour  à  tour,  et  avec  des  serments  réciproques,  amitié 
et  fidélité.  Dana  cette  conversationi  Claude  dit  à  £bé* 
mlf  :  0  J'aimerms  à  boire  dans  ton  logis,  si  nous 
avions  des  vins  parfumés,  ou  si  tu  avais  la  bouté  de 


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ÉBÉRULF  ET  CLAUDE  S'ENTRE-TUENT.  443 

faire  Tenir  des  Tins  plus  généreux.  x>  Ébénilf  ravî  ré- 
pondit qu'il  en  avait^  disant  :  a  Tu  trouveras  dans  mon  t 
logis  tout  ce  que  tu  désires  ;  que  mon  seigneur-  dai-  ^ 
gne  seulement  entrer  dans  ma  chélive  denfeure.  »  11  en- 
voya ses  serviteurs  les  uns  après  les  autres  chercber  des 
yffis  plus  forts,  des  vins  latins  et  de  Gaza  Claude,  le 
voyant  seul  et  sans  ses  gens,  éleva  la  main  contre  la 
basilique  et  dit:  «  Bienheureux  Martin,  faites  que  Je 
revoie  bientôt  ma  femme  et  mes  parents;  u  car  le  misé- 
rable était  placé  dans  une  cruelle  alternative,  il  mé- 
ditait de  tuer  Ébétulf  dans  le  vestibule,  et  craignait  le 
pouvoir  du  saint  évêque.  Alors  un  des  serviteurs  de 
Claude,qui  était  plus  robuste^  saisit  Ëbérulf  par  derrière, 
le  serra  fortement  dans  ses  bras,  et  l^yant  renversé,  le 
livra,  la  poitrine  découverte,  aux  coups  du  meurtrier. 
Claude  ayant  tiré  son  épée  du  baudrier  la  dirigea  contre 
^victime* Mais  Ébérulf,  quoique  retenu,  tira  de  sa  cein- 
ture un  poignard  et  se  tint  prêta  frapper.  Au  moment 
où  Claude,  la  main  levée,  lui  enfonçait  sôn  lër  dans  le 
sein,  ÉbéruU  lui  plongea  vigoureusement  son  poignard 
sous  Taiselle,  et,  en  le  retirant,  lui  coupa  le  pouce  d'un 
nouveau  coup.  Les  ^ens  de  Claude  accourant  avec  leurs 
épées,  percèrent  Ëbérulf  en  différents  endroits.  Il  s'é- 
cliappa  de  leurs  mains,  et,  presque  mort,  il  s'efforçait 
de  fuir  ;  mais  ils  lui  déchargèrent  sur  la  tête  de  grands 

^II  7  à  dans  le  texte  :  Misit pueroSf  unumpost  alturn,  adrequU 
rtndafotc7iliora  vtna,  laticina  viiUAiett  atque  ^astftna.— Parmi  les 

commentateurs,  les  uns  ont  pensé  que  laticina  sipriifiait  des  vins 
blancs,  de  latex,  eau,  qui  en  a  la  couleur.  D'autres  ont  vu  dans 
ce  mot  une  altération  d(î  latiua,  vins  latins.  Nous  laissons  sub* 
sister  ce  sens,  (jui  ^aruii  mieux  uonvcnir  ù  côté  de  gasitina. 


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I 


444  PROFANATION  DE  LA  BASILIQUE. 

coups  de  sabre.  La  cervelle  brisée,  il  tomba  et  mourut. 
Il  n'avait  pas  été  jugé  digne  d'être  sauvé  par  te  saint 
qu'il  n'avait  jamais  imploré  sincèrement. 

^  Claude,  saisi  de  crainte,  se  rétugia  dans  la  cellule  de 
Tabbé,  réclamant  la  protection  de  celui  dont  il  avait  ou- 
tragé le  patron.  Il  lui  dit  :  a  Un  crime  énorme  aété  coiut 
mi8>  et  si  tu  ne  viens  à  notre  secours  nous  périrons.  » 
Gomme  il  parlait,  les  gens  d'Ébérulf  se  précipitèrent 
armés  d'épées  et  de  lances.  Trouvant  la  porte  fermée^  il 
•  rompirent  les  vitres  de  la  cellule,  lancèrent  leurs  Jave- 
lots par  les  fenêtres,  et  percèrent  d'un  coup  Claude  déjà 
demi-morl;  ses  satellites  se  cachèrent  derrière  les  portes 
et  sous  les  lits.  L'abbé^  entraîné  par  deux  dercs,  eut  de 
la  peine  à  s'échapper  vivant  du  milieu  de  ces  épées. 
Les  portes  ayant  donc  été  ouvertes,  la  multitude  des 
gens  armés  se  précipita  dans  l'intérieur.  Quelques-uns 
dea  pj^uvrcs  de  TÉgiise^  et  d'auties  indignés  du  crime 
qui  venait  d'être  commis,  efforcèrent  de  briser  le  toit 
de  lacellule.  Des  énergumènes  des  mendiants  accouru- 
rent avec  des  pierres  et  des  bâtons  pour  venger  l'insulte 
faite  àla  sainte  basilique^  indignes  de  ce  qu'on  avait  fait 
là  des  choses  jusqu'alors  inoiuQâ^.,Li^  iuyards  fureal 
arrachés  de  leurs  retraites  et  niasswés  impitoyalda- 
ment.  Le  pavé  de  la  cellule  fut  souille  de  sang.  Après 
qu'on  les  eut  tués,  on  les  traîna  dehors^  et  on  laissa 
leurs  corps  nus  sur  la  terre  froide.  Les  meurtriers^  les 
ayant  dépouillés»  s'enfuirent  la  nuit  suivante.  1^  ven- 

^Entrgumeni,  CY'tait  probAblemenk  des  possédés,  des  malsdes 
guéris  ou  sollicitant  leur  guérieon  près  du  saint  tombeau. 


DÉPUTÉS  DE  GONDOVALD.  446 

* 

geance  divine  s'appesantit  immédiatement  sur  ceux 
qui  avaient  souillé  de  sang  humain  le  saint  édifice  : 
cependant  ce  n'était  pas  un  crime  peu  considérable 
que  celui  de  Tliomme  qui  fut  abandonné  par  le  saint 
étèque  à  un  tel  traitement.  Cette  affaire  mit  le  roi  dans 
une  grande  colère  ;  mais  lorsqu'il  en  sut  la  raison , 
il  s'adoucit  :  il  fit  présent  à  ses  fidèles  tant  des  meubles 
que  des  immeubles  que  le  malheureux  Ébérulf  avait 
conservés  de  sa  fortune  particulière.  Sa  femme,  com- 
plètement dépouillée^  demeura  dans  la  sainte  basilique. 
Les  parents  de  Claude  enlevèrent  son  -corps  et  ceux 
de  ses  gens^  les  trans{iortèrent  dans  leur  pays,  et  les 
ensevelirent 

XXX.  —  Gondovald  envoya  vers  ses  partisans  deux 
députés^  Tun  et  l'autre  clercs.  L'un  des  deux^  abbé  de 
la  ville  de  Cahors ,  cacha  dans  des  tablettes  creuses 
et  sous  la  cire  les  dépêches  qu'on  lui  avait  confiées; 
mais,  il  fut  arrêté  par  les  gens  du  roi  Contran ,  on 
trouva  sur  lui  les  dépêches,  et  on  le  conduisît  en 
présence  du  roi  qui,  après  l'avoir  fait  battre  cruelle- 
ment de  verges,  le  retînt  prisonnier. 

XXXI.  —  Dans  ce  temps,  Gondovald  avait  complè- 
tement gagné  l'amitié  del'évêque  Bertrand  à  Bordeaux* 
Comme  il  cherchait  tous  les  moyens  de  se  fortifier, 
quelqu'un  lui  raconta  qu'un  roi  d'Orient,  ayant  enlevé 
le  pouce  du  martyr  saint  Serge ,  l'avait  Implanté  dans 
son  bras  droit >  et  que  lorsqu'il  était  dans  la  nécessité 
de  repousser  ses  ennemis,  plein  de  confiance,  il  élevait 
le  bras  droit;  aussitôt  l'armée  ennemie,  comme  ac- 


446   L'ÉVÉQUE  BERTRAND  ET  LE  SYRIEN  EUPHRONE^ 

câblée  de  la  puissance  du  martyr,  se  mettait  en  dé- 
route. A  ces  paroles,  Gondovald  s'informa  avec  em- 
pressement s'il  y  avait  quelqu'un  dans  la  ville  qui  eût 
mérité  de  posséder  des  reliques  de  saint  Serge.  Là- 
dessus  révêque  Bertrand  forma  le  dessein  de  lui 
livrer  un  négociant  nommé  Euphrone  dont  il  était 
Fennemi,  parce  qu'il  l'avait  autrefois  tonsuré  malgré 
lui,  dans  l'espoir  de  posséder  ses  biens.  Mais  Euphrone, 
sans  tenir  compte  de  sa  tonsure,  avait  passé  dans 
une  autre  ville,  et  était  revenu  après  que  ses  cheveux 
eurent  repoussé.  L'évêque  dit  donc  :  «  Il  y  a  ici  un 
Syrien,  nommé  Euphrone,  qui,  ayant  transformé  sa 
maison  en  éj^Iise,  y  a  placé  des  reliques  de  ce  saint; 
et,  par  le  pouvoir  du  martyr,  il  a  vu  s'opérer  plusieurs 
miracles  ;  car,  dans  le  temps  que  la  ville  de  Bordeaux 
était  en  proie  à  un  violent  incendie,  celte  maison, 
entourée  de  flammes,  en  fut  préservée.  »  Aussitôt 
Mummole  courut  avec  l'évêque  Bertrand  à  la  maison 
désignée;  l'investit  et  ordonna  au  Syrien  de  lui  mon- 
trer les  saintes  reliques.  Euphrone  s'y  refusa;  et, 
pensant  qu'on  lui  tendait  des  embûches  par  méchan- 
ceté, il  dit:  a  Ne  tourmente  pas  un  vieillard,  et  ne 
commets  pas  d'outrages  envers  un  saint;  reçois  ces 
cent  pièces  d'or,  et  retire-toi.  »  Mummole  insistant  pour 
voir  les  saintes  reliques,  Euphrone  lui  offrit  deux  cenls 
pièces  d'or  ;  mais  il  n'obtint  point  à  ce  prix  qu'ils  se 
retirassent  sans  avoir  vu  les  reliques.  Mummole  fit 
dresser  une  échelle  contre  la  muraille  (les  reliques 
étaient  cachées  dans  un  châsse  en  haut  contre  l'autel)| 


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SACRILÈGE  DE  MUMMOLB/  40 

et  ordonna  à  un  diacre,  qui  l'accompagnait,  d'y  mon- 
ter. Mais  celui-ci^  étant  monté  au  moyen  de  réchelia^ 
fut  saisi  d'iln  teltremblemeiit  lorsqu'il  prit  lachâsse^ 
qu'on  crut  qu'il  ne  pourrait  descendre  vivant.  .Gd« 
pendant^  il  se  saisit  de  cette  châsse  qiii  était  suspeu* 
due  à  la  muraille ,  et  la  remit  à  Mummole.  Celui- 

.  ci  l'ayant  examinée  y  trouva  l'os  du  doigl  du  saint, 
et  ne  erafgttft  pas  de  le  frappelr  :  fi  avait  placé  nu  coo^ 
teau  sur  la  relique,  et  frappait  dessus  avec  le  dos  d'un 
autre.  Après  Inen  des  coups  qui  eurent  grand'peine  & 
le  briser,  Yo»,  coupé  en  trois  parties,  disparut  soudât* 
dément  :  je  crois  qu'il  n'était  pas  agréable  au  martyr 
qu'on  touchât  de  la  sorte  aux  restes  de  son  corps.  Alors 
Euphrone  se  mît  à  pleurer  avec  amertume,  et  ils  se  pros- 
tenièrent  tous  en  priant  Dieu  de  leur  montrer  ce  qui 
avait  été  soustrait  aux  regards  humains.  Après  cette 
oraison,  on  retrouva  les  fragments.  Mummole,  en 
ayant  pris  un,  se  retira,  mais.  Je  le  crois,  sans  la  faveur 

.  du  martyr,  comme  la  suite  le  fit  voir. 

Pendant  leur  séjour  dans  Bordeaux,  Gondovald  et 
Mummole  firent  ordonner  le  prêtre  PaustîanS  évéque 
de  la  ville  de  Dax*.  Le  pontife  de  cette  ville  était  mort 
réoemment,  et  Nicet>  comte  de  Tendroit,  frère  de  Rus- 
tique, évéque  d'Aire  %  avait  obtenu  de  Chilpéric  un 
ordre  pour  en  être  institué  évêque,  après  s'être  fait  ton- 
sûrer.  MaisGondovald,  voulant  annuler  les  prescripUons 
de  Ctiilpéric^  ordonna  à  rassemblée  des  évéques  de 

*  En  latin  Fanttianus,  —  '  Urbs  A^vmtiêm  • 
'TteiM  julitftsif . 


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418         NOUVEAUX  DÉPUTÉS  DE  GONDOYALD. 

bénir  Faustîan.  L'évêque  Bertrand ,  qui  élait  le  métro- 
politain ,  |)renaiit  ses  prccaiiliims  pour  l'avenir,  ût 
faire  cette  bénédiction  par  Pallade^  évêque  de  Saintes: 
dans  ce  moment^  d'ailleurs^  il 'avait  les  yeux  fort 
malades  de  chassie.  Oreste,  évcque  de  Bazas*^  assista 
à  cette  ordination  ;  mais  il  le  nia  ensuite  en  présence 
du  roi. 

XXXII.  —  Gondorald  enyoya  pour  la  seconde  fois 
au  roi  deux  députés^  Zotan  et  Zahulf,  avec  des  ba- 
guettes consacrées^  selon  la  coutume  des  Francs,  pour 
qu'ils  n'essuyassent  aucune  injure,  et  qu'ils  revinssent 
avec  une  réponse,  après  avoir  exposé  le  sujet  de  leur 
députation.  Mais  ces  imprudents,  avant  d'être  admis  en 
présence  du  roi,  révélèrent  à  beaucoup  de  gens  ce 
qu'ils  venaient  demander.  Le  bruit  en  vint  au  roi  qui 
se  les  ût  amener  chargés  de  chaînes.  N'osant  lui  ca- 
cher ce  quils  réclamaient  ni  vers  qui  et  par  qui  ils 
étaient  envoyés,  ils  lui  dirent  :  a  Gondovald,  arrivé  der- 
nièrement de  l'Orient,  se  dit  fils  du  roi  Glotaire,  votre 
père,  et  nous  a  envoyés  vers  vous  pour  recouvrer  la 
portion  de  son  royaume  qui  lui  est  due.  Si  vous  ne  la 
rendez  pas,  sachez  qu'il  viendra  dans  cette  région  avec 
luie  armée  ;  car  les  hommes  les  plus  braves  du  pays 
situé  au  delà  de  la  Dordogne  se  sont  joints  à  lui  ;  et 
il  parle  ainsi  ;  Dieu  jugera,  lorsque  nous  en  viendrons 
aux  mains  sur  le  champ  de  i;>ataille,  si  je  suis  ou 
non  fils  de  Clotaire.  »  Le  lui,  enflammé  de  fureur, 
les  lit  étendre  sur  un  chevalet,  et  frapper  de  verges 

1  VoMoUntii  epucoptit. 


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ACCORD  ENTRE  GONTRÂN  ET  CHILDEBERT.  448 

afin  que  s'ils  disaient  la  yérité,  ils  en  fournissent  des 

preuves  évidentes^  ou  bien  que  s'ils  cachaient  encore 
dans  leur  pensée  quelque  perfidie,  la  Tioience  des 
tourments  leur  en  arrachât  Taveu.  Contraints  par  la 
violence  loi^ours  croissante  de  ces  supplices^  les  dé- 
putés dirent  que  la  fille  du  roi  Chilpéric  avait  été  en- 
voyée en  exil  avec  Magnulf ,  évèque  de  Toulouse  ;  que 
ses  trésors  avaient  été  enlevés  par  Gondovald;  que 
tous  les  grands  du  roi  Childeberl  Tavaient  engagé  à  se 
faire  roi,  et  que  surtout^  quelques  années  aupara- 
vant, c'était  Gontran-Boson  dans  son  Toyage  à  Gonstan- 
iinople,  qui  Tavait  invité  à  passer  dans  les  Gaules. 

XXXIII.  —  Le  roi^  après  avoir  fait  battre  et  em- 
prisonner les  députés,  manda  son  neyeu  Ghildebert, 
pour  lui  faire  entendre  les  déclarations  de  ces  hommes. 
Les  deux  rois  se  réunirent  donc  pour  les  interro- 
ger et  les  envoyés  répétèrent  ce  qu'ils  avaient  dit  à 
Contran  seul  Us  affirmaient  constamment  que  cette 
afiTaire  était  connue,  comme  nous  l'avons  dit^  de  tous 
les  seigneurs  du  royaume  de  Childebert.  Aussi  quelques- 
uns  de  ces  derniers,  que  l'on  croyait  enveloppés  dans 
le  complot,  craignirent  de  se  rendre  à  cette  assemblée. 
Alors  le  roi  Contran  ayant  mis  sa  lance  dans  la  main 
du  roi  Childebert,  lui  dit  :  <  C'est  la  marque  que  je  tQ 
donne  tout. mon  royaume.  Maintenant  va,  soumets  à 
•ta  domination  toutes  mes  cités  comme  les  tiennes 
propres.  Les  crimes  ont  fait  qu'il  ne  reste  de  ma  race 
que  toi^  fils  de  mon  frère.  Je  déshérite  les  autres  -,  sois 
l'héritier  qui  me  succédera  dans  mon  royaume.» 


450  CONTRAN  ET  CHILDEBERT. 

Alors,  ayant  fait  retirer  tout  le  monde^  il  prit  le  jeune 
roi  en  particulier  et  lui  parla  en  secret^  après  loi  ayeir 
expressément  recommandé  de  ne  divulguer  à  personne 
leur  entretien.  Il  lui  indiqua  quels  étaient  les  honnnes 
dont  il  deràit  rechercher  ou  mépriser  les  conseils, 
ceux  à  qui  il  pouvait  se  confier  ou  qu'il  devait  éviter^ 
eeUK  qu'il  fallait  combler  de  dons  et  de  charges  oa 
éloigner  des  dignités.  II  lui  enjoignit  de  ne  se  confier 
en  aucune  manière  à  ^idius,  éyêque  de  Reims,  qui 
ayait  toujours  été  son  ennemi,  et  de  ne  point  le  garder 
auprès  de  lui^  parce  qu'il  avait  été  souvent  parjure 
à  son  père  et  à  luL  Ensuite  ils  se  réunirent  dans  tm 
repas^  et  le  roi  Contran  exhorta  toute  son  armée,  di- 
sant :  «  Voyez,  guerriers,  que  mon  fils  Ghildebert  est 
devenu  un  homme  fait.  Voyez  ^  et  gardez-vous  de  le 
tenir  pour  un  entant.  Renoncez  aux  méchancetés  et 
aux  prétentions  que  vous  entretenez,  car  c'est  le  roi 
auquel  vous  devez  maintenant  obéir.  »  Après  ces  pa- 
roles>  ayant  prolongé  pendant  trois  jours  les  festins  et 
la  Joie,  et  s'étant  fait  une  grande  quantité  de  présents, 
ils  se  séparèrent  en  paix.  Alors  le  roi  Gontran  rendit 
à  Ghildebert  tout  ce  ^ui  avait  appartenu  à  scm 
père  Sighebert^  lui  recommandant  de  ne  pas  voir 
sa  mère,  de  peur  qu'on  ne  donnât  à  celle-ci  quelque 
moyen  d^écrlre  à  Gondovald ,  ou  d'en  lavoir  des 
lettres. 

XXXIV.  —  Gondovald,  instruit  de  l'approche  de 
l'armée  et  abandonné  par  le  duc  Didier,  passa  la  Ga- 
ronne avec  révéque  Sagittaire,  les  ducs  MummolCj 


Bldd(u|e  et  WaddoD»  et  sé  dirigea  Teie  Gomiiiinges  K 

Cette  ville  est  située  sur  le  sommet  d'une  mantagne  sé- 
parée de  toutes  les  atttres^  au  pied  de  laqueUe  coide 
une  source  abondante  protégée  par  une  tour  très-forte  : 
on  y  descend  de  la  ville  par  un  couloir  souterrain^  et  qu 
y  puise  de  Teau  à  Faim  de  tout  danger*.  Gendovald, 
étant  entré  dans  cette  Tille  au  commencement  du  ca- 
rftnfie>  parla  ainsi  aux  citoyens  :  1 8acbes  que  j'ai  été 
^lu  roi  par  ceux  qui  sont  dans  le  royaume  de  Childe- 
heri,  et  que  j'ai  des  forces  considérables  ;  mais,  comme 
mon  Mre  Gontran  fàit  marcher  contre  moi  une  armée 
immense^  il  faut  renfermer  dans  vos  murs  des  vivres 
et  toutes  les  choses  iléeessaires»  afin  que  tous  ne  péril* 
siez  pas  par  la  disette ,  Jusqu'à  ce  que  la  démeme 
de  Dieu  augmente  mes  forces.  »  Les  habitanta  suivi- 
rent ce  conseil,  el,  après  atoir  renfermé  dans* la 
ville  tout  ce  qu'ils  purent  rassembler^  ils  se  préparè- 
rent à  la  lésislanee^  Dans  ce  temps,  le  roi  Gontraa 
envoya  à  €oitdovldd,  au  Bem  de  la  fékné  Bnuiehaiit, 
une  lettre  où  on  lui  écrivait  de  congédier  son  armée, 
d'ordonner  à  ehaèun  de  iN^tounier  dans  son  pays»  at 
d'aller  passer  ses  quartiers  d'hiver  à  Bordeaux.  Celte 
lettre  était  un  artiilce  du  roi  pour  comuutre  à  fottd  les 
projets  de  Gondovald. 

Lors  donc  que  celui-ci  se  fut  établi  dans  la  ville  de 
Commiiiges,  il  parla  un  jour  aux  liabitanta  de  la 
sorte  :  a  Voilà  que  l'armée  approche ,  sortons  pour 
lui  résister.  9  Quand  ils  furent  sortis,  ses  soldats 


4{$ft        MARCHE  DES  GÉNÉRAUX  DE  CONTRAN.  > 

s'emparèrent  des  portes  et  les  fermèrent^  chassèrent  | 
ainsi  le  peuple  et,  dexoncert  ,  avec  révèque,  se  saisi-  i 
rent  des  provisions  et  de  tout  ce  qu'ils  purent  trou- 
ver dans  la  ville.  11  y  avait  une  si  grande  quantité 
de  blé  et  de  vin  que,  s'ils  s'étaient  défendus  avec  Yi*i  , 
^  gueur^  ils  auraient  pu  tenir  pendant  un  grand  nombre 
d'années  sans  manquer  de  vivres. 

XXXV*  —  Les  généraux  du  roi  Gontran  avait  en- 
tendu dire  que  Gondovald  était  arrêté  sur  le  rivage  ul- 
térieur  de  la  Garonne  avec  une  nombreuse  troupe, 
et  qu'il  retenait  les  trésors  qu'il  avait  enlevés  à  Ri- 
gonthe.  Alors  précipitant  leur  poursuite^  ils  passèrent 
la  Garonne  à  la  nage  avec  leurs  clievaux,  mais  non 
sans  perdre  quelques  soldats.  Arrivés  à  l'autre  bôrd  et 
cherchant  Gondovald,  ils  trouvèrent  des  chameaux  ' 
chargés  de  beaucoup  d'or  et  d'argent,  et  des  chevaux 
fatigués  qu'il  avait  abandonnés  par  les  chemins.  Sachant 
qu'il  s'était  renfermé  dans  la  ville  de  Comminges, 
ils  laissèrent  là  leurs  chariots  et  autres  bagages  avec  le 
menu  peuple,  et  les  plus  braves  guerriers,  après  avoir 
passé  la  Garonne,  se  préparèrent  à  poursuivre  GondovakL 
Dans  la  rapidité  de  leur  course^  ils  arrivèrent  à 
la  basilique  de  Saint-Vincent,  située  près  de  la  ciié  d'A- 
gen,oà  l'on  dit  que  le  martyr  consomma  le  sacri- 
fice pour  le  nom  de  Jésus-Christ.  Ils  la  trouvèrent 
remplie  des  trésors  des  habitants,  car  ceux-ci  espéraient 
que  des  chrétiens  ne  violeraient  pas  la  basilique 
d'un  si  grand  martyr.  On  l'avait  fermée  avec  un 
grand  soin.  L'armée  s'approcha  bientôt,  et  ne  pouvant 


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VENÛEANCË  DU  MARTTR  SÂtKT  VINCENT.  458 
ouvrir  les  portes  du  temple,  y  mit  le  feu.  Lorsqu'elles 
furent  consuiuées^  ils  pillèrent  toutes  les  richesses  et 
tous  les  meubles  qu'ils  purent  trouver,  aussi  bien  qùe 
les  ornements  sacrés.  Mais  la  vengeance  divine  se  fit 
sentir  à  un  grand  nombre  d'entre  .eux  dans  le  lieu 
même  ;  car  la  plupart  eurent  les  mains  brûlées  d'un 
feu  céleste  et  il  en  sortait  une  épaisse  fumée  comme  il 
arrive  dans  un  incendie.  Quelques-uns»  possédés  du 
démon 4  couraient  comme  des  furieux^  injuriant  le 
martyr.  Plusieurs,  séparés  de  leurs  compagnons,  se 
percèrent  dé  leurs  propres  lances.  Le  reste  de  l'armée 
continua  sa  marche  non  sans  une  grande  crainte.  Que 
dirai-je  ?  On  arriva  à  Comminges  (ainsi  se  nomme  la 
place, comme  nous  Tavons  dit),  et  toute  Tarmée  campa 
dans  la  campagne  environnante.  £Ue  dressa  ses  tentes 
et  s'établit  en  cet  endroit,  ravageant  tout  le  pays  d'à* 
lentour.  Lorsque  des  soldats,  pressés  davantiige  par  la 
cupidité,  s'écartaient,  ils  étaient  égorgés  par  les  habi- 
tants. 

XXXVI.  —  Souvent  des  soldats  montaient  sur  la  col- 
line, et  s'adressaient  à'Gondovald,  lui  prodiguant  des 
injures  et  lui  disant  ;  «  £s-iu  ce  peintre  qui,  dans  le 
•  toinps  du  roi  Glotaire,  barbouilla  dans  les  oratoires 
les  parvis  et  les  voûtes  ?  Es-tu  celui  que  les  habitants 
desGaules  appellent  vulgairement  du  nom  de  Ballomer? 
Es-tu  celui  qui,  à  cause  de  ses  prétentions,  a  si  souvent 
été  tondu  et  exilé  par  les  rois  des  Francs?  Fais-nous  au  » 
moins  savoir,  ô  le  plus  misérable  des  hommes,  qui  t'a 
conduit  dans  ces  lieuxt  qui  fa  donné  l'audace  extraor^ 


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454  DÎSCOURS  DE  GONDOVALD. 

dinaira  d'approcher  de»  frontières  de  nos  seigneors  cl 

rois?  Si  quelqu'un  t'a  appelé,  dis-le  positivement;  voilà 
]a  mort  présente  à  tes  yeux  ;  voilà  ia  fo^  que  tu  as 
làerehée  kingtemp«i  «I  dan»  laquelle  ta  viens  te  pvécH 
piler.  Dénombre-nous  tes  satellites  ou  déclare-nous 
ceux  qui  t'ont  apiielé,  »  GondovakI,  étendant  ces  pa- 
roles, s'approebàit  et  disait  du  baut  de  la  porte  :  «  Que 
mon  père  Glotairo  m'ait  eu  en  aversion,  c'est  ce  que 
peraonne  nlgnore  ;  que  j'ai0  été  toqdu  par  lui  et  en- 
suite par  mes  frères,  cela  est  connu  de  tous.  C'est  le 
aiotif  qui  m'a  fait  retirer  eu  Italie  aupr^  du  préfet 
Narsès.;  là  j'ai  pris  une  femme  dont  fai  en  deux  fils; 
quand  ma  femme  fut  mort^»  suivi  de  mes  enfants^  j'allai 
èConstantinoplavj'ai  yéon  jusqu'à  ce  temps  accueilli 
par  ks  empcrair»  atec  une  extrême  bienveiUànce.  Il  y 
A  quelques  années»  Gontraa-Boson  étant  venu  dao$ 
ia  ville  où  je  ma  trouvais^  je  m'informai  avec  em« 
pressement  des  affaires  ,de  mes  frères,  et  je  sus  que 
notre  famille  était  très^afifaibiie  et  qu'il  n'en  restait  ^ 
que  Ghildebert  fils  de  mon  frère  et  moii  frère  €oDfran  ; 
que  les  fils  du  roi  Chilpéric  étaient  nfiorts  avec  lui  et 
i|u'il  n'avait  aissé  qu'un  petit  enfant;  que  mon  frère 
Gontran  n'avait  pas  de  ûls,  et  que  mon  neveu  Ghilde- 
bert n'était  pas  uo  puissant  guerrier^  Après  m'avoir 
dumiéceadétaîlsi  Gontraa-Boson  m'invita  en  ces  termes: 
«Viens,  tu  es  appelé  par  ies  principaux  du  royaume 
ée  Gbildeberty  et  personne  n'osera  s'opposer  à  toi»  car 
nous  savons  tous  que  tu  es  filsdeClotaire;  et  il  ne  reste 
personne  dans  les  Gaules  pour  gouverner  ce  royaume, 


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ATTAQUE  D£  S.  BERTRAND  Dfi  COMMINOËS.  4Sf 

6i  lo  ne  yiens.  »  Je  fis  des  présents  à  Gontran-Doson, 
et  reçus  son  serment  dans  douze  lieux  saints,  aûn 
d'aTcâr  qiielqiie  sécurité  en  venant  dans  ce  rojanmei 
Je  me  rendis  à  Marseille  où  Févêque  me  reçut  avec  une 
extrême  bonié^  car  il  avait  des  lettres  des  principaux  du 
TOfaume  démon  neyeu;de  là,  je  m'avançai  versAfignon 
au-devant  du  patrice  Mummole.  Mais  Gontian-Boson^ 
violant  son  serment  et  sa  promesse^  m'enleva  mes  tré* 
sors  et  se  les  appropria.  Reconnaissez  maintenant  que 
je  suis  roi  comme  mon  frère  Contran  ;  cependant  si 
votre  esprit  est  dominé  par  une  haine  ai  violente,  con» 
duisez-moi  du  moins  vers  votre  roi,  et  s'il  me  reconnaît 
pour  son  frère,  je  ferai  ce  qu'il  voudra»  Si  vous  vous  y 
rrfuseï,  laIsBezHnoi  m'en  retourner  au  lieu  dV)ii  je  suis 
venu.  Je  m'en  irai  sans  faire  aucune  injure  à  personne* 
A  l'appui  de  mes  paroles,  interroges  Radegonde  de  Poi<* 
tiers  et  Ingeltrude  de  Tours,  elles  vous  en  affirmeront 
la  vérité*  o  Tandis  qu'il  parlait,  beaucoup  accueillaient 
ses  discours  par  des  injures  et  des  reproches. 

XXXVH.  — Le  quinzième  jour  avait  brillé  depuis 
ce  siège,  et  Leudégésile  ^  préparait  de  nouvelles  machi- 
nes pour  détruire  la  ville  :  des  chariots  étaient  chargés 
de  béliers,  de  claies  et  de  planches,  à  couvert  desquels 
l'année  s'avançait  pour  renverser  les  remparts  ;  mais, 
en  approchant  des  murs,  les  soldats  furent  si  accablés 
de  pierres  qu'un  grand  nombre  périrent  :  les  assiégés 
jelairat  su%eiix  des  pots  pleins  de  poix  et  de  graisse 

t  Ckef  de  l'iriiiée  de  Gontetn* 


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456  SEDUCTION  BB  MUMMOLE. 

enflammée,  et  des  Tases  remplis  de  pierres.  La  nnit 
étant  veaue  mettre  ûn  au  combat,  les  assiégeants  s'en 
retournèrent  dans  leur  camp.  Gondovald  avait  avec  lui 
Chariulf,  homme  riche  et  puissant,  qui  possédait  dans  la 
Tille  un  nombre  considérable  de  magasins  et  de  celliers 
et  qui  de  ses  biens  nourrissait  presque  seul  les  assié- 
gés. Mais  Bladaste,  à  la  vue  de  ce  qui  se  passait^  crai- 
gnant que  Leudégésile,  victorieux^  ne  fît  périr  les 
défenseurs  de  la  ville,  mit  le  feu  à  la  maison  épisco- 
pale  puis  s'enfuit  pendant  que  les  assiégés  accouraient 
pour  apaiser  Fincendie.  Le  lendemain  matin^  l'armée 
recommença  l'attaque  et  prépara  des  fascines  avec  des 
broussailles  pour  combler  le  fossé  profond  situé  du 
côté  de  Test;  mais  ce  moyen  ne  réussit  i>as.  L'évèque 
Sagittaire  faisait  souvent  tout  armé  le  tour  des  rem- 
.parts^  et  souvent  aussi  du  baut  du  mur  il  lançait  des 
pierres  de  sa  propre  main  contre  les  ennemis. 

XXX VI  IL  —  Enfin  les  assiégeants^  las  de  leur  in- 
succès, dépéchèrent  secrètement  des  députés  à  Hutn-  > 
mole^  disant  :  a  Reconnais  ton  maître  et  sors  enfin  de 
ton  aveuglement.  Quelle  est  ta  folie  de  te  soumettre  à 
un  inconnu  ?  Ta  femme  et  tes  enfants  ont  déjà  été  jt tes  I 
en  prison.  Tes  fils  probablement  ont  été  tués.  Où 
cours-tu  t  Qu'attends-tu  sinon  la  ruine  ?»  A  ce  message 
Mummole  répondit  :  a  Je  vois  que  déjà  notre  règne  tou-  I 
elle  à  sa  fln^  et  que  notre  puissance  est  tombée.  Je  ne 
demande  qu'une  chose,  sûreté  pour  maiavie  et  je 
pourrai  vous  épargner  bien  des  fatigues.»  Les  députés 
s'élant  retirés^  Tévêque  Sagittaire^  HummolCj  Chariulf 


PERFIDIE  ENVERS  GONDOVALD.    '  4Sfl 

6t  Waddon  allèrent  à  Téglise^  où  ils  firent  mutuellement 
serment  que,  s'ils  avaient  pour  leur  -vie  de  sûres  garan- 
ties, ils  abandonneraient  le  parti  de  Gondovald^  et  le 
livreraient  lui-même.  Les  députés  revenus  une  seconde 
fois,  leur  promirent  sûreté  pour  leur  vie,  et  Mummole 
leur  dit  :  «  Je  ne  demande  que  cela^pour  remettre  Gon 
dovald  en  vos  mains  ;  alors  je  reconnaîtrai  mon  sei- 
gneur roi,  et  me  rendrai  promptement  vers  lui.  »  Ils 
lui  promirent  que,'^'!!  agissait  ainsi^  ils  le  recevraient  en 
amitié;  et  que,  s'ils  ne  pouvait  obtenir  du  roi  sa  grftce, 
ils  lui  donneraient  asile  dans  une  église,  pour  qu'on  ne 
le  punit  pas  de  mort.  Après  avoir  fait  suivre  ces  pro- 
messes de  serments,  ils  se  retirèrent.  Mummole,  Tévê- 
que  Sagittaire  et  Waddon  allèrent  trouver  Gondovald^ 
et  lui  dirent  :  «  Tu  sais  quels  serments  de  fidélité  nous 
Vavons  prêtés.  Écoute  à  présent  un  conseil  salutaire, 
sors  de  cette  ville>  et  présente-toi  à  ton  frère  comme 
tu  Tas  souvent  demandé.  Nous  avons  déjà  conféré 
avec  ses  envoyés,  et  ils  ont  dit  que  le  roi  ne  voulait 
pas  perdre  ton  appui,  parce  qu'il  est  resté  peu  dliom- 
mes  de  votre  race.  »  Mais  Gondovald,  pénétrant  leur 
perfidie,  leur  dit  tout  baigné  de  larmes  :  «  C'est  sur  votre 
invitation  que  je  suis  venu  dans  les  Gaules;  déjà  Gon- 
tran-Bofion  m'a  enleyé  une  partie  de  mes  trésors  qui 
contenaient  des  sommes  immenses  d'or  et  d'argent 
ainsi  que  d'autres  objets,  et  le  reste  est  dans  la  ville 
^  d'Avignon.  Quant  à  nu»,  plaçant,  après  Dieu,  tout  mon 
espoir  en  vous,  je  me  suis  confié  à  vos  conseils,  et  j'ai 

'  toujours  souhaité  de  régner  par  vous.  Maintenant,  si 

I  se 


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46g  M£UKTK£  DE  GO.NDOYALD. 

VOUS  m'avei  trompé,  répondez-en  auprès  de  Dira,  el 
que  lui-même  juge  ma  cause.  »  A  ces  paroles.  Mum- 
mole  répandit  :  c  Nous  ne  vottlûa&  pag  te  tromper;  mais 
-nM  de  braves  guerriers  qui  attendent  ton  arrivée  à  la 
porte.  Défais  maiotenant  le  baudrier  d'or  dont  tu  es 
ceinly  peur  ne  pas  paraître  marcher  avee  orgneuii; 
prends  ton  glaive  et  rends-moi  le  mien.  »  Je  ne  suis 
pas  assea  simple,  lui  répondit  Gondovald  pour  croire  à 
tes  perdes,  quand  to  vem  m'enlevef  le  présent  que  tq 
m'as  Mt  et  que  je  portais  par  amitié  pour  loi.  »  Mais 
Ifanmiole  affirma  avee  senaent  qu'on  ne  lui  ferait 
aucun  mal.  Gondovald  sortit  donc  et  fut  reçu  par  OIlo, 
comte  de  Bourges,  et  par  Boson.  MunmK^^  rentrant 
dans  k  ville  atec  lea  sMats,  fisrma  selidemeni  la  porte. 
Se  voyant  livré  à  ses  ennemis,  Gondovald  leva  les  mains 
«liée  yeux  au  eiel,  et  s'écria:  «Juge  éternel,  vérité* 
Me  iFengeur  des  innocents.  Dieu  de  qui  toute  justice 
procède,  à  qui  le  mensonge  déplaît,  en  qui  ne  réside 
ai  ffuse  ni  méclianeelé,  |e  te  confie  ina  cause,  le 
priant  de  me  venger  bientôt  de  ceux  qui  ont  livré 
M  imiOG«it  .entre  les  mains  de  ses  ennemis.  »  Ën 
prononçant  ce»  mots,  il  fit  le  signe  de  la  crmi  et  partit 
avec  les  hommes  ci-dessus  nommés.  Quand  ils  se  furent 
éWflDée  de  la  porte,  comme  la  vallée  située  au-^essoas 
de  la  ville  descend  rapidement,  Ollo  l'ayant  poussé  le  fit 
tomber,  en  s'écriant  ;  a  Voilà  votre  ûailomer  qui  se  dit 
Artee  et  fils  de  roi.  »  Et  en  même  tempe  il  lança  son  ja* 
vclot  pour  Ten  percer  ;  mais  Tarme,  repoussée  par  la 
«ttifasse,  ne  lui  fit  aucim  mal.  Comme  Gondovald  c'était 


PILLAGE  BT«MA8SAC11E.  4S0 

relevé  et  s'efforçait  de  remonter  sur  la  hauteur,  Boson 
lui  brisa  la  têle  d'uae  pierre  ;  il  tomba  aussitôt  et  mott- 
mt»  Tous  tes  soldafe  acboonir^t  elle  pereèrenlfletoiiis 
lances^  lui  lièrent  les  i^eés  avec  une  corde^  et  le  traî«- 
nèrenl  toat  à  Ventoor  du  canip»  Ensuite  ils  lui  arracbè- 
renltes  cfaeveux  et  la  barbe,  et  lélaisfèreDi  mm  êipnA- 
tore  dans  Tendroit  où  ilsTavaient  tué.  La  nuit  suivante, 
ta  diefs  de  l'armée  «ilevèrent  Becrètement  tous  tes 
trésors  qu'ils  purent  trouver  dans  la  ville,  ainsi  que  les 
ornements  de  l'église  ^  le  lendemûa  quand  les  portes 
furent  ouvertes»  Famée  entra  el  égorgto  tous  ke  assié- 
gés^ massacrant  aux  pieds  même  des  autels  de  l'église 
les  prêtres  elles  serviteurs  du  Seigneur.  Pète  quand  Us 
eurent  égorgé  tous  les  babifants,  sans  exception  S  ils 
mirent  le  feu  à  la  ville»  aux  églises  et  aux.  autres  édi*- 
fioes,  ri  bien  quil  ne  resta  plus  que  le  BoL 

XXXIX.  —  Leudégésile,  étant  retourné  au  camp 
avec  Mummole,  Sagittaire,  Cbariulf  et.  Wadddi,  en- 
voya secrètement  au  roi,  pour  lui  demanda  ce  qu^l 
voulait  qu'on  fit  de  ces  hommes.  Gontran  ordonna  de 
les  (ake  mourir.  Alors  Waddeu  et  Chartnl^  laivaBl 
leurs  fils  pour  otages^  se  séparèrent  de  leurs  compa- 
gnons Quand  fut  arrivé  le  message  qui  les  coih 
damnait  à  mort,  Mommele  em  ayant  eomiaissanoe 
se  rendit^  arrné^  à  la  tente  de  Leudégésile  qui  à  cette 
vuci  lui  dit:  cPourquei  ideiia4a  Ici  comme  un  hh 

*  ut  non  remaneret  mingens  adparietem.  C'est  la  seconde  fois 
que  Grégoire  emploie  cette  esprenion  biblique.  V.  p. 

•  Pfoba^temeDi  «ve^  U  penaiMtott  de  GrOAtrftB* 


« 


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460  MEURTRE  DE  MUMMOLE. 

^tif  ?  »  Mommole  lui  répondit  :  a  Je  m'aperçois 
qu'on  n'observe  pas  la  foi  promise,  et  que  je  suis  en 
danger  de  périr*  »  Leudégésile  lui  dit  :  «  Je  vais  sortir, 
et  j'apaiserai  tout.  »  Aussitôt  dehors,  il  ordonna  d'en- 
tourer la  tente  pour  y  tuer  Mummole.  Celui-ci,  après 
avoir  longtemps  résisté  aux  efforts  des  assaillants , 
voulut  franchir  la  porte.  Comme  il  sortait,  deux  sol- 
dats le  percèrent  de  chaque  côté  avec  leur  lance; 
il  tomba  et  mourut.  A  celte  vue,  l'évêque  tremblait 
saisi  de  crainte.  Un  des  assistants  lui  dit  ;  a  Tu  toîs  de 
tes  yeux  ce  qui  se  passe ,  évéque  ;  couyre-toi  la  tète 
pour  ne  pas  être  reconnu^  et  gagne  la  forêt  pour  t'y 
cacher  quelque  temps,  et  féctiapper  lorsque  la  fu- 
reur sera  apaisée.  »  Sagittaire  suivit  ce  conseil,  mais 
tandis  qu'il  essayait  de  fuir  la  tête  couverte^  un  des 
soldats  tirant  son  épée,  lui  abattit  la  tête  aTCC  son  ca* 
puchon.  Ensuite,  les  assiégeants  s'en  retournèrent  cha-  . 
cun  chez  soi,  se  livrant  dans  leur  chemin  au  meurtre  | 
et  au  pillage. 

Dans  ce  temps,  Frédégonde  envoya  Cuppa  à  Tou- 
louse, pour  en  arracher  sa  fille  Rigonthe  à  tout  prix.  ' 
On  dit  aussi  que  Cuppa  avait  charge^  s'il  trouvait  Gon- 
dovald  vivant,  de  l'attirer  avec  force  promesses^  et  de 
ramener  à  Frédégonde.  Mais  il  ne  put  accomplir  ce  des» 
sein, et  ramena  seulement  de  Toulouse  la  reine  Rigonthe 
qui  avait  essuyé  bien  des  humiliations  et  des  outrages. 

XL.  —  Le  duc  Leudégésile  se  rendit  auprès  du  roi.  | 
avec  tous  les  trésors  dont  il  a  été  question  ci-dessus* 
Le  roi ,  plus  tard^  les  distribua  aux  pauvres  et  aux 


I 

CONFISCATION  DE  SES  TRÉSORS.  461 

Églises.  Gonlran  fît  saisir  la  femme  de  Mummole,  et 
lui  demanda  ce  qa'étaient  devenus  les  trésors  amassés 
par  son  mari.  Sachant  que  Mummole  avait  péri,  et 
que  tout  leur  orgueil  était  tombé  à  terre ,  elle  ût 
des  aveux  et  déclara  qu'il  y  avait  encore  dans  la  ville 
d'Avignon  de  grandes  sommes  d'or  et  d'argent  qui 
n'étaient  pas  venues  à  la  connaissance  du  roi.  Con- 
tran envoya  des  hommes  chargés  de  lui  apporter  ces 
trésors  ^  et  de  lui  amener  aussi  un  serviteur  en  qui 
Mummole  se  fiait  beaucoup,  et  auquel  il  lesavail  remis. 
Ces  émissaires,  arrivés  dans  Avignon,  prirent  tout  ce 
qu'on  avait  laissé  dans  la  ville.  On  rapporte  qu'il  y 
avait  deux  cent  cinquante  talents  d'argent  et  plus  de 
trente  talents  d'or,  que  Mummole  avait  enlevés,  disait- 
on,  d'un  ancien  trésor.  Le  roi,  les  ayant  partagés  avec 
son  neveu  Cliildebert,  distribua  presque  toute  sa  part 
aux  pauvres,  ne  laissant  à  la  femme  de  Muuunoie  que 
ce  qu'elle  tenait  de  ses  parents. 

XLI.  —  On  amena  aussi  au  roi  le  serviteur  de  Mum- 
mole; c'était  un  géant  qui  dépassait,  dit-on,  de  deux  on 
trois  pieds  les  hommes  de  plus  grande  taile.  Il  était 
charpentier.  Peu  après  il  mourut. 

XLII.  —  Ensuite  les  juges  prononcèrent  un  arrêt 
de  condamnation  contre  ceux  qui  avaient  négligé  de 
se  rendre  à  cette  expédition.  Le  comte  de  Bourges  en- 
voya ses  agents  à  la  maison  de  saint  Martin,  située  sur 
le  territoire  de  cette  ville,  pour  rançonner  les  hommes 
de  ce  monastère  qui  n'avaient  pas  fait  le  service. 
Mais  Tadministrateur  de  cette  Éghse  résista  iortemeuJ 

26, 


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4C2   CHATIMENT  DES  PROFANATEURS  DE  S.-MARTIN. 

à  ses  prétentions,  disant  :  «  Ces  hommes  appartien- 
nent à  saint  Martin  :  ne  leur  faites  aucun  mal,  car 
ils  n'ont  pas  coutume  de  marcher  en  de  telles  cir- 
constances'. »  Ils  lui  répondirent  :  «  Il  n'y  a  rien  dè 
commun  entre  nous  et  ton  Marlin  que  dans  toutes  les 
affaires  tu  mets  toujours  en  ayant,  faute  de  bonnes  ral« 
sons;  et  vouâ  allez  payer  Tamende,  pour  avoir  négligé 
les  ordres  du  roi.  d  £n  même  temps,  Thomme  entra 
dans  le  vestibule  de  la  maison.  Mais  aussitôt,  saisi 
d'une  douleur  violente,  il  tomba  et  commença  à  souf- 
frir anièrement.  Se  tournant  vers  Tagent  de  l'Église,  il 
lui  dit  n'tme  voix  lamentable  :  a  le  te  prie  de  faire  sur 
moi  le  signe  de  la  croix ,  et  d'invoquer  le  nom  de 
saint  Martixi.  Je  reconnais  la  grandeur  de  son  pouvoir; 
car,  en  entrant  dans  le  vestibule,  j'ai  vu  un  vieillard 
tenant  dans  sa  main  un  arbre  qui  étendit  ses  bran- 
ches et  ne  tarda  pas  à  couvrir  le  vestibule.  Une  d'elles, 
en  m'atteignant,m'a  porté  un  coup  qui  m'a  renversé.» 
Il  appela  ses  gens  pour  leur  demander  de  le  porter  hors 
de  cette  enceinte.  Aussitôt  dehors,  il  commença  à  in- 
voquer avec  ardeur  le  nom  de  saint  Martin.  U  éprouva 
ainsi  quelque  soulagement  et  fut  guéri. 

XLIII.  —  Didier  se  renferma  dans  un  lieu  fortifié 
pour  mettre  à  l'abri  sa  personne  et  ses  richesses.  Wad- 

.  *  Ancune  loi  générale  n'affranchissait  du  senrice  militaire  lei 
hommes  qui  cultivaient  les  terres  des  églises;  mais  Je  clergé 

s'efforçait  constamment  de  s'assurer  cotte  exemption,  soti  jMir 
des  concessions  particulières,  soit  par  l'autorité  delà  coutume; 
ce  ne  fut  pas  une  des  moindres  causes  qui  rendirent  sa  pro- 
tection chère  au  peuple,  et  la  condition  de  ses  serviteurs  motos 
pénible  que  celle  dus  cultivateurs  de  terrci»  laïques. 


don,  inlaiidaîit  de  la  maimi  de  Rigonthe,  passa  auprès 
de  la  reine  Brunehaut  qui  Taccueillit  et  le  reoYoya 
comblé  de  préseote  et  de  tamm^Chariulf  se  ratmdaoe 
la  basilique  de  Saint-Martin. 

XLIV,  — 11  y  avait  dans  ce  temps  une  femme  qui,' 
possédée  d^DHi  esprit  de  Pylhon>  rapporMt  par  ses  di«- 
vinations  beaucoup  d'argent  à  ses  maîtres  ;  elle  acquit 
leur  liaveur  au  point  d'en  obtenir  la  liberté  et  d'agûr 
suivant  ses  propres  volontés.  Si  quelqu'un  était 
volé>  ou  éprouvait  une  perte  de  quelque  autre 
^  genre,  die  déclarait  aussitôt  où  le  voleur  était  allé,  à 
qui  il  avait  remis  son  vol  et  ce  qu'il  en  avait  Cait. 
Elle  amassait  de  la  sorte  de  Ter  et  de  l'argent ,  et 
se  montrait  avec  des  vêtements  pompeux,  de  sorte  que 
les  peuples  croyaient  qu'il  y  avait  en  elle  quelque 
chose  de  surnaturel.  Agéric»  évéque  de  Verdun,  in- 
struit de  ce  fait,  envoya  des  gens  pour  la  prendre.  Lors- 
qu'elle fut  arrêtée  et  qu'on  la  lui  eut  amenée,  Uoom» 
prit,  d'après  ce  que  nous  lisons  dans  les  Actes  des 
Apôtres,  qu'elle  avait  un  esprit  immonde  de  Pylbon^ 
Comme  il  prononçait  sur  elle  une  formule  d'exorcisme 
et  lui  frottait  le  front  d'huile  sainte,  le  démon  cria  et 
se  rév^a  au  pontife.  Mais  ne  parvenant  pas  à  chasser  le  . 
démon  du  corps  de  cette  femme,  l'évôque  la  laissa  par- 
tir. Celle-ci  voyant  qu'elle  ne  pouvait  rester  dans  ce 
pays,  alla  trouver  la  reine  Fréd^onde,  auprès  de  ti* 
quelle  elle  se  cacha. 

1  Jictêt  été  Afàiru,  cbftp.  xvi,  v.  IS, 


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4C4      FANAINE.-LE  NÉGOCIANT  CHRISTOPHORE. 

XLV.  —  Celte  année,  une  grande  famine  désola 
pres(|ue  toutes  les  Gaules  :  beaucoup  de  gens  firent  du 
pain  avec  des  pépins  de  raisin,  des  fleurs  d'aveline  et 
des  racines  de  fougère  desséchées  et  réduites  en  poudre  : 
on  y  mêlait  un  peu  de  farine;  d'autres  firent  de nnême 
avec  du  blé  encore  vert  :  il  y  en  eut  même  beaucoup 
qui,  manquant  absolument  de  farine,  cueillaient  diffé- 
rentes herbes;  quand  ils  en  avaient  mangé,  ils  en- 
flaient et  ne  tardaient  pas  à  mourir.  D'autres  périrent, 
épuisés  par  la  faim.  Les  marchands  rançonnaient  cruel- 
lement le  peuple,  au  point  de  donner  à  peine,  pour  un 
trienSy  une  mesure  de  froment  ou  une  demi-mesure 
de  vin.  Les  pauvres  se  mettaient  en  servitude,  afin  de 
recevoir  au  moins  quelques  aliments. 

XL VI.  —  Dans  ce  temps,  un  négociant  appelé 
Christophore,  partit  pour  Orléans,  parce  qu'il  avait  ap- 
pris qu'il  y  élait  arrivé  beaucoup  de  vin  :  il  y  alla  donc, 
acheta  le  vin  et  le  fit  transporter  sur  des  bateaux. 
Lui-même,  chargé  d'une  somme  considérable  que  lui 
avait  remise  son  beau-père,  faisait  roule  à  cheval 
avec  deux  domestiques  saxons.  Les  serviteurs  haïssaient 
leur  maître  depuis  longtemps  et  s'étaient  souvent  en- 
fuis de  chez  lui,  parce  qu'il  les  battait  inhumainement. 
Comme  ils  traversaient  une  forêt, celui-ci  devant  eux, un 
des  serviteurs  lui  jeta  sa  lance  avec  force  et  le  transperça. 
Christophore  étant  louibé,  l'autre  lui  brisa  la  tête  avec 
sa  framée,  et  l'ayant  tous  deux  mis  en  pièces,  ils  le' 
laissèrent  sans  vie,  puis  après  s'être  emparés  de  son 
argent,  ils  se  sauvèrent.  Le  frère  de  Christophore  fil 


DISCORDES  CIVILES  DANS  LA  CITÉ  DE  TOURS.  465 

ensevelir  son  corps>  et  envoya  ses  gens  à  la  poursuite 
des  deux  serviteurs;  le  plus  jeune  fut  atteint  et  lié, 
tandis  que  l'autre  s'enfuyait  avec  Targent.  En  revenant, 
comme  on  laissait  aller  le  prisonnier  plus  librement,  il  se 
saisit  d'une  lance^  et  en  frappa  un  de  ses  gardiens;  mais 
les  autres  le  conduisirent  à- Tours,  où  il  subit  divers 
supplices  :  on  le  mutila,  et  il  fut  attaché  déjà  mort  à  mie 
potence. 

XL  VIL  —  Il  s'éleva  alors  parmi  les  habitants  de 
Tours  de  cruelles  guerres  civiles.  Pendant  que  Si- 
chaire,  fils  de  feu  Jean,  célébrait  avec  Austrégisile  et 
d'autres  habitants,  dans  le  bourg  de  Mantelan  S  la  fête  de 
Noël,  le  prêtre  du  lieu  envoya  son  serviteur  vers  quel- 
ques honunes  pour  les  prier  de  venir  boire  avec  lui 
dans  sa  maison.  Un  des  invités  ne  craignit  pas  de  frap- 
per le  serviteur  d'un  grand  coup  d'épée  dont  le  maL 
heureux  mourut  sur-le-champ.  Sichaire,  qui  était  Tami 
du  prêtre,  apprenant  ce  meurtre,  saisit  des  armes  et  se 
rendit  à  Téglise  pour  attendre  Austrégisile.  Celui-ci, 
de  son  côté^  s^arma  et  marcha  contre  lui.  On  en 
vint  aux  mains  avec  fureur;  Sichaire,  arraché  au 
péril  par  les  clercs,  se  réfugia  dans  sa  terre,  lais» 
sant  dans  la  maison  du  prêtre,  avec  de  l'argent  et 
des  vêtements^  quatre  serviteurs  blessés.  Après  sa 
fuite,  Austrégifflle  l'attaqua  de  nouveau,  tua  les  servi- 
teurs enleva  de  l'or,  de  l'argent  et  d'autres  choses.  En- 
suite les  deux  parties  comparurent  devant  le  tribunal 
des  citoyens,  et  on  ordonna  qu'Austrégisile,  qui  était 

1  MmUahmagmiit  «ieut* 


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466  PROPOSITIONS  DE  L'ÉVÉQUE. 

bomidde  et  qui,  après  avoir  tué  les  servîteiirs,  s'éfaît 
saisi  desbiens^sans  avoir  comparu  devant  le  roi'^serait 
condamné  suivant  te  loi.  Peu  de  jours  après  FouTerlore 
du  plaid,  Sichairtv,  ayant  appris  que  tout  ce  qu'Austré- 
gisile  avait  enlevé  était  entre  les  mains  d'Aunon^de  son' 
fils  el  de  son  frère  Ébérnlf,  laîssa  là  le  plaid,  se  réunit 
à  Audin  pour  exciter  une  émeute^  et  pendant  la  nuit  se 
pércipita  sur  eux  avec  des  hommes  armés.  Ils  forcèrent 
le  domicile  dans  lequel  leurs  ennemis,  dormaient,  mas- 
sacrèrent le  père,  le  fils  et  le  frère,  et  emmenèrent  les 
troupeaux  après  avoir  tué  les  esclaves.  A  la  nouvelle  de 
ces  excès,  vivement  affligé,  nous  leur  envoyâmes,  de 
concert  avec  le  juge,  Tinvitation  de  venir  en  noire  pré- 
sence, el  de  s*en  retourner  en  paix  après  avoir  composé 
pour  que  les  querelles  ne  se  multipliassent  pas  davan* 
lage.  Lorsqu'ils  furent  venus  et  que  les  citoyens  ftn^nt 
rassemblés,  je  dis:  «  Gardez-vous,  ô  hommes,  de  per- 
sister dans  vos  crimes,  de  peur  que  le  mal  n'aille 
encore  plus  loin.  Nous  avons  déjà  perdu  des  enfants 
de  rÉglise  ;  je  crains  que  cette  querelle  n'en  fasse 
périr  d'autres  encore  ;  soyez  donc  en  paix,  je  vous 
en  prie,  et  que  Tauteur  du  mal  compose  avec  cha- 
rité, pour  que  vous  soyez  des  ûls  pacifiques  dignes 
d^obtenir  du  Seigneur  le  royaume  des  cîeux;  car  il  dit 
lui-même:  Bienheureux  les  pacifiques,  parce  qu'ils  se^ 
font  appelés  enfants  de  Dieu  M  Voyons  donc;  et,  si 

,  *  SfM  audûntia»  C'est-à-dire  sans  avoir  recouru  au  jugement 
royal.  Mafculfe  nous  «  laUté  (liv.  I,  cbap.  xxvni)  u  formuU 
usitée  en  pareiUe  circoustaoce  :  formula  audierUialit 
>  ÊvangUe  êélon  taitU  Mathieut  cbap.  v,  9. 


V 


MEURTRE  DE  SICHAIRE.  4C7 

edui  qui  a  fait  la  faute  n'est  pas  assez  riche,  il  sera 

racheté  avec  Targenl  de  TÉglisc,  car  il  ne  faut  pas  que 
son  âme  périsse.  «  En  même  temps,  j'offris  de  l'argent 
de  rÉglise  ;  mais  le  parti  de  Chramnisînde  qui  portait 
plainte  de  la  morl  de  son  père,  de  son  frère  et  de  son 
onde,  ne  voulut  pas  l'accepter.  Quand  ils  se  furent  re- 
tirés, Sichaire,  se  préparant  à  aller  vers  le  roi,  partit 
pour  Poitiers,  afin  de  voir  sa  femme.  Comme  il  ré- 
primandait un  esclave  au  sujet  de  son  travail,  et  le  bat- 
tait de  coups  de  verges,  celui-ci  tira  son  épée  et  ne  crai- 
gnit pas  d'en  frapper  son  maître.  Sichaire  étant  tombé 
à  terre,  ses  amis  accoururent,  arrêtèrent  Tesclave,  le 
maltraitèrent  cruellement,  lui  coupèrent  les  pieds  et  les 
mains,  et  le  condamnèrent  à  la  potence.  Le  bruit  de 
la  mort  de  Sicliaire  parvint  à  Tours.  A  celte  nouvelle, 
Chramnisînde  avertit  ses  parents  et  ses  amis  et  courut 
à  la  maison  de  Sidudre  pillant  ses  biens  et  tuant  quel- 
ques-uns de  ses  esclaves;  il  mit  le  feu  à  toutes  les 
maisons  tant  de  Sichaire  que  des  autres  propriétaires 
de  celte  villa,  et  emmena  avec  lui  les  troupeaux  et  tout 
ce  qui  pouvait  se  transporter.  Alors  les  parties,  amenées 
à  la  ville  par  le  juge ,  plaidèrent  leur  cause;  les  juges 
ordonnèrent  que  celui  qui,  n'ayant  pas  voulu  ac- 
cepter la  composition,  avait  mis  le  feu  aux  mai- 
sons, perdrait  la  uioilié  de  la  somme  qui  lui  avait  été 
d'abord  adjugée.  Cela  fut  fait  contre  les  lois,  pour 
rétablir  la  paix,  et  on  prescrivit  que  Sichaire  payerait 
l'autre  moitié  de  la  composition.  L'£glise  fournit  de 
l'argent,  et  les  deux  parties  s'clant  donné  une  charte 


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468  COMPOSITION. 

db  sécurité  ^ ,  payèrent  la  composition  réglée  par  le 
tribunal^  et  se  promirent  par  serment  réciproque^  de 
ne  rien  entreprendre  Tune  contre  Tautre  ;  ainsi  fat  ter* 
minée  cette  querelle. 

*  Voir  lesFomittlM  «le  lCarcuIf«.  Ut.  II,  chapw  Xfnu 


! 


I 


LIVRE  Vlll 


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SOMMAIRE  DU  LIVRE  VIII, 


i«  Le  roi  te  rend  à  Orléaiis.— n.  ComiWDt  tet  jvéqaet  lut  ftirent  pi<aemét 

et  traités  à  ta  table.— m.  Chantres  de  Téglise  de  Tours.  Argent  de 
Mummole. —  iv.  Eloge  du  roi  Childebert. — v.  Vision  du  roi  et  de  Grégoire 
totichant  CMlpéric.^Ti.  Grégoire  présente  deux  personnes  au  roL—ni. 
De  Vévdqve  Pallade:  tl  oélèbre  I»  mette.— nn.  Prodigcs.-wn.  Setneiii 
l»rèté  au  flit  de  Glilpdiie.— >x.  Det  oorpt  de  Mérorée  et  de  Clofii.*-iR«  Por- 
tiers d'une  église  de  Paris;  meurtre  de  Boante.— xii.  L*évèqoe  Théodore; 
ch&tiraent  de  Rathaire. — iiif.  Gontran  envoie  une  ambassade  à  Childe- 
bert.— XIV.  Danger  que  court  Grégoire  sur  un  fleuve.— xv.  Cunversioa  da 
diacre  VoUlItfe.— ^vi.  diacre  racoptfi  plusigart  miradea  de  eaint  MartiB. 
i-zTii.  Signet  dant  le  ciel.— xrni.  céilàebert  énv^e  une  année  en  lta> 
lie;  comtes  et  ducs  institués  et  révoquent.— Meurtre  de  l'abbé  Dagnlf. 
— XX.  Actes  du  concile  de  MÂcon. — xxi.  Assemlilee  de  Bulson  ;  violation 
d'un  tombeau— zxii.  Mort  de  plusieurs  evèques  et  de  Wandelin. — xxiu. 
laondationt.— zstv.  De  denx  tiei  de  la  mer.— zxt.  Ile  dana  laquelle  Tean 
d^m  étang  est  changée  en  aang.— ssti.  L'ex-doc  ÉbeniUL— svrn.  Didier 
se  rend  près  du  roi. — xxtiii.  Ermeiiépilde  et  Inponde;  des  envoyés  secreU 
viennent  d'Espagne  trouver  Frédegonde. — xiix.  Frédégonde  envoie  dee 
hommes  pour  tuer  Childebert.— xxx .  Une  armée  entre  en  Septimaoie.— 
xm.  Uenrtrede  rérêqne  Prétextât.— >zxzu.  Meurtre  de  Domnole,  flHBaie 
de  Nectaire.— xxxin.  îneendie  de  Paria.— xxxir.  Bedna  aneoombaot  à  la 
tentation. — xxxv.  Des  envoyés  viennent  d'Espagne. — xxxvi.  Meurtre  de 
Magnovald.— xxxvii.  Il  naît  un  fils  à  Childebert.— xxitiii.  Les  Espagnols 
font  une  incursion  en  Gaule. — zxzix.  Mort  de  plusieurs  evèques. — xi» 
Pelage  de  Tour».— xu.  Lea  menrtriert  de  Prétextât.— xut.  Odeppolène 
cit  teit  duc.  —  XLiii.  Nicet  ctt  teit  gouferoeur  de  Rorenoe;  oonditoa 
d*Antittius.  — XLiv-  Un  homme  veut  tuer  le  roi  Gontran.— XLT.  MOTt  dtt 
dno  Didier.— XLTi.  Mort  da  roi  d'Ëspagae  Lcarigild. 


■ 


LIYRE  HUITIÈME 


son  règne*,  jKàrlit  de  Chiilon^  et  vint  dans  la  ville  de 
U  était  iwfilé  ^  sa  çeadre  à  Par pp^ç  tenifji  sftr 
tarante  fffiicrés  4i|  bapAêine,  le  ûto  4e  Cbîlpéric,  nommé 
(Jtoteir*.      îi^Y^rf,  il  vint  à  Orié^,  où  il  se  mit  en 
smd  crédit  a«||Tà|  4^  çi^i^yenf^  ^  il  #ai(  dai^  l^s 
maisons  lorsqu'ils  rinvitaient,  et  acceptait  les  repas 
liù  QVfs^igfit.  Il     r^çut  h^jui^up  de  {kréseuts.  et 
'  ii  bîeiiveUtotct  Ubérapl^  les  lei^r  rendit  ayec  àbon- 
às^idkSfif  Lorsgi^'il  arriva  à  la  ville  d'Orléans,  c'était  Iç 

jflfW  4(P  te  tt|e  d^.  m\\  ViV^^f.  Ç'^^i-dif Ift  9«atrièmf 
jour  da  cinquiènie  mois*  j;  une  foule  iiQBiense  alla  à  aa 
r^contre  avec  dçs  enseignes  et  des  drapeau^  çn  cUaa« 
laol  8^  lonaiiges.  |;|les  retçQ,Uasaie]Ekt  4e  diTeises  ma- 
Bières,  en  langue  syriaque,  en  langue  latine,  et  même 
en  laogi^e  juive.  Tgm  d^sa^eut  :  ^  le  roi  \  Que  4u- 
wA  4es  apnées  î^Qombra^lef  sa  dan^inatioD  s^élçDde 

«  En  585/ 

«  Le  4  juillet,  Gr(';goire  do  Tours  fait  commencer  ordinaire* 
ment  l'i^oof^e  au  mcris  de  mars. 
« 


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m  LE  ROI  GONTRAK 

sur  les  peuples  divers?  d  Les  Juifs  aussi^  qu'on  voyait 
prendre  part  à  ces  acclamations  générales,  disaient  : 
c  Qne  tontes  les  nations  Ifadorent^  fléchissent  le  genou 
deyant  toi^  et  qu'elles  te  soient  toutes  soumises  !  j>  D'où 
il  arriva  qu'après  avoir  entendu  la  messe,  le  roi  étant  à 
table  dit  :  a  Malheur  à  celte  nation  juive,  méchante  et  per- 
fide, toiy  ours  fourbe  de  caractère  1  Ces  Juits  me  faisaient 
entendre  aujourd'hui  des  louanges  pleines  de  flatterie, 
proclamant  qu'il  fallait  que  toutes  les  nations  m'adoras- 
sent comme  leur  seigneur,  et  cela  pour  m'engager  à 
faire  relever  à  frais.pnblics  leurs  synagogues  depuis 
longtemps  renversées  par  les  Chrétiens  ;  ce  que  je  ne 
ferai  jamais,  car  le  Seigneur  le  défend.  »  Roi  en  qui 
éclatait  une  admirable  prudence  !  Il  avait  si  bien  coin- 
pris  l'artifice  de  ces  hérétiques,  qu'ils  ne  purent  pas  loi 
arracher  par  surprise  ce  que,  par  la  suite,  ils  osèrent 
lui  demander.  Au  milieu  durepas^  le  roi  dit  aux  prêtres 
qui  Tentonraient  :  «  Je  vous  prie  de  me  donner  demain 
votre  bénédiction  dans  ma  maison,  et  de  m'accorder  le 
salut  en  entranti  afin  que  je  sois  sauvé,  grâce  aux  pa- 
roles de  bénédiction  que  vous  répandrez  sur  mon  hu* 
milité.  ]>  Comme  il  disait  ces  mots,  nous  lui  Times  des 
remerciements,  et  le  repas  fini,  nous  nous  levâmes. 

II.  —  Le  malin,  le  roi,  ayant  visité  les  lieux  saints 
pour  y  faire  sa  prière,  arriva  à  notre  demeure.  C'était 
la  basilique  du  saint  abbé  Avite,  dont  j'ai  parlé  dans  le 
Livre  des  Miracles.  Je  me  levai  joyeux,  je  l'avoue, 
j'allai  à  sa  rencontre ,  et  apr^  l'oraison;  je  le  priai 
de  vouloir  bien  accepter  dans  moft  logis  les  eulo- 


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ET  LKS  ÉYÉQUES.  478 

gîes  de  saint  Martin  ^  Il  ne  s'y  refusa  pas  ;  il  entra  avec 
affabilité^  vida  une  coupe  et,  après  nous  avoir  invité  a 
sa  table,  s'en  alla  gaiement  Bertrand^  évêque  de  Bor* 
deaiix,  et  Pallade,  évêque  de  Saintes,  étaient  grande- 
ment tombés  dans  la  disgrâce  du  roi»  pour  avoir  reçu 
,  Gondovald,  comme  nous  Tavons  dit  plus  haut  ;  et  la 
colère  du  roi  contre  Tévêque  Pallade  était  d'autant  plus 
vive  que  celui-ci  l'avait  souvent  trompé  par  ses  four- 
beries. Les  deux  évêques  avaient,  peu  de  temps  aupa- 
vant»  subi  un  interrogatoire  devant  les  autres  évéques 
et  les  grands  de  la  cour  du  roi,  sur  l'accuefl  fait  à  Gou- 
dovald,  et  sur  le  sacre  conféré  imprudemment,  d'après 
ses  ordres,  à  Faustien  évêque  de  Dax.  Mais  Tévéque 
Pallade  fil  retomber  sur  lui-môme  le  fait  de  celte  ordina- 
tion, dont  il  délivra  son  métropolitain,  en  disant  :  «  Mou 
métropolitain  soùfihrait  d'un  très-grand  mal  d'yeux,  et 
moi,  dépouillé  et  insulté,  je  fus  malgré  moi  emmené 
'à  sa  place.  Je  ne  pouvais  faire  autrement  que  d'accom- 
plir ce  que  m'ordonnait  celui  qui  se  prétendait  maître 
de  toutes  les  Gaules.  »  Le  roi  instruit  de  ces  faits  se 
montra  irrité  au  point  qu'on  put  avec  peine  obtenir  qu'il 
invitât  à  sa  table  ces  évèques  qu'il  n'avait  pas  encore  vus. 
JBertrand  étant  entré,  le  roi  demanda:  «  Quel  est  celui- 
ci  ?»  car  il  y  avait  longtemps  qu'il  ne  s'était  trouvé  avec 
lui.  On  lui  dit  :  «  C'est  Bertrand,  évêque  de  la  ville  de  Bor- 
deaux.—Nous  te  rendons  grâces;lui  dit-il,  de  la  manière 
dont  tu  as  gardé  fidélité  à  ta  famille.  Tu  devais  sa  voir,  très- 
cher  père,  que  tu  étais  notre  parent  par  notre  mère^  et 

1  C'est-k^dire  le  pain  bénit. 


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474  REPAS  DONNÉ  PAR  LE  ROI. 

tu  n'aurais  pas  dû  attirer  sur  ta  race  une  peste  ètraa» 
gère.  »  Après  avoir  obligé  Berinind  d'enteadre  pht- 

sîeurs  choses  de  celte  sorte,  le  roi  se  tourna  vers  Pallade 
et  lui  dit  :  «  Je  n'ai  pas  non  plns^  ô  éréque  PaUade^  bean- 
c6up  de  grâces  à  te  rendre;  car,  te  qtki  est  bien  dur  à 
dire  d'un  évèque,  tu  m'as  trompé  trois  ibis,  m'euToyant  • 
desayis  remplis  de  mensonges,  tti  l^excnsaisatiprèsdè 
nioi  par  tes  lettres,  et  par  d'autres  écrits  tu  appelais 
mon  frère.  Dieu  a  jugé  ma  cause  i  je  me  suis  toujours 
appliqué  à  ToUs  traiter  comttie  les  pères  de  TÊglise,  ét 
vous  m'avez  loujouns  trompé.»  il  dît  aussi  aux  évêques 
Dicaise  et  Àntidius^  i  «  Publiez  ici,  6  lrès«daiàls  ^ieià, 
ce  que  vous  àvez  fait  pour  le  bien  dû  pays  et  pour  l'avan- 
tage de  notre  royaume,  d  GeuxHà  ne  répondirent  point, 
et  le  roi  sTétant  lavé  les  màlds,  ét  ayant  beçn  là  béné- 
diction des  évêques,  s'assit  à  table  avec  un  vîisage  gai  ' 
et  une  contenance  joyeuse»'  tomine  s'il  li^avàit  rien  fit 
de  ses  griefs.  * 

III.  — On  était  à  la  moitié  du  repas  lorsque  le  roi 
voulut  que  je  fisse  chanter  mon  diacrie  qiii,  là  ^ttt, 
avait  dit  les  répons  des  psaumes.  Lorsqu'il  eut  chanté, 
il  m'ordonna  de  faire  cbaiiler  devant  lui  tous  les  pri^ 
très  présents^  en  assignant  à  cbàcm^  sa  partie.  Je  Irai)»- 

*misà  ces  clercs  le  commandement  du  roi,  et  cliacun 
chanta  devaiit  lui,  aussi  bien  (Ju^il  put,  des  Intimes  tel 

des  répoift.  f  âtadis  qu'on  apportait  les  plais,  le  roi  dit  t 
à  Toute  cette  argenterie  que  vous  voyez  a  appartenu  au 

pàtjdrc  MummMe  \  mais  maintenant^  giràce  i  rasriS^ 


4 


DISCOURS  BU  ROI.  475 

tance  du  Seigneur^  elle  a  passé  en  notre  puissance.  J^en 
ai  lait  briser  quinze  pièces  comnae  ce  grand  plat  que 
fous  Yoyez,  et  n'ai  gardé  que  celui-là  et  un  autre  de 
cent  soixante-dix  livres.  Pourquoi  en  aurais-je  gardé 
plus  qu'il  ne  m'en  faut  pour  mon  usage  de  tous  les 
jours?  le  n*ai  malheureusement  pas  d'àutre  fils  que% 
Ghiidebert  qui  a  bien  assez  des  trésors  que  lui  a  laissés 
son  père,  et  de  ceux  que  j'ai  pris  soin  de  lui  envoyer 
des  effets  de  ce  misérable,  trouvés  à  Avignon.  Le  reste 
doit  être  appliqué  aux  besoins  des  pauvres  et  des  églises. 

IV.  — «le  vous  demande  seulement^  prétrés  du  Sei- 
gneur, d'implorer  pour  mon  fils  Childebert  la  miséri- 
corde de  Dieu.  C'est  un  homme  sage  ët  de  mérite^  et 
tel  que^  depuis  longues  années,  à  peine  en  aurait-on  pu 
trouver  un  aussi  prudent  et  aussi  courageux.  Si  Dieu 
daigne  lui  accorder  la  domination  sur  les  Gàuild,  on 
peut  espérer  que  noire  race,  presque  entièrement  dé- 
truite, se  relèvera  gràcè  à  lui.  )e  ne  doute  pas  que  nous 
ne  l^oblenions  de  la  miséricorde  de  Dieu,  car  là  nàis-j 
sance  de  cet  enfant  nous  eu  a  donné  le  présage.  Dans  le 
saint  jour  de  Pâques,  inoà,  trère  Sighebèrt  étiml  a 
l'église,  tandis  que  le  diacre  lisait  le  livre  des  sainls 
Évangiles,  il  arriva  au  roi  un  messager,  et  là  voix  du 
messageir  et  celle  du  peuple  qui  suivait  i^Êvàngiïé  àtà 
jour  prononcèrent  en  même  temps  ces  paroles  :  Il  Vést 
né  un  fih;  d'où  il  arriva  que  tout  le  peuple  eélébhi  à  la 
fois  cette  double  annonciation  par  ces  paroles  :  Gloire 
à  Dieu  tout-puissant  !  11  reçut  le  baptême  le  saint  jOUr 
de  la  Pentecôte  et  fut  élevé  au  tréne  le  saint  joiir  de  la. 


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m  TISION  DE  GRÉGOIRE. 

NatÎTilé  du  Seigneur,  de  sorte  qae  s'il  est  accompagné 
de  vos  prières^  il  peut,  avec  la  permission  du  Seigneur^ 
régner  dans  eê  pays.  »  A  ces  paroles  du  roi,  tous  adres- 
sèrent au  Seigneur  une  oraison  pour  lui  demander  dans 
sa  miséricorde  de  conserver  les  deux  rois.  Le  roi  ajouta  : 
a  n  est  Trai  que  sa  mère  Brunehaut  menace  de  me  tuer» 
mais  je  n'en  ai  aucune  crainte.  Le  Seigneur,  qui  m'a 
délivré  des  mains  de  mes  ennemis,  me  délivrera  de  ses 
embûches.  i> 

y.  — 11  tint  ainsi  beaucoup  de  discours  pleins  d'ini- 
mitié contre  Théodore^  ;  protestant  que  s'il  venait  au 
synode^  on  renverrait  en  exil,  et  il  ajouta  :  a  Je  sais 
qu'à  cause  de  ces  gens  S  il  a  fait  tuer  mon  frère  Ghil- 
péric  ;  mais  renonçons  à  passer  pour  des  hommes, 
si  nous  ne  parvenons,  dans  le  cours  de  cette  amiée,  à 
venger  sa  mort  1  »  Je  lui  répondis  :  «  Et  qui  a  fait  périr 
Chilpéric  si  ce  n'est  sa  méchanceté  et  tes  prières?  Car  il 
t^a  tendu  injustement  des  embûches  qui  l'ont  conduit 
à  la  mort,  La  vérité  de  ce  que  je  dis  là  m'est  manifeste- 
ment apparue  par  une  vision  que  j'ai  eue  dans  mon 
•ommeil.  le  f  ai  vu  lui  raser  la  téte,  après  quoi  il  a  été 
sacré  évéque;  ensuite  je  l'ai  vu  porté  sur  une  chaise 
sans  tenture  et  recouverte  seulement  d'une  couleur 
noire  ;  devant  lui  brillaient  des  lampes  et  des  cierges.  » 
Gomme  je  racontais  cela,  le  roi  me  dit  :  «  J'ai  eu  aussi 
une  vi3ioii  qui  m'a  annoncé  sa  mort.  Trois  évèquea  le 

•  L'éréque  de  MwseiUe  dont  U  «  été  question  dans  le  livre 
précédent. 

•  ProVablement  GondoTtld  et  son  parti. 


VISION  DU  ROI.  477 

cor.diii?aient  on  ma  présence  chargé  de  chaînes.  L  un 
d'eux  était  Télricus,  le  second  Agricola^  le  troisiènie 
Nîcct,  évêque  de  Lyon.  Deux  d'entre  eux  disaient  : 
Relâchez-le,  nous  vous  en  prions,  et  permettez  qu'il  s'en 
aille  après  avoir  reçu  un  cliàtiment  Mais  Féyéque  Té- 
tricus  répondait  en  colère  :  //  7ie  s'en  irapoint  ainsi,  et 
il  sera  consumé  par  le  feu  à  cause  de  ses  crimes.  £t  lors- 
qu'ils eurent  tenu  entre  eux  beaucoup  de  discours  en 
manière  d'altercation,  j'aperçus  au  loin  un  vase  d'airain 
posé  sur  le  feu,  et  bouillant  avec  violence.  Puis  je  vis 
en  pleurant  saisir  le  malheureux  Chilpéric  ;  ses  mem- 
bres brisés  furent  jetés  dans  le  vase  et  aussitôt  il  fut 
dissous  et  liquéfié  dans  les  vapeurs  de  cette  eau  bouil* 
lante,  de  telle  sorte  qu'il  n'en  resta  pas  le  moindre  ves- 
tige. »  Ces  paroles  du  roi  nous  remplirent  d'élonnement* 
Le  repas  fini  nous  nous  levâmes. 

VI.  —  Le  lendemain,  le  roi  alla  à  la  chasse;  quand  il 
revint*  nous  lui  présentâmes  Garachaire,  comte  de  Bor- 
deaux, et  Bladasle  qui,  comme  nous  Tavons  dit  plus 

!lUg] 


abor^,  par  mes  prières,  je  n  avais  pu  nen  obtenir  du 
rqi  en  leur  faveur,  je  lurdis  :  «  0  roi,  que  ta  puissance 
m  eboute  :  *voiIa  que  mon  Seigneur  m'a  ordonné  de 
vçnir  vers  loi  en  ambassade  ;  mais  qbe  pourrai-je  rap- 
portera  celui  qui  ma  envoyé,  si  tu  ne  feux  me  rendife 

?>tiii  vtvi,   •ul'il.ni;,  r.Lii),,.  njuî.i  j  .!  iIl  -'-'I  -«luj 

aucune  réponse  ?  »  Lui  stupéfait  Tne  demanda  :  «  El 
iqùi  esj-il  ton  Seigneur  ?  »  ie  lui  répondis  eh  sburiahi  i 
c  G  est  saint  Martin  qui  m  a  envoyé.  »  Alors  il  oraoniiié 

l>J  r.  «.u'..'»Và»4>tt  :«b  i.;*hw;qi.  :iiiiir4i:i  iuii.ii"i;i^^;i  •^Uv.I 


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m        LE  SOI  HUMILIE  UÉVÉQUE  PALLADE. 

que  ces  hommes  lui  fussent  présentés;  mais  lorsqu'ils 
fureot  devant  lui,  il  leur  reprocha  un  grand  nombre 
ie  perâdiefl  et  àe  parjures,  les  traitant  à  plusieurs  re- 
prises de  rusés  renards.  Cependant  il  leur  rendit  ses 
bonnes  grftces,  el  leur  restitua  ce  qui  leur  avait  été 
enlevé. 

V 1 1  .—Le  jour  du  Seigneur  (le  dimanche)  étant  arrivé» 
le  roi  vint  à  la  cathédrale  entendre  la  messe.  Les  con- 
frères de  l'évéque  Pallade,  présents  en  ce  lieu,  lui  cédè- 
rent rbodneur  de  la  célébrer.  Gomme  il  commençait  à 
dire  les  prophéties,  le  roi  demanda  qui  c'était,  et  lors- 
qu'on lui  eut  appris  que  c'était  i'évéque  Pallade,  le  roi 
irrité  s'écria  :  a  Quoi  1  c'estcet  homme  toujours  infidèle  et 
perûde  envers  moi,  qui  prêchera  en  ma  présence  la  pa- 
role sacrée  ?  Je  sors  à  l'instant  de  cette  église,  pour  ne  pas 
entendre  prêcher  mon  ennemi  ;  »  el  en  disant  ces  mots, 
il  allait  sortir.  Alors  les  évéques  troublés  de  i'huuii- 
liation  de  leur  frère  dirent  au  roi  :  «  D  a  été  reçu  à  ta 
table,  nous  t'avons  vu  recevoir  de  sa  main  la  bénédic- 
tion; pourqlioi  maintenant  le  roi  le  rêpousse-t-il  t  Si 
nous  avions  su  qu'il  te  fut  odieux,  nous  aunods  remis 
a  ùri  autre  ie  soin  des  offices  qui  doivent  être  célébrés 
ici.  Maintenant  [termets  qu'il  achevé  là  cerènionié  qu^il 
a  commencée.  Si,  ensuite,  tu  crois  avoir  al  accuser, 
l'affaire  sera  jugée  selon  la  décision  canonique.  L^éve- 
quê  Paliâci'e  s^etait  icleja  retiré  dans  la  sàc^siiê*  avec  uml 
grande  confusion;  le  roi  ordonna  de  le  rappeler,  lui 
permit  d^accomplir  rofiice  qu'il  avait  coinmehcé.  Paf- 
lade  et^rtrand  turent  ensuite  appelés  de  nouveau  a  la 


LE  ROI  DOUTE  DE  LA  LÉGITIMITÉ  DE  CLOTAIRE.  479 

table  du  roi,  et  s'y  élant  pris  de  colèi'e  Tua  contre  Tda- 
tre,  fisse  reprochèrent  mutuellement  beaucoup  d'adul- 
tères etde  fornications»  ainsi  q ue  des  parjures.  Beaucoup 
en  riaient  ;  niais  d^aulres,  qui  étaient  d^une  sagesse 
plus  clairvoyante,  s'affligeaient  de  voir  le  démon  soniêi^ 
une  telle  zizanie  ^  parmi  les  prêtres  du  SeigneUr.  Eit 
quittant  le  roi^  ils  donnèrent  des  garâniies  et  des  cà'u^ 
lions  s'engageant  à  se  présente^:  au  synode  le  22  oc- 
tobre suivant.  '  ' 

Vîli.  —  Alors  parutent  des  signes  dans  le  ciel.  On 
vit  du  coté  du  nord  des  rayons  lumineux,  conune  il  eu 
avait  déjà  paru.  Une  clarté  parcourut  le  ciel,  dès  fléurs 
se  montrèrent  sur  les  arbres;  c'était  alors  le  cinquième 
"taois*. 

IX.  — Ensuite  lé  roi  vint  à  ^aris,  et  commença  à 
s'exprimer  ainsi  en  présence  de  tous  :  a  Mon  frère  Cbil- 
péric  en  mourant  â  lai^^  nl^à-t-on  dit^  uh'Ûts  que 'seé 

gouVerneurë,  a  la  prière  do  leiirmere,  m  ont  demande 
dé  présenter  au  saint  taplêirie  lé  jour  iies  fêtes  de  la  îist- 
tivï^'dulieigneur^  èf  ils  nâ  sont  pas  venui.^ 
ensuite  qu'il  tui  liàpiisè  \q  saint  jour  3c  f'ùijues,  et  cè 

m 

lènie/a  la  fêle  (ié  feiiint-iean,  et  Tenfani  n'a  pas  ete 
davantage  amené.  Ils  m  ont  lait  quitter  par  un'  temps 
de  stérilité  le  lieu  que  j  habitais;  je  suis  venu  et  \oiia 
qu  on  cacné  cet  enfant,  et  qu  on  ne  me  le  montire  pas. 

1  Lamenlabentur  car  intêr  «Acercibto^.^i^mvtl^^^^ 


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4M         FRÉDÉGONDE  ASSIGNE  DES  TEMOINS. 

D'après  cela,  autant  que  je  puis  croire,  ce  n'est  pas  ce 
qu'on  m'a  promis,  mais  c'est  à  ce  que  je  crois,  le  ûls  de 
quelqu'un  de  nos  leudes,  car  s'il  était  de  notre  race^  oa 
me  l'aurait  apporté.  Tons  saurez  donc  que  je  ne  veux 
pas  le  recevoir,  jusqu'à  ce  qu'on  m'ait  donné  sur  lui  des 
reoselgnemfflits  certains.  »  La  reine  Frédégonde,  ins- 
truite de  ces  paroles,  assembla  les  principaux  de  son 
royaume,  savoir  trois  évêques  et  trois  cents  des  meil* 
leurs  hommes,  qui  firent  serment  que  cet  enfant  était 
né  du  roi  Ghilpéric,  en  sorte  que  les  soupçons  du  roi 
furent  dissipés. 

X.  Ensuite,  comme  il  avait  souvent  déploré  la  morl 
de  Mérovée  et  celle  de  Clovis,  et  ne  savait  pas  où  ceux 
qui  les  avaient  tués  les  ayaientensuite  jetés  S  un  homme 
vint  le  trouver  qui  lui  dit  :  a  Si  cela  ne  doit  pas  m'étre 
funeste  par  la  suite^  je  t'indiquerai  en  quel  lieu  est  le 
cadavre  de  CloViS*.  »  Le  roi  jura  qu'on  ne  lui  ferait  aucun 

r:p  ''iM.  -Ti{  n!i   l[h  wol  i\  .;i  r.  Jur.  u'oin  i :  •    .  , 

inaij.  et  que  plutôt  on  le  récompenserait  par  des  pre- 
senis.  Alors,  cet  homme,  dit  :  a  Q  rbi,  la  chose  mêmè 
prouvera  la,  vente  de  mes  parôles;  car  lorsque  Clovis 
eut  élé  lue  et  enterré  sous  ^'auvent  d'un  oratoire,  la 
reine,  crAigpam  que  quelqu'un  ne  le  recueillit  et  ne 
l'ensevelît  avec  hcmne.ur,  ordonna  de  le  Jeter  dans  là 
Marne.  Je,  le  trouva^  amsi  danè  des  ûlets  que  i  avais  pre- 
pares,  pom  prendre  des  poissons.  le  ne  savais  d  abord 
qui  c'était,  màisibieniôt  je  rc^copnus  Clovis  a  la  longueur 
de  ses  cneveux,  et  le  prenant  sur'  mes  épaules,  je  le 

.ciH'i  ^a^iK^u  î»l  ;«iu  î>ii  ao  i»^»  i;>  ,jiu  Itm  krj  moiK*  nu  iip 
1  Voir,  dans  le  cinquième  livre,  lei  détails  sur  la  morl  de 


FUNÉRAILLES  DU  JEUNE  CLOVIS.  4SI 

portai  au  rivage  où  je  Ten terrai  et  le  couvris  de  gazon  ; 
Toiià  comment  j'ai  recueilli  son  corps^  fais  à  présent  ce 
que  tu  Tondras*  »  Le  roi,  à  la  suite  du  renseignement 
donné  par  cet  homme,  feignit  d'aller  à  la  chasse,  et 
ayant  fait  fouiller  le  tombeau,  il  y  trouva  le  corps 
bien  conservé.  Une  partie  seulement  des  cheveux 
qui  se  trouvaient  en  dessous  étaient  déjà  tombés  ;  mais 
le  reste  était  encore  intact  et  conservait  ses  longues 
boucles.  Le  roi  reconnut  que  c'était  le  cadavre  qu'il 
cherchaitavectantdesoin;!!  convoqua  doncrévêque 
de  la  ville,  le  clergé  et  le  peuple,  fit  allumer  un  nom- 
bre  infini  de  cierges,  et  conduisit  le  corps,  pour  y  être 
enterréj  à  la  basilique  de  Saint-Vincent,  ne  donnant  pas 
moins  de  larmes  à  la  mort  de  son  neveu  qu'il  n'en  avait 
répandu  lorsqu'il  vit  ensevelir  ses  propres  enfants. 
Après  quoi  il  envoya  Pappole,  évêque  de  Chartres,  ré* 
clamer  le  cadavre  de  Mérovée,  et  l'ensevelit  auprès  du 

X I.  —7  Un  portier  *,  vint  dire  d'un  de  ses  confrères  : 

a,JSei£peur  roi  ,  celui-ci  a  consenti  à  recevoir  une  récom- 
j)en^e jp^ur  ^e  tuer.j»jCelui  cjy'jl  ^ccnsait  fuipris,jfijapp^ 
^de  coups  et  liîO'é  Me  cruels  tourments,  i^ai?  sa^  rien 


^^^^^  ?aj^ij  d^  jefle sais  (|uel  ^oupçon,  quf Ha  le  ro}  sanslui 
dire  adieu.  Le  roi,  revenu  à  Chùlon,  ordonna  qu'on  fît 

^"'ï'CTtait  un  des  defmei"s  emfylois  dé  1« 'clériMtlilW.'* 


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482      CONTRAN  POURSUIT  L'ÉVÈQUE  TIIÉODOltE. 

périr  Boante  qui  lui  avait  toujours  été  inûdèie.  Celui-ci 
fat  cerné  dans  sa  maison  et  massacré  par  les  hommes  du 
roi.  Le  fisc  fut  mis  en  possession  de  ses  biens. 

XIL  Gomme  ensuite  le  roi  continuait  de  poursul- 
Tre  àTec  une  grande  aniroosité  i'évêque  Théodore^  et 
que  Marseille  était  déjà  rentrée  sous  la  puissance  de 
Ghildebert,  le  duc  Rathaire^  fut  envoyé  par  ce  roi 
pour  examiner  en  son  nom  rafTaîre;  mais  Raihairo 
négligeant  les  formes  de  procédure  que  le  roi  lui  avait 
prescrites,  ûi  entourer  la  maison  de  Tevêque,  Fobligea 
de  donner  caution^  et  de  se  rendre  en  présence  du  roi  Gou- 
tran»  pour  être  jugé  par  le  synode  qui  devait  se  réunir 

'  à  Mâcon^  et  comnle  devant  être  condamné  parles  évè- 
ques;  mais  la  vengeance  divine^  quia  continué  de  défen- 
dre ses  serviteurs  de  la  gueule  des  chiens  furieux,  ne  flt 
pasdéfaut.  L'évêque  étant  sorti  de  la  cité,  Rathaire  s'em- 
para deseffets  deFÉglise^  pritles  uns  pour  lui,  et  enferma 
les  autres  sous  des  scellés.  Mais  à  pein'e 
consommé  (ju'une  maladie  cruelle  s'er'niiara  de  ses  ser- 
vitèûro  f  qui  moururent  épuises  de  la  uev^e.  Son  fils 

Tplétîf  (iû  nleme  mal,  èt  il  î^énsèvelït  àvëc  de '^râhïïs  gé- 
missements dans  un  des  faubourgs  de  "Marséill^;  énÉi 

le  Mlk     ^aiip'és'ânfit  ' tèUelMèÂl  Wè  'iâi 'lknifflè;^(|ir&. 
Deïne  perisait-on  que  lui-mémë  fût  en  efat  ÏÏè  régagritr 

Toà  paysl  t'évéqu^  tut  ifètëhtt  (lal^  lé'i^  Gb^ 

'eniinenïé  sainte  té,  assidû  àrôraisbn,  et  d'éqtii  Màgndric, 

jU   Uf'  M»»  «HJê     ».      •        ...1    «.       O   I      •     4   .  .      <     l.      i    .t*     I.X^  Itf 

1  Le  texte  porte  quan  aux,  ce  qui  veut  dire  peut-être  que 
Rathaire  r  jimlMPMM^  iQAÇAiPfW.  «i^rÂ^uées  à  i^n  d,uq  sfaa.aToir 
précisément  ce  titre. 


MÉRITES  DE  CET  ÉVÉQUE,  483 

évcque  de  Trêves^  m'a  raconté  ce  qui  suit  :  a  Lorsque 
les  années  précédentes  on  TairaR  amené  ûn  roi  Childe>- 
bert,  il  était  si  rigoureusement  gardé  que,  quaad  il 
arrivait  à  une  ville  quelconque,  on  ne  lui  permettait  de 
voir  nirèvéque  ni  aucun  des  citoyens.  11  vint  à  Trêves,  et 
on  annonça  à  Tevêque  de  cette  ville  qu'on  avait  déjà  lait 
entrer  Théodore  dans  la  barque  qui  devait  Femmener^ 
secret.  L'éveque  affligé  se  leva,  et  le  suivant  en  toute  dili- 

'  gence,  parvint  à  Tatteîndre^  tandis  qu'il  était  encore  sur 
le  rivage.  II  demanda  aux  gardes  pourquoi  ils  en  usaient 
avec  cette  cruauté  de  ne  pas  lui  permettre  de  voir  son 
frère.  11  le  vit  cependant,  l^embrassa,  et  après  lui  avoir 
donné  quelques  vêtements  il  le  quitta.  Il  se  rendit  ensuite 
à  la  basilique  de  Saint-Maximin  et  se  prosterna  devant  le 
sépulcre,  se  rappelant  ces  paroles  de  Fapôtre  Jacques  : 
Priez  Vun  pour  l'autre,  afin  que  vous  soyez  guéris 
Après  avoir  longtemps  offert  au  Seigneur  sa  prière  et 
ses  larmes  pour  cpa'il  daignât  venir  au  secours  de  son 
frère,  il  sortit  de  la  basilique,  et  voilà  qu'une  ifémme, 
agitée  et  tournientée  de  1  esprit  d'erreur,  commença  a 
appeler  l'éveque  et  à  lui  dire  :  «  0  scélérat,  devenu  plus 
mecbant  pâr  les  années,  qui  offres  à  Dieu  tes  oraisons 

.  pour  notre  ennemi  Théodore  !  voua  que  nous  cherchons 
cliaqûe  jour  comment  noiis  pourrons  le  chasser  de  la 
Gaiue>  ou  il  sbufllè  sans  cesse  le  ieu  contre  noiis  ';  et  toi 
lu  ne  te  lasses  pas  de  prier  pour  lui.  11  vaudrait  mieux 
t'oiccuper  diligemment  des  soins  de  ton  Église,  pour 
empêcher  le  bien  des  pauvres  de  deperir,  que  de 

1  Èj^Ure  de  saint  Jacques,  cliap.  v,  v.  IGt 


484       AMBASSADE  DE  GONTRAN  A  CIIILDEBERT. 

l'appliquer  de  celte  sorte  à  prier  pour  lui.  »  Et  elle 
ajoutait  :  «  Malheur  à  nous  qui  ne  pouvons  parvenir  à 
le  chasser  !  »  Quoiqu'on  ne  doive  pas  s'arrêter  aux  pa- 
roles du  démon,  on  vit  cependant,  par  ce  que  nous 
venons  de  rapporter,  quelle  était  la  sainteté  de  cet 
évêque.  Mais  revenons  à  ce  sujet. 

XIII.  —  Le  roi  Contran  fit  partir  des  envoyés  pour 
aller  trouver  son  neveu  Childebert,  qui  demeurait 
alors  au  château  de  Coblentz^ ,  ainsi  nommé  parce  que 
le  Rhin  et  la  Moselle  viennent  se  réunir  en  çe  lieu  ;  et 
comme  il  avait  été  convenu  que  les  évêques  des  deux 
royaumes  se  rassembleraient  dans  la  ville  de  Troyes  en 
Champagne,  et  que  les  évêques  du  royaume  de  Chil- 
debert ne  s'y  étaient  pas  rendus,  FéUx  l'un  des  envoyés, 
après  avoir  salué  le  roi  et  lui  avoir  montré  ses  lettres, 
lui  dit  :  «  Ton  oncle,  ô  roi ,  te  demande  avec  instance 
pourquoi  tu  as  révoqué  tes  promesses,  et  pourquoi  les 
évêques  de  ton  royaume  qui  avaient  reçu  Tordre  de 
venir  au  concile,  ne  s  y  sont  pas  rendus.  Peut-être  des 
nommes  méchants  ont-us  fait  naître  entre  vous  imel- 


la  zizanie  entre  les  peuples  ;  ipais  entre  ces  deux  rois, 
OU  celui  qui  voudrait  la  répandre  trouverait-il  a  en  de- 
poser  le  germe  ?  Personné  n  ignore  que  le  roi  Childe- 
bert  n  a  d  autre  père  que  son  oncle,  et,  d  après  ce  que 

/kl  'hit    îh  lIuH./   Il  .Ihl  ,111  mI    1-,,  i,[  ^3:1'  (.1  .J 

nous  avons  entendu  récemment  encore,  celui-ci  ne 
sopgè  pas  a  se  choisir  un  autre  fijs.  Que  Dieu  né  per- 

4  Confluentes. 


DANGER  QUE  COURT  GRÉGOrRE.  485 

mette  donc  pas  qu  aucun  germe  de  discorde  croisse 
entre  ceux  qui  doirent  également  s'aimer  et  se  soute 
nir,  »  Le  roi  Cliildebert^  ayant  ensuite  tiré  à  Técart 
renvoyé  Félix,  lui  dit:^«  le  supplie  mon  seigneur  et 
père  de  ne  faire  souffrir  aucune  injure  à  Févèque 
Théodore^  car  s'il  le  faisait,  il  en  naîtrait  aussitôt  des 
contestations  entre  nous,  et  nous  serions  divisés  par  les 
empêchements  de  la  discorde ,  nous  qui  devons  de- 
meurer en  paix,  et  nous  soutenir  avec  affection.  »  L'en- 
voyé partit  après  avoir  obtenu  réponse  sur  ce  si^et  et 
sur  plusieurs  autres. 

XIY.  — Durant  notre  séjour  avec  le  roi  dans  le 
château  de  Coblentz,  une  fois  que  nous  a\ions  été 
retenu  jusqu'à  la  nuit  à  sa  table,  le  repas  fini,  nous 
nous  levâmes,  et  nous  étant  rendu  an  bord  du  fleuve, 
nous  y  trouvâmes  une  barque  qui  avait  été  préparée 
pour  notre  usage.  Gomme  nous  y  montions,  une  troupe 
•  de  gens  de  toute  condition  vint  s'y  précipiter,  et  la 
barque  se  trouva  remplie  d'honunes  et  d'eau;  mais  la 
puissapce  du  Seigneur  apparut  miraculeusement  en 
ceci  ;  car,  bien  que  la  barque  fût  remplie  jusqu'au  bord, 
elle  ne  put  enfoncer.  Nous  avions  avec  nous  les  reliques 
du  bienheureux  Martin  et  de  plusieurs  autres  saints, 
et  c'est  par  leur  vertu  que  nous  croyons  avoir  été  sauvé.  . 
La  barque  revint  au  rivage  que  nous  avions  quitté;  on 
la  vida  d'hommes  et  d'eau,  on  repoussa  les  étrangers, 
et  nous  passâmes  sans  obstacle.  Le  lendemain,  nous 
dîmes  adieu  au  roi,  et  nous  partîmes. 
XV.  —  Dans  notre  route,  nous  arrivâmes  au  château 


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486  LE  DIACRE  VULFILAIC. 

iFItoîs*.  Lâ^  nous  trouvâmes  le  diacre  Yulfitaîc  qui 

nous  conduisit  à  son  nionastèrej  où  nous  fûmes  reçu 
ayec  beaucoup  de  bienveilfauice.  Ce  monastère  est  à  eo^ 

viroa  buit  milles  du  susdit  château,  et  situé  sur  la 

cime  d'un  mont.  Vulûlaïc  y  a  h&\i  une  grande  basilique 

qu'il  a  illuslrôe  par  les  reliques  de  saint  Martin  et  de 
plusieurs  autres  saints.  Pendant  notre  séjour  en  ce  lieu, 
nous  le  priâmes  de  vouloir  bien  nous  raconter  quelque 
chose  de  son  entrée  en  religion,  et  comment  il  était 
arrivé  aux  fonctions  ecclésiastiques^  car  il  était  Lom- 
bard de  naissance;  mais  il  ne  se  souciait  pas  de  nous 
satisfaire^  cherchant  de  tout  son  cœur  à  éviter  la  vaine 
gloire.  Cependant  comme  je  le  coi\jurais  par  les  ser- 
ments les  plus  imposants,  et  avec  promesse  de  ne 
rien  divulguer  de  ce  qu'il  me  raconterait^  de  ne 
pas  me  cacher  ce  qui  faisait  Tobjet  de  mes  instance^ 
après  s'y  êlre  longtemps  refusé,  vaincu  par  mes  priè- 
res et  par  mes  serments^  il  me  dit  :  «  J'étais  encore 
un  tout  jeune  enfant,  lorsqu'ayant  entendu  pronon- 
cer le  nom  du  bienheureux  Martin  >  sans  savoir  si 
c'était  un  martyr  on  un  confesseur^  ni  ce  qu'il  avait 
fait  de  bien  dans  ce  monde ,  ni  quelle  contrée  avait 
mérité  de  posséder  le  tombeau  qui  renfermait  ses  mem- 
bres bienheureux,  je  célébrais  déjà  des  yeilles  en  son 
honneur,  et  s'il  m'arrivait  de  posséder  quelque  argent, 
je  faisais  Taumône.  En  avançant  en  âge,  je  m'appli- 
quai à  ap()rendre  mes  lettres,  et  je  sus  les  écrire  avant 
de  savoir  lire.  Je  m'attachai  ensuite  à  Tabbé  Aré* 

t  Époiium,  (V.  Géogr.) 


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RÉCIT  DE  SA  VOCATION.  487 

dius,  qui  mlnstruisit,  puis  j'allai  à  la  basilique  du  bien- 
heureux Martin.  En  quittant  ce  lieu,  Arédius  enleva 
pour  relique  un  peu  de  la  poussière  du  saint  tombeau  et 
la  suspendit  dans  une  petite  boite  à  mon  c6u.  Lorsque 
nous  fûmes  arrivés  à  son  monastère  situé  sur  le  terri- 
toire de  Lira<^es,  il  prit  la  boite  pour  la  placer  danà 
son  oratoire.  La  poussière  s^y  était  tellement  accrue^ 
que  non-seulement  elle  remplissait  toute  la  boite^  mais 
encore  s'échappait  par  les  bords  et  par  toutes  les  issues. 
Ce  miracle  éclaira  mon  âme  d'une  plus  vive  lumière,  et 
me  décida  à  placer  toutes  les  espérances  de  ma  Vie  ' 
dans  les  mérites  de  ce  saint.  De  là  je  me  rendis  dans  lè 
territoire  de  Trêves^  et  j'y  construisis  de  mes  mains^ 
sar  celte  montagne^  la  petite  denture  qû6  vous  Toyei. 
J'y  trouvai  une  statue  de  Diane  que  les  gens  du  lieu,  en- 
core infidèles,  adoraient  comme  une  divinité,  j'y  élevài 
une  colonne  suir  la(iuelle  je  me  lenails  aVèc  dè  grandes 
souffrances,  sans  aucune  espèce  de  chaussure;  et  lorè- 
qu'arrivait  le  teknps  d'hiver,  j'étaià  ïellement  brûlé  dèi 
rigueurs  de  la  gelée  que  très- souvent  elles  ont  fait 
tomber  les  ongles  de  mes  pieds^  et  l'eau  glacée  pendait 
à  ma  barbe  en  Ibrme  de  chandèlles;  car  celte  contrêè 
passe  pour  avoir  souvent  des  hivers  très-rudes.  »  Noué 
lui  démàtidâmes  ensuite  avec  instance  dé  notis  ittonlër  » 
quelles  étaient  sà  noîirrilure  et  sa  boisson^  elicoïiritaelôt  fl 
avait renvei*sé  la  statue  delà  montagne,  il  nous  dit  :  a  Ma 
noutritutre  était  uii  peu  de  pain  et  d'herbe  et  ttûts 
petite  quantité  d'eau.  Alors  commença  à  ûccburirvers  • 
m(H  une  grande  quantité  de  gens  des  villages  voisins) 


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488         IL  RENVERSE  UNE  STATUE  DE  DIANE. 

fe  leur  prêchais  continuellement  que  Diane  n'exîstatt 

pas^  que  le  simulacre  et  les  autres  objets  auxquels  ib 
adressaient  leur  culte  n'étaient  absolument  rien.  Je 
leur  répétais  aussi  que  ces  cantiques  qu'ils  avaient  cou- 
tume de  chanter  en  buvant  ^  et  au  milieu  de  leurs  dé* 
bauches,  étaient  indignes  de  la  divinité,  et  qu'il  valait 
bien  mieux  oii'rir  le  sacriGce  de  leurs  louages  au  Dieu 
tout-puissant  qui  a  fait  le  ciel  et  la  terre.  Je  priai  anri 
bien  souvent  le  Seigneur  qu'il  daignât  renverser  le  si- 
mulacre^ et  arracher  ces  peuples  à  leurs  erreurs.  La 
miséricorde  du  Seigneur  fléchit  ces  esprits  grossierSy  d 
les  disposa  à  prêter  Toreille  à  mes  paroles ,  à  quitter 
leurs  idoles  et  à  suivre  le  Seigneur.  J'assemblai  quel- 
ques-uns d'entre  eux,  afin  de  renverser,  avec  leur  »• 
cours^  ce  simulacre  immense  que  je  ne  pouvais  dé- 
truire par  ma  seule  force.  J^avais  déjà  brisé  moi-même 
les  autres  idoles^  ce  qui  était  plus  facile.  Ils  se  ras- 
semblèrent en  grand  nombre  autour  de  cette  statue 
de  Diane  ;  ils  y  jetèrent  des  cordes,  et  commencèrent  à 
la  tirer;  mais  tous  leurs  efforts  ne  pouvaient  parvenir 
à  rébranler.  Alors  je  me  rendis  à  la  basih'que,  me  pros- 
ternai à  tere,  et  je  suppliai  avec  larmes  la  miséricorde 
divine  de  détruire,  par  la  puissance  du  ciel»  ce  que  i'et* 
fort  des  hommes  ne  pouvait  suffire  à  renverser.  AprèJ 
mon  oraison.  Je  sortis  de  la  l)asiUque,  et  vins  retrouver 
les  ouvriers  ;  je  pris  la  corde,  et  aussitôt  que  nous  rs* 
commençâmes  à  tirer^  dès  le  premier  coup,  Tidole 
tomba  à  terre  ;  on  la  brisa  ensuite,  et  avec  des  rnailMi 
de  fer^  on  la  réduisit  eu  poudre.  A  cette  heure  u^toe, 


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LES  £V£QU£S  ABATTENT  SA  COLONNE.  480 

comme  j'allais  prendre  mon  repas^,  tout  mon  corps^  de- 
puis le  sommet  de  la  tête  jusqu'à  la  plante  des  pieds^ 
lut  couvert  de  pustules  malignes^  en  telle  sorte  que  je 
n'y  pouvais  trouver  un  espace  vide  de  la  largeur  du 
doigt.  Alors  j'entrai  seul  dans  la  basilique,  et  me  dé^ 
pouillai  devant  le  saint  autel.  J'avais  une  bouteille  pleine 
d'huile  que  j'avais  apportée  de  la  basilique  de  Saint- 
Martin;  j'en  oignis  moi-même  tous  mes  membres,  puis 
je  me  livrai  incontinent  au  sommeil.  En  me  réveillant 
vers  le  milieu  de  la  nuit,  comme  je  me  levais  pour  ré- 

• 

citer  les  offices  ordinaires,  je  trouvai  tout  mon  corps 
parfaitement  sain^  et  comme  si  je  n'avais  jamais  eu  sur 
moi  le  moindre  ulcère,  et  je  reconnus  que  cette  plaie 
n'avait  pu  m'être  envoyée  que  par  la  haine  de  Tennemi 
des  hommes;  car  toujours  plein  d'envie,  il  s'efforce  de 
nuire  à  ceux  qui  cherchent  Dieu.  Les  évéques  qui  au- 
raient  dû  me  fortifier,  afin  que  je  pusse  parfaire  l'ou- 
vrage que  j'avais  commencé,  survinrent  et  me  dirent  : 
a  La  voie  que  tu  as  choisie  n'est  pas  la  bonne  voie,  et 
loi,  indigne,  tu  ne  saurais  t'égaler  à  Siméon  d'Antioche, 
qui  vécut  sur  sa  colonne.  La  situation  du  lieu  ne  permet 
pas  d'ailleurs  de  supporter  une  pareille  souffrance; 
descends  plutôt,  et  habite  avec  les  frères  que  tu  as  ras- 
semblés. »  Â  ces  paroles,  pour  n'être  pas  accusé  du 
crime  de  désobéissance  envers  les  évéques»  je  descendis, 
et  j'allai  avec  eux,  et  pris  aussi  avec  eux  le  repas.  Un 
jour  l'évêque,  m'ayant  fait  venir  loin  du  village,  y  en- 
voya des  ouvriers  avec  des  haches,  des  ciseaux  et  des 
marteaux,  et  ht  renverser  la  colonne  sur  laquelle  j'a- 


|d$  MIRACL{:S  DE  SAINT  MARTIN. 

T9ÎS  coatume  de  me  tenir.  Quand  je  revips  le  lende- 
main^ je  trouTai  tout  détrait;  je  pleurai  amèrement; 
Ifiaisje  |ke  youIus  pas  rétablir  ce  q^^on  avait  abattu^  de 
ffsav  qu'on  ne  m'accusât  de  contrerenir  aux  ordres  des 
^êques  ;  et  depui^  ce  temp^  |e  demeuraici,  et  me  con- 
fite d'habi^r  ayec  mes  frères.  i{ 

XYI.  —  Comme  nous  lui  demandions  de  nous  faire 
connaître  quelques-uns  des  miracles  opérés  en  ces 
Heax  par  les  mérites  du  bienheureux  Martin ,  il  nous 
rapporta  ceci  :  a  Le  fils  d'un  Franc ,  de  la  plus  grande 
noblesse  panni  les  siens,  était  sourd  et  niuet.  Les  pa- 
rftnts  de  l'enfant  Tayant  amené  à  celte  basilique,  j'or- 
donnai qu'on  lui  mit  un  lit  dans  ce  temple  saint  pour 
If)  çoucher  avec  mon  diacre  et  un  autre  des  ministresde 
FÉglise*.  Le  jour  il  vaquait  à  l'oraison,  et  la  nuit, 
g)mme  |e  l'ai  dit,  il  dormait  dans  la  basilique.  Dieu  eut 
pitié  de  Ini,  et  le  bienheureux  Martin  m'apparat  dans 
une  vision  et  me  dit  :  «  Fais  sortir  Tagaeau  de  la  basi- 
Iique,çar  il  est  guéri.i»Le  matin  arrivé,  comme  jecroyais 
que  c'était  un  songe,  Tenfant  vint  vers  moi,  se  mit  à 
parler  et  commença  à  rendre  grâces  à  Dieu,  puis  se  tour^ 
qant  vers  moi,  il  me  dit  :  «  J*offi'e  mes  actions  de  grfloes 
^ l^ieu  tout-puisss^nt  qui  m'a  rendu  la  parole  et  Toule.  » 
pès  ce  moment  il  recouvra  la  parole  et  retourna  dans  sa 
demeure.  Un  autre  qui,  mêlé  à  plusieurs  vols  et  cou- 
l^ble  de  diverses  sortes  de  crimes,  avait  coutume 
de  se  parjurer  toutes  les  fois  qu'il  était  accusé  de 

t  On  appelait  mhûtki  êecUtim,  les  prêtres  ati&cHéf  àiuieégUfe 
f  t  <|ui   remplissaient  les  diverses  fonctions  ecdésîastiqiies. 


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MÎRACLKS  DE  SAl.NT  MARTIN.  491 

iFpl,  dit  :  a  Jlrai  à  (a  basilique  du  bienheureux  Marr 
Un,  et 9  prêtant  serment,  je  serai  absous.»  Au  mo- 
H^ept  où  il  entrait^  sa  hache  écliiappa  de  sa  im^JXl 
cpurut  à  la  porte  saisi  d'une  violente  douleur  au  cœur> 
et  le  malheureux  coofessa  de  sa  bouche  le  crime  dont 
iX  yraaii  se  laver  par  un  parjure.  Un  autre,  accusé  d'a- 
voir mis  le  feu  à  la  maison  de  son  voisin,  dit  également  : 
g  4'irai     temple  de  saint  Martin,  j['y  jurerai  ma  foi,  et 
ç^ai  d^hargé  de  cette  accusation.  »  Il  était  certain  qu'il 
ftY^it  mis  le  feu  à  celle  maison.  Lors  donc  qu'il  vint 
|Kmr  prêter  serment,  je  me  tournai  vei^  lui  et  lui  dis: 
a  D'après  l'assertion  de  tes  voisins,  tu  ne  peux  être  în- 
Qoceat  de  ce  crime,  mais  Dieu  e&t  partout  et  sa  puissance 
balHte  9u  dehors  comme  od  dedans;  ainsi  donc,  si  tu  es 
pris  de  ceUe  vaine  coiiliance  que  Dieu  ou  ses  saints  ne 
îpe  Tangent  pas  du  paijure,  voilà  devant  toi  le  temple 
saint.  Jure,  si  tu  le  veux  ;  car  il  ne  te  sera  pas  permis 
de  passer  le  seuil  sacré.  »  11  leva  les  mains  et  dit  id  Par 
le  Dieu  ioul  puissant  et  par  les  mérites  de  bienheureux 
Martin  son  évêque,  je  ne  suis  pas  l'auteur  de  cet  incen- 
die. 9  Lorsqu'il  s'en  allait  après  avoir  ainsi  prêté  ser- 
ment, on  le  vit  comme  entouré  de  feu,  et  aussitôt  se 
précipitant  par  terre,  il  commença  à  crier  que  le  bien- 
heureux évêque  le  brûlait  avec  violence,  ce  mal- 
heureux disait:  «  J'atlesle  Dieu  que  j'ai  vu  descendre 
du  ciel,  et  que  d'épaisses  vapeurs  m'environnent  et 
m'embrasent.  »  En  disant  ces  paroles  il  rendit  Tesprit. 
Ce  fut  un  avertissement  à,  beaucoup  d'autres  de  n'a- 
voir plus  la  hardiesse  de  se  parjurer  désormais  en  ce 


m  PRODIGËS. 

lieu.  »  Le  diacre  me  raconta  encore  plusieurs  autres 
miracles  qu'il  serait  trop  long  de  rapporter  foi. 

XYII.  —  Pendant  mon  séjour  dans  ce  lieu  nous 
vîmes,  deux  nuits  de  suite,  des  signes  dans  le  cieL  D 
parut  du  côlé  du  nord  des  rayons  d'une  si  brillante 
clarté  qu'on  n'en  avait  pas  encore  vu  de  pareils^  et  des 
deux  côtés,  à  Torient  et  à  Foccident,  se  montraient  des 
nuages  couleur  de  sang  ;  la  troisième  nuit  ces  rayons 
apparurent  vers  la  seconde  heure,  et  voilà,  pendant 
que  nous  les  regardions  avec  élonnemenl,  que  des  quatre 
points  du  monde  s'en  élevèrent  de  semblables;  nous  eo 
vknes  tout  le  ciel  couvert.  Il  y  avait  au  milieu  du  firma- 
ment une  nuée  brillante  où  les  rayons  allaient  se  réunir 
à  la  manière  d'une  teinte  dont  les  plis,  beaucoup  plus 
larges  par  en  bas^  se  réuniraient  par  le  haut  en  guise  de 
faisceau  en  formant  comme  une  sorte  de  capuchon;  au 
milieu  de  ces  rayons,  on  voyait  d'autres  nuages  ou  des 
clartés  tlamboyantes.  Ce  signe  nous  pénétra  d'une  grande 
crainte,  et  nous  nous  attendîmes  à  voir  le  ciel  nous  en- 
voyer quelque  plaie. 

XVI 11.  —  Le  roi  Childebert,  pressé  par  les  lettres  de 
l'empereur  qui  lui  redemandaitl'or  qu'il  lui  avait  donné 
Tannée  précédente,  envoya  une  année  en  Italie.  On 
disait  aussi  que  sa  sœur  ingonde  avait  été  transportée  à 
Ck>n8tantinople;  mais  la  division  se  mil  entre  ses  chefe, 
et  ils  revinrent  sans  avoir  fait  aucune  acquisiiioa  avan- 
tageuse. Le  duc  Wintrio,  chassé  par  les  gens  du  pays 
qu'il  gouvernait,  perdit  soUiduché  et  il  aurait  été  misa 

t  La  Champagne. 


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t>LUSIEURS  DUCS  ET  COMTES.  493 

mort,8^il  n'eni  cherché  sonsalut  danslafuite;  mais  par  la 

suite,  le  peuple  s'apaisa,  et  il  recouvra  son  duché.  Nicet, 
dépossédé  de  son  comté  d'Auvergne  par  renvoi  d'Eula- 
lius^soUicita  du  roi  un  titre  de  duc  et  lui  fit,  pour  celay 
d'immenses  présents.  C'est  ainsi  qu'il  obtint  d'être  in- 
stitué duc  dans  les  cités  de  Glermont,  de  Rodez  et 
Uzès.  C'était  un  homme  très-jeune^  mais  d'un  esprit 
pénétrant.  Il  mit  la  paix  dans  la  contrée  d'Auvergne  et 
dans  les  autres  lieux  de  sa  juridiction.  Le  Saxon  Ghil- 
déric,  tombé  dans  la  disgrâce  du  roi  Contran  pour  la 
cause  qui  avait  obhgé^  comme  nous  Favons  dlt^  certains 
autres  à  s'enfùir,  se  réfiigia  dans  la  basOique  de  Saint- 
Martin^  laissant  sa  femme  dans  le  royaume  dudit  roi. 
Celui-ci  avait  défendu  qu'elle  osât  revoir  son  mari,  Jus*^ 
qu'à  ce  qu'il  fût  rentré  en  grâce.  Nous  envoyâmes  sou- 
vent  vers  lui  pour  cet  objets  et  enfin,  nous  obtmme» 
que  Childéric  reprendrait  sa  femme  et  demeurerait  de 
Taulre  côté  de  la  Loire,  sans  se  |)erinettre  cependant 
d'aller  trouver  le  roi  Childeliert  ;  mais  lorsqu'on  lui  eut 
donné  la  liberté  de  reprendre  sa  femme,  il  passa  en 
secret  vers  ce  roi,  et  celui-ci  l'ayant  créé  duc  des  cités 
d^outre-Garonne  qui  sont  sous  sa  domination,  il  alla  s'y 
établir.  Le  roi  Contran  voulant  pourvoir  au  gouverne- 
ment du  royaume  de  son  neveu  Clotaire,  fils  de  Chil« 
périC;  nomma  Théodulf  comte  d'Angers.  Celui-ci,  après 
avoir  été  introduit  dans  la  ville,  en  fut  repoussé  avec 
hcmte  par  les  citoyens  et  par  Domégésile;  il  retourna 
vers  le  roi  qui  lui  donna  de  nouveaux  ordres.  Il  fut  in- 
stallé par  le  duc  Sigulf^et  gouverna  la  cité  en  qualité  de 

I.  3S 


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AOt{    CRIMES  ET  nÊBAUCllES  DE  L'ABBÉ  DAGULF. 

comlo.  GoudovaUl  ayant  élé  fail  comte  de  Melun  à  la 
place  de  Giierpin,  prit  possession  de  la  cité  et  se  mit  en 
Revoir  d'y  exercer  les  fonctions  judiciaires.  Mais  un 
jour  qu'il  parcourait  le  territoire  de  la  cité  dans  l'exer- 
çiçecje  ses  fonctions,  il  fut  tue  dans  une  villa  par  Gnerpin. 
Ses  parents  réunis  toml)èrcnl  sur  le  meurtrier,  l'enfer- 
mèrent dans  le  poêle  de  sa  maison  et Iç  tuèrent.  Ainsi  une 
prompte  mort  les  dépouilla  l'un  et  l'autre  de  leur  çomté. 

XIX.  —  L'abbé  Dagulf  était  souvent  accusé  de  crimes; 
il  avuit  commis  des  vols  et  des  homicides,  et  se  livrait  à 
l'adultère  avec  une  grande  dissolution.  En  ce  temps  il 
s'était  épris  de  concupiscence  pour  la  femme  de  son 
voisin,  et  entretenait  avec  elle  un  commerce  illégitime, 
cherchant  toutes  les  occasions  d'attirer  k  mari  de  cette 
adultère  dans  l'enceinte  de  son  couvent  pour  le  tuer. 
Çnfm  il  lui  signifia  que  s'il  approchait  de  sa  femme  il 
serait  puni.  Cet  homme  quitta  donc  sa  pauvre  demeure; 
et  Dagulf,  venant  de  nuit  avec  un  de  ses  clercs,  entra 
dans  la  maison  de  la  prostituée;  ils  burent  longtemps, 
s'enivrèrent  et  se  couchèrent  dans  le  même  lit.  Tandis 
qu'ils  dormaient  le  mari  vint,  alluma  de  la  paille,  et  les 
tua  tous  deux  à  coups  de  hache.  Cet  exemple  doit  ap- 
prendre çiux  clercs  à  i^e  pas  avoir  commerce  avec  les 
femmes  d'autrui,  ce  que  leur  interdisent  les  lois  cano- 
niques ainsi  que  toutes  les  saintes  Écritures,  et  de  se 
contenter  de  celles  qu'ils  peuvent  posséder  sans  crime, 

XX .  —  Cependant  le  jour  d3  l'assemblée  arriva,  et  les 
évêques, sui  vaut  Tord re  du  roi  Contran ,  se  réuni  rent  dans 
la  ville  de  5lâcon.Faustien,que  Gondovald  avait  fait  or- 


STNODB  DE  MAÇON.  4tKS 

donner  évêque  de  Dax,  fut  exclus  de  ce  siège;  Bertrand, 
Oreste  et  Pallade^qui  lui  aTaient  donné  la  béiiédictiotij 
fuient  condamités  à  le  tiottrrfrtonr  àlour  ët  à  la!  compk 
ter  chaque  année  cent  pièces  d'or.  Nicet,  naguère  laïque, 
noitfimé  antérieurement  lies  ordfes  du  roiCbilpérie, 
fut  promu  à  l  evôclié  de  cette  ville.  Ursicin,  évè(|iie  de 
€ahor8y  fut  excommunié  parce  qu'il  avoua  publiquement 
«Tôir  accueilli  Gondovald.  Il  «e  soumit  à  une  péni- 
tence de  trois  ans,  pendant  laquelle  il  ne  couperait  pas 
sè  barbe  et  ses  cheveux,  s^abstiendrait  de  ¥in  et  de 
viande,  sariis  qu'il  lui  fût  permis  non  plus  de  célébrer  la 
messe,  d'ordonner  des  clercs,  de  bénir  les  églises  et  les 
Mnies  huMes,  ou  de  donner  leis  entogies.  dépendant  ou 
lui  permit  d'administrer  comme  d'ordinaire  les  affaires 
de  ilËgliise  soumise  a  sa  juddiction.  Un  des  évéqueii 
prétendit  'dunili  ce  'synode  qu'on  tae  devait  pàd  com- 
prendre les  femmes  sous  le  nom  d'hommes.  Cepen- 
dant les  aiiB^menis  dés  évéques  le  firent  revenir  de  ce 
sentiment,  parce  qu'on  lui  montra  que  les  livres  sacrés 
de  l'Ancien  Testament  nous  enseignent  a  qu'au  jour  où 
IHeu  <^éa  Tbornlhe,  il  les  créa  tnàte  et  femelle,  ét  leur 
donna  le  nom  d'Adam  ^;i>  ce  qiii  signifie  l'homme  de 
teriie,dé8ignantl'liommeetlafemmeparunmémenom,  ' 
et  les  appelant  tous  les  deux  f^omme.  Jésus-Christ  est 
nommé  le  Fiisde  l  homme,  parce  qu'ilestnéd'une  vierge, 
e'eBlpà-dired'«iiefélnroe  à  laquelle  il  dit,  lorsqu'il  s'ap- 
prêtait à  changer  l'eau  en  vin  :  Femme,  qu'y  a-t-il  dè 
t»nmm  mtrt  vous  et  mot'?  et  d'autres  paroles.  Ces 

*  OfeiUs^^chap.  V,  v,let2.  ^ Èvang.  selotïsaintJean,chtL]f,ii,r,i, 


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m  CHILDEBERT  £1  GONIRAN-BOSON^ 

témoignages  et  pludeun  encore  le  conTaincpiiraik 

et  firent  cesser  la  discussion.  Prétextai,  évêque  de 
Rouen,  récita,  deyani  les  évéques,  des  oraisons  qu'il 
aTait  composées  pendant  son  exil.  Elles  plurent  à  quel- 
ques-uns ;  quelques  autres  les  critiquèrent^  parce  qu'il 
n'y  avait  pas  observé  les  règles  de  Tart.  Cependant 
le  style  en  était  en  plusieurs  endroits  ecclésiasliqi» 
et  convenable.  11  y  eut  une  grande  rixe  entre  les  seni- 
teursde  Tévéque  Prisons  et  du  dnc  Lendégésile.  L'évéqne 
.Priscus  olfrit  beaucoup  d'argent  pour  acheter  la  paix. 
Dans  ces  jours-là,  le  roi  Contran  tomba  si  grièvement  | 
malade  que  quelques-uns  pensèrent  qu'il  n'en  poumB 
réchapper.  Je  crois  que  ce  fut  un  etlet  de  la  Providence 
divine,  car  il  avait  le  projet  d'envoyer  beaucoup  d'évé- 
ques en  exil.L'évêque  Théodore,  revenu  dans  sa  ville,  J 
lut  accueilli  par  le  peuple  ayec  joie  et  £aveur. 

XXI.  —  Pendant  ce  synode ,  Ghildebert  réunit  la 
siens  à  sa  maison  de  Bulson  située  au  milieu  de  la  forêt 
des  Ardennes.  Là,  la  reine  Bninehaui  implora  tous  les 
grands  pour  sa  fille  Ingonde,  encore  retenue  en  Afri- 
que; mais  elle  en  obtint  peu  de  consolation.  Une 
accusation  s'éleva  contre  Contran -Boson.  Pea  de 
jours  auparavant,  une  parente  de  sa  femme,  morte 
sans  enfants,  avait  été  enterrée  dans  une  basilique  de 
la  ville  de  Metz  avec  beaucoup  de  joyaux  et  d'or.  Sa^ 
vint  la  féte  de  saint  Remi,  qui  se  célèbre  au  mois 
d'octobre.  Beaucoup  de  citoyens,  et  en  particulier  tel 
principaux  de  la  ville  et  le  duc,  en  étant  sortis  avec 

t  B^tonmeui,  (V*  Géogr.) 


CHÂTIMENT  DE  60NTRAN-B0S0N.  487 

révêque.  les  serviteurs  de  Gontran-Boson  Tinrent  à  la 
basiliqueoù  élait  ensevelie  cette  femme  :  ils  y  entrèrent, 
fermèrent  les  portes  sur  eux,  cruvrirent  le  sépulcre,  et 
enlèveront  du  corps  de  la  défunle  tous  les  joyaux  qu'ils 
trouvèrent.  Les  moines  de  la  basilique,  instruits  de  cette 
Tiolation,  accoururent,  mais  on  ne  leur  permit  pas  d'en« 
trer.  Alors  ils  allèrent  avertir  Févêque  et  le  duc.  Les  ser- 
viteurs, leur  vol  accompli,  montèrent  à  cheval  et  s'en* 
fùîrent.  Mais,  craignant  d'être  saisis  en  route  et  d'avoir 
àsubirdivers  châtiment^,  ils  retournèrent  à  la  basilique, 
remirent  ce  qu'ils  avaient  dérobé  sur  Pautely  et  n'osant 
plus  sortir,  ils  s'écriaient  :  «C'est  Gontran-Boson  qui 
nous  a  envoyés.  »  Lorsque  Childebert  et  ses  grands  f u* 
rent  réunis  en  plaid  dans  ladite  villa,  Gontran-Boson  in- 
terpellé sur  cette  atîaire,  ne  répondit  pas  et  s'enfuit  se- 
crètement. On  lui  enleva  fout  ce  qu'il  tenait  en  Auvergne 
de  la  munificence  du  fisc,  et  il  fut  obligé  d'abandonner 
avec  honte  des  biens  qu'il  avait  envahis  injustem^t* 

XXIl.-!-Laban,  évêque  d'Eause  S  mourut  cette  même 
année,  et  eut  pour  successeur  un  ex-laïque  du  nom  de 
'Didier;  «Le  roi  avait  cependant  promis  avec  serment 
qu'il  ne  choisirait  jamais  d'évêque  parmi  lèlé^ï(|uëSl'ÉÉs 
•que  ne  peut,  sur  te  cœur  dès  mbrtéls,  ta  AéteîtaWe  soif 
AH'l'brt^H^d,  ri^véhaiit  dh  à^iièdè, ïùt'  Msiàe% 
fièvre.  11  manda  le  diacre  Waldon/qui  aVait  àiissl  re^Jh 
.  iliiliaiiteme^ênomayBer^^^^^ 
'Ail  sac^erd'^  èt  le  soiii'db  i6Uj^yé8'Biyn^;&bt*^^é"i(b 


496         CHATIMENT  DE  PLUSIEURS  ÉVÉQUBS. 

propriétés  héréditaires  que  des  bénéfices  qu'il  avait 
reçus.  Après  le  départ  de  Waldon,  Bertrand  rendît  l'es- 
jgnU  Le  diacre  alla  trouver  le  roi  avec  des  présents  et 
Pacte  de  sa  nomination  par  les  citoyens;  nnais  il  n'en 
put  rien  obtenir;  celui-ci  ordonna  qu'on  sacrai  évé- 
que  Gondégésile^  comte  de  Saintes,  autrement  nomnié 
Dodon,  et  cet  ordre  reçut  son  exécution.  Avant  le 
synode,  plusieurs  des  clercs  de  Saintes*  d'accord  afse 
le  métropolitain  Bertrand,  avaient  écrit  contre  leur 
éTéque  Pallade  des  choses  propres  à  le  couvrir  de  con- 
fusion; après  la  mort  de  Bertrand,  cet  évéque  les  fit 
saisir,  les  battit  cruellement,  et  les  dépouilla.  En  ce 
temps monrutWandelin, gouverneur^  du  roi  Gbilde- 
bert.  On  ne  mit  personne  en  sa  place,  parce  que  la 
reine  voulut  elle-même  prendre  soin  de  son  ûls.  On 
mit  au  fisc  tout  ce  qu'il  avait  obtenu.  £n  ce  même  temps 
mourut  aussi  le  duc  Bodégésile,  plein  de  jours^  dont  tous 
les  biens  passèrent  à  ses  enfants.  Fabius  fut  nomnié 
évèque  d'Auch,  en  remplacement  de  Fauste,  et.  après 
la  mort  de  saint  Sauve,  Désiré  fut^^c^Ue^smnéf ,  f^qiflHé 
évâque  d'Albi. .  ,  .  .  . 

XXiri.— Il  y  eut  cette  année  des  pluies  abondanteSi 
et  les  rivières  grossirent  au  point  de  causerjae  Rcanos 

tsl  -'.T.  »5U.>-    llil     Tli'tli',"»  r»f»     ii«.nt  .     ,t      1.11,  il  f^fl  I  toi 

dégâts  ;  les.  eaiix,  sortant  de  leur  lit  enleyèrent  les  mois- 
§bns  voisines  et  couvrirent  les  prairies.  Les  mois  de 
prmtemps  et  d  ete  furent  si  pluvieux  qu  on  s  y  seraii 
cru  en  biver  plutôt  que  dans  le  temps  des  chaleurs. 
XXI  Y.— Lamcme  année,  deux  îles  de  la  mer  fur^'i' 


EAU  CHANGÉE  EN  SANG.  4d0 

consumées  dans  un  incendie  allumé  par  }e  feu  divin. 
Pendant  sept  jours  les  hommes  et  les  troupeaux  péri- 
rent brûlés.  Ceux  qui  fuyaient  dans  la  mer,  et  tirééi- 
pitaient  dans  ses  abîmes^  brûlaient  au  milieu  de  TeaU 
où  ils  se  plongeaient,  et  ceux  qui  tie  mouraient  pas 
sur-le-cbamp  étaient  en  proie  à  de  plus  cruels  tour- 
ments. Tout  fut  réduit  en  cendres  et  recouvert  par  les 
eaux  de  la  mer.  Beaucoup  de  gens  disaient  que  les 
signes  que  nous  avions  vus,  ainsi  que  nous  Fa  vous  rap- 
portéy  dans  le  huitième  mois,  lorsque  le  ciel  nous  pairut 
ardent,  n'étaient  autre  chose  que  la  lueur  de  cet  in- 
cendie. * 
XXY.  —  Dans  une  autre  Ue  dépendante  dé  la  cité  de 
Vannes,  il  y  avait  un  grand  étang  remph  de  poissons^ 
dont  Teau,  à  la  profondeur  d'une  aune,  se  cfaangeit  en 
sang.  Pendant  plusieurs  jours  il  s'assembla  autour 
de  cet  étang  une  multitude  innombrable  de  chiens  et 
d'oiseaux  qui  buvaient  ce  sang,  et  le  soir  s'en  âUàiéht 
rassasiés. 

XXVI.  -Ennodiusfut  fait  duc  désciîes'âe  fciifts 

erâe!  p^f^:«i^fè,;q^  ijâVwtf^Sntgoi. 

Vernées,  était  suspect  d'avoir,  avec  son  compagnon  Àt- 
ciegesile,  énleve  sécrëîemént  ïés  ties^  (iufôi  iâigl&èitoÉ. 
'iors  doue  qu'il  se  rendait  ^âns  les  deux  susdites 'Sites 
formant  son  duché,  le  duc  Rauchingué  s  empara.  Bar 
artifice,  de  lui  et  de  son  compagnon,  et  les  chkrgea  de 
liens.  Ou  envoya  aussitôt  dans  leur  maison  des  s<érfi- 
leUrs  qui  enlevèrent  teaiifc^^^  !ët(r\^. 
partenaieut,  et  plusieurs  aussi  provenant  Ûes 'trésors 


500  EXPÉDITION  DE  SEPTIMANIE. 

dont  }\i  parlé.  Le  tout  fut  porté  au  roi  Cbildebert.  On 

poursuivi^  Faffaire,  et  l'épée  était  déjà  levée  sur  leur 
iôte  lorsque I  par  rintervenlion  des  évêques,  on*  leur 
rendit  la  liberté  ;  mais  on  se  leur  restitua  rien  de  ce 
qu'on  leur  avait  pris. 

XXVII,  — Le  duc  Didier  se  rendit,  arec  quèîq'^?s 
évêques  et  l'abbé  Arédius,  près  du  roi  Contran.  Le  roi 
lui  ùi  d'abord  un  très-mauvais  accueil;  mais  ensuite, 
vaincu  par  les  prières  des  évêques,  il  le  reçut  en  grâce. 
Eulalius  voulut  le  metlre  en  cause,  parce  que  sa  femme 
Tavait  abandonné  pour  Didier;  mais  tourné  en  ridi- 
cule>  et,  rempli  de  confusion^  il  fut  réduit  au  silence. 
Didier  reçut  des  présents  du  roi  et  partit  emportant  ses 
bonnes  grâces. 

XXVIII.  —  Ingonde,  que  son  mari  avait  laissée, 
comme  nous  Tavons  dit,  avec  l'armée  de  l'empereur, 
fut  envoyée  à  ce  prince  avec  son  fils  encore  enfant. 
Mais  pendant  son  voyage,  elle  mourut  en  Afrique  et  y 
fut  ensevelie.  Leuvigild  mit  à  mort  son  fils  Ënnéné* 


ffild»  dont  elle  ayait  été  la  femme.  En  sorte  que  le  roi 

r   .   lu     'h    Mit.  fir.l    fiil     .u!.,.,ut  I  7/ 

Gontran.  irrité,  fit  marcner  une  armeë  contre  l'Espa- 
ghe.  avec  I  mtention  de  soumeitre  d  abord  a  sa  aoau- 
iiationlaSeptifnanie,  située  sur  le  territoire  des  Gaiiles., 
L'armée  se  mit  mimediatemenl  en  marché.  Tabdis' 
qu  elle  avançait,  je  ne  sais  quels  paysans  saisirent  un 


Lillet  qu'ils  firent  passer  au  roi  Gônlran,  et  dans  leque!' 
il  paraissait  que  Leuvigild  écrivait  a  Fi^édegotadè 
l'ença^er  a  trouver  quelque  moyen  pour  empêcher  la 
%arche  de  l'arniée.    traites 'prompfeinent''^rir' m 


FHÉDÉGONDE  TENTE  D'ASSASSINEH  JiUUNEHAUT.  501 

ennemis^  Ghildebert  et  sa  mère,  et  faites  la  paix  avec 
]é  roi  Goniran^  en  Fachetant  par  beaucoup  de  pré- 
sents. Si  vous  manquez  d'argent,  nous  vous  en  en- 
verrons en  secret;  faites  seulement  ce  que  nous  tous 
demandons.  Quand  nous  serons  vengés  de  nos  enne- 
mis, récompensez^  par  des  bienfaits»  l'évéque  Amé» 
lius  et  la  matrone  Leuba,  par  le  moyen  desquels  nos 
messagers  trouvent  un  passage  pour  aller  jusqu'à 
TOUS.  i>  Leuba  est  la  belle-mère  du  duc  Biadaste. 

XXIX.  —  Malgré  cet  avis  donné  à  Contran,  et  bien 
que  celui-ci  l'eût  transmis  à  son  neveu»  Frédégonde 
n'en  fit  pas  moins  fabriquer  deux  couteaux  de  fer  dans 
lesquels  elle  ordonna  de  pratiquer  des  entailles  assez 
profondes  pour  recevoir  du  poison»  afin  que  si  le  coup 
n'était  pas  mortel,  Taclion  du  poison  arrachât  promp- 
tement  la  vie.  £Ue  remit  ces  couteaux  à  deux  clercs, 
et  leur  donna  ainsi  ses  instructions:  «  Prenez  ces 
glaives»  et  rendez- vous  au  plus  vite  près  du  roi  Childe- 
bert»  sous  Tappacence  de  mendiants  puis  tous  jetant  à 
ses  pieds,  comme  pour  lui  demander  Taumône,  percez- 
lui  les  deux  flancs»  aOn  que  Bruneliaut  qui  le  gouverne 
aTec  arrogance  se  trouve  par  sa  chute  soumise  à  mon 
pouvoir.  Si  le  jeune  homme  est  si  bien  gardé  que  vous 
ne  puissiez  arriver  jusqu'à  lui»  tuez  mon  ennemie  elle- 
même.  La  récompense  qui  vous  attend  pour  cette  ac- 
tion» c'est  que  si  vous  y  trouvez  la  mort»  je  donnerai 
des  biens  à  tos  parents,  et  je  les  enrichirai  de  présents» 
et  les  rendrai  les  plus  iieureux  de  mon  royaume.  Ban- 
nissez donc  toute  crainte»  et  que  les  terreurs  de  la 


dO)       ASSASSINS  ENVOYES  PAR  FRÉDEGONOE.  r 

mort  n'entrent  pas  clans  voire  sein,  car  vous  savez  que  , 
tous  les  hommes  sont  sujets  à  la  mort.  Armez  tos  âmes 
de  cotirage,  et  considérez  tout  ce  que  vous  voyei  j 
d'hommes  vaillants  se  précipiter  dans  les  combats ,  d'où  \ 
Il  résulte  que  leurs  parents  sont  anoblis  ^  surpassent 
tous  les  autres  par  leurs  immenses  richesses,  et  sont 
élevés  au-dessus  de  tous.  »  Tandis  que  cette  femme 
pariait  ainsi,  les  clercs  commencèrent  à  trembler,  re- 
gardant comme  très-diflicile  d'accomplir  ce  qu'elle  or- 
donnait. Les  voyant  incertains,  elle  leur  fit  prendre  ua 
l>reuvage,  puis  leur  ordonna  d'aller  où  elle  les  envoyait. 
Aussitôt  la  vigueur  rentra  dans  leurs  âmes,  et  ils  pro- 
mirent d'accomplir  tout  ce  qu'elle  leur  avait  coin-  | 
mandé.  Néanmoins  elle  leur  ordonna  d'emporter  un  vase 
plein  de  ce  breuvage,  disant  :  a  Lorsque  vous  voudrez 
fàlrèce  que  je  vousordonne,  le  matin  avant  de  commen- 
cer votre  entreprise,  prenez  cette  boisson,  elle  vous  don- 
nmL  la  résolution  nécessaire  à  votre  entreprise.»  Aprâ 
les  avoir  instruits  do  cette  manière,  elle  les  fit  partir. 
Ils  se  mirent  en  route,  mais  en  arrivant  à  SoissoosA  ils 
fttrerit  pris  par  le  duc  Rauchingue;  Interrogés,  ils  firent 
un  aveu  complet,  et  furent  jetés  en  prison  chargés  de  * 
liens.  Peu  de  jours  après,  Frédégonde,  inquiète  de  sar 
voir  si  ses  ordres  avaient  été  accomplis,  envoya  un  ser- 
viteur s'informer  de  ce  qui  se  disait  dans  le  public, 
pour  Iftcter  de  découvrir  par  quehj  ue  indice  s'A  y  avait  i 
lieu  de  croire  que  Childebert  eût  été  tué.  Le  servitiur  j 
partit  et  vint  à  la  ville  de  Soissons  :  là,  ayant  eoleodu  | 
dire  que  les  clercs  étaient  retenus  ên  prisou,  il  s'appit)- 


11^  SONT  PRIS  £T  MIS  A  MORT.  &03 

dia  de  la  porte;  mais  comme  il  commençait  à  s'entre- 
tenir avec  les  gardiens,  il  fut  pris  lui-même  cl  retenu. 
Alors  tous  ensemble  furent  envoyés  au  roi.GUildebert. 
Interrogés,  ils  découvrirent  la  vérité,  déclarant  que 
Frédégondç  les  avait  envoyés  pour  tuer  le  roi.  a  La 
reine,  dirent-ils,  nous  avait  ordonnés  de  dous  présen* 
ter  sons  Tapparence  de  mendiants,  et  nous  voulions  te 
percer  d'un  poignard  au  moment  où  nous  aurions  em- 
brassé tes  pieds  pour  te  demanderquelque  aumône,  et 
si  le  coup  porté  par  le  fer  ne  s'enfonçait  pas  assez  vi- 
goureusement, le  poison  dont  il  était  empreint  devait 
plus  rapidement  pénétrer  jusqu'à  ton  âme.  b  Lorsqu'ils 
eurent  ainsi  parlé,  on  les  appliqua  à  divers  tourments, 
on  leur  coupa  les  mains,  les  oreilles  et  les  narinefs^  et 
ils  monnirent  chacun  d'une  mort  tlilTérente. 

XX}(.  —  Le  roi  Gontran  ordonna  donc  a  SQp  armée 
de  marcher  en  Espagne,  disant  :  «  Soumettez  d'al>ord  à 
notre  domination  la  |)rovince  de  Septimanie  qui  est  voi- 
sine des  Gaules;  car  il  est  honteux  que  les  frontières  de 
ces  liorriblcs  Gollis  s'étendent  jusque  dans  les  Gaules.  » 
Alors  les  troupes  de  son  royaume  se  mirent  en  marche 
▼ers  ce  lien.  Iics  peuples  qui  habitaient  au  delà  de  la 
Saône,  du  rUiùnc  vl  de  la  Seine,  unis  avec  les  Bourgui- 
gnons, dévastèrent  les  bords  do  la  Saône  et  du  Rhône, 
enlevant  li*s  récoltes  et  les  troupeaux.  Ils  commirent 
dans  leur  propre  pays  beaucoup  de  meurtres,  d'incen- 
dies, de  pillages;  ct^  dépouillant  les  églises,  tuant  les 
elercs,  les  prêtres  et  beaucoup  d'autres,  jusque  sur  les 
saints  autels  de  Dieu,  ils  parvinrent  à  la  ville  de  Mîmes, 


"1 


604  KAVAGES  EN  SEPXIMANIË. 

Les  gens  de  Bourges,  de  Saintes,  de  Périgueux,  d*An- 
goulême  et  des  autres  cités  soumises  à  la  puissance  du 
roi  Contran,  arrivèrent  de  leur  côté  à  Garcassonne  en 
commettant  les  mêmes  ravages.  Lorsqu'ils  approchè- 
rent de  la  ville,  les  habitants  ouvrirent  d'eux-mêmes 
leurs  portes,  et  Tarmée  y  entra  sans  résistance;  mais 
elle  ne  tarda  pas  à  en  sortir  à  la  suite  de  je  ne  sais 
quelle  dissension  survenue  entre  elle  et  les  habitants. 
Terentiolus ,  autrefois  comte  de  la  ville  de  Limoges, 
tomba  frappé  d'une  pierre  qui  l'atteignit  du  haut  des 
murs.  Les  ennemis  pour  se  venger  de  lui,  lui  coupèrent 
la  tête  et  l'emportèrent  dans  la  ville.  Alors,  les  envahis- 
seurs, saisis  de  crainte,  se  préparèrent  à  s'en  retourner, 
laissant  tout  ce  qu'ils  avaient  pris  sur  la  route  et  tout  ce 
qu'ils  avaient  apporté.  Les  Goths,  au  moyen  d'embûches, 
dépouillèrent  et  tuèrent  beaucoup  d'entre  eux.  De  là  ces 
malheureux  tombèrent  entre  les  mains  des  Toulousains, 
eurent  à  en  souffrir  beaucoup  de  maux,  et  purent  à 
grand'peine,  dépouillés,  maltraités,  retourner  dans 
leur  pays.  Geux  qui  étaient  arrivés  à  Nîmes,  dévastant 
toute  la  contrée,  après  avoir  brûlé  les  maisons,  incendié 
les  moissons,  coupé  les  vignes  et  abattu  les  oliviers,  ne 
pouvant  nuire  à  ce  qui  était  enfermé  dans  des  murs, 
prirent  le  parti  de  marcher  vers  d'autres  villes.  Mais 
elles  étaient  bien  fortifiées,  remplies  de  vivres  et  de 
toutes  choses  nécessaires,  en  sorte  qu'ils  en  ravagè- 
rent les  environs,  mais  sans  pouvoir  pénétrer  dans 
les  villes  mêmes.  Le  duc  Nicet,  qui  avait  conduit  à 
cette  expédition  les  gens  d'Auvergne,  assiégeait  les 


DÉSASTRE  DES  ARMKKS  HK  (iONTRAX.  fiO.'» 

places  avec  les  autres  troupes;  n'obteaanl  aucun 
succès^  il  marcha  vers  un  château,  et  sur  sa  pa« 
rôle,  ceux  qui  étaient  enfermés  ouvrirent  leurs  portes, 
et  croyant  à  sa  promesse  le  reçurent  en  ami.  Mais  dès 
qu'il  fut  entré  avec  ses  gens^  au  mépris  de  son  serment, 
il  laissa  faire  main  basse  sur  la  garnison  et  emmener 
en  captivité  tous  ceux  qui  étalent  dans  le  château.  En- 
suite les  envahisseurs  se  déterminèrent  à  s'en  retourner, 
commettant  dans  la  route,  à  travers  leur  propre 
pays,  tant  de  crimes,  de  meurtres,  de  pillages  et  de 
ravages,  qu'il  serait  trop  long  de  les  rapporter  en  détail. 
Comme  ils  avaient  brûlé,  ainsi  que  nous  Favons  dit, 
les  récoltes  de  la  Province,  exténués  de  faim  et  de  mi- 
We,  ils  périssaient  parles  chemins  ;  plusieurs  se  noyè- 
rent dans  les  rivières,  d'autres  furent  tués  par  le  peuple 
soulevé.  On  rapporte  qu'il  en  périt  de  ces  diverses 
manières  plus  de  cinq  mille.  Mais  ceux  qui  restaient 
n'étaient  pas  corrigés  par  la  mort  des  autres.  Dans  le 
pays  d'Auvergne,  toutes  les  églises  qui  se  trouvèrent 
situées  près  de  la  voie  publique  furent  dépouillées  de 
ce  qui  appartenait  au  service  divin.  11  n'y  eut  de  terme 
à  ces  ravages  que  lorsqu'ils  furent  rentrés  chez  eux. 

Ce  retour  causa  au  roi  Contran  une  tristesse  pro- 
fonde. Les  chefs  des  armées  se  réfugièrent  dans  la 
basilique  de  saint  Symphorien,  martyr.  Le  roi  étant  venu 
\  la  fête  de  ce  saint,  ils  se  présentèrent  sous  condition 
;  d'être  ensuite  entendus.  Le  roi,  ayant  convoqué  quatre 
évêques  et  plusieurs  laïques  des  plus  grandes  familles, 
commença  le  procès  des  chefs  en  disant  :  a  Comment 

I.  29 


I 


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tM  DISCOURS  m:  gontran, 

pourrions-nous  aujourd'hui  obtenir  la  vicloire,  nous  qui 
ne  conservons  rien  des  usages  suivis  par  nos  pères?  Ils 
bâtissaientdeséglises^mettaienten  Dieu  toute  leur  espé- 
rance, honoraient  les  martyrs,  vénéraient  les  prêtres; 
c'est  ainsi  qu'avec  l'appui  du  secours  divin,  armés  de 
l'épée  et  du  bouclier,  ils  soumirent  beaucoup  de  nations 
ennemies.  Pour  nous,  non-seulement  nous  ne  craignons 
pas  Dieu ,  mais  nous  dévastons  les  terres  qui  lui  sont  consa- 
crées, nous  tuons  ses  ministres,  nous  enlevons  et  disper- 
sons avec  dérision  jusqu'aux  reliques  des  saints.  Quand 
I!  se  commet  de  telles  actions,  il  est  impossible  d'obtenir 
la  victoire.  Aussi  nos  bras  sont  affaiblis,  notre  lance  est 
refroidie,  le  bouclier  ne  nous  défend  et  ne  nous  protège 
plus  comme  autrefois.  Si  ce  mal  doit  être  imputé  à  mes 
fautes,  que  Dieu  le  fasse  tomber  sur  ma  tête  ;  nnais  si 
vous  méprisez  les  commandements  royaux,  si  vous  né- 
gligez d'accomplir  ce  que  j'ordonne,  votre  tête  doit 
tomber  sous  la  hache.  Ce  sera  un  avertissement  pour 
l'armée  eniicre  de  voir  mettre  à  mort  un  de  ses  chefs. 
Nous  devons  aviser  à  ce  qu'il  convient  de  faire.  Que 
celui  qui  veut  respecter  la  justice  le  fasse  librement  ; 
(jue  celui  qui  la  méprise  attire  sur  lui  la  vengeance  pu- 
blique ;  car  il  vaut  mieux  qu'un  petit  nombre  de  coupa- 
bles périssent,  que  si  la  colère  de  Dieu  se  répandait  sur 
lout  un  pays  innocent.  ï>  Le  roi  ayant  parlé  ainsi,  !rs 
ducs  répondirent  :  «  Il  ne  serait  pas  facile,  ô  excellent 
roi,  d'exprimer  toutes  les  vertus  de  ton  âme  magna- 
nime, de  dire  ce  qu'il  y  a  en  toi  de  crainte  de  Dieu, 
d'amour  pour  l'Église,  de  respect  pour  les  prêtres,  de 


Dir 


1 


REPONSE  DËSDUCS.  507 

C0Bi|MS6ion  pour  les  paoTres,  de  m)éralité  envers  les 

malhenreiix.  Tout  ce  que  la  Gloire  a  exposé  doit  être 
regardé  comme  juste,  et  véritable.  Mais  que  pouvons- 
nous  faire  quand  le  peuplé  s'abandonne  à  tontes  sortes 
de  vices^  quand  tous  les  houuiies  se  complaisent  dans 
l'iniquité?  Nul  ne  craint  le  roi>  nul  ne  respecte  le  duc 
ou  le  comte.  Et  si  quelqu^m  de  nous  blâme  une  telle 
conduite,  si  pour  conserver  ses  jours >  il  veut  la  ré- 
primer» le  peuple  se  soulève,  des  én^euies  se  produi- 
sent, et  chacun  se  précipite  plein  de  colère  pour 
assaillir  cet  homme  sage,  et  à  grand'peine  peut-on 
éctiapper^  si  on  ne  se  détermine  à  garder  le  silence.  » 
Alors  le  roi  dit  :  «  Que  celui  <]ui  aime  la  justice  vive  ; 
que  ceux  qui  foulent  aux  pieds  la  loi  et  nos  commande- 
ments périssent  sur-îe-'chamf>,  afin  que  le  blâme  qu'ils 
ont  encouru  ne  puisse  rejaillir  plus  longtemps  sur  nous.» 
Comme  îl  parlait  ainsi  vint  un  messager  qui  dit  :  c  Rec- 
cared,  fils  de  Leuvijfild,  est  sorti  d'Es[)agne,  a  pris  le 
cbateau  de  Cabarède'i  dé|)euplé  la  plus  grande  partie 
du  pays  toùlousnin  et  emmené  les  habitants  captifs.  Il 
s'est  emparé,  dans  le  pays  d'Arles^  du  château  de  Beau- 
caire%a  enlevé  tout  ce  qui  s'y  trouvait,  hommes  et 
biens,  et  sYst  enfermé  dans  les  murs  de  la  ville  de  Nî- 
mes. »  Le  roi,  ayant  entendu  ces  nouvelles,  nomma 
pour  duc  Leudégésile  à  la  place  de  Calumniosus  sur-* 
nommé  Agiian,  lui  soumit  toute  la  province  d'Arles  et 
faii  donna  plus  de  quatrô  mille  hommes  pour  en  garder 
lestronliëres.  Nicet,  duc  d'Auvergne,  partit  également 

4 

t  Copiif  AritHi,  *  Ugemum,  (V.  Oéogr,"^ 


Du 


50Ô         ASSASSINAT  DK  L'ÉVÈQUE  PRÉTEXTÂT. 

avec  des  lroupes,et  protégea  les  frontières  de  cette  région. 

XXXI .  — Cependant,  Frédégonde,  qui  habitait  la 
ville  de  Rouen,  eut  avec  Févêqne  Prétextât  une 
querelle  amère  et  lui  dit  qu'un  temps  viendrait  où  il 
irait  retrouver  le  lieu  de  son  exil.  Prétextât  lui  répon- 
dit :  «  En  exil  et  hors  de  l'exil,  j'ai  toujours  été,  je 
suis  et  je  serai  évêque;  mais  tu  ne  jouiras  pas  toujours  de 
la  puissance  royale.  De  Texil  nous  passons,  avec  l'aide  de 
Dieu,  dans  le  royaume  céleste  ;  de  ton  royaume,  toi,  tu 
tomberas  dans  l'abîme.  Il  aurait  mieux  valu  pour  toi 
laisser  là  tes  méchancetés  et  tes  folies,  te  convertir  à 
une  meilleure  conduite,  et  dépouiller  cet  orgueil  qui 
bouillonne  toujours  en  toi ,  afin  que  tu  pusses  obtenir 
la  vie  éternelle,  et  amener  à  Tage  d'homme  cet  enfant 
que  tu  as  mis  au  monde.  »  Lorsqu'il  eut  ainsi  parlé 
Frédégonde  sortit  pleine  d'indignation  et  de  fureur. 
Le  jour  de  la  résurrection  du  Seigneur  étant  arrivé, 
comme  l'évêque  s'était  rendu  de  bonne  heure  à  la  ca- 
thédrale pour  y  accomplir  les  ofûces  de  l'Église,  et  com- 
mençait à  entonner  les  antiennes  selon  Tordre  accoutu- 
mé, dans  un  moment  où,  entre  les  psaumes,  il  était 
appuyé  sur  sa  chaire,  un  meurtrier  s'approcha  de  lui, 
et  tirant  un  couteau  de  sa  ceinture,  le  frappa  appuyé, 
comme  il  était,  sur  la  chaire,  au-dessous  de  l'aisselle. 
II  se  mit  à  crier  pour  que  les  clercs  présents  lui  portas- 
sent secours;  mais  aucun  ne  vint  à  son  aide.  Rempli  de 
sang,  il  étendit  ses  mains  sur  l'autel,  offrit  à  Dieu  son 
oraison,  lui  rendit  grâces,  puis,  emporté  chez  lui  dans 
les  bras  des  fidèles,  il  fut  placé  sur- son  lit.  Aussitôt 


Diqitized  by  CiOO<^Ic 


yiSITE  DE  FRÉOÉGONDE  A  PRÉTEXTÂT.  600 

Frédégonde  vint  le  voir  avec  le  duc  Beppolène  et 
AnsoYald,  et  lui  dit  :  a  Nous  n'aurions  pas  voulu,  ô  saint 
évéque,  non  plus  que  le  reste  de  ton  peuple^  que, 
pendant  rexercice  de  les  fonctions,  il  t'arrivàt  une 
telle  chose.  Mais  plût  à  Dieu  qu'on  pût  nous  indiquer 
celui  qui  a  osé  la  commettre,  afin  qu'il  subit  le  sup- 
plice que  mérite  un  semblable  crime!  »  Le  prêtre 
connaissant  la  fourberie  de  ces  paroles^  lui  dit:  «Et 
qui  l'a  commise,  si  ce  n'est  celle  qui  a  fait  périr  des 
rois»  qui  a  si  souvent  répandu  le  sang  innocent,  qui 
s'est  couverte  de  tant  de  crimes  en  ce  royaume?  » 
Elle  lui  répondit:  a  Nous  avons  près  de  nous  d'ha* 
biles  médecins  qui  pourront  guérir  cette  blessure; 
permets  qu'ils  viennent  te  trouver.  »  Mais  il  lui  dit  : 
a  Les  ordres  de  Dieu  m'ont  rappelé  de  ce  monde* 
Toi  que  chacun  connaît  pour  être  la  source  de  tous  les 
crimes,  tu  ^eras  maudite  dans  les  siècles,  et  Dieu  ven- 
géra  mon  sang  sur  ta  tête.  »  Lorsqu'elle  fut  partie,  le 
pontife  mit  ordre  aux  afiTaires  de  sa  maison,  puis  ren- 
dit l'esprit.  Romacbaire,  évèque  de  la  ville  de  Cou?- 
^  laneesS  vint  Tensevelir. 

Cet  événement  jeta  la  consternation  parmi  les  citoyens 
de  Rouen  et  surtout  parmi  les  seigneurs*  franks 
qui  habitaient  cette  ville.  Un  d'entre  eux  vint  à  Frédé- 
gonde,  et  lui  dit  :  a  Tu  as  commis  bien  des  crimes  dans 
celte  vie  ;  mais  tu  n'as  encore  rien  fait  de  tel  que  d'or« 
donner  le  meurtre  d'un  prêtre  de  Dieu.  Une  Dieu  venge 
promptement  le  sang  innocent  1  Nous  poursuivrons 

t  Coiistantma  urls.  *  Seniores, 

r 


Du 


I 


510       ELLE  EMPOISONNE  UN  SEIGNEUR  FRANK. 

tous  la  punition  de  ce  crime,  pour  mettre  enûn  un 
ierme  à  tea  cruautés.  »  Comme  il  quittait  la  reiue  après 
avoir  dit  ces  paroles,  elle  Fenvoya  convier  à  sa  laWe; 
et  comme  il  refusait  d'y  venir,  elle  le  pria,  s'il  ne  vou- 
lait pas  s'asseoir  à  sa  taWe ,  de  vider  au  rodus  uoe 
coupe  pour  ne  pas  quitter  à  jeun  la  demeure  royale.  Il 
y  eonsenUt,  et  reçut,  après  avoir  attendu  un  moaieai, 
le  breuvage  composé,  à  la  manière  des  barbares,  d'ab- 
sinthe, de  vin  et  de  miel;  du  poison  y  était  mêlé.  A 
peine  Feutril  avalé  qu'il  sentit  en  sa  poitrine  4e  vio- 
lentes douleurs,  comme  si  quelque  cbose  le  déchirait 
intérieurement;  il  s'écria,  s'adressant  aux  siens  : 
«  Fuvcz,  infortunés,  fuyeï  le  malheur  qui  m'àrrive, 
de  peur  que  vous  ne  périssiez  avec  moi.  »  Ceux-ci 
s'abstinrent  donc*  de  boire,  et  se  hâtèrent  de  s'en  aller. 
Lui  sentit  sa  \  ue  s'obscurcir,  et  montant  sur  son  cheval, 
à  trois  stades  de  ce  lieu  il  tomba  et  mourut* 

L'évêque  Leudovald  *  envoya  des  lettres  à  tous  les 
prêtres,  et  après  avoir  pris  conseil,  lerma  les  églises  de 
Rouen,  afin  que  le  peuple  n'assistât  point  aux  saintes 
solennités  jusqu'à  ce  qu'à  force  de  recherches  on  eût 
découvert  les  auteurs  du  crime.  11  en  iit  saisir  quel- 
ques-uns qui,  livrés  aux  tourments,  se  bissèrent  ar- 
racher la  vérité,  et  déclarèrent  que  le  crime  s'était 
commis  à  l'instigation  de  Frédégonde;  mais  elle  s'en 
défendit,  et  le  meurtre  resta  sans  vengeance.  On  dit 
mtoie  que  des  assassins  furent  envoyés  contre  l'évêque 

1  Évéque  de  Bayeuz,  deuxième  diocèse  de  laproTÎnee  dont 
Houen  était  métropole. 


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L'IMKHYJîiNTION  DE  GONTRAN  REJKTÉE.  ^1 

'  LeadovaU»  à  cau«e  de  TacUvité  qu*U  œoiteU  dm  Q9S 

recherches;  mais  comme  il  était  entouré  et  gardé 
lc$  mns^iis  ne  purent  lui  faire  aucun  «laU  , 

Lorsque  ces  événements  Tinrent  à  la  cnnnajmioe 
du  roi  Godirao^  et  qu'il  eut  appris  l'accusalion  qui  pe- 
sait 9ur  çelte  lemme^  il  envoya  au  prétendu  Qla  de 
Cbilpéric,  appelé  comme  nous  l'avons  dit  Glolaire» 
trois  évéques  :  Ai  Ihéuûus^de  Sens  ;  Véran^  deCavaiUpn» 
et  Agrécius,  de  Troyes,  chargés  de  rechercher*  de  coq* 
cert  avec  les  gouverneurs  de  l'enfant,  Tauleur  de  ce 
crime,  et  d'amener  te  coupable  en  sa  prétim^  N4ift 
lorsque  les  évêqu'es  eurent  fait  connaître  ani(  mfneu^, 

Tobjet  de  leur  mission,  çeux-ci  répondirent;  «lif^iS 
détestons  de  tels  crimes  et  nous  désirons  de  p|qa  en 
plus  qu'il  en  soit  tiré  vengeance;  maïs,  s'il  se  trouve 
parmi  nous  quelque  coupable,  il  ne  doit  pid^S  étce 
conduit  en  firésence  de  Totre  roi ,  car  nous  pouvons 
réprimer,  avec  la  saucUon  royale,  les  crimes  qui  se 
commettent  parmi  nous.  »  Alors  le9  évéques  répli- 
quèrent :  «  Sachez  que  si  Tauteur  de  ce  crime  ne 
nous  est  pas  remis,  noire  roi  viendra  a?€C  line  oroiéç, 
et  livrera  tout  ce  pays  au  fer  et  am^  |lanime9  ;  car  il  eft 
manifeste  que  la  môme  main  qui  a  fuit  périr  le  Fr^nc 
par  ses  maléfice»  a  frappé  i'évéque  du  glaive,  p  Ayant 
ainsi  parlé,  ils  s'en  allèrent  sans  obtenir  aucune  réponie 
satisfaisante,  protestant  contre  la  nomination  de  Mélau- 
tins  à  la  place  de  Prétextât,  et  déclarant  qu'il  ne  serait 
point  admis  à  remplir  les  fonctions  épiscopales. 
XXXli.  —  li  se  commit  en  ce  temos  beaneoup  de 


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51«  CRIJÎKS  El  PKODKtKS. 

crimes.  Domnole,  ÛUe  de  Yiclor^  évéque  de  RenneSj 
Teuve  de  Burgolène,  et  qui  depuis  avait  épousé  Neo 
taire,  était  en  différend  pour  des  vignes  avec  Bobolène, 
référendaire  de  Frédégonde;  Bobolène  sachant  qu'elle 

m  était  Tenue  dans  ces  vignes,  lui  envoya  des  exprès  pour 
protester  contre  toute  prise  de  possession  de  sa  part  ; 
mais  elle  ne  tint  aucun  compte  de  cette  défense  et  pré- 
textant que  ce  bien  lui  venait  de  son  père,  elle  y  entra. 
Alors  Bobolène  ameuta  ses  serviteurs,  tomba  sur  elle 
avec  des  gens  armés,  et  après  l'avoir  tuée,  vendangea 
la  vigne  et  pilla  son  bien;  il  ût  aussi  périr  par  Tépée 
tons  ses  compagnons,  tant  hommes  que  femmes,  sans 
laisser  en  vie  aucun  de  ceux  qui  raccompagnaient,  si  ce 
n'est  ceux  qui  purent  trouver  leur  salut  dans  la  fuite. 

'  *  XXXIII.  —  Dans  ce  temps-là  il  y  avait  à  Paris  une 
femme  qui  dit  aux  habitants  :  u  Fuyez  de  la  ville,  et 
sachez  qu'elle  va  être  consumée  par  un  incendie.  » 
Beaucoup  en  riaient,  et  croyaient  que  sa  prédiction  était 
le  résultat  de  sortilèges  et  de  vains  rèvcs,  ou  qu'elle 
était  inspirée  par  le  démon  de  midi^;  elle  réponr 
dit  :  a  Ce  n*est  rien  de  ce  que  vous  croyez,  niais  je  vous 
parle  en  vérité.  J'ai  vu  pendant  mon  sommeil  sortir  de 
la  basilique  de  Saint-V!ncent  un  homme  lumineux, 
tenant  à  la  main  un  Hambeau  de  cire,  dont  il  embra- 
sait Tune  après  Fantre  les  maisons  des  marchands,  i 
Trois  nuits  après  le  joyr  où  celte  femme  avait  parlé 

t  Dmmùwiimeridiam  kme  infUnckt^oferret.  Mabillon  fait  obser- 
ver qu'on  appelait  de  ce  nom  une  maladie  subite  et  violente, 
accompagnée  de  délire,  et  promptcment  suivie  de  mortt  dont  !«• 
»ccè8  se  produisaient  surtout  au  milieu  du  jour* 


INCENDIE  DE  PARIS.  513 

ainsi^  au  moment  où  commençait  le  crépuscule^  un  ci« 
toyen  entra  dans  son  cellier  avec  une  lumière^  et  apre^ 
y  avoir  pris  de  l'huile  et  traulres  choses  dont  il  avait 
besoin^  sortit ,  laissant  sa  lumière  proche  de  la  tonne 
d'huile.  Sa  maison  était  la  première  contre  la  porte 
méridionale  de  la  ville ^  la  lumière  y  mit  le  feu,  la 
consuma  9  et  l'incendie  commença  à  se  propager. 
Au  moment  où  le  feu  allait  se  communiquer  aux 
prisons  et  menaçait  les  prisonniers»  saint  Germain 
leur  apparut,  brisa  leurs  chaînes  et  ouvrit  les  portes , 
de  façon  qu'ils  sortirent  sans  aucun  mal.  Aussitôt 
dehors»  ils  se  rendirent  à  la  basilique  de  Saint- Vin- 
cent, dans  laquelle  se  troave  le  tombeau  de  ce  bien- 
heureux évéque.  Le  vent  qui  soufflait  portait  la  flamme 
dans  toute  la  ville»  et  Fincendie»  dans  sa  plus  grande  ^ 
force,  commençait  à  s'approcher  d'une  autre  porto 
où  l'on  avait  dédié  un  oratoire  à  saint  Martin;  ce 
lieu  avait  été  consacré  parce  que  le  saint  y  avait  guéri 
un  lépreux  en  l'embrassant.  L'homme  qui  avait  con- 
struit cet  oratoire  de  branches  entrelacées»  plein  de 
confiance  dans  le  Seigneur,  et  ne  doutant  pas  non  plus 
des  mérites  de  saint  Martin»  se  réfugia  avec  ce  qu'il 
possédait  dans  Toratolre»  disaut  :  «  Je  crois»  et  suis  dans 
la  confiance,  que  celui  qui  a  souvent  commandé  aux 
flammes»  et  qui  en  ce  lieu  même  a  purifié  la  peau  d'un 
lépreux  par  ses  baisers,  repoussera  cet  incendie.  »  Lors- 
que le  feu  commença  à  s'apprqcUer»  de  grosses  gerbes 
de  flanunes  yenaient  frapper  les  parois  de  l'oratoire»  et 
s'éteignaient  aussitôt.  Le  peuple  criait  à  cet  homme  et  à 


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514  LE  PONT  DE  PARIS. 

sa  femme,  «  Fuyez,  pauvres  gens,  afin  d'échapper  : 
voilà  que  le  feu  se  précipite  de  votre  côté;  voilà  que  les 
étincelles  et  les  charbons  tombent  comme  une  violente 
pluie  et  s'étendent  jusqu'à  vous.  Sortez  de  l'oratoire 
pour  n'être  pas  brûlés.  »  Mais  lui,  prosterné  en  orai- 
son, ne  fut  pas  un  instant  ébranlé  de  ces  cris,  et  sa 
femme  ne  quitta  pas  la  fenêtre  par  lacjuelle  les  flam- 
-  mes  entraient  dans  Toratoire.  Une  ferme  espérance 
dans  les  mérites  du  saint  évêque  la  garantissait  de  tout 
danger.  Telle  fut  en  effet  la  puissance  du  saint  pon- 
tife que  non-seulement  l'oratoire  sauva  la  maison  et 
les  habitants,  mais  il  ne  permit  pas  que  la  violence 
des  flammes  endommageât  les  maisons  environnantes. 
Là  finit  l'incendie,  d'un  côté  du  pont.  De  l'autre  côté, 
il  s'étendit  avec  tant  de  violence  qu'il  ne  s'arrêta  que 
sur  les  bords  du  fleuve  ;  ce|)endant  les  églises  et  les 
maisons  qui  leur  appartenaient  furent  épargnées.  On 
disait  qu^anciennement  la  ville  avait  été  consacrée 
pour  qu'elle  fût  préservée  des  incendies  et  délivrée  des 
loirs  et  des  seri)enls;  mais  récemment,  lorsqu'on  net- 
toya l'égout  du  pont  et  qu'on  le  vida  de  la  boue 
qui  l'obslruait,  on  y  trouva  un  serpent  et  un  loir 
d'airain,  qui  furent  enlevés.  Dès  lors  on  vit  dans  Paris 
des  loirs  et  des  serpents  sans  nombre,  et  la  ville  fut 
exposée  aux  incendies. 

XXXIV.  —  Le  prince  des  ténèbres  a  mille  artifices 
pour  faire  le  mal,  et  je  vais  vous  raconter  ce  qui  est 
arrivé  dernièrement  à  des  reclus  et  à  des  hommes 
dévoués  à  Dieu.  Le  Breton  Winoch,  élevé  aux  honneurs 


ARTIFICE^  DU  DÉMON.  5^5 

de  la  prêtrise,  et  doat  nous  ayons  parlé  dans  un  autre 

livre,  s'était  soumis  à  de  telles  austérités  qu'il  ne  se  tô- 
tîssait  que  de  peau,  ne  fnangeait  que  des  berbes  sau-  • 
▼âges  cmes,  et  portait  le  Yase  de  vin  à  sa  bonehe,  de 
telle  façon  qu'on  aurait  dit  que  c'était  pour  Tefûeurer 
plutôt  que  polir  y  boire.  Mais  la  libéralité  des  dévots 
lui  ayant  souvent  apporté  des  vases  remplis  de  cette 
liqueur,  il  s'accoutuma  par  malbeur  à  en  prendre  outre 
mesure,  et  finit  par  s'abandonner  tellement  à  k  bois- 
son qu'on  le  vit  plusieurs  fois  ivre.  D'où  il  arriva  que, 
son  ivrognerie  croissant  avec  le  temps,  le  démon  s'em** 
para  de  lui  et  le  tourmenta  avec  une  telle  violence 
qu'armé  de  couteaux,  de  pierres»  de  bâtons,  de  tout 

• 

ce  qu'il  pouvait  attraper,  il  poursuivait  les  bommes 

qu'il  \oyait,  avec  une  telle  fureur  qu'on  fut  obligé 
de  le  garder  chargé  de  cbaines  dans,  sa  cellule.  11 
passa  deux  ans,  frappé  du  jugement  divin,  dans 
cet  état  de  frénésie,  et  rendit  ràme. 

Un  enfant  de 'Bordeaux,  nommé  Anatole  et  âgé  seu- 
lement de  douze  ans, à  ce  qu'on  rapporte,  étant  au  ser*- 
vice  d'un  marchand,  lui  demanda  la  permission  d'en?- 
treren  réclusion.  Le  maître  résista  longtemps,  croyant 
que  le  2èie  i't^nfant  se  refroidirait  et  ija'a  cq(  â^e 
il  ne  pourrait  accomplir  ce  qu'il  se  proposqit.  cje- 
pendant I  vaincu  par  les  prières  de  sqn  serviteur,  il 
lui  permit  de  ^tisfaire  son  désir.  y  avait  çn  ce 
lieu  une  ancienne  crypte  voâtée  et  curieusement 
travaillée,  dans  un  coin  de  laquelle  se  trouvait  une 
petite  cellule  en  pierres  de  taille,  où  un  homme 


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m         *  AMBASSADE  X)'ESPA6N£  £N  GAULE. 

poinrait  à  peine  se  tenir  debout.  L'enfant  entra  dans 

cette  cellule,  et  y  demeura  l'espace  de  huit  ans^ 
et  plus»  prenant  très-peu  de  nourriture  et  de  bois- 
son, veillant  et  vaquant  à  Toraison.  Mais  ensuite, 
saisi  d'une  grande  terreur  >  il  commença  à  s'écrier 
qu'il  éprouvait  intérieurement  de  Tiol^ntes  douleurs^ 
d'où  il  arriva  qu'aidé,  je  crois,  d'une  partie  de  la 
milice  de  Tenfer,  il  ébranla  les  pierres  de  taille  qui 
le  tenaient  enfermé,  jenversa  le  mur,  se  brisant  les 
mains,  et  disant  que  les  saints  de  Dieu  le  brûlaient* 
Après  qu'il  eut  demeuré  longtemps  dans  cette  folie , 
comme  il  contessait  souvent  le  nom  de  saint  Martin  et 
se  disait  tourmenté  par  ce  saint  encore  plus  que  par 
les  autres,  on  le  conduisit  à  Tours;  mais  le  mauvais 
esprit,  réprimé,  à  ce  que  je  crois,  par  les  mérites  et  la 
puissance  du  saint,  cessa  de  le  tourmenter.  Après  être 
demeuré  à  Tours  plusieurs  années  sans  éprouver  au- 
cun mal»  il  s'en  alla  ;  mais  il  retomba  ensuite  dans  le 
mal  dont  il  avait  été  délivré. 

XXXV.  —  Des  envoyés  d  Espagne  vinrent  trouver 
le  roi  Gontran,  avec  beaucoup  de  présents,  pour  lui  de- 
mander la  paix*  ;  mais  ils  ne  purent  en  obtenir  aucune 
réponse  positive;  car,  dans  Tannée  précédente,  tandis 
que  l'armée  ravageîiit  laSeptimanie»  des  vaisseaux ,  qui 
allaient  des  Gaules  eu  Galice,  avaient  été  assaillis  par 
^rdre  du  roi  Leuvigild  et  pillés.  Les  hommes  qui  les 
montaient  avaient  été  maltraités  et  tués;  plusieurs 
avaient  été  emmenés  en  captivité;  un  petit  nombre,  qui 

i  EnSSG. 


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NAISSANCE  D'UN  FILS  A  CHILDEBERT.  517 

8'élûient  échappés  sur  des  barques,  étaient  revenus  dans 
leur  pays  faire  le  récit  de  ce  qui  s'était  passé. 

XXXVI.  —  A  la  cour  du  roi  Childebert,  Magno- 
Tald  fut  tué  de  la  manière  suivante,  pour  des  causes 
qu'on  ignore.  Le  roi  était  à  Metz  dans  son  palais  et-^ 
regardait  un  animal  harcelé  de  tous  côtés  par  une  , 
'  troupe  de  chiens.  Il  manda  Magnovald.  Celui-ci  accou- 
rut et,  ne  sachant  pas  quel  sort  Tatlendait^  se  mît 
comme  les  autres  à  rire  et  à  regarder  le  combat.  Pen- 
dant qu'il  était  attentif  au  spectacle,  un  homme,  qui  - 
en  avait  reçu  Tordre,  le  frappa  do  sa  hache  et  lui  brisa 
la  tête.  U  tomba  mort,  fut  jeté  par  les  fenêtres  de  la. 
maison  et  enseveli  par  les  siens.  On  enleva  aussitôt  • 
tous  ses  effets,  et  tout  ce  qu'on  trouva  fut  porté  au  trésor 
public.  On  disait  qu'on  Favait  fait  mourir,  parce  qu'a- 
près la  mort  de  son  frère  il  avait  fait  périr  sa  femme 
par  toutes  sortes  de  mauvais  traitements,  puis  ayaii 
épousé  la  femme  de  son  frëre. 

XXX Y 11.  — 11  naquit  ensuite  au  roi  Childebert  un 
-  fila  que  Magnéric,  évêque  de  Trêves,  tint  sur  les  fonts 
sacrés,  et  qui  reçut  le  nom  de  Théodebert.  Le  roi  Con- 
tran en  eut  tant  de  joie  qu'il  ûl  sur-le-champ  partir 
des  envoyés  chargés  de  présents,  disant  :  «t  Si  le  père 
conserve  cet  enfant  et  si  cet  enfant  conserve  son  père 9 
Meu,  par  sa  bonté  particulière^  relèverar  la  grandeur 
du  royaume  des  Francs.  » 

XXXV 111.  —  La  onzième  année  du  règne  du  roi 
Childebert,  des  envoyés  vinrent  de  nouveau  d^spagne 
pour  demander  la  paix  ;  mais,  n'ayant  pu  obtenir  de  ré- 


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518  CRIMES  DE  L'ÉVÉQUE  BODÉGÉSILE. 

ponse  déflnilivei  ils  8'ea  retour oèreot.  Reccared^  ûis  de 
LeuYigildy  s'a^nça  jusqu'à  Narbonne,  enlera  du  bulin 

sur  le  territoire  des  Gaules  et  s'en  retourna  secrète- 
ment. 

XXXIX.  —  Cette  année  mouraient  bMtiMup  d*éf(h 

ques^  entre  autres  Bodégésile,  éyèqu6  du  Mans^  homme 
très«dar  enTers  le  peuple,  qui  enlevait  ou  pillait  i^iui^ 
temcnt  les  biens  des  uns  et  des  autres.  Sa  femme 
2\joutait  encore  à  sa  cruauté,  ranimant  touyour»  par  de 
maoTais  conseils  et  ^excitant  à  commettre  des  orinaes. 
Il  ne  se  passait  pas  un  jour,  pas  un  mom^t,  qu'il  ne 
dépouillât  des  citoyens  ou  ne  sa  prit  de  querelle  anae 
eux.  On  le  voyait  sans  reiftche  siéger  avec  les  juges 
pour  Juger  les  procès,  ne  cessant  d'exercer  des  olûces 
séculiers,  de  sévir  contre  les  oiis«  de  maltraitmp  les 
autres;  souvent  il  frappait  de  ses  propres  mains,  di- 
sant :  a  Parce  que  je  suis  clerc,  ne  vengerai-je  pas  aies 
Injures  to  Hais  pourquoi  parler  de  sa  eenduite  envers 
les  étrangers^  puisqu'il  n'épargna  pas  ses  propres  frères» 
et  qu'il  les  dépouilla  tellement  qu'ils  ne  purept  ja- 
mais obtenir  de  lui  ce  qui  leur  revenait  des  biens  de  leur 
père  et  de  leur  mère  ?  Ayant  accompli  la  cinquième 
année  de  son  épiscopat^  et  entrant  dans  la  sixième^  il 
avait  fait  préparer  avec  beaucoup  de  joie  un  repas  pour 
les  citoyens,  lorsqu'il  fut  saisi  de  la  fièvre;  la  nnorl 
finit  aussitôt  pour  lui  l'ainiée  qu'il  commençait.  On  mit 
à  sa  place  Bertrand,  archidiacre  de  Paris.  11  se  trouva 
exposé  à  beaucoup  d'altercations  avec  la  veuve  du  dé- 
funt, qui  voulait  retenir,  comme  lui  appartenant,  1^ 


MOUT  DE  PLUSIEURS  ÉVÈQUES.  519 

choses  données  à  PËglise  du  temps  de  Févôque  Bodé* 
gé^We,  disant  :  «  C'est  mon  mari  qui  lésa  gagnées.  »  Ce- 
pendant^ elle  tut  forcée  de  tout  rendre.  La  méchanceté 
de  cette  femme  dépassait  tout  ce  qu'on  peut  ima^ner. 
Elle  coupait  souvent  aux  hommes  les  parties  naturelles 
iaVec  la  peau  du  ventre,  et  faisait  brûler  aux  femmes  « 
avec  des  fers  ardents,  les  parties  secrètes  de  leur  corps. 
Elle  commit  beaucoup  d'autres  iniquités  qu'il  vaut 
mieux,  je  crois,  passer' sous  silence.  En  ee  temps  moi^ 
rut  aussi  Sabaude,  évè(|mi  d'Arles,  à  la  place  duquel  fut 
nommé  Licérius,  référendaire  du  roi  Gooirau«  Cette 
province  fut  dépeuplée  par  une  cruelle  contagion, 
Évans,  évéque  de  Vienne,  mourut  aussi,  et,  à  sa  place» 
le  roi  nomma  Virus,  prêtre  de  race  sénatoriale.  Celte 
année,  beaucoup  d'évêques  quittèrent  ce  monde,  et  je 
n'en  parle  point  parce  que  chacun  a  laissé  dans  sa  ville 
des  souvenirs  de  son  épiscopat. 

XL.  —  Il  y  avait  dans  la  ville  de  Tours  un  certain 
Pélage,  consommé  dans  toutes  sortes  de  méchancetés, 
ne  craignant  aucun  juge  parce  qu'il  avait  sous  sa  dé- 
pendance les  gatdcs  des  chevaux  du  fisc.  Il  ne  cessait 
de  voler,  de  maltraiter  les  citoyens,  d'envahir  leurs 
biens,  de  les  battre  et  de  se  livrer  à  diverses  sortes  de 
crimes,  tant  sur  les  rivières  que  sur  terre.  Je  le  mandai 
plusieurs  fois  et  tâchai,  soit  par  des  menaces,  soit  |)ar 
des  paroles  de  douceur,  de  le  détourner  de  sa  mauvaise 
conduite;  mais,  Je  m'attirais  sa  haine  sans  le  ramener 
dans  le  seuUer  de  la  justice,  d'après  les  paroles  de  SUr 
lomon  :  Ne  reprenez  point  le  fou,depewrqu'Um^mi» 


« 


520  INVASIONS  SACHILÉGES  DE  PÉLAOE. 

haisse\  Ce  malheureux  avait  en  effet  pour  moi  un^ 
telle  haine  que  souvent,  après  avoir  dépouillé  et  mal- 
traité des  gens  de  la  sainte  Église,  il  les  laissait  épuisés, 
cherchant  toutes  les  occasions  de  porter  dommage,  soit 
à  la  cathédrale,  soit  à  la  basilique  de  saint  Martin.  Il 
arriva  qu'une  fois  il  rencontra  nos  gens  portant  des 
châtaignes*  dans  des  vases,  il  les  maltraita,  les  foula 
'  aux  pieds,  et  prit  les  vases.  Lorsque  j'en  fus  instruit. 
Je  lui  interdis  la  communion,  non  pour  venger  mon 
injure,  mais  pour  le  corriger  de  sa  frénésie.  Alors 
il  choisit  douze  hommes  avec  lesquels  il  vint  pour 
se  purger  de  son  crime  en  se  parjurant.  Je  ne  vou- 
lais recevoir  aucun  serment;  mais,  pressé  par  lui  et 
par  nos  citoyens,  je  renvoyai  ceux  qu'il  avait  amenés; 
je  reçus  seulement  son  serment  et  l'admis  à  la  com- 
munion. On  était  alors  dans  le  premier  mois.  Au  cin- 
quième ,  à  répoque  où  Ton  a  coutume  de  faucher  les 
prés,  il  envahit  un  pré  appartenant  à  des  religieuses  et 
confinant  au  sien  ;  mais,  aussitôt  qu'il  y  eut  mis  la  faux, 
il  fut  pris  de  la  fièvre,  et  rendit  l'esprit  le  troisième  Jour. 
Il  s'était  préparé  un  sépulcre  dans  la  basilique  de  saint 
Martin,  au  bourg  de  Candes.  On  trouva  ce  sépulcre 
ouvert  et  brisé  ;  on  l'ensevelit  alors  sous  le  por- 
tique de  la  basihque,  et  les  vases,  qu'il  avait  juré  faus- 
sement n'avoir  point  pris,  furent,  après  sa  mort, 

Proverbes,  chap.  ix,  v.  8. 

»  Je  crois  que  MM.  Guadet  et  Taranne  ont  eu  raison  de 
traduire  ici  echinus  par  châtaignes  et  non  par  hérisson,  comme 
un  lo  faisait  précédemment. 


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SUPPLICE  D'UN  ASSASSIN  DE  PRÉTEXTÂT.  621 

rapportés  de  son  cellier.  Amsi  se  manifesta  la  puis* 
sance  de  la  bienheureuse  flfarîe^  dans  la  basilique  de 
laquelle  ce  misérable  avait  proféré  de  faux  serments. 

XLL  —  Le  bruit  s'étant  répandu  par  tout  le  pays 
que  révêque  Prétextât  avait  été  tué  par  Fordre  de  Fré- 
dégonde^  pour  se  laver  de  ce  crime  elle  fit  prendre 
xm  de  ses  serviteurs,  et  ordonna  qu'il  fût  violemment 
frappé  de  coups,  disant  :  «  C  est  toi  qui  as  fait  tomber 
sur  moi  ce  blâme,  en  frappant  de  ton  épée  Prétextât^ 
évéque  de  la  viUe  de  Rouen;  »  et  elle  le  livra  au  neveu 
du  prélat  qui  le  ûi  appliquer  à  la  torture.  Cet  homme 
dévoila  complètement  le  crime  :  a  J'ai,  dit-il,  reçu  de 
la  reine  Frédégonde  cent  sous  d'or  pour  faire  ce  que 
j'ai  fait.  J'en  ai  eu  cinquante  de  l'évéque  Mélantius  et 
cinquante  autres  de  Farchidiacre  de  la  cité.  De  plus, 
on  m'a  promis  que  je  serais  libre  ainsi  que  ma  femme.  » 
A  ces  mets,  le  neveu  de  l'évéque  tirant  son  épée  mit 
le  coupable  en  morceaux.  Frédégonde  institua  évêque 
Mélantius,  qu'elle  avait,  dès  le  premier  moment,  nom- 
mé à  ce  siège. 

XLll. — Comme  le  duc  Beppolène  était  fort  tourmenté 
par  Frédégonde  et  qu'il  ne  jouissait  pas  auprès  d'elle 
des  honneurs  qui  lui  étaient  dus,  s'en  voyant  méprisé, 
il  alla  trouver  le  roi  Contran,  qui  lui  confia  la  puissance 
ducale  dans  les  cités  qui  appartenaient  à  Glolaire,  fil 
du  roi  Cliilpéric.  11  s'y  rendit  avec  un  grand  appareil, 
mais  ne  fut  pas  reçu  à  Rennes.  Venant  ensuite  à  An* 
gers,  il  y  fit  beaucoup  de  mal,  s'emparant  des  provi- 
sions, du  foin,  du  viQ  et  de  tout  ce  qu'il  pouvait  trou- 


m  IX  DUC  BEPPOLÈNE.  PRODIGE 

ver  dans  les  maisons  des  citoyens,  où  il  entrait  saps 
attendre  les  clefo^  et  en  rompapt  les  (lortes^  U  (rappa  et 
foula  aux  pieds  beaucoup  des  habitants  de  ce  li^u.  11 
menaça  aussi  Domégésile^  mais  ensuite  se  réconcilia 
aTec  lui.  Il  Tint  à  laTÎlle,  et  tandis  qu'il  était  à  table  a^ec 
plusieursautres^daDSunemaisouatroisétages!,  le  plan- 
cher de  la  maison  s'effondra  tout  à  conp,  et  il  échappa 
àgrand'peine  demi-mort^  beaucoup  de  3es  compagaons 
furent  blessés;  mais  il  n'en  persévéra  pas  moina  éms 
ses  mauvaises  actions,  Frédégonde  lui  enleva  la  plu- 
part des  propriétés  qu'il  avait  dans  le  royaume  de  son 
Ois.  Il  retourna  à  Rennes^  ei,  voulant  soumettre  celte 
ville  à  la  puissance  du  roi  Contran^  il  y  laissa  son  fils; 
mais  peu  de  temps  après  les  habitants  de  Rennes  tom- 
bèrent sur  celui-ci  et  le  tuèrent  ainsi  que  beaucoup 
de  personnages  distingués: 

Cette  année  on  remarqua  plusieurs  prod^ses  ;  en  vil 
des  arbres  tleurir  au  septième  mois^  et  plusieurs  qui 
avaient  déjà  donné  des  fruits  en  produisirent  de  non- 
veaux^  qui  y  restèrent  attachés  jusqu'au  jour  de  la 
Nativité  du  Seigneur.  On  vit  aussi  des  kwL  paroourtr 
le  ciel  en  forme  de  serpents. 

XL  m.  —  La  douzième  année  du  règne  de  Childô- 
hert^>  Nisier  d'Auvergne  fut  institué  recteur  de  la 
province  de  Marseille  et  des  autres  villes  appartenant 
à  Cbildebert  en  ces  contrées.  Antestius  fut  envQ|é  à 

Angers  par  le  roi  Gontrani  et  maltraita  duiwieot  cm 

i  j!;a  587.  « 


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ANTESTIUS  ET  L'ÉVÉQUE  PALLi.DE.  5t3 

qui  avaieut  été  impliqués  dans  la  meurtre  de  Domnole^ 

leiBine  de  Nectaire  ;  il  vint  à  Nantes  apportant  au  fisc 

les  bieus  de  Bep[>olène,  principal  auteur  de  ce  crime 
et  il  comineDça  à  inquiéter  IV  éque  Namnichius  en 
lui  disant  Ton  fils  est  impliqué  dans  ce  crime,  et  il 
doit  subir  la  peine  qu'il  a  méritée,  »  Le  Jeune  liomme^ 
effrayé  par  les  accusations  de  sa  conscience,  s'enfuit 
près  de  Clolaire,  lils  de  Cliilpéric.  Antesiius,  ayant  pris 
caution  de  révéque  qu'il  se  présenterait  devaut  le  roi, 
se  rendit  à  Saintes.  Le  bruit  courait  que  Frédégonde 
avait  envoyé  secrètement  des  messagers  en  Espagne,- 
qu'ils  avaient  été  reçus  également  en  secret  par  PaUade, 
évêque  de  Saintes,  qui  les  avait  fait  passer  plus  loin. 
On  était  alors  dans  les  saints  jours  de  carême,  et  révê- 
que  s'était  retiré  dans  une  île  de  la  mer  pour  s'y  livrer 
à  Toraison.  Comme  il  revenait,  selon  la  coutume,  le 
jour  de  la  Cène  du  Seigneur  à  sa  cathédrale,  où  le 
peuple  rallendait,  il  fut  entouré  par  les  gens  d'Antes- 
tius.  Celui-ci,  sans  examiner  la  vérité  des  faits,  lui  dit: 
a  Tu  n'entreras  point  dans  la  ville,  mais  tu  seras  con- 
damné  à  l'exil,  parce  que  tu  as  reçu  les  messagers  de 
rennemie  du  roi,  notre  seigneur.— Je  ne  sais,  répondit 
révêque^  ce  que  tu  veux  dire  ;  cependant  voici  les  Jours 
saints,  allons  à  la  ville^  et,  après  les  solennités  de  ces 
saintes  fêtes,  porte  contre  moi  Taocusation  que  tu  vou- 
dras et  écoute  mes  raisons,  car  ce  que  tu  crois  n'est 
pas  véritable.  —  Non,  reprit  Antestius,  tu  n'atteindras 
pas  lë  seuil  de  ton  église,  car  il  paraît  que  tu  as  man-* 
qué  de  loi  au  roi,  notre  s»eigneur.  »  Uue  dirai-jedephist 


524  FREDÉGONDE  mXXE  D'ASSASSINER  GONTRAN. 

Il  retint  révéque  sur  la  route,  fit  Finvenlaire  de  la 

maison  épiscopale,  et  en  enleva  les  effets.  Les  citoyens 
ne  purent  obtenir  de  lui  qu'au  moins  la  chose  ne  fût 
discutée  qu'après  la  célébration  des  fêtes  de  Pâques. 
Mais  cooune  ils  le  sollicitaient,  Antestius,  au  milieu 
de  ses  refùs,  découvrit  enfin  la  plaie  cachée  de  son 
cœur.  ((  S'il  veut,  dit-il,  me  remettre,  à  titre  de  vente, 
la  maison  qu'on  sait  qu'il  possède  dans  le  territoire  de 
Bourges,  je  ferai  ce  que  vous  demandez,  autrement  3 
ne  sortira  de  mes  mains  que  pour  aller  en  exil,  b  L'é- 
vêque  n'osa  refuser;  il  écrivit,  signa  et  livra  son  champ. 
Puis,  ayant  donné  caution  de  se  présenter  devant  le  roi, 
1  obtint  la  permission  de  rentrer  dans  la  ville.  Les 
iours  saints  passés,  il  alla  trouver  le  roi,  Antestius  fit 
de  même  de  son  côté,  mais  il  ne  put  rien  prouver  de 
ce  qu'il  avait  imputé  à  l'évêque.  L'évêque  s'en  retourna 
dans  sa  ville,  et  son  affaire  fut  renvoyée  au  futur  sy- 
node, afin  dç  rechercher  lespreuves  de  ce  dont  on  l'accu- 
sait. L'évêque  Namnichius  se  rendit  aussi  devant  le  roi, 
et  se  retira  après  lui  avoir  offert  beaucoup  de  présents. 

XL IV.  —  Frédégonde  adressa,  au  nom  de  son  fils, 
des  députés  au  roi  Contran.  Après  que  celui-ci  eut  ou- 
vert les  lettres  et  fait  réponse,  les  envoyés  lui  dirent 
adieu,  et  se  retirèrent;  mais  ils  demeurèrent,  je  ne  sais 
pourquoi,  quelque  temps  dans  sa  maison.  Le  matin 
suivant,  le  roi  se  rendant  à  matines  précédé  d'un  flam- 
beau de  cire,  on  vît  dans  un  coin  de  l'oratoire  un 
homme  endormi»  comme  ivre.  Il  portait  une  épée  à  son 
baudrier,  et  sa  lance  était  appuyée  contre  la  muraille. 


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I 


LE  DUC  DIDIER  SE  JETTE  EN  SEPTIMANIE.  525 

Le  roi^  Tayant  m,  se  récria;  et  dit  quMl  n'était  pas  na- 
turel qu'au  plus  fort  de  la  nuit,  un  homme  dormîtdans 
€6  lieu.  Cet  homme  fut  donc  saisie  lié. et  interrogé 
sur  ce  qu'il  voulait.  Livré  aux  tourments;  il  dit  qu'il 
.  avait  été  chargé  par  les  envoyés  de  tuer  le  roi.  On 
arrêta  donc  les  envoyés  de  Frédégonde,  qui  n'avouèrent 
aucun  des  faits  sur  lesquels  on  les  interrogeait  et 
dirent:  «Nous  n'avons  eu  d'autre  mission  que  d'ap- 
porter le  message  que  nous  avons  rendu  au  rot.  » 
L'homme  qu'on  avait  pris  fut  soumis  à  divers  tour- 
ments^ Jeté  en  prison,  et  les  députés  furent  condam- 
nés à  Texil  en  divers  lieux,  car  il  parut  certain  qu'ils 
avaient  été  traîtreusement  envoyés  par  Frédégonde 
pour  faire  périr  le  roi,  ce  que  ne  permit  pas  la  miséri- 
corde de  Dieu.  Parmi  eux  se  trouvait  le  seigneur  Baddon. 

XL  y.  —  Des  envoyés  d'Espagne  revenaient  conti- 
nuellement vers  le  roi  Contran,  sans  pouvoir  en  obtenir 
*  la  paix;  au  contraire,  Tinimitié  croissait.  Le  roi  Gon« 
tran  rendit  à  son  neveu  Childebert  la  ville  d'Albi.  Le 
duc  Didier,  qui  avait  rassemblé  dans  le  territoire  de 
cette  ville  la  meilleure  partie  de  ses  biens  >  craignit 
alors  la  vengeance  du  roi  Childebert,  parce  qu'autrefois, 

éàus  cette  même  cité,  il  avait  rudement  traité  en  en- 
nemie l'armée  du  roi  Sighebert  de  glorieuse  mémoire. 
11  s'en  alla  donc  avec  sa  femme  Tétradia  qu'il  avait  en- 
'  levée  à  Ëulalius,  comte  d'Auvergne;  et,, passant  avec 
tous  ses  biens  dans  le  territoire  de  Toulouse,  il  leva  une 
armée,  et  se  disi)osaà  maixher  contre  les  Goths,  après 
avoir  partagé,  à  ce  qu'on  dit,  entre  ses  fils  et  sa 


* 


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52«      DIDIKK  K.sT  TUÉ.  —  MORT  DE  LEUVIGILD. 

femme,  tout  ce  qu'il  possédait.  Ayant  pris  avec  lui  fe 
comte  Austrovald,  il  marcha  sur  Carcassonne.  Les  ci- 
toyens de  cette  ville  se  préparèrent  à  se  défendre,  car 
ils  avaient  été  avertis  de  l'arrivée  de  ces  ennemis. 
Lorsque  le  combat  se  fut  engagé,  les  Goths  s'en- 
fuirent et  Didier,  ainsi  qu'Austrovald ,  se  mirent  à 
les  poursuivre  toujours  battant.  Didier  arriva  ainsi 
à  la  ville  avec  peu  de  monde ,  parce  que  les  cbe- 
raux  de  ses  compagnons  étaient  harassés  ;  près  des 
portes,  il  fut  entouré  par  les  citoyens  demeurés  dans 
les  murs  et  tué  avec  ceux  des  siens  qui  Tavaient  suivi. 
A  grand'peine  put-il  en  échapper  un  petit  nombre  qui 
vinrent  raconter  ce  qui  s'était  passé.  Austrovald,  appre- 
nant la  mort  de  Didier,  rebroussa  chemin  ,  et  alla 
trouver  le  roi,  qui  aussitôt  le  fil  duc  à  la  place  de  Didier. 

XL  VI.  —  Après  cela,  Leuvigild,  roi  d'Espagne,  tomba 
malade.  Mais,  à  ce  qu'on  assure,  il  fit  pénitence  des 
erreurs  de  son  hérésie,  et  protestant  qu'il  n'y  retombe- 
rait point  de  sa  volonté,  il  se  convertit  à  la  foi  catho- 
lique; après  avoir  pleuré  sept  jours  l'iniquité  de  ses 
entreprises  contre  Dieu,  il  rendit  Tàme'.  Son  fils  Rec- 
cared  régna  en  sa  place. 

*  En  586,  et  non  en  587  comme  le  prétend  ici  Grégoire  de 
Tours* 


l'IN  DU  TOME  PREMIER. 


TABLE  DES  MATIERES 

DU  TOME  PREMIER. 


1.  De  la  CT«^aMon  d'Adam  et  d'Eve;  physionomie  d'Adsm^n.  Conanent  CtïB 

tma  son  frère  Abel.—ili.  Éooch  le  Juste  enlevé  par  1p  Seigneur.— it.  Du  dé- 
loge, de  Noé.  de  l'Arche  ;  colère  de  Dieu  et  série  des  générations. — v.  Poa- 
térité  de  Noé.  de  ses  fil»,  et  particulièrement  de  Chus,  fils  de  Cham.  inven-  • 
leur  de  la  magie  et  de  l'idolâtrie. — vi.  De  la  tour  de  Babyloneet  de  la  con* 
fttsion  des  langues.— vu.  Origine,  naissance,  condition  d'Abraham;  Ninat.^i. 
Tiii.  IsaacEsaU,  ses  Qls  et  Job.— ix«  Jacob  et  ses  flU;  Joseph  en  Egypte. 
X.  Nature  du  Nil  et  passade  de  la  mer  Rouge. — ii.  Les  fils  d'Israël  <iang  * 
le  destTt;  leur  entrée  dans  la  terre  promises  Josué- — m.  Rois  des  Juifs. — 
iiii.  De  Salomon  et  de  la  reconsiruciimi  du  Temple.  —  iiv.  Comment  fut 
divise  le  royaume  d  Ismcl  par  la  tlui  eic  >le  Hoboam;  captivité  de  Babylone 
et  prophètes  de  ce  temps-la.  —  xvTthT retour  des  Juifs  à  la  naissance  de 
Jésus-Christ. — ivi.  Rois  et  royaumes  des  autres  nations  — ivii.  Enjpe- 
reurs  romains  ;  quand  Lyon  fut  ff)nde.  —  ïvm.  Nativité  du  Sauveur,  pré» 
aents  des  Mages,  maasucre  des  innocents.— m.  Le  Christ,  sa  predicaiioo, 
tes  miracles  et  sa  passion. —  ii.  De  Joseph  d'Arimathie,  qui  l'ensevelit. — 
Ixi.  Vœu  de  l'apfltre  Jacques.  —  xiii.  Du  jour  de  la  résurrt;ctinn  domini- 

 ixiii.   De  l'Ascension  et  dt-  la  mort  de  Pilate  et  d'Hérode.— 

xyrr.  De  Pierre,  qui  vint  à  Rome  et  confessa  le  Christ  dans  le  martyre; 
Néron,  Jacques.  Marc  et  Jean  rËvan>;eliste.— iiv.  Persécution  sous  Tra- 
jan.  — XXVI.  Origine  des  schismes  et  des  hérésies.  —  ixvii.  Les  martyrs 
Irène  et  Photio.  —  xiviii.  Persécution  sous  Dèce;  les  sept  prédicateurs 
envoyés  en  Gaule.— xm.  Conversion  des  Bituriges.  — ixi.  Persécutions 
de  Valérien  et  de  Gallien;  Chrocus  et  le  temple  d'Auvergne.— iiii-  De 
plusieurs  autres  martyrs.— xxiii.  Le  mariyr  Privât  et  le  tyran  Chrocus.'^ 
xxim.  Persécution  sous  Diocletien.—  xixiv.  Constantin  le  Grand;  saint 
Martin  et  déconrerte  de  la  Croix.— xxxt.  Règne  de  Constance.— xxxvi.  Ar- 
rivée de  saint  Martin.  La  matrone  Mèlanie. —  xxxvii.  Mort  de  l'emperenr 
Valens.  —  niviii.  Théodose  et  son  règne.  Mort  du  tyran  Alaiime.— 
xxxix.  Urbicui.  évègue  d'Auvergne.— xl.  t>aint  AUyre  et  son  successeur  4 


L  ,  ^  .  .  >  y  Google 


4 


628  TABLE 

répiscopat.  —  XLi.  Saint  Népotien,  évêque  d' Auvergne.  —  XLii.  Les  deui 
amants,  leur  chustcte  et  leur  sépulture.  —  XLiii.  Saint  Martin  pas^e  en 
l'autre  rie   1  &  4;? 


LIVRE  II 

1.  Épiscopat  de  Bmce.-— !i.  Les  Vandales  e1  la  persécution  qu'ils  firent  subir 
aux  Chrétiens.— lit.  De  Cyrola, évêque  des  hérétiques, et  de  plusieurs  saints 
martyrs.  —  iv.  Persécution  exercée  sous  Athanaric.  —  v.  De  l'évêque 
Arvatius  et  des  Huns.  —  vi.  De  la  basilique  de  Saint-Eiienne  à  Meti,  — 
VII.  De  l'épouse  d'Aétius.  D'Attila.  —  viii.  Ce  que  les  historiens  ont  écrit 
d'Aétius. — IX.  Ce  qu'ils  disent  des  Francs.  —  x.  De  ce  qu'ont  écrit  les  pro- 
phètes du  Seigneur  louchant  les  simulacres  des  Gentils. — xi.  De  l'empereur 
Avitus. — lu-  Le  roi  Childériç  et  uF.gidius.  —  xiii.  De  répiscopat  de  Vené- 
rande  et  de  Rusticus  à  Clermont.— xiv.  Episcopat  d'Eustoche  ei  de  Perpé- 
tua», évêque  de  Tours.  Basilique  de  Saint-Martin. — xv.  De  la  basilique  de 
Saint-Sympborien.  —  xvi.  L'évèque  Namatius  ot  l'Eglise  de  Clorraont.  — 
XVII.  De  la  femme  de  Namatius  et  de  la  basilique  do  Saint-Etienne.  — 
xviii.  De  la  venue  de  Childéric  à  Orléans,  et  de  celle  d'Odoacre  à  Angers. 

—  XII.  Guerre  entre  les  Sfiions  et  les  Romains.  — xx.  Le  duc  Victor. — 
XXI.  L'évêque  Éparchius.  —  xxii.  L'évêque  Sidoine.  —  xxiii.  Sainteté  de 
Sidoine;  injures  punies  par  la  vengeance  divine.  —  xxiv.  Famine  en  Bour- 
gogne. Ecditius. — XXV.  Du  persécuteur  Euvaric— xxvi.  Mort  de  saint  Per- 
pétuus;  épiscopats  de  Volusien  et  de  Verus.  — xxvii.  Comment  Clovis  de- 
vint roi. — xxviii.  Comment  il  épousa  CloUlde. — xxix.  Leur  premier  fils  est 
baptisé  et  meurt  dans  les  vêtements  blancs  de  son  baptême. — xxi.  Guerre 
contre  les  Alamans. — xixi.  Baptême  de  Clovis. — xxxii.  Guerre  contre  Gon- 
debaud.— xxxiii.  Mort  de  Godegisèle. — xxxiv.  Gondebaud  désire  être  con- 
verti. —  XXXV.  Entrevue  de  Clovis  et  d'Alaric.  —  xxxvi.  L'évêque  Quintien. 
— xxxvii.  Guerre  contre  Alaric — ji^^v^i  Patriciat  du  roi  Clovis.  — ixxii. 
L'évêque  Licinius. — xl.  Mort  du  vieux  Sighebert  et  de  ^on  iil». — xli.  Mort 

de  Chararic  et  de  son  fils. — xui.  Mort  de  Raguachaire  et  de  ses  frères  

Mort  de  Clovis   43  à  UX) 

LIVRE  III 

I.  Lès  fils  de  Clovis.  —  ii.  Épiscopats  de  Dinifius,  d'Apollinaire  et  de  Quin- 
tien.—  m.  Incursion  des  Danois  en  Gaule.  — iv.  Les  rois  de  Thuringe.— 
T.  Sigismond  tue  son  fils.— vi.  Mort  de  Clodomir. — vu.  Guerre  contre  let 
Thuringiens  et  leur  défaite.  —  vin.  Mort  d'Hermanfried.  —  ix.  Expédition 
de  Childebert  en  Auvergne. — x.  Mort  d'Amalaric— ii.  Cbildcberi  et  Clo- 
taire  en  Bourgogne,  Thierry  en  Auvergne.  —  xii.  Dévastation  de  l'Auver- 
gne. —  xiii.  Les  châteaux  de  Volorre  et  de  Merliac.  —  jiv.  Mon  de  Mun- 
derîc.  — XV.  Captivité  d'.\tta!e.  —  xvi.  Sigivald.  —  xvii.  Les  évêques  de 
Tours — xviii.  Meurtre  des  fils  de  Clodomir  — xii.  Saint  Grégoire  de  Lan- 
gres  et  situation  du  château  de  Dijon.- xi.  Theodcbert  cpousc  Witigarde. 

—  XXI.  Theodcbert  descend  en  Trovencc  —  xxii.  Plus  tard  il  épouse  Ocu- 
térie.— xxiii.  Mort  de  Sigivald  et  fuite  de  Givalde.  —  xxiv.  Childebert  l'ail 
un  présent  à  Théodebert.  —  xxv.  Bonté  de  Thcodeberl.  —  ixvi.  Meur* 


DES  MATIERES. 


.  tre  de  la  fille  de  Deatérie.  —  xxvii.  Théodebert  reprend  Witigarde.  — 
xxviii.  Childebert  s'unit  à  Théodebert  contre  fllotaire.— xxix.  Childebert 
et  Clotaire  vont  en  Espagne.  ~  xxx.  Rois  d'Espagne.  — xxxi.  La  fille 
de  Theodoric,  roi  d'Italie.  —  xxxii.  Comment  Théodebert  s'en  alla  en 
Italie. — xxxiii.  A&tériolus  et  Sécundiuus.— xxxiv.  Libéralité  de  Théode» 

.  bert  en  faveur  des  citoyens  de  Verdun.  —  xxxv.  Me'iitre  de  Sigivald.  — 
zxxvi.  Mort  de  Théodebert  et  meurtre  de  Parthéniui».  —  xxxvii.  Hiver 
rigoureux   1^  àlfîfi 


LIVRE  IV 

L  Mort  de  la  reine  Clotilde. — ii.  Le  roi  Clotaire  Veut  enlever  aux  églises 
le  tiers  de  leurs  revenus.— m.  Ses  femmes  et  ses  fiFs. — iv.  Les  comtes  de 
Bretagne.— V.  L'évêque  saint  Gall. — vi.  Le  prêtre  Càton.— vii.  Episcopat 
de  Cautin.— viii.  Lés  rois  d'Espagne.— ix.  Mort  du  roi  Théodebald.— 
X.  RébeUion  des  Saxons. — xi.  t^ar  ordre  du  roi,  Tours  demande  Catoa 
pour  évèque. — xii.  Le  prêtre  Anastase.— xiii.  Légèreté  et  crime  de 

,  Chramne  ;  Cautin  et  Firmin. — xiv.  Seconde  expédition  de  Clotaire  con- 
tre les  Saxons. — xv.  Episcopat  de  saint  Euphronius.— fVi.  Chramne  pt 
ses  partisans;  ses  excès;  il  va  À  Dijon. — xvii.  Chramne  passe  à  Childe- 
bert.— XVIII.  Le  duc  Austrapius — xix.  Mort  et  sépulture  de  l'evèque 
saint  Mëdard.— XX.  Mort  de  Childebert  et  fin  de  Chramne. — xxi.  Mort 

'  <lu  roi  Clotaire. — xxii.  Partage  du  royaume  entre  ses  fils. — xxin.  Sighe- 
bert  marche  contre  les  Huns  et  Chilpéric  envahit  ses  cités. — xxiv.  Pa- 
tnciatde  Celse. — xxv.  Epouses  de  Contran. — xxvi.  Epouses  de  Caribert. 
— XXVII.  Sighebert  prend  pour  femme  Brunehaut.— xxviii.  Epouses  de 
Chilpéric. — xxix.  Seconde  guerre  de  Sighebert  contre  les  Huns.— 
XXX.  Les  Arvernes  vont,  par  l'ordre  de  Sighebert,  pour  s'emparer  de  la 
ville  d'Arles. — xxxi.  Du  château  de  Tauredun  et  d'autres  signes.— 
zxxii.  Le  moine  Julien. — xxxiii.  L'abbé  Suniulfe. — ^zxxiv.  Le  moine  de 
Bordeaux. — xxxv.  Episcopat  d'Avitus  d'Auvergne. — xxxvi.  Saint  Nizier 
à  Lyon.-*xxTii.  Le  reclus  saint  Friard. — xxxviii.  Rois  d'Espagne. — 
I^J^iJ. —  L'empereur  Justin. — xl.  Mort  de  Palladius  d'Auvergne.— 
XLi.  Alboin,  avec  les  Lombards,  occupe  l'Italie. — xlii.  Origine  d'Eu- 
nius,  surnommé  Mummole. — xlih.  Guerres  de  Mummole  contre  les 
Lombards. — xuv.  L'archidiacre  de  Marseille. — xlv.  Les  Lombards  et 
Mummole.— XLVi.  Mummole  vient  à  Tours. — xlvii.  Fin  d'Andarchius. — 
XLviii.  Invstsion  de  Théodebert. — xux.  Monastère  de  la  Latte. — l.  Au- 
tres actions  de  Sighebert  ;  il  entre  dans  Paris. — u.  Chilpéric  s'allie 
à  Gontran;  mort  de  son  fils  Théodebert.  —  m.  Mort  du  roi 
Sighebert   167à238 


LIVRE  V 

L  Règne  de  Childebert  le  Jeune  et  de  ce  qui  arriva  à  sa  mère.— ii.Mérovëe 
épouse  Brunehaut.— III.  Guerre  contre 'Chilpéric  et  méchanceté  de  Rau- 
chingue.— IV.  Roccolène  vient  à  Tours.- v.  Des  évèques  de  Lancres  et 
de  Nantes.— VI,  De  Léonat,  archidiacre  de  Bourges. — vii.  Le  reclus  Se- 
noch.— viii.  Saint  Germain,  évôque  de  Paris.— ix.  Le  reclus  Caluppa, 


TABLK 


— «.  Le  reclus  Patrocie.— xi.  Conversion  de  juiis  par  )*évèqiie  ATilnt.— 
XII.  L'abbé  Brarhion. — xiii.  Mummole  ravage  la  cité  de  Limoges. — xtt. 
Mérovée  tonsure  se  réfugie  à  la  basilique  de  Saint-Martin.— xt.  Guerre 
entre  leg  Sazoai  et  le*  SiièTet.'7>3cvi.  Mort  de  MAlo.— zrn.  Le  toi 
Contran  teit  périr  ko  flto  de  Magnachaire  et  perd  les  aiens;  doutes  an 
sujet  de  la  Pàque*— xrni.  ÉgHae  de  Chinon;  alliance  des  rois  Goatran 
et  Cliildebert.— XIX.  L'évêque  Prétextât  et  mort  de  Mérovée.— ixj,  Au- 
mônes de  Tibère. — xxi.  Les  évéques  Salone  et  Sagittaire. — xxii.  Xc  Bre- 
ton  Winnocns-- xxiii.  Mort  de  Samaon,  fila  de  Qiilpério^ixiy.  Prodiges 
.manilèstes.— xxT.  Gontrao-Boson  anraebe  ses  fliles  à  la  basilique  de 
Saint-Martin  et  Chilpéric  envahit  la  cité  de  Poitters.— xxvi.  Mort  de 
Dacon  et  de  Dracolène.— xïvii.  Départ  d'une  armée  pour  la  Bretagne. 
XXVIII.  Dégradation  de  Salone  et  de  Sagittaire.— xxii.  Impôts  établis 
par  Chilpéric— XIX.  Ravages  des  Bretons.-|2}2(>  Règne  de  Tibère. 
izxii.  Embàohes  des  Bretons.— zxziii.  La  basilique  de  8a!ntF>Deiiia 
profanée  [)ar  une  femme.—- xxxiT.  Prodiges.— xxxT.  Bjssenterie ;  mort 
des  fils  (le  ('hiii>oric.--xxxvi.  La  reine  Austrechilde. — ixivn.  L'évêque 
IJeraclius  et  le  comte  Nantinus. — zxxviii.  Martin,  evèque  de  Galice.— 
■gxxi3^.  Persécution  des  chrétiens  en  Espagne.— xl.  Mort  de  Cloris.— 
SU*  Les  érèques  Elaflas  et  Ennius.^xui.  EuToyés  de  la  Gallieie  et 
prodiges.— XLiii.  Mareus  Léon,  évèque  de  Cahors. — xliv.  Discussion 
arec  un  hérétiqne. — xlv.  Écrits  de  Chilpéric— xlyi.  Mort  de  l'evèque 
Agricola. — ilvii  Mort  de  l'évêque  Dalniatius. — xlviii.  Comté  d'Eunome. 
zux.  Méchanceté  de  Leudastc— l  Embûches  qu'il  nous  tendit  et  htuni- 
liation  qui  en  résulta  pour  lui.— u.  Pzédiction  do  saint  Saure^an  s^Jet 
doGhilptrie.   M  km 


LIVKE  VI 

I.  Cbildebert  s'unit  à  Chilpéric;  fuite  de  MummOle.— yj^  Les  ambassadeurs 
de  Chilpérie  reriennont  de  rOrient.— m.  Ambassade  de  Qiildebert  è 
Chilpéric— ir.Comment  Loup  s'enfuit  du  royaume  de  Child^RffC^ 

T.  Discussion  avec  un  juif. — ri. Le  rerlus  saint  Hospitius,  son  abstinence 
et  ses  miracles. — vu.  Mort  de  Ferreol,  évèque  d'Uzcs. — viii.  Le  reclus 
Eparque,  de  la  cite  d'Angoulème.— iz.  Domnolc,  évèque  du  Mans.— 
1.  Effraction  dans  la  basilique  de  Saint-Mavlia.— n>  L'ërèque  Théodose 
et  Dynamius.— XII.  Armdb  envoyée  oontre  les  genn  de  Bourges.^ 
ZII1.  Assassinat  de  Loup  et  d'Ambroisc,  citoyens  de  Tours.— xiv.  Appar 
rition  de  divers  prodiges-— xv.  Mort  de  l'évêque  Félix. — xvi-  Pappolène 
reprend  sa  femme. — xvii.  Juifs  convertis  par  le  roi  Cliilperic. — xviii.Les 
ambassadeurs  de  Chilpéric  reviennent  d*£sDagne.-4iz.  Les  gens  de 
Chilpéric  sur  la  rivière  d'Orge.— xx.  Mort  du  duc  Clirodin.— xxi.  Appa- 
rition de  divers  sii^ncs.  — xxii.  L'évêque  Chartier. — xxiii.  Naissance 
d'un  fils  au  roi  Chilpéric.— ^xiv ■  Embûches  de  levêque  Thierry;  Gog- 
^p^a|d.— XXV.  Apparition  en  ces  mêmes  temps  de  signes  et  de  prodiges, 
sxvx.  Le  due  Gontran  et  Mummole.— xxvn.  Le  roi  Ghllpérie  entre  diM 
Paris. —xxviii.  Le  référendaire  Haro.— sziz.  Les  religietiaca  du  aona^ 
tèn  do  Poitlev»  ot  les  prodiges  qui  t'aoeompUreot  dans  le  monastèro  éê 


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DES  MATIÈRES.  631 

Sainte-Radegonde. — xix.  Mort  de  l'empereur  Tibère. — xxxi.  Des  grands 
maux  que  le  roi  Chilpéric  fit  et  fit  faire  dans  les  cités  de  son  frère.— 
XXXII.  Mort  de  Leudaste — xxxiii.  Sauterelles,  maladies,  présages* — 
XXXIV.  Mort  du  fils  de  Chilpéric  appelé  Thierry. — xxxv.  Meurtre  du 
préfet  Mummole,  femmes  assassinées. — xixn.  L'évêque  Ethorius;  dé- 
bauches d'un  clerc. — xixvii.  Mort  de  Lupentius,  abbé  du  Gevaudan.— 
ïxxviii.  Mort  de  l'évêque  Théodose,  son  successeur. — xxxix.  MoTt  de 
Remi,  évôque  de  Bourges;  incendie  de  la  ville;  élévation  de  Sulpiceà 
l'épiscopat. — XL.  Discussion  entre  nous  et  un  hérétique. — xli.  Le  roi 
Chilpéric  s'en  va  à  Cambrai  avec  ses  trésors.-^jy^.  Childebert  va  en 
Italie.— xLiii.  Les  rois  de  Galice. — xuv.  Signes  divers. — xlv.  Noces  de 
Rigonthe,  fille  de  Chilpéric— xlti.  Mort  de  Chilpéric...      335  à 408 

LIVRE  VII 

.  Mort  de  l'évêque  s«rint  Sauve. — ^ii.  Guerre  entre  ceux  de  Chartres  et  d'Or- 
léans.— m.  Mort  de  Védaste,  surnommé  Avon. — iv.  Frédégonde  cherche 
asile  dans  une  église  ses  trésors  sont  portés  à  Childebert. — v.  Le  roi 
Gontran  entre  dans  Paris. — vi.  Ledit  roi  s'empare  de  l'ancien  royaume 
de  Curibert. — vu.  Les  envoyés  de  Childebert  reclament  Frédégonde.— 
T1II.  Le  roi  demande  au  peuple  de  ne  pas  l'assassiner  comme  ses  frères. 
—IX.  Rigonthe  est  retenue  prisonnière  par  Didier,  qui  lui  enlève  ses 
trésors. — x.  Gondovald  élevé  au  trône;  Rigonthe  fille  de  Chilpéric— 
ZI.  Prodiges. — xii.  Incendie  du  territoire  de  Tours  et  miracle  de  saint 
Martin. — xiii.  Incendie  et  ravages  dans  la  cité  de  Poitiers. — xiv.  Am- 
bassade du  roi  Childebert  au  roi  Gontran.— xv.  Méchanceté  de  Frédé- 
gonde.— XVI.  Retour  de  l'évêque  Prétextât. — xvii.— L'évêque  Promotua. 
xviii.  Avis  donné  au  roi  de  se  garder  d'un  assassin. — xix.  La  reine  re- 
çoit l'ordre  de  se  retirer  dans  une  villa. — ii.  Elle  envoie  un  assassin 
vers  Brunehaut.— XXI.  Fuite  d'Eberulf;  il  est  gardé  à  vue. — xiii.  Sa 
méchanceté. — xiiii.  Massacre  d'un  juif  avec  sa  famille. — xxiv.  Dévas- 
tation de  la  cite  de  Poitiers. — iiv.  Marilèfe  dépouillé. -^jjuy .  Gondo- 
vald parcourt  différentes  cités. — xxvii.  Outrages  subis  par  l'évêque 
Magnulf.— xiviii.  L'nrm^  de  Gontran  marche  en  avant.— ixix.  Mort 
d'Eberulf.— XXI.  Envoyés  de  Gondovald. — xxii.  Reliques  du  martyr 
saint  Serge. — xxxii.  Nouvelle  ambassade  de  Gondovald. — ijxiii.  Chil- 
debert vient  trouver  son  oncle  Gontran. — xxxiv.  Gondovald  va  à  Com- 
minges. — xxxv  Dévastation  de  la  basilique  de  Saint-Vincent,  d'Agen, 
martyr. — xxxvi.  Conférence  de  Gondovald  avec  l'armée  ennemie.— 
xxivii.  Siège  de  la  ville. — xiiviu.  Mort  de  Gondovald.  — xxiix.  Mort 
de  l'évêque  Sagittaire  et  de  Mummole. — xl.  Trésors  de  Mummole.— 
XLi.  Géant.— xLii.  Vertu  de  saint  Martin. —iliii.  Didier  et  ■Wa<ldon.— 
xuv.  Une  pyîhonisse.  —  xlv.  Une  famine  en  cette  année.  —  xlvi. 
Mort  de  Christophe.  — xlvii.  Guerre  civile  entre  les  citoyens  de 
Tours   409  fc  468 

LIVRE  VIII 

.  Le  roi  se  rend  à  Orléans. — ii.  Comment  les  évoques  lui  furent  présentai 
et  traités  à  sa  table.— m.  Chantres  de  l'église  de  Tours.  Argent 


V  r  ' 


532  TABLE  I)£S  MATIÈRES. 

de  Mummolo.— IV.  Klof^e  du  roi  Childebert.— Vi&ion  du  XOi  eide 
Grégoire  touchant  Chilpéric. — vi.  Gréjçoire  présente  deux  personnet 
au  roi. — ^vii.  De  l'évèque  Pallade;  il  célèbre  la  messe.— vni.  Prodiges. 
—IX.  Seiment  prêté  au  fils  de  Chilpéric— i.  Des  corps  de  Mérorce  et 
de  Clorit.— XI.  Portien  d'une  égUse  de  Pftrie;  meurtre  de  Boante.— 
XII.  I/évèquo  Théodore;  châtiment  deRatbaire.—xiii.  Gontraa  envoie 
une  ambassade  à  Childebert. — xiv.  Danger  que  court  Grégoire  sur  uq 
fleuve.  — IV.  Conversion  du  diacre  Vultilaïc. — xvi.  Ce  diacre  raconte 
plusieurs  miracles  de  suint  Martin. — xvii.  Signes  dans  le  ciel. — xriii. 
Cliildeberfc  envoie  une  armée  en  Italie;  comtes  et  ducs  instituée  et  véro- 
qaés.—xix.  Meurtre  de  Tabbé  Dagulf.— xx.  Actes  du  concile  dèHàcon 
— XII.  Assemblée  de    Bulson  ;  violatinn  d'un  tombeau. — ixn.  Mort 
de  plusieurs  evéques  et  de  Wandelin.  — xxiii.  Inonciations.  —  xiiv.  De 
deux  îles  de  la  mer. — xxv.  Ile  dans  laquelle  l'eau  d'un  étang  est  ch&n- 
gée  en  sang.— xzn.  L^ex-doe  Ébemlf.— xzvn.  Didier  se  rend  près  dn 
roi.— XXVIII.  Ermenégilde  et  Ingpnde;  des  envoyéssecrets viennent dTE^ 
pagne  trouver  Frédégonde. — xiix.  Frédégonde  envoie  des  hommes  pour 
tuer  Childebert.— \xx.  Une  armée  entre  en  Septimanie. — xxxi.  Meur- 
tre de  i'ev'èque  Prétextât. — xxxii.  Meurtre  de   Domnole,  femme  de 
Nectaire.— xxxin.  Incendiede  Paris.— xxxiv.  Reclus  snocombsat  k  la  • 
tentation.— XXXV.  Des  envoyés  viennent  d'Espagne*— xzxvi.  Menrtre 
de  Magnovald.— XXXVII.  Il  naît  un  fils  à  Childebert.— xiiviii.  Les  Es- 
pagnols font  une  incursion  en  Gaule. — ixxix.  Mort  de  plusieurs  évèques. 
—XL. — Pelage  de  Tours.— xu.  Les  meurtriers  de  Prétextât.  — xui. 
Odeppolène  est  foit  duc— zun.  Nicet  est  fsit  gouverneur  de  Pro- 
vence; conduite  d'AntisUus.— xuT.Un  liomme  veut  tuer  le  roi  Gontran. 
— XLV.  Mort  du  duo  Didier.— uvi.  Mort  du  roi  d'Espagne  Leuri- 
ftUd..  460à5âG 


PAMS.'-IlfFailliCBBZ  BOMAVKNrCaB  ET  DCCESSQIS. 


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